4 ^ ^^^\ v^. ,^ t^^ ^:ff^ :^ -v--^ < ^v aj?^' .^V --v r*sS w^-t ;:xr 1 ^-^ S-' • 7* >S N ''^ ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE FRANÇAISE ET ÉTRANGÈRE Comité de rédaction des Annales. Rédacteur en chef: L. GRANOEAU, directeur de la Station agronomique de l'Est. 0. Gayon, directeur de la Station agro- nomique de Bonleaux. Th. Schlœsing, membre de l'Institut. Th. Scblœsiag fils, membre de l'Ins- titut, directeur de l'École des manu- factures de l'État. L. Mangin, docteur es sciences, profes- seur au Muséum d'histoire naturelle. A. Mûntz, membre de l'Institut. Ed. Henry, proi'esseur à l'École na- tionale forestière. E. Reuss, inspecteur des forêts à Fon- tainebleau. C. Flammarion, directeur de la Station de climatologie agricole de Juvisy. Correspondants des Annales pour les colonies et l'étranger. COLONIES FRANÇAISES. H. Lecomte, docteur ès sciences, pro- fesseur au lycée Saint-Louis. ALLEMAGNE. L. Ebermayer, professeur à l'Univer- sité de Munich. J. Eônig, directeur de la Station agro- nomique de Munster. Fr. Robbe, directeur de la Station agronomique de Tharandt. ToUens, professeur à l'Université de Gôttingen. 0. Kellnsr, directeur de la Station de Môckern. ANGLETERRE. R. Warington, à Harpenden. Ed. Kinch, professeur de chimie agri- cole au collège royal d'agriculture de Girencester. BELGIQUE. Grégoire, directeur de l'Institut chi- mique et bactériologique de lEtat (Gembloux). Graftiau, directeur du laboratoire agri- cole de Louvain. CANADA. Df 0. Trudel, à Ottawa. ECOSSE. T. Jamieson, directeur de la Station agronomique d'Aberdeen. ESPAGNE ET PORTUGAL. Joâo Motta dâ Prego, à Lisbonne. ÉTATS-UNIS d'aMÉRIQUE. E. W. Hilgard, professeur à l'Univer- sité de Berkeley (Californie). HOLLANDE. A. Mayer, directeur honoraire de la Sta- tion agronomique de "Wageningen. SUÈDE ET NORVÈGE. D' Al. Atterberg, directeur de la Sta- tion agronomique et d'essais de se- mences de Kalmar. SUISSE. E. Schultze, directeur du laboratoire agronomique de l'École polytech- nique de Zurich. RUSSIE. M. Ototzky, conservateur du musée minéralogique de l'Université impé- riale de Saint-Pétersbourg, rédacteur en chef de la Pédologie. Nota. — Tous les ouvrages adressés franco à la Rédaction seront annoncés dans le premier fascicule qui paraîtra après leur arrivée. Il sera, en outre, publié, s'il y a lieu, une analyse des ouvrages dont la spécialité rentre dans le cadre des Annales {chimie, physique, géologie, minéralogie, physiologie végétale et animale, agriculture, sylviculture, technologie, etc.). Tout ce qui concerne la rédaction des Annales de la Science agronomi<|ue française et étrangère (manuscrits, épreuves, correspondance, etc.) devra être adressé franco à M. L. Grandeau, rédacteur en chef, 48, rue de Lille, à Paris. ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE FRANÇAISE ET ETRANGERE ORGANE DES STATIONS AGRONOMIQUES ET DES LABORATOIRES AGRICOLES PUBLIÉES Sous les auspices du Ministère de l'Agriculture PAR Louis GRANDEAU DIRECTEUR DE LA STATION AGRONOMIQ.UE DE l'eST MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE d'aGRICULTURB DE FRANCE RÉDACTEUR EN CHEF DU o JOURNAL d' AGRICULTURE PRATiaUE » PROFESSEUR AU CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET MÉTIERS INSFECTEUR GÉNÉRAL DES STATIONS AGRONOMIQUES VICE-PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE d'ENCOURAGEMENT A L'AGRICULTURE MEMBRE DU CONSEIL SUPÉRIEUR DE L'AGRICULTURE 3« SÉRIE — TROISIÈME ANNÉE Tome I 1908 BERGER-LEVRAULT ET C'% LIBRAIRES-ÉDITEURS PARIS 5, BUE DES BEAUX-ABT8, 5 NANCY 18, EUE DES GLACIS, 18 1908 COMPTE RENDU DU YUr CONGRÈS INTERNATIONiL D'AGRICULTURE QUI S'EST TENU A VIENNE DU 21 AU 25 MAI 1907 Le VHP Congrès international d'agriculture, qui s'est tenu à Vienne du 21 au 25 mai 1907, a eu un grand retentissement dans le monde agricole, tant à cause du nombre considérable de membres qui ont participé à ses travaux, que de l'importance des questions qui y ont été traitées. Le comité exécutif vient de publier les rapports présentés au con- grès, les discussions auxquelles ils ont donné lieu, ainsi que les vœux formulés et le compte rendu des excursions qui ont eu lieu dans les diverses sections à la suite des séances tenues au palais du Parle- ment. Cette œuvre considérable forme quatre gros volumes. Le tome I donne l'organisation et le compte rendu des travaux et des excur- sions; les tomes II, III et IV contiennent les rapports qui ont été pré- sentés et soumis à la discussion dans les onze sections. Nous pensons que les lecteurs des Annales nous sauront gré de leur présenter une analyse détaillée de ce qui s'est passé à cesassises solennelles de l'agriculture. ANN. SCIENCE AGRON. — 3' SÉRIE — 1908 — I 1 2 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Le tome I comprend trois chapitres. Le premier est consacré à l'organisation du congrès et comprend le règlement et les statuts du congrès, ainsi que la composition des divers comités, la liste des représentants des gouvernements, des dé- légués des sociétés et des membres du congrès. Ceux-ci étaient au nombre de deux mille quatre cents, dont quinze cents environ appartenaient à l'Autriche-Hongrie. Le congrès était divisé en onze sections, savoir : Première Section. — Economie rurale (syndicats, crédit personnel et hypothécaire, dégrèvement du sol, statistique agraire, voies de commu- nication et de commerce dans leurs rapports avec l'agriculture et les forêts ; établissement international du prix des produits agricoles cl forestiers ; hygiène rurale ; assurances agricoles). Deuxième Section. — Enseignement agricole et forestier; démonstra- tions et expériences, y compris les marais et la culture des champs maré- cageux. Troisième Section. — Labour, culture des plantes ; matériel et machines agricoles. — Organisation et exploitation. Quatrième Section. — Élevage ; questions vétérinaires (bétail, pâtu- rages alpestres, élevage du cheval, petit bétail, aviculture, apiculture et sériciculture ; laiteries). Cinquième Section. — Améliorations agricoles et forestières (irriga- tion et dessèchement du sol, régime des eaux, opérations agraires, mesures de protection contre les torrents et les avalanches). Sixième Section. — Industries agricoles et forestières ; industries du sucre, de l'alcool, de la fécule, de l'huile, brasserie et malterie. Septième Section. • — Protection des plantes et des arbres fruitiers et forestiers (maladies des plantes, parasites et moyens de les combattre, protection d'animaux insectivores et d'animaux utiles). Huitième Section. — Économie forestière ; sylviculture. Neuvième Section. — Pisciculture et pêche. Dixième Section. — Viticulture et œnologie. Onzième Section. — Arboriculture fruitière et culture maraîchère ; horticulture ; utilisation industrielle des fruits et des légumes. Cette dernière section n'existait pas au congrès de Rome en 1903. Dans le second chapitre, consacré au compte rendu des travaux du COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 3 congrès, nous trouvons d'abord l'horaire des travaux et solennités du congrès, que nous reproduisons ici : Horaire des travaux et solennités du VIII* Congrès international d'acjriciilture Vienne 1907 8'' 30 du soir Lundi 20 mai Réception au Kursalon. 10 heures du matin . 3 heures de l'après-midi . ^"30 du soir Mardi 21 mai Assemblée plénière en la salle des séances de la Chambre des députés (Ouverture du congrès, soubails de bienvenue et discours d'ouverture). Constitution des sections. Représentations aux deux théâtres Imp.-Roy. (Nombre des invitations limité). 9 heures du matin . . 3 heures de l'après-midi 8 heures du soir . . . Mercredi 22 mai Travaux des sections. Travaux des sections et petites excursions d'un certain nombre de sections. Réception du congrès par M- le D"' Charles Lueger, bourgmestre de la capitale -rési- dence Vienne, et banquet solennel en la grande salle des fêtes de l'Hôtel de ville de Vienne (Nombre des invitations limité). 9 heures du matin . . 3 heures de l'après-midi Le soir Jeudi 23 mai Travaux dé? sections. Travaux des sections et petites excursions d'un certain nombre de sections. Réception à la Cour. 9 heures du matin . . . 3 heures de l'après-midi Vendredi 24 mai Travaux des sections. Excursion au Kahlenberg et petites excursions d'un certain nombre de sections. 4 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Samedi 25 mal 10 heures du matin . . . Assemblée pléiiière en la salie des séances de la Chambre des députés (Approbation des conclusions et résolutions des sections; clôture des travaux). Le soir Banquet de clôture au Kursalon. A l'issue du cougrès, c'est-à-dire à j)artii' du 26 mai, ont eu lieu les grandes excursions des diverses sections. Pendant le congrès, la commission internationale, présidée par M. Jules Méline, sénateur, ancien ministre de l'agriculture, a tenu deux séances pour régler les questions à soumettre aux décisions du congrès, et notamment la proposition du siège du prochain congrès. M. Méline fait connaître que le projet de tenir le IX'' Congrès inter- national d'agriculture en Allemagne a été accueilli avec une faveur unanime dans la précédente séance et il propose de décider que la commission présentera, à la séance de clôture, l'Allemagne comme devant être le siège du prochain congrès. Cette proposition est adoptée à l'unanimité, ainsi que la nomi- nation comme président d'honneur du prince Charles Auersperg, président du congrès de Vienne. Le tome I donne ensuite le procès-verbal de la séance d'ouverture, qui s'est tenue le 21 mai 1907 dans la grande salle des séances de la Chambre des députés. Le prince Charles Auersperg ouvre la séance par un discours de bienvenue, chaleureusement applaudi, et cède la parole au comte Auersperg, ministre de l'agriculture, et au vice-bourgmestre, le D"" Neumayer, qui saluent les congressistes, le premier au nom de l'Etat, le second au nom de la ville de Vienne. M. Méline, accueilli par de bruyantes et unanimes acclamations qui l'empêchent pendant quelque temps de se faire entendre et ré- jouissent le cœur de tous les Français présents à celte imposante séance, soumet à l'assemblée une proposition concernant la composi- tion du bureau ; tous les noms sont adoptés à l'unanimité. COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 5 Il prononce ensuite le beau discours que nous reproduisons : Messieurs, En inaugurant et en célébrant aujourd'hui avec vous, dans une solen- nité si imposante, comme président de la commission permanente inter- nationale, le huitième de nos grands congrès agricoles, je ne puis me défendre |d'un certain sentiment d'orgueil : que je reporte ma pensée en arrière et que je mesure tout le chemin parcouru depuis ce congrès initial de l'Exposition de 1889, à Paris, qui a été le berceau de notre institution, je vois avec quelque fierté le modeste arbuste que nous avions mis en terre, grandir à vue d'œil, étendre de plus en plus ses branches protectrices sur l'agriculture renaissante et s'élever majestueusement dans les airs comme le symbole de la toute-puissance de la terre créa- trice et mère du monde. Le dernier congrès qui s'est tenu à Rome avait marqué pour notre œuvre une brillante étape, et nous avons tous gardé le souvenir de la magnifique ordonnance du congrès, de l'ampleur de ses travaux, du caractère brillant des discussions auxquelles nous avons eu le plaisir d'assister, en même temps que de la généreuse et délicate hospitalité qui nous a été offerte (Assentiment). Le succès du congrès avait été tel que tous les grands pays qui pou- vaient nous accueillir, après l'Italie, semblaient intimidés et découragés par la crainte des comparaisons, si bien que nous avons dû errer plu- sieurs années sans savoir où poser notre tète. Il en est résulté que nous avons dû attendre quatre années au lieu de deux, notre délai habituel, avant de voir l'aboutissement de nos efforts. Aujourd'hui, nous n'avons rien à regretter puisque le retard que nous avons subi n'a pas été du temps perdu, et qu'il a permis de donner au grand congrès de Vienne une organisation plus parfaite, une préparation plus complète, un plan de travail mieux entendu, qui nous promettent de nouveaux progrès et un dernier perfectionnement de notre œuvre. Le comité d'initiative qui a présidé à cette grande «t difficile tâche travaille sans relâche depuis plus d'une année à l'élaboration d'un programme qui est comme la synthèse actuelle du mouvement agricole dans le monde et qui ne laisse rien échapper de ce qui agite et préoccupe les agronomes de tous les pays. Ce comité, composé de l'élite du monde agricole, a eu l'heureuse ins- piration de mettre à sa tête un homme d'État éminent, dont le nom, la haute valeur personnelle et les éclatants services étaient un gage certain de réussite (Applaudissements), et de lui donner pour coadjuteur comme rapporteur général M. le comte Koiovvrat, notre ami de la première heure, qui a toujours si brillamment représenté, au milieu de nous, l'agriculture 6 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE autricliiftnne à laquelle il rend tant de services et qui, par la droiture de son caractère et le clianne de sa personne, est devenu une des fiiîures les plus sympathiques, les plus populaires de nos conq,vè^ ( Applaudissements). Dans de pareilles conditioift, il est facile de prédire que le coiiii;rès de Vienne sera digue de ses aînés, s'il ne les dépasse, et je suis certain d'être l'interprète de tous ses membres en adressant à nos collègues autrichiens l'expression de notre vive reconnaissance pour le dévoue- ment sans bornes qu'ils ont apporté dans l'accomplissement de leur si lourde tâche. Nous ne pouvions pas, messieurs, trouver un milieu plus favorable pour y tenir les assises de l'agriculture, que ce grand pays agricole et industriel, où ces deux grandes forces de l'agiùculture et de l'industrie se balancent si également, si harmonieusement, et où le gouvernement est si plein pour elles de sollicitude (Vives marques d'asseiHiment). Ici aussi, nous avons, comme en Italie, la bonne fortune de rencontrer un souverain illustre, qui fait l'admiration générale par le libéralisme de son esprit et par sa haute sagesse ; la sécurité qu'il assure à toutes les parties de son vaste empire est un des principaux facteurs de sa prospérité et du développement considérable que prennent de plus en plus, sous sa haute direction, l'agriculture et l'industrie nationales {Ap}UnuUssement et acclamations). Nous savions tout cela quand nous avons décidé de tenir notre congrès à Vienne, et si nous avons mis tant d'insistance à réaliser notre projet primitif, c'est que nous avions hâte tie voir de près un champ de progrès to^it nouveau, où la science et la pratique ont fait des miracles et ont, comme partout d'ailleurs, transformé en moins d'un demi-siècle toutes les conditions de la production agricole. Je le dis sans fausse modestie, nos congrès ont eu, j'en suis parfaite- ment convaincu, leur large part d'influence dans cette splendide évolu- tion de l'agriculture mondiale. C'est de leur sein qu'est partie plus d'une fois l'étincelle qui a éclairé l'application des méthodes nouvelles et allumé partout cette fièvre de progrès qui a eu raison de la routine des siècles. C'est dans nos congrès aussi qu'ont été élaborées beaucoup de lois excel- lentes qui, sans eux, ne seraient peut-être jamais sorties des limbes par- lementaires. Pour ne prendre qu'un exemple, n'est-ce pas du premier congrès de Paris que date notre législation française sur l'organisation du crédit agricole mutuel qui a aujourd'hui atteint son plus haut degré de perfectionnement? Et n'est-ce pas la mutualité du ciédit tpii nous a conduits à la mutualité en matière d'assurances, de sociétés coopératives, faisant ainsi du principe de la mutualité la clef de voûte de la rénovation agricole comme il sera demain, n'en doutez pas, la clef de voûle de la rénovation sociale {Vives marques d'assentiment). COMPTE RENDU DU VIIl'' CONGRES INTERNATIONAL 7 Mais, messieurs, ce n'est p.^s tout, et nos congrès n'ont pas seulement en vue des résultats techniques et scientifiques. Ils visent plus haut et poursuivent un but d'ordre intellectuel et moral peut-être plus élevé encore. Pour ma part quand j'ai, dans la mesure de mes moyens, con- tribué à la création de ce nouvel et puissant organe de la vie agricole, j'ai entrevu, au delà des avantages matériels et tangibles que devaient en retirer les agriculteurs, le rayonnement immense de l'idée agricole elle- même qui devait en résulter et l'altraction irrésistible qu'elle devait avec le temps exercer de proche en proche dans toutes les parties du monde. Les faits ont justifié mes prévisions. Il n'est pas douteux que nos congrès sont devenus en quelque sorte le centre idéal vers lequel se tournent instinctivement les yeux des agriculteurs de tous les pays comme sur la représentation la plus élevée de leurs intérêts. Et comme cette représentation se compose de l'élite des hommes qui jouissent de la confiance et de l'estime du monde agricole, l'agriculture apparaît ainsi à tous comme une des plus nobles occupations de l'être humain, une des plus dignes de son intelligence et de son activité (Assentiment). Ainsi s'accomplit lentement, mais sûrement, la transformation mysté- rieuse qui, sans qu'elles s'en doutent peut-être, ramène les SDciétés mo- dernes, si enfiévrées et si maladives, au berceau même de l'humanité, à la terre. Et puisque je suis sur ce sujet qui m'est familier, permeltez- moi, pour répondre au désir qui m'en a été exprimé par nos honorables collègues autrichiens, de vous dire toute ma pensée, au risque d'allonger plus que je ne le voudrais ce trop long discours, en le transformant presr que en conférence. Le retour à la terre est, j'en ai la conviction profonde, aujourd'hui surtout, iieaucoup moins une question économique, une question d'ar- gent, qu'une question d'éducation, de mentalité humaine. Les causes qui ont détourné les travailleurs de la terre et provoqué la désertion des campagnes sont les mêmes qui doivent, par un choc en retour inévitable, opérer la conversion contraire. Les habitants des campagnes se sont rués sur les villes parce qu'il fut un temps où l'agriculture était misérable, inférieure et routinière, parce qu'elle végétait depuis des siècles sur son sillon stérile, parce qu'enfin, pour comble de malheur, la concurrence écrasante des pays neufs et pri- vilégiés de la nature, entrant tout à coup en ligne, avait à ce point avili la vente des produits du sol que la terre ne nourrissait plus son homme. Il est à remarquer que ce dégoût subit de la terre chez les ruraux a coïncidé, il ne faut jamais l'oublier, avec la naissance de la grande industrie ; les prodiges qu'elle a accomplis au siècle dernier étaient bien faits pour fasciner les" masses et les entraîner du même côté. Les gros salaires qu'elle distribuait à profusion, la richesse si rapidement acquise 8 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE qu'elle répandait partout, les jouissances de toute sorte qu'elle mettait à la portée des plus humbles, faisaient à nos paysans l'elTet d'un rêve, d'un véritable conte des JJiile et une Nuils (Assentiment). Si vous ajoutez à cela que, par une suprême ironie, cette industrie si florissante était abritée contre la concurrence étrangère par une muraille presque infranchissable pendant que la pauvre agriculture, réduite à l'impuissance, succombait sous l'effort de l'étranger, vous comprendrez alors combien était irrésistible la poussée qui emportait les serfs de la terre loin de leurs chaumières en détresse et pourquoi, comme des papillons éblouis par la lumière, ils se sont précipités vers ces grands centres, radieux et étincelants, où tout leur semblait plaisir et boniieur. C'était, messieurs, l'âge d'or de l'industrie ; tant qu'il a duré, l'ivresse s'est prolongée et toutes les exhortations, tous les raisonnements ont été impuissants à déranger le courant qui entraînait les populations de nos campagnes. Mais, à l'âge d'or ne devait pas tarder à succéder l'âge de fer dans lequel nous commençons à entrer. Sans doute l'industrie, toujours poussée en avant par la science et l'àpreté au gain, continue à faire des merveilles, mais ceux qui les réali- sent n'en tirent plus déjà les mêmes profits. La concurrence universelle a tout nivelé et elle tend de plus en plus à limiter les bénéfices indus- triels; en dehors de la spéculation ou d'exceptions heureuses, les for- tunes résultant exclusivement du travail industriel deviennent de jour en jour plus lentes et plus difficiles à échafauder. Et puis, à côté de ceux qui font fortune, le nombre de ceux qui se ruinent ne cesse pas de grandir et on voit déjà apparaître une nouvelle classe de parias, composée de tous les malheureux qui, en voulant viser trop haut, sont tombés en bas de l'échelle. Les ouvriers de l'industrie ont passé, eux aussi, par les mêmes phases et les mêmes épreuves que les chefs d'industries. Les gros salaires du début qui les avaient tant séduits ont perdu la plus grande partie de leur valeur parce qu'ils ont fait naître chez eux des habitudes nouvelles et des besoins croissants qu'il leur devient de plus en plus dlfTicile de satisfaire. La vie dans les grandes- agglomérations est devenue un problème dont la solution se complique tous les jours ; sans qu'il y paraisse, elle est faite au fond de privations incessantes. Pour oublier un instant ce (|ue le tra- vail à l'atelier ou à l'usine a de fastidieux, il faut s'offrir des distractions coûteuses et souvent malsaines. De générations en générations les forces diminuent, la santé s'étiole, la maladie finit par faire son entrée au logis, et alors adieu les plaisirs et les jouissances ! C'est sur le grabat de l'hô- pital qu'expire la dernière illusion du pauvre déraciné de la terre {Vives marques d'assentiment) . En face de ce tableau dont les couleurs ne sont nullement chargées, COMPTE RENDU DU VIIl^ CONGRES INTERNATIONAL 9 on peut aujourd'hui en placer un autre qui nous offre un spectacle tout différent. Au moment même où l'industrie touche à l'âge de fer, il semble que l'agriculture commence à revenir à l'âge d'or. Pendant que dans l'indus- trie les bénéfices diminuent, dans l'agriculture ils ne cessent pas de monter. Grâce aux progrès de la science qui ont fait d'elle aujourd'hui une véritable industrie, les frais de production s'abaissent progressive- ment, en même temps que les rendements s'élèvent à vue d'œil. Il en résulte que l'agriculteur peut aujourd'hui vendre certains produits à meilleur marché qu'autrefois, tout en en retirant une large rémunéra- tion, et c'est ainsi que le consommateur lui-même bénéficie de tous les progrès réalisés pai' la culture. Cette marche en avant, cette prodigieuse transformation auraient, il faut bien le reconnaître, été impossibles, si le législateur, dans les grands pays agricoles, ne s'était enfin décidé, sous la pression des représentants les plus autorisés de l'agriculture, à rendre le courage et la confiance aux travailleurs de la terre, en leur accordant la même législation protectrice qu'aux industriels et en les mettant en état de lutter à armes égales contre la concurrence étrangère. Car ils ne réclament pas de privilèges ; l'égalité leur suffit. De cette série d'observations on peut hardiment, je crois, tirer cette conclusion qu'aujourd'hui, un agriculteur intelligent et laborieux, qui connaît bien sa profession, est assuré non seulement de gagner sa vie, mais même de jouir d'un véritable bien-être. Sans doute, il n'arrive pas à la grande fortune comme à la ville ; mais il est sûr de ne pas se ruiner et c'est une compensation qui a sa valeur {Approbation). Je ne fais d'exception en ce moment que pour les malheureux viticul- teurs qui, dans beaucoup de pays et surtout en France, sont plongés dans une détresse affreuse qui émeut tous les cœurs, parce qu'elle fait un contraste navrant avec leur brillante prospérité d'autrefois ; mais leur misère relève de causes économiques, politiques et législatives bien plus que de causes d'ordre agricole, et c'est ce qui rend le remède à leurs maux si difficile à appliquer. II faudra cependant bien qu'on y arrive et on y arrivera certainement. Mais je reviens à mon sujet et je n'ajoute plus qu'un mot, c'est que la vie des cliamps ne cesse pas de s'améliorer au point de vue matériel et que l'écart qui séparait autrefois l'existence à la campagne de l'existence à la ville diminue tous les jours. Les fermes ne sont plus des taudis sales et malsains, sans air et sans lumière ; elles sont de plus en plus de petits cottages, agréables à la vue, spacieux et clairs, avec un jardin riant et appétissant ; si le luxe n'y pénètre pas encore, le confort y règne et touche déjà à l'élégance. Dans ce milieu reposant l'agriculteur peut 10 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE yoûfer largement les joies de la famille et savourer tout ce (pii fait le charme de l'existence ; il est son maître et il en a le sentiment, il respire l'air pur à pleins poumons et il a sous la main les premières conditions (lu bonheur, la sauté et la bonne humeur. Je vous en ai assez dit, messieurs, pour vous faire coniprendie com- ment, de plus en plus, la balance des avantaij;es se rétablit au profit de l'agriculture et au détriment do l'industrie. Ce qui achèvera de la faire pencher, ce sera le retour à la terre des grands propriétaires et des bour- geois qui, eux aussi, se sont laissé hypnotiser par le luxe et les plaisirs frelatés de la ville et qui ont eu le tort de donner les premiers le mau- vais exemple en abandonnant la campagne pour la ville (Assentiment). Eux aussi ont fait l'expérience à leurs dépens, et ils en sont revenus la tête basse, en murmurant leur mca culpa. Ils ont fini par comprendre qu'en s'éloignant de la terre, ils avaient lâché la proie pour l'ombre, que la fièvre des grandes villes était malsaine et que le bonheur qu'on y cher- chait n'était qu'un pur mirage. Mais, ce qui les a surtout réconciliés avec la terre, c'est le progrès incessant et grandiose de la science agricole qui a atteint une telle hauteur qu'on peut dire d'elle qu'elle est vraiment devenue la reine de toutes les sciences. Il n'en est pas une, en effet, qui ne converge vers l'agriculture pour lui fournir soit une direction, soit des moyens d'application. L'agronome moderne devient ainsi de plus en plus un homme complet, embrassant de son regard tous les horizons de l'intelligence humaine et s'élevant de plus en plus sur l'échelle sociale. Ceux qui seraient tentés d'en douter n'auraient qu'à jeter les yeux sur cette grande et imposante assemblée devant laquelle j'ai l'honneur de parler et à parcourir la lirfte des hommes illustres, des savants, des penseurs, des économistes, des hommes d'État qui ont tenu à se ranger aujourd'hui sous la bannière de l'agriculture et à célébrer dans une magnifique cérémonie la religion de la terre. Dans un instant, toujours grâce à la science, l'étincelle partie d'ici s'en ira répandre dans toutes les parties du inonde la bonne nouvelle que les grands amis de la terre se sont réunis dans ce beau pays et que tous, sans distinction de nationalité, ont mis on commun leurs connais- sances et leur expérience pour travailler d'un mémo cœur à la prospérité et au bonheur de tous les humains qui gagnent leur vie à la sueur de leur front (Applaudissements unanimes, longues acclamations). Le D' Hermann von Sciiullern lit ensuite deux intéressants rap- ports sur des sujets tecliniques, La plus grosse partie du volume est remplie par le compte rendu des travaux des onze sections ci-dessus énoncées. SECTION I ÉCONOMIE RURALE La première section a eu à discuter les questions suivantes : 1° Béglementation internationale des marchés à terme. Trois rapports ont été fournis, l'un par le comte Zelenski, membre de la Chambre des Magnats, vice-président de la Société hongroise d'agriculture, l'autre par le comte Kolowrat-Krakowsky, de Vienne, un troisième par M. d'Ehrenfels. ^° Liaison des congrès internationaux d'agriculture avec l'Institut agricole de Rome. Sur cette question, le D'' Rœsicke-Gôrsdouf a publié un travail dont nous donnons plus loin les conclusions. 3° Conditions de la conservation de la classe rurale. MM. le D' Karl von Grabmayr, de Vienne; le D' Karl Hoff- MEisTER, de Vienne; le comte Kuefstein ; le directeur Grimm, ont lu des rapports. 4° Etude comparée de V imposition du rendement de l'agriculture. Le professeur D'' von Heckel a traité la question d'une manière générale ; le D"" J.-R. von Bauer s'est placé au point de vue spécial des divers Etats de l'ancien monde, et le D' H. Hôfflinger a étudié la question dans les États-Unis de l'Amérique du Nord. M. Martens s'est occupé du dégrèvement du sol en Belgique. 5° Enfin, le dernier point discuté a été celui des ouvriers agricoles au point de vue international. Le D' Hermann von Schullern, de Vienne, et le D' Horacek, de Prague, ont déposé des rapports ; plusieurs autres travaux sur celte question, qui prend de jour en jour plus d'importance, n'ont pu être 12 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE imprimés à cause de leur envoi tardif. Toute une séance a été consa- crée à la discussion des moyens les plus propres à parer à lu pénurie des travailleurs agricoles. Nous donnons les conclusions des rapporteurs sur ces diverses questions, et ceux des rapports qui ont été publiés en français. I — Réglementation internationale des marchés à terme a) Voici les conclusions du rapport du comte Zklenski : (( D'après ce qui précède, je me permets de soumettre aux mem- bres du VHP Congrès international d'agriculture les propositions suivantes : « Le VHP Congrès international agricole demande que, dans les pays où la spéculation des marchés à terme sans couverture vient d'être interdite, les agriculteurs s'efforcent d'empêcher l'abrogation de celte loi. Mais si la loi actuellement en vigueur devait être modi- fiée, il faudrait agir de manière que cela ne se produisît qu'en vue de restreindre davantage encore, par la nouvelle loi, la spéculation de bourse. « Le congrès invite les agriculteurs des pays dans lesquels la spé- culation des marchés à terme sans couverture est encore en usage, à employer tous les moyens possibles pour qu'elle soit interdite, et le plus tôt sera le meilleur, « Le congrès juge désirable que, pour les produits agricoles, les cours des prix soient fixés à l'avenir, autant que j)0ssible, par les organes des producteurs et non par le commerce, comme cela a été pratiqué jusqu'ici. » b) Rapport du comte KoLOwnAT-Kr.AKOwsKY : « Le rapport du comte Zelenski ayant traité d'une façon très ap- profondie le caractère nuisible de la spéculation à terme dans les grains, il ne me reste plus, en qualité de co-rapporteur, qu'à loucher quelques questions qu'il a bien abordées en partie, mais qui, à mon avis, méritent sous un certain riii>|)ort d'être étudiées plus longue- ment. COMPTE RENDU DU VIII® CONGRÈS INTERNATIONAL 13 « Tout agriculteur praticien est renseigné sur le caractère nuisible des marchés à terme pour les grains, même s'il n'a pas été initié aux procédés compliqués et aux artifices raffinés de la technique des marchés à terme et à découvert. Nous, agriculteurs, nous avons res- senti amèrement ce caractère nuisible de la spéculation à terme dans les grains et dans les farines, et la baisse des prix de nos produits, qui n'était qu'artificielle, nous a révélé l'influence funeste de cette insti- tution. « Si, souvent, le profane n'est pas en état de s'expîîquer les causes de certaines maladies, il se rend tout de même bien compte, tel qu'un homme expérimenté, de ce qui peut être nuisible à sa santé. La même chose peut se dire des marchés à terme et à découvert dans les grains. Nous avons pu observer, et ceci est la preuve incontestable de leur nocuité, que les produits agricoles qui ne sont pas assujettis à cette funeste spéculation de bourse accusent un mouvement constant et uniforme dans leurs prix. « Pas de fluctuations, d'écarts de prix comportant plusieurs posi- tions dans quinze jours, mais une ligne régulière dans le schéma de la fixation des prix. L'orge nous en fournit un exemple classique en ce sens que les cotes durant une année, c'est-à-dire d'une récolte à l'autre, accusent une moyenne résultant de prix dont le maximum ne diffère que légèrement du minimum. « La raison pour laquelle l'orge ne peut pas être admise dans la spéculation à terme doit être cherchée dans le fait qu'elle est vendue exclusivement d'après échantillon et qu'ainsi le prix n'en peut être lixé que sur base de la qualité. C'est donc parce qu'elle n'est pas fon- gible, c'est-à-dire ne rentre pas dans la masse générale d'une sorte de grain, qu'elle ne se prête pas à la spéculation comme le froment, le seigle et l'avoine. C'est le bas prix de ces denrées usuelles qui a eu à soutenir la lutte la plus acharnée de la part des agriculteurs et même de ceux qui ne sont pas des ennemis déclarés de la spéculation. Il est vrai que ce produit était de qualité si inférieure et accusait un tel pourcentage d'impuretés que le commerce ne pouvait réellement l'utiliser. Et pourtant le prix de ce froment de rebut, appelé froment d'usage, servait de base pour la fixation du prix du froment de qua- lité. Les enquêtes sur les marchés à terme dans les grains faites en 14 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Alleiiiagne et en Autriche, de même que ropiiiion générale dans les milieux commerçants et meuniers qui pratiquent le commerce effec- tif, s'accordaient à déclarer que le produit d'usage ne sert qu'à la spéculation, mais pas à la consommation pratique. Si donc une insti- tution comme l'est la bourse à terme des grains n'existe que pour la spéculation, elle n'a pas raison d'être. Aussi les défenseurs de l'utilité de la bourse aux grains ne peuvent-ils toujours que répéter pour sa défense qu'elle présente au commerce un sûr garant contre les écarts de prix. C'est là un argument très curieux et certainement unique dans le commerce, si l'on envisage que des milliers d'articles indus- triels dont le commerce doit forcément s'occuper ne possèdent pas cette institution de garantie. (( Ces messieurs oublient tout à fait que ce qui garantit le marchand à terme ruine le producteur. C'est ce que nous allons démontrer brièvement. Le marchand à terme qui achète du froment en province effectivement à longue vue le vend, si possible, immédiatement à la bourse au même prix comme effet-papier. Plus il achète effectivement et plus il vend fictivement. Par là précisément le producteur perd l'avantage qui dériverait pour lui de ce nouvel achat, il ne participe pas à l'augmentation de prix que provoquent naturellement dans la vie pratique l'offre et l'achat, quand, comme on dit, une marchandise est livrée au marché. L'objection que l'on achète aussi le blé sur effet n'est pas fondée, car les ventes de denrées-papier offrent encore des avantages au spéculateur même ^ des prix en baisse. Les prix du froment fléchissent-ils beaucoup, il peut alors accentuer encore ce fléchissement en offrant son froment acheté effectivement et se rat- traper à la limite qui lui semblera bonne. Le prix du grain effectif monte-t-il au contraire, alors il y gagne effectivement plus qu'il ne perd lors d'une hausse en comblant le vide fait par ses ventes. Ce sont précisément la vente permanente et l'avantage qu'a le baissier, grâce à la technique de la bourse, qui causent les dommages considérables dont setils les agriculteurs sont atteints. • « Les observations des dix dernières années accusent aussi dans les prix des bourses une tendance permanente à la baisse à laquelle on ne peut opposer que quelques rares périodes de hausse. « Il y a encore une autre circonstance qui favorise la tendance à la COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 15 baisse, c'est que le privilège de la bourse n'est que pour le baissier, qui trouve précisément dans les usages de la bourse l'appui le plus puissant pour sa spéculation. « Ceci est amplement démontré par le fait que le droit de livraison dans les intimations n'est reconnu qu'au vendeur. Le droit d'offrir la marchandise effective et de contraindre l'acheteur à la prendre n'est, par contre, pas reconnu à l'acheteur. Il ne peut pas, par exemple, exiger le grain acheté pour le terme de mai, mais le vendeur a le droit de payer la différence. Autrement dit, la grande injustice, je dirai même la plus grande injustice que nous devions aux usages de la bourse, c'est que les droits du vendeur et ceux de l'acheteur ne sont pas les mêmes. « Il ressort de là, avec évidence, que la bourse à ternie des grains ne répond qu'aux besoins du spéculateur. C'est donc avec raison que les bourses sont attaquées par tous les milieux qui sont contraints de traiter à terme ou au comptant avec la marchandise effective et dans toutes les enquêtes il fut admis par les grands minotiers que même la garantie tant prisée, assurée par la bourse, ne leur est imposée, abs- traction faite de son succès problématique, que parce que les autres moulins de la concurrence font de même. « On remarquera d'ailleurs que ladite garantie ne fonctionne pas efficacement dans tous les cas, mais, au contraire, seulement en temps normal. Dans les temps agités, elle n'aide plus en rien. « Il est singulier que le public soit si ignorant en ce qui concerne les marchés à terme pour les grains. La presse et le public croient toujours que les attaques des agriculteurs contre la spéculation à terme ne sont pas fondées et émanent d'un sentiment d'égoisme, car l'institution des bourses est soi-disant un moyen d'animer le trafic et le commerce. Cette opinion qui veut faire croire que les bourses à terme des grains sont identiques aux bourses d'effets est absolument fausse. « Il est bien facile de prouver la justesse de mon assertion. Il est impossible, dans les bourses d'effets, de traiter de telles affaires, de provoquer de tels mouvements de baisse ou de hausse, parce que la marchandise est entièrement autre. La hausse, de même que la baisse, d'un effet, sont limitées à un certain chiffre. Par exemple, on 16 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE ne peut pas spéculer à la baisse sur des actions de crédit jusqu'à l'in- fini parce qu'un nombre bien limité en a été émis, on ne peut pas vendre trente mille titres s'il n'y en a eu que vini^t mille d'émis. « Entièrement différente est la situation à la bourse à terme des grains, où nous trouvons des stocks de blé illimités, où presque chaque mois voit surgir une nouvelle récolte dans le monde et où nous avons vu, comme il arriva à Chicago, que la production en blé de la moitié du monde fut accaparée par Leiter. Ce sont précisément les quantités illimitées de grain qui constituent le plus grand danger pour les producteurs, car, en effet, il suffit d'une seule dépèche d'un riche spéculateur ou d'un riche syndicat pour faire varier immédia- tement de plusieurs points les prix du blé. « 11 est curieux que seuls les spéculateurs parlent des bienfaits de la bourse, alors que les milliers d'agriculteurs qui sont contre la bourse n'arrivent pas à se faire entendre. On répand artificiellement l'idée que, sans la bourse à terme des grains, le commerce des grains ne florirait pas, oubliant tout à fait que beaucoup de pays existent sans posséder de telles bourses et que, sans aller bien loin, les pro- vinces d'Autriche avaient bien leurs bourses aux grains avant la sup- pression des marchés à tenne, où l'on ne traitait toutefois que les transactions effectives, au comptant. Loin de vouloir protester contre de tels centres d'activité commerciale, tout agriculteur comprenant ses intérêts les appuiera et encouragera leur développement. Nous luttons contre le principe de la spéculation et du pari et deman- dons que ce qui est interdit dans la vie privée ne soit pas toléré dans la vie publique, comme cela est effectivement le cas dans les bourses aux grains. « Ce serait méconnaître des faits que de vouloir nier que les mar- chés à terme et à découvert ne sont autre chose que spéculation et pari. « En supprimant les marchés à terme et à découvert en Allemagne et en Autriche, on a fait un premier pas en vue de l'amélioration du commerce des grains, et les agriculteurs autrichiens peuvent se féli- citer d'avoir obtenu ce succès, car précisément cette anm'e a accusé, en dépit de l'énorme récolte, une fermeté incroyable dans les prix, ce qui, certainement, n'eût pas été le cas si les marchés à terme et à dé- COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 17 couvert avaient encore existé. La réforme autrichienne ne suffît pas toutefois à assainir le commerce international des grains. (( Ce serait justement au congrès inîernational de Vienne d'offrir l'occasion de mettre fin aux machinations funestes de la spéculation à terme et à découvert internationale et d'atteindre ce que nous con- voitons tous, c'est-à-dire de la constance dans les prix des grains, de façon que les hausses et baisses subites soient rendues impossibles. « Il n'est point juste de prétendre que nous nous promettons un âge d'or de l'abolition de la spéculation à terme et à découvert. Ce que nous demandons, c'est de la justice pour le producteur comme pour le consommateur. Nous voulons une offre naturelle, une demande naturelle, non influencées par une spéculation effrénée ou, autrement dit, de la justice pour le consommateur comme pour le producteur. « Le VHP Congrès international d'agriculture décide que tous les agriculteurs, quelle qu'en soit la nationalité, doivent faire de la pro- pagande en vue de l'abolition des marchés à terme et à découvert en grains et en farines. » c) Voici les conclusions du rapport de M. d'Ehrenfels : « Le rapporteur conclut que le VHP Congrès international d'agri- culture veuille statuer : « Il n'existe guère une autre question touchant toute l'agriculture internationale pour laquelle il s'impose davantage de procéder d'im accord commun en vue d'assurer promptement et — pour prévenir les graves dommages que subiraient les États qui auraient déjà sup- primé les marchés à terme — simultanément l'abolition des marchés à terme dans tous les États. Si l'on agissait autrement, les États qui ont devancé les autres dans la suppression des marchés à terme se verraient bientôt contraints (en raison de leur isolement et, par suite, de l'inefficacité de. l'interdiction pour l'agriculture, en face des ins- tances de certaines sphères intéressées aux marchés à terme) de lever cette interdiction, ce qui aurait pour résultat d'anéantir pour un temps indéfini toute perspective d'amélioration des prix pour l'agri- culture internationale. » ANN, SCIENCE \GRO.\. — 3» SÉRIE — 1908 — I 2 18 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE II — Liaison des congrès internationaux d'agriculture avec l'Institut agricole de Rome (') Voici les conclusions du rapporteur : « 1° Les agriculteurs de tous les pays apprécient avec une vive reconnaissance le haut intérêt pour l'agriculture que Sa Majesté le roi d'Italie a montré par son initiative, ainsi que les gouvernements des États adhérents, par la fondation de l'Institut international d'agri- culture. L'agriculture espère que l'institut donnera un résultat satis- faisant, même avec son organisation présente. « 2" L'organisation actuelle de l'institut, qui n'admet comme mera- hres que les représentants des gouvernements, ne présente pas la forme parfaite d'une organisation conforme au but visé, parce que l'agriculture pratique n'y est ni représentée, ni autorisée à exiger la discussion de certaines questions par l'institut ; enfin, parce qu'elle n'a pas la possibilité d'influencer les décisions de l'institut d'une façon quelconque. « 3" Une transformation plus favorable ne serait pas obtenue en fondant à côté de l'institut gouvernemental un institut d'agriculture privé, si -on ne garantissait pas à ce dernier l'influence nécessaire sur l'institut gouvernemental. « 4" Une certaine influence pratique sur les mesures de l'institut gouvernemental serait possible par la communication oflîcielle des décisions des congrès internationaux d'agriculture. « Pour rendre ces décisions plus indépendantes de la place et du pays respectif des congrès, il semble utile de provoquer au sein des congrès des arrêtés distincts sur les questions qui devront être sou- mises à l'Institut d'agriculture à Rome. Les délégués des organi- sations d'agriculluix seraient seuls appelés à discuter ces arrêtés spéciaux. (') Cet Institut a été iuauguré en grande pompe à Rome, le 23 mai 1908, en pré- sence du Roi, son fondateur. Il est installé dans un palais neuf admirablement agencé, construit par Tarchitecte Fasserini. COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 19 III — Conditions de la conservation de la classe rurale A) Le D' Grabmayr condense dans les propositions suivantes les résultats de son long et consciencieux travail : « I) Il est indispensable, en vue d'assurer l'existence d'une classe ru- rale saine et forte, de combattre l'endettement hypothécaire croissant des terres des paysans par des mesures législatives et administratives propres à cet effet. L'action à entreprendre dans l'intérêt public, ea vue de dégrever le terrain, doit en premier lieu se donner pour but de Hbérer les terres des paysans de toutes les hypothèques dépassant la limite de prêts pratiquée par les instituts de crédit reconnus so- lides. A cet effet, on procédera, à l'aide des instituts de crédit fon- cier, à une transformation aussi générale que possible de toutes les hypothèques rurales en annuités non remboursables (rentes d'amor- tissement). « II) Là où il y aura des organisations satisfaisantes pour assurer le crédit réel et personnel, on disposera législativement que de nou- velles hypothèques rurales ne pourront être créées que dans la forme d'annuités non remboursables (rentes d'amortissement). Non seule- ment les hypothèques contractuelles devront tomber sous le coup de cette restriction légale, mais aussi les hypothèques executives. t( Des exceptions à cette règle ne seront admises que dans les suc- cessions et dans les cessions de biens en faveur de proches parents du testateur ou du cédant. (( III) Dans les territoires où la transmission indivise héréditaire des biens à un héritier répond aux usages existants, il s'impose de régler légalement la question des successions selon cet usage. Pour les biens de cette catégorie, on n'admettra des hypothèques d'accom- modement que dans la forme de rentes d'amortissement, tout en veillant à ce que l'amortissement capitaliste de ces rentes soit rendu possible par un institut de crédit foncier. » B) Voici les conclusions du rapport du D'Hoffmeister, de Vienne : « Le rapporteur conclut à la motion suivante : Le VHP Congrès in- 20 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE ternational d'agricalliire, siégeant à Vienne, est invité à statuer sur ce qui suit : « L'existence de la classe rurale est une condition absolument in- dispensable à la vie économique et politique des Ktals ; comme moyens propres à assurer l'existence de la classe rurale, il faut envisager : « 1" Une politique agraire bien comprise en vue d'établir un ren- dement satisfaisant pour l'exploitation agricole, attendu que la dis- proportion actuelle entre l'exploitation industrielle (et son taux d'in- térêt) et le rendement des exploitations agricoles (et son taux d'intérêt) constitue un grave danger, notamment en ce qui regarde l'existence de la petite et de la moyenne propriété rurale. Pour réaliser un ren- dement suffisant des exploitations agricoles, on envisagera : (' a) Avant tout une politique commerciale éclairée ; « b) Des tarifs justes ayant, d'une part, pour idéal l'introduction d'un tarif unitaire par kilomètre et, d'autre part, la création d'un tarif de taxation établissant une différence entre la matière brute et le produit manufacturé ; (( c) La consolidation de l'influence des producteurs sur les prix du marché en abolissant internalionàlement la forme de commerce ac- tuelle qui paralyse cette influence, savoir : les marchés à terme, les usages de bourses, etc., nuisibles aux producteurs, ainsi qu'en con- centrant le plus possible les offres des producteurs par la création de syndicats coop(''ratifs auxquels se rattacherait une grande. organisation de crédit (banques) pour satisfaire aux besoins d'argent des syndiqués, sans qu'ils soient obligés de jeter leurs produits sur le marché à de mauvais prix immédiatement après la récolte; enfin en établissant une statistique de production dont la publication aurait lieu après la récolte et en assurant la cote exacte et aussi fréquente que possible des prix dans les difl'érents marchés publics (pas seulement dans les bourses). « 2° L'établissement facile et modique de l'exploitation pour le propriétaire individuellement : « a) En consolidant le crédit personnel en vue de la création du ca})ital roulant nécessaire, de préférence par l'action coopérative (caisses Raiffeisen) ; « b) En écartant l'endettement hypotliécaire (rapport du D' von Gr\bma.yr) ; COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 21 « c) En arrondissant la propriété rurale par le moyen des remem- brements ; « d) En empêchant les boisements excessifs qui sont pratiqués habi- tuellement, notamment dans les Alpes, et qui menacent toute l'ex- ploitation alpestre, ainsi qu'en régularisant les droits de jouissance communs, éventuellement aussi en répartissant les terrains cultivés en commun ; « e) En créant des organisations qui auraient pour mission de pro- curer des ouvriers agricoles et d'améliorer leur sort parles avantages dont jouissent aujourd'hui les ouvriers industriels (caisse de malades, assurance contre les accidents et la vieillesse et pension en cas d'in- validité). La réalisation de ces institutions d'assistance pour les ou- vriers, qui constituent nécessairement une charge assez forte pour les patrons ruraux, ne pourra toutefois être assurée qu'autant que le rendement des exploitations agricoles sera plus considérable. Dans les régions d'exploitation en grand, où un besoin pressant d'ouvriers se fait sentir par suite du manque de petites exploitations et, par con- séquent, d'ouvriers locaux, on devra les créer en favorisant la fonda- tion des petites exploitations. « 3° La garantie d'existence des biens ruraux déjà existants : « a) En créant un droit de glèbe (système des biens indivisibles) ; « b) En créant un droit de succession rural qui favoriserait l'héri- tier du bien indivisible par rapport aux frères et sœurs, qui seraient dédommagés par des indemnités en argent ; « c) En introduisant une limite d'endettement maintenue aussi basse que possible, ce qui exigerait toutefois la monopolisation du crédit hypothécaire à accorder sur les biens ruraux par des instituts hypothécaires nationaux. « Les mesures indiquées sous a) jusqu'à c) sont reconnues par le congrès comme absolument nécessaires pour assurer l'existence de la classe rurale ; c'est à leur réalisation qu'on devra attacher la plus grande importance, même si l'on devait, dans les pays où la popula- tion rurale défendrait avec opiniâtreté la liberté de possession déjà existante, user des plus grands égards et n'agir que progressivement ; « d) En procédant éventuellement à une nouvelle réglementation du droit de chasse dans les pays où, comme c'est le cas dans diiïé- 22 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE rentes régions des Alpes, par exemple, la jouissance du droit de chasse est rendue dépendante de la possession d'un bien d'une cer- taine étendue, ce qui constitue un préjudice regrettable pour les paysans en face du capital mobile des citadins qui aspirent à s'appro- prier un terrain de chasse. « 4" La création de propriétés paysannes en vue d'assurer l'établis- sement et le maintien de la population rurale par l'institution de biens à annuités. » C) Rapport du comte Kuefstein : « I) L'exploitation du sol fournit les moyens d'alimentation néces- saires à la vie, ainsi que les matières brutes élaborées par l'industrie, c'est-à-dire les éléments indispensables à l'existence économique de la société ; elle est par conséquent la base économique do la société civile. « II) L'expérience enseigne que les conditions les plus propres à une prospérité générale et durable se trouvent dans une juste proportion d'exploitations agricoles grandes, moyennes et petites, proportion dont il va de soi que le contingent principal doit être fourni par des familles paysannes indépendantes cultivant un sol à elles, attendu que ce sont elles qui, par l'excédent de leur descendance, effectuent l'ap- port d'éléments nouveaux à la société, la conservent, l'accroissent. « III) Pareillement, l'expérience démontre ce fait fondé sur la na- ture de l'homme, que la transmission héréditaire de la propriété dans une même famille est un stimulant essentiel en vue de la con- servation et de l'accroissement de la capacité productive du sol, ainsi qu'en vue de l'amélioration de la propriété, fait dont la conséquence est, pour le profit de la société civile entière, un plus grand apport de produits sur le marché. « IV) En considération de ces faits et attendu, par ailleurs, que l'exploitation du sol s'accomplit dans un ensemble de conditions qui la différencie absolument des autres branches de l'activité, elle exige, aussi bien au point de vue économique qu'au point de vue juridique, un traitement absolument distinct, « V) De là la nécessité d'une action visant en particulier les buts suivants : « n) Que les fauiillcs paysannes établies sur un sol à elles et l'ex- COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 23 ploitant, familles constituant la souche primordiale de la société, soient conservées économiquement vigoureuses et pourvues de leur capacité productive ; (( b) Par suite, les conditions d'écoulement des produits agricoles doivent être réglementées rationnellement (fixation des cours du marché par les tarifs douaniers et restriction du courtage intermé- diaire, statistique de la production, notation des prix, etc.) ; « c) Toutes les améliorations des procédés d'exploitation doivent être favorisées ; « d) D'autre part, les propriétés famihales paysannes doivent être préservées soit de l'absorption en un tout, soit du morcellement effectué par la spéculation ; « e) En conséquence, nécessité de poursuivre la formation de biens paysans indivisibles, constitués par législation spéciale, et l'introduc- tion des biens à annuités, selon l'exemple de la Galicie ; « f) L'obèrement du sol étant la source ou l'aggravation de la plu- part des périls, il est de toute nécessité de poser des limites ration- nelles, principalement aif grèvement hypothécaire. Toute mesure susceptible de coopérer à ce résultat doit être accueillie avec joie. En particulier, la faculté de consentir le prêt hypothécaire devrait être réservée à des établissements de crédit de l'État ou à des éta- blissements spécialement autorisés et sous le contrôle de l'Etat. La limite de grèvement devrait être ou bien explicitement stipulée, ou bien déterminée, de fait, par des dispositions spéciales régle- mentant le crédit. Un réseau général d'institutions de crédit selon le système Raiffeisen, reliées à un établissement central et surveil- lées par l'autorité, aurait à pourvoir aux besoins du crédit per- sonnel ; « g) Lors de la transmission des biens aux héritiers (soit entre vifs, soit après décès), il devra constamment être tenu compte de ce qu'en règle générale le preneur de l'exploitation agricole est tenu d'em- ployer toute son activité à tirer du bien par lui repris, non seulement l'entretien de sa propre existence, mais, en plus, la rente imputable aux parts des autres ayants droit, alors que ces derniers restent libres de consacrer leur activité entière uniquement à leurs propres besoins. » 24 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE D) Conclusions du rapport de M. Gfumm : « D'après les explications qui j)récèdpnt, nous nous ])ei'nieltons de présenter au VIH' Congrès international d'ai^riculture les conclusions suivantes : « Pour la conservation de la classe lurale, il est absolument néces- saire, en dehois des efforts tentés pour l'amortissement des dettes, d'augmenter le bénéfice net de l'agriculture. « Pour l'augmentation du bénéfice net de l'agriculture dans les régions des Alpes, voici ce qui est spécialement recommandable : « 1° Gi'néralisation et amélioration de l'instruction professionnelle de l'agriculture ; « 2" Aplanissement des difficultés provenant du manque de domes- tiques, par la création de pensions convenables de retraites pour la vieillesse en faveur de la classe des domestiques agricoles et création de la possibilité pour les travailleurs d'avoir leur propre ménage ; « 3" Amélioration de tout ce qui se rapporte aux voies de commu- nication. » On peut se rendre compte, par le nombre et l'importance des rap- ports sur cette question des moyens les plus propres à assurer le bien-être et, par suite, le maintien, voire l'augmentation de la classe rurale, combien, en Autriche et en Allemagne comme en France, ce point, si important pour la prospérité agricole de tous les pays, donne de soucis aux esprits prévoyants, aux économistes avisés. IV — Étude comparée de l'imposition du rendement de l'agriculture a) Voici les conclusions des rapports des D" von Heckel et von Bauepx : 4 La forme typi(iue de l'imposition sur les produits de l'agriculture est l'impôt foncier. Les productions et les occupations accessoires qui se rapportent à l'agriculture sont pour la plupart soumises à l'impôt sur les recettes professionnelles ou sur le revenu, dès que, sortant du COMPTE RENDU DU VIII' CONGRÈS INTERNATIONAL 25 cadre de la production primitive, elles affectent un caractère indus- triel. « L'impôt foncier, établi généralement sur les données cadastrales, est un impôt atteignant le rendement net, çà et là et isolément une combinaison d'imposition du rendement net et du rendement brut ou un complément de l'impôt général sur le revenu, sous forme d'impo- sition préalable ou préventive du revenu découlant de la propriété foncière : en d'autres termes, une part intégrante de l'impôt sur la richesse. roduits agricoles et de banque, afin d'acquérir ce qui, malheureusement, manque à tant d'agricul- teurs : une instruction commerciale suffisante. « Quiconque poursuit réellement une voie scientifique et, par suite, éprouve le besoin d'éclairer les causes théoriques de ses occu- pations pratiques en suivant les progrès de la science et en s'eflbr- çant d'égaler, en ce qui concerne l'instruction générale, les intelli- gences d'élite des autres professions, celui-là, dis-je, s'il possède en outre le temps et les moyens, s'il peut prévoir que sa position future, soit comme propriétaire ou fermier, comme employé ou professeur, sera en rapport avec les dépenses ftiites pour son éducation scienti- fique et ses prétentions à devenir un homme d'instruction supérieure, celui-là ne devra pas manquer l'occasion d'acquérir une [trofonde instruction scientifique. « Malgré tout, il ne sera pas ainsi muni d'une armure efficace vis- à-vis de toutes les exigences de la vie. Même la science la plus ap- profondie a des bornes et n'est pas infaillible; l'agriculture, comme toute autre profession, n'est pas seulement une science, mais bien un art. « A l'aide d'habileté i»ratique, elle doit puiser dans cette expé- rience toujours augmentée et vieille de plusieurs milliers d'années et elle y trouvera des façons de faire fort utiles, alors même que la science lui fera défaut. « La pratique a, du reste, toujours devancé la science et elle le fait encore aujourd'hui, puisipi'elle ne ]»eut attendre que les derniers secrets de la science soient dévoilés. On en peut facilement trouver des exemples dans la théorie de la circulation de Tazole et dans celle de l'alimentation des animaux. COMPTE RENDU DU Vlll'' CONGRÈS INTERNATIONAL 35 « Les hommes comme les animaux doivent être nourris chaque jour, et les champs alimentés de substances végétales ; malgré l'im- perfection et les contradictions des recherches physiologiques, la seule consolation qui nous reste c'est que, dans la vie pratique, il ne s'agit pas de faire tout absolument bien, mais simplement mieux que nos prédécesseurs et nos concurrents ne l'ont fait. (( Or la science peut contribuer à cela pour une part considérable, en nous faisant seulement éviter des erreurs et des méprises posi- tives. Toute étude scientifique aiguise en outre le don d'observation et le coup d'œil critique, empêche de se contenter de l'apparence d'explications plausibles et rend apte ainsi à faii-e des expériences pratiques vraiment décisives. (( Sa dernière utilité, et non la moins importante, consiste enlin en ce qu'elle donne la faculté de suivre les progrès de la science et de juger, à leur propre valeur, les publications théoriques et pra- tiques. (( Maintenant, quelles seront les qualités de l'instruction scienti- fique devant amener à ce résultat ? « L'agriculture est la plus répandue de toutes les professions, de même qu'elle a aussi été l'origine de toutes les activités profession- nelles. Elle est donc en relations plus ou moins proches avec presque toutes les branches de la science. « Son étude doit, par conséquent, être des plus étendues si l'on veut remonter aux sources et ne pas se contenter de traiter certaines branches de l'exploitation agricole en faisant des incursions plus ou moins approfondies dans les sciences fondamentales ou accessoires. « Depuis que Liebig a porté de si énergiques attaques contre cette méthode d'enseignement, elle est à peu près abandonnée pour l'ins- truction agricole supérieure, quoiqu'elle joue parfois encore, dans les cours agricoles spéciaux, un rôle plus grand que celui qui lui revient de droit, entraînant ainsi les étudiants à négliger l'instruc- tion rigoureusement scientifique. « A la vérité, si cet enseignement scientifique voulait cultiver toutes les sciences qui se rattachent à l'agriculture, ni le temps, ni la capacité des étudiants n'y suffiraient. Par suite, l'on ne pourra jamais traiter à fond la chimie et la physique, la géologie et la miné- 36 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE ralogic, toute la botanique, y compris la physiologie des plantes, toute la zoologie, y compris la physiologie des animaux, l'économie politique et la jurisprudence. (( Il faudra plutôt se limiter à une forme adaptée aux besoins de l'instruction agricole. Naturellement il faut que l'étudiant possède dans toutes ces branches une instruction purement scientifique et systématique ; il doit connaître la méthode de l'exploration scienti- fique proprement dite et apprendre à réfléchir d'après les règles de l'histoire naturelle ou de la jurisprudence. « Tout cela est parfaitement possible, pourvu que l'on évite d'ap- profondir toute étude détaillée et qu'on se borne à voir en première ligne ce qui se rapporte plus particulièrement à l'agriculture et, seu- lement d'une façon secondaire, les autres branches, dans leur rap- port avec elle. « C'est de cette manière qu'il sera possible à l'agriculteur de pénétrer à bref délai et d'une façon suffisante l'essence de la doc- trine proprement dite et de s'approprier des connaissances utiles à sa profession. « De là résulte la nécessité d'instituer des établissements, labora- toires et cours pratiques séparés et adaptés aux besoins de l'étudiant agriculteur. 11 ne faudra pas perdre de vue que l'on veut former des agriculteurs et non des physiciens, des chimistes, des écono- mistes, etc. « Du reste, le progrannue de la matière scientifique est déjà telle- ment surchargé, que l'on ne saurait trop conseiller à l'étudiant de concentrer son application, selon ses facultés ou ses goûts, sur des branches pai'ticulières, d'approfondir celles-ci plus sérieuse- ment, tout en parcourant les autres. « Supposant que l'instruction totale des sciences fondamentales et accessoires est donnée par des maîtres qui connaissent l'agricul- ture et ses besoins, et, par conséquent, en tiennent comple dans leur mode d'enseignement, on pourra, contrairement à la coutinne d'aujourd'hui, abréger sans aucun détriment l'instruction agricole proprement dite et confier l'instruction pratique d'agriculture à la prati(}ue elle-même, ainsi qu'à la lecture ou à ces cours spéciaux récennnent créés pour agriculteurs. COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 37 « En premier lieu, la soi-disant chimie agricole, ce bâtard des matières scientifiques les plus difTérentes, pourrait ensuite dispa- raître du plan d'études, car on n'aurait plus besoin de ce pis-aller qui n'a une raison d'être que là où l'étudiant ne peut trouver ce qu'il cherche dans les établissements spéciaux d'histoire naturelle. « Les véritables cours agricoles pourraient alors écarter tout côté dogmatique et devenir plutôt descriptifs et historiques. « Gesdits cours pourraient alors, en traitant l'histoire du dévelop- pement des différentes branches — jusqu'à leur état actuel dans les diverses régions, — démontrer leur corrélation avec les circonstances locales, en déduire des conclusions pratiques, et par là, animer l'es- prit individuel des étudiants d'une tout autre façon que ne le pour- rait faire n'importe quelle formule ou prescription pratique. « Non seulement un mode d'instruction ainsi organisé portera de meilleurs fruits pour les étudiants, mais il aura encore l'avantage qu'on ne peut trop apprécier pour le dévelo})pement de la science agricole et des sciences en rapport avec elle, qu'un grand nombre de savants spéciahstes seront amenés par là à se consacrer, dans leurs recherches scientifiques, principalement aux parties de leur ressort qui ont de l'importance pour l'agriculture. « A cet effet, il est certainement indispensable que sous le rapport de la position officielle, du traitement pécuniaire et des installations, ces chaires d'instruction soient dotées de manière à pouvoir con- courir avec toutes les autres institutions scientifiques, car seulement alors, il sera possible de leur procurer des spécialistes éminents — et, sans ces derniers, les meilleures institutions ne servent à rien. « En face de ces exigences, la question auparavant si chaudement discutée de savoir si l'on doit préférer une institution supérieure agricole à une université, une école agricole indépendante ou une annexée à une école polytechnique supérieure, cette question perd complètement son importance. « Le résultat désiré peut être obtenu dans toutes ces institutions si les cours et les exercices sont organisés de la manière ci-dessus mentionnée, et si l'étabhssement est assez grand pour assurer une atmosphère scientifique suffisante, tant aux professeurs qu'aux élèves. 38 ANNALES DE LA SCIENCE AGnONOMIQUE « Toule réunion locale ou organique avec d'aulres écoles supé- rieures scient ifi([ucs no peut naturellement qu'être utile, car elle favorise les relations scientiliques et foin^nit l'occasion d'une instruc- tion complète. Mais une seml)litlile réunion serait achetée trop cher si on ne voulait point offrir aux étudiants agriculteurs des cours et des exercice^ pratiques spéciaux dans toutes les branches impor- tantes pour eux. « Certainement on n'aurait pas, à un moment donné, débattu ces points avec tant de chaleur, si les soi-disant questions de dignité n'y avaient joué un rôle tellement important. « Cela a été le grand mérite du célèbre maître luilin d'avoir — en quelque sorte — porté à un très haut degré l'instruction agricole et d'avoir montré par ses éminents travaux de quel traitement scienti- fique les problèmes agricoles sont susceptibles, et, par cette raison, l'enseignement agricole est digne, sous tous les rapports, d'être représenté à l'université. « Depuis, les circonstances ont complètement changé. On a fait disparaître le monopole des universités qui avaient été jusqu'alors les seules et les plus hautes pépinières des sciences. « Vu l'épanouissement des écoles polytechniques et des écoles spéciales, l'admission à l'université a cessé d'êlre la plus haute dis- tinction ou le plus grand honneur scientifique. « (.a technique de toutes les professions s'est aussi émancipée scientifiquement, et elle possède des écoles d'instruction qui ne le cèdent en rien à l'université. « On peut donc abandonner toute discussion sur ce point et riva- liser mutuellement pour mieux atteindre le but. (( A ce sujet, la façon d'agir à Vienne mérite d'être parliculière- ment considérée. « Une institution qui comprend, comme ici, les études forestières et agricoles, si étroitement liées entre elles, et de plus toutes les autres branches se rattachant à l'agriculture, branches enracinées sur le même terrain, une semblable instilulion peut, sous tous rap- ports, réclamer le titre de véritable école supérieure d'agricul- tu re . « A tous les points de vue, elle est capable de faire peser dtnis la COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 39 balance un poids sciontifique suffisant pour maintenir son rang à côté de toutes les hautes écoles. (( Pour résumer ici l'essence des opinions exposées si brièvement dans le présent rapport, disons que : « L'instruction agricole supérieure réclame, pour toutes les bran- ches fondamentales et accessoires, des établissements d'instruction, laboratoires spéciaux et autres institutions destinées à l'enseigne- ment. « Si ces écoles sont convenablement installées et si dans les établissements mêmes ou dans leur affiliation à d'autres écoles, il y a possibilité pour l'étudiant de s'approprier une instruction géné- rale, il est évidemmem d'une importance secondaire que l'institu- tion soit indépendante ou qu'elle fasse partie d'une autre école supé- rieure. » II — Rapports entre l'offre et la demande des employés supérieurs dans les exploitations agricoles et fores- tières a) Conclusions du rapport de M. Egger-Môllw.vld : ft En principe, il est fort regrettable, au point de vue de l'éco- nomie nationale, que, par suite de circonstances défavorables, un grand nombre de ceux qui ont dépensé beaucoup de temps et d'ar- gent à acquérir une instruction perfectionnée pour exercer leur pro- fession se voient empêchés de le faire, et il est fort à souhaiter qu'une réforme mette fin à la situation présente. « Dans le dessein de rétablir un rapport plus naturel entre la production et l'emploi de spécialistes, ayant reçu une instruction supérieure, il faut avant tout que l'on crée, pour la jeunesse, de meilleures chances d'obtenir des places plus conformes au degré d'instruction, et cela dans un délai présumable. « D'un côté, une certaine amélioration se produira d'elle-même si, avec le temps, un plus grand nombre de spécialistes, ayant fait des études universitaires, parviennent à des positions dominantes ; 40 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE d'un autre côté, il faudrait cependant, conformément à ce qui a été dit plus haut, formuler, dès aujourd'hui, certaines exigences répon- dant à des besoins (jui se sont déjà fait sentir à plusieurs reprises : « 1° Poui" acquérir un matériel de statistique qui nous fait défaut aujourd'hui et qui servirait de base à des réformes ultérieures, il serait avantageux de faire faire des constatations i)ar voie adminis- trative (au moyen de questionnaires), constatations qui établiraient le degré d'instruction des employés agricoles et forestiers d'une façon précise ; « 2" Pour garantir aux spécialistes, ayant fait des études académi- ques, les débouchés déjà existants, l'Etat établirait que, pour devenir intendant de certaines propriétés étendues, plus amplement désignées par la loi, il faudrait produire des titres académiques; « 3" On créerait de nouveaux débouchés aux spécialistes munis de titres académiques en leur assurant un einploi plus étendu dans les départements spéciaux des bureaux centraux agricoles et fores- tiers ; ensuite en instituant des rapporteurs dans les corps politiques et représentatifs, soit à l'intérieur, soit à l'étranger (consulat), sans oublier que ces spécialistes pourraient trouver des places convena- bles comme secrétaires auprès de corporations agricoles officielles. « En sus, il serait recommandable de ne subventionner les syndi- cats qu'à la condition expresse d'avoir à leur tête des spécialistes diplômés. « Alors la juste proportion entre l'offre et la demande de sujets ayant fait des études agricoles et forestières dans des écoles supé- rieures (université, etc.) serait rétablie à la satisfaction de tous les intéressés. » b) Conclusions du rapport de M. Bœttger : « Le VHP Congrès international d'agriculture se croit obligé de constater qu'à présent, dans presque toutes les branches de l'ins- truction supérieure d'agriculture et de sylviculture, il y a beaucoup trop d'étudiants agronomes el forestiers pour les places qui sont disponibles dans les exploitations agricoles ou forestières. Pour dis- tinguer ceux qui ont achevé leurs études à une université, des étu- COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 41 (liants d'autres écoles spéciales, et pour leur assurer, dans la pra- tique aussi, les avantages qui leiu- sont dus en vertu de l'instruction générale et spéciale supérieure dont ils ont joui, il serait bon de terminer cette instruction dans des écoles jointes à de grands éta- blissements ruraux, en concentrant l'enseignement théorique et en le liant très étroitement à la pratique. La manière la plus sûre d'atteindre ce but serait de consacrer les instituts d'agriculture, à l'avenir, uniquement aux recherches scientifiques et à former des professeurs, tandis que l'éducation des employés et des praticiens devrait être confiée à des écoles spéciales supérieures, qu'il faudrait créer tout exprès, et dont l'organisation demanderait une connexion intime avec la vie pratique ; quant à l'admission à ces écoles, il ne serait pas nécessaire d'exiger que les aspirants aient passé le bacca- lauréat d'un lycée. Cependant, si l'on ne veut pas faire de concession sur ce point pour conserver l'égalité avec les autres universités, il paraîtra juste qu'on accorde aux étudiants de ces écoles supérieures un certain dédommagement pour la durée plus longue de leurs études, de même que pour les frais augmentés qui s'y rattachent, en leur concédant le- droit de se retirer du service quelques années plus tut que les employés qui n'ont fréquenté que des lycées ou autres é(5oles spéciales, avec la jouissance de la somme de pension entière, et sans qu'eux-mêmes ou leurs patrons dussent verser de contribu- tions plus grandes à la caisse des retraites. » III — Y a-t-il lieu d'exiger légalement un certificat d'apti- tude pour les directeurs des exploitations agricoles et forestières? (/) Conclusions du rapport du baron H. de IIaerdtl, avocat à Vienne : « En considération des raisons exposées ci-dessus, le congrès est prié de rejeter la question tendant à la mise en vigueur d'une loi, par laquelle tout individu appelé à remplir les fonctions d'em- ployé ou agent supérieur dans une proprif'té ou un domaine agri- cole d'importance, serait tenu de produire un certificat d'aptitude 42 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE avant d'entrer en fonctions, et interdisant aux propriétaires terriens de confier la direction de leurs terres à des personnes non munies d'un tel certificat. « Par contre, le congrès est prié de répondre affirmativement à la question en ce qui concerne les agents forestiers et de constater que, dans l'inîérèt du salut public, il serait fort désirable que la loi contraignît les pi'opriétaires de forêts de quelque importance à n'en- gager comme agents forestiers que des individus ayant subi les examens de rigueur, dans une école forestière de compétence indis- cutable. « Cependant, l'application de ladite loi ne devrait pas dépendre uniquement de l'étendue des forêts, mais aussi des circonstances particulières à cbaijue contrée, ainsi que du rendement des im- meubles et surtout des contributions et impôts auxquels ces derniers sont soumis. « Enfin, il serait même à souhaiter que la loi exigeât le certificat d'aptitude des agents forestiers chargés de la surveillance de bois et forets de moindre importance et défendît aux propriétaires d'en- gager de tels agents sans certificat. » b) Conclusions du rapport du P' R. von Gl'ttenberg : « En résumant les détails donnés ci-dessus, on en déduit -les conclusions suivantes qui peuvent être présentées comme proposi- tion à la discussion de l'assemblée : « 1° Le VIII* Congrès international d'agriculture de Vienne reconnaît le grand inconvénient qu'il y a d'admettre, comme on l'a fait souvent jusqu'ici, à des places d'intendants et même de direc- teurs, dans les exploitafions agricoles et forestières, des personnes sans capacités i)rûfessionnelles ou n'ayant qu'une insufiisante ins- truction i)réparaloire. « Par suite de cet état de choses, la bonne exploitation de la pro- priété en (juestion, surtout la conservation des forêts, est mise en péril, au préjudice du propriétaire et du bien public, et la position sociale de l'employé des domaines agricoles s'en trouve amoindrie ; « 2" La demande d'un certificat d'aplitudo pour les enqiloyés des COMPTE RENDU DU VIII® CONGRÈS INTERNATIONAL 43 domaines agricoles qui, dans un service privé, doivent occuper une position de gérant d'une exploitation agricole ou même de directeur, ne semble justifiée de la part de l'État que là où il s'agit de l'exploi- tation de très grandes forêts dont la conservation en bon état est exigée dans l'intérêt du bien public. « L'extension de cette demande aux employés de la propriété agricole privée ne peut être recommandée, eu égard à l'atteinte portée au droit des propriétaires de disposer d'eux-mêmes, et de plus, parce qu'ici les intérêts publics n'entrent pas au premier plan. Au contraire, il faudrait exiger la preuve d'une complète aptitude professionnelle pour toutes les personnes qui sont employées par l'État, soit à la direction d'une exploitation agricole, soit à l'exé- cution de travaux techniques dans le domaine de l'agriculture et de la sylviculture, de même que pour ceux qui sont autorisés à exécuter de semblables travaux chez les particuliers ; « 3° Le VTII® Congrès international d'agriculture déclare tout à fait désirable que les propriétaires de biens agricoles et fores- tiers n'emploient, à l'administration de ces domaines, que des personnes pouvant produire un certiiicat d'aptitude pour cette posi- tion, et ce devrait être la tâche des associations d'employés des domaines agricoles, ainsi que des corporations agricoles et fores- tières, d'agir dans la mesure de leurs moyens pour que ce principe fût admis ; « 4." Le certiiicat d'aptitude témoignerait : que l'on a passé dans des écoles agricoles et forestières d'une catégorie adaptée à la sphère d'activité de l'employé, et que l'on a subi un examen prou- vant des capacités théoriques et pratiques. Ces examens seraient confiés de préférence ri l'Ltat même, qui nommerait des commis- sions d'examens capables de donner des certificats légaux {^taals- gûllig) ; (S. 5° Il est à sou-haiter que, pour la gestion de grandes propriétés agricoles et forestières, surtout pour la direction de la gestion de ces mêmes propriétés, on ne prenne que des spécialistes ayant reçu une instruction académique, c'est-à-dire ceux qui ont fait leurs études spéciales dans une école supérieure agricole ou forestière en qualité d'étudiants réguliers. 44 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE c) Conclusions du rapport de M. von Jarosciika : « Le certilicat d'aptitude ne devrait être exigé des directeurs autonomes d'exploitations agricoles que dans le cas où il s'agirait de l'administration de biens appartenant à l'État, « Les directeurs autonomes, c'est-à-dire ceux dirigeant en chel", devraient produire le certilicat d'aptitude lorsqu'il s'agirait de l'ad- ministration de fonMs appartenant à l'Etat, aux communes, à l'Église, à des fondations, à des corporations, à des établissements publics, à des fidéicommis. « Pour les territoires boisés dont la complexion ne comporte pas un fonctionnaire forestier qualilié, les autorités administratives compétentes auraient à pourvoir d'office à un contrôle exercé par un agent d'une capacité technique suffisante. « Ce contrôle des autorités devrait, dans l'intérêt public et en vue de prévenir les dévastations des forêts, intervenir également auprès des particuliers, propriétaires de forêts, par l'organe d'agents techniques forestiers. » IV — De l'expérimentation dans les écoles secondaires d'agriculture comme moyen d'enseignement et objet d'étude Conclusions du rapport du P' Schindler : « En terminant cet exposé, le rapporteur croit pouvoir résumer les déductions qui précèdent par les résolutions suivantes, qu'il soumet à la discussion du VHP Congrès international d'agriculture. « L'orientation de l'enseignement, dans les écoles secondaires d'agriculture, doit être dirigée d'une façon plus intensive qu'on ne l'a fait jus(pi'ici vers un but d'enseignement agronomique, et cela : « //) Par l'extension, s'il est possible, et par l'approfondissement de l'instruction, au moyen de l'enseignement par les yeux dans le terrain de l'école ; « b) Par une action expérimentale s'adaptant aux écoles secon- daires et tenant compte des besoins de l'économie agricole pratique, COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 45 mode d'action qui devrait être transformé en une institution perma- nente ; c( c) La direction de ces expériences devrait être confiée à des professeurs de botanique et de chimie agricole. Il faudrait leur concéder une complète indépendance pour tout ce qui touche à ces expériences. « Toutefois, ces maîtres auraient aussi à assumer la responsabi- lité et à se charger de la publication périodique des expériences ; « (/) Il faudrait consacrer, chaque année, à l'exécution de ces expériences, des sommes auxquelles serait donnée la détermination formelle de « Fonds pour expériences » . V — Création d'un enseignement agricole et forestier dans les écoles primaires et secondaires Conclusions du rapport de M. JuGOViz : « En conséquence de ce qui précède, le rapporteur présente à l'approbation du VHP Congrès international d'agriculture de Vienne les propositions suivantes, conformes aux idées actuelles : « I" Il importe d'attirer l'attention des corporations agricoles et forestières sur ce point que l'introduction de cours d'enseignement, embrassant l'étude de l'agriculture, est admissible dans les écoles publiques primaires et les écoles primaires supérieures et que, si la nécessité s'en fait sentir, ces cours peuvent et doivent être créés. « Dans toutes les écoles de ce genre, on doit s'efforcer d'obtenir un enseignement agricole s'adaptant aux besoins de la région, à cause de la grande valeur pédagogique de cet enseignement et pour la vulgarisation de la science traitant de l'agriculture. « Le gouvernement et la représentation nationale sont aussi priés de vouloir bien accorder, à l'avenir, leur encouragement à l'intro- duction de l'enseignement agricole et à la pratique des sciences agricoles et forestières dans les écoles d'un rang ci-dessus nommé ; « 2° Dans ce but, il faut agir en sorte qu'il soit possible aux maîtres des écoles publiques primaires et des écoles primaires supérieures, d'acquérir dans des écoles normales d'instituteurs ou 46 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE dans des cours particuliers d'enseignement agricole et forestier, les connaissances qui leur sont nécessaires en agriculture pour professer ces mêmes connaissances dans les écoles publiques pri- maires et pri[naires supérieures ; « 3" 11 faut agir en sorte que dans les lycées, collèges et écoles techniques {ReaUchulen), l'instruction concernant l'agriculture et toutes les professions qui ont avec elle des points d'attache, s'étende autant qu'il semble nécessaire pour une instruction générale et pour le choix d'une profession ; « 4° Il importe d'offrir aux maîtres des écoles secondaires la possibilité d'acquérir, par des cours particuliers dans les écoles supérieures ou dans les académies, des connaissances assez étendues sur l'agriculture pour fournir une instruction générale d'information sur tout ce qui concerne l'économie agricole ; « 5° Pour les pays d'une certaine étendue, qui ont beaucoup d'écoles, il faut envisager l'introduction de professeurs spéciaux d'agriculture dans les écoles publiques primaires et primaires supé- rieures, dans les écoles normales d'instituteurs, dans les lycées, collèges et écoles techniques {RealscUuLcn). VI — L'éducation agricole et ménagère des femmes ; le rôle social de la fermière et son éducation professionnelle M. DE VuYST, inspecteur principal de l'agriculture, à Bruxelles, s'est occupé depuis plusieurs années, avec ardeur, de cette impor- tante question; c'est pourquoi nous publions intégralement son inté- ressant rapport : « Les économistes et les agronomes ont compris depuis longtemps le rôle social de la fermière et il faut rendre hommage à ceux qui ont entrevu l'importance de sa mission. « Cette importance est telle, qu'on serait tenté de croire que les hommes d'œuvre l'ont trop souvent méconnue, ou du moins qu'ils ne s'en sont pas assez activement occupés. « Le rôle de la fermière est très complexe : il faut à cette vaillante des (jualités nombreuses et de multiples connaissances. COMPTE BENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 47 « Mère de famille, elle assume la charge de l'éducation des enfants; par son influence éducatrice, elle contribue à fortifier cette race de campagnards qui forme l'élément le plus sain et le plus stable de la nation, race vigoureuse qui ne cesse d'être pour la société un réservoir inépuisable de forces vives et d'énergies morales. « En inculquant à ses enfants les habitudes et le goût de la vie des champs, n'est-ce point elle encore qui enraiera les progrès de cet exode rural qui menace de devenir un fléau de notre époque ? Car, cet exode n'est point seulement le fait de raisons économiques, il a des causes morales que seule une éducation vraiment agricole peut supprimer. « Certes, il est des fermières qui sont d'excellentes et admirables éducatrices, mais il est incontestable que sous ce rapport des progrès restent à faire par la généralité des campagnards. « A cette mission essentielle que la fermière doit assumer presque sans aide, viennent s'ajouter pour elle d'autres labeurs qu'elle seule encore peut accomplir avec succès. « Gomme ménagère, c'est sur elle que retombe le soin d'amé- liorer l'alimentation du cultivateur. « Le problème de l'alimentation de l'homme est à lui seul une question sociale ('). Et de quelles ressources la fermière ne dispose- t-elle pas ? Tandis qu'en ville l'on est tenu d'accepter des produits alimentaires qui pour arriver au consommateur ont passé des mains des producteurs à l'étalage de divers intermédiaires, la fermière a constamment sous la main des aliments frais et non frelatés (légumes, lait, beurre, œufs, etc.). Combien il lui est aisé dès lors d'assurer au monde de la ferme une alimentation économique et saine ! « C'est la fermière encore qui doit veiller à la propreté, à la simplicité et au bon goût dans les vêtements. C'est elle qu'il faut convaincre et mettre en œuvre si l'on veut arriver à remédier à l'état, si défavorable en général, de l'hygiène de l'habitation à la (') Importance sociale du problème de ralimentation. Voir Frank : Éducation do- mestique, p. 46 et suiv. Paris, Larousse, 1903. 48 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE campagne. C'est à elle qu'il faut montrer les bienfaisants effets de la lumière, les dangers, de l'humidité, les ravages que peuvent causer les eaux contaminées par l'infiltration de matières organiques, des fumiers, des égouts, etc. « C'est la fermière, enfin, qui, par des soins peu coûteux, mais inspirés par un bon goût, peut rendre le ho)ne familial plus confor- table et plus riant, plus attrayant pour le mari et pour les fils que guettent les cabarets démoralisateurs. « M. le baron de Montenach fait remai-quer avec raison (*) com- bien le cultivateur subit le charme de la nature ; il s'en enveloppe et s'en imprègne, tandis que l'ouvrier industriel est plus essentiel- lement traducteur. Le peuple possède une fraîcheur d'expressions et un penchant susceptible d'élargir son horizon qui le rendent plus propre aux jouissances esthétiques que certains milieux soi-disant plus élevés dans la hiérarchie sociale. « A examiner les meubles aujourd'hui tant appréciés par les connaisseurs d'art, meubles simples et beaux, qui faisaient autrefois la sobre décoration des vieilles fermes (^), à admirer même ces vieilles fermes de style dont la solidité a défié les siècles, il semble que jadis le cultivateur n'était pas dépourvu de bon goût. « Pendant la période de crise économique, les aspirations du cultivateur ont été plus matérielles : l'argent était rare, la vie coûtait cher et tous les soins du cultivateur convergeaient vers le primum vivere. a. Mais l'aisance revient peu à peu à la campagne et si, il y a quelques années, il fallait vivre d'abord, à présent il est certain que l'heure du deindc philosophari approche et que le moment est venu de faire renaître le bon goût à la campagne. « Grâce à la fermière, bientôt on pourra se convaincre que tous ces avantages matériels (alimentation, confort, etc.), que l'on a cru toujours l'apanage exclusif de la ville, sont en réalité, ou du moins peuvent être à la campagne inconleslablement plus grands. « De plus, la bonne tenue du ménage et de l'habitation est (') G. DE MoNTENACH, La Flcur et la Ville. Lausanne, Payot, éditeur, 1906. (') Voir ScnwEisTHAi., Histoire de la maison rurale en Belgique. Vromant, 1906. COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 49 encore, nous l'avons dit, le plus fort lien qui puisse retenir le cultivateur aux champs et l'arracher au cabaret du village. Et voilà ce fléau social, l'alcoolisme, (pi'llenri Joly dénonçait encore récem- ment comme la source la plus féconde des crimes qui se com- metlenf, voilà cet alcoolisme (') combattu par l'humble ménagère de la campagne. « En tant que fermière même, quelle précieuse collaboratrice ne pourrait-elle pas être pour le cultivateur? Si ses connaissances professionnelles étaient plus développées, elle serait une conseillère autorisée et une surveillante au contrôle sérieux. De plus, les occu- pations qui la retiennent à la ferme pendant la majeure partie de la journée lui permettraient de créer de multiples petits profits dont le total ne serait point négligeable lorsqu'elle établirait son budget annuel. « Une organisation plus intelligente du jardin potager, les soins prévoyants de la basse-cour, la direction de la laiterie, quelles sources de petits profits ! « Grâce à l'intervention du fermier, la production agricole en Belgique est maintenant de 250 millions de francs plus élevée qu'il y a vingt ans : la fermière peut contribuer à l'augmenter encore de beaucoup. « Il y a lieu d'envisager, enfin, le rôle. de la fermière dans les associations. « La fermière est appelée à faire partie d'institutions de pré- voyance, de mutualités, d'unions diverses. « Au V Congrès national des syndicats agricoles de France, réuni à Périgueux en 1905, M. E. Gheysson, membre de l'Institut, dans son admirable rapport sur l'action sociale de la femme dans les syn- dicats agricoles f), a fait ressortir la mission importante de la femme dans ces organisations. « Ses idées, à ce sujet, ont été ratifiées par un vote unanime de ce congrès. (■) Henry Joly, La Belgique criminelle. Paris, J. Gabalda et G", 1907. (-) Voir le compte rendu du V" Congrès national des syndicats agricoles à Péri- gueux, 1905. Séance du mardi (soir). Paris, 8, rue d'Athènes. AN.V. SCIENCE AGROX. — 3" SÉRIE — 1908 — I 4 50 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « Nous venons de voir la quaclnipli! mission de la fermière : Dans l'éducation de ses enfants ; Dans la f^estion du ména.uie ; Dans sa participation à la direction et aux travaux de la ferme ; Et dans sa participation aux associations. « Si le rôle de la fermière est si important, il en résulte logique- ment la nécessité de préparer efficacement la future fermière à remplir sa mission le mieux possible. « Dans ce but, les gouvernements prévoyants ont introduit à ce sujet quelques notions spéciales dans l'enseignement [irimaire des localités rurales et ont eu recours à l'enseignement dans des écoles spéciales et à l'enseignement professionnel post-scolaire. « Dans les travaux des « sections de l'enseignement agricole » des congrès internationaux d'agriculture et ceux des congrès inter- nationaux de l'enseignement agricole de Paris et de Liège (^) on a déjà mis en relief tout ce qui a été fait sous ce rapport dans les divers pays. « La Belgique a été maintes fois citée comme étant une des nations les plus progressives à ce point de vue. « Au point de vue de l'enseignement aux jeunes fdles de la cam- pagne, notre pays possède une organisation sérieuse. On ne [tout nier que le plan qui a présidé à cette organisation ait été conçu sage- ment. « On trouvera tous les renseignements voulus à ce sujet dans les publications du ministère de l'agriculture à Bruxelles, notamment dans la « Notice sur l'économie rurale et sur renseignement agri- cole », publiée à l'occasion de l'Exposition de Liège, et dans le dernier « Rapport triennal sur la situation de l'enseignement agri- cole ». « Cette méthode est en tous points excellente ; mais elle est très lente à produire des fruits puisqu'elle ne s'adresse pas à la généra- tion présente et qu'elle ne peut préparer qu'une partie très restreinte des futures fermières. (') Rapports du H® Congrès interuationyl de renseignement agricole à Liège, 1905, chez M. Van der Vaeren, agronome de TKtat à La Hulpe (Belgique). COMPTE RENDU DU VIII* CONGRES INTERNATIONAL 51 « Les écoles fixes et ambulantes donnent chaque année leur enseignement à près de sept cents élèves. Le chiffre est respec- table, mais qu'est-il en comparaison des cent mille jeunes filles de cultivateurs en âge de recevoir une sérieuse formation profession- nelle! « 7 "loo, la proportion n'est-elle pas trop faible? « Pendant ce dernier triennat, les écoles ambulantes ont tenu, en moyenne, vingt et une sessions par an. « En supposant qu'elles puissent atteindre une moyenne annuelle de trente-trois sessions, il leur faudra soixante-dix ans avant d'avoir pu, dans chaque commune de Belgique, commencer l'éducation pro- fessionnelle d'un nombre déterminé déjeunes filles. (C Les statistiques les plus récentes nous apprennent qu'en Bel- gique 1 204 810 personnes, parmi lesquelles 514 914 femmes ('), sont occupées aux travaux de l'agriculture, tandis que pour l'ensemble des professions commerciales, on ne compte que 385 236 femmes et pour l'ensemble des professions industrielles, 322 725 (^). « Ces chiffres constatent donc l'importance numérique de la classe des travailleuses agricoles et démontrent qu'elle a droit, d'abord à l'égal des cultivateurs, ensuite à l'égal des travailleuses industrielles et commerciales, à toute la sollicitude des gouverne- ments, tant au point de vue de l'éducation professionnelle qu'au point de vue social. a Or, actuellement, il n'en est pas encore ainsi. « On ne consacre à l'enseignement agricole des lilles de culti- vateurs et aux cours de fermières qu'un dixième environ des res- sources consacrées à l'enseignement agricole des garçons. « Il ne paraît pas y avoir non plus la proportion voulue entre l'enseignement professionnel agricole et l'enseignement profes- sionnel du ministère de l'industrie. A celui-ci, on consacre deux fois plus de ressources qu'au premier. « Les calculs pour les autres pays aboutiront aux mêmes conclu- sions. (') Ministère de l'intérieur, Annuaire statistique, 1905, p. 286. (^) Jd., Ibid., p. 96 et 97. 52 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « Pour géiiôraliscr cet enseignement, il faudrait du temps, un nombreux j)ersonnel spécial, des ressources considérables. « Et alors même que toute la jeunesse des campagnes aurait reçu dans des écoles particulières une solide formation profession- nelle, il faudrait encore que chaque jeune fermière puisse rafraîchir ses connaissances acquises et puisse se tenir au courant des nou- veaux procédés que la science agricole apporte chaque jour. « On a institué des cours publics de fermières. L'institution est excellente, mais ces cours ne se donnent chaque année que dans quarante villages et même, dans le cas où on retendrait, que de temps ne faudrait-il pas pour parcourir les deux mille quatre cents localités agricoles du pays ! « La création d'associations permanentes entre les anciennes élèves des écoles ménagères et les fermières serait donc grandement utile. De cette manière, non seulement l'organisation des confé- rences publiques périodiques serait perpétuée, mais bien d'autres moyens de suggérer et de propager les progrès pourront être mis en œuvre : bibliothèques, concours, etc. De plus, l'association est une grande école permanente d'émulation et d'enseignement mutuel. « Toute œuvre d'éducation doit tendre à former des individua- lités complètes et indépendantes sachant remplir elles-mêmes leur mission sociale. « Plus tôt on amènera les fermières à s'insti-uire par elles-mêmes pour remplir intégralement leurs devoirs sociaux, moins on aura de dépenses à supporter pour suppléer à leur insuffisance. « Dans un livre dont nous présentons quelques exemplaires (') au bureau du Congrès international de Vienne, nous passons en revue le mouvement qui se manifeste dans cet ordre d'idées dans les divers pays. « Nous y remar({uons le grand développement de ces réunions de fermières dans les Etats-Unis et le Canada, notamment dans l'Etat île rillinois et la provhice d'Ontario. (i) Le Rôle social de la fermière, par l\ de Vutst. 1907. Bruxelles. De Wil, rue Royale, 53. COMPTE RENDU DU VIIl' CONGRÈS INTERNATIONAL 53 « Voici, d'après le rapport sur les travaux de l'année 1905 par Georges-A. Piitnam, inspecteur général, quelques données statis- tiques relatives aux cercles de fermières de la province d'Ontario : 1904 1905 5 433 7 018 9G0 1 42G 1 840 2 380 44 G'.)S 54 329 58 69 149 208 Nombre de membres Nombre de séances Nombre des conférences données Nombre total des présences . . Nombre des cercles principaux . Nombre des sections « A l'avant- dernier congrès des délégués des cercles de fer- mières de l'Ontario, M. G. -G. James, député, ministre de l'agricul- ture à Toronto, disait avec humour des choses fort sérieuses, pleines de vérité et qui constituent une excellente leçon : « Les applications de la science jA^ofitèrent d'abord, disait-il, à « l'industrie des villes. G'est seulement depuis vingt ou vingt-cinq « ans que l'on s'est aperçu que l'agriculture, elle aussi, pourrait « tirer parti des progrès scientitîques. « Entin, il y a quelques années seulement, on fit une grande dé- « couverte : ou s'aperçut qu'il y avait à la ferme, non seulement le « bétail et les machines, mais aussi un fermier!! ! Un fermier à « aider, à éduquer comme homme, comme travailleur, comme être « intellectuel. « Et voili'i que nous avons fait une découverte plus sensation- « nelle encore ! « Nous avons trouvé que le fermier possède une femme et une « famille et, pour la première fois, je crois, depuis l'origine de la « civilisation, on commence à s'occuper de la fermière suivant une <( orientation aux points de vue scientifique et éducatif. « Je ne connais pas de mouvement qui promette autant pour « l'avenir, le bien-être général du pays, que les cercles d'étude de « femmes, bien organisés et bien dirigés. (' Nous devons noter comment nous avons commencé en toutes « choses par le mauvais bout. « D'abord on a fait étudier aux enfants les choses les moins 54 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « nécessaires pour leur (.'nseigiier ensuite les choses les plus indis- « pensables à la vie tjuoLidienne ; nous ajoulons le reste au fur et à « mesure de leurs besoins. « Ensuite, c'est le fermier, le plus ancien occupant du sol, qui a « été le dernier à être pris en considération. Et quand on s'est mis « à étudier le fermier, comment s'y est-on pris? D'abord on a étudié « ses porcs, son bétail, ses chevaux, ses moutons, et c'est seulement « pendant les dernières années qu'on a commencé à toucher la vie « de la fermière, à entrer au cœur de toute la question. Le point « central du travail de la femme ne se trouve que peu dans les éta- « blés où à la campagne, mais entre les quatre murs de la maison. « C'est enfin notre découverte des dernières années que le fermier « a une femme et des enfants. « Les cercles de fermières entament la question au point exact. « Ils partent du cœur de la maison, et, je vous le garantis, si vous « pouvez améliorer les maisons des cultivateurs de ce pays, toutes « les autres questions qui se rapportent à Tagriculture au point de i)nilire Valeur en francs 9 520 14 474 2 517 U 14 7 601 55 313 1834 10 363 4 142 725 10 690 207 100 1 533 485 » 14 000 3 481820 43 700 132 935 1 118 378 13 400 143 600 11 366 5 284 851 133 i 89 060 256 1502 ]* 196 7 112 365 924 425 » 140 096 6 650 BŒOFS A. CORSES déployées Konibre 2 583 43 80 283 31 40 1727 69 133 260 30 10 2 184 188 131 585 Valeur en francs 1 027 025 19 450 27 080 91260 41100 33 000 1 003 755 39 205 37 170 80 540 41500 7 500 1 271 345 132 360 30 990 lt)7 790 \unibre rbées Valeur en francs 592 61 118 3 957 10 500 147 172 4 235 8 612 247 166 4 672 193 355 14 850 21937 891 590 7 000 157 255 62 660 35 532 949 648] 4 700 1 092 442 73 665 37 449 l 087 990 « Déjà depuis des années, la Confi'dération helvétique dépense 500 000 francs par an pour les améliorations du sol ; la même somme doit être donnée par les cantons, ainsi la valeur annuelle des travaux d'amélioration des pâturages de la Suisse monte à 1 million, en chiffre rond. Mais cette dispense rapporte, comme nous l'avons vu, de gros intérêts et par cette raison, guidé par des expériences, on peut affirmer que l'amélioration de l'exploitation des vaches a autant de droit à être protégée que l'amélioration de l'agriculture. « Regardons les conti'ées de pâturages dans les diverses régions montagneuses, presque toujours nous trouvons le même aspect. COMPTE RENDU DU VIII° CONGRÈS INTERNATIONAL 119 « La situation financière des propriétaires a une influence très considérable sur leur exploitation. « A côté des pâturages (jui sont tenus d'une manière parfaite, nous en trouvons beaucoup qui sont administrés les uns insufïïsam- ment, les autres mal et cela sans excuse, ou qui ne sont pas soignés du tout. « L'expérience universelle nous apprend que des pâturages privés, qui sont la propriété d'une seule personne, sont très bien adminis- trés, tandis que ceux qui sont exploités par plusieurs usufruitiers le sont beaucoup moins bien. « C'est aussi fort naturel car un seul propriétaire ne travaille que pour son propre compte, pendant que, dans l'autre cas, chaque associé ne travaille souvent que pour des étrangers. Et peu de gens sont disposés à sacrifier beaucoup dans la culture d'un pâturage qui ne leur appartient pas. C'est surtout l'ayant droit qui craint les dépenses et les frais pour introduire des améliorations quand il est arrêté par des restrictions. « Par cette raison le droit de pacage alpestre étant bien souvent pour le paysan une lourde charge, l'État profite parfois de cet état de choses pour acheter les plus beaux pâturages alpestres. « Devenant la possession du domaine forestier de l'État, ces pâtu- rages sont perdus à jamais pour l'élevage des bestiaux. Mais il faut que nous fassions remarquer une autre raison qui a conduit dans les dernières années, d'ici et de là, dans les diverses contrées, à une diminution toujours croissante du territoire des pâturages.. Il dépend, pour ainsi dire, d'une façon complète du personnel chargé de la sur- veillance, de faire prospérer ou non les animaux qui paissent sur les prairies pendant leur séjour d'été. « Quand le paysan n'a pas de membre de sa propre famille qui puisse remplir ces fonctions de surveillant et qu'il est réduit à avoir recours à des aides étrangers, le paysan doit, lui aussi, éprouver et subir la misère de notre situation en ce (jui concerne les domestiques d'aujourd'hui. Très vite alors il fait la triste observation que ses ani- maux rentrent en mauvais étal du pâturage d'été à cause des soins insuffisants, et naturellement il ne peut être question d'une exploita- tion rapportant des revenus. 120 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « Ainsi découragé, ce paysan se laisse facilement d('cider à vendre son pâturage à un grand propriétaire ou à un grand seigneur qui sacrifie les pâturages à sa passion pour la chasse du gros gibier. « L'accroissement du gros gibier et par suite le dégât causé sur les « alpes » voisines, ont pour conséquences de développer la vente des terrains de pâturages. « Néanmoins l'ignorance de la valeur et de l'importance des bons pâturages peut seule excuser un tel mouvement, c'est pourquoi il faut que tous les pouvoirs et les bonnes volontés se réunissent pour éclairer et instruire le peuple. « A mon avis, il est très urgent d'employer ces terres alpestres qui nous sont restées jusqu'à nos jours par une mise en valeur des plus intensives pour pouvoir se consoler plus facilement de la perte irréparable des terrains si vastes d'autrefois. « Si l'on s'adonnait à une exploitation et à une économie sérieuses des pâturages alpestres, il serait possible d'arriver à une production beaucoup plus grande dans l'élevage des bestiaux sous le rapport de la quantité et de la qualité, mais alors la nécessité absolue s'impose- rait de proscrire par des lois spéciales que les taureaux reproducteurs fussent parqués dans les pâturages alpestres et cela n'est malheureu- sement pas le cas dans beaucoup de territoires. Il ne faut point consi- dérer comme un hasard, mais bien comme une conséquence toute "naturelle ce fait que, là où les exploitations alpestres sont en plein essor, l'élevage du bétail est en progrès et atteint même son plus haut degré de perfection. La véritable importance de l'économie alpestre ne se traduit pas seulement par le capital ou la somme d'ar- gent qui en représente la valeur, ou bien par les revenus qu'on en retire, mais encore et surtout par l'influence si réconfortante et ré- génératrice que l'air raréfié des pays alpestres et les plantes aroma- ti(jues des pâturages exercent d'une façon immédiate sur les bestiaux. « L'exploitation alpestre, et l'élevage des bestiaux qui se trouve intimement lié à elle, sont, incontestablement les plus importantes sources du bien-être des contrées montagneuses. Ils exigent, par suite, des soins incessants. Les Alpes sont et restent le véritable centre de reconstitution du bétail, de renouvellement d'un sang trop affaibli par le long séjour dans les étables de la plaine. COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 121 « La hausse des prix du bétail et des produits lactés présage aux Alpes un brillant avenir et cette perspective est le meilleur stimulant pour activer les mesures d'amélioration; en effet, tous les efforts en vue d'un meilleur élevage ne seront récompensés que si le jeune bétail a la possibilité de respirer l'air vivifiant du pays alpestre, car il n'y a que le bon pacage en été qui soit en état de développer les avantages naturels des animaux et d'en faire un élément précieux. Ces pâturages ont une si heureuse influence sur le développement de toutes les races des montagnes que les contrées alpestres pourront toujours soutenir avantageusement la lutte de concurrence dans les pays de plaine qui élèvent aussi les bestiaux de race. « Justement dans ces territoires où l'élevage des animaux de race montagnarde est très développé, chaque année les éleveurs font venir des animaux de race pure et forte dans le but d'arrêter la dégé- nérescence de leurs bestiaux. « Les races alpestres sont et restent les régénérateurs principaux pour un élevage rationnel du bétail, et ici se réalise pleinement le fait bien connu que l'art, même dans son application la mieux soignée, ne peut, en aucune manière, remplacer l'action de la nature. « Observons en particulier les races des montagnes, leur influence régénératrice sur le bétail de la plaine, et nous retrouverons tou- jours, chez toutes ces races, le même résultat. « Il est prouvé d'une façon incontestable que l'élevage des bestiaux dans un pays de plaine réussit de mieux en mieux par l'importation directe du bétail dans des pays alpestres, ce qui peut être mis sur le compte de la transmission d'énergie de ces bestiaux et surtout de la grande facilité avec laquelle ils peuvent s'acclimater. « Il est impossible de pratiquer le grand élevage au moyen de ces races dans des contrées qui offrent des différences fondamentales avec les conditions du pays d'origine, si l'on n'a soin, en temps oppor- tun, d'y importer des bestiaux des régions alpestres; alors on par- viendra à enrayer la dégénérescence qui se serait fait sentir, tôt ou tard, sans cette précaution. « Par suite, les pâturages alpestres sont des territoires d'élevage sur lesquels il faut toujours revenir pour réaliser une production de bestiaux à un haut degré tel qu'on l'exige avec raison de nos jours. 122 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Les pays alpestres sont et restent les véritables réservoirs de force vitale pour une exploitation de races de bestiaux sains et productifs. « La déduction est que les circonstances économiques universelles demandent expressément que ce grand trésor constitué par les pâtu- rages alpestres pour l'élevage rationnel du bétail soit davantage et mieux exploité qu'on ne l'a fait jusqu'ici. Elle (b^nande encore à l'économie alpestre de se développer pleinement et d'accomplir son œuvre dans la plus large mesure. « Mais cela ne pourra se réaliser que si l'État et les autorités com- pétentes se pénètrent de cette vérité qu'il y a dans l'amélioration des pays alpestres une tâche indispensable et excessivement importante à rem])lii\ III — De l'influence, en matière d'élevage, des étables et des laiteries établies au milieu des pâturages des régions alpestres. Rapporteurs : MM. le P' Vital, à Modling; D' Reinisch, à Doren; K. KuBAT, inspecteur-vétérinaire à Iimsbruck. Nous donnerons d'abord le rapport du P' Vital, puis les conclu- sions des deux autres rapporteurs. De M. le P' Ernst Vital, à Modling : « A l'origine, l'élevage et la production du lait sont les deux moyens intimement joints l'un à l'autre pour l'utilisation du gros bétail. L'éleveur envisageait comme un progrès considérable d'être parvenu à prolonger artificiellement la lactation, de peu de durée au début, et d'obtenir des avantages économiques par la j)roduction physiologi(jue des animaux, production qui est étroitement liée à la vie sexuelle et qui contribue à la conservation de l'esijèce. « Avec l'accroissement de la population et du bien-être, la valeur du lait s'améliorait, ce qui poussa l'agriculture à produire de plus grandes quantités de lait. Cela conduisit et conduit encore souvent à considérer la production du lait comme une bianche principale de rapport et la production des jeunes animaux comme une chose né- cessaire, mais non essentielle. COMPTE RENDU DU VIIl'' CONGRÈS INTERNATIONAL 123 Dans ces circonstances, l'élevage du bétail peut en souffrir. Jus- qu'à quel point cela se manifeste-t-il dans les régions alpestres d'é- levage, là où la vente avantageuse du lait a donné naissance à des vacheries, où le besoin toujours croissant de beurre et de fromage a fait suroir des laiteries ? « Dans la vacherie, la production de la viande et de la graisse ne joue qu'un rôle secondaire ; le but principal qu'on se propose est la production du lait en très grande quantité, ce qui est rendu impos- sible par une prolongation artificielle de la lactation, et cela en em- pêchant la procréation. Gomme cette manière d'utilisation du bétail a pour conséquence une très bonne mise en valeur du lait, soit par une vente dii^ecte, soit par la préparation en beurre, fromage, etc., il arrive qu'on ne trouve que peu de vacheries dans les vraies ré- gions alpestres, mais il y en a un bien plus grand nombre au pied de la chaîne des Alpes. « Dès que dans une contrée où jusque-là on n'avait exploité que l'élevage du gros bétail, l'exploitation particulière tire un plus grand avantage de l'économie des vacheries, il en résulte tout naturelle- ment une diminution de territoire de l'élevage, mais sans toutefois entraîner en général une diminution de la reproduction du bétail, lorsque ce système de production du lait n'est pratiqué que sur une petite échelle et seulement par quelques grandes exploitations. L'éta- bUssement de vacheries, qui a pour conséquence une recherche tou- jours croissante de bonnes bêtes laitières, exerce plutôt une influence vivifiante sur l'élevage des contrées voisines, de sorte que le gros bétail de ces contrées peut en général s'améliorer, quant à la quan- tité et à la qualité. « Au point de vue de l'élevage des bêtes et de l'économie poli- tique, il est évidemment regrettable, malgré tout, que par ignorance ou par besoin d'argent, une précieuse vache d'élevage soit trop tôt convertie, dans les vacheries, en une sorte de machine productrice de lait pour être ensuite livrée à l'abattoir. Cette calamité devient un danger pour l'élevage de la race bovine, elle occasionne une dimi- nution sensible et une dégradation du gros bétail dans de vastes ter- ritoires d'élevage, dès que le domaine des vacheries et de la produc- tion du lait prend de plus grandes dimensions et que, par commodité 124 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE OU pour tout autre motif, la vacherie est exploitée, là où l'état des choses exigerait que le lait servît seulement i\ la prnrlurtion et à l'é- levage des veaux et même à un surélevage, « En outre, on enlève aux contrées d'élevage plus de bétail qu'elles ne peuvent en donner sans danger de nuire à la reproduction ; on prend ce qui ('tait resté en fait de bonnes bêtes laitières et il ne reste plus qu'un bétail de qualité inférieure, de sorte que l'f'levage perd peu à peu sa capacité de rendement. « Une semblable contrée d'(''levage, ainsi dépouillée, est un mau- vais terrain pour des efTofts d'élevage. El même lorsque ces efforts sont poursuivis avec la plus grande persé'véïance, il s'écoule paifois des dizaines d'années, en dépit des plus gi-ands sacrifices, jusqu'à ce que l'ancien état de chose soit rétabli. « Il en est tout autrement quant à rinfluencc que les laiteries exer- cent sur l'élevage du bétail. Il faut faire abstraction complète ici de ces fondations de laiteries qui n'on ; point réussi ou sont absolument manquées et dont l'influence défavorable n'est pas sans laisser de traces sur le succès de l'économie aussi bien que sur l'élevage du bétail. Ne considérons que les laiteries qui obtiennent une conve- nable utilisation du lait. « Cela porte l'agriculteur non seulemen. à entretenir un i»lus grand nombre de bêtes laitières, en même temps que se réduisent les autres espèces de bétail, mais encore à s'efforcer d'obtenir une production de lait plus élevée quant à la quantité et à la qualiti'. Il consacrera plus de soins à l'élevage du bétail, fera des essais de rendement et d'après cela se livrera à la sélection naturelle. En un mot, il prendra toutes les mesures qui touchent à l'intérêt d'un «'le- vage rationnel de bêtes laitières. « Si, par suite, les intérêts de l'élevage et de l'économie laitière ont une marche parallèle, il ne faut pas que nous fermions les yeux devant le danger qui se cache dans une trop grande production de lait. « En premier lieu, la production de lait, parfois, passe avant IduI au premier plan et par suite les dons natuiels des bêtes d'élevage pour d'autres productions, leurs qualités physiques et leur santé ne sont pas assez considérées. Cela peut être spécialement désavan- COMPTE RENDU DU Vlll'^ CONGRÈS INTERNATIONAL 125 tageux pour certaines races qui sont plus propres à d'autres produc- tions ou qui se prêtent naturellement à des services combinés. L'éle- vage des jeunes taureaux s'en trouve restreint et négligé. « Une bonne mise en valeur du lait conduit facilement aussi à prolonger le plus possible la durée de la lactation. Il s'ensuit que chez les veaux la période de l'allaitement et de la nourriture au moyen de laitage est énormément raccourcie, d'où un désavantage pour le développement physique. Un prix de vente du lait trop parti- culièrement élevé peut, comme cela arriva au siècle dernier dans l'Allgau, avoir comme conséquence la cessation de l'élevage pour la production du lait en vue d'un Iténéfice. « Si une difficulté d'écoulement des produits lactés ou une plus haute élévation des prix du bétail rend nécessaire le retour à l'éle- vage, il en coûtera aux agriculteurs particuliers, ainsi qu'à d'entières régions agricoles, de grandes dépenses de capitaux et beaucoup de peines. Souvent même il n'est presque plus possible de rétablir l'an- cien état de choses ; c'est ainsi que mainte conquête en matière d'élevage est perdue et que maint travail d'élevage de bétail à moitié terminé doit être recommencé. (( Ce tableau tracé à grandes lignes serait incomplet si l'élevage des autres bestiaux n'y trouvait aussi une place. Ce qui est le plus atteint par toutes ces circonstances c'est l'élevage des chèvres et celui des porcs. Le premier élevage gagne en importance, parce qu'en plus d'un endroit la population pauvre, qui souffre du manque de lait pour la consommation, s'occupe d'introduire et de développer l'élevage des chèvres. Les laiteries stimulent la production des porcs et, par suite, l'élevage de ces animaux est incontestable. « Les circonstances exposées ci-dessus permettent de formuler les propositions suivantes que nous soumettons au VIIF' Congrès d'agri- culture : « 1" Les vacheries en petit nombre peuvent produire un effet stimulant sur l'élevage du gros bétail ; par contre, leur trop grande extension empêche un développement prospère de l'élevage du gros bétail. Il importe, en conséquence, d'en éviter le plus possible la propagation ; « 2" Les laiteries offrent un moyen convenable pour di'velopper 126 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE l'élevage des IjfHe.s laitières; mais cependant l'élevage dirigé dans le seul but de produire du lait ne sera bon que dans des régions d'élevage spécialement appropriées à cet effet, el chaque limitation de l'élevage sera préjudiciable ; « 3° Des laiteries ne devront par suite être établies que dans les régions d'élevage de races laitières bien maïquées et là où les éle- veurs sont assez éclairés pour ne pas délaisser l'élevage au profit de la production du lait. » Conclusions du D' Reinisch : « L'établissement de la production intensive (ki lait et de laiteries, dans les contrées où le bétail n'est pas encore amélioré, exerce une influence favorable sur l'élevage de ce bétail, en donnant lieu à un choix scrupuleux des animaux reproducteurs, à un meilleur entre- tien du bétail, à des soins plus attentifs et, de cette manière, il augmente considérablement la valeur de l'élevage des bestiaux. « Par contre, dans les régions où les bestiaux sont déjà bien amé- liorés et où se pratique le haut élevage, les facteurs ci-dessus men- tionnés conduisent facilement à une exploitation exclusive de grande production de lait et font tort à l'élevage : « 1° Par l'abandon ou le mépris de la forme, dans le choix des animaux de reproduction ; a 2" Par un excès de soins produisant l'amollissement du corps; « 3° Par une économie trop grande dans la nourriture en lait donnée au jeune bétail, de même que « 4-° Par un emploi trop prématuré des animaux pour la repro- duction. (( Ces préjudices se feronl d'autant plus tôt et plus vivement sentir que les éleveurs seront moins intelligents. » Voici les conclusions de M. K. Kubat : « En vue d'une amélioration sous le rapport de l'élevage et cela spécialement en Tyrol, le rappoiteur se permet d'énoncer les propo- sitions suivantes : « i° Dans l'intérêt de la conservation el du développement pro- COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 127 gressif des races reconnues d'élevage, on exprime le désir que, dans les vallées des territoires d'élevage, la création d'établissements pour la fabrication du beurre et du fromage ne soit entreprise qu'avec prudence et avec une considération toute spéciale des cir- constances locales. Ne perdons pas de vue que l'établissement de ces laiteries alpestres ne doit point être forcé par des subventions officielles ; « 2° Il est également désirable que les laiteries alpestres, ayant en vue seulement la production du beurre, renvoient autant que pos- sible le lait écrémé à leurs fournisseurs de lait. « (Par ces deux propositions la quantité de lait nécessaire à l'éle- vage du bétail serait garantie aux veaux) ; « 3" L'exploitation des pâturages alpestres par des améliorations radicales que favoriseraient de très larges subventions, à cause des frais énormes qu'elles occasionnent, pourrait être développée de manière à donner un rendement aussi élevé que possible, afin de faciliter l'affouragement pendant l'été et d'améliorer l'état sanitaire des bestiaux ; « 4° Pour exercer une influence bienfaisante sur l'entretien des taureaux et sur Pélevage du jeune bétail, l'on devrait établir des associations, largement subventionnées, qui s'occuperaient de ces deux choses si importantes ; « 5" Dans les contrées où l'on s'occupe de la reproducion, on devrait consacrer pour améliorer l'élevage, et comme approbation pour des travaux notables dans le domaine de l'élevage, des sommes semblables, prises sur les fonds publics, afin de contrebalancer approximativement les avantages financiers que procurent les lai- teries alpestres. « Par là l'élevage de la race bovine, en Tyrol, et les établisse- ments qui doivent tirer leur bétail du Tyrol seraient sérieusement préservés d'autres dommages plus considérables. « Avec des sommes d'argent prélevées sur les fonds publics on devrait encourager intensivement : « a) Le placement des taureaux les plus remarquables ; « b) Une plus longue conservation, en vue de l'élevage, des meil- leures vaches et de leur progéniture ; 128 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « c) Les associations (jui s'occupent de l'élevage et de l'entretien des taureaux ; « d) Les améliorations des alpes ou pâturages; « c) Les améliorations des étables ; « /) L'entretien des taureaux et des génisses dans les Alpes ; (( 6° Enfin d'inculquer aux cultivateurs et aux éleveurs des idées justes et saines sur tout ce qui se rapporte à l'élevage ; il faudrait leur en fournir, au préalalde, les éclaircissements nécessaires verba- lement et par écrit. » IV — Moyens d'améliorer les pâturages alpestres Rapporteurs : MM. le P' Moos à Zurich; P' Paufler, professeur ambulant d'agriculture qui a rédigé le rapport ci-dessous : « Nous croyons pouvoir nous dispenser du travail de prouver aux hommes vraiment compétents la justification de notre rapport, en mettant en lumière la grande importance, pour l'économie agricole, des pâturages alpestres. Tous les pays dans les régions alpestres ont en effet acquis la conviction que la culture alpestre, qui est en quelque sorte l'âme de l'élevage du bétail, a eu jusqu'à présent trop peu de soins et d'encouragement, de sorte qu'actuellement un grand nom- bre de pays s'empressent de réparer ce qu'ils ont si longtemps négligé. « Dans les pays alpestres, le pâturage est, pour ainsi dire, une par- tie intégrante de l'exploitation agricole, et il détermine en dernière analyse le revenu de toute la ferme. Si, dans les régions alpestres, le pâturage est, pour le propriétaire, quelque chose d'indispensable, il a encore la grande importance pour toute l'agriculture internatio- nale de pourvoir à la régénération de tout le bétail, A ce point de vue, l'agriculture ne saurait se passer des pâturages, ce sont eux qui pourvoient les plaines européennes de bestiaux sains et résistants. Alors même que la plaine est capable, au point de vue de l'élevage, d'atteindre les plus grands succès, on sera cependant toujours forcé, à cause des contre-coups sanitaires, d'importer du bétail sain des pays alpestres. « Quant à ce qui concerne son extension et son exploitation, la COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 129 culture des pâturages n'a pu, malheureusement, suivre le progrès des autres branches de l'économie rurale. a D'un côté, ce sont les circonstances naturelles qui rejettent en arrière les pâturages et amoindrissent le revenu , de l'autre côté, ce sont en partie ce qu'on pourrait appeler l'absorption artificielle, c'est- à-dire la détérioration des pâtures par les dégâts de la chasse et les défauts de l'exploitation alpestre, ([ui rend impossible une amélio- ration des pâturages. «De plus, et non en dernier lieu, ce sont les vieilles coutumes judiciaires qui anéantissent la bonne volonté des uns et la sacrifient à la bêtise et à l'entêtement des grandes masses. « Il est un fait certain, c'est que pour les pàtiu-ages qui appartien- nent à une commune, à une association, à plusieurs intéressés ou à un particulier, ceux de ces derniers seront en meilleur état de culture, dès que le propriétaire particulier aura acquis la conviction que le soin intensif et l'amélioration trouvent leur récompense, car il ne sera pas gêné par un autre co-propriétaire pour exécuter ces travaux d'amélioration. Il n'en est pas ainsi, quand un pâturage appartient à une commune, à une association ou à plusieurs inté- ressés. « Il manque trop souvent à ces sociétés une direction unifiée ayant conscience du but à atteindre. Il y a rarement des règlements ou ils n'existent que sur le papier ; le système d'épuisement du sol dans l'exploitation alpestre est poussé à l'extrême par le mauvais système d'engrais. Souvent une grande partie du fourrage est envoyée dans la vallée ; par suite, les conditions statiques du sol deviennent bien désavantageuses, car on dérobe à la ferme plus qu'on ne lui donne. Le soin et l'amélioration du sol sont négligés, puisque pour donner ces soins ou pour exécuter ces améliorations nécessaires, il faut faire des dépenses et l'on a toujours besoin pour cela de la décision una- nime des intéressés, plus ou moins nombreux. « Des servitudes vieillies pèsent parfois sur les pâturages et défen- dent aux intéressés chaque amélioration. « Les institutions datent souvent de plusieurs siècles et il y a des décisions vraiment ridicules pour nos conditions agricoles, si diffé- rentes actuellement, mais qui n'en sont pas moins valables et servent ANN. SCIENCE AGRON. — 3* SÉRIE — 1908 — 9 130 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE de règle. Elles font du pâturage une masse inerte et mue seulement par les influences changeantes de la nature, « Dans de telles conditions, on ne doit pas s'étonner que les reve- nus, même des meilleurs pâturages, diminuent toujours davantage, les marécages, la mauvaise exploitation et les défectueux systèmes d'engrais nuisant de plus en plus à la végétation. « Poui' imposer un frein à ces conditions fâcheuses et pour rendre possible l'amélioration des pâturages il faudrait se servir, sans entrer dans les détails, des moyens suivants : « 1" Constatations statistiques précises, sur l'étendue el l'état éco- nomique des pâturages, en considérant d'une façon particulière la qualité de la végétation ; « 2° Possibilité d'une amélioration des pâturages alpestres qui se trouvent dans la possession ou d'une commune, ou de plusieurs intéressés, ou d'une autre association, par la réglementation des circonstances juridiques de ces pâturages et la création de lois de pâturages, ou d'ordonnances convenant à des conditions particulières ; « 3° Nomination d'inspecteurs des pâturages alpestres possédant l'expérience théorique et pratique, et qui ont à surveiller l'exploita- tion, l'administration et l'engrais des pâturages ; (( 4° Subventionnement par l'Etat des pays des Alpes, en considé- rant particulièrement les pâturages alpestres ; « 5° Encouragement de la culture fourragère alpestre par la créa- tion de jardins alpestres d'essai, et propagation de la culture des semences alpestres ; « 6° Encouragement des améliorations, particulièrement sur des terrains marécageux. » Le travail du professeur Moos, de Zurich, est divisé en trois chapi- tres. Dans le premier, il s'occupe de l'influence néfaste des mauvaises herbes sur les pâturages des Alpes. < De Savone où les Alpes jaillissent de la Méditerranée jusqu'à Vienne où leurs derniers contreforts expirent dans la plaine du Da- nube, sur toute celte vaste étendue de 1 i200 kilomètres, on a maintes fois l'occasion de constater que le rendement des pâturages a fort à soullVir de la pullulation des mauvaises hei bes qui, justement, se COMPTE RENDU DU VIIl'' CONGRÈS INTERNATIONAL 131 multiplient le plus (souvent de manière à former tout le peuplement) là OÙ la bonne qualité du sol permettrait le plus haut rendement. » Il indique ensuite les moyens de lutter efficacement contre cette invasion et de débarrasser les pâturages de cette cause, si intense parfois, de détérioration. Les Rumex, Rhinanthus, Cirsium, Car- duus, Senecio notamment sont pris à partie. Il faut empêcher aussi la propagation des arbres et arbustes de la zone alpine, tels que Plnus moatana, Alnus viridis, Calluna uulyaris, Erica carnea, Juniperus nana, Rhododendron. {}.yi autre chapitre est consacré à la protection, à l'amélioration des pâturages alpestres par une utilisa- tion plus méthodique et plus complète (alternance des pâtures, pro- duction du foin). Enihi la dernière partie, illustrée de plusieurs figu- res montrant l'heureuse action des fumures sur la récolte herbacée, traite de la fumure des pâturages. Elle relate les essais d'engrais chi- miques faits par divers propriétaires suisses, notamment M. Berruex, à Ormond-Dessus, dans un pâturage situé à 1 280 mètres ; M. Blum, au château d'Oex, à 1 620 mètres. Les résultats obtenus sont des plus encourageants, comme le montre le tableau suivant : EX C É- BÉNÉ- PBODOIT DENT GAIN COUT FICE FDMDRB PAB HECTARE en sur la parcelle en de net dû foin non fumée francs l'engrais à la fumure / 1° Non fumé ....... 4 100 » » 1) u ) 2° 1 000 kilos scories phos- à 1 280" { phatées i 3° 1 000 kilos scories + 1 000 9 000 4 900 294 60 234 1 kilos kaïnite 9 600 5 500 330 120 210 l 1° Non fumé 3 370 » » » )) à 1 620™ 1 2° 1 650 kilos scories + 600 ( kilos sel de potasse . . 8 060 4 690 328,30 236,05 92,25 V — Pâturages et forêts alpestres ; leur importance économique ; leur délimitation logique Rapporteurs : MM. Gœthe, inspecteur forestier, commissaire à Admont; directeur Huebner, à Kleingmain, près Salzburg. 132 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Uésolution Gœtiik : « Apprécianl pleinement la haute impoitance de l'ensemble de l'ex- ploitation économique alpestre au point de vue de la vie économique comme de la production non seulement des réLiions alpestres, mais de la production Ljénérale ; appréciant éj^alemenl l'inipoilance de cha- cune des deux formes de l'économie alpestre, à savoir les pâturages et la forêt, leur dépendance réciproque l'une de l'autre comme le lien qui les réunit en un tout ; reconnaissant d'ailleurs la nécessité d'une délimitation pratique et réalisable des territoires de pâtures et des territoires forestiers des Alpes, division à effectuer en tenant compte des exigences de l'une et l'autre culture et particulièrement de celles des pâturages ; reconnaissant enfin que cette culture, soit dans son ensemble, soit à l'égard de chacun de ses deux domaines, a été jusqu'ici beaucoup trop insuffisamment appréciée, le VHP Congrès international d'agriculture, siégeant à Vienne, estime indispensable que, avec l'appui et sous la direction de l'Etat, il soit procédé à l'éta- blissement de bases législatives, d'organisations et, en général, de moyens permettant d'efTectuer d'une manière piatique la délimitation des territoires de pâtures et des teriitoires forestiers dans les Alpes et autres régions montagneuses, et d'autre part, propres non seulement à relever d'une manière générale l'exploitation économique alpestre, Ynais en particulier à éveiller et développer dans la population mon- tagnarde le sens et la compréhension de l'exploitation rationnelle des pâturages et des forêts dans les Alpes. » I Résolution HuEiiNER : ft 1° Le Congrès recommande la création d'un fonds alpestre ana- logue au fonds d'améliorations, qui bénéficierait, selon les cas et possi- bilités, de la participation des caisses centrales des coopératives, et qui serait affecté à Tacquisition ainsi (ju'à l'amélioration, dans les Alpes autrichiennes, de territoires à vendre ou laissés en friche, acquisition qui s'effectuerait sur la proposition des organes compé- tents à qui incombe le soin des intérêts de l'agriculture ; « 2" Le Congrès émet la proposition qu'il soit créé une organisation dont le but serait de prendre en mains et de faire valoir les intérêts COMPTE RENDU DU VIll" CONGRÈS INTERNATIONAL 133 quels qu'ils soient de l'économie alpestre auprès des autorités ainsi que des milieux professionnels, et de travailler au développement de l'économie alpestre par le conseil et l'action. A ces fins, le Congrès demande qu'il soit créé des associations d'économie alpestre dans les différents Etats et que ces associations se réunissent par un lien inter- national. » VI — Causes de l'absorption des pâturages alpestres et remèdes à y apporter Rapporteur : M. de Pantz. Son rapport qui a pour épigraphe : « Protection aux Alpes ! » se termine par cette motion que la section a faite sienne : c( Partout où, dans les régions de montagnes, l'acquisition de ter- ritoires par la spéculation ou en vue du plaisir de la chasse se prati- que et prend de l'extension, attaquant ainsi dans ses bases l'élevage du bétail, tarissant la source de l'existence et du bien-être de la po- pulation pour qui elle est une menace et un péril, il importe que des mesures législatives soient prises en vue d'assurer la conservation des Alpes à la culture et aux modes d'exploitation qui leur sont propres, mesures qui constituent une nécessité indispensable et urgente, ains qu'une condition d'existence de l'agriculture des régions de mon- 1 tagne. » VII — La traite tarissante et l'élevage Rapporteurs : MM. le P"" D' Muller et Ostermayer, inspecteur' d'agriculture à Briinn. Nous donnons leurs conclusions adoptées par la section. Conclusions du P'' Muller : « Sans contredit, c'est le rendement seul qui décide dans cette question de l'organisation de l'exploitation, mais les détails qui pré- cèdent font voir que l'établissement d'une exploitation partielle d'élevage et l'égard aux exigences de l'élevage, en général, sont du 134 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE plus haut intérêt pour la production du lait. C'est pourquoi il paraît justifié de soumettre au Vlll'' Coniirès international d'agriculture les conclusions suivantes : « 1" L'exploitation, uniquement en vue de la production intensive du lait, constitue le plus grand danger pour l'élevage de la race bovine et l'on devrait s'efforcer sérieusement de la combattre ; « 2° Là où les prix extrêmement élevés du lait excluent absolu- ment l'élevage, les vaches les plus capables de production devraient être employées, après l'épuisement du lait, quelque temj)s encore à la continuation de l'élevage en les cédant aux petits agriculteurs ; « 3° Pour des prix moyens de lait, l'exploitation mixte, c'est-à-dire la combinaison de la production du lait et de l'élevage i)artiel du bétail, est certainement la plus appropriée. » Motion OSTERMAYER : « Si l'on résume tous les détails donnés ci-dessus, il résulte de l'examen du rapport entre la traite tarissante et l'élevage du bétail (jue : (( \° Le développement des établissements de laiterie a conduit à une division du travail entre la reproduction et le rendement en lait; «•2° Il doit y avoir entre ces deux directions d'exploitation un échange de bétail et que, pour des raisons économiques impor- tantes, l'exploitation de la reproduction doit tenir compte des exi- gences de la traite tarissante ; « 3" Une des plus inqiortantes conditions de rendement, pour l'économie de la traite tarissante, consiste dans l'introduction de vaches qui, relativement à la production du lait et au profit on fumier provenant d'une bonne nourriture, présentent les plus grandes capacités de production et que, « 4" La production de ces animaux de première catégorie n'est praticable que par l'observation des plus grands soins et par l'éta- blissement de l'élevage sous le rapport de la caj)acité productive ; « 5" L'installation de sociétés de contrôle, d'après le modèle danois, mérite surtout une grande attention en ce qui concerne le COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 135 relèvement de rexploitation de l'élevage et toutes les mesures d'a- mélioration pour l'élevage des bêtes laitières ; (( 6° L'élevage ne peut atteindre son plus haut degré de perfec- tion que dans des élevages particuliers, extrêmement bien dirigés et offrant de justes proportions, aussi bien sous le rapport des qualités extérieures que sous celui des capacités de production des animaux d'élevage ; « 7° Les principes fondamentaux des centres d'élevage danois méritent sous ce rapport la plus vaste divulgation. Il est tout parti- culièrement recommandable de ne pas perdre de vue l'institution du haut élevage et de désigner ainsi les élevages ayant pour but l'intro- duction d'un sang précieux pour augmenter rapidement les capacités de production. » VIIT — Les races bovines locales Rapporteurs : MM. Baier, directeur de l'Institut agricole de Gzer- nowitz ; Washietl, directeur de l'école d'agriculture de Klagenfurt. Conclusions du rapport de M. Baier : « 1" Les races bovines du pays tiennent à juste titre un rang dis- tingué dans l'économie agricole et sont capables de fournir, d'une façon satisfaisante, des services variés. En raison de leur peu d'exi- gence et de leurs appréciables qualités d'endurance, elles sont de la plus grande importance pour les exploitations agricoles, principa- lement pour celles des petits et des moyens propriétaires fonciers qui travaillent dans des conditions pénibles. Par suite, on peut regarder l'entretien de ces races comme spécialement recomman- dable dans de telles circonstances ; « 2° Les bœufs des races du pays sont en parfait accord avec leur entourage ; ils se sont adaptés aux conditions vitales naturelles de leur sol, c'est pourquoi ils possèdent une grande capacité de pro- duction. De plus, on peut impunément les transférer dans d'autres milieux, ils s'y accoutument avec une extrême facilité, même en des conditions différentes, et y demeurent très capables d'utilisation; « 3° On peut, en raison de leur faible prix, les recommander 136 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE comme tout particulièrement dignes d'attention, aux exploitants qui ne sont point en état de faire de l'élevage; par conséquent, il y a toujours à compter sur le constant écoulement de ce bétail et l'éle- vage des races bovines indigènes laisse entrevoir pour l'avenir les meilleures espérances ; « 4° Etant donnée cette circonstance que les races bovines du pays occupent de vastes territoires de la monarchie et qu'elles y constituent presque exclusivement le seul bétail de la petite et de la moyenne propriété, on devrait attacher une grande importance à la vigoureuse qualité de cette race et à son entretien. C'est dans cette intention qu'il faudrait diriger l'élevage du pays en s'efforçant d'a- bord défrayer une voie au perfectionnement; « 5° Dans l'élevage du bétail indigène on devra s'imposer la tâche de préparer un perfectionnement ultérieur des races bovines du pays, en ce qui concerne l'amélioration de la structure et de la pro- duction ; <( Q" Pour mener à bonne fin le perfectionnement des races indi- gènes, il faudrait adopter les mesures suivantes : « a) Réglementation par la législation du pays, de l'entretien des taureaux et création de lois relatives à l'élevage de la race bovine, ou améliorations de semblables lois déjà en vigueur et leur applica- tion plus énergique ; « b) Veiller avec soin à un élevage normal et au bon entretien des animaux, par l'établissement des pâturages pour le jeune bétail et d'étables convenablement appropriées; travailler au progrès de la culture fourragère, de la culture des prairies, à l'amélioration des pâturages alpestres, et obtenir, des fonds de l'État ou du pays, une subvention aussi large que possible ; « c) Instruction efficace et répétée, spécialement aux paysans éle- veurs di\ bétail, sur les meilleurs moyens à employer pour obtenir l'amélioration des races indigènes; dévelop])ement énergique de l'en- seignement agricole dans les différentes branches, spécialement dans les premiers degrés de cette étude, en employant, à cet effet, de plus grandes sommes d'argent qu'on n'en accorde actuellement; « (/) Organisation répétée d'expositions d'animaux jointes à des examens et à des concours, en vue d'établir la capaciti' productrice. COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 137 avec considération et préférence spéciales pour les races bovines indigènes des pays de l'Autriche ; « e) Prix accordés à des établissements d'élevage, spécialement à ceux tenus par les petits et les grands propriétaires ; récompenses en argent par la province et l'État pour faciliter ce but à atteindre ; « /) Création d'associations spéciales pour l'élevage des races bo- vines indigènes; ces associations d'éleveurs devront coopérer à l'exé- cution de recherches d'améliorations d'élevage et mettront en évi- dence les productions des animaux ; création d'établissements pour la vente du bétail ; « g) Conformité et uniformité d'action, de la part des autorités de l'Étal et du pays, pour favoriser les efforts tentés en vue d'améliorer les races bovines indigènes au moyen de prescriptions spéciales et en organisant une continuelle surveillance pour l'exécution des mesures prises par les autorités compétentes ; « h) Intervention des principales corporations agricoles, isolément, dans chaque pays de la couronne d'Autriche (associations agricoles, conseils d'agriculture de province, sociétés d'agriculture, etc.), en vue d'introduire dans le plus bref délai possible cette action visant l'améhoration de l'élevage des races bovines indigènes. » D'autre part, M. Washietl conclut ainsi : « Le mouvement en faveur des races indigènes est reconnu comme fondé en raison et il est déclaré désirable que, non seulement les autorités et les corporations qui s'occupent de faire progresser l'éle- vage indigène, mais encore les hommes de science, vouent une attention plus grande aux races indigènes. » IX — Contrôle hygiénique du lait » Rapporteur : M. Kaiser, directeur de la laiterie de Vienne. Voici les conclusions adoptées par la section : « i" Le Congrès international d'agriculture déclare que l'extermi- nation, dans le gros bétail, des maladies contagieuses, y compris 138 ANNALES DE LA SCIENCE AGEONOMIQUE la tuberculose, est une des plus imj)ort;intes conditions pour obtenir un lait hygiénique de parfaite immunité; « 2" Le congrès considère comme nécessaire que, dans les écoles agricoles, on enseigne non seulement les conditions nécessaires du lait, mais encore que les laiteries pratiques observent constamment dans la traite du lait de rigoureuses })récautions sanitaires de la manière la plus efficace ; « 3° Le Congrès considère comme obligatoire que l'agriculteur se soumette, pour la tenue de ses étables à bêtes laitières, à un contrôle sanitaire régulier de vétérinaires et qu'il se tienne sans difficulté à leur disposition. « A cet effet, on devrait instituer, en nombre suffisant, un corps de vétérinaires qui posséderaient tout spécialement les connaissances requises, non seulement celles se rapportant aux maladies du gros bétail, mais aussi celles de la science de l'exjtloitation et de l'hygiène du lait ; « 4** Le congrès considère comme désirable, à cause de la grande importance du contrôle sanitaire de la traite du lait, que ce contrôle soit introduit librement par un nombre aussi considérable que pos- sible d'agi'iculteurs, parce qu'une ordonnance légale générale n'est pas exécutable actuellement ; « 5" Le congrès déclare qu'en ce qui concerne les mesures sani- taires pour la traite du lait, il importe de voir s'il est possible de les exécuter facilement, car un contrôle sanitaire coûteux ayant pour conséquence une forte augmentation du prix du lait ne [)eut être qu'une mesure fâcheuse pour la })Oi)ulation. » X — Emploi de ferments purs dans la laiterie Rapporteur : M. le D'' Winkler, professeur de laiterie et de bacté- riologie à l'école supérieure d'agriculture de Vienne. Conclusions du rapport. « S'a})puyant sur le travail ci-dessus, le rapporteur présente au VIII* Congrès international d'agriculture les conclusions suivantes: « 1° Par l'emploi de certaines cultures de choix, on prépare avec COMPTE RENDU DU VIII" CONGRÈS INTERNATIONAL 139 du lait pasteurisé des boissons et des mets savoureux ayant une grande valeur hygiénique ; (( 2" Par l'emploi de cultures de choix de crème acidulée en rap- port avec une pasteurisation suffisante de la crème, la fabrication du beurre a été amenée à un haut degré de perfection quant à la qualité et à l'hygiène. (( L'introduction générale de cette méthode doit être poursuivie avec le plus grand zèle ; (( o" 11 faut remarquer, pour quelques sortes de fromages spéciaux (fromage mou français, fromage d'Emmental, Parmesan), que l'em- ploi de cultures de choix est appliqué avec le plus grand succès dans la pratique de l'exploitation du lait. « Ce n'est qu'une question de temps pour atteindre aussi dans la fabrication des fromages une augmentation de la qualité et une cer- titude d'exploitation plus grande; « 4° L'étude exacte des microorganismes intéressant l'exploitation des laiteries est de la plus grande importance pour un développement prospère du commerce du laitage. « Il est désirable que cette étude soit introduite dans les instituts publics et spécialement dans ceux de l'État, et aussi que. ces institu- tions assurent, d'une part, la création de cultures de choix pour la pra- tique de la laiterie et, d'autre part, le contrôle des cultures de choix livrées au commerce. » XI — Transport des animaux vivants La section IV adopte les conclusions ci-après du rapport de M. Saborsky, commerçant en gros bestiaux à Vienne : « Le VHP Congrès international d'agriculture. Vienne 1907, dé- cide d'agir par son comité exécutif dans le sens des propositions suivantes : i( 1° Tout chef de gare auquel des wagons pour l'embarquement de bétail auraient été commandés, devra, dans le délai d'au moins douze heures avant le départ du train, répondre à l'envoyeur et lui communiquer en même temps la superficie des wagons ; 140 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « 2° Il devra être prescrit que le vétérinaire-ins|)ecteur auquel incombe l'examen du bétail à embarquer soit toujours |)rést'nt à cet embarquement ; « 3" La construction des wagons devra être appropriée au trans- port du bétail. Des wagons défectueux ne dcvi'ont pas être cmi»loyés. Le chemin de fer sera responsable du préjudice causé i)ar l'emploi de tels wagons ; « 4.° Il devra être prescrit que sur les planchers des wagons soit répandue une matière convenant à l'espèce de bétail transportée; « 5° On conseillera aux expéditeurs d'attacher dans les wagons le bétail à cornes; « 6° Il sera interdit d'embarquer dans un wagon commun du bétail des deux sexes. « Les veaux de boucherie transportés (dans un wagon avec du bétail à cornes seront séparés de ce dernier par une cloison; a. T Des mesures seront prises contre le siii'chargement des wa- gons ; « 8° Les délais de livraison seront réduits et des services de trains express spéciaux et réguliers transportant le bétail à destination des grands marchés, seront organisés ; ^ « 9" Les administrations de chemins de fer devront répondre des dommages occasionnés par un maniement négligent des wagons dans les gares ; « 10° En cas d'accident, échautïement des essieux ou interrup- tion dans la marche des trains, ralentissant le voyage des bestiaux, l'expéditeur aussi bien que le destinataire en seront avisés par dé- pêche. « Les transbordements indispensables devront être opérés avec le soin nécessaire et les wagons retardés par une des causes susdites rejoindront le convoi aussi vite que possible ; (( 11" Des études seront faites dans le but d'organiser l'assurance facultative contre les accidents du transport ; « 12" Les personnes accompagnant le bétail voyageront gratui- tement tant à l'aller qu'au retour et dans des wagons de voyageurs; « 13° Les quais d'embarquement et de débarquement seront éclai- rés au besoin. COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 141 « Dans les gares recevant ou expédiant de grandes quantités de bétail, on installera des quais séparés pour l'embarquement et le débarquement. « Les quais seront pavés. Les voies y aboutissant seront constam- ment tenues libres de tout encombrement ; « 14° Dans les gares où s'effectuent des opérations d'octroi ou de douane, des préposés à ce service seront toujours présents ; « 15° Les administrations de chemins de fer tiendront à la dispo- sition du public des tableaux indiquant la superficie des wagons, partout où des tarifs calculés nu mètre carré sont établis ; « 16° Les tarifs de grande vitesse ne seront pas appliqués aux en- vois de bétail ; « 17° Les services accessoires rendus par les administrations de chemins de fer ne seront pas taxés au delà du prix coûtant ; « 18° La commission perçue par les compagnies de chemins de fer sur les sommes déboursées par elles sera réduite. » XII — L'élevage rationnel du mulet dans ses rapports avec celui du cheval Rapporteur : M. Tucci, directeur de l'Institut zootechnique de Palerme. Voici les conclusions de son travail : « En résumant ces déductions, je me permets de faire remarquer et de soumettre au VII? Congrès international d'agriculture les points spéciaux suivants : « 1° L'élevage des mulets peut se développer avantageusement dans toutes les contrées tempérées, alors même que l'intervention de l'homme ne se borne qu'au choix des animaux reproducteurs et aux soins hygiéniques nécessaires pour former des animaux vigoureux. L'intention, souvent arrêtée, de développer davantage la grosseur des mulets dans une contrée où le cheval n'atteint, normalement, qu'une grosseur moyenne, cette intention doit être rejetée comme étant extrêmement nuisible pour la production ; 142 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « 2° D'après les principes susdits, et en tenant compte des terri- toires européens où l'élevage des animaux obtenus par croisement est possible, on peut classifier les mulets visés tout particulièrement ici (le la manière suivante : « a) Le mulet aux formes massives, propre à la traction de lourds fardeaux, qui se trouve dans les contrées septentrionales et con- liales; « b) Le mulet à la stature moyenne des contrées méridionales, pou- vant porter le cacolet et servir à la fois de bête de somme et d'atte- lage ; « c) Le mulet de petite taille, apte au cacolet pour le transport des fardeaux, et bon pour l'équitation; il est particulier aux contrées chaudes et montagneuses de la partie la plus méridionale de rEuro})e et de l'Afrique du Nord; « 3° L'élevage des mulets peut se développer sans nuire à l'élevage des chevaux. Au contraire, il peut aussi être utile à ce dernier, pourvu toutefois que l'on emploie de bons étalons de chevaux, parce que dans l'élevage du mulet il faut faire un choix plus rigoureux des juments et aussi consacrer plus d'attention aux soins hygiéniques, afin d'obtenir des poulains viables ; « 4° Le mulet est, en général, employé à d'autres travaux que le cheval. Par suite, l'un peut toujours se rendre utile à côté de l'autre puisque, dans chaque contrée, les services auxquels on peut les em- ployer sont des plus différents et des plus variés ; a. 5° Toutes les juments du cheval, à quelque race qu'elles appar- tiennent, peuvent servir à l'élevage rhi mulet. Mais cet élevage n'est lucratif que dans les contrées tempérées, là où l'étalon du mulet est capable de résister aux froids de l'hiver et de garder une énergie suffisante pour c Résolution HussMANN : « En résumé de ce qui précède, on peut dire que l'encouragement de l'élevage de la chèvre intéresse deux groupes de propriétaires fonciers : « 1" Ceux (jui, en raison de leur situation économique, se trou- vent dans l'impossibilité d'entretenir des vaches ; COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 147 « :^" Les propriétaires de pâturages de menu bétail. « Puissent les autorités compétentes et les corporations agricoles ne pas s'en tenir à cette manière de voir, selon laquelle l'élevage de la chèvre ne semble pas justifier d'encouragement. Si l'on a jusqu'ici manqué de soins concernant cet élevage, ce n'est point une raison pour que, dans l'avenir, il en soit de même. « Pour le relèvement de l'élevage de la chèvre dans les pays de montagne, il paraît désirable et nécessaire : « i^Que les corporations agricoles puissent se vouer dans l'avenir, plus qu'elles ne l'ont fait jusqu'ici, à la question de l'élevage de la chèvre. (( Avant tout, une élévation de la capacité d'utilisation et de la capacité de production de nos races indigènes doit être entreprise, et cela avant de recommander le croisement avec des animaux de pays étrangers ; « 2" Que l'on ait en vue, d'une façon toute particulière, la conser- vation des pâturages employés jusqu'ici. En cas d'établissement de nouvelles ordonnances légales pour la protection des pâturages, on devrait aussi avoir égard à la chèvre ; « 3° Que les moyens reconnus favorables au relèvement de l'éle- vage du gros bétail puissent trouver également, autant que possible, leur application pour l'élevage de la chèvre. » XVI — Conditions d'un élevage lucratif de la volaille Rapporteurs : MM. Wieninger, président de la Société d'agricul- ture de la Haute-Autriche ; Rossmanit, à Marburg. Nous donnons ci-dessous leurs conclusions ainsi que les amende- ments adoptés. I Propositions pour l'encouragement d'un élevage agricole lu- cratif de la volaille. — « 1" Création de stations d'élevage pour la volaille, soit comme établissements indépendants, soit adjointes aux écoles d'agriculture ou à des expositions agricoles, possédant les qualités requises ; « 2° Création de stations d'élevage pour la volaille, avec une ou 148 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE deux familles de poules. Ces slations seraient j)lacées sous l'adminis- tration et la surveillance des établissements désignés au paragraphe 1 . Des pondoirs à trappe y seraient installés ; « 3° Vente, dans ces établissements, d'œufs destinés à être couvés, et provenant des meilleures pondeuses. Vente de volaille provenant de ces établissements et stations ; (( ^^ Encouragement de l'élevage de la volaille par la possibilité de se procurer à bon marché des œufs de couvaison, de la volaille et de la nourriture pour la volaille ; « 5" Contrôle exercé sur les élevages, sous le rapport de l'entre- tien des races convenables, de la régénération du sang et de l'ex- clusion des poules âgées de plus de trois ans ; « 6° Explications continuelles et propagation des connaissances approfondies de l'élevage rationnel par des conférences, des démons- trations d'un jour, faites tantôt dans une commune, tantôt dans une autre, des cours d'une durée plus ou moins longue dans les établis- sements ou stations d'élevage ; « 7° Réforme dans la dislribulion des récompenses aux expositions de volaille, en consid(''rant l'élevage d'après la production. Sépara- tion de l'élevage par amateur de celui fait dans un but alimentaire ; Cl 8* Création d'associations pour la vente des œufs, partout où il n'y a pas de débouchés suffisants pour la volaille et les produits de basse-cour, et partout où la possibilité d'en fonder une existe; lors- que le cas se présente, l'annexer à des associations de laitiers; « 9" Centralisation de la vente des œufs, par les associations dans les différents pays et provinces ; « 10° Là où il y a demande et écoulement de la marchandise, spé- cialisation dans l'engraissement du poussin et de la poularde, avec l'emploi de toutes les meilleures manières modernes d'opérer. » Hésolution Hossmanit : « Abstraction faite de la capacité personnelle de l'éleveur, capacité qui est absolument indispensable, il importe, avant toute autre opé- ration, que celui-ci porte son attention sur le choix de la meilleure race, et le point de vue qui le dirigera dans ce sens devra être le but COMPTE RENDU DU VIIl"^ CONGRÈS INTERNATIONAL 149 propre poursuivi par l'élevage ; la détermination bien nette et pré- cise de ce but est donc la condition préalable indispensable. «1° Institution d'établissements d'élevage de la volaille, établisse- ments qui seront ou bien des créations indépendantes, ou bien des annexes rattachées soit aux écoles d'agriculture, soit à des économies agricoles appropriées au but ; « 2° Institution de stations d'élevage pour la reproduction de la volaille, avec une ou deux espèces; ces stations fonctionneront sous la direction et la surveillance des établissements ci-dessus désignés ; on y emploiera les nids dits à piège, retenant la poule jusqu'à constatation de la provenance de l'œuf; « 3° Emission, par ces établissements et stations, d'œufs à couver provenant des meilleures pondeuses, ainsi que la volaille ayant pa- reille provenance. » Amendements Wilduagen additionnels au paragraphe 3°. « 3" a) Régénération des races indigènes, ou, selon le cas, des espèces indigènes au moyen de la sélection, éventuellement au moyen de croisements pratiqués avec intelligence et circonspection entre sujets de catégories apparentées ; « 3° b) Diffusion et préparation uniforme des espèces indigènes sur des districts territoriaux entiers, en vue d'obtenir des produits ana- loguement conditionnés, lesquels, ainsi qu'il est démontré par l'ex- périence, sont ceux qui trouvent le plus aisément des débouchés et aux meilleurs prix ; « 3" c) Pour chaque espèce estimée la mieux appropriée à la diffu- sion dans un rayon territorial donné et dans lequel elle se trouve répandue, établissement d'une dénomination empruntée au nom lui- même du district, de la région, de la province, etc., afin que ces produits soient introduits et demandés dans le commerce- sous ce nom ; « 4" Développement de l'établissement de bonnes basses-cours au moyen de facilités offertes au producteur pour se procurer les œufs à couver, les sujets et la matière alimentaire ; « 5" Contrôle de l'élevage des basses-cours d'exploitation privée à 150 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE l'égard de l'enlrelien de la meilleure race de coqs, de la n'novation du sang et de rélimiiialion des poules ayant plus de trois ans ; « 0" Edu(;ation de la classe rurale par la diffusion ininterrompue des connaissances fondamentales sui' l'élevage rationnel de la vo- laille, et cela au moyen de conférences, de cours ambulants d'une journée chacun en chaque localité, enfin les cours proprement dits plus ou moins longs donnés aux établissements et aux stations d'éle- vage ; « 7° Réforme des usages régnants à l'égard des récompenses et primes aux expositions de volaille, et prise en considération pre- mière, pour l'attribution des primes, de la productivité des sujets. Dissociation de l'élevage pour sports et de l'élevage {jour buts d'uti- lisation ; « 8" Fondation d'associations coopératives pour la vente des œufs, partout où les conditions du débouché pour la volaillle et les pro- duits de la volaille sont insuffisantes et où il existe une possibilité ma- nifeste de succès; en cas de besoin, rattachement de l'entreprise à des coopératives de laiterie ; « 9" Centralisation de la vente en coopérative des œufs dans cha- que région ou province ; « iO" Là où il existe offre et demande suffisantes, spécialisation de l'engrais du poulet jeune et de l'engrais de la volaille avec utilisation de tous les procédés auxiliaires modernes. » Résolution Arbeiter : « 1° L'élevage de la volaille sous forme d'exploitation latérale ou petite exploitation est le plus recommandable ; ce genre d'exploita- tion, dans la plupart des cas, l'emporte sur la grande exploitation; « H" Perfectionnement du système coopératif d'après le modèle des coopératives danoises, dans le but de parvenir à un rendement meilleur des produits de la volaille. » Amendement additionnel Kummer. « 12" Les Gochios doivent être, en principe et rigoureusement, exclus de l'élevage indigène. » On nous saura gré de donner sur cette question, qui a été bien étudiée au Congrès de Vienne, le rapport complet d'un des éleveurs de volailles les plus compétents, M. Arbeiter, à Feldhof, près Graz (Styrie). « Les modes d'élevage de la volaille dans l'exploitation agricole sont aussi multiples que les formes de culture adoptées dans les différents pays, et les conditions qui influent sur le profit de cette branche de l'économie rurale sont inliniment nombreuses. Ce qui se pratique avec succès dans tel endroit ne convient absolument pas dans un autre. a Quelle grande différence entre l'immense exploitation que pra- tiquent sur une si vaste échelle les fermes américaines ou les grands éleveurs français, anglais et allemands et qui témoigne, dans les moindres détails des acquisitions ou des manières de faire, un raffi- nement en quelque sorte technique, quelle différence, disons-nous, entre ces établissements et cette autre petite exploitation, toute basée COMPTE REKDU DU VIIl'' CONGRÈS INTERNATIONAL 153 sur de vieilles coutumes, mais qui, de nos jours, domine presque exclusivement, dans les pays productifs, sur les marcbés européens ! Mal|4ré des rapports si dissemblables, il y a pourtant possibilité d'éta- blir, concernant notre importante question, plusieurs principes com- muns et, nonobstant l'abondance des œuvres écrites sur ce sujet, on peut encore l'envisager, d'une manière générale, sous un nouveau point ée vue. « Tel est le but que, dans le présent rapport, nous nous propo- sons d'atteindre, du moins en partie, car nous mettrons de côté les questions secondaires qui ont été détaillées dans des oeuvres spé- ciales, avec toutes les variations qu'elles comportent. « Il est indispensable, à cet effet, de diviser la présente question, savoir : « 1° L'élevage de la volaille en tant qu'exploitation secondaire, comme petite économie agricole ou section de la grande économie ; « 2° L'élevage exclusivement considéré comme principale exploi- tation, qui opère en gros, à la manière d'une fabrique. . « En premier lieu on s'est occupé de l'élevage des poules comme de la partie la plus importante. « I) Conditions pour l'élevage lucratif de la volaille en tant que branche secondaire. — Ce mode d'exploitation est, actuelle- ment, le plus répandu. Il n'y a pas à en douter, la petite exploitation agricole secondaire est le producteur exclusif du marché européen qu'il domine absolument. L'élevage, comme branche secondaire, c'est-à-dire sans organisation spéciale et sans aucun personnel d'exploitation, comme adjonction à une autre exploitation agricole principale, peut être actuellement considéré comme étant toujours et partout lucratif. Le plus souvent, il est de beaucoup supérieur à l'exploitation en gros. « Tandis que dans l'exploitation secondaire les étables et l'entre- tien n'occasionnent aucuns frais ; que, la volaille trouvant elle-même en grande partie sa subsistance ou n'absorbant que des restes de la maison et de la ferme, sa nourriture ne coûte rien ou presque rien, — dans l'exploitation en gros, au contraire, la volaille exige des bâti- ments spéciaux, l'entretien d'un personnel particulier, les restes ne 154 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE suffisent pns à sa nourriture, d'autant plus que la voliiille ne peut aller et venir librement pour chercher elle-même sa subsistance, et les frais se trouvent considérablement aui^mentés. « Nous croyons que, dans les pays où Texploitalion secondaire s'étend sur un très grand rayon et s'exerce d'une manière intense, un peu partout, avec assiduité et par un grand nombre de fermiers, les prix s'en trouvent influencés et l'exploitation en gros ne peut entrer en concurrence avec elle. Cent petites exploitations possédant chacune dix poules à l'engrais peuvent vendre les œufs et la volaille beaucoup meilleur marché qu'un seul éleveur en gros qui aurait mille pièces du même produit. « Nous trouvons là précisément le contraire de ce qui régit la vie industrielle, où nombre de petits commerçants ne peuvent vaincre l'oppression et le préjudice des grandes usines à leur égard. « Voici les conditions d'un élevage lucratif dans la petite exploi- tation : <{.i° Un entretien raisonnable, des soins minutieux et la sélection de la race, d'après la nature de la volaille ; « 2" Nourriture judicieusement réglée : d'un côté, l'emploi des restes de la maison et de la ferme ; de l'autre, tout ce qui convient à la nature de la volaille ; « 3° Une juste détermination du nombre de bêtes à entretenir par rapport au développement de l'exploitation générale, afin de tirer le .plus grand pr(jfit possible du personnel et des éléments nutritifs qui ne coûtent rien ; enfin, éviter soigneusement de négliger, pour cette exploitation secondaire, la branche essentielle de l'économie; (> 4° Choix judicieux de la race sous le rappoi't du but que l'on se propose : œufs, chair, poule à double fin, en tenant compte spécia- lement de la faculté que peut avoir la volaille de chercher elle- même sa subsistance, du climat et des conditions générales et cultu- rales dans lesquelles se trouve l'éleveur ; « 5° Possibilité aussi grande que possibh^ pour les bêtes, de se procurer elles-mêmes la nourriture (faculté d'aller et de venir en liberté) ; « 6° Eviter les influences nuisibles comme le croisement de races étrangères qui ne sont ni acclimatées ni produites naturellement COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 155 dans le pays même, mais qui sont le résultat d'autres croisements. Il y a des races qui n'ont pas été produites par le croisement des bêtes originaires, mais qui ont été créées artificiellement par des croisements arbitraires : des bêtes produites par la mode, la ré- clame, la curiosité, par un dilettantisme comme on le trouve dans les villes et par une recherche de l'originalité qui, parfois, prend dans l'élevage de la volaille une plus grande place que dans aucune autre branche de l'élevage des animaux. De ce qui vient d'être dit, il résulte que, pom' améliorer l'élevage de la volaille dans un pays, il faut avant tout prendre des mesures pour assurer la prospérité de nombreuses petites exploitations. « L'exploitation secondaire est certainement la plus naturelle, celle qui convient le mieux aux conditions vraies d'existence de la volaille et à son développement sain et rationnel. <( II) Conditions d'un élevage agricole lucratif de la volaille, comme exploitation principale, à la manière d'une fabrique. — Tandis que la petite exploitation n'a que des frais peu élevés pour tout ce qui concerne les étables, les soins, l'entretien et aussi la nourriture, en partie du moins, ces mêmes frais s'élèvent à une somme considérable pour l'exploitation principale qui opère sur une vaste échelle. « Cette sorte d'exploitation ne peut être lucrative que si l'exploi- tation secondaire n'existe pas près d'elle, sur un large rayon, et que, par suite, les prix du marché ne peuvent en être considérablement influencés ; il importe, en outre, pour qu'elle soit lucrative, que les frais d'importation de pays mieux favorisés soient tels qu'ils contre- balancent les dépenses énormes supportées par les éleveurs en gros. « De même, dans les contrées où l'on élève des volailles estimées, ayant des débouchés assurés, l'exploitation en gros peut prospérer auprès de l'exploitation secondaire (en petit) qui s'étend sur un large rayon, mais elle ne pourra prétendre à des gains aussi considérables que celle-ci. « Contrairement à ce qui se pratique dans l'exploitation secon- daire, il s'agit avant tout, pour la grande exploitation, de la cou- vaison et de l'élevage ai'tificiel ; or, ceux-ci sont bien certainement 156 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE plus onéreux et plus difficiles que la couvaison natuielle, qui ne coûte rien. « A part ces remarques d'un intérêt pécuniaire, les conditions suivantes sont de rigueur pour rendre la production en gros profi- table : « I" Posséder des connaissances profondes et pratiques de l'éle- vage de la volaille en général et de la couvaison et de l'élevage artificiels en particulier ; « 2° Avoir des établissements conformes aux exigences du but ; « 3" Entretenir des animaux propres à constituer des races s'adap- tant à l'usage qu'on veut en faire (rendement sous le rapi>ort des œufs et de la cbair) ; « 4° Choisir la race la mieux appropriée. « Tandis que dans la petite exploitation (les pays qui s'occupent de l'élevage de la volaille sont ici traités sommairement) il faut apporter une grande prudence quant au choix de la race, puisque l'on ne doit perdre de vue ni la possibilité pour les animaux de cher- cher eux-mrmes leur nourriture, ni leur accoutumance à cette vie libre qui ne demande pas de grands soins, condition aussi précieuse que la valeur des produits mêmes, jwur l'exploitation en gros ces raisons ne prévalent pas, puisque la base d'opération est tout autre ; en conséquence il y a moyen de faire des croisements que ne pour- rait entreprendre le fermier, parce qu'à ces animaux il faut des soins minutieux qu'on ne peut leur donner s'ils ne représentent qu'une branche secondaire de l'économie. « Dans l'exploitation en gros, aussi bien que dans l'élevage en petit, il est urgent de savoir si l'on attache plus d'importance à la production des œufs ou à celle de la chair, ou bien s'il faut choisir une race qui promette de rapporter passablement dans les deux directions. « L'élevage qui a en vue la production des œufs sera surtout bien placé là où l'on ne peut s'occuper beaucoup de la volaille, et où il y a moyen de lui laisser la liberté naturelle, ce qui est important pour les poules élevées en vue de la ponte. « Observons que toutes les races qui sont aptes à [tondre four- COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 157 nissent de mauvaises couveuses ; donc il faudra faire usage de la couvaison et de la nutrition artificielles pour se procurer assez de poussins ; ou bien il faudra entretenir une race de poules couveuses à côté des autres. Ce moyen a l'inconvénient de faciliter des croise- ments nuisibles. « Observons aussi que toutes les races qui pondent beaucoup fournissent une chair médiocre, et que là où l'on s'occupe exclusi- vement de l'élevage des poules à œufs les couveuses viennent à manquer; la population perd l'ambition d'avoir une grande couvée, et bientôt les poulaillers restent vides. « Quand on nourrit des poules dans l'intention d'avoir des œufs, il faut se rendre compte du nombre moyen qui est nécessaire, non seu- lement pour couvrir les frais de la nourriture comparés au prix des œufs sur le marché, mais encore pour rapporter un gain raison- nable. « Remarquons que ce ne sont pas toutes les races qui, dans des conditions favorables, donnent beaucoup d'œufs, car dans la petite exploitation la capacité de pondre diminue rapidement si les soins nécessaires manquent, de sorte que ces races supérieures ne rappor- tent plus même autant que les races endurcies du pays. « Ce ne sont pas ces races qui sont les plus lucratives, mais bien celles dont la production est la moins coûteuse. Je demanderai la permission de revenir plus en détail sur ce point. « Vu le prix actuel général du marché, la production des pou- lardes engraissées est, en ce moment, la branche la plus lucrative de l'élevage de la volaille. « On doit recommander, comme branche secondaire de l'exploita- tion, l'élevage en vue d'obtenir une chair délicate, partout où se trouve une connaissance plus approfondie de l'élevage et où il y a moyen de vouer à la volaille des soins particuliers, surtout pour l'augmentation du nombre des animaux. « C'est dans les contrées qui ont une bonne renommée pour les qualités de leurs volailles que le commerce sera le plus lucratif, car il y aura le plus de chance d'obtenir des prix élevés et un grand débit. Ce qui vaudra le mieux pour la prospérité des affaires, c'est que le producteur s'occupe de l'entretien, de la nourriture donnée 158 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE à la main ou de force (Zwangsmast), tandis que les exportateurs ou les établissements spéciaux se chargent de compléter la nutrition, de tner et de dresser les bêtes. « On ne peut recommander de réunir le commerce en gros à l'élevage en gros dans un seul établissement par crainte de voir des épidémies se développer. « L'élevage pour la chair convient surtout à l'exploitation en grand et il y a des races spéciales dont le choix dépend naturelle- ment des circonstances locales, surtout du goût de la clientèle ; il en est de même du mode d'engraissement qui est d'une haute impor- tance pour obtenir une certaine (}uantité de viande. « On voit fréquemment l'agriculteur unir les deux départements d'élevage et s'occuper de la production des œufs et de la chair. On arrive à ce but en entretenant en même temps deux races : une qui pond et qui a la couvée et l'autre qu'on engraisse. Mais on peut aussi conserver une seule sorte de poules avec laquelle — pourvu qu'elle couve — on obtiendra des résultats satisfaisants. « Ce mode d'exploitation est le plus répandu et exige l'élevage de la poule vulgaire, de la « poule à deux fins » (Zwiehuhn), comme la nomme si bien M. Henri Gierth, du ministère impérial et royal autrichien de l'agriculture, dans la publication sur les Mesures à prendre pour la prospérité de l'élevage des poules en Autriche. « Ce mode d'élevage est bien proprement celui de la branche secondaire de l'agriculture. Pour le petit fermier le choix de la race convenable, par rapport aux exigences du climat et de la culture, a une grande influence sur le profit qu'on en tire. « J'appuie là-dessus, car on a fait tant d'essais divers pour relever les races du pays par « Homogenisienmg » ! « Quelles sont donc les qualités qu'il faut exiger avant tout d'une « poule à deux fins » sous le rapport agricole ? « 1" Adaptation aux diflérentes conditions du climat et surtout de l'entretien et de la nourriture. « Les circonstances dans lesquelles se trouve le fermier étant le plus souvent bien modestes, il faut le plus possible tâcher que la volaille trouve elle-même sa nourriture et ne cause pas de frais : COMPTE RENDU DU YIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 159 « 2" Produit proportionné d'œufs et de viande ; « 3" Entretien et élevage faciles ; « 4° Fécondité ; (( 5° Bonnes couveuses ; (( 6° Souvent aussi l'aptitude à reconnaître l'approche d'un dan- ger (bête de proie, tempête) et à s'y soustraire. (( La question se pose toujours à nouveau : Quelle est la race la plus capable de répondre à ces multiples exigences ? « Nous voilà arrivé à la question des races, si souvent discutée et à laquelle on n'a pas encore trouvé de solution. Nous allons essayer d'éclairer d'un point de vue général, tant bien que mal, cette question si importante pour le profit de l'élevage de la vo- laille, sans entrer dans les détails des circonstances qui ont rapport au lieu, au climat et à la culture. (( Comme pour bien d'autres questions, c'est l'histoire qui nous fournira ici le, seul guide sûr. « Si nous examinons l'histoire de l'élevage de la volaille en Europe durant les soixante dernières années, voici le tableau qui se déroule à nos yeux : « Il y a soixante ans, la population rurale s'occupait, dans la plu- part des pays, de l'élevage de la volaille et pourvoyait ainsi, non seulement à ses propres besoins, mais encore à une exportation plus ou moins importante. On se servait alors de la poule commune, ori- ginaire de l'Europe, et de toutes ses variétés. Frugale, féconde et se modifiant avec son entourage, cette bête facilitait un commerce étendu. Je ne veux pas omettre de citer ici ce qu'un garant sûr, le professeur Hlubek, dit dans son œuvre publiée en 1860 : Portrait fidèle du duché de Styrle, et ce qu'il répète dans son ouvrage édité à l'occasion de la fêle de la Société des Agriculteurs et des Forestiers allemands à Graz, en 1846 : « L'élevage de la volaille et surtout des poules forme une branche « satisfaisante de la culture du pays en Styrie. Les ménagères des « agriculteurs, dans les régions de Graz et de Marbourg, sont (( extrêmement habiles à l'accroissement, à l'entretien et à l'en- « graissement des poules, ce qui fait que les poulardes de Styrie « ont acquis une renommée étendue et qu'on envoie chaque année 160 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « vingt mille pièces à la capitule seule. Dans le département de « Graz et dans d'autres départements on s'occupe de l'élevage « des poules principalement, mais r(''levage des dindons, des ca- « nards et aussi des oies a fait des progrès. Les races indigènes « sont remarquables pour la délicatesse de leur chair et pour la « facilité qu'elles offrent à être engraissées. Les poulardes à plumes « rougeâtres ou blanches sont les plus grosses et les plus exquises, « aussi les agriculteurs se décident-ils rarement à introduire une « nouvelle race. Une poule pond de 100 à 160 œufs par an, et de « 1^ à 15 œufs donnés à couver à une poule il sort à peu près « 10 poussins. » « Y a-t-il aujourd'hui une poule de race qui puisse procurer un tel profit au paysan ? « L'état des choses était à peu près pareil dans les autres contrées situées au centre de l'Europe, du temps où la poule domestique dominait exclusivement. Depuis que, vers 1840, on a introduit successivement des races étrangères et artificielles qui varient comme la mode des dames, l'aspect change dans beaucoup de pays. « Des associations urbaines et des amateurs se mêlèrent de l'affaire et la poule commune fut ou exterminée ou remplaci-e. Mais comme les nouvelles races ne possèdent ni cette faculté vitale, ni cette fru- galité qui rendent l'élevage de la volaille lucratif, même dans les conditions les plus médiocres, la progéniture de ces races artificielles dépérit pour la plupart en peu de générations. Le produit des œufs et de la viande n'est plus satisfaisant et les fermiers perdent le goût de l'élevage, parce que les bêtes ne sont fécondes que si l'on renou- velle le sang des races en se procurant toujours des remplaçantes coûteuses, et parce qu'elles exigent des soins minutieux. L'exploi- tation en détail diminue de plus en plus, de sorte qu'il se trouve de moins en moins de poules pondeuses et qu'on est obligé de les importer en masse de l'étranger. Des pays qui, il y a cinquante ans, en dehors de leur consommation, livi'aient un surplus à l'expor- tation, sont réduits aujourd'hui à importer des produits de basse- cour pour 200 à 360 millions de couronnes, (.( On voit s'établir une production en gros qui se propose de niul- COMPTE RENDU DU VIIl'^ CONGRÈS INTERNATIONAL 161 tiplier la volaille à l'aide de moyens techniques, mais — ■ vu les prix élevés — cette tentative ne prospère que peu et ne pourra jamais remplacer un nombreux et intense commerce au détail. Au lieu de nourrir la volaille pour en propager la race, de la manière naturelle et bon marché qui s'applique dans la basse-cour, on établit de vraies usines. « L'élevage n'est plus une branche secondaire de l'économie, mais un appareil coûteux, une science qui dépasse les facultés du simple fermier. « Il est vrai qu'en partie ce changement est dû à ce que, depuis lors, dans plusieurs de ces pays, la population, de peuple agronome qu'elle était, est devenue un peuple industriel ; l'économie, au lieu d'être extensive, devient intensive, et par l'augmentation du nombre des habitants, ainsi que par la plus grande aisance qui règne dans toutes les classes de la société, le débit de la volaille augmente et la production domestique ne suffît plus. « C'est chose connue que plusieurs pays en sont arrivés là. (( Pour les pays qui possèdent encore une production en détail normale et régulière et dont l'exportation monte à des millions, on peut constater dans le bilan des affaires une diminution du chiffre des exportations dès qu'on introduit des races étrangères et artifi- cielles qui supplantent la poule commune et indigène. « En présence de ces faits, je considère l'élevage de la poule com- mune et indigène comme le plus recommandable en général pour l'agriculture ; mais il faut observer qu'en même temps on soignera et améliorera les bêtes de race jusqu'au plus haut degré de produc- tivité . « Quoique des représentants notables de la littérature spéciale aient plaidé avec chaleur en faveur de la conservation et de l'élevage de la poule commune et indigène, cependant les adhérents de cette opinion ont rarement réussi en comparaison de ceux qui propagent le principe des races étrangères, parce qu'on est souvent d'avis que l'ancienne race de la poule commune n'existe plus. « Si ceci s'applique à quelques contrées ou pays, pourtant ces ani- maux se trouvent encore dans toute la pureté de leur race dans beaucoup d'autres, surtout par suite d'atavisme. ANN. SCIENCE AGRON. — 3® SÉRIE — 1908 — I 11 162 * ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « On a vu aussi résulter du croisement avec des races étrangères une race locale, qui peut être comptée parmi les variations de la poule commune. « Sans doute, on ne rencontre pas cette uniformité comme on la trouve chez les animaux de race pure, peut-être même n'a-t-elle jamais existé ? Mais ceci n'est d'aucune importance pour le cultiva- teur, quoi qu'en disent les amateurs. « L'élevage par sport et par snobisme ne se pratique que dans les pays dont l'élevage de la volaille pour les besoins domestiques ou pour l'exportation est tout à fait inférieur. « Si, de ce point de vue, la poule commune est considérée comme le point d'appui de l'élevage et comme le producteur principal d'un pays, il ne faut pourtant pas en conclure qu'on doive omettre complètement l'élevage de toutes les races étrangères et artificielles. « On pourra se vouer à l'élevage de toutes les races différentes, partout où les circonstances locales ne permettent pas de garder la volaille en liberté, où il ne s'agit pas de lui procurer les moyens de trouver sa nourriture elle-même, et aussi dans l'élevage en gros où l'on varie beaucoup la nourriture des animaux, puis là où l'on peut régénérer le sang des races par de nouvelles acquisitions, si toute- fois les frais ainsi accrus se couvrent i>ar un profit plus considé- rable. « Ce qui a été dit ci-dessus surtout à l'égard de l'élevage des [)0ules s'applique aussi en partie à l'élevage des oiseaux aquatiques et des dindons. Mais, dans ce cas-là, la question des races est moins importante, car il y a une grande ressemblance entre les races qui s'amalgament facilement ai^jrès croisement, et une similitude dans les conditions d'existence. (' Il y a des exemples où l'élevage de ces animaux ra[»porte, alors même que celui des poules n'est pas avantageux; c'est lorsqu'il se trouve à proximité un cours d'eau ou un droit de pacage dont on ne fait aucun autre usage. « Les oiseaux aquaticiues ont cet avantage que l'élevage et l'entre- tien en sont aisés et qu'ils offrent une grande résistance aux épidé- mies, ce (pii facilite surtout l'exploitation en grand. « L'élevage des dindons se pratique aisément dans certaines con- COMPTE RENDU DU VIll" CONGRÈS INTERNATIONAL 163 trées où la plaine et les coteaux dominent et où le climat n'est pas trop froid. Il rapporte surtout si l'on a un droit de pacage et si l'on peut donner quelques soins à la couvée. Le prix pour cette mar- chandise, quand elle est bien engraissée, est partout assez consi- dérable. « Conclusions. — Gomme conséquence des développements qui précèdent, nous dirons que : (( 1° L'élevage de la volaille comme exploitation secondaire (petite exploitation) est le plus recommandable, et ce genre d'élevage, dans la plupart des cas, l'emporte sur la grande exploitation ; « î2° La production, sur un grand territoire d'élevage, peut être influencée considérablement par un grand nombre de petites exploi- tations ; « 3° Les races indigènes, naturelles au sol du pays, sont les plus recommandables pour l'élevage agricole de la volaille ; « 4° Les races étrangères et artificielles (produites par croise- ments) sont en général moins appropriées; pour celles-ci, les bons résultats ne sont obtenus que par quelques éleveurs particuliers et dans des circonstances toutes spéciales, mais non par la généra- lité ; « 5" L'élevage en vue de la production de la chair, spécialement de la délicate volaille grasse, est le plus lucratif dans les circons- tances actuelles ; « 6° Dans l'élevage agricole de la volaille, le choix judicieux de la race, sous le rapport d'une augmentation de capacité productive unie à un entretien normal, rationnel et peu coûteux, est de la plus grande importance ; « 7" Il faut attacher également une valeur toute particulière à la quantité de volaille qu'il convient d'entretenir dans chaque petite exploitation pour avoir un rendement lucratif, et il faut tenir compte, quant à l'alimentation, de l'emploi des déchets utili- sables. » 164 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE XVII — Mesures contre la « Diaspis pentagona », cochenille parasite des arbres fruitiers et des mûriers Rapporteur : M. Francesciiini. Cette cochenille a malheureusement une aire d'habitation très éten- due. On la trouve en Angleterre, Suisse, Italie, Australasie, Ceylan, îles Hawaï, Japon, Chine, Afrique australe, Brésil, Inde, Panama, États-Unis. Elle attaque les pêchers, pruniers, cerisiers, abricotiers, noyers, mûriers, et cause souvent des dégâts considérables. M. Francesciiini préconise contre cette peste les mesures sui- vantes : « 1° Tout État susceptible d'être intéressé à la question aurait à établir et à tenir à jour un index des territoires contaminés par la Diasi)is penlagona, à notifier publiquement toute apparition nouvelle de l'infection et à la combattre sans délai, au moyen des mesures les plus efficaces, de manière à empêcher la propagation du mal, ou du moins à en atténuer les effets ; (L t Tout État intéressé devrait s'obliger à interdire le transport de plants d'une région contaminée par \di Diaspis pentagona àdiWS un territoire resté intact. Le transport direct de plants d'une région atteinte dans une région qui se trouve dans le même cas serait auto- risé. Mais il ne pourrait être effectué que durant l'hiver dans le cas où des territoires intacts se trouveraient sur le parcours. Dans ce cas, il faudrait que les plants soient soumis à un nettoyage avant l'envoi, afin (ju'ils soient autant que possible expurgés de la Diaspis pentagona; « 3° Si des plants sont expédiés d'un territoire non encore déclaré contaminé dans un territoire encore intact, et qu'ils soient trouvés in- fectés par la Diaspis pentagona , ils peuvent être retournés à l'envoyeur sans que celui-ci soit passible de pénalité, mais à condition que l'envoi ait été effectué en hiver. S'il a été effectué à une autre saison de l'année, ou si l'envoyeur ne reprend pas les plants à temps, ceux-ci doivent être brûlés ; COMPTE RENDU DU VIIl'' CONGRÈS INTERNATIONAL 165 « 4" La destruclion de plants contaminés, qui ont déjà été mis en terre ou traités, n'est recommandée que quand il s'agit d'un cas d'in- fection isolée dans un terrain vaste et intact, et qui n'affecte que des plants sur lesquels le parasite n'a pas encore pu multiplier, parce que les plants n'ont été plantés qu'en automne ou en hiver et qu'ils n'ont pas encore commencé à bourgeonner ; « 5° Si la multiplication des parasites a déjà commencé sur le lieu même, il ne restera plus qu'à engager la lutte par les procédés cu- ratifs, tels que le brossage et les traitements par les moyens propres à exterminer l'insecte et reconnus efficaces contre la Dlaspis pen- tagona ; « 6° Les plants expédiés sciemment et en connaissance de cause, d'un terrain déclaré officiellement contaminé dans un terrain encore intact, doivent être détruits sans qu'il soit accordé d'indemnité au pro- priétaire ; « 7" On recommande aux gouvernements des États intéressés d'ac- corder leurs encouragements et leur appui à tous les essais qui ont pour but l'introduction de parasites indophages et d'autres ennemis exterminateurs qui combattent la .Dimpis pentagona dans son pays d'origine et qu'elle devrait trouver contre elle dans tous les autres pays. » Amendement additionnel FrUhauf. « En vue d'assurer aux mûriers contaminés et aux autres sujets ex- posés à la Diaspis pentagona l'application du traitement curatif qui s'impose de toute nécessité dès l'apparition constatée de la Diaspis pentagona, la section IV/B du VIII* Congrès international d'agricul- ture adresse aux gouvernements la demande de pourvoir à la confec- tion d'une loi satisfaisant à cette nécessité. » XVIII — Sériciculture — Vrai prix de la graine croisée chinoise — Valeur industrielle des cocons qu'elle donne, comparée à celle des autres variétés Rapporteur : M. le D' Favero, à Trente (Tyrol). « Dans les vingt dernières années, on a constaté dans l'élevage du 166 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE ver à soie une coinplcte évolution, l'élevage des races jaunes pures étant devenu presque impossible à cause de la persistance de l'épidé- mie et de ce que l'élevage des races japonaises vertes ne pouvait plus correspondre aux exigences des industriels, de sorte que le croi- sement chinois devint l'unique ressource des sériciculteurs. « Par suite des nombreuses expériences faites par les cultivateuis et plus encore par les industriels entre tous les croisements, ceux des races indigènes avec les chinoises se montrèrent les plus recomman- dables. « Prix réel de la graine croisée chinoise. — Les races pures chi- noises qui doivent servir aux croisements ne sont pas à traiter comme les autres races pures ext)tiques, c'est-à-dire les japonaises, la co- réenne et les indigènes : la différence est ti"op visible pour en parler davantage. « Il faut déclarer d'abord que, dans le groupe des l'aces chinoises, nous comprenons aussi la jaune-or à cocon sphérique, parce que celle-ci (par rapport aux races pures chinoises, très difficiles à cul- tiver avec succès et seulement dans de rares régions privilégiées) offie, avec les autres quahtés communes aux races chinoises, une plus grande vigueur et une moindre prédisposition à la flaccidité et à l'émaciation. « Les exigences des élevages respectifs de reproduction peuvent se résumer : « a) Dans le choix diligent de la race qu'on aura reconnue réfrac- laire autant que possible à l'émaciation et à la flaccidité ; « b) Dans sa pureté pour ne pas provoquer des phénomènes de réversion (voir la Han-kow rose et d'autres encore) ; « <;;)Dans la nécessité d'avoir une race originelle pure, qui, repro- duite en Europe, maintienne les caractères particuliers d'adaplahilité au milieu et de résistance aux maladies ; « d) Dans la température constamment plus élevée que celle deman- dée par les autres races (enlre 17" et 1*.)° Uéaumur) avec une judi- cieuse ventilation, qu'on devra maintenir constante et abondante; « e) Dans l'application rigoureuse de toutes les règles d'une cul- ture rationnelle. COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 167 « C'est une conséquence naturelle que la valeur des cocons ainsi ■obtenus est beaucoup plus élevée que celle des cocons des autres races et que cette valeur augmente encore parce que le produit des races ci- dessus nommées est de 15 à 20 °/o moindi'e ([ue celui des autres races. « Considérant les exigences spéciales et les prétentions de l'éleveur, le graineur est contraint de payer les cocons de 25 à 35 ''/„ en plus. « Ce prix de production, en effet déjà plus élevé, subit une ultérieure augmentation par la circonstance que dans les croisements chinois on doit préférer l'emploi de la femelle exotiipie avec le mâle des races jaunes indigènes, étant démontré que le croisement de la femelle jaune provoque des insuccès. On a de plus encore l'inconvénient que, tandis que le papillonnage du jaune dure quatre jours, celui des races chinoises dure seulement deux jours, et les mâles ne se peuvent employer qu'une seule fois, autrement il y aurait des pontes avec une quantité considérable d'œufs inféconds. En outre, le dépôt des œufs (Voir le tableau ci-dessous) est de beaucoup inférieur à celui des autres races et cela par effet naturel et par l'accouplement difficile et irré- gulier, bien que le nombre des cocons par kilogramme soit plus grand. « Enfin le croisement est plus cher en raison de l'exclusion de la reproduction de beaucoup de cocons mâles, trop petits ; de même la graine qui en résulte est renchérie de 35 à 40 "/« en comparaison des races japonaises et coréennes. « Le tableau suivant le démontre : Chinois blanc — jaune Asiatique rosé Corée blanc . Japonais blanc Jaune indigène nombre: moyen de cocons RKNDEMEKT EN ORAItTK de chaque cent pontes de croisement nécessaire pour former Ikilo des races à t'emeUe exotique et mâle jaune à femelle jaune et mâle exotique grammes grammes 735 24,27 33,00 667 25,50 33,99 640 26,90 34, IG 638 29,52 40,12 646 29, 4i 38,78 440 38,00 38,60 « Cela dit, passons à l'exposé des frais de reproduction d'après les 168 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE expériences faites pendant une période de cinq années dans l'Institut séricii Italie. séricicoJe de Trente et cliez les gi-aineurs de la haute et moyenne COU- RONNES Prix (les cocons chinois blanc et or payi^ par kilo 5,60 Dépréciation due au rei)Ut 0,75 G, 35 Kliniination d'un tiers de papillons màlcs et mauvaise réussite de certains élevages 1,25 7,60 Frais pour rincnbation et autres non recouvrés 0,40 Total 8,00 Prix des races jaunes indigènes par kilo 6,00 Prix moyen pour 1 kilo 7,00 Moins la valeur des cocons percés à 15 °/o 0.90 Ce qui fait. 6,10 Avec 1 kilo de cocous, on obtient en moyenne 2 onces de graine à 30 grammes, le prix de la graine croisée est ainsi de. . . 3,05 On y ajoute tous les frais pour le ramassage de cocons de repro- duction jusqu'à la vente de la graine (Irais de récolte des cocons, de leur choix, du papillonnage, avec la valeur des cellules de la sélection microscopique, du rebut des cellules, de régi'ainage, de la conservation dans le frigoiitique, de la distribution, de l'assurance de la graine et des locaux contre les incendies, amortissement du capital employé; pertes sur les débiteurs ; graine qui reste invendue ; frais généraux d'administration, etc.) 3,95 Et ainsi le vrai prix du croisement chinois moitié à femelle blanche et moitié à femelic chinoise est de 7,00 Voulant, comme on a dit auparavant, limiter la production de graine au croisement à femelle jaune, nous aurons par chaque once de graine un prix de production de 8,00 tandis qu'on sait que les autres croisements atteignent en moyenne le prix de produc- tion de 1,60 à 5,ôo couronnes. « Nalurellenicnt, ces cliiiTies servent pour la graine confectionnée à systènae cellulaire; enlin, pour établir le prix de vente, on doit COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 169 ajouter la commission à payer aux représentants, laquelle est de 25 "/o de ce prix environ « Exigences des élevages respectifs. — Des exigences des élevages de reproduction exposées dans la question précédente, quoique en mesure réduite, dérivent celles mêmes qui sont demandées aux éle- vages (jui ont pour but seulement la production des cocons ; on peut les résumer dans les conditions suivantes : position favorable, c'est-à- dire dans la zone de collines en évitant les zones basses et humides, conditions excellentes d'élevage, bonne méthode et application des règles rationnelles pour assurer un bon procédé de développement et la parfaite maturité des vers à soie. « Si ces circonstances ne sont pas réunies, l'élevage de ces croise- ments ne serait pas à conseiller et il serait ainsi inutile de chercher une substitution aux races jaunes pures,- qui, elles-mêmes, ne peu- vent facilement prospérer. « A notre avis, les races chinoises sont recommandables dans les zones où on doit rechercher un élevage rapide pour éviter les dan- gers d'une culture prolongée. « Cependant il ne faudra pas se faire des illusions sur la production là même où concourent toutes ces conditions favorables, parce que le croisement chinois ne pourra jamais rivaliser avec le produit des croisements japonais et coréens. (( Pour le rendement le croisement bijaune doré mérite la pré- férence. « Valeur industrielle des cocons ainsi obtenus par rapport aux autres variétés. — Les croisements chinois jouissent de la préférence des sériciculteurs parce que, dans des régions propres à leur élevage, par exemple en Lombardie, ils donnent un rendement en soie de 10 à 12°/o supérieur à celui des autres races, comme le prouvent les chiffres suivants provenant d'expériences faites avec cocons frais à parité de traitement. « Nous faisons aussi suivre des épreuves comparatives faites sur des cocons à l'état sec quoique ceux-ci aient une valeur inférieure, particulièrement pour les croisements chinois, dont le rendement est proportionnellement moindre. 170 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Année 1906 PROVENANCE EMPLOI DE COCONS poar obtenir un kilo de soie Croisements chinois et « bijaiine dore <> Gonegliauo. . . . Veneln. . Padova — . . Pailova — . . Vittorio — . . Moyenne. Polyjaune sphérique à ver noir : Vittorio Veneto. Couegliano. ... — . Movenne . 9,52 9,75 9,87 9.74 9,72 10,12 10,38 10,28 10,26 Croisement japonais Vittorio . . Conegiiano. Pasiano Bribano Venelo. 9 30 10 00 9 52 10 52 9 87 Movenne . 9,84 Jaune indigène : Vittorio Veneto. Conegiiano. ... — . Vittorio — . Conegiiano. ... — . Movenne. 9,41 10.00 10,13 11,00 10,13 Année i90î-i906 — Filatures de la Haute-Vénétie Croisement chinois . Moyennes Croisement japonais-coréen et polyjaune. Moyennes PO|DS FRAIS 9,75 à 10,25 10 10,50 à 11.25 10,87 FRISON de 20 à 30 "/« 22 de 24 à 30 °lo 27 COMPTE RENDU DU VIIl'^ CONGRÈS INTERNATIONAL 171 • Filatures de la Vénétie centrale kilos 1904. Croisement chinois ' . 9,20 — — japonais 10,65 1905. — eiiinois 9,47 — — japonais 11,14 — Jaune 10,58 1906. Croisement clynois 9,66 — — japonais 10,65 Année i904 — Trente — Emploi à poids sec FEMELLE étrangère indigène kilos kilos Croisement chinois bijaune. . . 2,86 2,94 — polyjaune 2,91 2,94 — • japonais 2,85 2,98 — Corée 2,98 3,02 Année 1901 — Trente — Emploi à poids vif et sec FKMELLB EXOTIQUE FEMELLE INDIGÈNE poids frais poids sec poids frais poids sec Croisement chinois bijaune 7,69 2,86 » » — polyjaune sphérique. . . 8,51 3,15 8,00 3,18 — japonais 8,51 3,06 » » — Corée 7,87 3,07 S. 33 3,0t Jaune pur 1901 » » 8,51 3,12 — — 1902 » » » 3,30 Année 1900 — Padova — Emploi à poids frais FEMELLE étrangère indigi-ue , kilos kilos Croisement chinois 9,88 9,70 Bijaune doré 10,07 10,10 Croisement Corée 10,64 10,25 Années diverses [les dix dernières années) et régions diverses d'Italie Emploi à poids sec Croisement chinois . . . Moyenne de 9 tilatures. ... 3,59 — japonais. . . — 5 — .... 4,04 — Corée. ... — 5 — .... 3,89 .la une pur — 6 — ■ . 3.74 172 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMinUE « A celte qualité d'un plus grand rendement en soie se joint un manque moindre de la soie au décreusage, dépendant d'une quantité plus petite de séricine, qui pourtant provoque le défaut que le fil du croisement ne présente pas In parfaite agglomération de chaque bave des cocons nécessaire pour l'emploi des grèges directement au mé- tier, comme cela n'a pas lieu avec le polyjaune et les jaime pur. Nous voyons cependant (jue, au contraire, le fd du croisement chinois ne présente pas le poil, inévitable dans les produits des cocons du jaune pur et du polyjaune, et il est plus luisant et plus noble. (( La perte au décreusage comparée aux autres soies est donnée par les chiffres suivants : Croisement japonais 20,19 — chinois 19,71 Japonais blanc 18,84 Polyblanc 19,72 Blanc d'Andrinople et Novi Ligure . . . . 19,92 Jaune indigène 22,73 Chinois blanc 17,10 (( On peut en dire autant des soies originaires, excepté les japo- naises (Voir les tableaux suivants). « Perte au décreusage, — Moyenne pour cent de 1890 à 1905 obtenue par la Société anonyme pour la maturité des soies à Milan, pour les marchandises ordinaires : Italie. . . Jaune, blanchâtre et vert. Brousse. . Jaune et blanchâtre. . . Japon. . . l'ilature Kakedab. . . . Canton . . — .... Syrie Bengale. . Jaune et vert Chine. . . Diverses GRÈGB8 TRAMES ORGASSINS 22.03 22.31 22,83 22,72 23.85 21,03 17,70 19.05 19,08 22,51 25,22 24,92 25,18 u 26,52 21,69 25,39 25 . 21,85 22.53 22,04 COMPTE RENDU DU VIH^ CONGRÈS INTERNATIONAL 173 « Établissement pour la maturité et l'essai des soies de la chambre de commerce de Lyon : 1904 1905 BLANC JAUNE BLANC JAUNE Italie . 21,26 23,67 21,34 23,58 Piémont 20,84 28,22 20,39 22,97 France 21,80 24,31 21,84 24,13 Hongi'ie » 24,69 » 25,54 Japon 18,18 » 17,77 » Chine . 18,28 22,93 17,91 21,50 « Le tableau suivant présente une comparaison de la production de cocons des divers croisements, chiffres résultant de diverses expé- riences faites en Trentin et dans la Haute-Italie dans les mêmes con- ditions d'élevage avec once de 30 grammes. PEODUIT s Maximum Minimum Moyen kilos kilos kilos Blanc-jaune Corée 95,90 81,50 88,70 — japonais ...... 90 » 70,60 80,30 Polyjaune sphérique à ver noir . . 84,50 65,50 75 » Bijauue femelle or 80,40 61,30 70,85 Blanc-jaune cliinois 71 » 45,60 58,30 « Comme l'on voit, on a le produit minimum dan»; le croisement chinois, désavantage non compensé par la moindre quantité de feuilles consommée, attendu que l'éleveur fermier reçoit généralement la feuille de son maître. En outre, l'éleveur tient surtout à la quantité d'espace nécessaire à l'élevage, et il ne fait pas attention aux quelques jours de travail en plus que demande l'élevage des autres races croisées. . « Dans la Haute-Italie, et en particulier dans la Lombardie, les croisements chinois se répandirent rapidement. Cela n'arrive pas de même dans nos pays, parce que les filateurs en Italie payèrent tou- jours les croisements chinois beaucoup plus cher que les autres croi- sements, et seulement avec cette condition il serait très facile d'avoir le même succès chez nous aussi où le cultivateur veut surtout con- tenter le filateur et se procurer sa confiance pour l'avenir. 174 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « Notre exposé fini, nous nous permettons de tirer les conclusions suivantes que nous présentons à messieurs les membres du Vlir Con- grès international d'agriculture : « I) La graine du croisement chinois coûte au graineur de 7 à 8 couronnes chaque once, selon qu'on emploie dans la confection les deux ou une seule des femelles des races à croiser, et, en comparaison des autres croisements japonais ou coréens, elle est de 35 à 40 "/o plus coûteuse, a 11) Toutes les régions ne se prêtent pas à l'élevage du croisement chinois, c'est pourquoi il devra se conseiller <'t disposer en tenant compte des £xigences particulières (notamment la haute tempéra- ture), réfléchissant que sa soie réussit d'une manière appréciable dans la zone di^ collines ou moyenne, moins appréciable dans les zones humides ou basses, et surtout en la confiant à de bons cultivateurs qui sachent déjà auparavant que, à parité de poids en graine, le pro- duit sur lequel on peut compter est moins abondant que dans les autres croisements, mais compensé par un poids plus élevé. A parité de traitement il est à préférer au bijaune doré ainsi qu'au blanc-jaune chinois, car pour sa vigueur il offre les meilleures garanties de réus- site, tout en conservant les qualités propres aux croisements chinois, « III) Le cocon du croisement chinois fdé à l'état frais donne un rendement plus considérable que les autres races, tandis que ce prix va diminuant à mesure qu'il dessèche ; il a un développement meilleur dépendant de la moindre quantité de gomme et de sa forme presque ronde ; il donne un produit plus clair, brillant, poli, dépourvu de poil, apte à produire pour la tiiie^se et la régularité de sa bave des litres très fins; il donne une plus grande proportion en frisons, du 5 */o sur la soie, du 4 "/„ en pelittes et bassiné, et sa soie subit au décreusage une perte moindre que les autres races. « Les croisements chinois donnent pourtant un produit moindre que les autres croisements; c'est pounjuoi leui' diffusion ne pourra s'effectuer qu'avec un prix proporlionnellement plus élevé qui com- pense ce défaut. Il n'est pas suffisamment balancé par la brève période d'élevage, ni par la moindre quantité de feuilles qu'on em- ploie. » COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 175 XIX — Influence des écoles d'apiculture sur l'élevage des abeilles Rapporteur : M. MucK, président de la Société centrale autrichienne d'apiculture à Vienne. Son rapport se termine par ces conclusions : « Il est bien compréhensible, vu leur grande efficacité, que les écoles autrichiennes d'apiculture, à Vienne, aient donné lieu à un essor de l'apiculture indigène. « C'est pourquoi, en raison des expériences qui ont été faites ici, on peut recommander les résolutions suivantes : « Le VHP Congrès international d'agriculture déclare que : « 1° L'établissement et l'entretien de ce qu'on est convenu d'appe- ler écoles d'apiculture est un des principaux moyens pour la propa- gation et le relèvement de l'élevage des abeilles; « ^° De semblables écoles d'apiculture doivent exister dans chaque Etat, et cela, en qualité d'institutions gouvernementales, ou bien d'éta- blissements soumis au contrôle de l'État et énergiquement protégés par lui ; « 3" L'établissement, dans un même Etat, de plusieurs écoles d'api- culture ne peut être recommandé pour le moment ; « 4" Dans les écoles d'apiculture doivent avoir lieu, chaque année, sous la surveillance de l'Etat, des examens concernant l'élevage des abeilles ; « 5° Les écoles d'apiculture, ainsi fondées et encouragées par l'État,, jouent un rôle prépondérant dans l'élevage des abeilles. » XX — Élevage de reines allemandes ou de reines américaines Rapporteurs : MM. Alfonsus, rédacteur du 5i>/î6nya/er à Vienne; Strauli, curé de Scherzingen (Suisse). Voici les conclusions des deux rapporteurs : Résolution Strauli : « i" L'élevage des reines américaines est dé beaucoup supérieur à celui de l'Allemagne ; 176 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « 2° Les reines élevées d'après les méthodes améi-icaines sont très bonnes ; « 3" An moyen des méthodes américaines, on peut élever beaucoup de reines ; « ^^ Le rendement de l'apiculture sera augmenté p^r l'élevai^e des reines américaines ; (( 5" L'élevage des reines américaines nécessitera l'introduction des louches américaines. » Résolution Alfonsus : « La méthode américaine d'élevage des reines présente à l'apicul- teur les avantages suivants : elle permet l'élevage d'un nombre voulu de reines provenant d'un essaim quelconque. Ces reines égalent les reines normales d'essaim quant au rendement et à la durée vitale. La conservation des mères non fécondées dans des cages de fil de fer est facile et l'application des caisses de fécondation dispense de la production et de la conservation d'essaims particuliers. « La méthode américaine d'élevage des reines est donc absolument supérieure à la méthode employée généralement chez nous. Elle exige toutefois de la part de l'apiculteur une grande habileté et une intelligence supérieure. Elle ne pourrait être profitable pour le petit éleveur et ne donne de bons résultats que dans l'élevage en grand. » SECTION V AMÉLIORATIONS AGRICOLES ET FORESTIÈRES {Irrigation et dessèchement du sol, régime des eaux, opérations agraires, mesures de protection contre les torrents et les avalanches) Les questions soumises à la discussion de la section V sont les suivantes : I — Réforme du service d'observations et d'informations hydrographiques et météorologiques dans l'intérêt de l'agriculture Rapporteur : M. Friedrich, à Vienne. « Tout en rendant pleine et entière justice aux services éminents dus au Bureau central hydrographique I. R. de Vienne et à ses inves- tigations scientifiques dans le domaine de l'hydrographie, le congrès estime que la nécessité d'une refonte de cette institution, particuliè- rement en vue des intérêts de l'agriculture, est de toute évidence, qu'elle s'impose comme urgente, et que cette réforme devra porter sur les points ci-dessous énumérés : « I. — Météorologie agraire : « a) En vue du perfectionnement du service d'observation, il devrait être procédé à la création d'un réseau aussi dense que pos- sible de stations d'observation dans les différentes provinces, et cela partout où il n'a pas encore été pourvu à cette nécessité ; de plus, un grand nombre de ces stations, celles qui y seraient appropriées, se- raient pourvues d'ombrographes ; ■ A.'iM. SCIENCE AURON. — 3' SÉRIE — 1908 — [ 12 \ 178 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « b) A l'égard du service d'iiiformalioiis météorologiques, il est désirable en première ligne qu'il soit [)rocédé à la publicalion aussi rapide que possible des données recueillies ; non moins désii'able est la publication d'un grand nombre de figurations et tableaux graphiques, en particulier d'isobyètes et de cartes isothermes avec accompagnement de remarques complémentaires sur les situations et particularités climatériqucs et de la végétation. « II, — Dans le domaine du service d'observations hydrographi- ques on devrait : « a) A l'occasion des études et enqtiêtes ayant pour but l'établisse- ment du cadastre des forces hydrauliques, tenir aussi compte des besoins de l'agriculture, ainsi que de ceux des localités au })oint de vue de leur approvisionnement en eau ; « b) Faire la part suffisante à l'étude de la physique du sol, du mouvement des liquides et des gaz dans le sol, de l'action que le sol, l'eau et l'air exercent réciproquement entre eux et, à ces fins, créer des stations techniques agricoles d'essais ; pour assurer le fonctionnement de ces recherches scientifiques dans les conditions voulues, il conviendrait de les rattacher aux sections spéciales cor- respondantes des écoles supérieures ; à Vienne en particulier, à l'École supérieure d'agriculture, arrangement qui permettrait de concentrer et de corroborer les unes par les autres les observations des spécialistes dans l'élaboration de questions dont le domaine em- piète fréquemment sur celui d'autres questions spéciales, avec les- quelles elles se confondent sur plusieurs points. « III. — Pour assurer non pas seulement l'exécution à bref délai, mais la possibilité même de l'exécution de ces travaux déjà prévus d'ailleurs dans leur ensemble par les instructions de service du Bu- reau central hydrographique I. R., il est d'urgence absolue et en première hgne, d'augmenter notablement le personnel du bureau, ainsi que celui de chacune des sections provinciales, et à cet égard, il importe de spécifier que pour toutes expériences, recherches ou enquêtes ayant pour objets des intérêts agricoles, le choix doit porter sur des ingénieurs agronomes diplômés. » COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 179 II — Approvisionnement du Karst en eau Rapporteur : M. Schollmayer-Lichtenberg, intendant du prince Schônburg-Waldenburg à Schneeberg (Garniole). Voici la conclusion de son rapport : a L'approvisionnement du Karst en eau, d'après ce que nous avons dit ci-dessus, serait obtenu par les demandes suivantes ou par l'ac- complissement et l'achèvement de travaux déjà commencés : « 1° Amélioration, agrandissement des Lokven — mares du Karst — existantes, et création de nouvelles mares pour servir d'a- breuvoirs, de mares de village, de prises d'eau pour bouches à incendie et de réservoirs d'eau potable, etc. ; (( Amélioration et création de mares dans les champs et les prai- ries, là où ces mares sont nécessaires. a II ne s'agit ici, en première ligne, que des cas où la transforma- tion peut être faite rapidement et avec de faibles moyens; « 2° Captation des « sources intermittentes » {Hungerquellen) ; emmagasinage de l'eau de ces sources dans des réservoirs maçonnés et abduction au moyen de conduites d'eau ou de pompes, là où les sources n'existent pas ou sont trop peu abondantes ; et il ne s'agit présentement que des plus petits villages (bien surveiller le gaspil- lage de l'eau !) ; « 3° Construction de « citernes > dans les villages avec entretien par les eaux pluviales. « Il ne faut absolument pas construire une seule grande citerne pour le village, mais de très petites citernes de fermes et en très grand nombre. (( Établissement de citernes dans les champs avec entretien par les eaux coulant naturellement sur le soi. « Protection légale avec sanction pénale ; étabhssement d'ordon- nances concernant les citernes ; « 4° Développement de la « recherche des cavités )> par l'étude de l'hydrographie du Karst, sous la direction de l'Etat et avec les moyens administratifs. 180 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE (' Utilisation des résultats de ces recherches dans le but de pour- voir d'eau les villages grands et petits. « L'établissement de grandes distributions d'eaux au moyen de poches d'eau naturellement abondantes, sort du cadre de la question des eaux dans le Karst. « Toutes ces créations d'amélioration ne sont pas seulement d'une grande importance économique, mais elles ont aussi une grande valeur, au point de vue militaire, dans ce désert du Karst absolu- ment privé d'eau ; c'est pourquoi elles doivent être placées au tout ])remier rang dans l'attention particulière de l'Etat et par conséquent recevoir de celui-ci la protection la plus efficace. « Le Karst oiîre par lui-même des conditions d'existence si pi- toyables et si misérables que ses habitants ne pourront absolument jamais, par leurs propres forces, arriver à une bonne solution de la question des eaux dans le Karst. » III — Utilisation agricole des eaux d'égout Rapporteurs: MM. Becumaisn, professeur d'hydraulique agricole et urbaine à l'École nationale des ponts et chaussées, à Paris ; Dank- WERTS, professeur à l'Ecole technique supérieure de Hanovre ; D' Fischer, de Vienne, Mawbey, ingénieur à Leicester (Angle- tei-re). Nous donnons, après le rapport de M. Becii.mann, les conclusions des autres rapports, qui ont été adoptées par la section. « La question de l'utilisation agricole des eaux d'égout a déjà été traitée au VP Congrès international d'agriculture, réuni à Paris en 1900. « Sur cette question, qui m'est particulièrement familière, puis- que j'ai eu durant dix-sept années consécutives sous ma direction les champs d'épuration parisiens, dont la superficie a été portée, au cours de cette période, de 900 à 5600 hectares, j'avais présenté alors, de concert avec deux de mes collaborateurs, MM. Launay et Vincey, un rapport dont les conclusions ont été approuvées par le congrès. COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 181 « Je crois devoir rappeler ici les plus importantes de ces conclu- sions, qui étaient ainsi conçues : « 1° De tous les moyens employés par les villes pour se débar- « rasser de leurs eaux d'égout, le plus parfait et le plus recom- « mandable, lorsque les circonstances locales s'y prêtent, est incon- « testahlement l'épuration par le sol, avec utilisation partielle au « profit de la culture ; « 2° Au double point de vue de l'hygiène et de l'agriculture il y (( a intérêt à choisir, pour l'établissement des champs d'épuration, « des terrains meubles, perméables en grande masse, profonds et « faciles à drainer ; « 3*" L'intérêt supérieur de l'agriculture commande d'aménager les « champs d'épuration avec utilisation agricole, en vue de la produc- « tion des récoltes les mieux appropriées aux conditions régionales. » « Il me semble que ces propositions méritent encore l'assentiment de tous et qu'il n'y a pas lieu de revenir sur des points qu'on doit considérer comme définitivement acquis, . « La démonstration de l'influence bienfaisante des irrigations à l'eau d'égout, soit pour l'accroissement du rendement des récoltes, soit pour la récupération de la pureté des eaux, n'est assurément plus à faire et l'expérience de ces dernières années ne l'a infirmée en aucune manière. « Nul ne conteste que, parla filtration à travers un sol perméable, l'efllux souillé des villes ne recouvre les qualités caractéristiques des eaux propres à l'alimentation : l'oxygène dissous s'y rencontre en abondance, la matière organique y a presque totalement disparu, l'azote ne s'y trouve plus guère que sous la forme nitrique, le nom- bre des bactéries y est réduit dans d'énormes proportions et devient tout à fait comparable à celui que l'on constate dans les meilleures eaux souterraines. « D'autre part, les eaux d'égout constituent un excellent engrais, apprécié dès l'antiquité, qu'on a de tout temps utilisé en agriculture et que les nécessités de l'hygiène moderne ont eu seulement pour effet de remettre en honneur. « Les microbes du sol, agents d'une de ces grandes transforma- tions qu'on retrouve à chaque pas dans la nature, produisent dans 182 ANNALES DE LA. SCIENCE AGRONOMIQUE les interstices de la terre arable, en pn'-sence de l'oxygène de l'air, une minéralisation rapide et complète des éléments organiques,, qui est à la fois d'un prix inestimable au point de vue de la salubrité et singulièrement favorable à l'agriculture, {puisqu'elle rond inoiïen- sives des substances dangereuses pour la santé publique et immé- diatement assimilables des éléments précieux de fertilisation. « Le fait nouveau sur lequel je me propose d'appeler l'attention du congrès est la défaveur relative dans laquelle est tombé depuis quelque temps ce merveilleux procédé de l'épuration agricole des eaux d'égout, dont l'abandon serait extrêmement regrettable pour l'agriculture. « Il convient d'en rechercber les causes, de les discuter, et, si elles sont reconnues insuffisamment fondées, de combattre une tendance fâcheuse contre laquelle il est temps de réagir, au nom de l'intérêt agricole aussi bien que de celui de l'hygiène elle-même. (f Ces deux intérêts ne sauraient en effet être envisagés séparé- ment. Depuis longtemps il est surabondamment démontré que, sauf dans un petit nombre de cas exceptionnellement favorables, où l'on trouve réunies des conditions très spéciales, — abondance de terres perméables de peu de valeur à proximité des villes, eaux peu char- gées de matières en suspension et en dissolution, écoulement facile par simple gravité, — on ne peut songer à réaliser des exploitations rémunératrices par l'utilisation des eaux d'égout, en se plaçant uni- quement au point de vue du rendement cultural : les prés marcites des environs de Milan, les dunes de Craigentinny près d'Edimbourg, les huerlas du midi de l'Espagne, demeurent à l'état d'exemples isolés. Livrée à elle-même, la culture sera généralement impuissante à tirer un profit réel de l'emploi des eaux d'égout à la fertilisation des terres. Mais, lorsque l'exploitation cnlturalc n'est que l'acces- soire d'une opération d'édilité, motivée par des considérations d'hy- giène, et que cette dernière supporte la majeure partie des frais, le bénéfice à réaliser par l'agriculture de l'utilisation des eaux d'égout, même partielle, même très réduite, n'est plus négligeable, et il devient extrêmement intéressant d'en faire protiter les cultivateurs. « Combien ne regretterait-on pas de voir des exploitations agri- coles, telles que les champs d'épuration de Paris ou de Derlin ou COMPTE RENDU DU VIll'' GONGBÈS INTERNATIOXAL 183 certaines sewage farms de la Grande-Bretagne, tomber dans le dis- crédit et l'abandon et ne plus trouver d'imitateurs ! « Recherchons donc les causes de l'évolution que nous venons de signaler et qui a sévi parmi les hygiénistes. « Sans doute on peut citer tout d'abord le mauvais aménagement des irrigations, souvent signalé en Angleterre, où la gestion des sewage farms, parfois dirigée inconsidérément d'après le seul inté- rêt immédiat de la production agricole, a méconnu les nécessités hygiéniques de l'épuration, négligé l'observation régulière de l'in- termittence, ou l'ameublissemenl réitéré de la surface, n'a pas su en un mot se plier aux sujétions qui résultent des exigences fréquem- ment contradictoires de la culture et de l'assainissement, de la continuité de l'écoulement des eaux d'égout et des variations sai- sonnières des besoins de là culture en général et de chaque récolte en particulier. On peut mentionner encore l'insuffisance des surfaces consacrées à l'irrigation, conséquence soit de l'accroissement rapide des quantités d'eau à épurer, soit de la difficulté de se procurer de nouvelles terres irrigables, soit du manque de ressources financières au moment opportun, comme il est arrivé à Leicester, à Dirming- ham, à Paris et ailleurs; on l'imperfection des drainages, le choix irrationnel des cultures, la lutte entre les intérêts opposés des culti- vateurs libres ou des fermiers et des municipalités, la gène résultant des afflux exceptionnels en temps d'averses, etc. Mais ce ne sont là que des défectuosités auxquelles on pourrait remédier dans la plu- part des cas, qui n'entachent pas le principe même du procédé, et qui dès lors ne suffisent pas à expliquer le changement survenu dans les idées en cours à l'égard de l'épuration par le sol et de l'utilisa- tion agricole des eaux d'égout, « Une autre cause plus spécieuse et plus grave a joué en l'espèce un rôle prépondérant : c'est ra|»parition des procédés biologiques artificiels, c'est l'enthousiasme qu'ils ont provoqué naguère en Angleterre et qui n'a pas tardé à se propager sur le continent. « Ces procédés ne constituent cependant en réalité qu'une heu- reuse extension du traitement biologique naturel, de l'épuration par le sol, réalisée par des moyens ingénieux, dans des bassins ou sur des lits })erméables constitués de toutes pièces, qu'une imitalion de 184 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE la nature, suivant l'expression très juste de l'un des plus éminenls protagonistes de ces nouveaux })rocéd(''s. « Leur appai'ition a été saluf'e })aitoiit comme une innovation remarquable, appelée à donner au traitement biologifjue un déve- loppement considérable et inattendu. Personnellement, dès (jue j'en ai eu connaissance, je les ai hautement signalés aux hygiénistes français par des communications à la Société des ingénieurs et ;irchitectes sanitaires et à la Société de médecine publique et d'hygiène profes- sionnelle, en faisant ressortir leur très grand et très réel intérêt, et le bel avenir qu'on pouvait à bon droit leur prédire. « Il semblait alors qu'ils dussent être présentés comme des suc- cédanés ou des auxiliaires du traitement par le sol naturel, qui en est et en demeure le prototype. Mais, avec l'ingratitude propre aux novateurs qui jettent volontiers par- dessus bord l'œuvre de leurs devanciers, quelques partisans convaincus du traitement biologique artificiel ont voulu aller j)lus loin et tenté de faire reconnaître à ces procédés une supériorité tellement manifeste que tous les autres devraient désormais disparaître, et que non seulement les procédés chimiques, mais l'épuration agricole elle-même, seraient condamnées à un abandon absolu et définitit. « En face de cette exagération, de cette tendance injustifiée, je convie les agronomes à résister, s'ils veulent défendre comme elle le mérite, comme il y va de leur intérêt, l'utilisation agricole des eaux d'égout. « Les procédés biologiques artificiels ont assurément, et je le reconnais volontiers, des avantages manifestes : ils peuvent être notamment employés partout, ce qui n'est pas le cas de l'épuration agricole, et ils n'exigent que des surfaces relativement restreintes. « Mais il est téméraire d'ajouter, comme on le fait trop souvent, qu'ils sont moins coûteux : bien des exemples tendraient à prouver le contraire ; les dépenses annoncées à Manchester, à Columbus, si l'on s'en tient aux chitîres officiels, seraient au contraire plutôt éle- vées ; au surplus, en pareille matière, les comparaisons ne peuvent efiectivement s'établir que toutes choses égales d'ailleurs, elles sont donc impossibles entre localités difierentes, et c'est une pratique pro- longée seule qui prononcera. COMPTE RENDU DU VIIl' CONGRÈS INTERNATIONAL 1 8& « D'autre part, les traitements biologiques artificiels, quels qu'ils soient, n'ont jusqu'à présent donné en aucun cas des résultats hygié- niques équivalents à ceux du traitement agricole : ni les lits de contact, ni les septic tanks, ni les lits percolateurs ou d'oxydation, employés isolément ou combinés, ne sont parvenus à procurer un effluent aussi parfait que l'épuration par le sol, c'est-à-dire présen- tant des caractères analogues à ceux de l'eau potable. C'est inutile, s'écrie-t-on ; il suffît que l'eau épurée puisse être rejetée dans les cours d'eau, sans qu'on ait à en redouter la contamination: soit, cette manière de voir est soutenable, mais il n'en faut pas moins avouer que sur ce point l'avantage est du côté du traitement par le sol. « On ne peut nier enfin que les septic tanks n'émettent souvent des gaz malodorants, que l'aspect des bassins découverts, des lits filtrants, ne soit plus répugnant que celui des champs irrigués et en culture, que les surfaces, restreintes si l'on veut, qu'ils occupent demeurent du moins totalement improductives et que la masse de matières fertilisantes contenues dans l'eau d'égout ne soit totalement détruite, au lieu d'être utilisée, pour partie tout au moins. « Ces procédés nouveaux sont cependant très intéressants, et pa- raissent sûrement appelés à recevoir dans la pratique de très nom- breuses et utdes apphcations ; j'en suis si persuadé que je me suis associé volontiers à l'avis par lequel le Congrès international d'hy- giène, réuni en 1903 à Bruxelles, a clos la discussion à laquelle ils ont donné lieu et qui les classe désormais parmi les moyens dont disposent les ingénieurs et les liygiénistes pour résoudre, selon les circonstance^, le difficile problème de l'épuration des eaux d'égout. « Mais ne serait-ce pas dépasser la mesure que de les adopter exclusivement partout et toujours, que de renoncer à cet effet en toutes circonstances, même lorsqu'elles sont particulièrement favo- rables, au plus ancien, au plus parfait des systèmes d'épui-ation, au système biologique par excellence, à celui que la nature nous offre et dont profite la production agricole? Ne serait-ce pas folie surtout de le répudier, comme oii_ n'hésite pas à le conseiller, là où il est appliipié déjà sur une vaste échelle, où il fonctionne depuis long- temps, où il donne des résultats, susceptibles d'amélioration peut- 186 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONONf IQUE être, mais dép grniKJement satisfaisants? La rt'ponse des agronomes à la question ainsi posée ne saurait faire doute : ils ne peuvent manquer de protester contre une proscrijjtion que rien ne justifie, contre un ostracismo qui n'est pas sérieusement motivé. « D(3Jà plusieurs d'entre eux ont élevé la voix dans ce sens et tenté d'endiguer le courant qu'un engouement explicable, mais vraiment inconsidéré, qu'une vogue justifiée, mais soutenue avec trop de par- tialité et de passion, tend actuellement à établir et qu'il y a lieu de maintenir dans des limites plus raisonnables. Je citerai parmi eux tout d'abord M. Vincey, professeur d'agriculture du déj^arlement de la Seine, un de mes corapporteurs de 1900, qui ripostait naguère victorieusement, chiffres en mains, aux injustes critiques dirigées contre l'épuration par le sol ; puis un agronome allemand des plus distingués, M. le P' fiackhaus, qui, après s'être fait connaître par les magnifiques résultats obtenus dans son domaine de Ouednau, a présidé à la réorganisation récente de l'exploitation culturale des champs d'épuration de la ville de Berlin. Tous deux, en proclamant hautement la supériorité incontestable de l'épuration jtar le sol, en revendiquant pour ce système la place qu'il mérite et qu'il doit conserver, n'en savent pas moins reconnaître les difficultés, les inconvénients même, mais ils estiment l'un comme l'autre qu'il n'est point malaisé d'en triompher et qu'on y parviendra sans nul doute toutes les fois que le système sera rationnellement et scientifique- ment appliqué. « Aussi, afin de le défendre contre des adversaires habiles à exploiter les moindres défectuosités que révèle telle ou telle de ses applications pour l'attaquer dans son principe même, recomman- dent-ils de le tenir })ar d'incessants efforts à la hauteur des progrès successifs de l'hygiène moderne et des exigences légitimes de la cul- ture intensive. « Ils sont d'accord notamment pour préconiser: d'une ])art une organisation i-alionnelle de l'irrigation, basée sur un règlement soigné et un entretien parfait des surfaces emblavées et des rigoles d'arrosage, avec ameublissements fréquents et profonds; sur une ré[)artition bien étudiée des doses ; sur la double considération du rôle des matières fertilisantes en suspension ou tMi dissolution dans COMPTE RENDU DU VIIl'' CONGRÈS INTERNATIONAL 187 les eaux d'égoiit et de celui de l'eau elle-même dont on n'a peut- être pas toujours tenu un compte suffisant ; et, d'autre part, un choix judicieux des plantes à cultiver dans les champs d'épuration, qui doivent être de préférence, à l'exclusion des céréales, non plus seu- lement les plantes maraîchères, les racines destinées soit à l'alimen- tation, soit à la fabrication de l'alcool, mais encore les fourrages verts et surtout la prairie, que sa faculté remarquable d'absorption de l'eau en grande quantité et en toutes saisons place assurément au premier rang. « Et lorsque, il y a quelques mois, j'appelais moi-même sur les idées dont je viens de faire rex])0sé succinct l'attention de mes confrères de la Société nationale d'agriculture de France, j'ai eu la satisfaction de rencontrer auprès d'eux, auprès de la société tout entière, un accueil si encourageant que je n'hésite pas à revenir à la charge devant le Congrès international. « J'espère qu'à son tour le congrès voudra prendre en main la cause de l'utilisation agricole des eaux d'égout, et, avec l'autorité qui lui appartient, saura continuer à la maintenir au rang qu'elle occupe à juste titre parmi les procédés de traitement des eaux d'égout. « Aucun de ces procédés n'a été mis en pratique sur une aussi vaste échelle et n'a obtenu d'aussi grands succès. « Les applications des procédés biologiques qu'on lui oppose sont enc(Tre trop récentes pour qu'on doive les considérer comme ayant fait complètement leurs preuves : la valeur relative n'en est pas encore suffisamment établie pour qu'il soit permis de les juger d'une manière définitive et l'on ne peut encore affirmer que les enseigne- ments de la pratique ne viendront pas y révéler aussi plus d'une défectuosité, plus d'un inconvénient. Gela est si vrai qu'en Angle- terre le Local Government Board ne se départit pas volontiers de ses exigences à leur égard et se refuse toujours à renoncer à la règle en vertu de laquelle on impose souvent encore d'ajouter dans les projets d'assainissement, après le passage de l'eau d'égout par les septic tanks et les lits de contact ou d'oxydation, une épuration complé- mentaire par le sol. « Vis-à-vis des procédés biologiques artificiels l'épuration par le 188 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE sol proprement dite a par contre un double avantage qui ne peut lui être contesté : « Elle procure une purification presque aussi parfaite qu'on peut la désirer ; « Et, au lieu de se borner à détruire les matières fertilisantes contenues en grande masse dans les eaux d'égout, elle se prête à une utilisation partielle de ces substances pour le plus grand profit de l'agriculture. « Nul ne prétend qu'elle puisse être appliquée partout, et il est bien certain que souvent elle devra céder la place aux procédés bio- logiques qui ont au contraire ce privilège. Mais que du moins, lors- que les circonstances en permettant rapplicalion, on ne lui dénie pas les avantages qui lui sont propres ! Dans bien des régions les terrains perméables sont assez répandus, assez facilement accessi- bles, point trop chers pour qu'on y puisse réaliser dans de bonnes conditions l'épuration agricole : avec une organisation scientifique de l'irrigalion, avec un clioix raisonné des cultures, on en peut tirer dans bien des cas un excellent parti. « Et si l'on fait observer que la meilleure des cultures irriguées à l'eau d'égout. la prairie, a l'inconvénient de ne produire que des herbes à consommer en vert, pour lesi{uelles on ne trouve souvent que d'insuffisants débouchés, il est facile de répondre qu'à la longue et au prix de quelques efforts on parviendra sans nul doute, comme on a su le faire à Berlin et ailleiu's, à créer une clientèle spéciale, en particulier pour la production du lait, qui trouve dans les grandes villes un marché si étendu et si rémunérateur. « Qu'on n'objecte pas d'autre part les inconvénients dus ô l'abon- dance des matières en suspension, aux dépôts qu'elles occasionnent dans les rigoles, aux boues qu'elles déposent sur les terres ou qui salissent les tiges des herbes dans les prairies arrosées ! Car rien n'empêche de prévenir ces inconvénients, en retenant les matières en suspension, soit dans des bassins de décantation, . sont versés au fonds social de mutualité qui doit servir à constituer leurs retraites pour la vieillesse. Comme la plupart des plants sont déli- vrés gratuitement aux écoliers par l'administration forestière, que ceux-ci en élèvent eux-mêmes et que toutes les entreprises de reboi- sement sont faites aussi par eux, ou tout au moins avec l'aide gra- cieuse des membres honoraires de leurs mutuelles, c'est-à-dire que toute la main-d'œuvre est gratuite, on voit de suite l'intérêt qu'il y a pour ces sociétés, dont la durée est illimitée, ."i se charger d'une œuvre qui ne peut réussir qu'avec le temps. Si l'on considère en outre qu'une forêt bien soignée, plantée d'essences résineuses à croissance rapide, donne du rapport après vingt-cinq ans, on pinit prévoir combien, dans l'espace de cinipiante ans, les revenus de telles plantations seraient rémunérateurs. Donc, linancièrement, le résultat ne peut être douteux. « M. le sénateur Audiffred précisa cette évolution mutualiste dans une communication faite à la Société forestière des amis des arbres, le 12 novembre 1902 O. (') De BÉLiNAY, « Le reboisement dans la Corrèzc » {Moniteur du Syndical agri- cole de la Corrèze, livr. du T'' mars 1889 et suivantes). (-) Th. AcDiFFRED, Les Arbres de la mutualité et leurs ancêtres. Bordeaux, l'J06. Librairie de la mutualité. COMPTE RENDU DU VIll'' CONGRÈS INTERNATIONAL 207 « Parmi ces initiatives antérieures à 1904, celles qui s'attachaient à la propagande avaient généralement réclamé le renforcement des lois forestières, et celles poursuivant des opérations pratiques n'a- vaient guère abordé, en dehors des plaines et coteaux, que des régions montagneuses où l'opinion publique présentait déjà des dis- positions favorables au reboisement. Mais les moditications législa- tives aboutissent bien lentement, et la dégradation continuait ses effrayants ravages dans les Pyrénées comme dans les Alpes où des populations éternisaient leur suicide inconscient par des pratiques pastorales ruineuses datant des premiers âges de l'humanité. « L'Association centrale pour l'aménagement des montagnes. — Il fallait, sans attendre une loi problématique, convertir les mon- tagnards à une exploitation rationnelle de leurs domaines, et créer en leur faveur un mouvement national ; tel a été le but de l'Associa- tion centrale pour l'aménagement des montagnes. « A cet effet, elle a employé la leçon de choses; fondée le 21 avril 1904-, elle est devenue dès le mois suivant locataire de 2000 hec- tares dans la vallée d'Aure, de 400 hectares dans la vallée d'Ossan en 1905, et s'est fait concéder gratuitement en 1906, pour une période de dix-huit ans, des terrains dégradés en vue de leur restauration. « L'Association dauphinoise pour l'aménagement des montagnes, créée d'après son exemple, a également affermé au printemps 1906 2000 hectares de propriétés communales dans les Alpes. « Les pouvoirs publics, la presse et l'opinion publique ont ré- pondu à son appel. Les deux congrès qu'elle a tenus, à Bordeaux en 1905, à Pau en 1906, sous les auspices des ministres de l'agricul- ture et des travaux publics, ont confirmé son action, et de nouveaux groupements se sont organisés pour la seconder. « Ses procédés. — Il convient de faire connaître la marche suivie par l'association pour résoudre les immenses dilTicullés de l'œuvre entreprise. « Ses procédés généraux sont, en dehors de la propagande, l'em- ploi de la subvention et de la location : la subvention, pour susciter et développer les initiatives locales ; la location pour donner l'exem- ple dans les montagnes où la mentalité actuelle ne permet d'espérer 208 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE aucune initiative dans le présent; décomposant chaque difficulté ma- jeure en une série de (juestions distinctes, elle l'ait porter l'eflort sur celles qui se prêtent à des améliorations susceptibles de procurer aux montagnards un avantage immédiat et d'en préparer ultérieure- ment. « Pour aboutir à des résultats pratiques, la première étude devait être circonscrite à une région, dans laquelle l'assiette de la propriété et le mode d'exploitation pastorale fournirait des éléments d'appli- cation. On s'est donc attaché tout d'abord aux Pyrénées ; la propriété communale y comprend la moitié des, terrains en montagne, et les pâturages y sont ravagés en été par des moutons transhumants, qui vont hiverner en Espagne ou dans les plaines éloignées. « Depuis soixante ans, ces montagnes reçoivent plus de bétail qu'elles n'en peuvent nourrir. « Le sol se dégrade effroyablement, la population et le bétail diminuent : dans les llautes-Pyrénées le nombre des habitants de la région montagneuse est réduit d'un quart, le gros bétail d'un ving- tième, les moutons de plus de moitié (^). « D'après ces données et en présence de cette situation lamentable qui met communes et particuliers dans l'impossibilité de tenter aucun effort, on se trouvait conduit à affermer les pâturages com- munaux, de façon à verser aux budgets municipaux, pour restaurer leur domaine, autant que les propriétaires et transhumants y ver- saient pour le dévaster, et à rendre disponible une partie du terri- toire pour des travaux de reboisement et d'amélioration. « Son organisation financière. — 11 fallait créer les ressources nécessaires à cette leçon de choses ; on s'est adressé à l'initiative collective, cet admirable instrument élasli(iue et puissant, qui réunit la perpétuité et la flexibilité ; on a fondé une association désinté- ressée de souscripteurs à iO francs par an. « L'association devait être désintéressée, car il ne faut pas perdre de vue que l'aménagement des montagnes trouve devant lui, en dehors de ses difficultés techniques et financières, de l'insouciance (') « Ktude sur l'aménagement des montagnes dans la chaîne des Pyrénées » [Revue philomatique de Bordeaux et du Sud-Ouest, mai, juin, juillet tDOi). COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 209 des monlagnards et des habitudes pastorales, toute une série de petits intérêts greffés sur le mode actuel d'exploitation. Les initia- tives dévouées qu'il pourra faire naître sur place auront bien des difficultés à surmonter, et l'on doit faciliter leur concours dans la limite du possible en leur évitant tout au moins les difficultés finan- cières et les atermoiements susceptibles d'énerver tous les dévoue- ments. Le désintéressement et la rapidité de décision sont les élé- ments essentiels du succès. « Son programme. — Affermer par des baux à long terme des terrains communaux dans les hautes vallées et les plateaux que les troupeaux de la plaine, affamés par une longue route, dévastent dès leur arrivée, améliorer les conditions de la vaine pâture pour les usager; créer des chemins, des abris pour les bergers, des prairies dont les fourrages faciliteront la stabulation, reboiser les pentes abruptes, embroussailler les rochers, aménager les pâturages boisés où le bétail sera protégé et le sol consolidé ; favoriser la substitution des vaches aux brebis par l'organisation d'associations fruitières, faire cesser les divisions désastreuses de la propriété entre communes françaises et étrangères ; remettre enfin aux communes un domaine pastoral amélioré, avec des forêts en plein rapport dont le revenu sera plus que suffisant pour son entretien, afin de montrer aux populations par une action directe la solidarité des industries fores- tière et pastorale ; propager par des publications, des conférences et des congrès les moyens les plus efficaces pour régulariser le régime des eaux et pour résoudre le double problème identique comme solution, de conserver aux montagnes leur terre et leur population. « Aider de ses subventions les entreprises particulières, collectives ou communales concourant au même but. « Tel est le programme que l'Association pour l'aménagement des montagnes s'est tracé en conciliant tous les intérêts légitimes et auquel elle consacrera les cotisations de ses membres, les subventions des pouvoirs publics, les produits éventuels du sol, et aussi les dons ou legs de généreux bienfaiteurs. « Méthodes de V Association pour l'aménagement des montagnes. — En se proposant de conserver à la montagne sa terre et ses habi- ANN. SCIENCE .\GUON. — 3® SÉRIE — 1908 — I U 210 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE tants par un amonagemeiil qui, conciliant parlout l'inlérèt particu- lier avec l'intrrct général, puisse être facilement compris et imité par les populations et s'exécuter avec leur concours, l'association a dû étudier des méthodes appropriées à son but, tant pour l'amélioration pastorale que pour le reboisement et la correction des couloirs d'avalanches. « Voulant contribuer, par son intervention désintéressée, à l'amé- lioration de pratiques pastorales bien des fois séculaires, dont le carac- tère ruineux s'est encore exagéré depuis cinquante ans, l'Association pour l'aménagement des montagnes s'est trouvée conduite à en sim- plifier les données dans la mesure du possible ; la co-propriété d'un grand nombre de communes, la location de pâturages de prin- temps dont la restauration peut suivre celle des pâturages d'été sans pouvoir la précéder, le voisinage des villages où Ton est exposé aux empiétements sur le domaine communal, étaient des difficultés à éviter au début; enfin, comme tout changement d'habitudes invé- térées est des plus laborieux, elle a dû chercher une méthode d'amé- lioration progressive, mettant en évidence dans tous les cas l'avantage pécuniaire immédiat, pour les habitants, des pratiques rationnelles sur les pratiques ruineuses et imprévoyantes qui restent le seul vestige d'une situation depuis longtemps disparue; toute l'organi- sation pastorale des Pyrénées suppose, en effet, qu'on se trouve encore, comme au temps des patriarches, en face d'une quantité restreinte de bétail dans un pâturage illimité, tandis que la situation est renversée ; aujourd'hui, le bétail est illimité sur un pâturage restreint. « Nous avons, par suite, été conduits à porter le siège de nos pre- mières opérations dans les hautes vallées voisines de la frontièi-e, loin des villages, en dehors des syndicats et des territoires indivis avec des vallées espagnoles, et dans les régions où la transhumance a un grand développement, en cherchant de préférence à nous substituer aux propriétaires de troupeaux étrangers qui afferment des terrains communaux pour y mettre leur bétail en compascuitô avec celui des usagers, et aussitôt qu'a été fixé le choix de notre" terrain d'expérience nous avons dû l'tudier, d'après les conditions particulières qu'il présentait, les métliodes qu'il conviendrait de COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 211 suivre pour y appliquer le cantonnement et le gardiennage des troupeaux, l'amélioration des pâturages et pour y consolider le sol dans les parties où l'herbe ne suffît pas à maintenir la terre, de manière à faire accepter ces méthodes aux habitants, en leur mon- trant l'utilité des pratiques rationnelles par le bénéfice immédiat qu'ils en retirent. « Cantonnement des troupeaux. — En supprimant la surcharge du pâturage, l'association peut atténuer dans une large mesure les inconvénients de la vaine pâture ; il devient possible, en effet, d'at- tribuer à chaque troupeau un parcours distinct d'une étendue suffi- sante pour son ahmentation, sur lequel les bergers seront assurés de profiter seuls de leurs travaux, de leurs précautions et de leur pru- dence ; ils pourront ainsi, sans changement brusque de leurs habi- tudes et sans dommage pour leurs troupeaux, s'habituer progressi- vement à jouir du pâturage en bons pères de famille. « Pâturages de printemps. — Les pâturages de printemps, situés à une altitude modérée où la neige disparaît de bonne heure, sont presque partout lamentablement dégradés par la sortie prématurée du bétail ; là où le pâturage est surchargé, les fourrages sont rares et chers, de façon que la ration d'hiver du bétail est juste suffisante pour l'empêcher de mourir de faim ; aussi ne peut-on s'étonner de voir les habitants conduire leurs troupeaux sur les pâturages de printemps les plus rapprochés des étables aussitôt que la fonte des neiges le permet, sans réfléchir à la dégradation inévitable que cau- sera le piétinement du bétail sur un terrain encore détrempé, où l'herbe n'a pas eu le temps de pousser. « Tout raisonnement ayant pour but d'amener les habitants à prolonger la stabulation quand leur provision de fourrage est épuisée serait absolument vain ; le seul remède consiste à faciliter un plus large approvisionnement de fourrages d'hiver par le fauchage de pelouses maintenues en dehors du parcours des bestiaux. « La préservation des pâturages de printemps ne peut que bien difficilement précéder l'amélioration des pâturages d'été dans la même région, mais elle pourra facilement la suivre. 212 - ANNALES DE LA SCIKNCE AGRONOMIQUE « Amélioration des pâturage fi il'été. — Les pâturages d'étr, dont l'amélioration est indispcnsahle pour la pr(''servation uUéiMeure des pâturages de printemps, se divisent en trois catégories : « 1° Parcelles pouvant être améliorées facilement et sans Irais élevés ; « 4" Parcelles plus ou moins rocheuses, dont la restauration serait difficile et coûteuse ; « 3° Parcelles en pentes rapides, dénudées, qu'il serait impossible de restaurer sans dépenses excessives. « Les terrains de la dernière catégorie ne peuvent être utilement restaurés que par le reboisement ou un embroussaillement préa- lable, et c'est sur les terrains de la première catégorie qu'il con- vient, comme l'a si bien montré M. Cardot, de porter tout d'abord le principal effort de restauration pastorale ; cet elïbrt se trouvera considérablement facilité sur les territoires où la suppression de la transhumance permettra de mettre des étendues assez vastes à l'abri du bétail ; il sera possible alors d'y procéder à des épierrements, débroussaillements, irrigations, ainsi qu'au fauchage de l'herbe pour améliorer le régime de stabulation ; et, dans de pareilles conditions, on pourra trouver intérêt à exécuter des travaux d'amélioration sur des parcelles voisines appartenant à la seconde catégorie, en profitant de ce qu'elles se trouvent en même temps mises à l'abri du bétail et prévenant ainsi pour elles une nouvelle suppression de parcours. (( Il y aura quelquefois lieu, dans ce cas, de commencer aussi les travaux sur les pai'celles de la troisième catégorie à restaurer par reboisement, afin de les rendre plus facilement défensables lorsque les bestiaux seraient admis de nouveau sur la portion restaurée du territoire. « La possibilité de mettre à l'abri du bétail des surfaces assez considérables, limitées en partie par des obstacles naturels, per- mettra ainsi dans ((uelques cas d'employer en travaux utiles des sommes qu'il eût fallu dans d'autres circonstances immobiliser en clôtiu'es dispendieuses. « Gardiennage du gros bétail. — Dans diverses communes, une partie du gros bétail, comprenant surtout les espèces bovine et COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 213 chevaline, est laissée sans surveillance sur les pâturages d'été ; les troupeaux nombreux sont seuls gardés, et les animaux envoyés au pacage par petits lots y restent en libre parcours; leurs pro- priétaires se contentent d'aller à des intervalles plus ou moins éloi- gnés se rendre compte de leur état et les changer au besoin de pâturage ; cette faculté de libre parcours est même une de celles que les habitants craignent le plus de voir disparaître, en raispn de l'économie qu'elle leur procure. « Cette économie de frais de gardiennage mérite d'être prise en sérieuse considération, mais elle est plus apparente que réelle; le bétail laissé sans surveillance est exposé à de nombreux accidents et la suppression de berger supprime en même temps toute espèce d'u- tilisation du lait en dehors de l'élevage; cette utilisation pourrait être des plus fructueuses, soit en nature, soit pour la confection de fro- mage ou de beurre; déplus, bien que le gros bétail soit moins dange- reux pour les bois que les bêtes à laine, il ne laisse pas de brouter quelque peu dans les bois communaux et d'en réduire sérieusement le produit, diminuant ainsi dans une proportion considérable le revenu communal et aussi les distributions de bois d'affouage aux habitants. Alors que dans le département du Doubs les communes ont un revenu forestier de plus de 3 millions et que certains chefs de famille touchent des parts affouagères représentant plusieurs cen- taines de francs, ces produits sont presque insignifiants dans les Pyrénées. « Il n'est pas difïîcile, avec le concours de l'association, de remé- dier à cet état de choses ; la suppression de la transhumance et l'amélioration du pâturage qui en résulte permettent de relever le tarif de pacage pour les bestiaux non hivernes dans la commune ; sur le produit des taxes, augmenté par ce relèvement de tarif et aussi par l'accroissement du nombre de têtes provenant du voisinage, la commune prélèverait d'abord une somme égale au produit anté- rieur des taxes de pacage, et le surplus, correspondant à l'amélio- ration résultant de la location et des travaux de l'association, serait partagé entre elle et la commune. Cette augmentation des ressources communales permettrait d'organiser la garde d'un troupeau en com- mun, dans les conditions prévues par l'article 4 de la loi du 9 juillet»/ 214 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE 1889, el la mesure serait avantageuse en même temps pour la com- mune et s(!s hahitants. Il co^lvien()rai^ seulement de pi'otéger les municij)alit(''s contre le danger de sacrifier l'avenir au présent, en limitant dans les conditions du Itail la (pianlité de liiHail pouvant être admise au pâturage ('). « Substitution de la vache au mouton. — Un des princi[)aux élé- ments de la prospi'rité pastorale consistera dans la sultslilution de l'espèce bovine aux bêtes à laine, et il faudra, pour la réaliseï-, l'ins- tallation d'une industrie laitière et la construction ik chalets en montagne. Ce sera la seconde partie de l'œuvre entreprise, partie indispensable pour assurer la permanence des résultats obtenus. La multiplication des moutons est toujours dangereuse parce «pi'ils ruinent le pâturage avant de dépérir, tandis que la vache, (pii choisit ses herbes, dépérirait plutôt que de ruiner le pâturage, ce qui établit une régulation automatique de sa multiplication. « Reboisement. — Les travaux ipie poursuit l'association ont pour but d'habiller au plus vite le sol d'une végétation (pielconque pour en assurer la conservation et pour diminuer le ruissellement des eaux ; il ne peut être question pour le moment de créer des forêts conformes aux règles de l'art avec des essences savamment assorties et des espacements minutieusement calculés ; l'auxiliaire sur lequel nous comptons suitout est un travailleur (jue ne i-ebutent ni la fa- tigue, ni le froid, ni les intempéries, qui ne se met jamais en grève : c'est la nature. « La nature sèmera, et les popnlations des montagnes récolteront. Elle semait déjà, elle a toujours semé ; mais depuis bien longtemps (') « IVdrdre dans lequel peuvent être entreprises ces opérations est le suivant : « Amélioralion des pâturages d'été, débutant par la suppression de leur surcharge, base indispensable du système. « La revision des taxes de pacage augmentera les ressources des communes et néces- sitera pour les habitants Paugmentatiou de leurs fourrages dMiiver : le fauchage sur certains points des pâturages d'été mettra en évidence la nécessité du cantonnemeul et de Porganisatiou du troa|)eati commiai, ijui doivent être simultanées. (I li'amélioration des pâturages de printemps pourra se réaliser quand les ressources d'hivernage sentiil sullisauimeut développées. » COMPTE RENDU DU VIIl' CONGRÈS INTERNATIONAL 215 tout ce qui provenait des semis naturels était dévoré à peine sorti de terre. « Le rôle de l'association se réduit dans ses grandes lignes à laisser agir la nature et empêcher de détruire ses créations. « Il faut aussi l'aider en créant des centres de repeuplement sylvestre dans les régions dépourvues de bois que l'ensemencement qîontané ne pourrait atteindre, en implantant des broussailles dans les fissures de rochers où la terre est insuffisante pour porter des arbres; là où l'érosion du sol avait fait de la montagne une toiture sur laquelle les eaux s'écoulent trop vite, l'association travaille à en faire une éponge. « Elle s'efforce surtout de préserver les arbres de la destruction, d'empêcher de les brouter au fur et à mesure qu'ils poussent, et ce résultat ne peut être atteint qu'en limitant le bétail d'après les res- sources du pâturage ; il est impossible de préserver les bois quand l'herbe est insuffisante sur les pelouses, et la prospérité pastorale est la véritable sauvegarde des forêts. « La méthode de reboisement inaugurée n'entraîne en somme que bien peu de dépenses ; 50 à 60 centimes de location par hectare et par an, à peu près autant pour la garde et quelques travaux, ne représentent à l'hectare que 1 franc par an, soit une vingtaine de francs pour la période des vingt premières années au bout desquelles l'opération couvrira ses frais ; appliqués aux 4 millions d'hec- tares improductifs qui restent dans les montagnes de France, elle ne conduirait pour la régularisation du régime des eaux ([u'à une dépense de 80 millions, inieiieure à une seule des saignées périodi- ques que l'on doit imposer aux budgets après chaque inondation. « Corrections des couloirs d'avalanches. — L'association n'a nulle prétention d'aborder la correction des torrents, que l'Etat poursuit activement en France, et à laquelle il a déjà affecté une centaine de millions. La construction de grands barrages maçonnés et de tunnels ne saurait entrer dans son programme. « Mais il existe sur tous les communaux alpestres un grand nombre de couloirs d'avalanches, véritable graine de torrents, aux- quels il est souvent possible de remédier par des travaux d'impor- 216 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE lance niiniine. La iiiesuie la jjIiis cssc'iitielle est de faire perdre aux habitants riiahitiide d'utiliser ces couloirs pour la descente des bois par iilissemcnt, car c'est à cette manœuvre simpliste qu'on doit attribuer l'oiii^ine de beaucoup d'eux. Une précaution utile sera aussi pour l'association de se rendre arqui-renr, mii ses territoires et dans les communes voisines, des bois l'enversés ou entraînés par les avalanches, afin de prévenir dans les forêts communales les dété- riorations de tout genre couvertes par l'exploitation de ces bois. « Locations. — L'Association pour raménagement des montagnes a commencé ses opérations en affermant, le 29 mai 1904-, 2000 hec- tares de terrains communaux dans la partie supérieure de la vallée de la Neste d'Aure, affluent de la Garonne. Cette location i'>t faite pour ciiKj ans et il convient d'en exposer les conditions. « La nécessité d'entreprendre au plus vite l'amélioration pi"ali(jue (In régime de la vaine pâture, ipii entraîne la dilapidation des richesses naturelles et devient sur les pâturages surchargi's une véritable course à la destruction, ne permettait pas de s'exposer aux lenteurs administratives inséparables d'une location communale à long terme ; il fallait occuper immédiatement un territoire poui- y préparer patiemment, et par étapes successives, la réforme des habitudes d'exploitation. « Dans ce dessein, après une enquête approfondie et discrète, l'a.s- sociation s'est rendue adjudicataire pour ciiKj ans du pâturage dans les valh'es de la Gela et de Saux, propriété indivise des deux com- munes de Guchan et Bazus-Aure (Hautes-Pyrénée.s). « L'adjudication lui concédait, comme à l'Espagnul (jui l'avait eue pendant les cinq années précédentes, le droit d'introduire trois mille moutons en compascuité avec huit cents moutons et le gros bétail (non limité) apj)artenant aux usagers des communes ou aux proprié- taires des communes voisines payant la taxje de pacage fixée et perçue }»ar les communes propriétaii'es. <| Le jour même de la location, une convention entre le prf'sident de l'association et les maires, par bujuelle l'association renonçait au droit d'introduction de mille moutons en ('change de l'autorisation de reboiser les [leiites raides et d'(''lablir les p(''piiiières nécessaires à COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 217 ce relloisement, convention (lui fut approuvée dans le courant de juillet par les conseils municipaux, lui concédait le droit de faire des travaux qui commencèrent à la fin de juillet; dans le courant d'août, l'association demanda l'autorisation de prendre gratuitement dans les bois communaux les plants disponibles et les arbres nécessaires aux réparations de ponts et de chemins, d'après les conditions spécifiées dans un ordre de service, et cette autorisation lui fut accordée en (pielcjues jours. « Une seconde location, effectuée au cours de l'année 1905, libère la montagne de Peyrelu (Basses-Pyrénées) de la dégradation qu'y causaient cha(jue automne six mille moutons transhumants dont les propriétaires espagnols affermaient le pâturage à partir du 1*' septend)re. Cette location, annuelle et renouvelée, donne à la commune d'Aste-Béon le même revenu que les années précédentes, et ses effets au point de vue de la l'estauration sont d(''jà très sen- sibles. « La troisième location comporte un bail de dix-huit ans avec jouis- sance complète et loyer pour ordre de 1 franc par an (*). Elle s'ap- plique à une quarantaine d'hectares de terrains dégradés (jui sont proprié :é de la commune deVignec (Hautes-Pyrénées). L'acceptation de ces conditions marque le progrès moral de l'association et la confiance qu'elle inspire aux populations. « Un des points saillants de cette location est la décision et la rapidité qui ont présidé à sa conclusion. L'association s'était déjà préoccupée de ce territoire, mais elle n'était pas fixée sur les ques- tions de propriété et d'indivision. Un de ses représentants trouva l'été dernier une occasion de se renseigner à ce sujet, et, ayant appris ([ue la propriété de la brèche dépendait des deux communes de Yignec et de Soulan, fit demander un rendez-vous pour la même semaine aux maires des deux communes. La commune de Vignec se fit seule représenter et l'on procéda de concert à la visite des lieux ; l'examen des questions de propriété ayant montré qu'une partie du terrain appartenait exclusivement à Vignec, la location fut conclue séance tenante et un projet de bail rédigé sur place; quelques jours (') Voir à l'Annexe n" 1 le texte du bail. 218 ANNALES DE LA. SCIENCE AGRONOMIQUE après, le conseil municipal en approuvait les clauses et. donnait plein pouvoir de signer le bail. « Si l'on compare cette rapidité d'exécution avec les lenteurs administratives dont le représentant de l'association avait eu un exemple décisif (|uand, agissant autrefois pour un seivice public et ayant laborieusement résolu toutes les didicultés d'achat à la barre du tribunal, il avait vu, malgré les propositions conformes des ser- vices techni(pies et administratifs et le rapport favorable d'un délégué spécial du ministre envoyé sur place, rac(iuisition échouei- faute d'une signature ministérielle, on comprend facilement l'intérêt (jui s'attache, malgré le préjugé contraire, à laisser agir l'initiative privée plutôt qu'à tout attendre de l'État. D'ailleurs, pour ne pas compromettre cette vivacité d'allure, dont l'utilité a été signalée plus haut, et qui lui permet de faire appel aux bonnes volontés sans les énerver, l'association préfère la création de groupements indé- pendants, comme l'Associa ion dauphinoise pour l'aménagement des montagnes, à l'organisation des sections éloignées. « La propagande de l'association. — Fondée en vue d'opérjitions pratiques et de leçons de choses, l'association n'a pas de bulletin périodique. Elle se contente de publier ses études C) dans les jour- naux ou revues (pii lui prêtent leur concours et d'instruire le public par des conférences; à Paris, à Bordeaux, à Toulouse et sur divers points de la montagne, ses représentants ont tour à tour porté la bonne parole aux citadins et aux montagnards. Ces conférences ont été publiées et sont tenues à la disposition de tous ceux qui vou- draient les répéter ou les imiter. (c Elle a compris, en outre, dans ses premières publications un cours de dictées, pour infuser aux écoliers, goutte à goutte et heure par heure, le culte de l'arbie, et une série de traités pratiques du reboisement approjtriés à chaque région pour faciliter tous les genres d'essais. « Si l'œuvre de longue haleine entreprise par l'association doit amener partout des résultats analogues pour h ])rospérité des mon- (') Voir, à raniiexe n'' 2, la liste des publications de l'association. COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 219 lagnards, la sécurité des plaines et le développement de la richesse publi(]ue, les procédés à employer sont d'une infinie diversité suivant les conditions spéciales à chaque réiiion, l'assiette de la propriét*' et les habitudes des populations. Elle a pensé ne pouvoir s'entourer de trop de lumières, et des congrès ont paru indispensables pour faire appel à toutes les compétences et grouper les éléments qui peuvent concourir à sauver la terre de la patrie. (I Les congrès réunis à Bordeaux en 4905, à Pau en 1906, ont montré combien sont nombreux les hommes d'intelligence et de cœur ({ui collaborent à rendre aux montagnes leur manteau aux végétations. Les remanpiables communications auxquelles ils ont donné lieu sont réunies en volumes ornés de gravures et de cartes, et un congrès international s'ouvrira à Bordeaux, le 19 juillet 1907. « L'action législative. — Tout en se contentant des lois forestières telles qu'elles sont, sans en poursuivre la moditication, l'association ne pouvait rester étrangère à l'action législative. « Partant en avant-garde pour la restauration elTective des monta- gnes, elle devait frayer la route à la pléiade d'esprits élevés disposés à la suivre, et aux capitaux dont le concours est indispensable à cette immense opération. Dans notre siècle pressé, la lenteur du reboise- ment ne permet guère de compter sur les capitaux particuliers pour ce genre de placement à long terme, mais les propriétaires impé- rissables disposant d'abondantes réserves trouveront dans la trans- formation des terres incultes en forêts le moyen de décupler leurs capitaux en moins de cinquante ans. Les compagnies d'assurances, les mutualités, les caisses de retraites ont bien les milliards néces- saires, mais aucune d'elles ne possède une organisation en rapport avec la gestion de forêts. 11 faut leur faciliter les placements fores- tiers en leur prêtant le concours du service des eaux et forêts, et l'association a présenté dans ce but une proposition de loi prévoyant la soumission volontaire au régime forestier. (( Gomme un certain nombre de groupements susceptibles de con- courir à la reforestation n'ont pas la capacité légale pour posséder des immeubles, une autre proposition de loi prévoit la faculté pour les associations d'acquérir des forêts ou des terrains à reboiser. 220 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « TouLus les lois proposées par l'association ont pour caracléiis- liqiie de n'imposer aucune obligation et d'augmenter seulement le stock des libertés. « Elles ont été appuyées par les vœux d'un grand nombre de corps électifs et de sociétés savantes. « BésuUals obtenus. L'améliornlion en montagne. — La restaura- tion des montagnes est lente autant que leur dégradation est rapide, et les résultats (pie })eul montrer l'association deux aur après son début sont nécessairement bien modestes. « Dans les excursions faites à la suite de ses congrès, elle a fait voir les chemins, les pépinières, les plantations el les champs d'ex- périence créés sur ses territoires d'essai. Elle a repeuplé les eaux, reconstruit des abris de bergers, rétabli des ponts. Elle a enrayé sur ses territoires la dégradation qui continuait ses ravages dans les communes voisines pendant les étés torrides de 1904- et 1906, « L'association a déjà pu améliorer les habitudes pastorales. La garde du gros bétail, qui n'existait pas sur son premier territoire, a été organisée en 1900 pour l'une dos communes et le sera en 1907 pour la seconde. « Enfin, les nombreuses demandes de concours adressées à l'as- sociation et la concession gratuite par bail à long terme d'un terri- toire communal montrent le progrès accompli dans l'esprit d'une population au milieu de laquelle toute tentative de ce genre semblait condamnée au plus complet échec. « Là où l'invraisemblance de sa création l'exposait à ne rencontrer que des incrédules, sinon des adversaires, l'association a trouvé des concours dévoués et, pour soutenir son action, un maire a été jui^cpi'à sacrifier son écharpe, bientôt reconcjuise. « Le réveil forestier. — En inaugurant les leçons de choses, l'Association pour l'aménagement des montagnes a donné à sa pro- pagande une portée jusqu'alors inconnue. Secondée par le Touring- Club, le Club alpin, les organisations sportives et les sociétés savantes, elle a déterminé en France un énergique réveil forestier. Les fêtes (le l'arbre se sont multipliées, l'enseignement sylvo-pastoral est ins- COMPTE BENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 221 litué, les propriétaires de forets se sont syndiqués pour améliorer leur administration ou se protéger contre l'incendie, de nouveaux groupements se sont fondés pour la propagande ou l'action. « Le Syndicat forestier de France a mis sur pied la Société finan- cière rêvée depuis 1876, et la Fédération de l'arbre unit les efforts de tous pour sauver la terre de, la patrie. (' Toutes les nations ont à lutter contre le déboisement et la dégra- dation des montagnes. Quelle que puisse être la diversité des procédés à mettre en œuvre suivant la législation, les mœurs et les conditions spéciales à chaque pays, le concours des pouvoirs publics et de l'ini- tiative privée sera partout un puissant auxiliaire. En conséquence, nous proposons au congrès de s'associer au vœu émis à Pau le 14 août 1906 par le deuxième congrès de l'aménagement des mon- tagnes : « Le Vlir Congrès international d'agriculture réuni à Vienne, « considérant que la reconstitution du revêtement végétal du sol est (c aussi indispensable à la prospérité dans les montagnes qu'à la « sécurité dans les {)laines, « Emet le vœu : « Que tous les services publics collaborent énergiquement par « leur exemple, leur enseignement et leur encouragement avec le « ministère de l'agriculture et les associations forestières ou d'amé- « nagement des montagnes à enrayer le déboisement et à restituer « aux terrains en pente leur manteau de végétation. » VII — Importance des opérations agraires de commassation {remembrement) pour l'amélioration et la meilleure exploi- tation des propriétés agricoles et forestières Rapporteur : M. Riebel, inspecteur d'agriculture et conseiller des forêts à SalzburiJ'. Voici la conclusion de son rapport avec la résolution proposée sur le même sujet par M. Dekleva, de Laybach. « Par suite de cet exposé, il ressort que l'autorisation légale de la 222 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE reconslilutioM, en un seul tenant, des foré .s morcelées offrirait ainsi un giand nombre d'avantages, sans présenter, par contre, un seul inconvénient. « C'est poui-quoi nous proposons au VIII' Congrès international d'agriculture d'appuyer favorablement de tout le poids de son vote cette reconstitution par l'acceptation de la résolution suivante : « Le VIIl^ Congrès international d'agriculture considère comme « nécessaire la reconstitution, en nn seul tenant, des parcelles fores- « tières des petites propriétés en forêts et insiste afin que les lois (( actuellement existantes pour la reconstitution en un seul tenant des « parcelles des champs soient étendues et applicables aux forêts mor- « celées. « En consécjuence, il demande la cj^jation de lois spéciales pour « la reconstitution en un seul tenant des forêts morcelées. » Résolution Dekleva : « Dans tous les Etats où ii'existetit pas encore d'organes préposés aux opérations agraires, on devra s'appliquer à en susciter l'institu- tion. Là où ils existent, leur compétence doit être transformée et étendue de telle sorte qu'ils aient aussi la fonction d'exécuter et d'administrer les installations techniques agricoles. Les lois régissant les commassations agraires, ou reconstitution des parcelles de terri- toire en un seul tenant, doivent être appliquées aux portions territo- riales forestières. » VIII — Économie alpestre Rapporteurs : MM. le D^ Leithe, commissaire d'agriculture à Vil- lach ; K. Poscn, inspecteur agricole et forestier à Villacli ; D'Schltpli, directeur à Grabnerhof. On verra par les conclusions des divers rapports, conclusions adoptées dans un vote unanime par les membres de la section, (|iit' ce n'est pas en France seulement (jue les pâturages de montagnes se dégradent et (ju'on réclame l'intervention d'une législaion rigou- reuse. COMPTE RENDU DU VIIl^ CONGRÈS INTERNATIONAL 223 Résolution Leitiie : « 1° Dans tous les pays où il n'existe pas encore de lois conve- nables pour assurer la protection des pacages ..et cela, aussi bien en ce qui regarde les pacages privés que les pacages communs, il faudra procéder à l'établissement d'une législation propre à cet effet. « Les traits principaux de la protection légale des pacages doivent comporter — abstraction faite des mesures de police forestière et des travaux spéciaux de mise en état des terrains ravagés par les avalanches et les torrents — la fixation de l'état de présence maxi- mum du bétail, la revision périodique des règlements les plus néces- saires pour assurer la protection des pacages alpestres contre la destruction et le dépérissement, et exclure le régime de dépréda- tion. Pour les pacages communs, on envisagera de plus la créa- tion de règlements propres à assurer l'exploitation profitable des pâturages (étables, abreuvoirs, garde, etc.). Enfin, pour tous les pacages, on procédera à la délimitation des terrains boisés et des pâturages proprement dits en tenant particulièrement compte des intérêts économiques alpestres bien compris. On déléguera des organes de contrôle compétents pour assurer la surveillance des pacages ; (( 2° On contraindra les pacages communs, sous réserve de la confirmation officielle, à établir des statuts prévenant dans la mesure du possible le morcellement de l'exploitation alpestre ; « 3° L'État a le devoir d'appuyer et d'encourager par des secours financiers suffisants l'œuvre d'amélioration de l'économie alpestre (par des cours d'économie alpestre, des inspections, etc.). Mais il faudra surtout, comme fondement et condition préalable de toute action administrative et économique alpestre, établir, là où elle n'existe pas encore, une statistique alpestre tenant compte aussi bien des conditions économi([ues que des conditions politiques-éco- nomiques, et veiller à sa popularisation. » Résolution Posgh : « La lamentable situation agricole des pâturages des Alpes et des 224 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE pays iiioiitaguéux doil être aniéliorrr' par la sollicitude cle l'Etal et de la province ; Yoi(;i spécialement de (pielle nianièi'e : « \" Par la subdivision en pâturages de forêts, pâturages plantés, pâturages proprement dits ; (( 2° Par l'observation rigoureuse de la police des fbiêts, spéciale- ment en ce (pii concerne celle des prairies plantées, d'après le plan d'exploitation pour la conservation de la pousse du bois; « 3" Par l'endiguement des torrents et des avalanches dans la région des Alpes ; « à'" Par l'exécution, au nom de l'Etat, de l'amélioration des pâtu- rages alpestres ; (« 5" An moyen de l'acquisition par l'Etat du droit de surveillance des pâturages alpestres ; (' 6" Par le développement des voies de communication, par l'ou- verture des vallées des montagnes, au moyen d'un plus grand déve- loppement du réseau des routes et des chemins de fer, et par une large subvention pour la construction de chemins dans les pays de montagnes. » IX — L'endiguement des torrents, sujet de discussion aux congrès antérieurs. Nouvelles expériences acquises en matière d'endiguement des torrents Rapporteurs : MM. le D' Fankii.vuser, adjoint de l'inspecteur fédé- ral à Berne; Bénahdeau, administrateur des eaux et forêts à Paris; Wang, professeur à l'Ecole supérieure d'agriculture à Vienne. Nous donnons in extenso le rapport très documenté de M. Bénau- DEAU, (|ui possède en cette matière une compétence bien reconnue : « Après les causes internes qui ont créi' la niasse générale des luonlagnes, des forces extérieures ont modifié cette masse et l'ont découpée suivant les accidents que l'on y remarque aujourd'hui. « Les circonstances de la formation primitive ont esquissé les grands traits des inégalités de la surface terrestre. C'est ensuite l'action con- tinue des agents atmosphériques qui en a dessiné presque tous les détails. COMPTE RENDU DU VIIl'" CONGRÈS INTERNATIONAL 225 « L'atmosphère et les eaux, soulevées et agitées par la chaleur solaire, dégradent, par les mêmes procédés, l'écorce du glohe qu'elles environnent de toutes parts. Aucune roche n'échappe à leur travail d'érosion. Comme l'eau courante, l'atmosphère en mouve- ment aiïouille, transporte des matériaux, les dépose ou les amoncelle sous forme de dunes qui se déplacent, tels les atterrisseraents des rivières; mais son action dynîuiiique est toujours faible à côté de celle de l'eau qui est l'agent par excellence des érosions à la surface du globe. On le sait, l'eau que les fleuves conduisent à la mer pro- vient des précipitations atmosphériques issues elles-mêmes d'eau pure évaporée par le soleil à la surface des océans et jetée sur les continents par de puissants courants aériens. « Sous l'action solaire, l'atmosphère puise dans la mer l'eau de toutes les rivières et la transporte à leurs sources dans les montagnes. « Les montagnes refroidissent les courants d'air humides et conden- sent la vapeur d'eau qu'ils renferment de manière que les régions élevées deviennent des réservoirs d'eau qu'on retrouve à tous les étages en descendant, soit comme force motrice, soit comme moyen d'irrigation. « La plus grande quantité d'eau, sous toutes ses formes, s'accu- mule d'abord dans les montagnes et se précipite ensuite, à l'état liquide, dans la mer par des pentes plus ou moins rapides en suivant toujours le même chemin. « Quand les montagnes sont dénudées, les eaux s'écoulent rapi- dement sur les pentes qu'elles dépouillent de leur terre végétale et, entraînant des matéiiaux de toute nature, elles forment des tor- rents qui rongent les versants et obstruent de leurs débris le lit des rivières. « A défaut de glaciers ou de grands lacs régulateurs, les massifs montagneux ne deviennent des réservoirs d'eau naturels et bienfiii- sants, précieuses sources d'énergie, que grâce à la végétation per- manente qui les recouvre d'un épais tissu protecteur et absorbant. Seules les montagnes couvertes de leur parure forestière et pastorale débitent de l'eau pure et règlent l'écoulement des eaux météuri({ues de manière à assurer la permanence des sources et l'aUmentalion régulière des cours d'eau. AN.\. SGIENCK .\GKON. — 3" SÉRIE — 1908 — I 15 226 ANNALES DE LA SCIENCE AfiRONO.MIQUE « Un cours d'eau esl une véritable machine dont les organes sont solidaires depuis son embouchure jusqu'à ses origines plus ou moins torrentielles; il se divise en sections ayant chacune son histoire et dont quelques-unes peuvent avoir conquis l'état de stabilité quand d'autres en sont encore à la période de divagation ou même à celle de l'affouillement. On ne peut rien faire sur un point sans que l'in- fluence s'en fasse sentir dans tout l'organisme. « Du fonctionnement régulier de cet appareil hydraulique com- pliqué dépendent la fortune et la sécurité de l'homme. Voilà pour- quoi la question des inondations est de celles que leur nature con- damne à être constamment à l'ordre du jour. « L'importance du sujet, loin de s'affaiblir, croît au contraire chaque jour en raison du développement continu des intérêts maté- riels que le débordement des rivières met en péril. « Des sommes incalculables ont été dépensées pour donner une apparence de satisfaction aux intérêts en jeu ; mais, à en juger par les dégâts chaque fois plus considérables que causent les déborde- ments de certains cours d'eau, il est permis de se demander si les efforts tentés jusqu'à présent ne révèlent pas plus de bonnes intentions que de sagacité dans la recherche des causes ou le choix des moyens. « Je n'ai pas l'intention d'apporter au congrès une panacée uni- verselle capable d'écarter pour toujours le danger des inondations; mon but est simplement de poser, avec autant de netteté que possible, les termes d'une question aussi complexe et de montrer sa connexité avec celle des torrents. Après avoir rappelé les lois qui président aux débordements des cours d'eau, je recherchai si l'indus- trie humaine peut modifier les conditions physiques sous l'empire desquelles les inondations se produisent, et dans quelle mesure il lui est possible d'atténuer le caractère désastieux que ce phénomène jialurel présente trop souvent de nos jours. « La techni(|ue en matière d'extinction de torrents s'en déduira tout naturellement. « La vraie cause des inondations réside à la fois dans l'excès des précipitations atmosphéri(]ues, dans l'arrivée sinudianée sur un même point des eaux provenant de ces précipitations et de l'exhaussement progressif du lit des cours d'eau, produit parle dépôt des maté- COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 227 riaux pris ou arrachés par les torrents aux flancs des montagnes. Ces circonstances peuvent agir séparément, le plus souvent elles se com- binent. « On ne peut guère caresser l'illusion d'exercer une action sérieuse sur le régime des pluies dans une région donnée ; la pluie, considérée comme un phénomène météorologique, obéit à des lois sur lesquelles nous n'avons aucune prise et (|ui dépendent surtout des données géo- logiques. «Mais toute la vapeur d'eau ([ui se précipite n'arrive pas aux riviè- res. Une partie de la nappe pluviale n'a pas plutôt touché terre qu'elle est reprise par l'évaporation et restituée à l'atmosphère pour former de nouveaux orages ; une autre partie, après s'être infiltrée dans le sol, reparaît plus bas sous forme de sources quand elle ne s'est pas perdue dans les gouffres, abîmes ou réservoirs profonds d'où la sonde artésienne la fait jaillir; le reste enfin s'écoule à la surface du terrain et, par mille rigoles, court vers les thalwegs pour alimenter ruisseaux, rivières et fleuves. « Ces trois parties sont complémentaires ; leur somme est toujours égale à la pluie qui tombe. Si, par exemple, après que l'évaporation a prélevé sa part, l'infiltration est totale, le ruissellement sera nul,, autrement dit, la nappe inondante sera nulle. s quantités coiLsidéra- bles de matériaux, du grain de sable aux j)liis gros blocs. C'est ce qui a lieu à l'origine de presque tous les cours d'eau, avec une inten- sité variable suivant la nature géologique (]es montagnes (pii leur donnent naissance. « Les cours d'eau qui ne charrient point de matières solides sont d'une stabilité parfaite ; ceux qui charrient beaucou]), au contraire, ont un régime d'une extrême instabilité. « L'action perturbatrice due au charriage des matériaux exhausse le fond du lit et soulève les flots du cours d'eau, (pii se tiouve dès lors soumis à des débordements fr(''quents. «Dans certains cours d'eau de hautes montagnes, (pii charrient au moment des grandes crues des niasses énormes de matériaux et (pii de plus sont extrêmement boueux, la perturbation est telle (pie les lois hydrauli(pies paraissent complètement renversées et produisent des etîels diamétralement opposés à l'état normal. Par exemple, le lit, au lieu d'être concave, est convexe ; le courant, au lieu de suivre les dépressions du sol qui lui olfrent les plus grandes pentes, tend à envahir les bancs de graviers. La surface elle-même est bombée; elle est sillonnt'e par des courants ipii se (b'placent avec une grande mobilité, en variant de vitesse. Au rebours de r(''tat normal, la plus COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 229 grande vitesse du courant se produit le long des rives, ce qui est une cause de corrosion de celles-ci. « Évidemment, ce sont là des effets de la perturbation due à l'ap- port des matériaux, puisqu'il serait impossible que de simples varia- tions dans le débit fussent la cause d'une telle instabilité. « Ainsi un cours d'eau sera d'autant plus instable, plus torrentiel, que sa constitution sera mieux appropriée pour rassembler sur le même point, et dans le moins de temps possible, la plus grande masse d'eau unie au plus gros volume de matériaux. « Pentes rapides, nues et ravinées, terrains imperméables et affouil- lables, pluies soudaines et violentes, fonte subite de neiges abon- dantes; telles sont en résumé les conditions pbysiipies les plus favo- rables à la production des inondations. « La réunion de ces conditions fait du torrent, émissaire primor- dial des eaux sauvages, l'auxiliaire principal des crues désastreuses. C'est ainsi que par l'intermédiaire des rivières torrentielles l'on arrive aux cours d'eau à la fois permanents et stables qui ne modi- fient plus sensiblement le profil de leur lit. « Une rivière à éléments disseml)lables ne peut arriver à la sta- l)ilil('' exclusive du charriage, que si cette situation a été conquise par chacun des tronçons homogènes qui la composent, comme aussi par tous les rameaux qui aboutissent au grand collecteur. « Si l'on considère que le torrent, en raison des matériaux trans- portés, est l'affluent dont le régime anormal modifie le plus celui de l'aHère principale et que, d'ailleurs, sa destinée est de se transfor- mer avec les siècles en un outil moins actif et plus constant, l'idée vient, tout naturellement, pour échapper aux conséquences funestes de cette trop lente transformation, de pourvoir artificiellement le torrent d'un état d'équilibre capable de se maintenir aussi longtemps que le régime des précipitations atmosphériques ne changera pas d'une manière sensible à la surface du globe. « Les ravages torrentiels ont leur principe dans la facilité avec lacpielle, sur une pente dénudée, l'eau se concentre en veines puis- sant-es et dans l'accroissement de masse (pie communique à l'eau, courante les masses solides entraînées par son mouvement. « Pour éteindre un torrent, il faut donc, d'une ])art, empêcher la 230 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE concentralioli de l'eau et, (l'autre parJ, rendre la désafirétiation du sol aussi dilTicile ((ue possible. « Le boisement et le gazonnement des pentes ruiiiHoimes, aidés de travaux auxiliaires, permettent d'obtenir et de perpétuer ce double résultat. « Ces deux modes de culture s'imposent surtout dans les bassins imperméables et afibuillables à pentes rapides comme les moyens certains de remédier aux danijers du ruissellement et par suite à ceux des inondations. « Le yazon est efficace s'il s'agit seulement de taire disparaître des traces d'érosion, mais le bois seul, avec ses fortes et profondes racines, peut affermir et protéger des terrains mal assis, déchirés profondément et ébranlés jusque dans leurs fondements. On laissera aux pelouses les plateaux et les pentes douces, mais la végétation forestière sera préférée chaque fois qu'il s'agira de combattre les ravages torrentiels. « A la violence des^eaux dans le bassin d'un torrent en activité, il faut opposer la force supérieure de la forêt. Tandis (pie, par leurs racines, les arbres fixent le sol en le serrant de mille fibres, leurs rameaux le protègent comme une tente contre le choc violent de la grêle et des ondées. Leurs troncs et en même temps le sous-bois opposent des obstacles insurmontables aux courants qui tendraient à affouiller les versants. Cette armature puissante divise les eaux cou- rantes et les disperse sur toute la superficie des terrains, ce (|ui les em{)ê(îhe de se concentrer en masse dans les thalwegs, ainsi qu'il arriverait si elles couraient librement sur les surfaces lisses d'un sol dénudé. Elle atténue la pénétration des gelées, moitié moins fortes, comme on sait, en sol gazonn*' qu'en terrain nu ; retarde la fonte des neiges et absorbe une partie des eaux qui s'imbibent dans l'hu- mus, ce rpii diminue d'autant la somme des forces d'all'ouillement. « Le terreau, la mousse, les herbes, les feuilles mortes forment ensemble une masse filtrante et spongieuse dont le pouvoir absorbant est merveilleux. Ainsi, tandis cpie l'hiunus absorbe pivs de deux ibis son poids d'eau, la terre arable n'en retiriit (pn' la nittitié et le sol siliceux le (piart seulement. « La couche de terreau est longue à se saturer d'eau; mais, dès COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 231 que la saturation est atteinte, Teau s'écoule en minces filets et le débit, pareil à celui d'un siphon amorcé, se maintient et se prolonge même assez longtemps après que la pluie a cessé. « Il suit de là qu'une forêt, lorsqu'elle s'établit sur une montagne, en modifie réellement la superficie qui, seule, est en contact avec les agents atmosphériques ; toutes les conditions se trouvent modifiées, comme elles le seraient si au terrain primitif l'on avait substitué un terrain complètement différent. « La nature, en appelant les forêts sur les montagnes, plaçait le remède près du mal. « Elle dotait les sommets d'une source d'énergie précieuse pour l'industrie. « Telle serait encore la réalité sans l'imprudence et l'égoïsme de l'homme. « Les esprits élevés se préoccupent dans le monde entier de la marche incessante du déboisement qui livre les montagnes sans défense au ravage des eaux et les dépouille de leur mince couche de terre végétale pour obstruer les rivières et les ports pendant que les inondations se multiplient et que le capital mondial de la « houille blanche » est menacé dans son existence. « Aujourd'hui, les montagnes déboisées s'en vont par lambeaux dans les vallées qu'elles obstruent de leurs débris. Les inondations sont devenues dévastatrices à cause des déjections qu'elles vomissent sur les propriétés. II y a dans les pays chauds des contrées que la sécheresse désole et dont la stérilité s'aggrave sans cesse depuis qu'on a livré sans règle aux moutons et aux chèvres les bois qui en défendaient les sommets. « Partout l'on observe sur les flancs des vallées dégradées d'an- ciens cantons de forêts et de pâturages qui ont naguère fait partie d'un même versant continu et que séparent maintenant de profonds ravins béants. L'opulente fourrure, forestière et pastorale, jetée par la nature sur les épaules délicates et frileuses des sommets n'est plus aujourd'hui que le chétif manteau troué et sans cesse déchiré de la montagne en détresse. (( Deux forces opposées se trouvent en présence dans les mon- tagnes : celle de la végétation, protectrice vivante de l'actuel relief 232 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE des continenls, et celle des inéféores qui s'acharne à niveler la sur- face du globe. De la suprématie de l'une ou l'autre de ces forces rivales dépend la ruine ou la prospérité des pays montagneux. « La déforeslalion que tout le monde déplore a rompu l'équilibre des forces naturelles et livré le sol dénudé des montagnes à l'action mécanique des pluies, de la grêle, des gelées et des ouragans. « Le problème des inondations torrentielles est ainsi ramené à la discussion des meilleurs procédi'-s à mettre en œuvre pour rendre leur verte parure aux versants ruinés des torrents en activité et per- pétuer l'équilibre, ainsi reconquis, entre l;i résistance du sol et la puissance érosive, par un entrelicn judicieux permanent des pelou- ses et forêts en montagne. « Le déboisement et le dégazonnement n'ayant pas produit les mêmes effets dans toutes les montagnes, il faut d'abord, sur chaque point, donner aux travaux forestiers une direction particulière en rapport avec le mal qu'il s'agit de combattre. « Partout où, par suite de la résistance des roches, les eaux torren- tielles décapent les versants sans pouvoir ni les délayer, ni les détruire et suivent un chenal inalTouillable, l'opération ne peut consister, en généi-al, qu'à créer sur les flancs des montagnes de vastes étendues boisées, destinées à agir par leur masse sur le débit des eaux et à fournir des produits utiles à l'agriculture, en même temps que de puissantes sources d'énergie dont l'utilisation est une condition d'existence des sociétés modernes. « Les terrains qui doivent de préféience être couverts de bois sont les versants des vallées orientées vers la partie de Thorizon d'où viennent habituellement les pluies. « Dans chaque espèce, on aura soin de déterminer d'abord la part qui revient à Taflluent dans les crues du cours d'eau principal, car il n'est pas toujours avantageux de retarder la crue d'une riviè;'e. Les eaux de pluie tombées à peu près simultanément sur toute la surface d'un grand bassin mettent, suivant les circonstances gi'ogra- pbiques, des temps très différents pour s'("couler jusqu'à la mer. Un choix s'impose donc dans l'ordre et les moyens de correction des ramifications torrentielles, .^ous peine d'aggraver la situation qu'on veut améliorer COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRES INTERNATIONAL 233 « Quoi(|u'il en soit, chaque fois que la montagne est inaffouillahle, l'on n'a à faire que du reboisement proprement dit pour agir sur le régime des cours d'eau qui en descendent. « Mais il est rare que le problème de la reforestalion se pose avec cette simplicitt'. La question se présente souvent sous un autre aspect. Il ne s'agit plus seulement d'une opération de sylviculture. Le fores- tier a devant lui des montagnes creusées de torrents d'un genre tout particulier. « En raison de la nature géologique du sol et du climat, les cours d'eau sont boueux, charrient des masses énormes de matériaux ; ils couvrent le fond des vallées de leurs déjections, causent les plus grands dommages aux propriétés et exercent enfin la plus funeste influence sur le phénomène des inondations. « Il est de tonte ('vidence que, dans les pays où sévit un pareil fléau, le reboiseur doit faire de l'extinction de ces torrents le but suprême de ses efforts. « Problème ardu qui a préoccupé de tout temps les hommes d'État et dont on n'a pas encore indiqué la solution pratique dans tous les cas. « Le reboisement seul serait imposant. Comment songer à reboi- ser des terrains sans consistance, minés par les eaux, fluant et s'éboulant de toutes parts, sans prendre des précautions pour assu- rer la consolidation du sol et supprimer l'apport des matériaux. « De là résulte tout un ensemble de travaux sans précédents, sur lesquels l'expérience a été appelée à se prononcer et que je vais essayer d'indiquer brièvement. « Au sens familier du langage, tous les cours d'eau qui coulent dans les gorges des montagnes portent le nom de torrents ; mais ils n'ont ni même régime, ni mêmes caractères. « Il en est comme ceux des Vosges, par exemple, dont le cours est normal. Leurs eaux limpides, encaissées dans un lit fixe, ne débor- dent pre<^que jamais ; elles font beaucoup de bruit, mais peu de mal. Elles sont le plus bel ornement des montagnes et en même temps un puissant instrument de travail. Ces torrents ont conquis l'état de stabihlf' tout comme les montagnes d'où ils descendent. s O" « 11 en est d'autres, au contraire, dans certaines régions des 234 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Alpes, qui R'pandent la ruinf; autour d'eux. A chaque grande crue, les eaux boueuses, chargées de cailloux, font irruption hors de leur lit, coupent les routes, renversent les ponts, détruisent les habita- tions et ensevelissent les terres cultivées sous une épaisse couche de graviers. Ces diflerences profondes dans le régime des cours d'eau tiennent à l'action perturbati'ice des matières charri('es. « Les faits l'attestent jusqu'à l'évidence, aussi bien en France qu'à l'étranger. « Les torrents que nous voyons pourvus d'un régime stable ont passé, eux aussi, par une période d'extrême instabilité et de divaga- tion qui a cessé avec le charriage. (( L'aspect de leur bassin de réception et la nature des dépôts créés par eux au fond de la vallée en donne la certitude. De sorte qu'il n'y a entre les uns et les autres qu'une différence d'âge ; les plus jeunes, encore en activité, déblaient la montagne et remblaient la plaine, tandis que les anciens, leur tâche terminée, débitent des eaux limpides sous la forêt qui est le gage de leur tranquillité. On dit de ces derniers qu'ils sont éteints. (( A ce point de vue, les clairs ruisseaux de montagnes ne sont que des torrents éteints. Tous les exemples s'observent dans les mon- tagnes, depuis le torrent éteint jusqu'à celui en pleine activité. Cha- cun a sa physionomie propre, mais tous sont caractérisés, à partir des cimes, par un bassin de réception, un canal d'écoulement, par- fois réduit à un point, et un lit de déjection qui obstrue la vallée ou la rivière qui l'arrose. « Dans un torrent en pleine activité, c'est souvent au périmètre mouillé des rigoles, ravins et gorges qui sillonnent le bassin de réception que les eaux, réunies en veines puissantes, arrachent la plus grande quantité des matières charriées, soit par labour du lit, soit en sapant le pied fragile des talus qui, jirivés de base, s'éboulent en masse. « Les versants dénudés et stables n'ajoutent guère à ce contingent que le produit du décapage. Leur reboisement immédiat, outre qu'il crée la matière première des futurs garnissages, a pour principal lésultat de diminuer, dans une proportion notable, le volume des eaux qui se concentrent dans les thalwegs au moment des orages el, COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 235 par là, de réduire ou supprimer la puissance d'affouillement, c'est-à- dire le volume des matières entraînées. « Voilà pourquoi, dès le début des travaux, il importe de couvrir les terrains solides du bassin d'une armature forestière. « Il peut arriver qu'après cette opération primordiale, le torrent conserve assez de puissance pour afîouiller son lit et ses berges. Voici, d'après M. de Lapparent, le minimum de la vitesse, exprimée en mètres par seconde, nécessaire pour que l'eau courante com- mence à affouiller son lit : NATURK DU TERRAIN Terres détrempéas Argile Sables Graviers Cailloux Pierres cassées Poudingues et schistes tendres. Roches stratifiées ordinaires. . Roches dures VITESSE au fond moyenne mètres ' mètre.s 0,076 0.101 0,152 0,203 0,305 0,407 0,609 0,812 0,614 0,819 1,220 1,630 1,520 2,026 1,830 2,440 3,050 4,066 « Si, malgré la plantation des parties stables, ces vitesses venaient à être dépassées par les eaux torrentielles, il serait nécessaire de recourir à des ouvrages auxiliaires pour supprimer iraffouillement des thalwegs qui auraient survécu aux premiers boisements. « C'est dans les parties les plus élevées que les travaux de restau- ration seront d'abord entrepris ; ils descendront de là vers les parties basses. « La reforestation doit réduire les torrents, mais son action ne saurait être subite, elle ne peut modifier le débit des eaux instanta- nément, ni arrêter les érosions sans le secours de travaux* acces- soires. Si le danger est pressant, il sera nécessaire de construire dans les ravins des ouvrages de retenue et de consolidation qui, à eux seuls, pourront conjurer le mal jusqu'à ce que la cuirasse végé- tale soit reconstituée dans tout le bassin torrentiel. Certes, dans la préparation des projets de travaux de l'espèce, on ne perdra pas de vue que l'installation préalable de la forêt dans le bassin de récep- 236 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE tien a pour conséquence la réduction et la siinplilication des travaux de maçonnerie. Mais le reboisement ne peut s'opérer connue un changement à vue ; pour l'obtenir il faut un certain temps dont la durée varie avec l'âge, l'importance et les allures du torrent, la nature du terrain d'érosion, le climat et la violence des phénomènes atmosi)hériques. Par exemple, si le torrent présente de très graves dangers pour les cultures, les habitations, les roules, l'exhaussement rapide du lit d'une rivière qu'il encombre de ses déjections et dont il provoque les débordements désastreux, il faudra parer à ces dan- gers jusqu'à la création de la forêt par des travaux appropriés. « Ainsi, soit qu'après boisement des parties stables ou rendues telles, du bassin, le torrent affouille encore son lit, soit qu'il faille d'urgence se garantir des dégâts torrentiels sans attendre l'effet déci- sif, mais à longue échéance, de la sylviculture, l'art d'éteindre les torrents comprend deux espèces de travaux, les uns destinés à créer la forêt, les autres appelés à combattre les effets du transport des matériaux pendant le temps nécessaire à la création du massif boisé, seul capable de procurer et de perpétuer l'extinction définitive. « En haut bassin, dans la plupart des cas, semis et plantations ne peuvent être entrepris sans précautions; le sol nu est désagrégé, puis raviné par la grêle et les pluies d'orage, soulevé par les gelées; la couehe superficielle est en perpétuel mouvement ; les thalwegs sont creusés par les eaux et les talus sapés à la base s'écroulent; enfin, soit par imbibition à la suite de la fonte des neiges, soit par suite de la stratification particulière des roches sous-jacentes, soit pnr l'effet de la composition du sol, les pentes glissent et disparaissent dans 1(; lit du torrent. « Les travaux de sylvicultin-e nécessitent donc souvent l'exécution de travaux préalables dits « de consolidation du sol )k « Si l'on considère, d'ailleurs, (pic la transformation du canal mo- bile à sections variables dans lequel circule le liquide torrentiel en un chenal à profils rationnels invariables, peut exiger aussi des ouvrages spéciaux. Ton voit qu'en définitive, les travaux à exécuter contre les « torrents » se divisent en deux catégories : « travaux d'ex- tinction », comprenant le boisement avec ou sans consolidation du sol, et « travaux de défense temporaire »> contre li; transport des ma- COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 237 tériaux et les divagations. Naturellement, la forme et l'importance relative des uns et des autres varient, dans chaque cas particulier, avec les effets, les dangers et les allures du torrent considéré ; sou- vent même ils se combinent. i< Les torrents à affouillements comportent en général des travaux de toute espèce ; les torrents à casses et les torrents glaciaires peu- vent n'exiger, par contre, que des travaux de défense. a Ainsi apparaît la nécessité pour chaque torrent d'une étude approfondie et d'un « plan d'extinction » ou de correction spécial, déduit des circonstances économiques, géologiques, minéralogiques et climatériques locales. c^ Quand, par hasard, il est possible d'installer d'emblée la foret sur (( tout )) le bassin de réception d'un torrent et d'en attendre lé plein effet pendant un demi-siècle, on peut caresser l'idée, chère à certains esprits, de supprimer les tra^'aux de maçonnerie ; mais il faut renoncer à cette illusion chaque fois que, pour une raison quel- conque, il est impossible de reboiser intégralement la surface où les eaux s'amassent et affouillent le terrain, y compris le pied des berges, ou de faire patienter pendant cinquante ans les intérêts menacés. « Ceux qui voudraient exclure les maçonneries oublient qu'un torrent en voie d'extinction remanie toujours ses déjections et em- ploie son énergie reconquise au creusement d'un lit définitif qu'il peut être nécessaire de mettre à l'abri des érosions par curages, seuils, radiers de glissement ou tout autre modeste ouvrage du même genre, que les circonstances pourraient suggérer, « Dans la catégorie des « travaux d'extinction » se rangent les tra- vaux sylvicoles avec ou sans consolidation du sol. (( Les terrains à boiser sont dès le début interdits aux troupeaux ; les arbustes qui ont échappé à la dent du bétail sont recépés, puis ultérieurement marcottés, en étoile autant que possible. (( Aussitôt (jue les sentiers de protection, d'accès et de circulation sont ouverts, les baraquements établis et les pépinières créées à diverses altitudes du bassin, les parties stables, mais celles-là seule- ment, sont semées ou plantées en essences appropriées. « Les espèces à employer suivant le sol, le climat et l'altitude sont 238 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE assez connues des forestiers pouf (|ue je les passe sous silence ; au surplus, ce point spécial a été traité avec compétence par M. l'admi- nistrateur Bert dans sa communication au Congrès international d'agriculture qui s'est tenu à Rome au printemps 1903. « D'après \M. Bert, l'on emploie le mélèze (Lfirlx Eiiropœus) jus- qu'au delà de 2500 mètres d'altitude et le pin cen)liro (Piiuis Cein- bra) jusqu'à 2 600 mètres d'altitude dans les Alpes françaises. Demontzey, dans son Traité pratique de reboisement, estime même qu'on pourrait y introduire l'arolle jusqu'à 3000 mètres ; en réalité, les boisements tentés jusqu'ici entre 2400 et 3000 mètres ont sou- vent amené des mécomptes. Les insuccès semblent tenir moins à la fréquence des avalanches, à la rigueur du climat, à la pauvreté du sol, à la brièveté de la végétation et à l'abondance des neiges aux grandes altitudes qu'à l'imperfection des procédés et à l'insuffisance des chantiers mis en œuvre. « Au-dessus de 2000 mètres les semis ne donnent pas toujours satisfaction. Les plantations doivent être préférées en général. A Les pins cembros ou à crochets, et le mélèze, il est vrai, pous- sent avec une extrême lenteur dans la région alpine, quand le bour- geon terminal des pins ne sèche pas sitôt qu'il émerge de l'épaisse couche de neige dont la montagne est couverte en hiver. Alors la tête de l'arolle et des pins à crochets, exposée, dans un air sec, à l'intense réverbération des rayons solaires sur la neige, périt victime d'un véritable cou]) de soleil. Des plantations de hautes tiges, en motte, ain^aient chance d'échapper à ce danger. « Certains feuillus, l'aulne vert (Alnus viridis), et plusieurs saules seraient aussi d'utiles auxiliaires i)Our la ciéation de la futaie rési- neuse aux grandes altitudes; ils aideraient les pins à traverser cette crise qui tient en échec les reboiseurs alpins. Il y a là un vaste champ d'études et de recherches que je signale aux praticiens. « La question présente un si haut intérêt pour l'extinction des tor- rents dont les bassins atteignent souvent 3000 mètres d'altitude qu'un rapport serait utilement fait au prochain congrès sur le meil- leur moyen pratique de « rétablir la végétation forestière aux alti- « tudes supérieures à celles des forêts existantes » , « En fait, nos plantations ne s'arrêtent guère qu'aux terrains où COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 239 les neioes séjournent plus d'une année. Au-dessous de cette région alpine encore piquée de maigres touffes d'herbes commencent les excavations et les ravinements dans des terrains facilement affouil- la.bles, au premier rang desquels figurent les marnes noires argilo- schisteuses répandues en si grande abondance, surtout à la base des montagnes. « Ces terrains, qu'ils soient bathoniens, oxfordiens, calloviens ou du lias, passent par tous les degrés de consistance. Il en est qui sont simplement à l'état de terre durcie, sans aucune trace de schiste ; ils sont d'un noir très foncé. Dès qu'il pleut, ils se ramollissent au point que le pied s'y enfonce profondément. Mais il suffit de quelques jours de dessiccation pour les rendre tellement durs que le pic a peine à les entamer. En durcissant ils conservent complètement toutes les empreintes qu'ils ont reçues pendant l'état de ramollissement. Ces marnes ne sont pas toutes aussi pâteuses ; elles passent par tous les degrés du schiste jusqu'à l'ardoisier, en offrant les plus grandes variations dans leur dureté. « Une deuxième catégorie, qui joue un rôle considérable dans les torrents, est celle des terrains de transport : agglomérations puis- santes de débris de roches de toute nature et de cailloux roulés, fixés dans un ciment argileux. La proportion entre le ciment argileux et les cailloux de toute grosseur varie à l'infini dans ces formations éminemment affouillables. « Comment soustraire ces surfaces dénudées à l'action des fluides extérieurs ? « Les enherbements directs ne donnent pas toujours satisfaction et ne peuvent être employés avec plein succès que sur les versants où le décapement est faible. Ils sont souvent inefficaces sur les versants ruinés des boues détritiques et des terres noires. C'est alors qu'on a songé aux garnissages. « On sait que l'atmosphère et les eaux tendent à niveler le sol suivant les mêmes lois. « L'analogie est frappante entre l'action éolienne et celle de l'eau courante. Il est dès lors rationnel que les procédés rais en œuvre dans la lutte contre les torrents s'inspirent des travaux de fixation des dunes. 240 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « De sérieux essais dans ce sens, pratiqués dans les combes el ravins, ont déjà donné en France des résultats encourageants, mais nul reboiseur n'a employé en grand la métliode des semis sous cou- verture qui a permis de fixer les sables mobiles en bordure de la mer. « Dès 1885, j'enseignais à l'Institut agronomique que, pour col- mater les origines des ravins, tout comme pour réparer les brèches faites à la dune littorale, il suflîsait parfois de les remplir de ra- miers. « Demontzey, dans son dernier volume intitulé : L'Extinction des torrents en France par le reboisement, consacre un paragraphe spé- ■cial aux garnissages, mais il n'envisage pas plus que M. Bert dans sa communication au Congrès de Rome, la possibilité d'utiliser les branchages en dehors des combes ou des ravins naissants. > aient pu mécon- naître la puissance delà végétation forestière et croire à la possibilité d'une cure étrangère à la sylviculture. « En supposant que le bois ne soit pas ici la matière tout indiquée à employer pour les travaux de correction, les maçonneries n'inter- viennent que comme défense temporaire, sous torme de barrage pour briser la vitesse de l'eau et supprimer l'affouillement dans les ravins pendant que la végétation prend possession des lits et berges vives ; ou bien, sous forme de radier de glissement, pour assurer l'écoulement en rivière des matériaux cliarriés en faible quantité par le torrent; on a soin alors d'enlever, après cha([ue crue, les blocs qui s'arrêtent dans le canal. Ces curages semblent devoir être pratiqués, dans les torrents qui charrient peu, en vue de suppléer aux travaux d'extinc- tion. On conçoit, en effet, qu'il peut suffire d'entretenir le chenal libre après chaque crue pour rendre inotïensive la crue suivante. Mais cette opération simpliste serait impossible dans les grands tor- rents qui vomissent d'énormes quantités de matériaux au moment des orages. C'est dans le bassin de réception qu'il faut agir pour faire cesser la perturbation due aux brusques variations dans le débit et la densité du liquide torrentiel. «. Les maçonneries neuves, en supprimant le charriage, peuvent rendre la fluidité aux eaux courantes et donner l'illusion de la sécu- rité ; elles sont incapables de soustraire la montagne aux affouille- ments et de régulariser le débit en augmentant la durée de l'écoule- ment. « Seule, la forèt-réservoir, maîtresse du bassin de réception, peut y pourvoir. « La puissance destructive des torrents détie tous les travaux de maçonnerie ; la végétation seule peut la vainci-e en s'aidant parfois des barrages ([u'elle protège à son tour contre la violence des eaux. « Les ouvrages d'art, si robustes qu'ils soient, perdent chaque année de leur sohdité ; ils ne se maintiennent qu'au prix de soins dispendieux toujours renouvelés, tandis ([ue chaque printemps 256 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE apporte aux travaux vivants des forestiers une pousse, une vigueur nouvelle. « C'est ainsi que la véf^étation a sa manière de conserver les fixités indispensables en pays de montaiines. Elle maintient l'équilibre, non pas comme la nature morte, par la conservation inerte, mais, au contraire, dans une mobilité continuelle par le jeu souple et n'-gulier de forces componsali-ices que l'homme doit respecter sous peine de déchéance. » « Comme conclusion de ce rapport, j'ai l'honneur de soumettre au « congrès les projets de résolutions suivants : « 1*11 est établi que l'hydraulirjue moderne est incapable de rf'-duire « les torren,s. Elle n'oppose qu'une défense précaire, sinon dange- « reuse, aux dégâts torrentiels ; « i^" Il est démontré que la forêt peut seule éteindre les torrents à « affouillements et ciéer partout, en montagne, de puissantes sources « d'énergie industrielle ou de fécondité agricole ; (( 3° Il est reconnu que l'impossibilité absolue de boiser les terrains « instables oblige les forestiers à des travaux préalables de consolida- « tion du sol ; « 4° Il est admis que certains travaux de défense temporaire s'im- « posent si les intérêts menacés exigent protection immédiate et ne « peuvent attendre l'action définitive, mais à long terme, de la forêt, « sans être anéantis par les ravages torrentiels ; « 5" Un rapport serait utilement fait, au prochain congrès, sur le « meilleur procédé pratique pour rétablir la vég('tation forestière aux « altitudes supérieures à celles des forêts existantes ; « 6" Il semble y avoir lieu de rechercher le moyen le plus efficace (' d'adapter les plants aux terrains à reboiser, en forçant leurs rachies (( à produire un chevelu abondant et à prendre une direction telle « que, da'ns leur croissance ultérieure, elles rencontrent la plus grande « (juantité possible d'éléments nutritifs eu égard à la nature du ter- « rain où s'opérera la mise en place définitive ; « l'' Il serait audacieux de formuler des règles précises applicables « à tou;es les cures torrentielles. Cependant l'expérience semble « conseiller au reboiseui' les procédf'S de boisement qui désagrègent COMPTE RENDU DU Vin" CONGRÈS INTERNATIONAL 257 « peu la surface du sol ; la réduction des maçonneries ; les barrages « à faible chute ; la fixation des lits et berges par minimum de col- « matage ou d'alterrissement; une action énergujue, enfin, pour que (( les mesures réparatrices prennent nettement le pas sur les progrès « du mal qui sont incessants, si les États ne veulent passe condamner « au travail de Sisyphe ; « 8" Il est indispensable d'établir une entente internationale pour «. assurer la conservation des forêts qui recouvrent les sommets et les « versants escarpés des montagnes ou qui sont situées aux origines « et sur les rives des grands cours d'eau. Leur disparition entraîne, « dans le régime des eaux, des perturbations funestes à l'agriculture, « au commerce et à l'industrie, l'ensablement des fleuves, l'érosion « des bords, l'inondation des contrées agricoles inférieures et la sup- « pression de puissantes sources d'énergie, bien au delà des frontières « des pays où se trouvent les forets détruites. » Voici les résolutions du congrès sur cette question qui est d'une importance capitale pour les régions montagneuses : Résolution Fankhauser : « 1° Le Congrès reconnaît à la forêt une influence déterminante sur le régime des torrents ; « 2° Le congrès estime et déclare désirable que l'importance et les conditions de cette influence de la forêt sur le régime des tor- rents, de même que sur les glissements de terrains, le déracinement et la chute des pierres, etc., soient, dans tous les États intéressés à la question, l'objet de recherches approfondies, opérées sur une base exactement scientifique et autant que possible selon des principes et une méthode homogènes. ^ Résolution Renardeau : « Le Congrès prend acte du rapport de M. Renardeau, mais exprime toutefois l'opinion que, d'une manière générale, pour l'en- diguement des torrents, les travaux de construction et les opérations forestières se complètent réciproquement et ne sauraient être sépa- ANN. SCIENCE \GRON. — 3« SÉRIE — 1908 — I 17 258 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE R'S ; il admet néanmoins que dans des cas particuliers et exceplion- nels, le boisement seul peut suffire à l'apaisement d'un torrent. » Résolution W.vîng : « Le Congrès international d'agriculture de Vienne de 1907 estime que, eu égard à l'amélioiation du l'égime des eaux, certaines questions d'une portée particulièrement générale et d'une impor- tance particulièrement haute devraient être l'objet des délibérations d'une conférence internationale ; telles seraient la question de la création d'un service uniforme pour la conservation des régions montagneuses, service spécialisé dans chaque État, mais organisé selon la mesure du possible d'après des principes communs, puis la question de l'adaptation de la législation des eaux aux besoins des temps actuels et de l'organisation d'une police des eaux rigoureuse ; d'autre part, un projet de plan de recherches sur l'importance hydrologique de la foret, et un certain nombre de questions d'un égal intérêt. « En émettant le désir qu'elles soient élaboré'es par une confé- rence internationale, le congrès exprime le vœu que les gouverne- ments intéressés pourvoient à la convocation de cette conférence. » X — De l'organisation du service d'endiguement des torrents Entretien des constructions exécutées à ces fins Rapporteurs : MM. Danzer, conseiller provincial à Linz ; Pokornv, conseiller des forets à Linz. Nous donnons le rapport in extenso de M. Danzer et les conclu- sions du travail de M. Pokuuny. « Le titre du présent rapport contient une division en deux parties et cette distinction peut surprendre, attendu qu'elle dissocie l'orga- nisation de l'exécution des travaux d'endiguement des torrents de la question de la conservation des constructions exécutées. Séparer en principe celle-ci de celle-là semble anormal, car, dans la plupart des cas, il est considéré comme allant de soi que l'entrepreneur qui se charge de construire un bâtiment fasse en même temps le nécessaire COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 259 pour sa conservation : les normes à suivre pour le maintien des cho- ses et la continuation du fonctionnement ne diiïèrent généralement pas de celles qui président à la construction et à l'installation pre- mières. « A l'égard de l'objet qui nous occupe, une distinction entre les normes de la construction et celles de la conservation ultérieure ne semble pas de prime abord fondée en raison, sur la nature de l'objet, et effectivement elle ne l'est pas, ainsi qu'il va ressortir des considé- rations suivantes. « Cette distinction correspond excliisivement à la pratiipie admi- nistrative généralement en vigueur en Autriche à l'époque actuelle, et en vertu de laquelle l'entretien des constructions concernant l'en- diguement des torrents et exécutées à l'aide de ressources publiques sont, en fait, tinancièrement et administrativement placées sur une autre base que l'exécution première : en fait, dis-je, el tout au désa- vantage des intérêts en jeu. « A rencontre de ce système encore en vigueur chez nous, .mais déjà en butte à de multiples attaques, je crois devoir poser le prin- cipe premier et d'application générale duquel dépend tout le succès de l'organisation traitée ici, principe formulé comme suit : « L'entretien de tous ouvrages d'endiguement de grande impor- « tance doit, par principe, reposer sur la même base juridique que « leur construction ; il doit être pourvu linancièrement et adminis- « trativement aux travaux concernant leur entretien selon le même « mode qu'à ceux de la construction première. » (( La justification logique de cette requête me paraît aisée et inat- taquable. « Tout d'abord, il importe de noter que la question de l'entretien des ouvrages d'endiguement est loin d'être accessoire et peu impor- tante. Bien au contraire, elle est un point très important et absolu- ment décisif à l'égard de l'effet utile de l'entreprise : mal conservés ces ouvrages mettent en péril ou réduisent à néant tous les résultats cherchés : ils peuvent eux-mêmes devenir un nouveau danger et une source de dommages. Une démonstration amplement détaillée d'un fait aussi évident serait superflue. « Si donc, par suite du manque de sollicitude suffisante à l'égard 260 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE du maintien cii étal, il .ti rive non seulement que le succès de l'en- treprise soit entièrement compromis et que des ouvrages édifiés à grands frais se trouvent inutiles, mais encore que les constructions destinées à procurer secours et sécurité deviennent un facteur ennemi, la question de l'éminente importance de l'entretien est résolue et, pareillement, il est évident qu'on doit veiller au service d'entretien tout autant qu'à la construction. Edilier de pareils ouvrages sans pourvoir suffîsamiiient à leur conservation serait, en fait, une coupable dissipation. (' Mais, au point de vue des exigences financières, on ne saurait non plus traiter à la légère la question de l'entretien. Pour des ouvrages bien exécutés et consolidés dans de bonnes conditions, la moyenne annuelle des frais d'entretien peut se chiffrer par un tant pour cent relativement faible eu égard à la somme des frais de cons- truction, mais seulement dans les cas où une surveillance suffisante pourvoit en permanence à l'élimination immédiate de toute cause de dommage, et à condition aussi que l'action nuisible des éléments n'entre pas en jeu dans des proportions extraordinaires : sinon, les ouvrages d'entretien et de conservation, ainsi que les travaux com- plémentaires si souvent exigés par des transformations de nature locale, travaux qu'il convient de rattacher à la question d'entretien, peuvent aisément nécessiter des sommes dont l'importance le cédera de peu à celles de la construction originaire. « Or, il est bien clair que le petit groupe des propriétaires rive- rains immédiats et des communes limitrophes n'est pas plus en état de suffire à de pareilles dépenses qu'il n'a été en mesure, à l'origine, de faire les frais de la construction par ses ressources pro[)res. L'in- térêt de ce petit groupe ne représente pas non plus le vaste ensemble des intérêts que regardent et la construction et l'entretien des ou- vrages d'endiguement de grand style : dans le bas, dans les vallées aux chanjps fertiles, sur les rives des fleuves, là où sont le mouve- ment, l'acUvité industrielle, les riches cultures, les exploitations agricoles, les voies de communication, une inondation est une catastrophe et un désastre énorme, déterminé en grande partie par les poussées issues des torrents non endigués. « C'est là dans le bas, et au loin dans le pays, qu'il faut chercher COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 261 la valeur et les résultats d'un cudiguemenl des torrents pratique systématiquement et à large envergure, et non pas là-haut dans la montagne, où le sol a incomparablement moins de valeur et où il n'arrive que rarement que des installations coûteuses soient mena- cées immédiatement par le torrent. « Ce n'est pas seulement exiger une impossibilité financière, c'est aussi manquer à l'équité, que de déverser les charges procédant d'installations qui servent des intérêts si éloignés, sur les proprié- taires et les communes établis dans le bassin même du torrent. « Des motifs énoncés ressort la conclusion qu'il est indispensable de reconnaître la nécessité d'une organisation unifiée des ouvrages d'endiguement, quant à leur entretien aussi bien que quant à leur construction, et cela du moins en tant qu'il s'agit d'entreprises dans le grand style et de dimensions vastes, et non pas d'installations d'un caractère purement local : par suite, il conviendra donc d'examiner les moyens administratifs et financiers de réaliser cette organisation, en première ligne de rechercher à quel facteur ces obligations paraissent devoir incomber de droit. « En ce qui concerne la réalisation au point de vue financier, la réponse à la question se trouve déjà indiquée naturellement par ce qui vient d'être dit de l'efTectivité des ouvrages d'endiguemenl. » La valeur appréciable, l'importance économique des ouvrages d'endiguement ne peuvent être évaluées justement que si l'on tient compte de l'action qu'ils exercent pour préserver des dévastations sur le cours des rivières et fleuves grossis par les torrents : en d'au- tres termes, leur action utile se fait sentir non pas sur le terrain même où sont exécutés les ouvrages, mais sur des territoires éloi- gnés, souvent même au delà des frontières de la province : par consé([uent donc, sont seuls désignés à recueillir la part équitable des charges les vastes unités administratives correspondant aux vastes régions d'intérêts qui jouissent effectivement de la protection de ces ouvrages : l'Etat et ses provinces. « Du reste, d'après les principes généraux du droit administratif, c'est aussi l'État (jui apparaît désigné en première ligne pour inter- venir : l'endiguement des torrents n'est pas une simple opération d'amélioration du sol : elle est une défense de la propriété, un 262 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE combat contre un ennemi général et ennemi du deliors, une résis- tance aux puissances brutales de la nature contre lesquelles l'effort individuel est impuissant : or, un des principes les plus importants et fondamentaux de l'existence de l'État, c'est la protection par lui garantie aux citoyens contre foute menace du dehors visant leurs droits légitimement acquis. « Le citoyen de l'Etat moderne est astreint à de nombreux sacri- fices au profit de l'État ; sacrifices personnels ou économiques pèsent aux petits plus qu'aux grands, mais le moindre des citoyens n'en est pas exempt. « La mise en évidence de ces charges et des différences considé- rables qui, en dépit d'elles, se trouvent dans les conditions sociales de la vie, est en tout temps le meilleur moyen de piopagande des éléments subversifs. Nul organisme politique n'est en mesure de fournir une égalisation totale de la vie sociale ; mais l'Etat doit à chacun, en même temps que la protection de sa personne, la pro- tection de son existence économique, du moins la protection qui consiste à repousser toute puissance ennemie supérieure aux forces des particuliers, et cela, qu'il s'agisse d'une puissance humaine ou de celles de la nature. « Si le caractère économique et politique des ouvrages d'endigue- ment des torrents et l'étendue territoriale où se fait sentii' leur action impliquent, au point de vue du droit administratif, la néces- sité de remettre leur organisation aux mains de l'État ou du moins d'unités administratives importantes, de même, cette nécessité ne se montre pas avec moins d'évidence au point de vue des capacités financières et des compétences requises pour l'établissement et l'en- tretien systématiques de tels ouvrages. Les frais de ces travaux à vastes dimensions sont, l'expérience le prouve, élevés et si élevés que la contribution des habitants et des communes généralement pauvres du territoire où s'effectuent les travaux est impossible à percevoir ; ce n'est (|ue dans des cas exceptionnels que l'on réussit, en vertu de conjonctures favorables, à obtenir sous forme de contri- bution on nature une participation pouvant entrer en ligne de compte de la part de grandes entreprises. « Mais si, dans des cas isolés, on obtient de ces éléments locaux COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 263 une coopération au financement des ouvrages d'eiuligueinent, il n'en est pas moins vrai qu'une organisation pratique suppose pour chaque cas un mode de réglementation grâce auquel l'exécution des travaux de construction et d'entretien ne soit pas subordonnée à la rentrée de ces contributions locales, ntin que le retard dans le paiement n'entraîne pas des relards dans les travaux : en conséquence, ces contributions, du moment qu'on ne saurait se passer d'elles, devraient prendre la forme de remboursements partiels etfectués pour ses frais à l'entrepreneur qui serait l'Etat ou, selon les cas, la province. Tel serait le mode pratique. A l'égard des frais d'entre- tien, ce principe deviendra d'une importance encore plus haute en raison du danger devant résulter de tout retard dam l'action. « L'exécution méthodique des travaux nécessaires comporte fré- quemment l'entreprise sur des droits privés, telle que l'expropria- tion et autres mesures de contrainte que l'Etat seul est régulière^ meiit qualifié pour prendre légalement. K De cette considération encore découle la conséquence que l'administration de l'État, à ce point de vue, est exclusivement qua- lifiée pour pourvoir à l'organisation et au fonctionnement du service d'endiguement des torrents dans son ensemble. « Nous nous trouvons donc amenés à la nouvelle déduction dont voici l'énoncé : « L'organisation de l'ensemble du service d'endiguement des tor- « rents, eu égard à l'étendue territoriale ressentant les résultats des « ouvrages d'endiguement, eu égard de plus aux bases financières « et administratives indispensables, doit être remise à l'administra- € tion publique ; la participation d'unités administratives de petite « importance ne doit être admise que pour la coopération financière, « mais dans une proportion restreinte et toutes précautions étant « prises pour qu'il ne résulte de là nul retard dans les travaux « nécessaires. » « La question concernant l'entrepi'eneur étant ainsi résolue, celle qui se pose regarde les organes ou agents exécutifs et le mode d'exécution. Autant que je puis me baser sur les expériences faites, je me prononcerai exclusivement pour le système qui est devenu règle générale en Autriche, à savoir : plans et exécution de tous les 264 ANNALEb DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE endigueinenls par le personnel officiel des eaux et forèls, construc- lioii donnée en régie sous la surveillance immédiate de directions locales de construction. « La corrélation étroite des endiguements de torrents et de la culture forestière, corrélation dont mention sera faite plus loin, jus- tilie pleinement l'emploi du personnel teclmi([U(^ des eaux et forèls pour les plans et la direction de constructions de cette sorte, et cela d'autant plus que les constructions arcliiteclurales sont relativement rares. Il serait utile de créer un contingent aussi nombreux que possible et de fournir à chaque sujet les occasions d'acquérir une expérience positive et variée. « Attendu, comme il a été exposé avec détails au début, qu'il n'existe pas de diiférence réelle dajis la méthode des travaux de construction et de ceux d'entretien, il résulte de soi que l'emploi du personnel technique des eaux et forêts formé par l'Etat doit s'étendre aussi au service de surveillance et à la direction des tra- vaux d'entretien. « Ici, il convient d'appeler l'attention sur l'importance d'une sur- veillance permanente rendant possible l'exécution immédiate et à tout moment de travaux complémentaires ou d'entretien devenant inopinément nécessaires, et notamment sur ce point que les res- sources requises pour ces travaux doivent être disponibles sans le moindre retard. « Dans les cas où, contrairement au seul principe rationnel et désirable, l'entretien n'incombe pas à l'Etat ou à la province, la constitution de fonds d'entretien au moyen de versements réguliers de la part des facteurs obligés à subvenir à l'entretien, offrira un expédient sinon suffisant dans tous les cas, du moins pratique dans un grand nombre. <( De là, en ce qui concerne les agents ou organes d'exécution, les conclusions suivantes : « Pour les plans et projets, de même que pour l'exécution de « Tendiguement des torrents, il convient de nonnner un pei'sonnel « pris parmi les agents des eaux et forêts, personnel formé dans « ce but ; quant aux constructions, elles seront données en régie, « mais avec contrôle immédiat d'agents détachés à ces fins. COMPTE RENDU DU VIU'" CONGRÈS INTERNATIONAL 265 « C'est également à ces oriianes que sera conférée l'inspection « régulière des ouvrages construits, de même que l'initiative des « travaux d'entretien ; concernant ces travaux, des dotations suffi- « sautes seront prévues par les budgets de l'État ou de la province, « et, à défaut de ces dotations et provisoirement, il sera pourvu par « la création de fonds d'entretien à ce que les travaux venant à se (' trouver nécessaires puissent être exécutés immédiatement et sans « délibérations préalables. » « Il a déjà été précédemment fait mention de la corrélation étroite de l'endiguement des torrents et de la culture forestière. (.< Cette corrélation n'existe pas seulement dans le cas d'exécution de travaux nécessités directement par la culture forestière elle-même ou la servant à titre de complément ou de protection ; il ariive aussi très souvent que l'état d'une culture forestière dans le bassin d'un torrent est d'une grande influence sur la nécessité de l'endiguer ; le soin bien entendu d'une forêt, l'élimination de tous travaux de cultuie préjudiciables à la consistance du sol peuvent supprimer ou diminuer cette nécessité qui au contraire est rendue plus impé- rieuse par le mauvais état de la forêt. « Sans doute, les opinions diffèrent quanta la mesure dans laquelle une étendue forestière compacte peut contenir ou neutraliser les effets d'une période pluvieuse : mais l'influence du bon entretien d'une forêt au point de vue de la consistance du sol et de la diminution des alflux et poussées est indiscutable. En particulier, le traitement appli- qué aux portions sises immédiatement près des cours d'eau petits ou grands dans les hautes montagnes et leurdégagement à l'élat perma- nent sont d'une grande importance. « Pour réduire dans la mesure du possible la nécessité de travaux d'endiguement considérables comme frais et comme dimensions et pour assurer l'utilité effective des travaux exécutés, des mesures pro- phylactiques de police des eaux et forêts doivent être prises dans tout le bassin du torrent en concordance constante avec la (enue en état des constructions. A cet égard la législation impériale autrichienne est affectée de lacunes multiples; la législation provinciale a tenté dans (pielques provinces de remédier à cet état par des lois spéciales ; mais l'application reste encore loin en arrière du but à attehidre. 266 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « D'autre part, ces dispositions législatives provinciales manquent de l'homogénéité désirable. « En conséquence, nous foi'mulerons comme condition préalable nécessaire d'une organisation pratique du service d'endiguement la conclusion suivante : « En vue d'assurer l'effectivilé des ouvrages d'endiguemenl exé- « eûtes, et en vue de réduire la nécessité d'ouvrages nouveaux, il « devra être veillé à l'élimination de toute culture forestière pré- « judiciable dans la totalité du bassin du torrent; à ces fins, des « règlements de police des eaux et forets suffisants doivent être éta- « blis par la loi et appliqués avec la rigueur nécessaire par les soins « de l'administration publique. » « A ces considérations établies sur des bases de validité générales, il convient peut-être d'ajouter une mention de la loi fondamentale en vigueur en Autriche sur le financement et l'exécution des ouvrages d'endiguement (loi du Meliora lions fond, 30 juin 1884-, n° 116) ; nous signalerons deux défectuosités principales de cette loi. L'une con- siste en ce que la participation maxima de l'État aux frais d'endigue- ment, sur le fonds d'amélioration prévu par ladite loi, est limité à 50*/o du total des frais. « Cette limitation ne correspond pas à la réalité des choses telles (ju'elles se trouvent dan's la pratique. Elle pourrait peut-être se main- tenir là où il ne s'agit que de contribution à des entreprises de dimensions restreintes et' de nature telle que le but poursuivi est une amélioration immédiate de la culture, une élévation du rendement du sol dans le territoire où sont exécutés les travaux, car, alors, il ne s'agit purement que de travaux d'amélioration. « Or, en fait et à l'encontre de cette destination primitive stipulée par la loi elle-même, l'aide de l'État a depuis lors été portée au fonds d'amélioration dans tous les cas d'endiguement, même dans ceux où il s'agit de constructions nécessitées par des catastrophes naturelles, et où il s'agit par conséquent non plus d'améliorations, mais de la protection de vastes territoires contre l'action dévastatrice des élé- ments et où les frais s'élèvent à des millions. « De là r(''SuUe d'une pai't une extraordinaire aggravation des charges du fonds d'aniélioi-ation, et secondement, par suite de la COMPTE RENDU DU VIIl'' CONGRÈS INTERNATIONAL 267 limiUUion de la part de l'État, une difficulté extrême de parfaire la partie marquante des frais totaux, car la plupart des provinces étant hors d'état de la prendre à leur charge, il s'ensuit que fina- lement ce sont . les communes et les particuliers déjà lésés qui doivent s'ouvrir les veines, eux qui auraient déjà tant de peine à se relever des suites du fléau naturel avec l'aide de l'Etat et de la province. « Dans de telles conditions, l'exécution des ouvrages n'est souvent possible qu'après de longues négociations, quand elle n'est pas ajour- née jusqu'au moment où, sous l'impression de malheurs nouveaux, elle finit par s'imposer, mais alors avec une forte aggravation des dépenses. « [Jne seconde défectuosité de la loi, dont les efl'ets sont des plus fâcheux, c'est que là même où le fonds d'améUoration affecte les res- sources de l'État aux frais de construction pour la moitié, il n'est rien consenti poui' l'entretien des ouvrages construits. « L'absence de toute justitication logique ou pratique de cette disso- ciation a été discutée au début. Les conséquences apparaissent en ce que, contraints et forcés, les intéressés locaux acceptent nominative- ment la charge de l'entretien, mais qu'en fait, ce qu'ils effectuent est absolument insuffisant attendu que les moyens leur font totalement défaut : il arrive donc qu'au lieu de travaux d'entretien réguliers et peu dispendieux, on arrive ou bien à de vastes reconstructions très chères, ou à l'abandon et au délabrement des constructions premiè- res. Antiéconomique, et, en fin de compte, onéreux pour le fonds d'amélioration lui-même, le caractère de ce mode d'agir n'a pas besoin d'être discuté plus à fond. Le remède sera indiqué dans nos conclusions qui suivent et dont voici la teneur. « Principes fondamentaux de l'organisation pratique de l'endi- guement des torrents : « 1° L'entretien de tous ouvrages d'endigue- « ment de torrents d'importance considérable doit, par principe « établi, reposer sur la même base légale que la construction des (' ouvrages de même nature ; il doit être pourvu à l'exécution des « travaux d'entretien selon les mêmes modalités financières et admi- « nistratives que pour la construction première. 268 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « il" L'organisation de l'ensemble du service d'cndigucinenl doit « être envisagée par rapport à l'extension territoriale de riiifliience « effective des ouvrages d'endiguement, et au point de vue de ses « bases financières et administratives, elle doit cire remise entre « les mains de l'État ; la participation d'unités administratives de « moindre importance ne doit être admise que pour le concours « financier, mais dans une mesure normalement modique et seu- « lement sous la garantie que cette coopération ne saurait devenir « une cause de retard pour l'exécution de travaux nécessaires. « 3" Pour la confection des plans et l'oxé-cution des ouvrages d'en- « dignement, tous agents seront pris dans le personnel de l'admi- (■ nistration des eaux et forêts ;ja construction sera régulièrement « donnée en régie sous la direction immédiate d'organes d'entrc- « piises de construction à succursales mobiles. Des organes sem- « blables seront également chargés de l'inspection régulière des « constructions et de l'initiative des travaux d'entretien nécessaires; « en vue de ces travaux des dotations convenables seront prévues au « budget (le l'État et de la province ; à leur défaut et provisoirement, « la formation d'un fonds d'entretien devra pourvoir à l'exécution « immédiate de tous travaux devenant nécessaires, et cela sans négo- ce dations préalables. « A" En vue d'assurer l'utilité effective des ouvrages d'endigui.'- « ment exécutés, et en vue de réduire la nécessité de constructions « nouvelles, il doit être veillé à l'éloignement de toute culture pré- « judiciable dans la totalité du bassin du torrent ; à ces fins, une « réglementation légale de police des eaux et forêts doit êtn' éta- « blie et appliquée avec la rigueur nécessaire par les pouvoirs « publics. « 5" Au point de vue spécial de la législation autrichienne, une « modification de la loi d'Empire du 30 juin 188-4, n" 1 16 du Bul- « lelin des Lois {RegienuigsblaU), s'impose de toute urgence et il « convient : « a) De supprimer la limite maxima posée aux contributions du « fonds d'amélioration en faveur des ouvrages d'endiguement, limite « actuellement fixée à 50 "/o, et d'admettre une participation plus con- « sidérable aux constructions d'importance notable; COMPTE RENDU DU VIIl'' CONGRÈS INTERNATIONAL 269 « b) D'attribuer des coiitribiitions régulières diidit fonds à l'enlretien « des ouvrages par lui dotés lors de leur établissement. » Résolution Pokorny: « i" Un système d'endiguoment rationnel des torrents, eu égard d'une part aux frais considérables qu'il exige comme à sa haute valeur économique pour les vastes étendues territoriales qu'il pro- tège jusqu'au delà des frontières de la province, eu égard d'autre part aux atteintes forcées par kii portées à des droits particuliers, nécessite premièrement, comme base, des dispositions législatives assurant aux travaux d'endiguement un concours financier abondant soit de la part de l'État, soit de celle d'autres caisses publiques, et secondement des dispositions de droit administratif propres à écarter toutes oppositions et à garantir à son action un succès durable. « 2" Eu égard à l'extension territoriale de même qu'à l'importance qu'ont les ouvrages d'endiguement pour les conditions d'existence de la culture sur de vastes superficies ; vu d'ailleurs l'indispensable nécessité de bases financières et administratives pour 'la réalisation desdits ouvrages, tous les services y relatifs doivent être pourvus par le personnel de l'administration de l'État, c'est-à-dire que, pour la direction et l'exécution de la totalité des travaux, de même que pour l'entretien et la surveillance des torrents endigués, on tirera de l'administration forestière de l'État un personnel ayant la formation théorique et pratique voulue. La séparation des travaux en travaux techniques et travaux de culture doit être considérée non seulement comme superflue, mais comme absolument opposée au but poursuivi, et cela pour des motifs économiques aussi bien que techniques. « 3° L'étendue souvent très vaste du territoire baigné par une rivière ou un fleuve nécessite des mesures et arrangements d'un caractère international : dans l'intérêt éminent des ouvrages d'en- dieuement comme dans celui de la conservation et de l'amélioration du sol montagneux, il est désirable que les États coopérant à ces mesure? internationales aient à leur service de bons spécialistes forestiers, personnel qui s'obtiendra par une formation bien enten- due, c'est-à-dire par In création de cours techniques pour les fonc- 270 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE tionnaires des eaux et forêts et de cliaires techni(jues pour les étu- diants forestiers. « 4" Eu égard aux précieux avantages qu'offre l'expérience con- sommée qui ne peut s'obtenir que par la pratique des travaux d'en- digiiement pendant de nombreuses années ; eu égard de plus aux avantages du système de la prise en régie dont l'emploi est conseil- lable en règle générale et qui fournit les meilleures garanties pour l'excellence de la construction, il y a lieu de se prononcer pour la stabilité du personnel du service d'endiguement. « 5° En considération de la haute importance de l'entretien cons- tant et irréprochable des ouvrages construits, une pleine ingérence de l'Etat sous forme de haute surveillance rigoureusement exercée apparaît indispensable, accompagnée du concours financier énergi- que de l'Etat, dont l'influence se faisant sentir selon ce mode consti- tue la caractéristique d'une sage administration économique et finan- cière. (( 6° Tous les facteurs ayant coopéré à la formation du capital de construction des ouvrages d'endiguement, et en première ligne l'Etat et les caisses publiques, doivent également coopérer aux frais d'entre- tien ; de plus, et afin de rendre possil)le à tout instant la disposition de ressources nécessaires à l'entretien, il est indispensable de cons- tituer des fonds d'entretien au moyen de paiements à raison de tant pour cent annuels à valoir sur la somme totale des frais — tout au moins faut-il pourvoir à la formation aussi rapide que possible de fonds semblables, par versements annuels de l'État, de caisses publiques et des intéressés. « 7" L'association de fonds d'entretien par provinces ou par arron- dissements hydrographiques, sous forme de sociétés d'assurance réciproque avec administration commune, mérite d'être prise en sérieuse considéi'ation. « 8" La création de gardes des eaux organisés, bien exercés et parfaitement au courant, avec statuts accommodés aux particularités locales, doit être favorisée, et il convient de rechercher l'appui éner- gique de l'Etat pour ces organisations si profitables non seulement aux ouvrages d'endiguement déjà construits, mais aux personnes et aux propriétés toujours menacées par les torrents non endigués. » COMPTE RENDU DU VIll'' CONGRÈS INTERNATIONAL 271 XI — Récentes expériences sur l'endiguement des avalanches Rapporteurs : MM. Muret, inspecteur cantonal des forêts à Lau- sanne, PoLLACK, professeur honoraire à l'École d'agriculture, à Vienne. Déjà au Congrès international d'agriculture et de sylviculture qui s'est tenu à Paris en 1900, le vénérable M. Coaz, inspecteur fédéral en chef des forêts de Suisse, a rendu compte des premiers essais faits dans cette voie sous sa direction. Au Congrès de Vienne, M. Muret a fait connaître les récentes expé- riences faites en Suisse, ce pays classique des avalanches, pour dimi- nuer leur nombre et leurs effets désastreux. On trouvera ci -après son intéressant travail. Nous donnons d'abord les conclusions du rapport de M. Pollack sur la même ques- tion, (( Il y a en tout et pour tout deux sor.es d'endiguement : ' « 1° L'endiguement au moyen de travaux verticaux, employtî pour la plus grande partie en Suisse et en Autriche ; « 2° L'endiguement au moyen de travaux perfectionnés horizon- taux, employé pendant les dernières années, spécialement en France^ d'une manière secondaire en Suisse et seulement à l'état d'essais en Autriche. « Chacun de ces travaux de consti-uction a des avantages et des inconvénients. « Il est déjà difficile de comparer entre eux deux endiguements de même système, placés en deux points différents et à une grande dis- tance, ainsi que d'en déduire des résultats et, alors même qu'il serait possible de le faire, on ne peut, d'après une seule constatation, pro- noncer un jugement; bien plus difficile encore est-il d'établir une comparaison lorsqu'il s'agit de variables méthodes de construction, de variables conditions géologiques, de variables circonstances clima- tériques inconnues. Mais il est facile de comprendre que cette compa- 272 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE raison peut être non seulement inslniclivc, mais qu'elle peut encore avoir une influence sur les mélliodes de construction et de l'impor- tance pour l'économie nationale. Certains faits peuvent de tout temps être constatés quant à ce qui a trait au lieu et à la situation, mais pour toute autre chose néanmoins, il faut d'altord peu à peu frayer la voie et recueillir les indices. « Il y a eu un temps où l'on considéiait la montagne comme inac- cessible durant la période des neiges, mais cela a cessé avec l'insti- tution des courses de ski et des sports d'hiver. En effet, à l'époque la plus appropriée pour entreprendre des expériences, on peut avancer jusque sur les cassures et procéder à d'exactes observations météorologiques ou concernant la neige et cela, pendant et après l'exécution des travaux d'endiguement. « Ces observations devraient s'étendre sur la dynamique de la neige, particulièrement aussi sur la formation des avalanches de poussière dans les territoires endigués (par exemple sur remploi des travaux d'endiguement horizontaux, de môme que des banquettes en pierre, des ponts construits en pierre pour la neige). c( Coaz a indiqué la nécessité d'une statistique des avalanches et, au Gonorès international de sviviculture tenu à Paris du A au 7 juin 1900, il a fait des communications et, entre autres, la proposition d'établir une carte d'avalanches pour la Suisse. Coaz ne se dissimule pas, non plus, les grandes difficultés qu'il y a à surmonter pour exécuter un pareil travail. Là où l'on pense à l'endiguement des ava- lanches, dans un temps rapproclu' ou que l'on peut prévoir, on ne devrait point négliger de faire, au moment vraiment pi-opice, des tra- vaux préparatoires efficaces. Ils comportent, avant tout, l'ensemble des questions se rapportant à la neige. (( Pour n'aborder qu'un instant et brièvement ce point du sujet, disons que ce n'est, jusqu'à présent, qu'en Autriche et dans l'Alle- magne du Sud qu'il y a des échelles d'observations de la neige, J et des collections et des publications pour (Ic^ doiin(''es analogues. | « Ni en Suisse, ni en France, ni sui' le veisant nord de l'Italie, versant si extraordinairement ilchc en neige, on ne lait des obser- vations qui puissent, soit faire avancer la solution des travaux se rapportant à ce sujet, soit rendre possible des. comparaisons profi- COMPTE RENDU DU VIII® CONGRÈS INTERNATIONAL 273 tables. Par suite, il serait bon d'inviter ces Etats, et éventuellement d'autres encore (par exemple, l'Espagne, la Suède et la Norvège), à instituer de semblables observations, en même temps à publier les autres éléments climatériques d'une manière facilement accessible et profitable. (( En outre, on devrait publier des représentations planimétriques (non simplement photographiques) suffisamment exactes des travaux spéciaux exécutés pour l'endiguement des avalanches, avec les détails de toutes les dépenses, de l'exécution, de l'entretien, du résultat, etc. ; ce qui permettrait, dans des cas spéciaux, de pouvoir juger, en se basant sur d'exactes comparaisons, delà méthode vraisemblablement la meilleure (éventuellement la plus économique). « En conséquence, nous soumettons les propositions suivantes : « Tous les États dans lesquels se produisent des avalanches de poussière ou du sol sont invités : « 1° A consacrer une plus grande attention : à la dynamique de la neige, particulièrement aussi en ce qui concerne les avalanches de poussière ; à d'exactes observations météorologiques et concernant la neige — spécialement à des lectures quotidiennes des échelles de la neige — et à leur publication d'une manière fiicilement compréhen- sible et profitable ; « 2° A publier, d'une façon rigoureusement exacte, les endigue- ments d'avalanches qui ont été exécutés, avec le détail des dépenses, des conditions géologiques, du mouvement de circulation en hiver, des avalanches plus ou moins 'grandes de poussière, de couches supé- rieures et du sol, qui se produisent dans les régions de cassure peu à peu endiguées et dans les canaux de déversement ; à en publier éga- lement la reproduction planimétrique, dans le sens horizontal et ver- tical, y compris le territoire protégé, et de la publier de telle façon qu'elle soit facilement utilisable dans l'économie nationale et cela, comparativement aux autres méthodes d'endiguement. Rapport de M. E. Muret, inspecteur cantonal des forêts, à Lau- sanne (Suisse). (( Bien qu'un grand nombre de travaux d'endtguements d'avalan- ches aient été exécutés en Suisse sous la direction de l'inspection AN'.N. SCIENCE AGRON. — 3® SÉIUE — 190S — I 18 274 ANNALES DR LA SCIENCE AGRONOMIQUE fédérale des forêts depuis sa création en 1874, et bien que ce nombre augmente chaque année ensuite des subventions importantes allouées aux entre})rises de ce genre par la Gonft'dération et [)ar les cantons, la littérature y relative est extrêmement pauvre. « Depuis l'ouvrage classique de M. le D"" J. Goaz, inspecteur IV-- déral en chef des forêts {Die Laivinen der Schweizeralpen), paru en 1881, nous n'avons à signaler que le petit traité de M. le professeur Landolt : Die Bâche, Sieinsehiàge uiid Laivinen, publié en 1886, et le rapport présenté par le môme auteur, sur le même sujet, au Congrès international de Vienne en 1890. — A quoi il faut ajouter les quelques pages du Leitfaden fur schweizerische Vulerfôrsterkurse où M. le D"" Fankhauser, adjoint de l'inspecteur fédéral des forêts, traite de l'endiguement des avalanches. « Il peut donc y avoir quelque utilité à profiter de ce que cette question a été portée sur la liste des objets à discuter lors du Congrès international de 1907, pour essayer de préciser sur certains points, à l'aide des expériences faites jusqu'ici, les principes posés dans ces divers ouvrages, de les modifier sur les points où cela paraîtrait nécessaire et de justifier enfin les types d'ouvrages adoptés, en constatant les résultats obtenus. « Les dégâts causés par les avalanches en Suisse sont considéra- bles. En janvier 1868, par exemple, dans le Tessin et dans le seul Val Bedretto, trente-trois personnes ont été ensevelies par des ava- lanches ; les dommages causés ont été évalués à 675 000 francs. Autre exemple : Durant l'hiver 1887-1888, il est tombé dans les Alpes suisses, suivant une statistique établie par l'inspection fédérale des forêts, 996 avalanches, qui ont fait 50 victimes humaines et ont endommagé 1 325 hectares de forêts. « Mais ces chiffres, qui frappent l'imagination, ne représentent pas les seuls dommages causés par les avalanches, et les catastrophes exceptionnelles ne sont pas les seules contre lesquelles il importe de se prémunir. « Chaque année, même dans celles où la neige est la moins abon- dante, de petites avalanches se produisent, qui recouvrent de pierres et de débris des parcelles de pâturages, ravinent des terrains jus- COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 275 qu'ici fertiles, entament des forêts, endommagent des voies de cir- culation, et par leur action répétée finissent par être un facteur important de la dégradation progressive des terrains en montagne et de la dépopulation des parties élevées du pays. « De bonne heure on a cherché à atténuer les effets des avalanches en les détournant des objets à protéger, à l'aide de barrages, ou en abritant ces objets au moyen de constructions spéciales, édifiées en amont ou au-dessus. « Mais les résultats de ces systèmes de protection étaient aléa- toires : la puissance des avalanches est telle qu'aucun obstacle ne peut souvent leur résister. En outre, on abandonnait ainsi sans défense toute la zone de terrain située entre le point de départ de l'avalanche et l'objet protégé. Ce terrain se ravinait et se dégradait toujours plus, toute végétation finissait par en disparaître, en même temps que la terre végétale venait s'accumuler avec d'autres débris sur le cône de déjection de l'avalanche. « Aussi l'idée surgit-elle bientôt de ne pas se borner seulement à ariêter ou à détourner des avalanches déjà en mouvement, mais d'empêcher leur formation ou tout au moins de diminuer dans la mesure du possible leur volume et leur vitesse, en établissant dans le haut des pentes qu'elles ravagent et au lieu même de leur forma- tion, des travaux à intervalles serrés, destinés à retenir la neige en place et à s'opposer à la tendance naturelle qu'elle a de glisser le long des pentes. 11 fallait chercher à consolider les masses de neige et à en empêcher le décrochement. Les ouvrages à établir peuvent être horizontaux (fossés, bennes, banquettes et ponts de neige), ou verticaux (pilotis, palissades, râteliers et barrages). « Quel que soit le type adopté, on ne considère en Suisse les tra- vaux de défense proprement dits que comme une partie accessoire du plan général d'endiguement d'une avalanche où on fait à la forêt une place importante. C'est la forêt qui doit fournir la protection durable et absolue partout où cela est possible. Les autres travaux n'ont pour but que de la mettre elle-même à l'abri lorsque le point de départ des avalanches est au-dessus de la limite supérieure des forêts, ou de lui permettre d'atteindre une force de résistance et un âge suffisants pour s'opposer avec succès, et par ses seuls moyens, à 276 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE la formation de: intérieur môme. la formation des avalanches dans son voisinage immédiat ou à son « Pour qu'un plan d'endii^uement d'avalanche élahli sur ce prin- cipe puisse déployer son 'effet, il importe de déterminer aussi exac- tement que possible le point de départ et le mode de formation de l'avalanche, ainsi que le chemin suivi par elle. Cela est d'autant moins facile que ces éléments sont sujets à varier souvent avec la quantité de neige et avec les conditions atmosphériques. c( En tout cas l'observation directe, sur les lieux et à l'époque même de la chute des avalanches, sera toujours à recommander. Les résultats obtenus à ce point de vue par M. Pollack {Ueber Erfah- rimgen ini Lawinenverbau in Oesierreich) prouvent surabondam- ment l'utilité de ce mode de faire ; le développement des sports de montagne en hiver, et l'usage de plus en plus répandu du ski, ren- dront au reste cette observation toujours plus facile. c( La photographie, surtout la téléphotographie, rendra aussi de précieux services et permettra souvent de déterminer à distance, et avec une précision suffisante, le point de départ d'une avalanche et le chemin qu'elle a suivi. « On peut enfin employer avec profit les procédés en usage pour l'étude du mouvement des glaciers et placer en automne dans le bassin de formation et dans les couloirs d'avalanches à endiguer, soit des jalons, soit des pierres ou des pilotis de bois numérotés et colorés, dont on repère soigneusement la position et qu'on recherche au printemps suivant. « L'emploi sinmltané et répété de ces divers procédés d'investiga- tion permettra d'obtenir des renseignements très complets. (( Le périmètre à endiguer une fois bien déterminé, on peut passer au piquetage des travaux à exécuter. « Ce piquetage ne peut se ftiire que sur place ; il importe en effe de tenir compte des moindres sinuosités du terrain et des plus petits changements de relief qu'un plan, même détaillé, ne peut pas repro- duire. « Toutefois, lorsqu'il s'agit d'un bassin de formation très étendue, à relief peu accentué, présentant plusieurs petites dépressions peu COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 277 marquées qui s'enchevêtrent les unes dans les autres, l'établissement préalable d'un plan spécial à l'échelle du 1/1 000* au 1/5000' avec courbes de niveau à 5 ou 10 mètres, épargnera bien des tâtonne- ments et des erreurs, mais ne saurait suppléer à l'examen détaillé des lieux et au piquetage raisonné sur le terrain. « En procédant au piquetage des travaux, on se fera une opinion sur l'importance des résultats à attendre de leur exécution et on mettra en regard de l'évaluation des dégâts causés par l'avalanche le coût de son endiguenient. « A ne prendre en considération que le préjudice direct causé par l'avalanche et que les dégâts matériels immédiatement évaluables qu'elle cause, il pourrait arriver qu'on hésite à mettre en chantier des travaux dont l'effet bienfaisant ne peut pourtant pas être mis en doute. « Cependant on ne saurait taxer trop haut l'effet moral qui décou- lera de l'exécution de ces travaux : le sentiment de sécurité qui pénétrera les populations et la certitude donnée aux montagnards que leur existence n'est plus, durant toute la mauvaise saison, à la merci de quelque catastrophe imprévue. Il ne faut pas oublier non plus que chaque hectare de terrain qu'on reconquiert sur l'alpe inculte ou dont on empêche la dégradation prochaine, est une .res- source nouvelle assurée au pays, si ce n'est pour l'instant présent tout au moins pour les générations à venir. « Les subsides alloués aux travaux de ce genre ont permis de donner à ces derniers facteurs toute l'importance qu'ils méritent ; aujourd'hui surtout, alors que, d'après la nouvelle loi fédérale de 1902 concernant les forêts, la Confédération contribue pour 50 à 80 "!„ des dépenses à l'établissement des ouvrages de défense qui abritent les forêts protectrices contre les avalanches. A celte parti- cipation fédérale vient s'ajouter en outre le subside des cantons, qui varie suivant les cas entre le 10 "/o et le 50 "/n des dépenses, en sorte que les premiers intéressés — communes ou particuliers — peuvent être exonérés de toute contribution, ou ne participent en tout cas que pour une part minime au coût de ces travaux, destinés avant tout à protéger leur vie, leur sol natal et leurs biens. « Le nombre des endiguements d'avalanches exécutés est déjà au- 278 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE jourd'hui considérable et il va en croissant sans cesse. Les résultats obtenus sont assez probants pour qu'on puisse dire, d'une manière générale, qu'il vaut la peine d'endiguer une avalanche alors même que le coût du travail sera élevé, non pas seulement s'il s'agit de protéger des bâtiments habités ou des voies de communications im- portantes, mais même alors qu'il s'agirait simplement d'empêcher la dépréciation de terrains cultivables ou la diminution de la super- ficie du sol fertile d'une région, ou alors qu'il s'agirait d'endiguer une avalanche qui menace d'entamer ou de détruire avec le temps, des forêts dont le rôle prolecteur est évident. « Pour ne pas décourager les bonnes volontés et pour ne pas dila- pider inutilement les ressources dont on dispose, il importe cepen- dant de déterminer le minimum de dépenses et de travaux compa- tibles avec le but à atteindre. « Les économies ne doivent pas être cherchées dans une réduc- tion de l'étendue du périmètre à endiguer, — cette étendue résulte d'un état de fait qu'il n'est pas en notre pouvoir de modifier — mais nous devons chercher quel est le genre de travaux le plus écono- mique à adopter et quel est le profil le plus réduit ainsi que l'écar- tement maximal entre les ouvrages, offrant encore des garanties suffisantes. « Ceci est, dans l'état actuel de la science, beaucoup plus affaire d'expérience que matière à calculs. Trop de facteurs influent sur la formation des avalanches et leur enchevêtrement est trop complexe, pour que nous puissions déterminer le coefficient d'importance à attribuer par exemple à la pente, à la nature du sol, aux conditions atmosphériques du moment, à la chaleur solaire, aux infiltrations d'eau ou au mode de répartition des précipitations aqueuses. « Nous ne pouvons déterminer quelles sont les conditions d'équi- libre assurant la stabilité des masses de neige à un endroit donné et nous ne pouvons dire à quel moment ou à la suite de quelles cir- constances, cet équilibre étant rompu, l'avalanche se formera. « Nous ne pouvons donc pas calculer exactement quelle est la poussée à. laquelle les ouvrages à consiruire doivent pouvoir résister. « En revanche nous pouvons, grâce à l'expérience acquise, nous faire une idée suffisamment exacte des principes à mettre à la base COMPTE RENDU DU VIll" CONCtRÈS INTERNATIONAL 279 d'un projet d'endigiiement d'avalanches, pour que les garanties de succès soient absolues ou tout au moins pour qu'en cas d'insuccès partiel et momentané, ceux qui ont pris la responsabilité de l'entre- prise ne puissent être accusés ni d'imprévoyance, ni d'imprudence. « Le but auquel on tend en faisant des travaux d'endiguements d'avalanches est de fixer, dans la mesure du possible, la neige là où elle est tombée et de l'empêcher de glisser. 11 faut s'opposer à ce que la couche de neige dont on redoute le décrochement, ne fasse plus corps avec le sol même (avalanche de fond) ou avec une couche de neige inférieure (avalanche superficielle). On y arrive en donnant à la surface unie sur laquelle la neige a une tendance à couler, un relief aussi irrégulier que possible et en y élevant des aspérités arti- ficielles, où la neige rencontre autant de crans d'arrêt qui lui four- niront un appui. « Les ouvrages exécutés doivent diviser la masse neigeuse en tronçons indépendants, reposant chacun sur une base solide. (s. On peut admettre qu'une pente régulière, transformée en une série d'échelons ou de terrasses, ne pourrait plus être le siège d'ava- lanches, à condition toutefois que la stratification de la neige se fasse parallèlement à la base sur laquelle elle repose, ce (jui n'est cependant pas nécessairement le cas. Partout donc où une avalanche pourrait prendre naissance, on soutiendra la masse de neige au moyen de banquettes, de barrages ou d'autres ouvrages analogues, dont l'effet sera de rapprocher d'une surface plane ou d'une succes- sion de surfaces planes la base sur laquelle repose cette neige. L'ac- tion de la pesanteur est ainsi annihilée. « Le but recherché ne peut être atteint que par des ouvrages à intervalles serrés et le résultat peut être considéré comme acquis, si on a réussi à retenir assez de neige pour que les masses situées en aval et qui viendraient à être entraînées, ne puissent plus acquérir une vitesse assez grande pour nuire. « Le volume des masses de neige entraînées sera au reste tou- jours bien inférieur à ce qu'il serait si des travaux de défense n'avaient pas été exécutés, car derrière ces travaux, les couches pro- fondes de neige sont tassées et compactes et ne se laissent pas faci- 280 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE iemeiit entamer par nue avalanche venue de plus haut, qui reste ainsi à l'étal d'avalanche superlicielle. « En ce qui concerne la répartition des ouvrai^es dans le péri- mètre à endiiiuei", il faut se rappeler que la pression exercée par la iieij^e est surtout forte dans les combes et les iiori^es, même les moins marquées, en sorte que les travaux seront, la surtout, solides et rapprochés. Sur les arêtes, sur les saillies, on pourra souvent en revanche les supprimer complètement. (( Sur les pentes uniformes les travaux se ranjieront en (juinconce, une rangée couvrant toujours les espaces libres entre les travaux de la raui^iée supérieure, tandis que sur les pentes vallonnées, les tra- vaux se concentreront dans les dépressions du terrain, où la neige est chassée par les vents, où son poids se fait surtout sentir et où les eaux s'accumulent. « Il pourra être parfois nécessaire d'exécuter certains travaux en dehors du bassin de formation de l'avalanche, afin de retenir la neige, de couper les vents et d'empêcher qu'ils n'accumulent, dans le périmètre même sous forme de gonfles ou dans son voisinage immédiat sous forme de corniches, la neige qu'ils soufflent devant eux. On établira dans ce cas, en arrière des points où se forment ces accumulations, des ouvrages verticaux — murs ou palissades — qui auront en général 1'"50 à 2 mètres de hauteur et devront en tout cas être assez hauts pour que la neige ne s'envole pas par-dessus. « L'espacement des travaux variera naturellement avec le type adopté, car l'effet utile d'un travail dépend avant tout de sa hauteur, soit de la mesure dans laquelle l'ouvrage fait saillie en dehors et au- dessus du sol. « L'effet des travaux horizontaux est en revanche en proportion de leur largeur seulement. Ces ouvrages seront par conséquent éta- blis à intervalles plus serrés que les ouvrages verticaux. La distance entre les travaux dépendra encoie, au reste, de la pente, de l'expo- sition, de l'abondance de 1 a;, neige, de l'existence ou de l'absence d'avalanches superficielles, de la fréquence et de l'impoilance des glissements observés. Elle doit être telle que la vitesse acquise par la neige glissant entre deux rangées d'ouvrages ne dépasse pas la puissance de résistimce de ceux-ci. COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 281 « La pente artilîcielle créée entre le pied d'un ouvrage et le cou- ronnement de l'ouvrage situé en aval ne doit pas dépasser l'incli- naison assurant à la neige une stabilité complète, étant donné l'état superficiel du terrain. « En ce qui concerne la hauteur des ouvrages, nous venons de voir qu'elle sera d'autant plus forte que l'espacement sera plus grand. « Cette hauteur sera aussi plus forte là où on ;i à redouter des avalanches superficielles, bien qu'on ait souvent pu observer que le profil en gradin occasionné par les travaux à la surface d'une couche de neige épaisse suffisait à empêcher tout glissement même dans les couches superficielles. « Il nous reste à voir encore le mode d'emploi et la valeur rela- tive des deux types de travaux en usage : travaux verticaux et tra- vaux horizontaux. « Les travaux horizontaux ont été les premiers employés. Leur effet a toujours été satisfaisant. Sans doute, celui des barrages est encore plus complet, surtout lorsqu'il s'agit d'avalanches superfi- cielles, mais néanmoins les travaux horizontaux suffisent en général pour retenir et diviser la masse de neige et pour lui donner une fixité satisfaisante-. « Les fossés sont aujourd'hui complètement abandonnés ; ils occa- sionnent trop facilement des glissements et des éboulements ensuite des accumulations d'eau qu'ils favorisent. On les remplace avanta- geusement par des bermes ou banquettes. « Celles-ci peuvent être établies entièrement en déblai et consister simplement dans des saignées pratiquées dans le talus, ou bien elles peuvent être soutenues en aval par des murs de soutènement en maçonnerie sèche, cela surtout sur les pentes très escarpées et là où le terrain serait exposé à des affaissements. « Dans les terrains rocheux, on peut donner à ces ouvrages une largeur de i à 2 mètres : ce sont alors des banquettes. Les bermes, en revanche, auxquelles on évitera de donner plus de 60 à 80 centi- mètres de large, s'emploient en combinaison avec des ouvrages ver- ticaux, ou bien seules, mais dans les sols profonds et mouillants. « Un peu délaissés. i)endant longtemps, les ouvrages horizontaux "282 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE retrouvent aujourd'liui un ici^ain de laveur ensuite de l'impossibililé dans ]a(jiielle on est souvent do trouver les matériaux nécessaires à l'établissement de murs sufilsamment résistants el d'un entrelien qui ne soit pas trop onéreux, ainsi que de la nécessité qu'il y a à adopter des types d'ouvrages dont le prix de revient ne soit pas trop élevé lorsque les avalanches à endiijuer ont un bassin de formation très étendu. « Le modèle type est la banquette de 1 mètre à l'"r)0 de largeur, faisant saillie en dehors de la ligne de pente et construite à cet effet moitié en déblai et moitié en remblai, le talus étant soutenu en aval au moyen d'un mur de soutènement en maçonnerie sèche, présen- tant un fruit de 20 "/o. « Il est recommandable de faire les banquettes courtes, car on peut mieux tenir compte ainsi des accidents du terrain et des sinuo- sités du relief. En même temps qu'on économisera du travail, on s'opposera mieux de cette façon à tout mouvement dans la masse de neige, ainsi qu'à des décrochements étendus. « L'écartement à adopter est, nous l'avons vu, chose éminemment variable : il y aura cependant en général danger à construire les ouvrages à plus de 2 mètres de distance verticale les uns des autres. « Le coût est aussi un élément des plus variables. Si dans le rocher une berme de 60 centimètres de large atteint le prix de 6 à 7 francs le mètre courant, une banquette en terre de r'50 de large ne coû- tera guère plus de 2'' 50. Large de 80 centimètres à i mètre et établie avec un mur de soutènement en maçonnerie sèche en aval, la banquette reviendra à 4 francs le mètre cube environ, en admet- tant 1 mètre cube de maçonnerie jtour 5 à mètres courants de ban(|uette. (( Les ponts de neige doivent être aussi ratti'chés au type des ouvrages horizontaux. Ils ont, comme eux, à résister à une poussée verticale et non à une poussée latérale. « Dans les parties très escarpées et rocheuses, là où on ne peut ni établir des banquettes, ni enfoncer des pilotis, les ponts de neige rendent de très grands services. Leur effet et leur durée sont cer- tainement plus grands que ceux des rangées de pilotis. « Les expériences faites permettent de dire que même avec des COMPTE RENDU DU VIll" CONGRÈS INTERNATIONAL 283 traverses de 50 à 60 centimètres ils peuvent retenir encore dans bien des cas, sinon toute la neige, au moins assez de neige pour que l'efîet qu'on attend d'eux soit pleinement atteint ; en général cependant on évitera d'adopter des espacements de plus de 20 à 30 centimètres. Les traverses devront être légèrement inclinées contre la montagne, leurs dimensions varieront naturellement suivant les conditions lo- cales : 10 à 15 centimètres de diamètre suffiront ordinairement. « Le coût des ponts de neige peut être évalué à S francs ou 3' 50 le mètre courant. « En général, en Suisse, on combine les travaux horizontaux et les travaux verticaux, en aménageant en amont de chacun de ces derniers, des bermes de 60 à 80 centimètres de large, exception- nellement des banquettes de 1 à 2 mètres, suivant la déclivité du sol et la nature du terrain. Cette combinaison donne plus de place pour le tassement de la neige, à laquelle on donne ainsi une assiette plus solide. « Les travaux verticaux se font dans ce cas sur la partie antérieure de la berme, mais cependant pas sur le sol remanié, a Les travaux verticaux s'exécutent en bois, en pierre ou en fer. Les ouvrages en bois les plus anciennement employés sont des pilotis plantés en rangées horizontales. Ils ne sont à conseiller que là où le sol est gazonné et profond et là où des travaux de longue durée ne sont pas absolument nécessaires, c'est-à-dire au milieu des reboise- ments et comme travail transitoire devant durer jusqu'à ce que la forêt soit assez résistante. « Etablir des rangées de pilotis au-dessus de la région des forêts est en général trop onéreux ensuite du coût des transports et de la durée limitée des pilotis qui entraîne à de fréquents remplacements. Les pilotis d'épicéa ne durent en effet guère plus de huit à dix ans, ceux de mélèze ou d'arole, quinze à vingt ans. « Les pilotis doivent avoir une longueur de 1"'60 à 1"'80. Étant donné qu'ils ont à résister à une poussée latérale, il faut les enfoncer aussi solidement que possible et il faut que la partie enterrée soit presque aussi longue que la partie au-dessus du sol ; la première aura 80 centimètres au moins, la seconde 1 mètre au plus. 284 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « Si on ne peut suffisamment enfoncer les pilotis, soit que le roc soit trop superficiel, soit qu'il se disloque, on pourra relier entre eux les pilotis d'une même rangée et on ancrera celle-ci en amont par ses deux extrémités. En général cependant on aura avantage, dans des cas de ce genre, à. préférer aux pilotis les banquettes ou les bermes. « L'inconvénient des rangées de pilotis, inhérent au reste à tous les ouvrages à claire-voie, est que leur effet n'est pas absolu. La neige peut, dans certaines conditions — manque de cohésion ou excès de plasticité — glisser à travers les interstices laissés entre les piquets. La neige compacte, en revanche, sera suffisamment fixée par des travaux de ce genre et, en tout état de cause, les masses de neige en mouvement subiront toujours un ralentis- sement. « Les rangées de pilotis seront établies à des distances plus rap- prochées que celles admises pour des murs ; il ne sera pas prudent de les placer à plus de 3 à 4 mètres de distance verticale les unes des autres, alors même qu'elles seraient accompagnées de bermes. « On évitera d'écarter de plus de GO centimètres les pilotis, et il sera même parfois indiqué de les rapprocher jusqu'à 80 centimètres ; leur épaisseur moyenne sera de 15 centimèti'es. On peut admettre qu'un pilotis revient à 50 ou 60 centimes, à quoi il conviendra d'ajouter les frais d'établissement de la berme. « Les autres ouvrages en bois en usage dans d'autres pays : râte- liers, palissades, barrières, etc., n'ont guère été employés en Suisse, si ce n'est à titre exceptionnel. Tous ces types d'ouvrages ont le défaut d'avoir une force de résistance très limitée et des pressions latérales considérables à supporter. Il est nécessaire, en conséquence, d'ancrer en amont des ouvrages de cette hauteur, ce qui est tou- jours une opération délicate et aléatoire. Aussi a-t-on cherché à augmenter l'effet des ouvrages verticaux en bois, soit en les rappro- chant, soit en les combinant à Ae^ ouvrages horizontaux et non en les surélevant. « Partout où on devra chercher à obtenir pour les ouvrages isolés un maximum de résistance, on emploiera les barrages en pierre, qui permettent seuls aussi une surélévation des types généralement admis. COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 285 On emploiera encore ce mode de construction pour les travaux exé- cutés au-dessus de la région des forêts ainsi que dans les rochers et là où les pilotis seraient exposés à des chutes de pierres. (( Le barrage de pierre restera toujours le type d'ouvrage à préfé- rer, car c'est lui qui offre le plus de garanties, surtout contre les avalanches superficielles. ' « On posera toujours en principe qu'il vaut mieux les construire rapprochés, mais de hauteur relativement faible — 2 mètres au maximum — si on ne veut pas être entraîné à adopter des profils tels que le coût du travail ne devienne trop considérable. « Le 'profil type admis en Suisse est le mur de 60 à 80 centi- mètres de largeur en couronne avec fruit de 20 à 25 °/„ en aval. La hauteur moyenne est de 1 mètre au-dessus de la pente naturelle du terrain en amont. , « La couverture du mur sera, si possible, faite de dalles couchées, sinon de mottes de gazon. Le couronnement sera légèrement incliné du côté de la montagne. Dans les pentes rapides on réduira le fruit aval au 10 °/o, afin d'avoir pour une largeur donnée en couronne, une^ largeur moindre à la base et par conséquent une emprise moindre à entailler dans la montagne. (( Les fondements auront en général de iO à 15 centimètres de profondeur en aval ; mais dans des sols mouillants et profonds, ils devront être creusés à 80 centimètres ou même 1 mètre de pro- fondeur, pour assurer au mur une stabilité suffisante. On les incline légèrement du côté de la montagne. Dans les gorges ou les dépres- sions un peu marquées, on aura soin de laisser au pied des murs des ouvertures pour permettre à l'eau de s'écouler. <.( Il faut éviter de donner aux murs une grande longueur si ce n'est sur les pentes unies, et là encore on se rappellera toujours qu'avec des ouvrages de faible longueur on se plie plus facilement aux exigences du terrain et on divise bien mieux les masses de neige. Il est vrai que, dans ce cas, on multiplie le nombre des ailes, qui sont toujours des points faibles, mais on a suffisamment de moyens propres à les consolider de telle sorte qu'elles ne puissent être emportées, soit qu'on les construise en plus gros matériaux, soit qu'on utilise le ciment si la pierre est mauvaise, soit enfin qu'on 286 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE renforce là le profil du mur en diminuant par exemple le fruit adopté pour le reste de l'ouvrage. « Est-on obligé de faire un mur un peu long, il est alors à recom- mander d'établir tous les 10 mètres des éperons en amont, pour couper la masse de neige exerçant ime poussée sur l'ouvrage. « La distance verticale entre les murs est excessivement variable ; elle peut être fixée en moyenne à 10 ou 15 mètres, mais sera, sui- vant les cas, réduite même à 2 mètres. Si on prend comme point de comparaison la hauteur utile du mur, soit la hauteur dont il fait saillie au-dessus du sol en amont, on peut dire (pie la distance verti- cale entre deux murs peut varier entre deux et dix fois et sera en moyenne cinq à sept fois cette hauteur. « Le coût de ces ouvrages peut être fixé en moyenne à 8 francs le mètre cube ; il variera cependant entre 5 et 12 francs, ou même plus. « Si les conditions topographi(jues obligent à employer des profils plus considérables que ceux ordinairement en usage, on pourra rem- placer les murs pleins par des cadres en maçonnerie sèche, formés de deux murs hauts de 2 mètres en amont et larges de 60 centi- mètres, laissant entre eux un espace libre de 2 mètres, dans lequel on entassera des pierres et de la terre et au-dessus duquel on établit un bon terrassement lalulé, gazonné soigneusement et retenu en place par des pieux et des fiches traversant l'ouvrage dans toute sa hauteur. Ces barrages peuvent ainsi avoir une largeur de 3 mètres et une hauteur de 2 à 3 mètres au-dessus du sol. Leur coût est beau- coup moins élevé que celui d'un mur en maçonnerie sèche de mêmes dimensions. Leur résistance est considérable. « Si le bois et surtout la pierre constituent les matériaux les plus fréquemment employés dans l'établissement des travaux d'endigue- ment, il peut cependant arriver qu'on soit obligé d'utiliser le fer, par exemple lorsqu'on n'a pas de bonnes pierres, lorsque la penle est trop rapide pour pernKiltre d'établir des bermes ou qu'elle exigerait l'établissement de rangées de pilotis trop rapprochées, enfin dans les rochers, lorsqu'on ne peut enfoncer suffisamment ces pilotis. (( On utilisera généralement dans ces cas des fers Zorès, ancrés dans le rocher, consolidés avec du ciment et dont les dimensions et COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 28Î l'écartement seront les mêmes que ceux des pilotis employés dans, des conditions semblables. « A cette exception pi'ès, l'emploi du fer utilisé dans quelques cas spéciaux sous forme de rails ou de fers à T pour des montants de râteliers ou de palissades ou pour des supports de pont de neig:e^ n'est pas entré dans la pratique courante. « Nous avons déjà dit qu'en Suisse, le reboisement aussi complet que possible du périmètre rais en élat de défense et de la zone par- courue par l'avalanche, était la règle. « Là où le reboisement n'est pas possible, le regazonnement de tous les endroits susceptibles de recevoir une couverture végétale, spécialement aussi de tous ceux où la couverture du sol a été enlevée et déchirée pour l'exécution des travaux, est à recommander ainsi que l'interdiction du parcours. L'herbe forme bientôt un feutrage qui maintient la terre meuble, absorbe l'eau et supprime ainsi une des causes les plus fréquentes de formation des avalanches. « Quant au reboisement, il s'exécutera de préférence par planta-- tion en ayant soin de profiter de tous les abris existants : rochers,, blocs isolés, vieilles souches, etc., pour y placer les plants. « Les creux devront être grands et les" plants solidement mis en terre au milieu. En posant devant chaque plant une pierre plate dq dimensions suffisantes, on facilitera la conservation de l'humidité dans le sol et on empêchera que le plant couché par la neige en. hiver, ne soit en contact direct avec la terre ; il ne sera pas exposé à la pourriture et se relèvera plus vite au printemps. Des reboise- ments exécutés ainsi ont réussi encore à 2400 mètres d'altitude et plus. « Conclusions. — 1" Le procédé d'endigiiement d'avalanches qui donne le maximum de garanties est l'endiguement complet du bas- sin de formation de l'avalanche, au moyen d'ouvrages exécutés à intervalles serrés ; « 2° 11 vaut la peine d'endiguer une avalanche et la dépense n'est en général pas disproportionnée avec le résultat à obtenir, si le pohit de départ de l'avalanche n'est pas à plus de 2500 ou 3000 mè-. 288 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE très d'altitude et si rendiguement ne présente pas de difficultés tech- niques spéciales. c( Dans des cas de ce genre, on peut endiguer même les avalanches qui ne feraient que menacer des forets protectrices ou dégrader des alpages et, à plus forte raison, celles qui menaceraient des habita- tions ou mettraient en danger des voies de communication ; « 3" Étant donnée l'importance économique de ces travaux, il semble équitable que les gouvernements en facilitent l'exécution aux premiers intéressés, en participant dans une large mesure aux dépenses qui en résultent; « 4." Les barrages en maçonnerie sèche, de 80 centimètres à 1 mètre d'épaisseur en couronne et de 1 à 2 mètres de hauteur utile en amont, sont les ouvrages à préférer dans la règle ; « 5" Les ouvrages en bois et les ouvrages à claire-voie ne doivent être employés que dans des cas spéciaux ou lorsqu'il n'est pas néces- saire d'avoir des ouvrages permanents ; « 6° On combinera toujours les ouvrages verticaux avec des ouvraoes horizontaux, en réservant une berme de 60 centimètres à 1 mètre en amont de chaque ouvrage vertical, partout où cela sera possible ; « 7° Là où la pierre est rare ou de mauvaise qualité, ainsi que là où la neige n'atteint guère une épaisseur de plus de 1 mètre, soit ensuite de la déclivité du sol, soit ensuite de l'exposition, on rempla- cera sans inconvénients les murs par des banquettes de 1 mètre à i'°bO de largeur en moyenne, ou bien on alternera judicieusement les ouvrages verticaux et les ouvrages horizontaux. Les ouvrages seront dans ce cas plus rapprochés que si l'endiguement ne com- porte que des murs ; (( 8" Le reboisement aussi complet que possible du bassin de for- mation de l'avalanche et du terrain qu'elle balaie, ou le regazonne- ment de cette zone est un complément indispensable des travaux d'endiguement. » SECTION YI INDUSTRIES AGRICOLES ET FORESTIÈRES — INDUSTRIES DU SUCRE, DE L'ALCOOL, DE LA FÉCULE, DE L'HUILE — BRASSERIE ET MALTERIE La section VI a eu à discuter les questions suivantes : I — Sucre de canne et sucre de betterave ; rapports entre leur production Rapporteurs : MM. Lippm\nn, directeur de la raffinerie de Halle ; Strohmer, conseiller de gouvernement à Vienne. Voici les conclusions de leurs rapports : Conclusions Lippmann. « Le développement de la production du sucre colonial, surtout sous l'influence des bonifications américaines, est un danger sérieux pour la sucrerie indigène de l'Europe ; il faut absolument que celle-ci commence à s'organiser, en premier lieu dans les pays producteurs, et plus tard par voie internationale. » Conclusions Strohmer : « Attendu qu'une concurrence plus prononcée du sucre de canne vis-à-vis du sucre de betteraves n'est nullement impossible dans un avenir plus ou moins rapproclié, et pour prévenir son influence nui- sible sans doute à la production de la betterave, il est nécessaire d'avoir recours à tous les moyens pour augmenter la consommation ANN. SGIENlIE ACJltON. — 3* SLRIE — 1908 T 19 290 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE du sucre. De plus, il faut arriver à une ulilisaLioii aussi ratioiuiellc que possible des déchets du travail des betteraves et enfin c'est le de- voir de tous les organes agricoles compétents d'encourager la culture de graines de betteraves par tous les moyens dont ils disposent. » II — Importance agricole des déchets de l'industrie sucrière Rappoi'Ieurs : MM, le D"' von Werther, propriétaire de sucrerie à Prague; Stift, à Vienne. La conclusion du premier rapport est celle-ci : « Pour la fabrication des fourrages de mélasse, on. n'emploiera et ne garantira que les substances nommées, de digestibilité connue et de qualité irrécusable. « Sera considérée comme fraude toute addition de substances de qualité inférieure, dont la présence devra être constatée par Texamen microscopique. « L'acheteur a le droit d'exiger du vendeur, comme indemnité, des denrées conformes à celles qui ont été garanties, ou bien il peut refuser toute livraison ultérieure, comme si aucun marché n'avait été conclu. (( Le vendeur garantira en outre la teneur en substances azotées organiques, graisse et sucre; déduction sera faite du manque cons- taté dans la teneur, comme pour les fourrages énergiques introduits dans le commerce. La teneur en eau ne devra pas dépasser 18 "/o. » Voici celle du rapport de M. Stift : « L'industrie du sucre, étant la plus grande des industries agi-icoles, fournit dans sa fabrication une quantité tout à fait considérable de résidus qui, dans leur totalité, j)roiitent à l'agriculture sous forme de produits d'alimentation pour le bétail; toutefois, il faut en excepter les limons de séparation ou de saturation. « La plus grande quantité de ces résidus foiment les matières de diffusion extraites par lixiviation, dont le total monte à 35 ou 40 "/o du poids des betteraves traitées. COMPTE RENDU DU VIII* CONGRES INTERNATIONAL 291 « Cette grande quantité ne pouvant être immédiatement con- sommée, il faut que les matières de diffusion soient gardées dans des fosses ou mises en meule par des procédés de conservation, opération qui entraîne une grande perte des matières nutritives. « Les efforts tentés pour convertir, au moyen de la dessiccation, les matières de diffusion obtenues par lixiviation en une matière de con- serve alimentaire de composition et de valeur nutritives immuables ont, techniquement, parfaitement réussi, de sorte que cette question peut être considérée comme résolue. « Dans les tout derniers temps, s'est manifesté aussi le désir de purifier les résidus riches en sucre pour alléger ainsi le débouché du sucre, par suite contribuer à la prospérité de l'industrie sucrière, rendre possible une réalisation de prix plus considérable pour la bet- terave et enfin obtenir la disparition de l'excès gênant des eaux des sucreries. « Les procédés que l'on peut considérer ici, c'est-à-dire les pro- cédés d'échaudement, d'après Steffen, ceux de diffusion, d'après Pfeiffer et Claassen, de même que les procédés de diffusion par la presse, d'après Hyross-Rak, doivent être admis comme technique- ment résolus. « A côté des matières de diffusion, extraites par lixiviation, il faut citer les feuilles et les têtes de betteraves dont la quantité est si con- sidérable que l'on doit en conserver la plus grande partie en les en- silant. La question de dessiccation de cette matière dépend de diffé- rents facteurs et ne paraît pas encore résolue d'une manière assez convenable pour répondre à la satisfaction de tous. « Le limon de séparation ou de dessiccation trouve un emploi des plus variés en qualité d'engrais et doit être considéré et apprécié comme engrais calcaire. » « III — Par quels moyens la consommation du sucre peut-elle être augmentée? Rapporteurs : MM. Saill.vrd, directeur du laboratoire du Syndicat des fabricants de sucre à Paris ; K. Egeu, directeur à Auschitz. 292 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Nous insérons m extenso le rapport de M. SAiLL\RD et les vœux formulés par la section. (( C'est sur la demande du comité d'organisation du VHP Congrès international d'agriculture que je viens soumettre à vos délibéra- tions une question toute d'actualité : c'est à savoir quels sont les moyens qui sont propres à augmenter la consommation du sucre. « Je n'entrerai point dans le détail des conditions économiques qui règlent l'industrie sucrière en général : je veux simplement indi- quer ce qui a été fait en France dans cet ordre d'idées. « Je rappelle d'abord que la production du sucre dans le monde s'est à peu près quadruplée pendant les trente dernières années. (' Voici les différentes étapes qu'elle a parcourue : 1870 2 000 000 tonnes 1880 3 1)00 000 — 1890 6 250 000 — 1000 9 600 000 — 1905 10 086 000 — « Il est évident que la consommation a suivi sensiblement la même progression. c En France, nous sommes allés relativement moins vite, sans doute parce que l'impôt sur le sucre a été, à certains moments, très élevé. « Voici, comme preuve, quelques chiffres extraits de nos statis- tiques : 1870 288 000 tonnes 1880 317000 — 1890 423 000 — 1000 453 000 — 1905 583 000 — (f Comme on le voit, la consommation française s'est doublée en trente-six ans. (( Ce qu'il faut surtout noter, c'est l'augmentation (jiii s'est pro- duite pendant les deux dernières années. (I De 1900 à 1903, la consommation annuelle movenne s'est éle- COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 293 vée à 435 000 tonnes (chiffre rond). Pendant les deux dernières années, la moyenne a été de 560 000 tonnes. Cela représente une augmentation de 125 000 tonnes, soit d'environ un tiers. « J'ai laissé de côté les années 1903 et 1904, qui marquent la tiansition entre deux législations sucrières. « Quelles sont donc les causes qui ont agi d'une façon si efficace en si peu de temps? « Elles sont de deux sortes : il y a des mesures législatives et des moyens employés par l'initiative privée. Je crois que ce sont les premières qui ont été les plus puissantes. (( a) Mesures législatives. — 1° A la suite de la convention de Bruxelles, le parlement français a voté, le 29 janvier 1903, une loi portant qu'à partir du 1'"' septembre 1903 l'impôt sur le sucre, qui était de 60 à 64 francs, serait abaissé à 25 et 27 francs. « 2° En présence des essais concluants qui ont été faits en France et à l'étranger sur l'alimentation par le sucre, une loi nouvelle est intervenue qui règle l'emploi du sucre dans l'alimentation du bétail. C'est la loi du 5 juillet 1904. Elle porte que les sucres polarisant moins de 95" (au saccharimètre) et les sirops de turbinage seront i ndemnes d'impôt s'ils sont employés comme fourrages, à la condi- tion toutefois qu'ils aient été dénaturés au préalable. « Le mode de dénaturation admis est celui-ci : « A 100 kilos de sucre ou de sirop mélanger 20 kilos de sel marin et 20 kilos de poudres de tourteaux oléagineux, d'issue de céréales, de cossettes desséchées de betteraves, de tourbe, de guanos de pois- sons, etc. « 3° Le même jour, c'est-à-dire à la date du 5 juillet 1904, était votée également l'exonération des droits sur les sucres employés en brasserie, sous certaines réserves qui sont prévues par un règlement d'administration publique. « b) Efforts de l'initiative privée. — Le Syndicat des fabricants de sucre, grâce à l'initiative de son président, M. Viéville, a fait de réels efforts pour seconder l'œuvre législative. Je me contenterai de les indi(]uer dans leurs grandes lignes. 294 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « 1" Il a organisé des concours de confitures, gelées, marme- lades, sirops, etc., et d'appareils de préparation de ces produits. « Le premier a eu lieu à Laon (Aisne), en 1904, sous la présidence du maire de la ville et avec le concours du comice agricole et de la presse laonnoise. « Le syndicat avait mis à la disposition du jury, pour être distri- bués en récompenses, l 000 kilos de sucre cristallisé. « Les concurrents devaient indiquer, dans une note, le mode de préparation des produits exposés par eux. « Une fois le concours terminé, les modes de préparation des pro- duits primés ont été publiés, aussi bien dans les journaux agricoles que dans les journaux politiques de la région. « Des concours semblables ont (Hé organisés déjà dans un bon nombre de départements français. On en organise encore mainte- nant. Toujours, le Syndicat des fabricants de sucre, (juand il s'agit d'un concours qui a lieu pour la première fois dans un département, donne 500 ou 1 000 kilos de sucre cristallisé pour être distribués en récompenses. Toujours il demande que les « recettes » des produits primés soient livrées à la publicité. « Les sociétés agricoles s'intéressent de plus en plus à ces con- cours en donnant des médailles pour les lauréats. Quelquefois, elles en organisent elles-mêmes. « Nous avons eu aussi, l'année dernière, un grand concours de confitures, gelées, marmelades, organisé par un journal parisien éminemment populaire, le Petit Journal. Ce concours était présidé par M. Viger, ancien ministre de l'agriculture. « Le Syndicat des fabricants de sucre avait mis à la disposition du Petit Journal 10 000 kilos de sucre cristallisé, et le Syndicat des raffîneurs, 5 000 kilos de sucre raffiné. Près de trois mille concur- rents s'étaient fait inscrire. « L'impulsion est maintenant donnée, et il est bien certain qu'elle gagnera tous les départements, entraînant aussi les sociétés agri- coles, les sociétés horticoles, car il y a beaucoup d'arbres fruitiers en France et il y aurait grand intérêt à utiliser en confitures leurs produits qu'on ne mange pas à l'étal de fruits. « 4° Le Syndicat des fabricants de sucre s'efl'orce par d'autres COMPTE RENDU DU VUT CONGRÈS INTERNATIONAL 295 moyens d'appeler l'attention du public sur la préparation des confi- tures. En 1906 par exemple, il a publié dans quelques grands jour- naux quotidiens très répandus l'annonce suivante : Avis aux ménagères « Le sucre est à bon marché, les fruits abondent. « Faites des compotes et des confitures. « Le sucre n'est pas seulement un dessert. « Associé aux fruits, c'est le plus économique, le plus sain et le « plus énergique de tous les aliments. « Faites-en le complément de votre alimentation habituelle : « 1 gramme de sucre nourrit autant que 2 grammes de viande. » « 3" Il a fait, en outre, des cartes postales illustrées dont un cer- tain nombre ont été données aux membres du syndicat, afin qu'ils puissent les distribuer à leurs fournisseurs de betteraves. Elles peu- vent servir pour la correspondance. J'y reviendrai un peu plus loin. « -4° Il a fait également une affiche-réclame en faveur du sucre cristallisé. Cette affiche a été envoyée à toutes les épiceries quelque peu importantes. Derrière l'affiche sont inscrits les noms et adresses de tous les membres du syndicat qui font du sucre cristallisé. « 5" A l'heure^actuelle, les sports sont très en honneur en France, et des concours de marche ont été organisés à plusieurs reprises. Le Syndicat des fabricants de sucre a fourni le sucre nécessaire pour faire des essais sur l'entraînement avec sucre et l'entraînement sans sucre : témoins, la marche des transports, la marche des chemins de fer, la marche de l'armée, etc. « 6" Quelques auteurs qui ont voulu faire des publications sur les propriétés alimentaires du sucre ont trouvé un appui pécuniaire auprès du syndicat. « Le syndicat ne s'est pas seulement occupé de la consommation humaine, l'alimentation du bétail par le sucre a retenu aussi son attention. « En rassemblant les principales données qui ressortent de nom- breuses expériences d'alimentation faites en France et à l'étranger, il a publié une courte brochure : Le Sucre et la mélasse dans l'ali- mentation du bélailj à la portée de tous. Elle a été tirée par le syn- 296 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE dicat à vingt-cinq mille exemplaires. On la vend au prix coûtant. Beaucoup de fabricants en donnent un exemplaire à leurs fournis- seurs de betteraves. A certains journaux qui voulaient l'offrir comme prime à leurs lecteurs, on a fait des concessions de prix. « Tonjonrs dans le même but de propagande, le syndical a fait imprimer des affiches murales représentant deux troupeaux: l'un gros, nourri au sucre, l'autre maigre nourri sans sucre. « Un certain nombre d'affiches ont été données aux membres du syndicat avec charge de les placer à des endroits très visibles dans les communes de leur rayon betteravier. « Le syndicat a, en outre, contracté des abonnements avec certaines agences de publicité, de façon que ces affiches puissent être placées aussi dans les principales gares de nos réseaux de chemins de fer. « La chambre syndicale s'occupe même, en ce moment, d'étudier les moyens qu'on pourrait employer pour que le sucre-fourrage échappe aux variations de prix du sucre de bouche et puisse être vendu à peu près toujours au même prix. Ce point a une grande importance. « En plus du Syndicat des fabricants de sucre, il y a aussi quel- ques sociétés d'agriculture qui travaillent dans le même but, soit par leurs journaux, soit par des affiches placées dans les communes ou dans les cabarets, etc. « Chacun, dans la région belteravière, veut apporter sa pierre à l'édifice. « Le syndicat s'est également occupé du sucrage des marcs de pommes dans les années où les pommes sont peu abondantes, et il a publié à ce sujet une petite brochure : La Fabriculion du cidre et le sucrage, qui a été répandue à profusion dans les régions cidricoles. « La loi sur l'emploi du sucre utilisé en brasserie n'a pas été jusqu'ici très féconde en résultats, soit parce que le mode de dêna- turalion employé ne donnait pas satisfaction, soit parce que les for- malités pour la dénaturalion n't'taient pas toujours faciles à remplir. « Un pi'ojet de loi (jui sera discuté prochainemenl devant le Parlement mettra fin à cet état de choses. « On parle également de préparer des sucres dénaturés ((ui puis- sent servir pour l'alimentation des abeilles. COMPTE RENDU DU VIIl'' CONGRÈS INTERNATIONAL 297 « Enfui des conférences ont été organisées par le syndicat pour faire connaître les propriétés alimentaires du sucre. « Tels sont les moyens qui ont été employés jusqu'ici en France pour augmenter la consommation du sucre, quelques-uns sont de date trop récente pour qu'ils aient pu donner des résultatstrès appré- ciables. Il faut donc attendre quelques années pour pouvoir les juger. « Comme on le voit, je me suis borné, dans ce rapport, à indiquer ce qui a été fait en France; je crois avoir répondu ainsi au désir du comité d'organisation. » La section VI du Congrès international d'agriculture se prononce comme suit ; « i" Un. abaissement de l'impôt sur le sucre, surtout dans les pays où il est très élevé, est impérieusement exigé ; « 2° Il faut, et cela avec toute énergie, s'appliquer à écarter tous les obstacles qui résultent pour la consommation du sucre de l'ac- croissement des difficultés relatives aussi bien au transport des ma- tériaux bruts qu'à la circulation des produits achevés. . « En conséquence, il importe de fixer constamment le regard sur toutes les difficultés concernant les tarifs, le matériel et aussi les modalités du transport, et de provoquer au plus vite la suppression de ces difficultés, de manière que l'on pourvoie en tout temps au transport le plus avantageux des matériaux bruts dans les usines ainsi que du produit achevé sortant de celles-ci ; « 8" De temps à autre, il faut répandre dans la circulation des brochures et des feuilles volantes destinées à éclairer les masses, d'une rédaction aisée à comproidre, sur la grande importance du sucre dans le budget alimentaire journalier et tendant à dissiper les préjugés vis-à-vis de l'usage abondant du sucre. » IV — Classement des orges de brasserie au point de vue technique et agricole eu égard à leur taux d'azote Rapporteurs : MM. le D' Prior, directeur de l'académie de bras- serie autrichienne ; Hubert, directeur de la brasserie Schneider- Domek; D' Cluss, professeur à Vienne; D' W.vhl, directeur de la 298 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « Scientific station for Brewing » à Cliicai^o ; D' Bleisch, professeur à l'Académie bavaroise, à Weihenslephaii; D" Stockmeikr et Wolfs, à Nùrnberg. On voit, par le nombre et la qualité des rapporteurs, l'importance de cette question dans tous les pays où l'on fabrii|ue beaucoup de bière. Aussi, après les rai)ports du directeur HuBEr.T et du professeur Gluss, que nous reproduisons intégralement, nous donnerons les conclusions de tous les autres pour que le lecteur ail sous les yeux les opinions des principaux spécialistes : (( Il est un fait depuis longtemps connu des agronomes, que la maturation trop hâtive des céréales est corrélative d'une teneur élevée du grain en matière azotée, tandis que la teneur en amidon est plus faible. Dehérain cite à ce sujet les chiffres suivants concer- nant les blés : MOIS DE JUIIiIiET humide brûlant 1888 1889 Gluten 12,60 1?,30 Amidou 77,20 61,90 « Le fait s'explique aisément : l'accumulation de l'amidon dans les grains n'a lieu que tardivement et en l'espace de quelques semaines, à une époque où la nutrition azotée et minérale de la plante est déjà complètement achevée, et où celle-ci n'emprunte plus au sol que de l'humidité. Cette humidité vient-elle à faire défaut, la production de l'amidon est enrayée, et le taux de matière azotée contenu dans la récolte est d'autant plus élevé que celle-ci est moins abondante, et que les conditions climatérii|ues et la fumure avaient ét('' plus favo- rables à l'assimilation des substances nutritives du sol par la plante dans la première période de son développement. « L'été de 1893 s'est fait remarquer par une sécheresse excessive, celui de 1894 a été pluvieux. Le professeur Prior a signalé dans les orges bavaroises les teneurs moyennes en matière azotée suivantes : 1893 12,01 "/„ 1S94 10,i5''/o COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 299 « Ces années extraordinairement chaudes et sèches font payer cher au hrasseur les faveurs momentanées qu'elles lui accordent : la récolte de Forge est moindre, les prix sont plus élevés, et souvent la qualité du grain prépare au brasseur, pour l'année suivante, des dif- fjciïltés avec sa fabrication, sinon même avec sa clientèle. « Tout, récemment les années 1904 et 1906 nous fournissent un exemple de ces étés remarquablement chauds et secs. L'avenir nous dira ce que donneront en brasserie les orges de 1906, mais il est constant que celles de 1904 ont provoqué des plaintes presque par- tout. « Les malts d'Auvergne nous ont donné cette année-là un rende- ment faible et une atténuation insuffisante. A la même époque, en Bavière, d'après le professeur Vogel de Weihenstephan, les brasseurs se plaignaient d'une cassure défectueuse et d'une atténuation trop forte. « La contradiction formelle de ces deux observations est bien à sa place pour servir de préface à la question de l'azote de l'orge^ S'il entrait dans notre rôle d'exposer l'historique de la question, nous en rencontrerions bien d'autres. Que ceci nous enseigne seu- lement la prudence avec laquelle on doit générahser des observa- tions portant sur une série d'opérations aussi complexes que celles qui se déroulent de la germination du giain jusqu'à la fermentation de la bière. (( La question de l'azote ne se posait pas, il y a une dizaine d'an- nées, avec la même acuité qu'aujourd'hui. L'on s'en référait simple- ment à une observation de Lintner constatant, sans plus, qu'à Weihen- stephan on avait fait de la bonne bière avec des orges contenant 10,5 °/o de matière azotée. C'est vers cette époque que M. Windisch conseillait aux brasseurs soucieux de produh^e une bière ayant de la bouche et du mousseitx, une méthode de brassage destinée à intro- duire dans les moûts beaucoup d'albumoses. (( Un revirement complet s'est produit depuis. Les savants de l'école de Berlin et un brasseur praticien, M. Haase, de Breslau, ont mené depuis quelques années une campagne contre les matières azo- tées de l'orae. Conclusions du rapport du D' Bi.eisch : (S D'après le rapport précédent, ji* formule ainsi mes propositions que je présente au Vill® Congrès intiM'nntional d'agricultiiit' de Vienne. « Il faut distinguer : « Facteurs d'appréciation I ordre 6 — 1 points. « — — Il — 3-1 — (c I. Facteurs d'appréciation I ordre. « l" Plénitude et régularité du grain (tamisage par le trieur sys- tème Vogel) : I + II Qualité : 100 — 9J "/„ = G points — 9?,9 — 8.j = 5 — — 8i,9 — 77 = /t — — 76,9 — C8 = 3 — — 67,9 — 63 = 2 — — 04,0 — 60 = 1 — Au-dessous de 00 =0 — II + III Qualité : 100 — 93 "/o = 3 points — 92,9 — 85 = 4 — — 84,9 — 77 = 3 — — 70,9 — 08 = 2 — — 67,9 — 65 = 1 — Au-dessous de 65 =0 — c< Si l'appréciation des qualités II + III arrive à être plus haute que celle des qualités I H- II, l'appréciation la plus élevée sera adoptée. « Le [)ourcentage de la III' (jualité ne doit cependant pas dépasser dans le deuxième tableau 50 "|o de la qualité II -j- III. V 2" Extrait d'orge et contenu en albumine : a) Extrait d'orge : 80 — 78 7o — 6 points 77,9 — 76,5 = 5 — 76,4 — 75,5 = 4 — 75,4 — 74,5 = 3 — 74,4 — 74,0 = 2 — 73.9 — 73,5 = 1 — Au-dessous de 73.5 = — COMPTE RENDU DU VIII*' CONGRÈS INTERNATIONAL 311 b) Contenu en albumine : 9 — ico^/o = 6 points 10,1 — 10,5 = 5 10,6 — 11,0 = 4 11,1 — 11,5 = 3 11,6 — 12,0 — 2 12,1 - 12,6 = 1 Au-dessous de 12,5 = « Ou bien les deux dosages doivent èlre adoptés, ou bien on doit donner la préférence au dosage de l'extrait, y compris le dosage de la douceur du grain ; alors le dosage de l'albumine doit èlre aban- donné. Par contre, si la douceur du grain ne peut être constatée, faute d'un examen direct, il faut donner la préférence au dosage de l'albumine ; « 3° Douceur du grain : vingt-quatre heures de ramollissement, séchage à 35" C. « Une base établie sur des chiffres ne peut être donnée de ma pari. Si on venait à l'établir, on aurait à inscrire 6 points d'appréciation et on donnerait le pourcentage des grains purement vitreux. « II. Facteurs d'appréciation II ordre. « 1° Finesse de la balle : Très fine = 3 points Fine = 2 — Assez rude = 1 — A TenveloppL^ épaisse ^0 — « 2° Couleur : Très bonne = 3 points Bonne =2 — Médiocre = 1 — Mauvaise = — « 3° Forme du grain : Très bonne = 3 points Bonne =2 — Médiocre = 1 — Mauvaise = — Déductions : 1" pureté — 1 — 3 points (mauvaises herbes, pureté des espè- ces, petits grains, grains détériorés) . 2" Germination ^1 — 2 points. 3» Odeur = 1 — 2 — 312 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « Les orges fortement gennées et de forte odeur doivent être éliminées de la concurrence. » Conclusions du rapport du D' 1 SlOCKMElER : « a) Appréciation à la simple vue : 1" Couleur : Très bonne .... 3 poinls 2 — Bonne Médiocre 1 — Mauvaise — 4 2" Délicatesse de la glume : Très fine 3 points 2 — Fine Grossière 1 — D'épaisse enveloppe. — 3° Forme du grain 3 points 4° Odeur 1 — à déduire b° Grains endommagés .... < • • ■ • 1 — — « b) Appréciation générale : (i i" Le poids d'un hectolitre et celui de i 000 grains ne doivent contribuer à l'évaluation qu'en cas de poids très faibles soumis à contestation ; en ce cas, on procède en appliquant des points à dé- duire. « Nous nous réservons de pi'ésenter une proposition plus dé- taillée. « 2° Assortiment : La somme des pour-cent les plus élevés de deux sortes voisines, divisée par 20, nous donne le nombre de points à inscrire. La somme de points la plus élevée est 5. « 3" Échantillon d'essai : "/o de grains vitreux 5 points 1 et 2 4 — 3 et 4 3 — 5 et 6 2 — 7 et 8 1 — 9 et 10 — COMPTE RENDU DU VIII*' CONGRÈS INTERNATIONAL 3i3 « 4° Taux d'albumine : 10.0 °/o et au-dessous G points 10.1 à 10,50/0 5 — 10,6 à 11,0 4 — 11,1 à 11,5 3 — 11,6 à 12,0 2 — 12,1 à 12,5 1 — 12,6 à 13,0 — 13,1 à 13,5 — 1 — 13,6 à 14,0 — 2 — « 5° La détermination du poids de la glume serait encore un élément d'appréciation. Mais on ne peut donner de chifire faute d'expérience suffisante. » Conclusions du rapport du D' Wahl, pour les orges américaines : « En présence de ces observations, je me permets de recomman- der les points de vue suivants pour rétaJjIissement d'un système d'évaluation pour les orges américaines : <( I^Les orges américaines doivent être divisées en trois classes au moins : d'après leur qualité pour la brasserie, leur provenance et leur variété. « a) A la pi'eiTiière et plus haute classe appartiennent : les orges à six rangs avec un taux d'albumine relativement élevé (10,5 "/« à 14 °/o), dimension et poids moyens du grain (25 à 32 grammes pour 1 000 grains), glume moyennement épaisse, obtenues de l'introduc- tion des orges de Mandchourie dans le Wisconsin en 1861, ou des variétés y appartenant et cultivées principalement dans les États sui- vants : lowa, Michigan, Soulh Dakota, Wisconsin, partiellement dans l'Etat de New- York, dans l'Ohio et le Colorado (ainsi que Québec et Ontario, au Canada). Ces orges germent normalement en malterie en cinq jours environ; par maltage pneumati([ue en six à huit jours; les malts ont relativement une grande force enzymatique. « Quand le taux d'albumine ou le poids du grain d'orge de Mand- chourie excède sensiblement les limites précédentes soit en plus, soit en moins, une telle orge doit être considérée comme anormale. Plus le taux d'albumine est au-dessous de 10,5 7» et plus le poids de 314 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE I 000 grains est au-dessus de 32 grammes, moins on oliliendra une bonne force enzymati(iue (diaslalique oupejdonique). Plus l'albumine excède 14 "/o, plus le poids de 1000 grains lombt' au-dessous de 25 grammes, plus les glumes sont épaisses, ])lus grande sera la diminution d'extrait. Les orges à six rangs de la .Maiidcbourie, ou les variélés y appartenant, peuvent seules être considérées comme de première classe pour la préparation de bières restant claires à la température glacée, spécialement de bières pasteurisées en bou- teilles. « Le rendementd'extrait (finement moulu au laboratoire) en malts faits avec de telles orges peut se monter à 72 à 75 7o en substance sèche. « b) A la seconde classe appartiennent : les orges à six rangs avec taux d'albumine relativement bas (au-dessous de 10,5 °/o) avec des grains de grande dimension et poids lourd (poids de 1 000 grains, 35 à 45 grammes) avec de grosses glumes obtenues d'orge « Bey Brewing », indigène en Californie, ou du « White Club » de l'Utah, et cultivées principalement dans les Étals suivants : Californie, Ore- gon, Wasbington, Idaho, Ulab, partiellement au Colorado et dans le JSorth-Dakota. (S. Ces orges demandent de plus longues périodes pour germer; elles développent moins de force enzymatique et ne s'adaptent pas si bien à la préparation de bières restant claires à la température glacée, surtout de bières pasteurisées en bouteille, que l'orge de Mandchourie. a Le rendement d'extrait finement égrugc, auquel on peut s'atten- dre des malts faits de ces orges, est de 71 à 74 "j„ environ, en subs- tance sècbe. « 6") L'orge à deux rangs avec taux d'albumine relativement bas (au-dessous de 11,5 "/o) avec des grains de grande dimension et de poids lourd (poids de 1 000 grains, 35 à 45 granmies), avec glumes minces, obtenue des types Chevalier, Hanna et autres, introduite d'Lurope, cultivée principalement dans les Etats suivants : Montana, Idaho, Colorado, Californie. « Ces orges demandent de |)lus longues périodes pour germer; elles développent moins de force enzymatiipic et ne s'adaptent pas COMPTE RENDU DU VIIl'' CONGRÈS INTERNATIONAL 315 si bien à la préparation de bière restanl claire à la température glacée, surtout de bière en bouteille, que l'orge de Mandchourie. « Le rendement d'extrait du fin blé auquel on peut s'attendre des malts faits de ces orges est de 75 à 80 "/„ environ, se référant à la substance sèche. « "i" En présence de ces grandes différences d'orges américaines au point de vue du poids et de la dimension du grain, du contenu en albumine, de l'épaisseur de la glume, il est impraticable d'établir un système uniforme. La plupart des facteurs reconnus et proposés pour l'évaluation des orges européennes sont mal adaptés pour l'évaluation des orges américaines. Par exemple, le système de Vienne, qui base son évaluation sur des marques objectives, telles que la dimension des grains, le triage, le taux d'albumine, l'état de la glume, les criblures (pureté) : de ces facteurs, les suivants ne peuvent pas être pris en considération pour les orges américaines : a) Tamisage sur tamis oscillant avec espacement déterminé des mailles (par exemple 2™"* 2) ; b) Taux d'albumine (ne devant pas e.\céder 11 dans le système allemand et 13 dans l'autrichien) ; c) Épaisseur de la glume. « 3'' Il ne reste donc réellement des facteurs d'évaluation rien que la pureté (criblures de semences étrangères, poussière, elc, de 100 grammes d'orge) et le degré de dissolution ; « 4" Les quahtés subjectivement constatées dans le système de Vienne ainsi que dans celui de Berlin comme : « 1° Couleur, « 4° Uniformité des grains, « 3" Forme des grains, « 4" Finesse des glumes, « 5" Impression générale, « 6° Odeur, « 7" Grains endommagés, peuvent probablement être maintenues comme facteurs d'apprécia- tion, en faisant, dans chaque cas, la part des particularités de races. « Mon travail n'est pas assez avancé pour me permeltre de sou- mettre en détail des systèmes séparés pour les diflëre.ntes orges amé- 316 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE ricaiiies en ce moriKiiiL II sera peut-être nécessaire, après le Coiiiirès de Vienne, de tenir une conféi'eiice américaine dans le but d'établir un système d'évaluation pour les orges américaines, en se rappro- chant, autant que les conditions le permettent , des systèmes qui pourraient être adoptés ou suggérés par le Congrès de Vienne. » V — Garanties à souhaiter dans l'achat et la vente des orges de brasserie Rapporteurs : MM. Hauser, fabricant de malt à Stadiau, près Vienne; Keif, conseiller du commerce à la Bourse agricole, à Vienne. Conclusions du rapport de M. Hauser : « Les conditions préliminaires générales sont : (( 1 " L'état sain de l'orge ; (( 2" Sans indication expresse, l'orge ne doit ni être séchée arlili- ciellement, ni être mélangée avec la récolte d'une autre année ; « 5" Une faculté germinative minima de 95 "/„. (( Comme condition préliminaire générale pour l'orge de brasserie, l'unité de provenance peut avoir sa valeur. « Toutes les autres garanties de qualité sont données par l'échan- tillon. (( Il serait à désirer que les agriculteurs donnassent plus d'atten- tion à deux circonstances : « 1° Au nettoyage consciencieux de l'orge, c'est-à-dire à l'enlè- vement des mauvaises herbes, des balles, des barbes et des grains légers mal développés, connus sous le nom d'orge (loUanle. On peut atteindre ce but saris beaucoup de dépense ; en outre, le déchet d'une orge ainsi nettoyée a aujourd'hui une valeur plus lucrative ■qu'autrefois. La preuve est que les prix d'un semblable déchet se rapprochent assez du prix de l'orge. Malheureusement, même chez les grands agriculteurs, on observe très peu ou pas du tout cette nécessité d'un nettoyage sérieux de l'orge ; de ce chef, il y a natu- rellement pour l'acheteur de la marchandise une perte de frais de transi)ort tout à fait inutile ; COMPTIC RENDU DU VJll" CONGRÈS INTERNATIONAL 317 « 2" Les efforts de beaucoup d'agriculLeurs pour obtenir une belle apparence par un nettoyage exagéré de l'orge, ou aussi l'emploi imprudent de machines à battre, produisent l'inconvénient, dont on se plaint beaucoup, d'endommager l'orge, c'est-à-dire de mettre le germe à nu, et parfois en forte proportion. A côté du préjudice fait à une germination régulière, le développement de la moisissure est facilement la suite de cette défectuosité. « La disparition de ces deux défauts est, cela va sans dire, seule- ment et uniquement dans la main des agriculteurs ; du côté de l'acheteur, il ne se trouve d'autre sauvegarde contre un pareil manque de qualités que dans le choix de l'orge. » Conclusions du rapport de M. Reif : « Voici, d'après ce qui précède, les garanties que nous propose- rions : « i" Concordance de l'échantillon avec la livraison, d'après l'aspect extérieur ; «"2° Obligation que l'orge n'ait aucun défaut qu'on ne puisse constater tout de suite ou plus tard, tels que : « a) Odeur ; « b) Insectes ; (( c) Séchage artificiel ; « d) Soufrage ; « e) Vieillesse ; « 3" Faculté germinative ; « 4° Poids. (( Ce sont les exigences les plus importantes et auxquelles il faut satisfaire sans aucune restriction. « Tout en observant les conditions précédentes, nous recomman- derons encore, en faisant cependant la part des réserves et restric- tions qui s'imposent dans certains cas, les garanties suivantes : « 5" Couleur ; « 6" Régularité et formj du grain ; « 1° Propreté ; « 8° Grains intacts. 318 ANNALES DE LA SCIENCE AGIlONOMIOUE « Avec cela nous imrons répondu aux questions que nous nous sommes posées. « Mais il nous paraîtrait essentiellement incomplet, et cela ne répondrait pas suffisauiniont à la réalité, si nous omettions de faire remarquer que le commerce de l'orge de brasserie net ne saurait — l'orge étant un produit naturel — offrir les mêmes amples garan- ties que le commerce de l'orge fabriquée, dont la confection, dépen- dant du fabricant seul, peut facilement aboutir à l'uniformité de la marchandise. « (^est pourquoi l'évaluation arbitraire conservera loujoui\s une certaine importance. Ajoutons encore que plus les garanlies exigées seront considérables, plus le prix de la bonne marcbîmdise augmen- tera, si jamais ces garanties peuvent avoir une valeur quelcon |ue. « Ceci amènera inévitablement une augmentation du prix du pro- duit brut, ce qui diminuera considérablement le bi-néfice du brasseur. « Une sage modération dans l'exigence des garanties nous parait, par conséquent, tout aussi importante que la question de savoir si, sur ce terrain de la fabrication de la bière, le pressant besoin de réformes doit être pi'is en considération. » A la suite des discussions auxquelles donna lieu la lecture de ces divers rapports, la résolution suivante fut votée par le congrès, et la commission internationale doit s'occuper des deux questions précé- dentes. « i" Il est procédé à l'élection d'une commission internationale investie du droit de cooplion, laquelle est chargée de l'élaboiation de règles à adopter uniformément et généralement pour l'estimation et le classement de l'orye de brasserie. « Sont élus membres de ladite commission : « MM. le professeur D'Cluss (Vienne) ; conseiller mtinie DelbrIck (Berlin); professeur D'd'Eckenrrkcheh (Berlin); conseiller du com- merce H.v.vsE (Breslau) ; brasseur, conseiller du commerce Kohlauch (Berlin) ; professeiu' D' Phior (Vienne) ; D' chevalier de Proskowetz (Kvvassitz) ; ]»ropriétaire foncier, conseiller du commerce M. Beif (Vienne); conseiller Scumidt (Lùhne) ; conseiller du commerce A. Sedlm.vyer (Munich) ; directeur de brasserie Tiiausing (Vienne) ; COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 319 directeur de brasserie, D^Waiil (Chicago) et conseiller du commerce WoLF (Erfurt). « M. le conseiller intime professeur D' Delbrûck (Berlin) est chargé de convoquer la commission en temps utile ; « 2" La totalité des matériaux et documents concernant la question est transmise à ladite commission qui aura à en juger. ^) VI — Classement du malt d'après l'essai mécanique et l'analyse Rapporteui's : MM. le D' Lintner, professeur à Munich ; P' Langer, à Môdling-Vienne ; D' Buhler, directeur à Vienne. Conclusions du D' Lintner : 7. — Inlensilé de la couleur : Pilseu 0,2 — 0,35 Vienne 0,4 — 0,55 . Bavière 0,6—1,4 //. — Conteim en eau à l'arrivée de la livraison (maximum) : Filsen 6 Vienne 6 Bavière 5 ///. — Quantité d'extrait en pour-cent par rapport à la matière sèche (drèche fine) [minimum], Pilsen Î7,0 Vienne 76,5 Bavière "6,0 IV. — Temps en mimiles pour la sacchari/ication [maximum). l'ilsen 20 Vienne 25 Bavière 35 F. — Contenu en sucre matières autres. Pilsen I : 0,4 — 0,;-) Vienne 1 : 0,4 — 0,6 Bavière 1 : 0,6 — 0,7 I 320 ANNALES DE LA SJIIENGE AGRONOMIQUE VI. — Longueur du germe : eu pour-cent, 2/3 à 3/4 de la lougueur du grain (minimum) : Vienne 75 Bavière 80 Plus de 3/4 jusqu'il 1/1 de cette longueur (maximum) : Vienne 5 Bavière 10 Inférieur à 2/3 de la même longueur (maximum) : Vienne 10 Bavière Sans germe (maximum) : Vienne 2 Bavière 2 Yll. — Qualité de la matière farineuse : Grains entièrement vitreux (maximum). . . 2 °/o Grains semi-vitreux (minimum) 4 "/^ « Les grains sont blancs dans les mails de Pilsen et de Vienne ; la majorité des grains dans le malt de Bavière sont un peu jaunâtres. Des grains brûlés ne doivent pas s'y trouver. c VIII. — Poids de l'hectolitre. — Ce poids doit être compris entre 50 et 56 kilos ; pour le malt de Pilsen il monte, en général, jusqu'à 56 kilos, pour celui de Havière jusqu'à 54''^ 5. « IK. — Poids de 1000 grains. — Relativement à la matière sèche, de 30 à .36 grammes. « A'. — Pureté. — La livraison ne doit pas contenir plus de : 1/2 "/o de grains noirs, 1/2 de grains cassés, 1/2 de mauvaises herbes et corps étrangers. « XL — Odeur du moût. — ■ Conforme à l'espèce du malt. Une odeur de renfermé ou autre odeur étrangèi'e quelconque rend la livraison inacceptable. COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 321 « A7/. — La clarification du moût. — Doit être rapide et claire. Cependant pour le malt sortant de la touraille, « l'opalisalion » est admissible. « Appréciations. — Un malt qui possède toutes les qualités pré- cédemment rnoncées peut être simplement nommé « de première qualité ». « Une ou plusieurs de ces qualités faisant défaut, il faut l'indiquer expressément dans le procès-verbal de l'analyse et, s'il est nécessaire, donner des explications détaillées. « iV. B. — Le « dosage du sucre » renfermé ne sera exécuté que sur la demande expresse de l'expéditeur de réchantillon de malt. » Le rapport du D' Lint>'er est adopté avec les modifications sui- vantes : - « a) Intensité de la couleur pour malt de Pilsen, maximum 0,25 cm^ pour malt de Vienne 0,3 à 0,4 cm^, pour malt bavarois 0,6 cà 1,0 cm' "/lO dissolution d'iode; « h) Teneur en eau : maximum 6,5 °/o ^ « c) La dénomination « fine farine » (FeinmelU) est substituée à la dénomination « fin grain » (Feinsclirott) ; (( d) La détermination de la maltose brute doit être effectuée et ne sera omise que sur le désir de l'envoyeur de l'échantillon de malt; « e) La détermination de la longueur du germe est omise et elle n'a lieu que sur le désir de l'envoyeur ; « /) Dans la détermination de l'épreuve par section des grains, on se contentera d'indiquer le tant pour cent de grains friables ; « g) La limite minima à admettre pour le poids d'un millier de grains, est fixée à 20 ar. ; « h) L'odeur du moût sera indiquée dans le résultat de l'analyse, sans adjonction ; « i) L'indication de la grosseur des grains est facultative. » Conclusions du D' Bchler : « 1° L'analyse mécanique et chimique du malt nous fournit au- AN.\. SCIENCE AGRON. — 3* SÉRIE — 1908 — I 21 322 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE jourd'hui déjà non seAilement des données certaines sur la teneur en eau et en extrait, etc., ce qui est de grande importance notamment pour la valeur industrielle du produit, mais elle nous donne aussi maintes indications en ce qui concerne la valeur du malt nu point de vue du brassage technique. « Pour compléter nos expériences sous ce rapport, il est néces- saire avant tout d'étendre les points de vue sous lesquels le malt est envisagé aujourd'hui et de ne pas se donner uniquement pour devoir d'obtenir des résultats d'analyse dans le temps le plus court pos- sible ; « 2° Poui déterminer la valeur industrielle du malt, il faut envi- sager « a) La teneur en eau. — Jusqu'à une certaine limite elle doit être garantie à l'acheteur et ne doit dépasser dans aucun mois 6,5 °/o pour les malts clairs et 5,5 °Iq pour les malts foncés. « h) Le rendement d'extrait. — • Il est absolument inexact, comme il est souvent d'usage aujourd'hui, de juger défavorablement une qualité de malt d'un rendement extractif minime simplement parce que l'extrait est taxé de trop faible dans le certificat d'analyse, car un malt de peu d'extrait peut être meilleur marché qu'un autre de beaucoup d'extrait. « Pour celte raison il faudrait toujours exiger l'indication du prix du malt ou de l'orge de la part de l'envoyeur. « c) Teneur en mallose brute. — Pour taxer exactement un malt, il est absolument indispensable d'en déterminer la teneur en maltose brute, car il ne peut être mis en doute qu'en établissant des rela- tions entre la teneur en sucre d'une part, le procédé de séchage à touraille et les apparitions de fermentation d'autre part, on est amené très fréquemment dans la pratique à des constatations à la l'ois intéressantes et importantes. rix dans les divers pays, voire dans le même pays, suivant la contrée. « Dans les régions où l'on exporte la pomme de terre, elle est de beaucoup meilleur marché que dans les régions où on rinipoile; le prix en varie de même beaucoup, selon les dillérenles années ; nial- heureusenieiit la slatisti(jue ne donne aucun tableau siilTisaut pour eaucoup d'autres animaux utiles, particulière- ment des oiseaux, ne peuvent être chassés, entre autres la cigogne, à cause de la faveur dont elle jouit auprès de la population. « La Société rovale d'auricullure du Danemark a depuis bien des années agi de dillV-rentes manières pour combattre les maladies des plantes, en faisant faire dans ce but des conférences, et en subven- tionnant l'édition de publications traitant cette matière. « Pendant les dernières années, les « Sociétés coopératives d'agri- culture » ont entrepris une lutte contre les ennemis de l'agriculture, entre autres contre les champignons parasites et les animaux nui- S'bles. Elles se sont choisi des aides instruits qui ont entrepris des voyages pour examiner, eux-mêmes, dans les champs, la cause des dégâts occasionnés aux plantes cultivées et faire connaître celte cause au propriétaii'e. « Ces aides doivent aussi faire, dans les l'éunions agricoles, des conférences sur les maladies des plantes, de même qu'ils participent aux expositions par des préparations, des graphiques de plantes malades ou de champignons parasites et d'animaux mn'sibles. « Ces socii'ti's agricoles ci-dessus nomm(''es se sont attaclu' dans ce COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 361 l»ut, en qualité de consultant?, spécialement M. le D' Kôlpin Ravn, botaniste, et M™' Sophie Rostrup. « Les « Sociétés coopératives d'horticulture » et la « Société horti- cole » ont commencé à entreprendre la lutte contre la Spœrotheca mors uvœ qui, pendant les dernières années, a sévi si dangereuse- ment sur les groseilles vertes et les groseilles ordinaires et qui s'est tellement propagée. « Pour arriver à combattre le mal, on s'applique spécialement à ravaler les arbustes contaminés ou bien on les déteri-e, ou encore on les brûle et cette dernière méthode est la plus radicale. » U Organisation phytopalhologique en Belgique *■ De M. E. Mauciial 'PROFESSEUIÎ A I.'iNSTITUT AGRICOLE, A GEMBI-OUX « L'organisation d'un service pour la protection des plantes culti- vées contre leurs ennemis remonte, en Belgique, à 1894. « Il a aujourd'hui son sièue à l'institut aoricole de l'Etat de Gem- bloux et comporte : « a) Un service entomologique ; « h) Un service cryptogamique. « Le but de ces institutions est : « 1" De renseigner les intéressés sur la nature des affections dont des spécimens leur sont envoyés par les cultivateurs et les agronomes de l'État et d'indiquer les remèdes à employer ; « 2" De renseigner les administrations sur l'apparition et la marche des épidémies cryptogamiques et des invasions d'insectes et d'indi- quer les mesures à prendre à cet égard ; « i° D'entreprendre des recherches expérimentales sur les mala- dies des plantes. « Les cultivateurs peuvent obtenir gratuitement des renseignements verbaux ou écrits sur les maladies déterminées par des parasites végétaux ou animaux ainsi que sur les maladies physiologiques qui résultent de Faction des agents du milieu. « Les questions relatives aux mauvaises herbes et à leur destruc- tion rentrent également dans le cadre de ces services 362 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « Afin (le faciliter la di'teniiitialion des agents de maladie, les cor- respondants sont priés de consii^ner, sur des feuilles de renseigne- ments qui sont mises à leur disposition par les agronomes de l'Ktat, tous les renseignements nécessaires. « Des instructions relatives à l'envoi des échantillons leur sont également remises. « Le tableau suivant montre la progression constante du nombre des demandes de renseignements reçues par les services entomolo- gi(}iie et cryptogamique : ANNÉES 1894 .SERVICES ento- crypto- mologique gamique 31 IG 189Ô. . . . . . .... 31 13 189G 42 lô 1897 .... 35 24 1898. . 53 38 1899 57 43 1900 71 54 1901 1902 100 137 94 151 1903. 182 138 1904 . . 229 146 1905 .... 235 1G2 « Dans le cas où les ravages sont importants, et généralisés, ou lors(iue la détermination de la nature de la maladie exige un examen sur place, les intéressés peuvent recevoir la visite du spé- cialiste compétent en en faisant la demande au ministre de l'agri- culture. (L Dans certains cas déterminés par le ministre de l'agriculture, des essais de destruction des parasites animaux et de traitement des maladies cryptogami(]ues peuvent être élal)lis chez les cultivateui-s aux frais du département de l'agriculture. « Ces services ont actuellement pour titulaires : « Pour l'entomologie, M. J. Poskin, professeur de zoologie et d'entomologie à l'institut agricole de l'Ktat. « Pour la ci'vptogamie, M. E. M.vrcu.vl, professeur de botanique à la môme institution. » COMPTE RENDU DU Vllf CONGRÈS INTERNATIONAL 363 Rapport sur Vorganisation phijlopalhologique en Russie De M. le D'' A, Jaczewsri INSPECTKUR DE PATHOLOGIE TÉGÉTALE AU MINISTERE DE L'AGKICULTUIÎE DE irU.SSIE ANCIEN DIKECTECR DE LA STATION CENTRALE PHYTO PATHOLOGIQUE AU JARDIN IMPÉRIAL BOTANIQUE A SAINT-PÉTERSBOURG « Les maladies des plantes cultivées jouent comme chacun sait un rôle fort important dans l'économie des populations rurales et pré- sentent conséquemment un intérêt considérable, non seulement pour les particuliers, mais aussi pour les gouvernements, qui doivent prêter leur appui moral et matériel à la propagation des traitements préservatifs et curatifs, destinés à pallier aux pertes, souvent im- menses, résultant du développement fréquent d'épidémies anéantis- sant en quelques jours des récoltes entières. La nécessité absolue d'une lutte scientifiquement et logiquement organisée contre l'en- vahissement des plantes cultivées par .les maladies les plus variées, et particulièrement par les parasites, a amené la fondation en Amérique, et dans les différents pays d'Europe, d'institutions spé- ciales de pathologie végétale, reconnues d'utilité publique. La Russie, contrée d'agriculture par excellence, ne pouvait rester en dehors de ce mouvement d'organisation qui, quoique plus récent et loin d'être achevé, a cependant donné de fort bons résultats comme on le verra tout à l'heure. Les premières observations sur les mala- dies des plantes cultivées en Russie datent de 1860, quand parurent les travaux du célèbre mycologue et académicien Woronine sur le Plasniodiophora Brassicœ et sur la rouille du tournesol. C'est à peu près à la même époque que paraît un premier traité de patho- logie végétale en langue russe, par RosanolY. En 1881, l'interven- tion du gouvernement commence à se manifester par l'établisse- ment des comités phylloxériques qui se fondent en Crimée, en Bessarabie et. au Caucase. Ces comités, ainsi que leurs noms l'in- diquent, sont principalement affectés à la lutte contre le phylloxéra, mais le règlement qui les concerne leur attribue également la mission d'étudier les autres maladies parasitaires et d'arrêter leur expansion ; du reste, le manque de spécialistes à cette époque ne 364 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE permettra pas à ces comités d'élai-yir leur diainp d'activité et, jus- qu'en 1890, la phytopatliologie restera presque totalement délaissée. Cette année est marquée par l'édition russe du livre de Kirchner : Les Maladies des piaules cvWvées (traduction du professeur Gobi), et par un travail fort intéressant de M. Palczcwski sur les i)arasites des céréales dans la région de l'Oiissouri, dans lequel il est parti- culièrement (piestion du seigle enivrant. Avec la fondation en ISO-i du ministère de l'agriculture, transformation et agrandissement de l'ancien ministère des domaines, une nouvelle ère s'ouvre pour la pathologie végétale, cette branche de la science ayant particuliè- rement attiré l'attention de S. Exe. M. le ministre Yermolofi", le savani et éclairé organisateur du nouveau ministère, qu'il fut appelé à diriger pendant plus de dix ans. Dès cette époque, il fut fondé au ministère un comité scientifique, appelé, comme son nom l'indique, à élucider et à résoudre toutes les questions du domaine scien- tifique. Ce comité fut réparti en un certain nombre de bureaux, parmi lesquels une des premières places fut attribuée au bureau entomologique, auquel on confia toute l'organisation pour la lutte contre les parasites du monde animal. Le célèbre entomologiste M. Portchinsky, chef du bureau, secondé par tout un état-major de spécialistes, ne cessera pas dès lors de déployer une grande activité, qui se manifestera par une série de publications monographiques populaires, de voyages d'exploration et de recherches scientifiques. Le bureau botanique du comité scientifique devait, dans la pensée de ses organisateurs, s'occuper entre autres questions des parasites végétaux et des. maladies des plantes, mais l'absence de spécialistes lit que le bureau apporta toute son attention aux questions de culture, d'acclimatation, etc., se bornant, en ce qui concerne la pathologie végétale, à répondre aux questions adressées par les cultivateurs, sans se livrer <à des investigations s[)éciales. Cependant les maladies des plantes prenant une extension de plus en plus grande il devenait dilhcile de les ignorer. Une statistique complète n'a pas encore pu être établie, cependant certains chilVies recueillis par-ci par-là sont d'une grande éloiiuence. Ainsi, dans le district de Gjatsk du gouvernement de Smolensk, la rouille des céréales {Piicciiiia graminis Pers.) fut si forte qu'elle détruisit jus(prà 35°/o COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 365 de la récolte d'avoine. En 1894, dans la même loi^alilé, 65 7o de la récolte d'avoine furent détruits par le charbon {Uslilagq Auenœ), et en 1904 le Phytophlhora infestans DB. réduisit de 70 "j^ la récolte des pommes de terre. En 1897, les maladies de la vigne détruisirent en Kachetie 38"/o de raisin. Dans la région du Kouban et du Terek, la rouille des tournesols a tellement envahi les cultures, qu'il a fallu renoncer totalement en certains endroits à la culture de cette plante. Dans les gouvernements de Volhynie et de Podolie, dans certains jardins, jusqu'à 60 °/o des pommes et des poires sont affectées par le Monilia frucligena Pers. Le même chiffre fut évalué en ce qui concerne la récolte des pommes en 1904 dans le gouver- nement de Smolensk. Enfin, il n'est pas inutile de rappeler que, depuis 1900, le Spliœrotheca mors uvœ Berk. et Curtis a tellement envahi les groseilliers à épines sur toute l'étendue de l'Empire, sans en excepter la Sibérie, que ce parasite est devenu une véritable calamité publique. Ces quelques indications démontrent amplement quelles pertes énormes résultent du développement intempestif des maladies des plantes en Russie, et comme résultat logique de cette •constatation nous avons à enregistrer depuis 1897 l'apparition de travaux originaux de pathologie végétale dus à la plume de MM. Boro- dine, Warhlich, Rostowzew, Dekkenbach et Speschnew. Revenu de Suisse en Russie et définitivement installé à Pétersbourg depuis 1896, je fus frappé de l'impoi'tance capitale de la pathologie végétale en Russie et portais dès lors toute mon attention sur cette branche de la science. Attaché au ministère de l'agriculture en qualité d'inspec- teur de pathologie végétale, j'eus pour mission de faire sur place des études spéciales concernant certaines maladies végétales ; c'est ainsi que j'effectuai de nombreux voyages dans les différentes régions de la Russie pour étudier le black-rot au Caucase, le mildiou dans le Don, la gommose des orangers près de Batom, la rouille des céréales dans les provinces de l'est et du centre, les différentes maladies de la vigne en Crimée et en Bessarabie, la maladie du lin dans le nord et le centre, etc. ; tous ces voyages me donnèrent de nombreux matériaux d'études et facilitèrent la pri'paration de travaux monographiques, écrits en langue russe, concernant les maladies cryptogamiques de la vigne, de la pomme de terre, du cotonnier, des arbres fruitiers, etc» 366 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « Pendant ces voyages je pus me convaincre de rintéièt croissant des populations rurales pour les maladies des plantes et de leur désir de les combattre, ([ui n'était arrêté que par leur ignorance complète sur les moyens à employer. Aussi ne laissais-je échapper aucune occasion de faire des conférences publiques sur la patho- logie végétale, m'atlachant également à publier des brochures popu- laires sur des maladies spéciales et à répandre les notions de patho- logie végétale dans les journaux d'agriculture. Les résultats obtenus de cette façon et le nombre croissant des questions qm me parve- naient de toute part, prouvaient qu'il était d'urgence de concentrer tout ce qui concerne la pathologie végétale dans une institution spé- ciale adaptée à cet effet. Un projet (Maboré par moi, et tendant à la fondation d'un laboratoire central de pathologie végétale au jardin botanique impérial de Saint-Pétersbourg, fut approuvé en 1001 par M. le ministre de l'agriculture Yermoloffet le laboratoire, dont la direction me fut confiée, commença immédiatement à fonc- tionner, « Le but de cette institution était de : « i" Déterminer gratuitement les maladies des plantes d'après les échantillons envoyés ; « 2° Indiiiuer les moyens curatifs et préservatifs à employer dans les différents cas ; « 3" Etablir des expériences relatives aux moyens de traitement déjà connus et rechercher de nouvelles méthodes pratiques ; (( 4" Etudier les maladies peu connues ou nouvelles au moyen de cultures appropriées ; « 5° Populariser autant que possible les connaissances de patho- logie végétale ; « 6° Organiser un musée 'de pathologie végétale ; « 7" Publier des travaux scientifiques ayant trait à la pathologie végétale. (( Sans entrer ici dans des détails dont on pourra prendre connais- sance dans les rappoi'ts spéciaux du laboratoire au ministère de l'agriculture, il convient de faire remarquer que le laboratoire ne chauma pas et acquit bientôt une renommée consid('rable. Le nom- bre des questions adressées de toute part s'accrut d'année en année COMPTE RENDU DU VllI* CONGRÈS INTERNATIONAL 367 et le laboratoire eut ainsi toute une série de correspondants volon- taires permanents, dont il profita tout d'abord pour la publication d'un annuaire des maladies des plantes en Russie, qui a déjà paru pour 1903 et 1904. La propagation des éléments de phytopathologie ayant une grande importance au point de vue de l'application géné- rale des traitements, mon premier soin, comme directeur du labo- ratoire, fut de publier un certain nombre de brochures populaires à distribuer gratuitement, sur la rouille et le charbon des céréales, la rouille du tournesol, la maladie de la pomme de terre, l'ergot du seigle, la tavelure des fruits, etc. De plus une feuille mensuelle illustrée, traitant diverses questions de pathologie végétale fut mise à la disposition des abonnés pour la somme modique de 2^50 par an. Cette feuille eut un grand succès et se répandit dans le pays en quantité considérable. Au nombre des publications il convient encore de citer des tables coloriées de différentes maladies des plantes cul- tivées qui s'écoulèrent par dizaine de mille d'exemplaires, et un herbier des principales maladies parasitaires, paraissant par livrai- son avec texte explicatif; il a déjà paru sept livraisons de cet her- bier, contenant la description de soixante-dix maladies. « Indépendamment de ce travail, en quelque sorte courant, le laboratoire poursuivait aussi toute une série de travaux spéciaux propres à élucider certaines questions ; c'est ainsi que lurent entre- prises de nombreuses expériences sur l'application du formol au traitement des plantes ; l'étude du black-rot au Caucase amena la découverte de faits nouveaux concernant cette maladie. Des enquêtes furent entreprises sur la rouille des céréales, la maladie du lin, pro- duit par le Fusariiim Liiii. Un travail sur le seigle enivrant donna de nouveaux aperçus sur le développement de ce parasite. Ces quel- ques indications suffisent à montrer la diversité des travaux entrepris au laboratoire, dont le personnel, restreint au directeur et à un assistant, ne peut naturellement répondre à tous les besoins d'un pays aussi vaste. « Profitant de mes voyages dans les différentes provinces de la Russie, je m'efforçais de faire des conférences publiques sur les ma- ladies des plantes locales ; le succès de ces conférences et les preuves acquises sur ce fait que la population en général ne demande pas 368 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE mieux que de recourir aux Iraitomeuts, uiais ne le l'ait pas unicjue- menl par ignorauco, me donnèrent l'idi-e de j)réparei' un cadre d'inslructeurs (pii ])ourraient, le cas échéant, enseigner les métliodes de traitement. « Le ministère de l'agriculture avait déjà institué dans différentes provinces des instructeurs spéciaux, chargés de répandre les connais- sances sur des cultures spéciales ; c'est ainsi que dans le Nord et le Centre il y a des instructeurs pour la culture des arhi'es fruitiers, du lin, des herbes fourragères, dans le Sud pour la vigne, le tabac et le coton. Ces instructeurs, sortant d'écoles d'agriculture, ont toutes les connaissances nécessaires à leurs fonctions, excepté en ce qui concerne ies maladies des plantes, dont on ne s'occupe pas dans la plupart des écoles. Il s'agissait de combler cette lacune et ù cet effet, comme premier essai, un certain nombre de ces instruc- teurs fut rassemblé dans la province de Riazan, en été 1904, pour suivre un cours d'entomologie et de pathologie végétale, pendant six semaines. Le cours fut suivi avec un grand intérêt, mais la pratique démontra qu'il eût été préférable de procéder autremenl. On avait pensé qu'il serait plus commode de faire ces cours en été, afin d'être à même de pratiquer des expériences et de montrer les maladies et méthodes de traitement sur place. Les maladies ap])a- raissant non simultanément, mais successivement, dans le court espace de temps de six semaines, les expériences furent en sonuue très limitées ; de plus, les instructeurs étant précisément occupés pendant l'été il était peu pratique de les arracher à leur fonction. Enfin dans une localité choisie au hasard, il était (iiiïicile d'avoir sous la main la litt('rature et les matéiiaux d'étude nécessaires. De plus, on put se convaincre que ce (pii manquait aux instructeui's n'était pas tant hi pratique du traitement que les considérations théori(jues et les connaissances générales sur les maladies des l)lantes et leur provenance. Pour pallier à tous ces inconvénients il fut décid('' que les instructeurs seraient réunis pendant l'hiver, à Saint-Pétersbourg, au laboratoire de pathologie végétale, pour y suivre pendant deux mois des cours thi'oriques et pratiipies sur l'entomologie et la pathologie végétale. Ces cours furent inaugurés le !''■■ janvier 1905; environ une vingtaine d'insli'ucteurs y as.^is- COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 369 tarent ; le succès obtenu décida le ministère à décréter que des cours de ce genre auraient lieu annuellement, mais les événements politiques de 1906 ne permirent pas de mettre ce projet à exé- cution. « Pour un pays aussi grand que la Russi^ un seul laboratoire de pathologie végétale ne saurait suffire, et il serait naturellement à désirer que des laboratoires fussent fondés dans chaque région caractérisée par une culture spéciale. Le petit nombre de spécia- listes dans cette branche ne permet pas encore de réaliser ce projet, mais cependant quelques pas sont déjà faits dans cette direction. Ainsi à Tifïis fonctionne un laboratoire de pathologie végétale dirigé par M. Spechnew ; à Smiela, près de Kiew, les fabricants de sucre du sud de la Russie ont fondé une station entomologique pour l'étude des insectes parasites de la betterave, et à cette station est attaché un pathologiste-botanistc, M. Trzebinski ; à Moscou, une station de pathologie végétale a été instituée par M. le P' Rostowzew à l'insti- tut agronomique. A Varsovie, la Société d'horticulture a fondé un laboratoire de pathologie végétale principalement consacré à l'ento- mologie. Enfin, à l'institut de Nouvelle-Alexandrie, dans le gouver- nement de Lublin, il y a aussi un laboratoire de pathologie végétale. Il convient encore de citer la station du P' Buchholtz organisée à l'institut polytechnique de Riga pour les provinces baltiques. En 1906, ayant quitté le laboratoire central de pathologie végétale au jardin botanique de Saint-Pétersbourg, qui est maintenant dirigé par M. Elenkine, j'ai fondé dans la même ville mon laboratoire par- ticulier. « Ce court aperça de l'état de la pathologie végétale en Russie, montre que s'il a été fait quelque chose dans cette branche, il reste cependant beaucoup à faire, principalement en ce qui concerne la préparation de spécialistes pathologistes, l'uniformité d'action des différents laboratoires et leur multiplication, riustitution de lois pré- servant de l'introduction des parasites des pays voisins, et enfin l'accord international pour la préservation des végétaux contre les maladies parasitaires. Le résumé de ces desiderata peut s'établir comme suit : « i" Etablissement obligatoire de cours de pathologie végétale ANN. SCIENCE AGUON. — 3* SÉRIE — 1908 — I 24 370 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE dans loules les insliUitious de VVAal dépendant du ministère de l'agriculture (^). (( 2" Etablissement d'un cours de pathologie végétale d'une durée de quehjues mois au moins au laboratoire central de pathologie végétale, pour les jeunes gens désirant se consacier à cette branche de la science ; « 3° Création, dans différentes régions, de stations de pathologie végétale d'un type uniforme et servant de filiales au laboratoire cen- tral Q. « A° Etablissement de relations constantes avec les stations exis- tant dans d'autres pays, de manière à constituer un réseau interna- tional. « Comme on sait, il n'existe pas de conventions internationales au sujet de la pathologie végétale, et aucune espèce de rapports olUciels entre les diverses stalions des pays voisins. Lors de ma direction de la station centrale de pathologie végétale, grâce à mes relations per- sonnelles, j'entretenais des rapports constants avec les principaux laboratoires étrangers, mais il serait à désirer qu'il fût établi ofliciel- lement un échange international de rapports et de comptes rendus qui faciliterait les mesures d'ordre international à prendre contre la propagation de certaines maladies et donnerait une certaine harmo- nie d'action facilitant le but que se proposent les laboratoires ; « 5" Etablissement de lois et de règlements spéciaux concernant la pathologie végétale f). (') « Remarque. — Les cours de pathologie végétale sont lus maintenaul à Tins- titut agricole de Moscou, à Tinslitut agricole féminin de Pétersbourg et à l'institut agricole de la Nouvelle-Alexandrie. Dans les écoles secondaires et primaires agricoles, quoique le programme comporte un cours de ce genre, on n'y enseigne que des don- nées fort élémentaires sur ce sujet. » (-) (I Remarque. — Jusqu'à présent tous les laboratoires mentionnés plus haut sont sans aucune connexion entre eux et ignorent mutuellement leurs travaux entre- pris, ce qui est d'autant plus regrettable que, dans la ])hipart des cas, il n'existe même pas de rapports olliciels sur leur activité. » (') « Remarque. — l'in matière de pathologie végétale, le miuistéi'c de ragriciillure de Kussie s'est borné jusqu'à présent à propager les connaissances de ce((e branche de la science par tous les moyens en son pouvoir, et à faciliter Tacquisition des produits chimiques nécessaires aux traitements, en achetant Ai grandes quantités de ces pro- COMPTE RENDU DU VIII® CONGRÈS INTERNATIONAL 371 « En résumé, on peut dire que l'organisation de la piotection des plantes en Russie a déjà fait un chemin considérable eu égard au peu de temps qui s'est écoulé depuis les premiers essais tentés dans cette direction, et il reste à souhaiter que cette entreprise continue à se développer ultérieurement, conformément au programme ci- dessus. » duits, qui sont ensuite répartis entre les cultivateurs au prix de revient avec déduc- tion des droits de douane. Mais, à part quelques lois concernant le phylloxéra, il n'existe aucun règlement ni mesure administrative tendant à préserver l'introduction de certaines maladies épidémiques. On conçoit cependant que des lois de cette nature, tendant soit à la prohibition complète de végétaux contaminés, soit à leur désinfec- tion préalable obligatoire, seraient fort utiles et devraient même être le sujet d'une en- tente internationale. SECTION vm ÉCONOMIE FORESTIÈRE — SYLVICULTURE La section Vlll a en à discuter les questions suivantes : I — Création et traitement des peuplements forestiers au point de vue de la production abondante et de la bonne qualité du bois Rapporteurs : MM. Bakesch, conseiller des forêts à Hohenelbe; Reuss, directeur de l'institut forestier de Maliriscli-Weisskirchen; D'' ScHWAPPACH, professenr à Eberswalde ; D' Schneider, assesseur du bureau forestier à Ebenhausen, près xMunich. Résumé du rapport Bakesch : « En résumé, l'on arrive à la conclusion suivante : « De la statistique du commerce des bois résulte la notion que l'exportation ligneuse de tous les pays exportateurs a doublé dans les vinot dernières années. La consommation du bois dans les États à marche progressive s'accroît notablement. L'importation allemande a quintuplé dans les quarante dernières années. La production ligneuse actuelle ne suit cette consommation que de très loin. « Dans les forêts domaniales allemandes la récolte du bois s'est accrue seulement des deux tiers environ dans les soixante-dix der- nières années. « Les forêts vierges encore existantes ne fournissent (ju'un volume relativement faible et une proportion encore moins élevée de bois d'œuvie. Leur transformation en forêts aménagées est désirable, COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRES INTERNATIONAL 373 même nécessaire, comme point de départ d'nne plus haute production de bois d'œuvre. « De là résulte, comme obligation du maintien des sociétés, la préoccupation urgente de donner la plus grande attention à la cons- titution et à l'éducation de massifs riches en volume dans les forêts aménagées de l'Europe. » Conclusions du rapport Relss : « 1° Pour la régénération des peuplements, les méthodes doivent être rangées, par ordre de préférence, dans la série suivante : régé- nération naturelle, semis, plantation. Cette dernière doit se conformer autant que possible aux procédés de la nature elle-même. « S"* Comme mode de traitement il y a lieu de ne retenir que la futaie pleine et le groupement équienne dans la forme jardinée. • (( 3° Les coupes d'amélioration ont à s'adapter à l'âge des peuple- ments. Dans la période d'accroissement accéléré l'éclaircie doit être précoce, fréquente, mais modérée, poursuivant avant tout l'obtention de formes d'arbres avantageuses. Dans la période d'état ou de dimi- nution de l'accroissement, au contraire, coupes énergiques à longs intervalles ; car alors, les formes étant acquises, l'accroissement en volume et l'accroissement en valeur sont à peu près semblables. Durant toute la vie du peuplement sont uniformément à observer les règles suivantes : ménager, conserver toujours le meilleur et le plus parfait, toujours interrompre le massif dans la partie supérieure des cimes et éviter les à-coups. « -d" Que l'élagage commence avec les coupes d'amélioration et suive leur périodicité. Qu'il tende, jusqu'à la culmination de l'éner- gie de végétation, à atteindre le plus parfaitement son but. Qu'on n'enlève que de jeunes et faibles branches ; qu'on n'emploie que la scie à main d'un maniement sûr, avec les soins les plus minutieux pour éviter de petites blessures de branches, des chicots, des éclatements et des dommages de toute espèce. » Après avoir cité les conclusions de deux des rapports fournis sur cette question, nous reproduisons ci-après la résolution à laquelle 374 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE s'est arrêl('' le coiiine, la provenance de la graine est le point capital résu- mant prati(piement, pour le forestier, l'importance cultm-ale des variations stationnelles des essences forestières. C'est là (pic liîl la réponse à la deuxième question du programme de ce congrès. « Point vital surtout pour les pays (pii durent emprunter à d'aulies régions leurs premiers résineux : Où le forestier doit-il demander les graines nécessaires à ses boisements ? Doit-il les recueillir dans la véritable patrie de l'arbre à propager, ou les prendre sur des sujets déjà acclimatés ? Quelles qualités doivent, dès lors, présenter ces sujets? Y a-t-il dans l'aire de dispersion, souvent très vaste, de cer- taines essences, des différences de 'végétation dont il faut tenir compte et inhérentes à la latitude, à l'altitude, au sol ? Dans telle con- trée, une essence donnée ne se distingue-t-elle pas par des qualités ipi'il convient de conserver et d'augmenter, dans telle autre contrée, par des défauts qui doivent être combattus. « Autant d'interrogations que la sylvicultui'e a à se poser et l'on voit, dès lors, toutes les conséquences pratiques qu'elle pourra retirer de la mise à profit bien entendue des variations stationnelles des essences forestières. Ces conséquences se traduiront — je ne dis pas : se traduisent — par des progrès réalisés : 1" dans l'amélioration du matériel ligneux; 2" dans la sécurilé des procédés culturaux. « Voici (pielques faits, rapport(''s brièvement, qui justifient cette assertion : « 1" Utilité (ki^ variations stationnelles des essences forestières dans l'am(''lioration du matériel ligneux : « En 1820 di'jà, Ph. André de Vilmorin entrei)rit une étude des différentes variétés de pin sylvestre. A cette époque, la France était tributaire de la Russie pour la production des pins destinés à l;i mâture des navires, et cette importation se chiffrait j)ar une sounne énorme. « De Vilmorin tenta alors l'introduction, dans son pays, du pin de Riga ou de Livonic si l'echerclié et, dans le jardin des Barres, fit des COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 379 essais comparatifs sur des graines recollées en France, en Alle- magne, en Ecosse et en Livonie. Les arbres issus de ces dernièi'es graines conservèrent les qualités précieuses de leurs ascendants : leur belle venue et leur rectitude, et ces qualités se sont continuées dans la descendance des premiers pins de Riga installés aux Barres. « C'était là, semblait-il tout d'abord, une démonstration évidente de l'hérédité (\es caractères propres à une race de pins. « L'avenir a-t-il confirmé le fait? Oui et non ! « Actuellement, le pin de Riga est, en France, nous apprend M. Fliche, le type le plus parfait des pins à branches redressées, tan- dis que le pin de Haguenau, à tige plus trapue, vient aussi se placer dans cette forme de pin, mais au dernier rang. Et pourtant, quant aux qualités du bois, but poursuivi dans les expériences rappelées, les pins de Riga ne donnent pas de produits supérieurs à ceux de Haguenau et, pas plus que ces derniers, ne produisent en France ces belles matures qu'il faudra toujoui's aller demander aux climats septentrionaux. C'est que les qualités du bois du pin dépendent moins de la race que du climat. Les climats du nord avec leur période de végétation très courte, les jours très longs, la constance remarquable de leurs saisons, paraissent seuls capables de fournir des bois pour la marine. « Somme toute, les pins de Riga transportés en France, il y a un siècle, n'ont pas maintenu la valeur forestière qu'ils étalent dans leur pays d'origine. « Au surplus, M. Mayr, professeur à l'Université de Munich, estime que la superbe rectitude du pin de Riga n'est pas héréditaire. Il l'attribue à l'humidité de l'air et constate qu'elle augmente du sud vers le nord. Il n'y aurait pas de différences essentielles entre les pins de Riga et ceux d'Allemagne. La croissance ordinairement irrégu- lière de ces derniers aurait pour cause : le climat, le sol et des troubles de végétation. « Cependant M. von Sivers, président de l'Association forestière de la Baltique, déclare que tous les pins de Darmstadt plantés en Livonie, même dans les meilleurs sols, conservent leur croissance vicieuse, et conseille finalement l'emploi exclusif, en Livonie, des graines prove- nant des pins indigènes. 380 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « En lésiimé, les pins de Darnistadt introduits en Livonie y main- tiendraient leurs F,H EAUX ET FOKftXH A UKAIVAIH, FKANCE « Il existe à la sui'face de la terre des étendues considérables de terrains imj)roductifs. « Il ne peut être question ici des régions encore à peine connues de l'Ancien et du Nouveau Monde, et les données me l'ont malheureu- sement défaut pour parler des pays organisés de l'Asie et de l'Amé- i'i([ue, bien que certains se placent au premier rang de la civilisation. « Mais, sans sortir d'Europe, j'ai relevé, à titre d'exemples, pour (|uel([ues Etats — ceux pour lesquels il m'a été possible d'avoir ce ren- seignement — les surfaces suivantes de terrains improductifs : Allemagne, d'après la statistique de 1900. . 2 1024-90 hectares Angleterre, d'après M. W. Schlich 6 127 000 — auxquels il y a heu d'ajouter, pour l'Irlande, 454900 hectares de tourbières et IT.'SSOO hec- tares de marais, soit 62(S400 — Belgique, d'après la statistique de 1895 . . 169 329 — France, d'après la statistique de 1892. .. . 6 226 189 — Italie, nu 31 décembre 1904, I 271 058 hec- tares de tei'rains nus et 859 925 hectares de terres occupées seulemen. par des buissons . . 2 130 983 — Si on tient compte en outre des bois complètement luinés et des marais qui seraient utilement convertis en forêts, il existe en Italie, m'a écrit M. le P' Pérona, plus de 4 millions et demi d'hectares à reboiser. « Certaines parties de ces terrains inqtroductifs sont, il est vi-ai, en COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 395 raison soit de leur situation à une altitude que n'atteint pas la végé- tation, soit du relief trop accentué ou de l'instabilité du sol, soit de l'absence totale de terre végétale, plus ou moins iiuitilisables. D'au- tres peuvent convenir aux cultures agricoles et pastorales. Il n'en reste pas moins des. surfaces considérables où la forêt pourrait et devrait être installée. « C'est uniquement de ces fi'iches à reboiser qu'il sera question dans ce mémoire. Je ne m'occuperai ni des forêts plus ou moins ruinées qu'il conviendrait de restaurer, ni des terrains actuellement affectés au pâturage et à conserver en cette nature. « Discuter l'utilité du reboisement des friches serait discuter l'uti- lité même de la forêt, qui, aujourd'hui, n'est plus mise en doute par personne. Ce serait presque faire injure aux membres du congrès international, à qui s'adresse ce mémoire, que d'entrer dans de longs développements, pour démontrer une vérité qu'aucun d'eux, certai- nement, ne songe à contester. « Je me contenterai de rappeler très brièvement les services mul- tiples que rend la forêt, d'une façon directe ou indirecte. « Sans parler de tous les produits secondaires qu'elle donne — et plusieurs sont cependant d'une nécessité indiscutable — la forêt fournit le bois, matière première absolument indispensable. Son utilité, à ce seul point de vue, apparaît d'autant plus considérable que la production ligneuse dans le monde devient de plus en plus insuffisante pour les besoins de la consommation. Dans un mémoire parfaitement documenté, M. Mélard, au congrès international de sylviculture tenu à Paris en 1900, a prouvé de façon magistrale que la plupart des États européens étaient menacés, à bref délai, d'une disette de bois d'oeuvre. M. W. Schlich, dans la troisième édition de son Manual ofForeslnj, vient de démontrer, avec chiffres à l'appui, que, dès aujotn^d'luii, l'Empire britannique produit une quantité de bois très inférieure aux besoins de ses habitants. « En définitive, un Etat est d'autant plus intéressé à ce que son sol fournisse son rendement maximum qu'il est mieux organisé, qu'il , renferme une population plus dense, plus civilisée. On peut presque admettre que la nécessité du reboisement dans un pays est en raison directe du développement de ce pays. 396 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « La forêt est nécessaire à la vie. « Elle nous rend mille services « sans lesquels la vie serait impossible », a écrit Pline l'Ancien. « Elle remplit dans l'univers un i-ôle essentiellement conservateur et régulateur. Dans les montagnes, elle retient les terres et les em- pêche d'aller à la mer, emportées par les torrents et les fleuves. Dans les vallées, elle assainit les marais. Sui' les côtes de la mer, elle protège le rivage contre le flot. Dans les dunes, elle arrête l'envahis- sement par les sables apportés par le vent. « Partout, elle joue un rôle bienfaisant, au point de vue de la salu- brité et de la santé publiques. Elle purifie l'air, en retenant les im- puretés qu'il renferme, et exerce une action très heureuse sur les climats, « en régularisant la température moyenne des saisons, en « influençant la répai-tition des pluies, en assainissant les terrains « trop humides et en brisant la violence des vents ». (H. Lafosse, Mémoire présenté au Congrès international de 1903.) « Elle rend plus régulier le régime des cours d'eau et paraît exercer une influence favorable sur l'approvisionnement et la pureté des sources, en même temps que sur la formation des orages. « Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent », a ('crit Chateaubriand. « La forêt améliore le sol sur lequel elle repose ; les récents tra- vaux de M. le P' Henry sont venus prouver que cette amélioration est même plus grande encore qu'on ne l'admettait jusqu'à présent. «La forêt occupe de nombreux ouvriers qui y respirent un air autrement pui- que celui des usines ou des ateliers des villes. « Elle procure des joies saines et un exercice salutaire à tous ceux qid cherchent dans la marche, dans la chasse, une diversion à leurs occupations journalières. « Elle attire les artistes et les poètes qu'elle inspire, les penseurs (|u'elle réconforte. , « Elle est nécessaire pour conserver les petits oiseaux, ces auxi- « liaires si précieux de l'homme. » (H. Lafosse, Congrès de 1903.) « Elle sert de refuge au gibier qui, sans elle, disparaîtrait rapide- ment. « Elle est utile pour la conservation du poisson, ('(nubien d'œufs et d'alevins sont détruits par suite de changements brusques dans le COMPTE RENDU DU VIII* GONGRÈs INTERNATIONAL 397 régime des cours d'eau, changements qui seraient moins importants et moins soudains, si les bassins de réception des fleuves et des rivières étaient plus boisés. « Peut-on prétendre que les forêts actuellement existantes suffisent et qu'il n'est nullement nécessaire d'en créer de nouvelles? « Assurément non. « Les travaux de M. Mélard, de M. Schlich et d'autres ont démon- ti'é d'une façon irn-futable cette insuffisance, en ce qui concerne la production ligneuse. « Et qui oserait soutenir que les continents sont suffisamment boi- sés, quand, à des intervalles, aussi rapprochés, des hameaux de la montagne sont anéantis par les avalanches ou les crues torrentielles, et que, presque chaque année, dans la plaine, des villes sont plus ou moins détruites et des vallées plus ou moins ruinées par des inonda- tions soudaines; — quand, sur les bords de l'Océan, des parties du rivage s'écroulent dans la mer ou disparaissent sous l'envahissement des sables; — lorsque les populations de certaines régions maréca- geuses sont sans cesse décimées par des fièvres paludéennes, et que, fréquemment, des régions étendues sont ravagées par des orages, des cyclones ; — quand de nombreuses rivières ne roulent, pendant les |mois d'été, dans leur lit presque à sec, que des eaux rares et plus ou moins polluées, et que les sources s'appauvrissent et dispa- raissent en maints endroits? « Comme l'a écrit le géographe Onésime Reclus, force est de reconnaître la vérité qui est celle-ci : « Le salut de la montagne est dans le reboisement ; « Le salut des plaines est dans le reboisement ; « Le salut des rivières est dans le reboisement ; « Le salut de la terre est dans le reboisement. » « L'utilité du reboisement des friches, indiscutable si on se place au point de vue de l'intérêt général, apparaît également certaine, si l'on considère les intérêts particuliers des propriétaires ; il en est ainsi du moins dans la majorité des cas. « De nombreux exemples viendront le démontrer au cours de notre étude. Je citerai ici seulement (juelques chiffres. « En Sologne, des terres jadis improductives, aujourd'hui boisées, 398 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE (loiiiKMit mi revenu moyen de 50 francs par lieclare et par an. Dans la Clianipaj^ne crayeuse, l'hectare de terrain complètement nu, il y a vingt-cin(| ans, renferme actuellement un matériel dont la valeur nette varie de 125 à 300 francs. Dans les Landes, les forêts de pins maritimes (jui ont pris possession ÛQii dunes anciennement dénudées Ibui'nissent, dès maintenant, un rendement moyen de 2^ francs par hectare et par an, et ce n'est là ({u'un commencement. « Sans doute, les résultats, au point de vue financier, ne sont pas toujours aussi satisfaisants, aussi rapides. « Mais, on doit admettre que, très généralement, le propriélaiie qui reboise les friches qu'il possède fait une opération avantageuse pour lui, en même temps qu'une œuvre très utile pour l'intérêt général. « Puisque l'utilité du reboisement des friches n'est pas contestée, conmient se fait-il qu'il existe encore taiit de terrains incultes où la forêt pourrait être installée avantageusement? « La l'aison en est surtout que les différents propriétaires de ces ter- rains sont ignorants ou dépourvus des moyens qui pourraient leur permettre de surmonter les ditTicuUés (ju'ils rencontrent pour reboiser. « Gesontcesdifficultésetlesmoyensd'yremédier {pie je me propose d'étudier dans ce mémoire. « La solution du problème diflère d'ailleurs, suivant ([u'il s'agit de l'État, des communes ou des simples particuliei's. « Il est inutile, je pense, de parler longuement des friches appar- tenant à l'Etat. «Très généralement, lorsqu'un terrain im, susceptible d'être mis en valeur par le reboisement, devient la propriété de l'Etat, il ne s'écoule pas un long temps sans que la forêt y soit hislallée. « L'État dispose en etïet, pour administrer ses domaines, d'agents compétents, désireux de tirer le meilleur parti possible de toutes les terres confiées à leur gestion. « L'argent ne fait ordinairement pas défaut. « Aussi, ce qu'il faut demander à l'État, ce n'est pas surtout de reboiser ses friches, mais plutôt d'encourager, d'aider les autres pro- piiétaires à convertir en forêts les terrains incultes qu'ils possèdent. « D'autres vont plus loin. COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 399 « Puisque l'État, disent-ils, se trouve clans les meilleures conditions pour tirer parti de ses friches, pouiMjuoi, étant doiniée l'utilité incon- testable que présente l'œuvre du reboisement pour l'intérêt général du pays, n'acbèterait-il pas, en vue d'y installer la forêt, les terres improductives appartenant aux propriétaires qui sont le moins quali- fiés pour reboiser, c'est-à-dire aux particuliers? « Ce système est admis, dans certaines limites, dons plusieurs Etats européens. « En Prusse notamment, l'Etal alï(3Cte annuellement, depuis vingt ans, 2 millions de marks à l'acquisition de terrains vagues à reboiser. Ce crédit a été porté, depuis cinq ans, à G millions de marks. M. le P' Schwappach déclare que les résultats ont été excellents. 11 conclut que c'est là le meilleur moyen à employer pour obtenir le l'eboise- ment des friches existantes. (( De même, l'État belge a acquis, depuis quelques années, un cer- tain nombre de friches (jui ont été en grande partie reboisées. « En France, à part (juelques rares exceptions, l'État n'est inter- venu, d'une façon aussi directe, que dans les montagnes à consoli- der et dans les dunes maritimes à fixer. « En ce qui concerne les montagnes, l'Étal français procède cha([ue année à des achats importants de terrains à reboiser. La situation de ces acquisitions, au 1" janvier 1903, était la suivante : REGIONS Alpes Cévennos et Plateau central Pyrénées Totaux. . TERRAINS acquis par l'État dans les péri- mètres de reboi- sement hectares 107 929 3G 04 1 10 459 151432 en debors des péri- mètr s hectares 21664 5 600 261 27 525 Total hectares 129 593 41 644 10 720 181957 CONTE- NANCES des péri- mètres de reboise- ment fixés par les lots hectares 214 193 89 810 31 C05 3.5 638 TER- RAINS restant à acquérir hectares 106 264 59 796 21 146 187 206 FRAIS des acquisitions prévues francs 15 < 91 019 10 209 681 1 637 130 27 587 860 f ran es 13 OOû OCO 4 100 000 3 900 000 21 000 000 « Parmi les terrains acquis, un certain nombre (10 ^05 hectares) 400 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE sont reboisés naturellement; d'antres (\A01S hectares) ne peuvent convenir à la culture forestière; 10 400 hectares ont simplement besoin d'être réfectionnés ; la forêt a été créée sur 10:2 G67 hectares ; il reste donc 44.407 hectares à reboiser. « Le reboisement de ces terrains en montagne se présente dans des conditions particulièrement difficiles et onéreuses qui h'gitiment l'in- tervention de l'État; i)resque toujours, avant de pouvoir semer ou planter, il faut fixer le sol, effectuer des ti'avaux coûteux de consoli- dation. (( Les dépenses de toute nature faites au 1"'' janvier 1903 dans les périmètres de reboisement obligatoire se répartissent de la façon qui suit : RÉGION S DÉPENSES RÉALISÉES DÉPENSES PUÉVUES pour les travaux forestiirs pour les travaux pour les travaux Frais pour les acqui- pour pour les acqui- pro- prement dits de correction auxi- liaires généraux sitions (rappel) les travaux sitions (rappel) francs francs francs francs francs francs francs francs francs Alpes 14 003 917 13 679 6U 4 005 000 2 502 081 15 691 049 49 881 (191 18 COO 000 13 000 000 61 600 000 Céveunes et Pla- teaii central. . 6 616 764 381047 1559 210 493 938 10 209 681 19 260 610 7 700 000 4 100 000 11800 000 Pyrénées .... Totaux. . 1967 597 1 481 451 585 417 243 729 1 687 130 5 965 354 9 800 000 3 900 000 13 700 000 22 588 a08 15 542 109 6 149 657 3 239 751 27 587 860 75 107 685 iSa 100 000 -.il 000 000 87 100 000 « On voit que les travaux forestiers proprement dits ne figurent que pour 22 588308 francs sur une dépense totale de 75 107 685 francs, y compris 27 587 860 francs pour les frais d'acquisition. « L'intervention directe de l'Etat français a été encore plus décisive pour le reboisement des dunes maritimes. « L'État était en possession de la plus grande partie de ces dunes à titre, soit de propriétaire, soit, plus souvent, de simple administra- teur. « D'après mon camarade Pierre Buffaull, auteur de La Côte et les Dunes du Médoc, on peut évaluer à 67 050 hectares la superficie des dunes reboisées par l'Etat et à une somme totale de 13 millions la dépense effectuée par lui, pour cette mise en valeur ; ce dernier COMPTE RENDU DU YIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 401 chiffre est confirmé par M. l'admiiiistraleur Bert, dans ISole sur les dunes de Gascogne. « Les particuliers ne sont intervenus que pour le reboisement de 70 hectares, représentant une dépense de 12 600 francs. « Les communes ont encore eu moins d'action. Quelques-unes, ce- pendant, ont, dans ces dernières années, reboisé des lèdes contenues dans les landes. Pieri-e Bnffault évalue à 3 000 hectares la surface de ces lèdes reboisées par les communes et à 24 000 francs la dépense effectuée de ce fait. D'après le même auteur, les particuliers auraient également reboisé 200 hectares de lèdes et dépensé pour cela 1 600 francs. « Aujourd'hui, presque tous les terrains occupés, en France, par les dunes de la mer sont fixés, reboisés, occupés en grande partie par de belles forêts, plantées presque exclusivement en pins mari- times. « Ces forêts sont, pour la plupart, aménagées en futaie, suivant la mélhode du réensemencement naturel et des éclaircies, avec exploi- tation méthodique de la résine. « D'après M. de Lapasse, le produit en argent des 22 971 hectares de forêts domaniales du département des Landes, jadis négatif, a été, durant la période 1894-1905, de 496431 francs, ce qui repré- sente un revenu net de 2F 60 par hectare et par an. Et ce n'est là qu'un commencement, car ces forêts viennent seulement d'entrer en rapport. « On voit, par les chiffres qui précèdent, que l'État français s'est imposé de grands sacrifices pour le reboisement des terrains situés en montagne et dans les dunes maritimes et qu'il a rendu de très grands services dans ces régions où, l'intérêt public était particulière- ment en cause et où l'opération se présentait dans les conditions les plus difficiles, les plus coûteuses. « Actuellement, si les travaux dans les dunes se réduisent presque uniquement à l'entretien de la dune littorale, il y a encore énormé- ment à faire dans les montagnes. «L'Etat y poursuit tous les jours la grande œuvre de restauration qu'il a entreprise et on peut être certain que, avec le temps, il la réa- lisera. AN.N. SGIE.NGE AORON. — 3* SÉRIE — 1908 — I 26 402 ANNALES DE LA SCIENCE AGIlONOMIQUE « Pour le moment, presque tous les crédits dont il peut disposer y sont consacrés. Malheureusement ces crédits ne peuvent pas être aussi importants qu'on pourrait le désirer, car les charges qui incombent à l'État, par suite notamment des lois sur l'assistance publique, augmentent continuellement. « Il est donc bien probable que, longtemps encore, l'État français n'interviendra pas directement pour le reboisement des friches situées ailleurs que dans les montagnes, (( Sans doute, tout boisement présente une utilité au point de vue général; mais on est forcé d'admettre que cette utilité est encore plus grande dans certaines régions que dans d'autres. « Le devoir de l'État est d'aller au plus pressé. « Une autre raison, pour l'État, d'intervenir dans la haute montagne plutôt qu'ailleurs, c'est que les reboisements y sont beaucoup plus coûteux et offrent moins de chance de devenir un peu rapidement rémunc'rat^urs. « En plaine, aucontiaire, la mise en valeur d'un terrain nu peut se faire relativement à peu de frais et procurer, dans un temps plus ou moins rapproché, des bénéfices certains. « Les communes et les particuliers propriétaires de friches peuvent donc, en les reboisant, augmenter leurs capitaux et leurs revenus, tout en travaillant pour l'intérêt général. « Dans ces conditions, il doit suffire, pour les décider à reboiser, de leur faire connaître les avantages et la pratique du reboisement, de les guider et, au besoin, de les aider. c( Enfin, beaucoup estiment qu'il n'est même pas à désirer que l'Etat devienne propriétaire de si grandes surfaces de forêts. De ce nombre est M. Guyot, le savant directeur de l'école de Nancy, et il faut recon- naître que les raisons qu'il donne pour motiver son opinion méritent l'attention. (( La question du reboisement devient déjà plus complexe, lorsqu'il s'agit de friches appartenant aux collectivités, autres que l'État, à qui la loi a reconnu la personnalité civile. « Parmi ces personnes morales, les unes visent l'intérêt public, les autres sont chargées d'intérêts spéciaux. COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRES INTERNATIONAL 403 « Je m'occuperai tout d'abord des premières que je qualifierai de personnes morales administratives. Tels sont les provinces ou dépar- tement?, les communes, les établissements publics. « Il sera surtout question des communes; ce que j'en dirai pourra s'appliquer aux autres personnes morales de cette catégorie. « Le moyen le plus certain d'obtenir des communes le reboisement des friches qu'elles possèdent est de le décréter obligatoire. « Il a été employé en Italie, où la loi du 4 juillet 1874 qui a ordonné le reboisement des biens communaux incultes ou leur aliénation avec obligation de reboiser a abouti, de 1867 à 1905, au repeuplement de 41 716 hectares, et en Espagne, où la loi du 11 juillet 1877 a prescrit de procéder sans retard au repeuplement des vides et clairières des forêts publiques et des terrains en friche. De même, dans les provin- ces de Prusse, Brandebourg, Posen et Silésie, les communes peuvent être contraintes à reboiser leurs terres incultes, non susceptibles d'être utilisées ni pour l'agriculture, ni pour l'industrie (Loi du 14 août 1876, art. 8 et 9). « Ce système de contrainte, appliqué aux communes, ne me paraît pas présenter les mêmes inconvénients, les mêmes difficultés d'appli- cation que s'il s'agissait des particuliers. , (( Un autre moyen consiste dans la soumission obligatoire au régime forestier des friches appartenant aux communes, « Cette mesure a été adoptée plus ou moins complètement dans certains pays, notamment en Hongrie, pour les terrains nus à repeu- pler (Loi XXXI de 1879), en Suisse, pour les prés-bois (Loi fédérale du 11 octobre 1902), et, dans certains cantons, pour les parcelles à reboiser, comprises dans les forêts classées de protection (Loi du 2o novembre 1904, art. 1, pour le canton de Vaud). « Elle est évidemment moins radicale que la précédente ; mais, dans la plupart des cas, elle serait suffisante. « En effet, placés sous la gestion d'agents compétents, sérieux, des terrains susceptibles d'être mis en valeur par la culture fores- tière ne resteraient certainement pas longtemps déboisés. Assez sou- vent, les travaux de semis et de plantations pourraient être effectués facilement avec des sommes prélevées sur le produit des bois en rapport, appartenant aux mêmes propriétaires. Enfin, la soumission 404 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE ail régime forestier assurerait la conservation en bon état des peu- plements nouvellement créés. « Ainsi, dans le département des Vosges, G9C hectares de teri'ains incultes, appartenant aux seules communes de l'arrondissement de NeufcliiÀteau, qui avaient été soumis au régime forestier de 1856 à 1000, sont actuellement occupés presque complètement par des bois en bon état. « Très souvent, les communes n'ont pas les capitaux nécessaires pour effectuer les travaux de reboisement de leurs friches. « Un premier moyen qu'elles ont de se les procurer est l'em- prunt ; en général, les communes trouvent assez facilement à em- prunter; le contrat, lorsqu'il s'agit de personnes morales, peut recevoir des formes nombreuses ; les étudier ici m'entraînerait trop loin. « Mais, les communes peuvent avoir déjà un budget qui excède leurs ressources et se refuser à aller plus loin dans la voie des dépenses. « Elles disposent, dans ce cas, d'un autre moyen : la location emphytéotique. Ayant le temps pour elle, une personne morale peut très bien louer ses friches à long terme et sous la condition qu'elles lui seront remises, complètement boisées, à la fin du bail. C'est de cette façon, pour citer un exemple, que la ville de Saint-Dié, dans les Vosges, a obtenu le reboisement de la côte Saint-Martin. « Ces locations à long terme seraient utilement consenties au profit d'associations de reboisement. « Des associations de ce genre pouriaient ainsi rendre de grands services pour la mise en valeur des friches connnunales. « Aussi, la loi espagnole du 11 juillet 1877 a-t-elle prévu la for- mation de sociétés ayant pour but d'améliorer les forêts publiques et d'en créer de nouvelles. (( En France, on cherche actuellement à constituer, sous le titre « Syndicat forestier de France », une société en actions qui, par des baux emphytéotiques, s'assurerait, pour une longue durée, la libre disposition de terrains dénudés, aj)partenant aux communes et, acces- soirement, aux particuliei's et, grâce aux capitaux apportés par les sociétaires, v installerait la forêt. COMPTE RENDU DU VIIl'' GONCtRÈS INTERNATIONAL 405 « C'est aussi un des moyens que 1' « Associalion pour raniéiiage- « ment des montagnes », qui s'est formée à Bordeaux, compte em- ployer, pour parvenir au but qu'elle poursuit, d'une façon absolu- ment désintéressée. « Enfin, étant donnée l'utilité que présente le reboisement des terres incultes, au point de vue des intérêts généraux, c'est presque un devoir pour les Etats — et aussi pour les provinces ou les dépar- tements — d'encourager, d'aider, suivant leurs ressources, les com- nuuies et établissements publics à installer la forêt sur les friches qu'ils possèdent. « Ces encouragements, ces appuis peuvent être donnés sous des formes diverses : assistance des agents de l'Etat pour le devis et l'exécution des travaux, avances de fonds, exemptions d'impôts, primes, subventions en argent, et, surtout, délivrances gratuites de graines et de plants. « En Prusse, les communes reçoivent vingt fois la valeur de l'impôt foncier dû annuellement poui- les terrains reboisés (Loi du 1-4 août 1876). « En Espagne, l'Etat a pris à sa charge les frais du reboisement des terrains nus appartenant aux communes, sauf que celles-ci ont contribué aux dépenses pour 10 "/o des produits de leurs forêts (Loi du 11 juillet 1877). « En Belgique, les agents de l'État, lorsqu'il s'agit du reboisement de friches appartenant aux communes, sont chargés de l'établisse- ment des devis et de la surveillance des travaux ; l'État prend géné- ralement à sa charge la moitié de la dépense et la province supporte en outre un quart de cette dépense. Grâce à ces mesures, 26 822 hec- tares ont été reboisés, de 1880 à 1895, sur les 88 203 hectares de terres incultes que les communes et établissements publics possé- daient en 1880. « En France, l'assistance, sous des formes diverses, de l'État — et, souvent aussi, des -départements — a donné d'excellents résultats, sur de nombreux points, pour la mise "en valeur des friches commu- nales. « Les reboisements facultatifs de terrains en montagne effectués par les communes, en vertu de la loi du 4- avril 1882, sont résumés 406 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE dans le tableau suivant qui donne les r<'sullats acquis au l" janvier RÉGIOMS Alpes Pyrénées Plateau central . . Autres régions . . Totaux CONTKXANOE des terrains communaux reboisés hectares 34 451,97 960,22 28 187,32 3 453,05 C7 055,56 DÉPENSES supportées par les communes fr. c. 758 858, li 45 879,95 323 191,35 268 620,32 1396 558,74 s l! B V B N T I O N s aocordées par le» (I''par- lenients fr. c. 672 401,26 35 699,53 724 792,74 103 787,27 1536 680,80 alloui'es par l'Etat fr. c. 1CJ8475,42 109 181,07 1 659 502,47 281 335,32 3 688 497,28 DKPEKSES tolalea fr. c. 3 069 734,80 190 763,55 2 707 189,56 653 748,91 6 621736,82 « Dans les départements du Rhône et de la Loire, où les subven - lions des départements viennent s'ajouter à celles de l'Etat, non seu- lement les plants et les graines sont délivrés gratuitement, franco de port et d'emballage, aux communes et établissements puljlics, mais des secours en argent leur sont encore accordés. « Ainsi, le département de la Loire alloue chaque année un crédit de 1 iOO francs aux communes et établissements publics pom^ travaux de reboisement et, en outre, prend complètement à sa charge les frais nécessités par le repeuplement de 14 hectares de terrains appartenant à ces mêmes personnes morales. « Grâce à ces mesures, il a été reboisé par les communes et éta- bhssements publics, de 1888 à 1906, 308 hectares dans le départe- ment du Rhône et 1 177 hectares dans le déparlement de la Loire. Les dépenses ont été de 61 878 francs, dont il -450 à la charge des personnes morales propriétaires, 27 550 accordés par le dépa,rtement et 22 878 alloués par l'État, dans le Rhône — et de 226 585 francs, dont 48 886 acquittés par les propriétaires, 78308 par le d(''pai-tement et 99 301 par l'État, dans la Loii-e. a Le reboisement d'un hectare de friche communale ressort, dans le Rhône, à 200 francs, dont 37 sont payés par les communes ou établissements publics et le reste, soit 80 "/o, par le déparlement et l'État. « Gomme l'État, les provinces ou les déparlements, les communes COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 407 et les établissements publics pourraient utilement acheter des friches, en vue de les reboiser. « Mais, dans plusieurs pays, en France notamment, les ressources dont disposent ces personnes morales étant assez limitées, on ne peut guère espérer que ces achats puissent être jamais très importants. « Quant aux personnes morales qui s'occupent exclusivement d'in- térêts spéciaux, — tels sont, en France, les divers établissements d'utilité publique : sociétés de bienfaisance, de prévoyance et de secours mutuels, caisses d'épargne, syndicats professionnels,... — la question, en ce qui concerne le reboisement des friches qu'elles peu- vent ou pourraient posséder, revient à discuter si elles doivent être assimilées aux particuliers, avec les différences inhérentes à toute collectivité constituée, ou aux personnes morales administratives dont il vient d'être parlé. « Dans beaucoup d'Etats, en France par exemple, les forêts des étabhssements d'utilité publique nç. sont pas soumises à un régime spécial; tous les biens de ces établissements sont considérés comme propriétés privées. Dans ce cas, le reboisement des friches apparte- nant à ces personnes morales doit être effectué par les mêmes moyens que ceux qui seront indiqués plus loin pour les particuliers. Toute- fois, l'opération sera toujours plus facile pour une collectivité : la propriété est en effet moins exposée au changement, au morcelle- ment; il sera possible de contracter des emprunts, de passer des baux à longue échéance. « Mais, étant donnée l'utilité incontestable que présente, pour l'intérêt général, le reboisement des terres incultes, ne conviendrait-il pas d'assimiler, à ce point de vue, les établissements d'utilité publique aux étabhssements publics et de décréter, pour les uns comme pour les autres, l'obligation au reboisement ou, tout au moins, la soumis- sion obligatoire au régime forestier des friches — comme des bois — qui leur appartiennent? « Dans son projet de loi sur les acquisitions de forêts et terrains à reboiser par les associations et les établissements d'utilité publique, l'éminent directeur de l'École forestière de Nancy, M. Charles Guyot, se déclare très nettement partisan de ce dernier système. L'article 6 408 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE de son projet est ainsi conçu : « Les forêts ou Icri-ains à reboiser, « acquis en vertu de l'article 2, sont de i)lcin droit soumis au régime « forestier, au même titre et dans les mêmes conditions que les forêts « d'étaljlissemenls publics. » « Il est certain que cette mesure aurait les plus lieureiix l'ésultats, non seulement pour la conservation des forêts aj)partenant aux éta- blissements d'utilité publique, mais aussi pour le reboisement des friches qu'ils possèdent ou pourraient posséder. L'effet s'en ferait particulièrement sentir, si,'comme le demandent M. (Charles Guyot et d'autres, les associations forestières étaient autorisées à acquérir et à gérer les terrains nécessaires à leur fonctionnement, si les caisses d'épargne et les sociétés de secours mutuels étaient tenues d'employer annuellement une partie de leurs fonds de réserve en acquisition de forêts ou de terrains à convertir en bois. « Si on hésite à soumettre obligatoirement au r(''gime forestier les friches — comme les bois — - appartenant aux établissements d'utilité publi(|ue, on pourrait, tout au moins, autoriser ces personnes morales à demander cette soumission, les y encourager même, au moyen d'exemptions d'impôts, d'offres de subventions en argent et, surtout, en nature. « Il me reste à traiter le cas le plus important, mais aussi le plus difficile, à savoir le reboisement des friches particulières. « Sans doute, il arrive parfois que les particuUers exécutent, de leur propre initiative et sans aucune aide, des travaux importants de repeuplement. « Pour citer quelques exemples, le l'ait s'est produit, en Franco, dans la Champagne et la Sologne. « Une partie de la Champagne repose sur la ci-aie blanche des étages turonien, sénonienetcénomanien. Cette région, qui comprenes résineux demandent moins de profon- deur et de vitesse d'eau que les feuillus ; ils peuvent aussi effectuer de plus longs trajets. Toutes les opérations qui, comme l'écorçage, ont pour résultat d'augmenter la légèreté du bois et d'activer la dessiccation aident au flottage. « Dans toutes les exploitations, il arrive qu'une certaine quantité de bois se gorge d'eau et tombe au fond du ruisseau. La proportion de ces canards varie avec l'essence flottée, la durée du trajet. Pour l'épicéa et de faibles parcours, M. F. Fankhauser admet un déchet de G 7i ; pour le même espace et de longs trajets, la proportion s'élève à 8-10 °/„. Ces nombres sont doublés quand il s'agit du flot- tage de rondins chêne ou hêtre. « Le flottage à bûches perdues ne peut évidemment s'effectuer 10 ANNALES Dli LA SCIENCE AGRONOMIQUE que dans de> toirerits ou des l'iiisseaiix ; mais tous les torrenis ei ruisseaux ne sont p:is nalurellemenl flottables, soit que les crues ne soient pas assez fortes pour entraîner le flot, soit que les rives, le lit et le fond ne soient pas en (Hat de laisseï" écouler les bois. Dans certaines régions on a dû créer des crues artificielles en établissant des retenues avec barrages sur le lit des ruisseaux, ou en mettant ces derniers en communication avec des lacs ou des séries d'étangs ; dans d'autres, on a dû redresser les rives des torrents, adoucir leurs ressauts, niveler et paver leur fond, enlever les blocs gisant dans le lit majeur, pratiquer des passes dans les gravières, etc. Dans les pays neufs, les travaux d'amélioration, d'appropriation des cours d'eau sont toujours profitables aux exploitations forestières ; il suffit même le plus souvent de deux ou trois campagnes de flottage pour en amortir les frais. Ceux-ci sont peu connus. On aimerait donc voir les stations de recherches fournir quelques projets-types de correc- tion d'ensemble. Les modèles d'écluses, d'épis, de digues, de râte- liers, épars dans les différents traités, gagneraient à être cotés et accompagnés de devis. Il y a là une lacune à combler. « [jC morcellement de la propriété, l'utilisation des chutes d'eau, la présence de nombreuses usines sur les plus petits ruisseaux, la cori'ection des torrents, l'avilissement progressif du bois de feu et la hausse corrélative des bois d'industrie, tendent à diminuer considé- rablement en Europe l'importance du flottage à bûches perdues. En France, ce dernier n'a survécu que dans la région du Morvan, grâce aux dispositions de l'ordonnance de 1672 sur la juridiction du prévôt des marchands et échevins de la ville de Paris. Cette ordonnance est le fait de Paris et de ses habitants, pour lesquels en l'absence de voies de communication le manque de combustible était un souci toujours renaissant. La loi du 8 avril 1898 ])orte, dans son tiin^ III, que le flottage à bûches perdues ne peut plus être établi, sur les cours d'eau où il n'existe pas actuellement, que par un décret rendu après enquête et avis des conseils généraux des départements tra- versés par les cours d'eau. Le décret détermine les servitudes néces- saires pour l'exercice du flottage et règle les obligations respectives des propriétaires rivei'ains, des usiniers et des flotteurs. « En Russie, où ce mode de transport est encore largement pra- COMPTE RENDU DU VIII® CONGRÈS INTERNATIONAL 11 tiqué, le flottage est libre, sauf dans les gouvernements d'Arkhangel, de Vologda, d'Olonetz et de Perm, ainsi qu'en Sibérie. Pour le ser- vice des voies de flottage, il est réservé des chemins de halage d'une largeur de 10 sagènes (21™ 34), qui sont du domaine public. « Dans les gouvernements où ce mode de transport est réglementé, il est soumis à un permis spécial délivré, soit par le forestier, chef de cantonnement, pour les forêts de sa dépendance, soit par le pro- priétaire, avec le visa de la police locale, pour les domaines privés. Ce permis mentionne les quantités et espèces de bois flottés et leur lisu d'origine ; il sert de titre légal de propriété. Le service du flot- tage est confié à une administration spéciale, dont les chefs de la navigation sont les représentants locaux. « Entre le flottage libre de la Russie et de la Norvège et le flottage sévèrement réglementé de France et des pays de langue allemande, il existe bien des modalités. Là encore il semble qu'une étude inter- nationale d'ensemble rendrait des services inappréciables aux fores- tiers appelés à traiter ces questions dans les pays neufs. C'est un chapitre des plus intéressants à ajouter au livre de l'histoire des transports forestiers. « Possible sur les petits ruisseaux, le flottage à bûches perdues ne l'est plus sur les rivières un peu importantes, où tous les bois noyés seraient perdus. Au flottage à bûches perdues on substitue alors le flottage par trains pour les bois de feu, par radeaux pour les bois d'œuvre ou d'industrie. C'est par là qu'a commencé la navigation. On a trouvé, en effet, des radeaux chez tous les sauvages qui ne connaissent pas l'usage du fer, et ce mode de transport était pratiqué en Itahe, du temps d'Ulpien, au troisième siècle, comme en témoigne cette citation : Navigii appellatione etiam rates conlinentur, quia plerumqtie et ratium usks necessarius est. « La confection des trains, leurs dimensions, leur mode de réu- nion en files plus ou moins longues, dépendent des conditions spéciales des voies flottables. Chaque système de voies a une régle- mentation propre, imposée aux exploitants. On allège souvent, au moyen de bari'iques vides, les trains composés de bois lourds et fondriers. « Tantôt ces trains sont abandonnés au fil de l'eau, et leur con- 12 ANNALES DE LA SCIENCE AGnONOMKJ IJ E (luite se fait par des procédés rudiiîienlaires ; lanlôl, au contraire, ils sont traînés par des remorqueurs. La cherté croissante de la main-d'œuvre a fait abandonner en bien des régions le transport par train, auquel on substitue le transport par bateau, plus économique et plus rapide. « Dans les solitudes de la Russie, de la Suède, de la Norvège et du Canada, le transport par radeaux des grumes et des billons de sciage est toujours grandement u^hé ; par contre, ce mode de trans- port tend à disparaître de France et des pays voisins. C'est grand dommage, car les bois flottés possédaient, au point de vue technique, une supériorité considérable sur ceux qui ne l'avaient pas été. Le développement de l'agriculture qui s'empare des eaux naturelles pour l'irrigation des terres, la multiplication des canaux qui s'ali- mentent aux mêmes sources, l'extension de l'industrie qui multiplie les barrages au milieu des fleuves et s'approprie leurs rives, le dé- boisement général du globe qui rend les précipitations atmosphé- riques plus rares, tendront à limiter de jour en jour la formation des radeaux. Ceux-ci circulent à la fois sur les eaux douces et sur les eaux salées. « Si le groupement des billes sur le rivage des fleuves et si leur mise à l'eau ne présentent aucune difiîculté dans les pays chauds ou tempérés, il n'en est pas de mèmedansles régions à climat extrême, comme le Canada et la Russie. Les troncs, fixés au sol durci par la gelée, sont alors diflîciles à manœuvrer, et il faut avoir recours à la dynamite pour les séparer les uns des autres et de la terre à laquelle ils adhèrent. Ce travail se fait sans dangei- pour le matériel, dont l'écorce seule est légèrement endommagée. Tantôt les buis accou- ' plés pour le flottage sont entièrement immergés, tantôt ils reposent sur un cadre formé par des rangées de troncs solidement assujettis entre eux par une chaîne de fer, ou rouette, passi'-e dans des trous percé'^ à l'extrémité des tronces. Les radeaux qui naviguent pai- leurs propres moyens demandent à être construits suivant certaines l'ègles. C'est ainsi que l'on prévient les chocs de rive en faisant saillir quel(|ues pièces latérales, qui forment les ailes du radeau, et que l'on parvient à se garantir contre les frottements et les chocs de fond en plaçant en têle les boi>^ les plus courts, en queue les plus COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 13 longs, la forme générale du radeau étant d'ailleurs celle d'un triangle allongé. Pour les radeaux traînés par des remorqueurs sur des rivières larges et profondes, la solidité des assemblages prime toutes les autres considéi'ations. « Les efforts faits jusqu'ici pour faire franchir aux radeaux, non plus des bras de mer, mais les mers elles-mêmes, sont restés sans résultats. La furie des vagues a dispersé en se jouant ce que l'homme avait péniblement assemblé, et les troncs errant à l'aventure sur les chemins frayés de l'Océan constituaient une menace permanente et sérieuse pour la navigation. Il est permis nénnmoins de se demander ce que deviendrait le commerce européen, si les États-Unis, par exemple, pouvaient jeter sur notre marché, presque sans frais, le trop-plein de leur production. Ce serait une nouvelle prime offerte à la déforestation du globe. « Gomme les grumes, les sciages peuvent être flottés. Il n'entre pas dans le cadre didactique de ce mémoire d'exposer la formation des flottes, d'ailleurs décrites dans tous les traités spéciaux. Mais l'industrie des transports foresliers gagnerait à posséder quelques monographies soignées des différents modes de flottage, avec indica- tion des dépenses y afférentes et du prix de revient par tonne et par kilomètre. En France on peut admettre que le flottage par radeaux coûte de 1 à 3,4 centimes par tonne et par kilomètre, sur les rares fleuves ou rivières où ce mode de transport est encore pratiqué. « Transports fluviaux cl par bateaux. — Partout où se f^iit un peu sentir l'évolution économique, ce ne sont plus des trains, des radeaux, des flottes, mais bien des bateaux qui circulent sur les fleuves ou les rivières canalisés, aptes en tout temps à la navigation. De ceux-ci les uns, très grossiers, ne sont destinés qu'à effectuer un seul voyage. Ainsi en est-il pour les bateaux de bois ijui descendent le Danube et qui sont démolis à leur arrivée à Odessa. Les autres, au contraire, de confection plus soignée, font partie de routillage économique d'un pays et constituent un capital qui ne périt (jue pai' usure. « Il n'y a pas longtemps, on considérait la navigation fluviale connue un procédé vieilli et arriéré de transport, dénué de toute 14 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONO.Nf IQUE valeur, el clevanl disparaîtie devant la coricuirence des chemins de fer. Aujourd'hui, le temps a fait justice de cette erreur; le i^rand public, d'accord avec les économistes, conmience à comprendre quels immenses services on pourrait retirer d'un meilleur emploi des rivières navit^ables et des canaux. C'est au commerce des bois, pi-incipal inti'ressé dans la question, à nourrir cette idée. « Mais, pour que la navit>ation fluviale puisse rendre au commerce international tous les services qu'on est en droit d'en attendre, il faut que les dimensions des bateaux soient telles qu'ils puissent passer sans difficulté des rivières aux canaux, et vice versa ; il faut en plus que le bateau-type puisse circuler sur tous les canaux. D'où la nécessité d'une entente internationale pour fixer la forme et les dimensions du bateau-type, pour assigner aux écluses une longueur convenable, pour régler enfin la profondeur minima des canaux. « Dans les pays comme l'Allemagne, où les canaux sont simple- ment destinés à joindre les rivières entre elles, on trouve des cha- lands dont le chargement moyen est de 340 tonnes, pour un tirant d'eau de I'"20; mais tous ces chalands sont pourvus d'avant-becs qui facilitent le halage. En France, les chalands du Rhône et de la Saône ont des dimensions analogues à celles des bateaux allemands, leur tonnage varie de 200 à 600 tonnes. Par contre, les gabares de l'Adour, longues de 19 à 25 mètres, larges de ^'"ôO à 5 mètres, tirent à jileine charge de i'"20 à 1"'40 et portent 25 à 30 tonnes. Sur les canaux du Nord, de l'Est, du centre de la France, circulent des bateaux-péniches, types du Nord ou de la Bourgogne, qui ont 38"'50 de longueur, 5 mètres de largeur et qui poi'tcnt environ 300 tonnes. Ces chargements de 300 tonnes sont suffisants poin- assurer une exploitation rémunératrice ; ils demandent des écluses longues de 38"" 50, larges de 5™ 20, et un tirant d'eau de 'l'"80 au maximum. Munis d'avant-becs, ils constitueraient le bateau idéal pour nos bois. « Les conclusions soumises à l'approbation du congrès pourraient donc se formuler comme suit : a 1" Étudier un dispositif d'avant-bec à appliquer aux bateaux actuels circulant sur les canaux et rivières canalisées, de manière à réduire l'effort de traction ; COMPTE RENDU DU VllI* CONGRÈS INTERNATIONAL 15 « 2° Fixer à 88'"50 ou à 40 mètres la longueur minima des écluses sur les nouveaux canaux à créer ; « 3° Demander que tous les canaux nouveaux, ouverts au trafic international, comportent une profondeur d'eau de 2™50, pour un tirant d'eau des bateaux de i'"80; « 4° Inviter les sociétés de halage à applitjuer des tarifs réduits aux bateaux munis d'avant-becs, de manière a tenir compte de leur moindre résistance. « Reste la question si discutée du tonnage. ft II ne faut pas se dissimuler que les procédés actuels, tout pri- mitifs et antiques qu'ils soient, remplissent très suffisamment le but qu'on se propose et qu'il est difficile de leur trouver des remplaçants qui présentent de réels et importants avantages sur eux. Cette suffi- sante adaptation des procédés de traction par hommes ou par ani- maux résulte même des dimensions adoptées, tant pour les voies navigables que pour les bateaux, qui, aussi bien les uns que les autres, ont été projetés et exécutés précisément en vue de ces modes de traction, et qu'il ne peut pas être question de modifier d'un coup en vue de les approprier à d'autres procédés. « Sur les fleuves et les rivières, où se sont maintenues des condi- tions naturelles très peu changées par l'art dos hommes, l'adaptation du halage par moteur animé n'a jamais été bonne, et c'est pourquoi ces voies navigables ont reçu les premières des applications de trac- tion à vapeur sous forme de remorcjueurs, loueurs ou porteurs. « Nous passerons sur les remorqueurs et les toueurs, copies ré- duites des vaisseaux affectés à la navigation maritime, pour nous appesantir un peu sur le rôle des porteurs. Ceux-ci doivent être adaptés à la navigation intérieure, c'est-à-dire posséder des dimen- sions assez restreintes pour pouvoir franchir sans difficulté les écluses des canaux. Un des meilleurs types est celui répandu sur les canaux américains : il a 6 mètres de large, 30 mètres de long, 1"50 de tirant d'eau ; sa charge est de 180 tonnes environ, abstrac- tion faite du poids des machines. Ces bateaux servent, non seulement comme porteurs, mais encore comme remorqueurs. Le plus sou- vent, on leur fait pousser un bateau et remorquer deux autres accouplés ensemble, qu'ils tirent par une longue remorque. Les 16 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE bateaux-remorques portent chacun 250 tonnes, ce qui donne au train une charge utile de 3 X 250 -f- 1 80 ^== 0:30 tonnes. « Kn France, on possède également quelques types de porteurs à marche rapide, tels sont ceux de la Marne au Rhin, de l'Oise et des canaux du Nord. Ces bateaux à hélice ont 35 à 30™ 50 de long, 5 mètres de largeur; leur tirant d'eau varie de 50 centimètres à vide à 2'"10 à charge complète ; leur tonnnge effectif est de 120 à 220 tonnes ; leur vitesse, de 35 à 40 kilomètres par jour sur canaux, de 12 kilomètres sur rivières. Tous présenlent, comme caracléris- tique, grande puissance de machine et grand aflînement de forme. « On peut se demander pourquoi ces types de porteurs ne sont pas plus répandus sur les canaux. Cela tient à ce que, sur ces voies, le halage par hommes et par chevaux répond le plus souvent aux conditions d'établissement des canaux, coupés de trop fréquentes écluses. « Sur les canaux du centre de la France, deux hommes peuvent, sans trop se fatiguer, traîner chaque jour un bateau berrichon de 200 tonnes, à une distance de 15 kilomètres pendant la belle saison, de 10 kilomètres pendant la mauvaise, en franchissant une dizaine d'écluses. « Sur les canaux du Nord, deux chevaux moyens peuvent conduire une péniche de 300 tonnes à 15 ou 18 kilomètres de distance dans une journée de travail. Le prix de traction est extrêmement bas : il ressort à 1-3 millimes par tonne et par kilomètre. Cette faiblesse même donne l'impression qu'il n'y a guère à gagner de ce côté, quel que soit le procédé mécanique qu'on tente d'y substituer. Le seul reproche que mérite le halage par hommes et par chevaux est son extrême lenteui". Kn dix heures de marche effective, non compris les arrêts aux écluses, deux hommes font 10 kilomètres, deux chevaux 15 kilomètres environ. Mais, même à ce point de vue, ce serait nourrir une illusion (|ue de croire qu'on puisse en général obtenir une vitesse bien supérieure, sans sacrifices pécuniaires inacceptables, à cause de la proximité des écluses. « Sur le réseau des canaux français, la longueur moyenne des biefs est voisine de 2 kilomètres; un bateau halé par des hommes met deux heures à franchir un bief; halé par des chevaux, il met COMPTE RENDU DU VIIl' CONGRÈS INTERNATIONAL 17 une heure vingt minutes ; de sorte que la vitesse de marche est de 2 kilomètres en deux heures vingt minutes pour des hommes, de 2 kilomètres en une heure quarante minutes pour des chevaux, soit à l'heure 850 mètres et l^^SOO. « En admettant que l'on parvienne à doubler la vitesse de marche ordinaire en plein bief, la vitesse moyenne ne serait pas augmentée dans la même proportion, puis({u'on perdrait toujours vingt minutes par écluse. Le bief moyen de 2 kilomètres prendrait quarante mi- nutes pour le parcours et vingt minutes pour l'éclusage, soit une heure en tout, et la vitesse deviendrait 2 kilomètres à l'heure au lieu del'""200. « Mais, pour doubler la vitesse, il faudrait plus que quadrupler la traction, et le prix en deviendrait peut-être prohibitif. « Si, au lieu de considérer les lourdes péniches du Nord, on en- visage les bateaux de l'Est etduGentre, qui ont un avant moins lourd et un tonnage moins élevé, on constate que deux chevaux peuvent leur imprimer une vitesse supérieure à 2 kilomètres à l'heure. En doublant la vitesse de marche, c'est-à-dire en leur appliquant une traction quatre fois plus grande, on leur fera franchir le bief en une demi-heure, de sorte qu'éclusage compris, ils feront 2 kilomètres en cinquante minutes. Leur vitesse moyenne passera de l'""5 à 2'""4 à l'heure. L'augmentation relative sera encore moindre que dans le premier cas. « Ainsi, le problème qui consiste à trouver un mode de halage mécani<[ue, permettant de faire coïncider une augmentation de vitesse avec une diminution des prix, est difficile à résoudre. 11 inté- resse cependant au plus haut point le commerce international des bois, qui ne saurait se désintéresser de la question. Celle-ci ne tar- dera vraisemblablement pas à être solutionnée, grâce au concours des moteurs électriques ou à pétrole. « Parmi les premiers, je me bornerai à signaler le système de M. Galliot, l'éniinent ingénieur en chef des ponts et chaussées de Dijon, auquel la navigation fluviale doit déjà tant de perfectionne- ments. Le propulseur Galliot se compose d'une sorte de bachot 1res étroit et très profond, ayant 2"" 25 de longueur, 45 centimètres de largeur et l'"20 d'enfoncement. Au fond du bachot est placée une ANX. SCIENCE AGROX. — 3^ SÉRIE — 1008 — H 2 18 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE dynamo dont l'arbre est raccordé par un manchon un peu élastique avec l'arbre de l'hélice. Pour réaliser l'accouplement de ce propul- seur avec un bateau ordinaire de commerce, on le pourvoit, sur sa face d'amont, d'embrasses (pii peuvent venir serrer une mèche de iiouvernail, qu'on assujettit, sur l'arrière du gros bateau, au lieu et place de la mèche du gouvernail ordinaire. Le bachot 'sert donc à la fois de propulseur et de gouvernail. « En accouplant le propulseur ainsi construit à l'arrière d'un bateau portant !200 tonnes, on est arrivé à lui imprimer une vitesse de 3 kilomètres à l'heure, en fournissant au moteur électrique moins de 3000 watts, c'est-à-dire l'équivalent de quatre chevaux. « Le seul inconvénient présenté par ce système réside dans ce qu'il ne peut s'appliquer aux bateaux péniches de 38'"50, en raison de la longueur du bachot et des difficultés d'éclusage qui en résultent. Mais il donne d'excellents résultats avec les bateaux de l'Yonne, dont l'arrière, au lieu d'être un plan vertical, forme une espèce de voûte, en sorte que, au niveau de la flottaison, cet arrière est incliné d'en- viron 45° sur la verticale. Le propulseur est alors très facile à installer, et au passage des écluses il se replie sous cette voûte et se trouve parfaitement à l'abri. Son rendement est d'ailleurs amélioré par cette découpe du fond du bateau, grâce à laquelle l'eau arrive bien plus facilement à son hélice. « Le système (jalliot réaliserait très certainement un procédé commode et économique pour la navigation intéi'ieure, soit que les moteurs reçoivent l'énergie nécessaire par une ligne électrique placée le long de la voie navigable, soit (|u'une machine emportée par le bateau crée elle-même cette énergie. Remarquons que ce procédé de touage présente l'énorme avantage de n'exiger aucun conducteur sur la berge du canal, ce qui constitue une économie d'un homme sur l'équipage du bateau. « En ce qui concerne les moteurs à pétrole, il existe déjà en Bel- gique plusieurs types de bateaux munis de propulseurs à hélices et consommant du pétrole comme combustible. La vitesse réaUsée est de 4'"" 200 à l'heure; la dépense de combustible de 4 centimes par cheval et par heure. Malheureusement, tous ces bateaux ont un ton- nage trop faible pour le transport des bois. COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 19 (( Les bateaux automoteurs à gaz pauvre réalisent une économie encore plus grande de combustible, tout en permettant d'augmenter les vitesses et le tonnage. Un type exécuté par M. Brunet, sur les devis de M. Galliot, et mis en marche sur la Saône, a donné, en période de crue, une vitesse de 5 kilomètres à l'heure en remonte, de 10 kilomètres en descente. Son tonnage utile était de 174 tonnes à l'enfoncement de l'"80, et sa dépense de 2 centimes d'anthracite à l'heure. « Partant de ces données,. M. Fôigne a pu établir les comparaisons suivantes pour un bateau de 170 tonnes, accomplissant un parcours de 255 kilomètres, distance de Cette à Toulouse-Saint-Sauveur, y compris la traversée de l'étang de Thau : « 1° Par la traction animale, à 1 centime la tonne kilométrique, compris le coût du remorquage sur l'étang de Thau : 427^90 ; « 2" Par un remorquage mécanique quelconque, à un prix de 5 minimes la tonne kilométrique, compris le remorquage sur l'étang de Thau : 226^45 ; « 3" Par un bateau automoteur à pétrole, force 25 chevaux, y compris la traversée de l'étang d'e Thau par ses propres moyens, dépense 12 centimes à l'heure : 204 francs ; « 4° Par un bateau automoteur à gaz pauvre, force 25 chevaux, y compris la traversée de l'étang de Thau par ses propres moyens, dépense 2 centimes à l'heure : 40 francs. (( On peut mesurer par ces chiffres l'intérêt que présente la ques- tion pour le commerce des bois. ft En dehors des porteurs, on a cherché depuis longtemps à ré- soudre mécaniquement la question du touage. L'idée de remorquer les bateaux en se halant sur une chaîne ou un câble noyés dans la voie navigable est très ancienne ; elle remonte au milieu du siècle dernier. « Ce système s'applique aux rivières, aux fleuves, aux lacs, aux canaux à écluses très éloignées. Il est usité sur le Rhin, en France, en Belgique et sur le lac Erié en Amérique. Il s'applique exclusive- ment à la navigation en convoi. «, On commence par installer sur le fond de la voie navigable une chanie ou un câble qu'on amarre à leurs extrémités et auxquels on 20 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE laisse un mou suffisant dans leur parcours. Le lialage se fait par l'in- termédiaire de bateaux loueurs munis de machines plus ou moins puissantes, qui font touiner des tambours placés sur le pont du bateau. On enroule la chaîne un certain nombre de fois sur ces tam- bours. Le mouvement des machines se traduit par nn effort de traction sur la chaîne. Celle-ci ne pouvant reculer que d'une faible quantité due au mou qu'on lui a laissé, c'est le loueur qui se meut dans le sens oîi il est tiré, entraînant dans son mouvement la rame de bateaux qui lui sont accoujtlés. « Les organes essentiels d'un système de louage sont : la chaîne ou le câble d'une part, les tambours ou poulies sur lesquels s'appuie cette chaîne ou ce câble d'autre part. Les câbles sont à lils d'acier; ils sont enroulés sur des poulies Fowler, dont la jante serre automa- tiquement le câble. L'usure des câbles est très rapide. En France, on n'emploie que des chaînes calibrées en fer fm, d'un poids de 6 à 10 kilos au mètre sur les canaux, de 15 kilos sur les rivières. L'enroulement se fait sur deux tambours en fer ou en fonte, lisses ou à gorge, d'un diamètre d'environ 70 â 80 centimètres, distants de 2 ou 3 mètres et animés d'un mouvement commun imprimé par la machine. « Enfin, depuis quelques années, on s'est beaucoup occupé de la traction électrique sur les canaux, soit au moyen de tricycles sur piste, soit au moyen de tracteurs sur rails, soit au moyen de câbles. Tous ces systèmes prennent leur point d'appui sur la berge du canal. Le plus connu est le tricycle Galliot, mis en service sur les canaux du Nord, entre Béthune et Pont-à-Vendin d'une part, entre Pont-à- Vendin et Courchelleltes d'autre part, sur un parcours total de 60 kilomètres. Ce tricycle donne une vitesse effective de halage de 3 kilomètres à l'heure et un parcours journalier utile de 18 kilo- mètres. Par sa robustesse, la simplicité de ses organes, son rende- ment, le tracteur Galiiot, qui roule à même sur les chemins de hnlage, constitue le type idéal des moyens de sa catégorie. « S'il n'appartient pas au congrès de se prononcer sur le choix de ces dillèrents systèmes de touage, il peut toutefois émettre un vœu tendant à ce que la traction mécanique soit substituée, partout où cela est possible, à la traction animale, en vue d'augmenter la COMPTE RENDU DU Vllf CONGRÈS INTERNATIONAL 21 rapidité des échanges par la voie d'eau. Enfin, comme conclusion à celte étude, nous donnons ci-contre la carte des voies navigables de France en 1882, carte qui demanderait à être complétée pour chacun des États européens adhérents au congrès. On pourrait ainsi, d'un coup d'oeil, embrasser les services immenses et variés que peut rendre la navigation fluviale au commerce mondial des bois. « Navigation maritime. — La navigation maritime ne nous inté- resse pas moins que la navigation fluviale. Et de même que les mar- chés de New-York, d'Odessa, de Melbourne, contribuent puissamment à régler le cours du blé en Europe, de même les mercuriales de Riga, de Danzig, de Fiume, de Trieste, de Galatz, de Québec, etc., exercent une action considérable sur le cours intérieur de nos bois. A mesure que les vitesses de transport se sont accrues, les côtes se sont rapprochées, conmie si les mers allaient sans cesse en se rétré- cissant. Il semble que, dans l'intervalle de ce siècle, l'océan Atlan- tique se soit réduit des deux tiers, ou encore que Buenos-Ayres, qui était en 1830 à 16 000 kilomètres de Bordeaux (sa distance géogra- phique réelle), n'en soit plus aujourd'hui qu'à 3 870, au point de vue de la durée des trajets. Des effets analogues se sont produits pour la baisse des prix : les progrès commei'ciaux et techniques ont réduit les frets et rapproché à ce point de vue les côtes étrangères, de même que les taxes de port et les droits de douane les éloignent. Mais, si l'on peut dresser pour les voyages terrestres une carte des prix en regard de celle des durées, rien de semblable ne peut être fait pour les frets, à cause de leur incessante mobilité et faute de données suffisamment concordantes et précises. « Si l'on songe aux ruines que les variations du fret peuvent accu- muler sur le vieux monde, en faussant les cours, on regrettera de posséder si peu de documents sur la navigation maritime. II serait indispensable d'avoir le relevé des frets en droiture dés principaux ports de commerce, exportateurs de bois, ainsi que la durée des tra- jets, et ce pour le laps des quinze ou vingt dernières années. C'est de l'examen de ces chiffres que l'on pourra déduire la loi probable de la marche des frets dans l'avenir, loi que traduiront des courbes faciles à dresser et à compléter. C'est principalement à la recherche 22 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE et à la coordination (h; ces matériaux que devront s'attaclier les pro- chains congrès. Il suffirait, pour l'instant, de désigner les ports de départ et d'arrivée, pour les((uels ces renseignements devraient être recueillis, soit auprès dont le fond du chenal est formé de terre humide, et les parois de grumes superposées, retenues par des câbles amarrés à des piquets. On donne au profil en travers la forme d'une rigole semi-cylindrique de 1 mètre environ d'ouverture, de 70 à 80 centimètres de profondeur. « L'établissement de ces couloirs revient à 50 à 75 centimes le mètre courant, non compris la valeur des bois employés à les garnir. Les pièces de bois à lancer ne doivent pas avoir plus de 4 à 6 mètres de long, afin de pouvoir se prêter aux différents changements de direction qu'elles doivent subir. « Rieses. — La riese est un couloir perfectionné. Au début, on Lésignait plus particulièrement sous ce nom des lançoirs formés pir des troncs d'arbres coucliés côte à côte perpendiculairement à la direction du mouvement. Sur ces surfaces unies, le glissement était plus facile, moins dommageable pour les bois, et l'on pouvait jeter CiS tabliers sur les précipices et les torrents, comme de véritables ponts-levis. « Mais ces rieses entraînaient une consommation prodigieuse de bois. Peu à peu, on en vint à former un simple chenal de glissement avec des grumes écorcées, placées dans le sens même du mouve- ment. A ce procédé par trop primitif, on a substitué, spécialement dan; le Tyrol, des chemins de riesc méthodiquement construits et pouvant être utihsés d'une manière permanente à la sortie des pro- 24 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE diiits d'une forèl. Je sortirais évideiiimeiil de mon rôle en j'efaisant ici, où ils existent depuis si loni^lemps, la description de l'histoire des chemins de riese, conception véritablement géniale pour les hautes montagnes. Je me bornerai à saluer mes éminents collègues MM. Micklitz et Marchct, qui les ont fait connaître et qui ont con- tribué à leur amélioration. Ces chemins de riesp circulent et s'allon- gent sur les versants à la façon de gigantesques serpents. Ce sont, tantôt de simples couloirs, tantôt des rigoles en forme d'auge creu- sées dans le sol- et bordiîes de grosses pièces en guise de garde-fous, tantôt des glissoirs aériens en bois, ou même des tunnels souterrains. Leur caractéristique réside dans la raideur des pentes de leui' tracé, ce qui en limite le développement et par suite les frais de construc- tion. C'est ainsi que les rieses à glace peuvent avoir des pentes de 2 à 5 "/„ ; celles à neige, de 10 à 15 "/„ ; celles en terre, de 16 à 4-8 °/o suivant la nature du terrain. Les frais de construction oscillent entni 1 400 et 8 000 francs le kilomètre, en moyenne S 000 francs. « D'une façon générale, on peut dire que les chemins- de riese sont moins coûteux à établir que les chemins de voiture ; leur entre- tien est également moindre. Ils offrent un très petit profd en travers avec un faible développement en raison de leur forte pente. Heureu- sement combinés avec des portions de rieses en bois, ils offrent la possil)ilité de conduire les différents produits d'une exploitation, avec le minimum de main-d'œuvre, des plus hautes montagnes jus- qu'au fond des ] lus basses vallées. A ce titre donc ils peuvent rendre des services signalés en montagne, non seulement dans les pays neufs, mais même dans les régions de culture intensive, très riches en forêts. Il est évident que partout où la propriété est morcelée, où les bois alternent avec les prairies et les céréales, il ne saurait être (juestion de rieses : rien ne peut alors remplacer la route et le trans- port sur essieux. « A côté des rieses terrestres, on peut placer les rieses à eau, employées en Roumanie et en Californie pour le transport des sciages sur de très longs parcours; elles sont caractérisées par leur faible pente, 5 à 55 millimètres par mètre, et formées d'un canal étanche en planches et madriers jointifs, dans leijuel on fait arriver l'eau nécessaire au flotlage. Le transport et la recette se font auto- COMPTE RENDU DU VIII® CONGRÈS INTERNATIONAL 25 maliquement, sans antres frais que ceux qui résultent de rétablisse- ment de la riese. Celle-ci constitue bien, pour les pays neufs, le moyen idéal de transport dans les vallées larges, à pente légère, el où l'on peut installer de loin en loin des prises d'eau pour alimenter la nappe liquide et compenser les pertes inévitables qu'elle subit. On conçoit bien, d'ailleurs, que les chemins de riese et les rieses à eau puissent se compléter l'une par l'autre dans une exploitation impor- tante. Les premières amèneront, en effet, à la scierie les grumes abattues sur les versants escarpés; les secondes flotteront jusqu'à un port ou jusqu'à une gare, les planches provenant du sciage. L'eau qui actionne la scierie pourra être utilisée pour l'alimentation de la riese. « Traînage. — Si l'on peut facilement transporter à dos d'homme ou de bête les gommes, le caoutchouc, le charbon, les écorces, le liège, voire même encore les petits bois de chauffage et d'industrie, il n'en est pas de même des grosses tronces. Le procédé le plus pri- mitif de transport pour les amener sur les routes et sur les rives des rivières flottables, c'est le traînage. Prohibé dans nos exploitations bien policées, parfois cependant toléré à regret dans des conditions difficiles de vidange, ce mode de transport est resté d'un usage cou- rant dans certaines forêts des tropiques. Quand les arbres ont été abattus et équarris, on trace une piste dans la foret vierge, piste sur laquelle on étend des rondins soigneusement ravalés de leurs bran- ches, et le transport se fait par des équipes humaines lialant à force de bras. C'est une modalité du transport sur rouleaux. Ce dernier, tout démodé qu'il est, trouve cependant encore chez nous de fré- quentes appUcations, quand il s'agit de sortir de très grosses pièces de bourbiers ou de marécages, mais alors on substitue la traction animale à la traction humaine. « Roules. — Les roules sont l'indice certain d'une civilisation avancée et d'une culture perfectionnée. Dans tout pays où la pro- priété est morcelée, l'exploitation rationnelle du sol ne peut se faire que par des routes. On peut distinguer les routes en terrain naturel et les routes empierrées. Trop souvent les premières constituent les 26 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE seules voies d'accès coiiduisaiiL à la forêt; elles sont alors d'un par- cours extrêniemenl difficile, dès que la circulation devient un peu active. On peut les améliorer pai^ des procédés simples et peu coû- teux, qui sont : le paillage dans les chemins sablonneux, le roulis de branchages dans les terrains arsiileux et humides, le bâchonnatre dans les tei-rains sablonneux de montagne. Nous n'avons pas à reve- nir sur la description et le coût de ces travaux énumérés dans les traités spéciaux. Mais nous ferons remarquer que, de l'état des routes et des chemins dépend le choix du moteur et du matériel roulant. Toutes les fois qu'il s'agit de chemins humides, boueux, on doit employer de préférence des l>œufs pour la ti'action et des chars massifs. On admet que le travail d'une paire de chevaux est de 4 kilo- mètres environ par heure, et celui d'une paire de bœufs de 2 à 5 kilo- mètres ; mais, dans ces terrains fondriers, les chevaux s'épuisent vite et le rendement est notablement inférieur à celui dotmé par les bœufs, qui coûtent d'ailleurs moins à nourrir. Sur les chemins natu- rels de montagne, il y a encore avantage à utiliser des bœufs pour des parcours inférieurs à 10 kilomètres ; en revanche, les chars peu- vent être beaucoup plus légers. « Quel que soit le mode de traction utilisé, le tracé des routes en terrain naturel doit toujours être effectué en vue d'une adaptation ultérieure à des moyens perfectionnés de transport. Qui sait si, dans vingt ans, l'automobilisme n'aura pas bouleversé de fond en comble les conditions actuelles des transports? Lorsque les terivnins à tra- verser sont très accidentés, il y a d'autant moins d'intérêt l'i i'(!Jeler les fortes pentes, que rinchnaison de ces dernières s'éloigne moins de celles des autres parties du tracé ; que la longueur d'ensemble, des pentes raides est plus considérable relativement à celle des pentes douces ; que les chaussées et les voitures sont plus imparfaites ; que, comparativement à leur pi-opre poids, les moteurs animés sont plus forts; parce qu'alors, indépendamment de l'obstacle isolé i)ar la forte pente en question, toutes les autres circonstances du transport con- courent à déterminer la réJuction du chargement. « En pays de plaine, où les voitures et les attelages sont choisis et les chargements déterminés pour le cas ordinaire de parcours presque hoi'izoïitaux, les pentes raides qu'on peut accidentellement COMPTE RENDU DU Vlll" CONGRÈS INTERNATIONAL 27 rencontrer doivent être absolument détruites. Il est facile d'appuyer ce raisonnement sur des chiffres. Sur une pente de 7 "/„, quatre che- vaux attelés à un char à deux roues, de 17 centimètres de largeur de jantes, traîneraient à peine un poids brut de 2 400 kilos. Une fois cette rampe franchie, les chevaux chargés à 2 400 kilos n'exer- cent plus que les deux cin(|uièmes de l'effort qu'ils pourraient rai- sonnablement donner. Si l'on ne devait pas rencontrer cette rampe de 7 °/o dans le trajet, on pourrait, sans surcharger les chevaux, augmenter le poids brut dans le rapport de 2 à 5, et le poids utile dans le rapport de 900 à 4 500 kilos. Si donc la rampe n'occupe que le dixième du trajet à parcourir sans modifier le chargement, on réduit, sur les neuf dixièmes du parcours, le poids utile au cinquième de ce qu'il devrait être en vue du seul obstacle à fran- chir. C'est là, on le conçoit, une perte qui, répétée à chaque instant, constitue un dommage considérable. Sans doute, on peut recourir à des renforts, mais c'est là le principe d'un autre genre de perte : il faut, en effet, que la circulation paie le temps plus ou moins considérable perdu par ces renforts. C'est un surcroît de frais et une gêne. « En somme, pour le présent et pour l'avenir, si l'on est obligé de sortir de la série des pentes modérées, il faut le plus possible ne con- server sur un tracé aucune inclinaison qui fasse anomalie dans l'en- semble de la route. « Il est admis en France, vraisemblablement dans d'autres pays encore, qu'on ne doit compter, pour les transports forestiers, que sur le matériel agricole ordinaire. De fait, à part les fardiers ou Iriqueballes, on ne trouve généralement, dans les ouvrages descrip- tifs, aucun modèle de chars adaptés au chargement des bois. J'ai essayé récemment de combler cette lacune en ce qui concerne la France, en faisant connaître quelques types en usage pour les trans- ports forestiers. Il serait bon de s'engager plus avant dans celte voie et d'encourager les recherches en vue d'améliorer et de perfec- tionner le matériel forestier roulant. « Il appartient au congrès d'orienter ces recherches, de tracer le type idéal pour chaque nature de terrain et pour chaque mode de transport. A côté du bât muletier, viendront successivement se 28 ANNALES DE LA SCIENCE AGUONOMIQUE placer les traîneaux, les fardiers et chars à deux roues, les chars à quatre roues, et enlin les automobiles surtout auxquelles paraît échoir, dans un avenir très prochain, un rôle prééminent dans i'in- dustrie des transports. « Je rappelle, pour finii-, (|ue la formule schématique du U-ans- port est : Sur les chemins difficiles et mauvais ;;, = o^GO + 0^83 (/, Sur les chemins médiocres en terrain naturel. . p^ = 60 + 55 rf, ^■l, Sur les routes empierrées ^^3 = GO + 2 J rf. « Dans ces formules, p^ p^ p^ représentent les frais de transport par tonne ; cl est la distance parcourue en kilomètres, et 00 centimes expriment les frais de manutention. = 0^25 4- 0^30 d. « Bien que les chemins de schUtte ne puissent remplacer les routes forestières sur de longs trajets, ils réalisent, sur des parcours limités, une économie sérieuse qui peut se monter jusqu'à 4-0 "U des frais inhérents au transport sur essieu par de mauvais chemins de mon- tagne. Dans une région où les scieries sont abondantes et placées au centre des massifs forestiers, le chemin de schlitte peut alors cons- tituer la voie normale d'alimentation de ces scieries et le moyen de vidange le plus économifjue pour le propriétaire. C'est le cas de certaines forêts vosgiennes. En dehors de ces conditions spéciales, le schlittage trouvera rarement une application rationnelle, si ce n'est cependant encore pour amener à une rivière ou descendre sur une route les produits d'un versant difficile à aborder. « Porteurs sur rails en bois. — Des wagonnets en bois roulant sur des rails également en bois, telle est la conception la plus simple du porteur, réalisable partout où le bois et la main-d'œuvre sont à bon marché et où il est impossible d'amener à pied d'œuvre, sans frais considérables, un matériel bien compliqué. « La voie peut avoir 90 centimètres à 1 mètre de largeur ; les rails, 6 à 9 mètres de longueur, 18 centimèlres de hauteur, 9 à 10 centimètres de largeur. Tantôt ces rails sont placés sur des traverses distantes de 3 à 5 mètres, reposant sur le sol préalablement nivelé suivant un profil en long déterminé ; tantôt ils reposent sur des bâtis 30 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Cil bois, de formes variées, qui permetteiil d'éviler (roiicreiix terras- sements. Dans ce cas, la pente générale du tracé s'obtient, comme pour les exhaussements de rieses, en faisant varier la hauteur des poutres ou des traverses supportant les rails. Ceux-ci sont reliés par des barreaux transversaux, de 3 centimètres d'épaisseur et de 3 centimètres de largeur, et l'ensemble figure assez bien une échelle posée à plat. « Les frais d'établissement et de construction de la voie peuvent atteindre 24-00 francs le kilomètre, abstraction faite de la valeur des bois utilisés et dont le volume est d'environ 100 mètres cubes pour cette distance. « Le matériel roulant est formé de wagons à plate-forme, avec ou sans ranchers, pouvant avoir 2"' 70 de long et l'"10 de large. Les essieux sont constitués par un axe en fer forgé, de 30 millimètres de diamètre, directement fixé aux longerons. Les roues, en bois ou en fonte, ont un diamètre de 50 centimètres, une épaisseur de 5 cen- timètres ; elles sont chanfreinées sur 2 centimètres. Ces wagonnets portent environ 1 400 kilos, poids mort compris, et coûtent à peine 100 francs. « Les porteurs en bois fonctionnent à la manière des porteurs sur rails en acier ; mais ils peuvent tolérer en descente des pentes beau- coup plus raides avec des moyens primitifs d'enrayage. Ils convien- nent donc bien dans les pays neufs, quand on n'a pas à craindre les ravages des termites et quand il s'agit d'exploitations intensives, mais d'une durée limitée à quatre ou chiq ans. « La formule schématique du porteur en bois est la suivante : a Porteurs sur rails en acier. — Le petit porteur en fer, à voie de 60 centimètres de largeur, est trop connu poui' qu'il soit néces- saire d'insister sur sa construction et sur ses avantages. « Dans les colonies et les pays neufs, où l'on se trouve en pré- sence d'un gros matériel exploitable, il constitue le moyen idéal de transport. Dans les forêts vierges, les pistes encombrées de bois de tous calibres se prêtent merveilleusement à l'installation du rail. Il suffit, en effet, de fixer ce dernier sur les tronces abattues, et dont COMPTE RENDU DU VIIl'^ CONGRÈS INTERNATIONAL 31 la face supérieure a été préalablement nivelée et entaillée grossière- ment. Dans les forêts de médiocre étendue, exploitées par séries de petites coupes, l'installation de porteurs est surtout avantageuse quand il s'agit de conduire les produits des exploitations à des gares, à des ports ou à des scieries, situés, soit à l'intérieur du massif, soit sur sa périphérie. En général, il est rare que l'on puisse maintenir la voie ferrée jusqu'au terme de son parcours sans sortir de la forêt ; le plus souvent, on aboutit à des chemins du domaine public, sur lesquels l'installation du raiiway n'est pas toujours possible. Les bois devraient donc emprunter la voie de fer sur une partie du trajet, la voie de terre sur l'autre ; il en résulterait, pour charger et dé- charger, des frais considérables de manutention, qui annuleraient complètement les bénéfices de l'opération. « Pour remédier à ces inconvénients, la maison Orenstein et Koppel a créé récemment le chemin de fer à charrette, permettant de transporter les grumes au moyen de fardiers ou de chars ordi- naires, roulant sur des rails, sans qu'il soit besoin de transborder les marchandises en passant de la voie de terre à la voie de fer. Grâce à ce système, on peut charger directement les bois dans la coupe et les amener à une rampe dite de chargement, où les chars sont reçus par des trucs roulant sur la voie. De cette façon on peut supprimer les voies volantes installées dans les coupes, et limiter le développement de la voie ferrée et par suite la dépense. « Ces trucs sont construits entièrement en fer et en acier ; ils con- sistent en un cadre acier U, sur lequel repose le banc tournant qui supporte la charrette. Ce banc tournant ressemble à celui des trucs utilisés pour le transport du bois en grume. Une bûche garnie de tôle est placée à chaque bout et coupée de façon que les moyeux des charrettes peuvent s'y placer et s'y maintenir solidement une fois en route. - « Le même attelage, qui a amené en plusieurs voyages une série de charrettes jusqu'à la voie ferrée, suffit pour conduire tout le train des transporteurs chargés, car s'il faut deux chevaux pour tirer 2 600 à 3 000 kilos sur une bonne route empierrée, ce même atte- lage peut tirer sur rails au moins 16 000 kilos en un tiers de moins de temps et avec beaucoup moins de fatigue. 32 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « Dans un grand nombre dr cas, le porteur à cliarreKes consti- tuera donc une économie sérieuse sur l'empierrement et devra lui être préféré. « Indépendamment des cas cités, il en est d'autres encore où l'ins- tallation d'un railvvay à charrettes est indiquée. Quand une route traverse une ligne de chemin de fer, l'administration ne permet pas, dans les courbes, le croisement d'une ligne à voie étroite. Le pas- sage avec des cliarrettes est alors seul possible. Celles-ci, descendant des trucs d'un côté de la ligne à traverser, roulent ensuite par leurs propres moyens, puis se remettent sur d'autres trucs situés de l'autre côté de la ligne. De même, (juand le railway traverse un village où la voie ne peut être posée, les charrettes sont des- cendues au point d'interruption en avant du village; elles roulent sur leurs propres roues dans la traversée des rues ; une rampe leur permet ensuite de remonter sur les trucs, une fois l'obstacle franchi. « La même maison a modifié heureusement aussi le matériel rou- lant; la construction des wagonnets a été améliorée en ce sens qu'un aménagement spécial permet de faire descendre les ranchers et par conséquent de décharger les arbres sans que les ouvriers soient exposés au moindre danger. L'abaissement des ranchers se fait par un déclicquetage qu'exécutent les ouvriers tout en restant de l'autre côté du wagonnet, ce qui évite toute possibilité d'accidents lors du déchargement. « L'instalhition d'un railway peut coûter environ 7 000 à 8 000 francs par kilomètre, pose de la voie et matériel compris. L'équation du transport peut se mettre sous la forme : p = 0' CO + Qf 75 d dans l'hypothèse où la traction se fait par chevaux. « Plans inclinés mitoporleurs. — Les plans inclinés autoporteurs commencent à être utilisés pour le transpoi't des produits forestiers en montagne, soit qu'on les intercale dans le long circuit d'un railway pour vaincre des difficultés, sans cela insurmontables, du ter- rain, soit qu'en présence d'un obstacle insurmontable ils deviennent la terminaison nécessaire d'un porteur sur rails, soit encore qu'ils COMPTE RENDU DU VIIl' CONGRÈS INTERNATIONAL 33 aiJeiil à descendre dans une vallée les bois débiles dans une scierie baut placée. « Les plans inclinés autoporteurs sont adaptés à des pentes supé- rieures à 10 7o et à des parcours inférieurs à 1 500 mètres. On se sert du poids des wagons chargés pour remonter les wagons vides. Le trafic est considérable. « Les frais inhérents à ces installations sont toujours élevés, au minimum 16 000 francs par kilomètre de voie. « Tramways et chemins de fer. — L'exploitation des voies ferrées en Europe peut être envisagée à la fois comme une entreprise com- merciale et comme un service public. Comme entreprise commer- ciale, elle est soumise à toutes les variations du trafic résultant de l'activité plus ou moins grande des affaires ; comme service public, elle est astreinte à transporter, dans des délais limités et avec des tarifs fixes, les marchandises qui lui sont confiées. En principe, les marchandises pondéreuses, comme le bois, devraient surtout utihser la voie d'eau ; en fait, la voie de fer concourt activement aux tran- sactions commerciales portant sur les bois, malgré le taux relative- ment élevé des transports. Gela tient à ce que l'industrie, habituée à la régularité des envois par fer, peut diminuer ses approvisionne- ments et ses stocks en magasin et par suite limiter au strict néces- saire son capital de roulement. (( Les tarifs de chemins de fer sont d'ailleurs à base décroissante, c'est-à-dire que la valeur du transport diminue avec la distance. Par là se trouve favorisé le commerce international. L'infinie variété des formes et des manifestations de la vie commerciale conduit nécessai- rement à la complication des tarifs. Ceux-ci sont basés sur les prin- cipes suivants : ou a fait une classification générale des marchan- dises, dans laquelle celles-ci sont réparties par groupes ou séries. Pour chaque série on a calculé des formules, on a combiné des barèmes qui donnent pour chaque marchandise des prix en rapport, d'une part avec la valeur des produits à transporter, d'autre part avec les distances qu'ils ont à franchir. Cet ensemble constitue ce qu'on appelle les tarifs généraux et spéciaux. Mais les barèmes sont loin de répondre à toutes les nécessités commerciales. Il a fallu se ANN. SCIENCE AGRON. — 3* SÉRIE 1908 — Il 3 34 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE préoccLipor de la concurrence entre transporteurs là où elle existe, de la rivalité entre les différents centres de production, du dévelop- pement des échanges qui constituent à proprement parler la richesse économique d'un pays. Ces considérations diverses ont conduit à des dérogations au droit commun et à l'emploi de prix fermes, de gare à gare, prix qui permettent d'abaisser les tarifs sur les points où cela est nécessaire, qu'il s'agisse, soit d'intérêts spéciaux et com- merciaux, soit d'intérêts généraux et économiques. « En Angleterre, les compagnies sont libres : elles exercent un privilège perpétuel ; il n'y a donc pas de tarifs généraux, mais sim- plement des prix fermes. Les tarifs anglais sont plus élevés que les tarifs français. En Allemagne, les voies ferrées appartiennent à l'Etat : 60 °/o environ des transports voyagent et paient d'après des tarifs spéciaux et en vertu de prix fermes. On croit généralement que les barèmes allemands sont plus faibles que les barèmes français. C'est une erreur, surtout si l'on tient compte de ce fait que tout ce qui touche à la vie est plus cher en France qu'en Allemagne. En Belgique, où la voie ferrée lutte péniblement contre la voie d'eau, le prix des transports à longue distance est notablement plus bas qu'en France (environ 25 "/o) ; par contre, pour le trafic intérieur à petite distance, les tai'ifs belges sont supérieurs aux tarifs français corres- pondants. En Autriche, l'État exploite environ 17000 kilomètres sur les 30000 kilomètres dont est composé son réseau. A la suite de la concurrence dirigée par les chemins de fer hongrois contre les che- mins de fer autrichiens, ces derniers avaient consenti des dégrève- ments considérables, mais la réduction des tarifs n'ayant pas aug- menté le traiic, les barèmes ont été relevés en 1892 et en 1805. « Je ne crois pas à une réduction appréciable des transports par voie de fer dans l'avenir, car de plus en plus les Etats tendront à monopoliser ce mode de transport et à en faire une source budgi'- taire de revenus, une véritable vache à lait. C'est pourquoi j'ai tant insisté au début de cette étude sur l'utilité d'une entente internatio- nale en vue d'activer les échanges par eau. c( Quant à donner une idée même approchée des tarifs en usage dans les différents pays, il n'y faut pas songer. Tout au plus pour- rait-on dresser une carte de rEuro]t(\ sur laquelle on figurerait 1»' COMPTE RENDU DU Vlll" CONGRÈS INTERNATIONAL 35 prix des transports par fer, des centres de production forestière aux principaux centres correspondants de consommation. Sans mécon- naître l'importance du côté technique des transports en matière forestière, j'estime qu'on ne s'est pas assez préoccupé jusqu'ici du côté commercial, qui intéresse à un si haut degré les gérants des domaines forestiers, publics ou privés. « III. Voie aérienne. — L'utilisation de la voie aérienne pour les transports forestiers est une conception hardie, qui ne date guère que du commencement du siècle dernier. « Monorail. — Le mode le plus simple de transport aérien consiste en un rail en bois ou en fer, situé à une faible distance au-dessus du sol, porté par des chevalets et sur lequel roulent des poulies reliées par un cadre résistant, auquel sont attachés les bois. La mise en marche du wagonnet peut se faire automatiquement, sous la seule influence de la pesanteur (monorail suisse de Goulon), ou par l'inter- médiaire d'un tracteur animal ou mécanique (monorails américains). « Ces installations ont l'avantage d'être peu dispendieuses, faciles à établir en plaine comme en montagne, et de nécessiter un per- sonnel très restreint pour l'exploitalion. La vitesse commerciale réalisée varie de 5 à 6 kilomètres par heure. (( Téléférage. — Le téléférage ou transport par câble constitue en pays de montagne un précieux mode de transport. Très économique pour les petits assortiments : charbon, liège, écorce, bois de feu, il devient plus coûteux pour les longs bois d'industrie. Dans le premier cas, en effet, le matériel d'exploitation peut être réduit à sa plus simple expressioji : un câble ou même un simple fil de fer au bois constituera la voie courante, tandis que des crochets en fer ou en bois, à leur défaut des poulies en bronze ou en fer, serviront de ma- tériel roulant et porteur. Dans le second cas, l'installation est plus compliquée, partant plus coûteuse. La voie courante est générale- ment double : des câbles tracteur et de retour s'ajoutent au câble porteur, afin de remonter automatiquement les wagonnets vides. Des freins, installés aux stations de départ et d'arrivée, permettent de modérer la vitesse et procurent toute sécurité aux ouvriers 36 ANNALES DE LA SCIENCE AftRONOMIQUK « Des waiiomiels pei-rectioimés roulent sur le cable, d'ailleurs lui- même fixé iwoc |4I"uk1 soin au départ et à l'arrivée et supporté de loin en loin par des appuis de formes tirs diverses. « On comprend que, dans ces conditions, les frais d'installation d'un càhle varient dans iU's limites étendues, entre GO centimes et i20 francs par mètre courant. Maltir('' ces prix souvent élevés, les câbles qui franchissent en se jouant h^s précipices, les ravins et les torrents, sont de mei'veilleux instruments de transport, (piaiid il s'agit d'exploitations intensives, prolongées, portant sui' une surface l'elativement restreinte. Souvent aussi, ils constituent la terminaison ('conomiipie d'un porteui^ sur rails. Divei-ses condjinaisons permet- tent de ramener le transbordement à une simple 0})ération de fixa- lion des charges. 11 snfïit pour cela d'amener le wagonnet du porteur au-dessous du câble, à la station tél(''féri(]ue supérieure. « Ce court exposé didactique n'a d'autre prétention que de servir de cadre à mie étude appi'otbndie devant le congrès des difTi'rents modes de transport, et de thème à une discussion où chacun pourra montrer les mérites et les inconvénients respectifs des procédés sui- vis dans son pays ou dans sa région. Il sendjle (jue c'est pai- là sur- tout que vaudront les travaux du congrès. Il est bien entendu, d'ail- leurs, qu'aucun système ne saurait être exclusif, et que tous peuvent se combiner pour le plus grand avantage de l'exploitant. Le principe de l'union (Haut admis, l'étude de^ pohits de contact a une inq)or- tance capitale. Ainsi, Talliance des voies ferrées et des voies navi- gables se fera par les gares d'eau. Il est ('vident (|ne le réseau des voies navigables est beaucoup moins étendu, beaucoup moins souple ({ue le réseau des voies ferrées. Il faut donc que celui-h'i i»uisse remettre à son rival, deveim son collaborateur, les marchandises à destination des villes où le cours d'eau ne passe pas. Or, pour cpie cela 'Soit possible, il faut des gares de transbordement, autrement dit des gares d'eau. Ce n'est pas tout. Ces gares d'eau doivent encore être munies (rapj)aieils perfectionnés : éh'vateurs, grues, etc., per- mettant une manutention simple et rapide. Dans d^uitres cas encore, la voie ferrée est l'adjuvant nécessaire de la voie {\\';\u. C'est ainsi (ju'au Congo nous voyons le rail s'enfonc(>r 1res loin dans la foret vierge pour amener au fleuve les bois (pi'il a collectés sui- son ])as- COMPTE RENDU DU VIIl'' CONGRÈS INTERNATIONAL 37 sage. Là encore les points de contact méritent une attention particu- lière, qu'il s'agisse, soit de conduits pour faire glisser les bois du haut de la rive vers le fleuve ou les chalands, soit d'embarcadères, permettant de charger rapidement les wagonnets. « Plus il y a d'ordre et de méthode dans une exploitation, plus les frais généraux sont réduits. C'est par l'élévation de ces frais géné- raux que sojnbrent ordinairement les entreprises commerciales, qui ont trouvé plus simple et plus économique de se passer du concours des forestiers de métier. Ceux-ci resteront dignes de leur tâche et de leur réputation en ne n(^gligeant rien de ce qui est de nature à faire progresser leur art et à servir les intérêts considérables qui leur sont confiés. » Comme conclusions du présent travail, le rapporteur émet le vœu : « 1° Qu'il soit fourni dans une Revue internationale à créer, quel- « ques devis détaillés d'un ensemble de travaux pour la mise en état « de flottage de rivières ou de ruisseaux ; « 2" Qu'il soit publié dans le même recueil une étude d'ensemble « sur les règlements de navigation et de flottage ; « 3° Que les divers États étudient un dispositif d'avant-bec à appli- « quer aux bateaux actuels circulant sur les canaux et les rivières « canalisées, de manière à réduire l'effort de traction ; « 4" Que ces mêmes États fixent à 38'" 50 on à 40 mètres la lon- « gueur mininia des écluses sur les nouveaux canaux à créer ; « 5" Que tous ces nouveaux canaux ouverts au trafic international « comportent une profondeur d'eau de 2'" 50 pour un tirant d'eau « des bateaux de i^SO; « 6" Qu'on invite les sociétés de halage à appliquer des tarifs ré- « duits aux bateaux munis d'avant-bec, de manière à tenir compte « de leur moindre résistance ; « 7" Qu'une carte détaillée des voies fluviales soit dressée poui- « l'Europe tout entière ; « 8" Que la traction mécanicpie soit substituée à la traction ani- « maie partout où cela est possible, en vue de faciliter la rapidité « des échanges ; 38 ANNALES DE LA SCIENCE AGnONOMIQUE « 9' 0'"' '•' R<'vue iiiteriialioiiale doiiiie le coùl (l<'s l'rels jioiii' 1rs « piin('ij);iiix poiis ouverts au commerce des bois ; y 10" Qui' (les éludes soient eiitr('j)rises en viiede fixer la forme du (( meilleur mati''i'iel roulant jtoiu" les transports forestiers » Le congrès, à la suite des discussions motivées par les rapports précédents, a énoncé son avis dans la forme suivante : « La section VIII du conjurés exprime sa conviction que l'institu- tion de recherches et enijuètes scientifupies concernant la technicpie des transports et des machines est d'un int('rèt primordial poiu' le développement de l'économie forestière, et elle invite les gouverne- ments à pourvoir, par les voies et moyens appropriés à la diversité des situations, à la mise à exécution d'études et recherches de cette nature. « La destination de ces recherches, qui, bien entendu, seront diversifiées et spécialisées selon les besoins des régions et selon leur production, se formule dans son ensemble par l'énumération des sept points suivants : « i" L'exécution d'essais et la réunion de données fournies par la prati(|ue se rapportant à l'exécution de travaux de construction tech- ni(|ue cl à leurs résultats, à la mise en fonction d'installations pour trans})orts forestiers, à la mise en floltabilité des eaux, et au matériel ainsi (pTaux installations de la navigation en tant ipTelles sont de quelque importance pour le transport des bois ; « 2° La réunion et la publication de plans d'installations de trans- ports forestiers, en particulier de ceux dont ral)andoii ou la démoli- tion sont résolues; (( 3° L'exi'cution de recherches et expérimentations concernant toutes les machines ou moyens de transport nouvellement ci'éés, et leur adap.atiou aux besoins particuliers des transports forestiers; « 4" L'examen de toutes idées nouvelles concernant les tiansporls forestiers et, s'd y a lieu, encouragemen: et généralisation de ces idées ; « 5" Les établissements d'essais amont d'autre part pour mission de fournir, sur désir exprimé, des conseils et des consultations sur COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 39 les constructions relatives au transport forestier, et cela gratuite- ment. « G" Il est exprimé le vœu qu'une Revue internationale soit créée, dont le rôle consistei'ait à publier des aperçus des résultats de tous les travaux effectués. » V — Mesures propres à préservrer des dégâts en forêt causés par les fumées industrielles Rapporteurs : MM. Reuss, conservateur des forêts à Dersau ; D' WisLiCENus, professeur à Tharandt. Dans le rapport très détaillé de M. Reuss sont analysées et dis- cutées les dispositions législatives des divers pays : Allemagne, Autriche, Angleterre, France, Relgique, Amérique, concernant la matière; l'auteur termine par les résolutions judicieuses ci-après qui ont été approuvées par le congrès c 1" Il faut avoir soin que le propriétaire de foret soit exactement renseigné lorsque l'autorisation d'un établissement donnant de la fumée est concédée dans le voisinage de sa forêt. a 2" Pour parer au défaut des connaissances sur tout ce qui concerne les fumées d'usines, il faut, dans les écoles supérieures, faire des leçons à ce sujet, afin que les experts et les employés à la surveillance des usines sachent mieux qu'auparavant reconnaître et apprécier les dégâts causés par la fumée et les moyens d'y re- médier. « S° Les employés à la surveillance des établissements industriels doivent être dressés à se servir plus qu'auparavant des dispositions légales pour éviter ou diminuer les dommages causés par la fumée aux peuplements forestiers. « 4° Il faut faire une loi qui oblige, là où plusieurs fabriques se trouvent réunies, à former des associations pour la réparation des dégâts, associations qui répareront en commun les dommages causés en commun et (jui se chargeront d'établir, soit entre elles, soit par arbitrage judiciaire, la part proportionnelle de chacun de ceux qui ont causé le donunaue. 40 ANNALES DE LA SCIENCE AORONOMIQUE « 5° Il iaiiL rxamiiitM' alteiitivcmciil. si (!l par ([iieis moyens on pourrait diminuer la consonimaLion du cliarlton minéral, et com- ment on pourrait amener les usines à condiMiser les acides nui- sihles. « Comme conclusion, je propose la résolution suivante : « Etant doimé Taccroissement considérahle îles acides nuisililcs <( répandus dans l'air par le charbon et les autres matières, il est à « craindre que les forêts environnantes ne subissent des dommages « de plus en plus étendus. Le Mil" Congrès international d'agricul- « ture, siégeant à Vienne, prie le gouvernement de veiller, de la « façon (pii convient le mieux, à la limitation et à la dispai'ition des « dommages causés aux forêts par les fumées, et l'invite à porter à <( la connaissance des puissances les discussions du congrès sur cette « question. » Le professeur de Tliarandt, M. Wislicenus, a publié sur celte raême question un travail encore plus étendu (G5 pages) que celui de M. Heuss et à la fin duquel il résume ainsi les conclusions : V. — Règles scientifiques et techniques pour prévenir les dégâts de la fumée (Dommages causés à la végétation par les gaz acides). — A titre de conseil, voici les lignes de conduite à pro- poser : « 1° Résistance des végétaux et mesures de protection pour la forêt. — Des mesures palliatives forestières (ou agronomiques) n'ont pas d'importance sérieuse pour Tinlérêt propre du propriétaire fon- cier; ce sont des choses qui, conformément à la natinv coumie au droit de })ropriété, dépendent uniquement de l'exploitant. Pour lui, de telles mesures ne sont réellement justifiées ([ue sur les j)ûints où, aujourd'hui encore, on n'a pas de remède technique à proposer (cultures d'essences résistant à la fumée à l'est des cités indus- trielles). « En ce qui concerne la concession d'usines, on doit faire plus attention qu'autrefois aux moyens préventifs naturels, tels que ceux qui vont suivre : « 2" A) Moindre résistance des plantes au débid de la saison de COMPTE RENDU DU VIII^ GONGltÈS INTERNATIONAL 41 végétation. — Là ou l'exploitalion technique le permet, il faut avoir égard le plus possible à la sensibilité excessive de tous lesvégélaiix à l'époque du développement des feuilles et des fleurs. C'est surtout à ce moment qu'il faut s'efiorcer de diminuer le taux des éléments nuisibles des gaz résiduaires. Ceci, possible au point de vue tech- nique, n'est pas susceptible de prescriptions légales ou ne peut figu- rer dans des conditions de concession. Cette mesure ne peut qu'être recommandée à l'usinier dans son propre intérêt ; ft B) Moindre résistance des plantes en pleine lumière et dans vu air humide. — Il faut également prendre en considération la plus grande sensibilité des plantes exposées à la lumière et à une humi- dité aérienne relativement élevée ; « C) Facteurs climaiiqtces de la station. — Tant qu'il n'intervient pas de modifications radicales dans l'évacuation des gaz, il faut tenir compte, dans la mesure possible, pour les massifs les plus précieux, des points exposés aux vents dominants, donc surtout des expositions à l'ouest et au sud -ouest des sources des fumées, surtout si ces peuplements sont en forte pente ; « D) Facteurs de situation. — La distance à observer ne peut se déterminer rigoureusement. 11 faut seulement éviter le plus possible, sur quelques centaines de mètres, que les fumées arrivent sur des plantes utiles sensibles à leur action et fortement exposées, en excep- tant les voies ferrées. « La situation dans des vallées exige toujours l'emploi de procédés et d'appareils techniques de protection, même pour les meules habi- tuelles de charbon ; « E) Eléments tenant aux usines elles-mêmes. — La somme totale des gaz résiduaires d'après la consommation annuelle du charbon «st en général sans portée. « De petites installations peuvent être aussi nuisibles, et même plus, que de grandes, mais n'ont aucune gravité quand elles sont favorablement placées à l'air libre. C'est seulement quand elles sont placées dans un creux profond que le danger croît avec la quantité absolue des gaz résiduaires; « F) Principaux types d'établissements nuisibles. — On ne doit déterminer les dispositions techniques à prendre que d'après l'espèce 42 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE et le taux des gaz acides ; d'où il suit que les principaux types d'éta- blissements nuisibles doivent être envisagés séparément : « 1" Des usines qui brûlent du cliarbon donnant environ 0,06 "/o en volume de SO^ n'ont besoin de dispositifs spéciaux de dilution que si elles sont dans les vallées ; « 2" Celles qui produisent des gaz sulfureux à baute dose doivent, lorsqu'elles se trouvent dans des situations défavorables, veiller à la neutralisation de leurs gaz ou à leur dilution artificielle. « 3" Celles qui exilaient de>^ acides minéraux énergiques liygro- philes doivent, même en plein air, avoir des dispositifs de neutra- lisation pour la protection des massifs de futaie avoisinants et aussi de dilution pour les gaz résiduaires. « Les moyens techniques sont, nolam lient, les suivants : « La modification des procédés chimiques pour éviter la produc- tion de gaz acides ne peut qu'être laissée au libre développement nuturel de l'entreprise industrielle, puisque ce développement natu- rel est la principale condition d'existence de l'exploitation. « Les dispositifs de neutralisation sont toujours nécessaires, quoi- que désagréables, s'il s'agit de rendre inofl'ensifs pour la végétation des gaz très acides, quand la position de l'usine n'est pas favo- rable. « La détermination des installations de neutralisation doit, pour le mieux, être laissée à l'usinier, en se conformant à la pratique du droit de l'empire allemand, suivant l'état actuel de la technique et de la science, et à la clause anglaise de meilleurs procédés pratiques. Ce n'est qu'en cas de nécessité qu'on aura recours à la procédure juridique pour l'admission des preuves ou à la décision des tribu- naux après jugement des experts. a 11 ne faut i)as croire cependant qu'aucun des appareils de neu- tralisation en usage rende jamais les gaz résiduaires absolument inoffensifs. Comme ils détiennent toujours des doses d'acide très préjudiciables aux plantes, c'est la situation locale qui permettra de juger s'ils peuvent, ou non, être immédiatement disséminés dans l'atmosphère. « Que si cette situation est défavorable (fond de vallée par exem- ple), il faut ajouter à l'appareil de neutralisation (qui doit diminuer COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 43 le taux de l'acidité) un disposilif permettant la dilution artificielle avec l'air ou avec d'autres gaz indifférents. Cette mesure doit être toujours prise dans les fonds de vallée, même pour les gaz rési- duaires faiblement acides. « Il est à désirer qu'un contrôle régulier s'exerce par l'entremise des fonctionnaires qui surveillent les usines. « Dans les plaines ou dans n'importe quel autre lieu bien aéré cette dilution artificielle n'est nullement à exiger. « Le degi'é de dilution dans les appareils (dans les cheminées de sortie) doit, pour les situations défavorables, être prescrit nota- blement plus haut qu'il n'était d'usage jusqu'alors. Pour obtenir la sécurité requise, on peut admettre, d'après les expériences du degré de dilution réellement inoiïensif pour l'épicéa (0,0005 "/o de SO^ en volume : acidité totale), que, à une distance de 1 kilomètre ou un peu plus, on ne doit tolérer que la valeur quatre ou cinq fois multipliée de ce degré d'innocuité, c'est-à-dire, environ 0,002 à 0,0025 "/o de SO- en volume, soit 0,5 à 0,7 grammes de SO' ou, en chiffres ronds, 0,6 à 0,8 grammes de SO^ par mètre cube. L'examen technique doit constamment faire attention à ce que les appareils assurent une dilution de 0,0005 "|o de SO^ en volume avant que les gaz n'arrivent sur les plantes à protéger; « ^^ La chem'.née et toutes les issues de gaz résiduaires doivent être perfectionnées d'après les plus minutieuses considérations hygié- niques, c'est-à-dire transformées en appareils de dilution automa- tiques, car on ne peut obtenir autrement l'innocuité absolue ; « 5" Il faut que les dispositions législatives soient rendues plus claii-es tant dans l'intérêt de l'industrie que dans celui du sol. Pour cela il faut souhaiter l'unification et le perfectionnement des lois isolées distribuées en divers codes, leur réunion en un code du droit à l'air fondé sur les nécessités techniques, tout en protégeant le plus largement possible le droit de propriété. « Cette loi relative à l'air doit : (( A) Etre susceptible d'adaptation, c'est-à-dire considérer les fac- teurs locaux (situation, élaL)des diverses exploitations sans préjudice pour aucun parti, et « 15) Satisfaire aux progrès de la tecimique et de la science. » 44 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE VI — Quelles mesures seraient les plus efficaces pour pré- venir le dommage porté aux arbres par les insectes et pour en empêcher l'extension ? Rapporteurs : MM. le D' Eckstein, professeur à EbersAvakie, Henry, professeur à l'École nationale des eaux et Ibrèts à Nancy, D' Wachtl, professeur à l'école supérieure d'agriculture à Vienne. Nous donnons, après les conclusions des rapports Eckstein et Waghil que le Congrès a faites siennes, le rapport Henhy quia trait uniquement aux insectes dont la nocuité s'est accusée depuis l'an 1900 dans les forets françaises. Conclusions du rapport Eckstein : " I. Les invasions d'insectes naissent en général sur place à la suite de circonstances favorables. « H. Ces circonstances sont tantôt sous la dépendance de l'homme ; tantôt elles échappent à son influence. « III. Les mesures préventives et destructives sont les suivantes : (( a) Une bonne exploitation forestière ; « 6) Une protection spéciale de la forêt qui s'exerce par : « i" L'attention; « 2" L'observation ; « 3" L'investigation ; V IV. Il faut d'autre part s'appliquer : « a) A établir une statistique aussi prompte et complète que pos- sible, et à faire connaître immédiatement les expériences entreprises et les constatations faites; « b) A divulguer les moyens à employer et les conseils à suivre ; « c) A discuter plus à fond tout ce qui est relatif aux insectes dans les réunions foi'estières et les congrès. » Iiésolulion Wachtl': (' La section de sylviculture du VIII' Congrès international d'agri- culture de Vienne exprime sa conviction qu'un traitement bien en- COMPTE RENDU DU VII1'= CONGRÈS INTERNATIONAL 45 lendu appliqué soit à la création, soit au soin des peuplements, et qu'un système d'exploitation convenable complétant l'action de ces mesures intelligemment choisies, constitueraient un moyen préventif contre la formation des invasions d'insectes ainsi que contre l'exten- sion du fléau, et que l'effet serait d'autant plus sûr que les mesures prises seraient plus générales. Quels seraient les moyens de prévenir les dégâts importants occa- sionnés aux forêts par les insectes et d'empêcher leur développe- ment? De M. Henrv, PKOFESSEUK A L'ÉCOLE FOUESTIÉKE, A XANCV « a) Dans ces dernières années il y a eu en France une recrudescence marquée des dégâts commis dans les forêts par des insectes. Ce fait est notoire. De toutes parts retentissent les plaintes des agents fores- tiers, des planteurs, des propriétaires de bois. « Parmi les causes qui ont provoqué l'accroissement du mal il faut noter : « 1° Les ouragans, tels que celui du 1" février 1902 qui, en quel- ques heures, a renversé \ 233 383 mètres cubes de résineux dans les forets domaniales et communales du seul département des Vosges ('j. Cette masse énorme de chablis a donné lieu à une forte invasion de bostriches et de pissodes; « 2° Une succession d'étés chauds et secs qui ont favorisé la multi- plication de ces petits ravageurs; « 3" L'extension des reboisements en résineux, notamment en pins et en épicéa, qui ont favorisé le développement d'insectes, autrefois j-ares en France, et qui n'étaient signalés comme nuisibles que de l'autre côté des Vosges {Hylobc, Lydes, Lasiocampé): (( 4-" Les procédés culturaux défectueux, surtout l'absence d'éclair- cies, dans les plantations de pins ou d'épicéa des particuliers. (') Voir « Une invasion de Bostriches dans les Vosges », par m-; Gail, conservateur des forêts à Épinal [Revue des Eaux et Forcis, 1905, p. 193-201). Le département des Vosges renferme 9o 000 hectares environ de forêts domaniales ou communales peuplées de résineux pur^ ou en mélange avec des feuillus. 46 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE a h) Moyens généraux. — S'il ne s'agissait que de fournir des indi- cations gén('rales, la icponse à la question pos/'e serait facile. Elle est donnée, depuis longtemps, dans tous les traités d'entomologie fores- tière. (( Nous nous contenterons donc de rappeler en deux mots qu'on dis- tingue très logiquement, en pratique, les insectes forestiers nuisibles en deux groupes : les mangeurs de bois ou jignivores et les mangeurs de feuilles ou phyllophages. i< Cliacun sait que le plus sur moyen de prévenir les attaipies des lignivores les plus redoutables (les Scolytides d'abord et, à un moindre degré, les Curculionides et les Cérambycides) est de mettre l'arbre dans le meilleur état de végétation possible, puisqu'il est reconnu que les boslricbes s'attaquent exclusivement, tout d'abord, aux tiges dépérissantes, sur le retour ou récemment mortes, ou encore à celles qui ont subi un traumatisme quelconque. Certains lignivore.s cependant {Corsobus, Saperda, Sirex,Sesia, Cossus, etc.), creusent leurs galeries dans les arbres les plus vigoureux ; mais en France, du moins, ils sont peu répandus et peu nuisibles dans l'in- térieur des massifs, sauf le Corxbus. « Donc, ainsi qu'on l'a dit depuis longtemps, on peut èlre sur que si la forêt est bien soignée, si on la parcourt à intervalles rapprochés pour enlever les arbres morts ou dépérissanis, si l'on y pratique les éclaii'cies en temps voulu, si on fait rapidement la vidange des cou- pes, on n'y verra jamais d'invasion sérieuse de lignivores. « Malheureusement, malgré toutes les précautions prises, nous ne pouvons empêcher qu'un coup de vent du nord-est vienne abattre en quelques heures plus de 1 million de mètres cubes de sapin et d'épi- céa qui, malgré toute la diligence possible, ne sauraient être mar- qués, estimés, vendus et extraits des coupes assez à temps pour ne pas devenir un foyer d'invasion. « Quant aux insectes phyllophages (Mélolontliides, Curculionides, Chrysomélides,Tenthrédiiiides et surtout chenilles), ils ne s'intéressent guère de l'état de santé de l'arbre. Les vigoureux sont pâturés comme les dépérissants. Dans les parcs, les vergers, les boulevards on peut agir préventivement contre ces destructeurs; on peut garantir les arbres en aspergeant le feuillage avec diverses solutions qui érait(Mit COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRES INTERNATIONAL 47 OU font périr les insectes. Mais il est évident que ce procédé, qui, aux Etats-Unis, est devenu d'application courante pour les villes et les riches propriétaires, serait beaucoup trop coûteux dans les grands massifs. « Il n'y a donc à employer que les moyens destructifs parmi lescjuels on choisit ceux qui, pour chaque espèce, permettent d'atteindre le but le plus facilement et aux moindres frais. C'est tantôt l'œuf, tan- tôt la larve, tan:ôt la nymphe, tantôt enfin l'insecte parfait que l'on détruit le plus aisément. Cette destruction doit être poursuivie dans tous les cas où le dommage causé, direct ou indirect, actuel ou futur, l'emporte sur le coût de l'opération. « Malheureusement ce cas ne se présente pas toujours ; il arrive même trop souvent qu'aucun moyen préventif ou destructif ne s'offre à nous. Il nous faut attendre, en résignés, la fin du fléau et nous en remettre aux intempéries ou aux ennemis naturels (oiseaux, ichneu- monides) ['] qui, si l'on en juge par la durée des invasions récentes en (') Sur r utilité des oiseaux insectivores et des ichneumonides il y avait, jusqu'à ces derniers temps, unanimité d'opinion parmi les entomologistes ; aucun ne mettait en doute leur efficacité dans les invasions d'insectes. Mais voici qu'un entomologiste de marque, M. Sévekin, conservateur au Musée royal d'histoire naturelle de Belgique, vient renverser, dans une brochure récente (*), des idées jusqu'alors incontestées. Il s'exprime ainsi (p. 7) : « Sont indifférents, la presque totalité des hyménoptères parasites fouisseurs. » Parmi les premiers nous voyous ces fameux ichneumonides et braeonides sur les- quels l'homme compte pour combattre ses ennemis parmi les insectes. Dans le cas normal, le seul qui nous occupe en ce moment dans cette énumératiou d'insectes nui- sibles, indifférents ou utiles, on peut affirmer que l'icbueumon ou le braconide ne peut être inscrit d'une manière sérieuse parmi les insectes utiles. La conclusion relative aux oiseaux est aussi catégorique et aussi déconcertante. On lit (p. Si) : « Je crois devoir admettre, comme conclusion, non seulement que l'oiseau va simplement à la nourriture là où il la rencontre commodément à son goût, mais encore que, la f lupart de nos insectes dangereux ne se trouvant pas dans les conditions d'être facilement rencontrés, l'oiseau les ignore plutôt et ne prend que ceux qui ne nous intéressent pas... « On ne peut plus soutenir, à notre époque, qu'il faut protéger les oiseaux parce qu'ils sont utiles à l'agriculture. Des lois ou règlements consacrant pareille théorie sont condamnés à tomber au néant. >' ' Si ces affirmations, si contraires aux idées reçues et appuyées, paraît-il, sur de (*) « Oiseaux insectivores et i.^scctes nuisibles », par G. Sbvbrin, BriixoIUs, 1006, imprimerie VanbuggeuUouiU, 42, rue d'I.sa'jolle (Extrait du B Uletin de la Sociité centrale forestière de Bel- (jique). 48 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE France de certains insectes {Com-bus bifascialus, Orchesles fafji, Torlrix viridana) ne sont pas toujours très actifs. « c) Mélange des essences. — Une Ionique expérience a prouvé et de nombreux exemples récents confirment que si l'on veut éviter, aussi bien dans les forêts d'ancienne origine que dans les boisements nouveaux, les grands désastres dus aux insectes, il faut introduire le mélange des essences, il faut mélanger les feuillus aux résineux et, parmi ces derniers, particulièrement sujets aux attaques de ces petits ennemis, il ne faut jamais s'en tenir à une seule essence. Les peuplements formés uniquement de pin sylvestre ou d'épicéa, par exemple, peuvent disparaître brus(]uement par une invasion d'in- :^ectes (*) ou de champignons. « Tous les auteurs ont tellement insisté sur l'utilité du mélange et chacun la comprend si bien qu'il serait oiseux d'en parler plus long- temps. « C'est là bien certainement le moyen préventif le plus efficace combiné avec les pratiques de la sylviculture rationnelle (reconnais- sances fréquentes de bois morts, éclaircies répétées à temps), il per- met à la forêt de vivre en complète sécurité du côté des insectes et des champignons. « d) Forêts de France. — Depuis 1900 les dégâts de quelque im- portance commis par les insectes dans les forêts françaises sont dus aux espèces suivantes (-) : « Coléoptères. — Buprestides : Corxhus hifasciatus. nombreuses analyses du coutenii des estomacs, sont exactes, il ne faut plus compter ni sur l'oiseau ni sur richneumon. Quelle part de vérité contiennent ces thèses paradoxales ? C'est ce que contribuera sans doute à déterminer la discussion de ce thème devant le congrès. Je crois qu'en tout cas. pour l'ichneumon, M. Séverin n'est pas dans le vrai. On a des preuves certaines de la grande utilité des ichneumonides. (") A la suite du grand abatage de chablis du 1'''' février 1902, tous les arbres de certains cantons (près Gèrardmer) uniqucnh^nt peuplés d'épicéas ont été aUaqués par les Tomicus lijpogruphus et chalcographus, et ont dû être abattus. De même, cer- taines pineraies pures de la Champagne crayeuse ont disparu en 18'J7 sous les coups du Laùocumpa pini. (-) CeUe liste olTre un certain intérêt parce qu'elle a été relevée d'après les rap- ports dressés par les conservateurs, en novembre 190G, sur l'ordre de l'administra- COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 49 « Melolonthides : Melolontha vulgaris. ( Méloïdes : Lytta vesicaloria. a Curculionides : Hijlohius abielis, Pissodes nolalus, Pissodes pi- a ceœ; Orchestes [agi. « Scolytides : Tomicus lypogra/phus, Tomicus chalcographus, To- micus curvidens, Cryplialus piceœ, Tomicus sexdenlalus, Tomicus bidens, Poligraplws poligraphus, Myelophilus piniperda, Scolylus Geoffroyi, Xiloterus linealus. « Ghrysomélides : Galeruca calmariensis. « Lépidoptères. — Bombycides : Liparis dispar, Liparis chrysor- 9 4 > 10 5 » 11 t 1 12 7 2 « Cette méthode très simple n'a pas encore été appliquée ; nous la croyons utilisable dans des forêts où la régénération est facile par voie naturelle. Il va sans dire qu'un pareil règlement devrait être revisé, de temps à autre, suivant les besoins. » VIII — Bases d'une imposition équitable de la propriété boisée Rapporteurs : MM. le C von B.\uer, conseiller des finances à Vienne; D'' Eindres, professeur à l'Université de Munich. La section s'est prononcée sur cette question dans les termes sui- vants : « Une réglementation internationale de l'imposition fiscale de la torèt doit être considérée comme irréahsablc, étant donné que les conditions territoriales devant servir de base à cette imposition qui dépend d'elles en première ligne, sont d'une diversité excluant toute uniformité d'évaluation. COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 79 « En ce qui concerne l'impôt progressif général sur le rendement, il est désirable qu'on observe les principes ci-dessous énoncés : « I. — l** Le revenu provenant de l'exploitation anormale, autre- ment dit, du rendement non régulier d'un territoire forestier, doit rester exempt d'impôt quand il a été déterminé par des nécessités ou causes accidentelles dues aux phénomènes d'ordre naturel, et pareil- lement quand l'exploitation est intermittente; « 2° Le revenu provenant des forêts soumises au traitement de l'exploitation intermittente, doit être imposé à part et non pas avec le reste du revenu du contribuable ; (( 3° L'impôt doit aUemdre seulement et exclusivement le revenu effectivement obtenu, et non pas le revenu à obtenir dans l'avenir-, « 4" Les frais nécessités par le boisement de superficies non encore boisées doivent être portés en compte et déduits du revenu impo- sable du forestier procédant au boisement. « II. — En ce qui concerne les Etats disposés à maintenir ultérieu- rement l'impôt foncier, il est recommandable que des mesures soient prises, dont l'effet serait d'éliminer dans la mesure du possible le caractère de rigidité de l'impôt foncier, d'arriver à une détermi- nation du rendement correspondant à la situation réelle, et enfin, d'assurer un traitement de faveur aux forêts d'utilité générale en vertu de leur action de protection, ainsi que la réglementation de l'exonération totale en cas de catastrophes dues aux éléments. » En France, on s'occupe beaucoup en ce moment de l'impôt forestier et la commission de législation de la Société forestière de Franche-Comté et Belfort (qui est la plus importante et la plus active de France), étudie un vœu qui lui a été soumis sur cette matière le I" juillet 1907. Ce vœu est ainsi formulé : « L'Etat ne devra à l'avenir prélever un impôt quelconque sur les forêts qu'au moment des coupes et sur le produit de la vente. » C'est l'idée qui est exprimée au n° 3 de la résolution du Congrès de Vienne. Elle semble fort juste et M. DE LiocouRT la défend en ces termes dans le Bulletin de la Société de Franche-Comté (t. IX, 1907, p. 344) : « Le taux de placement des valeurs mobilières a, sur le sort des « forêts particulières, une influence 1res considérable. Toutes circons- 80 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « tances égales d'ailleurs, les propriétaires de forêts ont, lorsque « les valeurs mobilières sont à bon marcb('', une tentation plus forte « qu'à tout autre moment de sacrifier à une élévation de revenu les « garanties de sécurité qu'offre tout placement forestier : il y a peu « de ventes de forêts quand les valeurs mobilières sont à un prix « élevé et, par contre, de nombreuses réalisations quand elles sont « en baisse. « Comment s'effectuent ces réalisations? « La valeur d'une forêt s'exprime de deux façons différentes : « \° Estimation absolue, dite des marcbands de bois, comportant « la valeur marchande de la forêt ; (( 2" Estimation relative, soit celle à laquelle s'arrêterait un pro- (( priétaii'e d<''sireux de placer son argent à un taux déterminé. « En fait, ce taux est toujours très voisin de celui des valeurs mo- « bilières au moment considéré. « Ces deux estimations sont très différentes l'une de l'autre. La « première est généralement supérieure à la seconde. « Que se passe-t-il alors quand des forêts sont mises en vente? « Deux catégories d'acheteurs se trouvent en présence : « Les premiers sont des marcbands de bois qui ne se porteront « acquéreurs que dans le but de spéculer sur la superficie, en l'exploi- « tant immédiatement. « Les seconds sont les amateurs de placements en bois. « Il est bien certain que, dans un trop grand no.Tibre de cas, ce « sont les premiers qui l'emporteront. « La conséquence de cet état de choses sera donc la ruine pro- « gressive des forêts particulières et la fermeture du march(> aux (( amateurs de placements forestiers. « Ceux-ci, faute de bois en plein rapport qu'ils auraient conservés « tels au grand profit de l'intérêt public tout autant qu'au leur, en « seront réduits, s'ils tiennent malgré tout aux placements en bois, à (( acheter les forêts ruinées par les spéculateurs. « La baisse des valeurs mobilières constitue donc, pour les forêts, « un danger. Celui-ci est d'autant plus grand que celle baisse est plus « considérable, et que, par suite, l'écart entre les deux estimations c s'accentue. COMPTE RENDU DU VIII® CONGRÈS INTERNATIONAL 81 « Ce dangei" peut être paré par l'impôt sur la coupe. Théorique- « ment, il faudrait faire varier celui-ci précisément en proportion des « hausses et des baisses des valeurs mobilières, de telle sorte qu'il y ait « toujours égalité parfaite entre l'estimation absolue et l'estimation « relative d'une forêt. Kn pratique, on devrait naturellement se-con- « tentei' d'une solution cpii rapprocherait le plus possible Cf^s deux « estimations. J'ajouterai que cet impôt serait parfaitement justifié. « En effjt, le bénéfice réalisé par les spéculateurs en détruisant les « forêts achetées par eux doit être considéré comme illégitime, « puisqu'il va à l'encontre de l'intérêt public, en causant la ruine (' d'une parcelle du sol national qui, en d'autres mains, aurait conti- « nué à fructifier. (( C'est donc légitimement que l'État récupérerait, sous forme « d'impôt sur la coupe, le préjudice qu'il aurait subi du fait de réali- « salions de ce genre. Sans attenter à la liberté de personne, cette « mesure encouragerait et favoriserait les amateurs de placements « forestiers, tout en mettant un frein aux opérations des spécu- « lateurs. « Elle rendrait plus prudents et plus économes les propriétaires « qui, sans aller jusqu'à vendre leurs forêts, sont trop souvent entraî- « nés à se livrer à des exploitations abusives, par suite de leurs be- « soins, d'une hausse des bois, etc. « Elle serait préférable, je crois, à toutes celles qui auraient pour « but de réglementer les exploitations dans les bois particuliers, car « ces dernières seraient, de l'avis d'un grand nombre de forestiers « autorisés, trop souvent inefficaces et inapplicables. » IX — Mesures législatives tendant à la protection des paysages et à la conservation des beautés naturelles Rapporteurs : MM. Delville, sous-inspecteur des eaux et forêts, à Bouillon (Belgique) ; D"" Gonwentz, commissaire de l'Etat prussien pour la protection des beautés naturelles; Dimitz, chef de section, à Vienne; Siefert, conseiller supérieur des forêts et professeur à Karlsruhe. AXX. SCIENCE AGRON. — 3* SÉRIE — 190S — It 6 82 ANNALES DE LA SCIENCE AGKONOMIQUE Nous allons donner les conclusions des rapports Conwentz et DiMiTz, et, dans son enliei", le lappoil Delville. Conclusions du rapport CoivWEiSTz : « 1° Quant aux forêts de l'Etal, des communes et des particuliers, il faut se renseigner sur les portions des massifs spontanés encore existantes; « 2" Dans les estimations on doit chaque fois déterminer strictement ceux de ces massifs qui, remarquables au point de vue scientifique ou esthétique, doivent être réservés sans de grands sacrifices financiers; « â° Les réserves ainsi créées doivent être portées sur les plans des forêts et traitées systématiquement en vue des plantes et des animaux ; « 4" Dans le cas de grandes coupes à blanc il est à examiner préalablement quelle influence elles pourront avoir sur l'ensemble du paysage ; « 5" Aux points particulièrement remarquables et très visités, sur- tout près des grandes villes, des stations estivales et balnéaires, il faut renoncer le plus possible aux coupes à blanc ; « 6° Même le sous-bois et les arbres creux, dans ces parties (jui sont soit entièrement réservées, soit jardinées, doivent être prudem- ment maintenus pour conserver aux animaux leui's conditions d'exis- tence ; « 1° Par une disposition b'-gale, il faudrait, en certains cas, pou- voir, par la voie de l'expropriation, garantir de tout dommage, comme Natnrdenkmal (monument de la nature), certaines parties des forêts communales et particulières ; « 8° Déjà, dans les écoles forestières on doit, dans les conférences, attirer l'attention sur le maintien des massifs spontanés remarquables et en général des monuments de la nature. » Conclusions du rapport Dimitz : « 1° Le puissant essor de la civilisation et de l'industrie du siècle précédent a causé d'importants bouleversements dans l'économie et la physionomie de la nature. Les gouvernements .sont appelés à intervenir comme médialeuis dans ce conflit. COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 83 « 2° La proleclion des paysages et la conservation des monuments naturels sont, à ce point de vue, des choses d'intérêt public et exigent l'intervention des administrations d'État; « 3° Gomment s'exercera cette protection, c'est l'affaire de chacun des gouvernements. Là où on ne s'est pas encore préoccupé de cette question,* la mesure la plus urgente est de constituer des bureaux centraux chargés du soin de ces monuments; « 4° D'après leur expérience on déterminerait d^ns la suile si et dans quelle mesure les dispositions légales sont nécessaires pour arriver sûrement au but ; « 5" Les rapports de l'exploitation forestière avec le sujet en ques- tion font apparaître comme désirable que l'enseignement forestier à tous ses degrés s'occupe de la protection des monuments naturels et qu'en première ligne les écoles supérieures insèrent dans leur plan d'études des leçons sur l'esthétique forestière ; « 6" On doit attendre des administrations des forêts des Etats et des corporations que, pour remplir un devoir moral, elles donnent tous leurs soins à la protection des paysages et à la conservation des monuments naturels, et prennent les devants pour la mise en réserve des peuplements forestiers typiques des forêts naturelles; . « 7° Une question qui doit être prise en haute considération est celle de savoir s'il ne serait pas plus conforme au dessein dont il s'agit de renvoyer ces affaires aux bureaux centraux de l'agriculture et non à ceux de l'instruction publique. Autre question non moins importante : ne devrait-on pas concéder aux gardiens des monuments naturels une certaine ingérence dans les entreprises qui changent notablement le caractère du paysage et bouleversent profondément l'aspect de la nature (utilisation de l'eau comme source d'énergie électrique, etc.)? » Rapport de M. Delville, sous-inspecteur des eaux et forêts à Bouillon (Belgique). Un beau paysage est comme un sourire de la nature. « Parmi les bonnes passions qui élèvent l'homme, les esthétiques, ([ui ont pour objet le culte du Beau, donnent de vives satisfactions. 84 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMigUE « Li religion de la Beauté a aiijoui'd'ljui ses dogmes, ses servants, ses ponlifes. Et ce n'est plus seulement, comme naguère, aux chefs- d'œuvre de l'art (ju'elle a voué son culte, ce ne sont plus les monu- ments qu'elle respecte et v/'iière, dont elle prétend d(';fendre Torigi- nalité, ce ne sont pas seulement ces coins de vieilles cités que le romantisme avait mis à la mode et que l'esthétique des villes a jalousement adoptés : une rue curieuse, un carrefour pittoresque, un coin de canal entre ses quais moussus, (jui, pour ne pas être inventoriés par les Bœdeker et les Joanne, n'en laissent pas moins les plus radieuses traînées de souvenirs dans la brume où se confon- dent nos impressions de voyages. Ce sont aussi, et cela est plus; nouveau peut-être, les sites et les paysages qui sont le décor agreste et. le visage même de la nature. « A l'envi, les écrivains et les peintres les décrivent ou les repro- duisent, et le public commence à éprouver que ces beauté's natu- relles, tout comme les beautés artistiques, sur lesquelles elles ont la supériorité de la vie, constituent une richesse (jui inspire le respect au même titre que le monument. « La surface du globe souflre d'une constante transformation, non seulement par les influences du climat et de l'atmosphèi-e, mais aussi et surtout, par le travail de l'honmie, son l>esoin de gain et de conquête. '(( Partout les constructions de chemins de fer, les régularisations de rivières, les nouveaux canaux, les entreprises de mines et de carrières changent la scène, le paysage, la surface de la teri-e. Par- tout on arrache des arbres, on brise des rochers, on capte des torrents, on couvre les campagnes d'afliches et de réclames, et l'on saccage les sites merveilleux consacrés par l'admiration des poètes, des artistes et des foules. « Dans la plupart des pays la destruction des sites peut s'opérer librement sans qu'aucinie loi permette d'y mettre obstacle, et cepen- dant les protestations contre ce que l'on qualifie volontiers de vanda- lisme deviennent tous les jours plus nombreuses. Les (ruvres de la natiu'e sont un incessant sujet d'admiration, au moins autant que les œuvres des hommes. La splendeur, Tinnuensité, la sauvagerie, ou siniplemenl le pittoresque d'un paysage peuvent verser au co'ur COMPTE RENDU DU Vlll* CONGRÈS INTERNATIONAL 85 aillant d'émotions fortes ou douces que les plus grands tableaux des maîtres. « Et ces beautés naturelles, qui s'offrent à tous, qui prodiguent inlassablement leurs énergies ou leurs caresses aux plus pauvres, nous n'en avons pas assez le culte et le respect. « Les nécessités modei-nes tendent chaque jour à bouleverser les aspects de notre sol, à tarir ces fontaines de beautés. Là, c'est une carrière qui creuse au flanc de la colline des trous béants comme des blessures et disperse tout autour d'elle les débris de rochers aux tons criards; là, c'est un charbonnage ou un haut fourneau qui (Tige au-dessus des campagnes un géométrique cône de débris; là encore c'est un chemin de fer qui, par des tranchées et des remblais, déchire brutalement les apparences les plus charmantes. Il ne peut être question cependant d'entraver le développement économique ou industriel d'un pays, ni de supprimer le mercantilisme si fortement ancré dans nos mœurs, et il sera toujours difficile de légiférer en pareille matière, parce que l'industrie et le commerce ont des droits qui, dans notre société âpre au gain, semblent primer tous les autres. « Mais, déclare à peu près en ces termes M. Destrée, auteur d'une proposition de .loi sur la conservation de la beauté des paysages, n'est-il pas possible d'atténuer la sauvage malfaisànce des ingénieurs, dont les pensées se condensent trop volontiers en formules mathé- matiques, de consoler un peu la tristesse de l'artiste, de l'artiste qu'il y a dans tout promeneur, dans tout excursionniste ? « Dans tous les pays on a protégé les animaux sauvages par des lois et règlements sur la pèche, la chasse et la tenderie. Dans cer- taines régions on a pris la défense des plantes (l'edelweiss en Autri- che et en Suisse, la flore des montagnes en Italie, eu Espagne et en Ecosse). Partout on garde jalousement les monuments de l'art et de l'histoire ; mais il nous manque des nioyens de conserver les sites, paysages et monuments naturels remarquables. N'est-il pas illogique, dit-on avec raison, de consacrer des millions à acquérir et conserver des peintures, c'est-à-dire des copies, et de laisser à plaisir détruire les originaux ? « Nous pensons que la loi doit intervenir, mais non comme ins- 86 ANNALES DE LA SCIENCE AGUONOMIQUE Iriiment de coercition pouvant amener des révoltes individuelles — nolammeiil dans les pays où le droit de propriété ne supporte que de rares atteintes — et seulement dans des cas excei)lionnels. « C'est par l'éducation esthétique des masses que l'on résoudra, avec le moins de secousse, la question ipii préoccupe toutes les nations. « Cette éducation doit être commencée à l'école pi-imaire. C'est l'école qui doit [)ré])arer à la vie et vivre, c'est à la fois sentir et connaître, penser et agir. L'art doit faire partie intégrante de tout système complet d'éducation ; mais il doit être enseigné en respectant les individualités, en atteignant l'intelligence par les sens, afin de ne pas donner un jour à la société des hommes (jui ne soient que la sei'vile copie d'autrui. « L'instituteur, qui recevra dans ce hut une culture spéciale et une pj-éparation sérieuse dans les écoles normales, profitera des excursions scolaires pour attirer l'attention des élèves sur la splen- deur des spectacles de la nature et l'imposante majesté des monu- ments naturels. Il évitera de leur présenter l'appréciation du maître, mais leur laissera le rôle actif. Ce sont eux qui doivent voii-, regar- der, obsei-ver, explorer, analyser, comparer, guidés discrètement pai' le professeur qui aura l'air de discuter, d'étudier le sujet comme ses disciples, mais qui mettra toute son âme d'artiste et tout son talent d'éducateur à en faire jaillir tour à tour toutes les parcelles de beauté, de telle sorte que chacun les ayant vues et senties sans qu'on les lui ait annoncées, croira les avoir découvertes. (( Ce qu'il faut à l'école primaire, c'est éveiller le sentiment latent du beau, c'est rendre les enfants conscients de leurs préférences, de leurs jugements, de leurs goûts, eu matière d'esthétique cham- pêtre. « Dans un autre ordre d'idées, la formation de comités régionaux affiliés à iMi comité central et composés de personnes pouvant, pai' leur prestige, leur talent, leur autorité ou leur popularité exercer une influence bienfaisante sur les masses, serait ('gaiement un moyen de ré])andre, dans toutes les classes de la société, le respect des beautés naturelles. (( En Belgique, et probablement ailleurs, il existe de ces comil('S COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 87 régionaux', et nous en connaissons qui, par des conférences avec projections lumineuses, ont assumé la tâche de populariser le senti- ment du beau et du pittoresque. (( Enfin, la Presse, lorsqu'elle sait conserver la juste mesure et éviter les exagérations souvent malheureuses, rend à la cause de la protection des paysages d'inestimables services. . ; « Nous allons examiner ce qui, à notre connaissance, a été fait pour la conservation des curiosités naturelles dans les divers pays qui se sont occupis de la question, et nous en dégagerons quelques conclusions. « 11 est peu de contrées au monde qui embrassent dans une super- ficie restreinte plus de merveilles que la Belgique. Aussi les pouvoirs publics se sont préoccupés de maintenir dans leur grandeur sauvage et leur'âpre beauté les régions mises à la mode par l'afflux toujours croissant des visiteurs. « Il existe en Belgique une Société nationale pour la protection des sites et des monuments, ainsi qu'un comité des amis des arbres. Sur l'intervention de celui-ci, la protection des arbres et des planta- tions a été inscrite au programme de l'enseignement théorique et pratique des notions d'agriculture donné par l'iu-^tituleur. Personne ne constestera que les arbres sont un élément important du paysage ■' et comptent parmi les plus belles choses de la nature. « D'autres associations, telles la Société Namuroise pour la pro- tection des sites du Touring-Glub, aident puissamment à l'éducation esthétique du public. La Société nationale déjà citée, d'accord avec le Musée des arts décoratifs et avec le Touring-Club, fait relever par des artistes photographes, en un inventaire qui sera précieux, les paysages les plus caractéristiques des neuf provinces belges. « De son côté, l'administration -forestière, prépondérante dans les régions pittoresques, a déployé les plus intelligents efforts — on s'est plu à le reconnaître — pour empêcher la profa lation des sites inté- ressants. « Elle a fait procéder au recensement des arbres remanpiables au point de vue de la légende, de l'histoire, ou simplement de leur situation ou de leurs dimensions. 88 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « Elle convertit certains bois ou l)0(jiieteanx bien places en bois {J'agiviiieiit et les approprie comme tels, errant ainsi de véritablc's parcs forestiers toujours accessibles aux promeneurs. « Elle encourage, pai- l'allocation de subsides, le rel»oisement des carrières épuisées ou abandonnées, des Irancbées et remblais dénudés. « Elle manifeste éi;alement toute sa sollicitude pour la création de massifs de verdure sur les places publitpies, les excédents de clie- mins, les abords des gares, etc. « Des écrivains de mérite, à l'ànie éprise de poésie cbampètre, ont imaginé des fcles des arbres, qui rappellent la vieille coutume natio- nale du « Meyboom )). D'autre part, nous avons vu récemment le gouvernement consacrer une somme considérable à l'acquisition et à la démolition d'un bjtiment industriel qui masquait un des plus jolis coups d'œil de la vallée de la Meuse. « Enfin, exemple précieux, lorsque le roi des Belges, dont on connaît la rare compétence en fait de création de promenades et de constructions monumentales, fil don à la nation des domaines qu'il a créés ou agrandis à Laeken, à Tervueren, à Ostende, à Ciergnon, à Ardenne, il stipula comme condition que ces biens, qui constituent une merveilleuse réserve de beautés pittoresques et d'air pur en un pays industriel, de population très dense et de propriété très mor- celée, ne pourront jamais être aliénés ni transformés. « En aucun cas, et sous aucun prétexte, (iit l'acte olTiciel de 1900, on ne pourra en diminuer la valeur eslbétique. Les richesses miné- rales ne pourront être exploitées et des voies ferrées établies dans les domaines de Ciergnon et d'Ardenne que dans la mesure où cette exploitation et cet établissement seraient compatibles avec la conser- vation du cachet pittoresque et de l'aspect agreste qui font le charme de cette région. « MM. les députés Destrée et Carton de Wiart ont déposé, en 1905, un projet de loi imposant en' principe à tout exploitant (aux pouvoirs publics comme aux particuliers) l'obligation de réparer, à mesure de l'achèvement des travaux et dans les limites du possible, le dommage causé à la beauté du paysage, nolanmient en faisant les pl;mtatii)ns nécessaires, en couvrant d'un manteau de vet'dui-e COMPTE RENDU DU VIIl* CONGRÈS INTERNATIONAL 89 les excavations, déblais ou remblais. En guise dp sanction, elle permet au ministère public ou même à tout citoyen d'assigner le propriétaire responsable devant le tribunal du lieu dévasté, qui s'entourera de tous les renseignements nécessaires et recourra, s'il y a lieu, à une expertise pour déterminer de quelle manière peuvent se concilier équitablement les droits de l'exploitant et ceux de l'esthétique des paysages. « Les signataires de la proposition se sont heureusement inspirés du tempérament national en ne réclamant pas une réglementation trop sévère. « Le Belge, dit M. Picard dans les Pandecies, aime la moyenne mesure. Il la manifeste instinctivement clans toutes ses actions, dans toutes ses réformes. Il est dans l'ensemble de ses individunlités, dans la résultante sociale de celles-ci, pour la pondération, pour l'équi- libre, pour les transformations réfléchies etpiudentes. (( Un nouveau projet de loi sur les expropriations, déposé à la Chambre des représentants par le comte de Smel de Naeyer, met expressément le principe d'expropriation au service de l'intérêt esthétique. Il permet d'imposer aux immeubles, moyennant une indemnité juste et préalable, des servitudes qui n'ont point leur jus- tification ailleurs que dans l'intérêt pittoresque. « Si nous passons à la France, nous voyons qu'une société pour la protection des paysages s'est constituée il y a quelques années et (ju'elle a commencé une propagande active pour la défense des beautés naturelles. « Le Touring-Club français a aussi consacré ses efforts à encourager la conservation de la richesse forestière. Il vient de faire rédiger un manuel de l'arbre destiné aux écoliers et il a complété l'enseigne- ment par un tableau mural plaçant sous les yeux de l'élève les bienfaits de l'arbre. « Une loi votée en 1906 met à la disposition des autorités dépar- tementales le moyen de conserver les paysages les plus précieux en les rachetant d'office, ou en imposant aux propriétaires, moyemiant indemnité, l'obligation de ne pas modifier l'état des lieux. II est créé dans chnque département une commission des sites et monuments naturels de caractère artistique. Cette commission dresse une liste 90 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE des propMétés foncières dont la conservation peul avoir, nu point de vue artistiijue et pilloresijue, un intérêt général. « Les propriétaires des immeubles désignés par la commission sont invités à prendre rengagement de ne détruire ni de modifier l'état des lieux ou leur aspect sans une aulorisation spéciale. « Si cet engagement est donni", la propriété est classée par arrêté du ministre de l'instruction publiut commun; qu'on ne doit pas faire de la question de protection des sites et paysages un monopole entre les mains de l'État, mais l'objet d'une collaboration des pouvoirs publics et des particuliers, nous émettons les conclusions et vœux suivants : « \° Dresser par région, province ou déparlement un inventaire « de tous les paysages, sites et monuments naturels présentant un « intérêt général au point de vue artistique, pittoresque, historique, « légendaire ou scientifique ; « 'il° Classer ces paysages, sites et monuments naturels dans plu- « sieurs catégories suivant l'importance qu'ils présentent; « 3° Faire l'éducation esthétique des masses : « a) En inculquant à l'enfance et à l'adolescence dans les écoles, « collèges, athénées, lycées, le sentiment et le respect du Beau ; « b) En formant des sociétés régionales affiliées à un comité central « et composées de personnes jouissant d'un ascendant intellectuel « ou moral sur le public ; « c) En usant des moyens que fournit la photographie pour popu- « lariser les œuvres les plus intéressantes de la nature; (( (/) En multipliant les fêles des arbres inaugurées dans certains « pays; « e) En intervenant judicieusement par voie de la presse et en « faisant porter les légitimes revendications à la tribune nationale ; « -i" Insister de plus en plus sur le rôle que les administrations « publiques ont la faculté de jouer — ofliciellcment ou oflîcieusc- « ment — dans les actes et travaux pouvant avoir pour résultat de « dénaturer l'aspect des plus beaux sites, par exemple en n'autori- « sant l'ouverture de nouvelles carrières communales que sous la COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 93 « condition expresse que les anciennes seront préalablement reboisées « d'après les instructions des agents compétents ; « 5° Constituer une dotation à l'aide des subventions des pouvoirs « publics, des souscriptions et legs des particuliers et consacrer les « revenus du capital à la location ou au rachat des propriétés fon- « cières présentant un intérêt artistique spécial, et à l'allocation de « subsides aux communes et aux particuliers ipii travaillent, sui- « vaut un plan arrêté, à la conservation ou à l'établissement des « paysages ; « 6" Placer entre les mains des divers gouvernements une arme « légale adaptée aux mœurs du pays et au tempérament national. « La loi permettait l'expropriation des paysages, sites et inonu- « ments naturels inventoriés dans la première catégorie (Voir 2° ci- « dessus) et l'établissement, moyennant une indemnité unique ou « annuelle (location), d'une servitude sur les curiosités d'un ordre .(( secondaire, elle ne doit, selon nous, porter qu'une atteinte bien « justifiée au droit de propriété. » X — Le commerce du bois en Europe — Influence du développement des voies navigables sur ce commerce Rapporteurs : MM. Hufnagl, directeur général des domaines du prince Charles Auesperg ; D' Jentsch, professeur à l'Académie forestière de Mûoden (Hanovre) ; Marciiet, professeur à l'École supérieure d'agriculture à Vienne ; Mathey, inspecteur des eaux et forêts à Dijon. On trouvera ci-dessous les conclusions des rapports Hufnagl, Jentsch, Marchet et, in extenso, l'étude considérable, très docu- mentée, de M. Mathey. Conclusions du rapport IIufnagl : « Nous pouvons résumer nos idées sur le thème proposé dans les phrases suivantes : « i" De nouvelles voies de trafic influent en égalisant les prix. 94 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Les pi'ix des bois dans le nord et l'ouest de l'Europe moyenne, assez pauvres en forêts, peuvent donc fléchir localement, mais probablement seulement passagèrement, par suite de la construction de voies fluviales et de canaux ; par contre l'est, riche en bois, doit s'attendre à une élévation des prix. « 2° Le commerce de bois a d'autant plus besoin de voies de trafic adjuvantes et à bon marché que les assortiments à fournir sont de moindre valeur ; le transport au loin des bois blancs en grume est essentiellement lié au flottage. « Un renchérissement du trafic par eau dû à la canalisation de rivières utilisées juscpi'alors par le flottage équivaut à un droit d'exportation sur les bois en grume ; il restreint le commerce des bois bruts et favorise l'installation des entreprises industrielles forestières plus en amont des rivières et vers les forêts. « 3° La politique de tarifs et d'impôts peut rendre temporairement impraticables les voies naturelles du commerce, soit pour toutes les catégories de bois, soit pour quelques-unes. Dans les pays exporta- teurs les gouvernements n'ont pas besoin de recourir à des moyens artificiels pour développer l'industrie nationale forestière ; c'est en effet une nécessité fondée sur les rapports naturels des choses qu'avec l'augmentation de distance entre les pays producteurs et les pays consommateurs l'industrie du bois se rapproche des régions forestières. » Conclusions du rapport Jentscii : « 1° En principe, l'établissement de voies fluviales pour le com- merce de bois est important et utile parce que : « a) L'espace entre les centres de production et ceux de consom- mation augmente avec le temps ; « b) La consommation du bois s'étend sur une plus large surface et favorise le développem.i'nt du commerce ; « c) Le bois, marchandise encombrante, ne peut être emmené au loin qu'avec de faibles frais de transport ; « d) Le transj)ort par eau est en moyenne sensibleinent moins élevé que le transport par chemin de fer, et COMPTE RENDU DU VIII^ CON(;rÈS INTERNATIONAL 95 « e) En particulier pour le bois quanti il peut être exporté par bateaux ou par flottes (trains de bois) « /) La production du bois dans la forêt aménagée est plus pré- cieuse, plus fructueuse que dans la forêt vierge. « 2" Au transport des bois servent surtout, en dehors des mers pour le trafic mondial, les cours d'eau naturels, principalement quand, à l'aide de jonctions artificielles, ils forment, comme en Russie par exemple, un réseau enseri-ant une grande contrée riche en bois. « S° A côté du défaut irrémédiable de la lenteur, à côté des obstacles dus aux influences atmosphériques, de la limitation de leur cours dépendant du terrain et aussi de la variation du niveau et de la vitesse de l'eau, ce qui influe désavantageusement sur le commerce des bois par les voies fluviales naturelles, ce sont les modilications dans les passes des fleuves, souvent aussi leur configu- ration et leur orientation défavorables. « 4" La politique commerciale des Etats civilisés européens se règle d'après le réseau des chemins de fer et la disposition des voies fluviales. « C'est le chemin de 1er qui a créé la vie commerciale moderne développée à un si haut degré. En raison de la régularité, la vitesse, la ponctualité, la sûreté de ses transports et de ce qu'il est indépen- dant de la forme du terrain, il restera toujours le mode de transport le plus important et le plus pratique ; il ne doit pas être remplacé, mais seulement complété par les voies fluviales, et de telle façon (jue le transport par eau, moins dispendieux en tous cas, agrandisse surtout le débouché des marchandises encombrantes, ce qui souvent ne peut réussir avec le chemin de fer, sans parler de la question du revenu. « 5" L'installation de voies fluviales consiste soit : « a) Dans la régularisation des voies fluviales naturelles eu égard à leur direction, leurs passes, leur hauteur d'eau et la vitesse de leur cours ou « b) Dans la création de voies d'eau artificielles qui peuvent être : « a) Des canaux de jonction entre voies naturelles ou « ^) Des compléments et des appropriations de ces mêmes voies ou 96 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE n y) Des voies arlilicielles complcUîment nouvelles se reliant par une ou par deux extrémités, soit à des voies lluviales intérieures, soit à la. mer. « 6° Parmi les marchandises encombrantes citées au n" A ligure le bois et, avant tout, le bois en grume. Celui-ci peut être en général expédié à peu de frais par eau sous forme de Hottes, mais non sur les bateaux. C'est pourquoi le commerce de bois s'occupe surtout des bois en grume partout où des cours d'eau flotlabh^s sont à sa disposition, et principalement des bois travaillés là où existent des lignes de bateaux sur mer ou des voies inté- rieures non flottables, mais navigables. Le bois en grume forme à notre époque sur le continent européen l'article principal du com- merce. « 7" La régularisation des voies fluviales naturelles quant à leur direction, leurs passes, leur hauteur d'eau et leur vitesse, ainsi que l'installation de courts canaux de jonciion artificiels n'influent favo- rablement sur le commerce des bois, dans sa forme actuelle, que si le transport par flottage des bois bruts se trouve par là facilité. La transformation des voies fluviales naturelles en voies artificielles et la création de canaux, qui tous deux favorisent le transport par bateaux et qui rendent plus difficile le flottage, ont une action favo- rable sur le commerce des bois travaillés et défavorable sur celui des bois bruts. « 8" La plupart des voies fluviales projetées dans les Etats de l'Europe orientale et moyenne visent à la transformation*des voies naturelles en canaux et à la construction de nouveaux canaux artificiels. Il en résulte un changement profond et général dans les habitudes du commerce des bois : « a) Le commerce des grumes est plus difficile et limité aux voies de trafic bien appropriées au flotiage ; le commerce des bois de sciage est favorisé et les industiies qui travaillent le bois s'éloignent ])eu à peu davantage des lieux de consommation du bois, pour se rapprocher de ses centres de production, « 9" Il n'y a donc aucun motif à souhaiter et à favoriser l'achève- ment des voies d'eau projetées : « a) Los régions qui jusqu'alors flottaient leur excédent de bois COMPTE RENDU DU Vlll" CONGRÈS INTERN.ITIONAL 97 brut dans les pays de consommation à industrie développée ne peuvent orls de la mer Noire. Ce sont tantôt des chênes exportés sous forme de demi-lunes, de ti'averses, de planç.ons et de merrains, tantôt des pins sylvestres et des épicéas, exportés sous forme de poutres écjuarries, de tra- verses et de sciages, tantôt des aunes exportés sous forme de billes. « Malgré la dévastation dont les forêts particulières sont le théâtre, les provinces de Volliynie, de Minsk, de Podolie, de Mohilew conti- nuent à soutenir un vaste conmierce d'exportation. Le port d'Odessa a quadruplé ses exportations en cinq ans; son principal trafic porte sur les poutres et les merrains de chêne à destination de France. Le port de N(. /orossiisk a plus que triplé et le port de Batoum doublé les envois de merrain durant le dernier laps de cim; ans. Les exporta- tions de noyer (billes, loupes et plateaux), de l)uis (billes) subissent les influences changeantes du marché, doublant et triplant facilement leurs chiffres d'une année à l'autre, ce qui permet aux statisticiens trop pressés, tantôt d'affirmer la ruine forestière de ces régiojis, tantôt d'exalter leurs richesses. En présence de ces anomalies, diffi- ciles à expliquer pour ({ui n'est pas sur les lieux, gardons une sage réserve et ne nous laissons gagner ni par les craintes exagérées, ni par les espoirs trop optimistes. Il y a, cela est sûr, d'immenses richesses encore inexploitées dans le Caucase, mais personne n'en sait au juste l'importance. « Le bassin de la Vistule expédie sur Danzig ses phis et ses chênes ; une partie des exportations russes figure donc au compte de l'Allemagne. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce point. (( Après cette rapide incursion dans le domaine des chiffres, l'im- pression dernière qui demeure en l'esprit est que la Russie fores- tière, malgré l'énorme développement de ses voies fluviales, malgré l'accroissement de sa population et de son industrie, est loin d'avoir dit son dernier mot, loin d'avoir épuisé ses réserves, il faut donc s'attendre à une violente poussée de la spéculation vers les massifs qui, n'étant pas situés au voisinage immédiat des voies fluviales ou ferrées, n'ont pu encore être rationncllenuMit exploiti's. Actuelle- r.OMPTE RENDU DU Vllf CONGRÈS INTERNATIONAL 117 meut, la valeur vénale de ces forêts est très faible et de grosses avances de capitaux seront nécessaires pour arriver à les mettre en valeur. Si, comme je l'ai dit, ceci se fait lentement, progressivement, le prix des bois sur pied ira ni'cessairement en s'alevant, et les cours des bois ouvrés se maintiendront sur le marché mondial; mais si, au contraire, on brusque les choses, le commerce peut s'attendre aux pires catastrophes, et les propriétaires fonciers aux plus cruelles déconvenues. « E) Autriche-Hongrie. — Jusqu'à ces dernières années, le com- merce international du chêne était resté Tapanage presque exclusit de r Autriche-Hongrie ; les exportations russes et américaines ont un peu diminué cette prépondérance commerciale. Toutefois, au point de vue de la tenue des cours, c'est encore là que l'on doit cheicher Torientation du marché. D'une jwirt, en effet, le commerce interna- tional trouve à s'approvisionner, sur ce grand territoire, indistincte- ment en chêne demi-dur et en chêne tendre ; d'autre part, le soin apporté dans le triage des produits destinés à l'exportation a étendu très loin le bon renom des chênes de Croatie, de Slavonie, de Bosnie. La spéculation fiévreuse, qui s'est abattue sur ces régions, a d'ail- leurs singulièrement diminué l'importance forestière de la Slavonie et de la Croatie. Les exploitations, qui atteignaient 400 000 mètres cubes en 190:2, ont diminué d'environ moitié. Et, de même qu'en France, on constate que le commerce local se trouve de plus en plus concurrencé par le commerce étranger, spécialement par le com- merce allemand, qui dispose de vastes capitaux. Cette diminution forcée ou voulue de la production a nécessairement amené un ren- chérissement marcpié des bois sur pied, et les adjudications der- nières se sont faites avec une hausse d'au moins 40 "/o sur les prix obtenus en 1905. La demande en chêne de Hongrie n'ayant pas diminué, et les sciages de cette région jouissant toujours d'une énorme plus-value, la fabrication du merrahi a nécessairement fléchi, laissant plus de marge aux exportateurs américains e: rou- mains. « Les faits se passent à peu près de même en Bosnie-Herzégovine où le matériel des vieilles futaies de chêne tend à s'amoindrir sans s 118 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE cesse, tîiiil et si bien (|iii' ce sont les forêts rouiiiaiiies qui alimentent en partie le connnerce local. Cet appauvrissement des chênaies a eu poin- (•(insôquence la mise en vali'iir des forêts de hêtre, de pin et de sapin, jusqu'alors ^dêdaii^nées. Un ^rand courant commercial se dessine en faveur du hêtre, a])pi'l(' à remplacer le chêne dans un grand nombre d'emplois. De tout temps, on a utilisé le hêtre pour la fabrication des fûts destinés à recevoir des matières sèches, des huiles, des corps gras, etc. ; mois aujourd'hui, en présence de la crise vinicole et de la hausse subie par le chêne, on s'est efforci' de généraliser l'utilisation du hêtre comme merrain. Grâce à un enduit spécial, on confectiomie maintenant, dans le midi de la France, des iuls à vin en hêtre, complètement étanches. D'autre part, les com- pagnies de chemins de fer remplacent de plus en plus leurs traverses en chêne par d'autres en hêtre créosote ; elles seront même bientôt amenées, par la logique des faits, à abandonner leurs préventions injustifiées contre le hêtre à cœur rouge. Ce dernier pourra même foiuMiir, j'en ai la conviction, de très jolis motifs d'ornementation à l'industrie du meuble. L'utilisation des chênes à cœur rouge pai' la menuiserie anglaise et américaine montre les progrès accomplis dans l'utilisation rationnelle des bois à structure anormale. Enfin, la fahrication des frises de hêtre est en bonne voie d'extension. Il en est de même des sciages lins, destinés à l'industrie du meuble, et des sciages grossiers, destinés à la caisserie {testoni, iavolelli). En 1904, la Hongrie a exporté 61 500 tonnes de hêtre contre 190 000 tonne de chêne. Les 01 500 tonnes de hêtre ont reçu les destinations sui- vantes : Autriche 26 000 tonnes Allemagne 3 800 — Sui.s.se 3 300 — Italie 17 000 — Espagne 6 000 — Hussie 2 000 — Autres pays 3 iOO — « Ces chill'res montrent siu-ahondaminent rimporlance croissante prise par le hêtre dans les transactions commerciales, et si l'on n'apporte point une hâte fébrile à l'exploitation des vieilles hètraies, s COMPTE RENDU DU Vlll" CONGRÈS INTERNATIONAL 119 si l'on n'encombre pas le marché par des spéculations inconsidérées, on peut s'attendre à voir les cours du hêtre suivre la hausse de ceux du chêne. « Le frêne, l'orme et l'érable constituent encore un bon article d'exportation pour la Hongrie. L'Autriche, l'Allemagne et l'Angle- terre sont les meilleurs acheteurs de ces essences. La France ne prise pas beaucoup les frênes de Slavonie, qui se présentent trop souvent avec le cœur noir et qui conviennent alors médiocrement pour les ateliers de cintrage. « En ce qui concerne le marché des bois résineux, nous aurons l'occasion d'y revenir pour la Roumanie. Tout ce que l'on peut dire dès maintenant, c'est qu'ils sont loin d'avoir la qualité et la valeur des bois du Nord et qu'ils arrivent débités en grandes dimensions. Détestables comme charpente, ils fournissent au contraire des sciages appréciés, presque sans nœuds, répandus jusqu'à Dijon, « Quant à savoir au juste quelle est la production des forêts d'Au- triche-Hongrie, c'est un point bien difficile à préciser. Les uns vont répétant que les massifs sont épuisés ; les autres leur assignent encore trente ans de rapport soutenu. En fait, personne n'est sûr de son dire. Je ne crois pas toutefois que cette production soit inférieure à ^5 à 30 millions de mètres cubes, dont un bon tiers reste dispo- nible pour l'exportation. La hausse qui se fait .sentir sur les produits forestiers ne peut se maintenir ([u'à une seule condition, c'est que les exploitations .seront sages et modérées. « En analysant les différentes branches du commerce austro-hon- grois on constate les faits suivants : « a) Dois ronds. — Cet article, qui avait subi une forte déprécia- lion en 1902, s'est vigoureusement relevé depuis. La hausse qui n'avait primitivement porté (jue sur les billes de premier choix, s'est finalement étendue à toutes les sortes, en partance pour l'Allema- gne, la Belgique, la Hollande et l'Angleterre ; « b) Sciages. — Les sciages ont suivi les fluctuations du, cours des bois ronds. Tant que le marché a été encombré, les transactions ont été difficiles et les acheteurs se sont montrés très exigeants pour la ([ualité. Dès (pie les prix se sont affermis, ces exigences ont cessé. Ainsi se trouve véritiée une fois de plus la loi économique en vertu 120 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE de la(juelle les transactions ('omniercial(!s, en temps de crise, sont d'autant pins difficiles qu'elles j)Oi'lent sur des marcliandises de qualité plus inférieure. C'est poiu^ipioi le commerce a mauvaise grâce à se plaijidre des cours élevés atteints par les bois sur pied, puisque c'est l'indice d'iuie activité précieuse dans les échanties et d'une pros- périté industrielle dont il est le premier à ressentir les bons effets. « c) Douelles et douves. — Depuis quelques années le marché des merrains a perdu de son activité. G(da tient, d'une part, à la concur- rence russe et américaine (jui livre à meilleur compte; d'autre part, à la mévente des vins causée par la surproduction. L'expérience montre que les prix ne pourront s'améliorer que si on diminue la produc- tion en limitant strictement l'offre à la demande ; « d) Traverses. — Longtemps affaissé, le marché des traverses commence à se relever légèrement. Les craintes manifestées au sujet de la substitution possible du fer ou de l'acier au bois sont absolu- ment chim(h"iques. J'en ai indiqué ailleurs les raisons. Rien donc ne pourra enrayer dans l'avenir la hausse timide qui s'est produite, celte année, sur cet article, hausse que justifient à la fois la prospérité des grandes compagnies et la durée plus grande des traverses injectées. LIEUX MARCHANDISKS E X PORTÉ ES 1 Bois Je (lest nation (le coustriic- lioii Liège Douelles Traverses Stiages, bois dur Sciages, bois it'uilre Totaux quiutaux quiulaiix quiutaux quiutaux quiuiaux quiutaux quiutaux ! Allemagne 16 769 795 2 009 2t0(!08 381 189 660 075 4 266 609 22 319 285} Suisse 242 914 » 22 595 10 404 143 644 898 423 4 317 977 Italie 1 174 858 1 109 14(; 1093 495 283 1816 108 6 595 989 France 50 552 » 417 661 153 313 862 427 718 1 209 946 Angleterre 82 421 1 28 674 » 63 333 46 775 2^1 179 Russie 1 878 495 3 M 227 52 530 1 404 905 3 336 160 Roumanie 87a 192 5 1217 •) 193 1 456 339 2 330 937 1 Serbie 13 loi 2 2 700 3 239 51 418 69 147 Turquie 1 1 599 8 2C14 7 631 5 2.>7 141743 168 862^ Autres jtays .... lOHL liES tïWIRTATlOSS : 420 028 20 56 544 44 690 297 667 1764 393 2 583 217 1 Eu 190X . . . . 21817 140 2 049 278 961 446 084 2 035 118 15 274 397 40 153 749 Eu VMS 21817 115 643 645 881 619 161 2 031 922 14 569 908 39 684 630 « En ce (pii conccnie le chiffre global de^ cxiiortalions, il ('lait de COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 12i 18 9-23 583 quintaux en 1888, de 33 487 8^23 quintaux en 1898, de 40 153 74-9 quintaux en 1904; sa progression est donc constante. Le tableau précédent, qui donne le détail pour 1903 et 1904, indique clairement que l'excédent de la seconde sur la première année tient exclusivement à l'importance prise par l'exportation des bois tendres (hêtre et sapin). « Il est bien difficile de tirer une conclusion certaine de ces quel- ques chiffres. Si les forêts de chêne paraissent avoir atteint l'apogée de leur production, en revanche les massifs de hêtre et de sapin semblcnl devoir livrer à la consommation des produits de plus en plus abondants. Ainsi s'expliquent les tendances du marché austro- hongrois, cherchant à attirer à lui les chênes de Roumanie et à enfler la spéculation sur les bois tendres. « Quoi qu'il en soit, nous sommes loin, de ce côté au moins, d'être acculés à une disette de bois, et durant longtemps encore les forêts d'Autriche-Hongrie alimenteront largement le marché mondial. Tout ce que l'on peut souhaiter, c'est que propriétaires et commerçants se rendent un comp.e exact des besoins industriels et qu'ils ne sacrifient pas, par une hâte inconsidérée, les heureuses prémisses de l'heure actuelle. c( F) Roumanie. — Entrée tardivement dans le courant des échanges internationaux, la Roumanie a pris depuis 1898 une grande place sur le marché mondial des bois. Conservera-t-elle longtemps cette situation privilégiée ? C'est ce que nous ne saurions affirmer, dans l'ignorance où nous sommes de la contenance réelle et du matériel de ses forêts. 11 semble toutefois que l'on mésuse un peu du j'iche capital accumulé par les siècles. Il est toujours plus fticile d'ap- pauvrir que d'enrichir les bois. Ce qui est sur, c'est que l'exporta- tion roumaine a suivi depuis 1898 une progression singidièrement rapide. En cinq ans, le chiffre des exportations a quadruplé, alors que celui des importations a dimiiuié de moitié, comme l'indique le tableau ci-après. « J'ai dit précédemment que l'on ne connaissait pas exactement l'étendue des forêts roumaines. De fait, dans sa célèbre conférence au Congrès international de Paris, en 1900, M. M('lard attribuait à 122 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE ces forris une contenance de 1800 000 hectares. Or, M. Popovic, chef (lu i)ureaii des forêts à la Direction des domaines, leur assigne IMPORTANCB OK8 EXPORTATIONS EN LIEUX ^^^ .^^ ^^ ,, de destination 1898 1899' 1900' 1901' 1902' >iuiiitaux quiulaux ((uintaux i|uiiitaux quintaux Autriche-Hongrie. . . 46-i 7 7'J 828 330 1 078 647 1218 593 1 397 G08 Belgique 105 17 649 190 576 28-4 987 243 022 Bulgarie 59 251 56 733 16 822 71421 58 563 Egypte » 2 3 843 » 77 375 Suisse » » » 109 7 049 Angleterre 1509 1041 705 87 975 201789 France 49 029 95 781 113 402 179 723 302 538 Allemagne 9 589 2 598 144 465 115 973 49 387 Italie 16 265 43 450 117 140 670 163 793 Hollande. ..... 36499 232317 171722 223265 295194 Russie 98 753 62 307 132 031 220 538 243 872 Turquie 74 705 123 231 48 416 76 955 93 552 Autres Étals .... 47918 42482 2649 73168 73406 aujourd'hui luie surface de :2 540 700 hectares, se décomposant comme suit : Sapins et pins non mélangés 344 753 Hêtre seul ou mélangé au sapin .... 510 308 Hêtre, chêne, orme et charme mélangés. 722 739 Chêne seul ou prédo.ninant 792 936 Peuplier et autres bois tendres .... 139769 Acacia 16 085 « La différence de 29 "/o entre ces deux évaluations est bien faite pour ébranler les esprits et mettre eu garde contre les données de statistiques tronquées. Dans le cas particulier, on peut affirmer har- diment (jue les ressources forestières de la Roumanie sont beaucoup plus importantes qu'on ne le croit commuiK'ment. C'est donc avec une confiance justifiée dans l'avenir que les exportateurs roumains .se sont attachés à perfectionner leur outillage, et l'on peut dire que (') Les chifl'res officiels des quatre dernières années ne nous sont pas connus, mais les documents commerciaux que nous avons sous les yeux permettent d'alTirmer que les exportations sont allées sans cesse eu augmentant. COMPTE RENDU DU VIU'' CONGRÈS INTERNATIONAL 123 les grandes scieries roumaines n'ont plus rien à envier à leurs sœurs aînées de Suède et de Norvège. Certaines d'entre elles ont même habilement réuni les fabrications les plus variées. C'est ainsi qu'on peut voir fonctionner dans une même scierie à lîucarest, en dehors des (ypes coui-ants de scies : des machines à fendre les billes, à façonner des bondes et à tourner des rais de roues; des cloueuses, des dérouleuses et des trancheuses; des ateliers où l'on prépare des poulies en frêne et en limonier, article très demandé en Italie ; des ateliers de tournerie pour le meuble ; des ateliers de menuiserie pour les châssis de portes et de fenêtres, etc. Ce sont là de véritables usines à bois. « L'exportation roumaine comprend des grumes et des boules de chêne, de hêtre, de noyer, de cerisier, de poirier et de limonier ; des merrains de chêne, de hêtre et de châtaignier; des traverses de chêne, allant jusqu'au Congo. Ces bois bien débités et présentés par d'habiles voyageurs, ont d'abord conijuis l'Orient et les rivages de la Méditerranée ; puis ils se sont infiltn's peu à peu sur les marchés de France, d'xVlleinagne, d'Angleterre, d'Italie, d'Espagne, de Belgique et de Hollande ; ils vont maintenant jusqu'aux Indes et dans le Nord africain. « G) Étals-Unis. — Si l'étendue des forêts roumaines peut prêter à des interprétations différentes, que dire de celle des forêts améri- caines? Je crois qu'il vaut mieux confesser humblement son igno- rance, que de vouloir donner des chiffres pouvant varier du simple au double. Les variations constatées dans les exportations d'origine américaine, d'ailleurs difficiles à fixer dans leur ensemble, tiennent moins, à mon sens, à un épuisement problématique des forêts, (|u'à une surproduction temporaire des scieries. Je prendrai comme exemple ce qui s'est passé au Texas en janviei" i904. A cette époque, les scieries échelonnées le long des rives du Mississipi regorgeaient à tel point d'approvisionnements, que les cours s'en allèrent à la dérive. Il fallut que les scieurs réduisissent leur production de 83 "/o pour raffermir un peu les prix. Malgré cette hausse tardive, la campagne s'est naturellement soldée en perte, et les affaires n'ont répondu ni à l'attente des producteurs, ni à celle des exportateurs. 124 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Ilieii d'éloniiaiit donc (|ii';iprès celte cruelle, mais salulaire leçon, on ait conslaté un néchissement dans les exportations. Il serait déce- vant d'en inférer (jne la ruine des réserves forestières est drs main- tenant consommée. Ce qui est infiniment probable, c'est (jue mal,uré l'accroissement de la consommation intérieure tenant au prodi.yieux essor industriel dn pays, les États-Unis sont encore capables d'un effort prolongé. Il est donc à présumer que leurs apports sur le marché mondial exerceront pendant longtemps une grande influence sur le cours des produits forestiers. Une des meilleures preuves que nous puissions en donner, c'est la rapidité avec laquelle la Nouvelle- Orléans a comblé le vide provoqué par le ralentissement des envois des douves hongroises. Bien (pie connues en France depuis plus de cinquante ans, sous les noms de pipes et de pipailles, les douves américaines, façon Bosnie, n'arrivent en quantité considérable sur le marché français que depuis une dizaine d'années. Elles ne sont cependant pas de qualité supérieure, mais leur vogue vient de leur bon marché. Leur envoi est soumis à tous les aléas de la récolte en vins. Aussi, les exportations varient dans des limites assez larges, sans qu'il soit possible d'inférer (|uoi que ce soit en ce qui concerne l'avenir. c( Jusqu'ici, les importations et les exportations ont suivi une marche parallèlement ascendante. On a peut-être attaché beaucoup trop d'importance aux infiltrations canadiennes, oubliant que la voie d'eau sert merveilleusement les exportateurs canadiens et (pie la main-d'œuvre est moins élevée dans ce dernier pays qu'aux Etats- Unis. Il ne me parait pas du tout démontré que ces apports soient autre chose que le résultat de l'attitude volontairement expectante des producteurs américains, en butte à l'àpre concurrence desexpor- lateuis canadiens. « En dehors des merrains, les États-Unis font un énorme com- merce de bois résineux cliarpenlés (pitchpin), de frises et de sciages. Parmi ces derniers, il faut accorder une mention spéciale aux sciages sur quartier de chêne blanc, débités avec beaucoup de soin et obtenus avec le minimum de main-d'œuvre dans des usines admirablement agencées et avec un matériel remanpiable par sa simplicité. Il est d'ailleurs à remar(pier que ces .sciages américains sui' (jiiartier COMPTE RENDU DU VIU^ CONGRÈS INTERNATIONAL 125 augmentent en même temps (jue faiblissent les envois similaires de Hongrie. Pour des raisons diverses, tenant à l'outillage d'abord, au prix plus élevé de la matière première ensuite, l'Autricbe -Hongrie et les pays voisins s'adonnent de plus en plus aux sciages sur dosses, qui laissent moins de déchet et plus de bénéfices. « Je ne dirai rien de la demande toujours plus active dont sont l'objet les grumes et les sciages de noyer et de caryas. C'est la con- séquence forcée de l'appauvrissement de nos régions européennes en Juglans regia. Je me borne à indiquer que le caroubier pourrait remplacer le noyer dans un grand nombre de cas. « Enfin, à côté de la vogue constante des cerisiers, des érables, des peupliers et des tidipiers américains, je note l'indifférence du marché mondial pour les spruces et les cyprès, malgré les efforts tentés pour les faire entrer dans les échanges internationaux. « En ce qui concerne la destination donnée aux bois américains, on constate que l'Angleterre prend environ 30 7<. des exportations, le Canada 9 "/o, le Mexique 7 "/„, les Pays-Bus 7 "/o, la France 6 "]„ l'Allemagne 6 "/„, Cuba 4 "/„, la république Argentine 4 "/„, l'Aus- tralie 4. "/„, la Belgique 3 "/o, les autres piys 20 °/o. « A côté du commerce des bois bruts et ouvrés, se placent encore ceux des pâles, des produits de la distillation sèche et des résines. Pour les pâtes, les importations canadiennes balancent à peu près les exportations en Angleterre, ^S^/o, en Belgique, 20 "/o, en Allemagne, 8 °/„, en Italie, 7 "/o, en France, 5 "/o, au Mexique, 4 "/„, en Russie, 3 °/o, au Canada, 3 °/o, au Japon, 3 "/„, dans les autres pays, 4 "/o. J'ai déjà fait allusion aux craintes que donne, pour la conservation des richesses forestières, l'extension toujours plus grande de la fabrication des pâtes cellulosiques. Je ne puis partager ces appréhensions, certain que la technologie n'a pas dit son dernier mot, et que les vides causés par la raréfaction de certaines essences seront comblés par l'utilisa- tion d'autres bois. 11 ne faut guère, au surplus, que quarante à cin- quante ans pour produire des bois à papier. « En ce qui concerne les produits de la distillation sèche du bois, je constate que l'Amérique a fait un effort considérable pour utiliser rationnellement les nombreux déchets de ses exploitations. A l'heure actuelle, les pyroligneux américains inondent les ports européens. 126 ANNALES DR LA SCIENCE AGRONOMIQUE De même encore, par sa masse, le marclu' de résines d'Amérique écrase celui d'Europe. Je sais bien qu'on prédit une prompte éclipse à cette production, en raison des proc(îdés primitifs de geinmage suivis de l'autre côté de l'Atlanticiue. Ces procédés sont-ils aussi barbares qu'on veut bien le dire, appliqués aux gros arbres de la Louisiane et de la Floride, dans le pays d'origine des pins soumis au résinage? C'est ce que je me garderai d'affirmer sans avoir vu. La critique est aisée et l'art est difficile. En tout cas, l'abandon du box- system est déjà un progrès marqué dans la voie du gemmage. En cela comme en toutes cboses, soyons prudents dans nos appréciations. L'Améri(|ue, qui nous a déjà ménagé tant de surprises, pourrait également déjouer, par ses ricbesses ignorées, bien des calculs, si nous n'y prenons garde, « il) Canada. — Pays du bois par excellence, le Canada est cependant devenu lui-même un point noir dans le ciel forestier, si j'en juge par cette sombre peinture d'un journal commercial : « Les « exportations par Montréal accusent en 1905 une sensible diminution « sur 1904. En 1903, l'exportation de pin par Montréal avait atteint « 219 millions de pieds cubes, alors qu'elle n'était que de 143 millions « en 1904. Ileaucoup de personnes, fortement intéressées dans le « commerce des bois du Canada, croient que l'exportation des sciages « et des bois bruts de ce dernier pays diminuera tous les ans, à cause « de la foite demande intérieure. » Ce trait me rappelle involon- tairement ce voyageur fantaisiste de Karr qui, de passage à Vienne, vit une jeune femme rousse sur le quai de la gare, et qui s'empressa de noter sur son calepin de voyage cette phrase lapidaire : « Dans ce pays toutes les femmes sont rousses. » Conclure d'un seul chiffre de douane, peut-être même erroné, que le Canada va bientôt man;|uer de bois pour l'exportation, voilà bien où en sont réduits les chroni- queurs aux abois ! 11 est vraiment grand temps que des voix plus autorisées viennent dire ce ([ue renferment de richesses forestières non cataloguées les États de la Colombie britanni(|ue, de l'Ontario, de Québec, du Nouveau-Rrunsvvick, etc. Ah ! certes, ce n'est point la matière première qui fait défaut dans les vastes massifs du Canada. Mais il est facile de comprendre que plus le rayon d'action des COMPTE RENDU DU Vlll" CONGRÈS INTERNATIONAL 127 scieries s'étend, plus hi traite devient onéreuse, et plus aussi il est difficile de répondre avec célérité aux appels du commerce étranger. Ceux d'entre nous qui verront s'ouvrir le canal de Panama pourront suivre l'odyssée des sapins géants de Douglas, venus de la Colombie britannique et de l'ile de Vancouver. En ce qui concerne seulement rÉtat de Colombie, je me bornerai à dire qu3 les exploitations qui portaient sur environ 32 millions de pieds en 1898, ont compris près de 282 millions de pieds en 1902. Les exportations pour l'Australie, l'Amérique du Sud, l'Angleterre, la Cliine, le Japon, l'Afrique du Sud, les Etats-Unis, les Fidji, l'Allemagne, les Indes, la Belgique, ont atteint 55 885^^50 pieds en 1902 et 61 942986 pieds en 1903. Et, jus- qu'ici, on s'est borné à exploiter les forêts côlières ! En présence de ces chiffres, je ne puis croire qu'il y ait matière à trop d'appréhen- sions pour un avenir immédiat. Au risque de paraître soutenir un paradoxe, je dis que les forêts du globe ont plus à craindre d'une spéculation llévreuse, provoquée en agitant le spectre de la prochaine disette de bois, que d'une appréciation sage et modérée des faits. En réalité, nous savons bien peu de choses sur les ressources forestières mondiales et nous bâtissons sur le sable de fragiles conceptions qui peuvent semer la ruine derrière elles. A vous commerçants, à nous forestiers de métier, à tous les propriétaires pour le compte desquels nous travaillons les uns et les autres, s'impose l'obligation étroite de limiter les exploitations et de ne livrer au gouffre de l'industrie que ce qui lui est strictement nécessaire ! A cette condition et à cette seule condition est lié l'avenir du commerce du bois. Celui qui enfreindra cette nécessité pourra en retirer un profit passager, mais il deviendra promptement à son tour la victime de son aveuglement. Le rétrécissement du marché, voilà la condition si)ie qna non de sa prospérité. « Les bois qui alimentent le commerce d'exportation du Canada sont aussi nombreux (jue variés. Citons : le pin blanc {whiie pine, 1/eUow pine, pin WeymoiUh), le pin rouge {red ivood, red pine, Pinus rubra) ; l'orme rouge {red elni), superbe comme sciages ; l'orme blanc (ivhile elm, Ulmm Americana), très dur et au grain fm ; le merisier rouge (black birch, Bekda lenla), utilisé pour la construction ; le merisier blanc (yelloiv bircli, Betula excelsa), 128 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE employé pour la menuiserie, le charronnage et rébéiiisterie; l'i-piiiette rouge {Abies Americana) ; le sapin blanc {while sprtice; l'épinetle blanche Pioea alba) ; le spruce (J6i6'.9 Canadensis); le noyer noir (Jiiglans nigra) et le noyer cendré (Juglans cinerea) ; Tliikory et le tulipier de Virginie. Les exportations canadifunes, rpii s'élevaient à environ 139 024000 francs en 1898, ont atteint 165245000 francs en J902, accusant ainsi une augmentation de 29 "/o en quatre ans. Il est à remarquer que les exportations de bois bruis ou é(juarris diminuent, tandis que celles des sciages augmentent. C'est l'indice (lu perfectionnement de l'outillage indusiriel de cette région. « De même qu'aux Etats-Unis, le commerce des pâtes de bois a pris au Canada une énorme extension, et la valeur des exportations y dépasse 6 millions de francs. « Autres pays. — Les autres pays envoient en Europe principale- ment des bois durs et colorés, désignés souvent sous le nom de bois des îles, et qui servent, tantôt à Tébénisterie et à la marquetterie : acajou de Saint-Domingue, de Cuba, du Honduras, du Mexique, de la Colombie, etc. — palissandre du Brésil — ébène de l'Inde, de Ceylan, de Java — bois de salin de l'Inde et de Saint-Domingue — bois de rose du Brésil et de la Guyane — bois d'amarante de Cayenne et du Brésil — bois de santal de Calcutta, du Congo, de l'Inde, etc. ; tantôt des bois de tour : gaïac des Antilles ; tantôt des bois de constructions maritimes et civiles : teck de l'Inde, de la Birmanie, de Java ; tantôt des bois de teinture : quebracho de la républi({ue Argentine. La plupart de ces essences sont sporadiques et noyées au milieu de la flore exubérante des tropiques ; leur exploitation est difficile, leur prix très élevé. Se raréfiant beaucoup dans les régions ouvertes à l'influence européenne, elles n'alimentent qu'un com- merce relativement restreint. Le marché du teck est le plus impor- tant. Les apports des Indes tendent à diminuer, alors que ceux de Java augmentent. On se demande comment, en raison de la rareté croissante du teck, on n'a pas rencontré jusiiu'ici, parmi la prodi- gieuse (juantité des essences exotiques, un bois (|ui puisse le remplacer. Oucls progrès la technologie doit encore faire avant de trouver l'emjjloi rationnel de cha(|ue essence 1 COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 129 « II. Pays d'importation. — Les trois facteurs principaux qui agissent sur la consommation des bois dans cliaque pays sont : la richesse ou la pauvreté des forêts, la prospéi-ilé ou le marasme de l'industrie, l'accroissement ou la diminution de la population. Plus une nation consomme de bois, plus elle est riche, vivante, peuplée. Trop d'éléments nous font défaut pour pouvoir tracer avec ([uelque précision un tableau complet des importations européennes ; nous nous bornerons donc à indiquer à grands traits les dominantes des divers marchés. (( A) Angleterre. — Avec sa proportion insignifiante de forèls, son industrie florissante, sa population grandissante, l'Angleterre est un des plus grands consommateurs de bois. « Le tableau suivant résume les importations de 1901, 1902 et 1903: DÉSIGNATION DES BOIS 1901 1902 1903 mètres cubes mètres cubes mètres cubes Madriers, bastings 2 211662 2 321770 2 134 662 Gnmifis (le bois durs 1-27 499 110 330 94 248 Madriers, bastings, planches. . 6 745 492 7 132 474 7 410 74-3 Sciages de bois dur 3 796 940 3 868 622 4 400 074 Merraius 198 330 169 947 183 998 Total 13 079 923 13 603 143 14 313 727 « La consommation s'est ainsi accrue de 523220 mètres cubes de 1901 à 1902 et de 710584 mètres cubes de 1902 à 1903. Gela seul décèle la prodigieuse vitalité de l'Angleterre. Si l'on tient compte du déchet qu'a fuit subir le débit aux marchandises ouvrées, on voit qu'en 1903 celte nation a consommé environ 18 millions de mètres cubes de bois en grume. C'est cà peu près la superficie de 30000 hec- tares de futaie, ou encore la production de 4500000 hectares de forets situés en sol moyen. Dans ces totaux iigurcnt un certain nombre d'achats pour le compte de l'Afrique du Sud. « B) Allemagne. — • Les forêts allemandes, qui renferment 140(34785 hectares, produisent environ 20 millions de mètres cubes ANN. SGIE.VCE AGROX. — 3^ SÉllIE — 1908 — H 9 130 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE de bois d'œ ivre par an. Malgré cela, les importations se sont éle- vées à : MÈTRES CUBES 1897 7 540 073 1898 SS;j5 507 1899 8882214 1900 9 3G4 739 1901 8 455 240 1902 7 484 463 1903 8 978 5G't « Si l'on défalque les exportations qui se montent à 1 100000 mè- tres cubes et qui sont surtout constituées par les bois russes arri- vant par la voie d'eau à Memel, Danzig, etc., on voit que l'AUe- magne attire à elle environ 8 millions de mètres cubes de bois ouvrés, représentant un volume en forêt de 10 millions de mètres cubes. L'examen des chiffres fournis ci-dessus pour les sept der- nières années n'indique pas un accroissement très rapide des expor- tations, malgré la richesse industrielle de l'Allemagne et la prolifé- ration de son peuple. Cela lient en grande partie à ce que les forêts allemandes sont exploitées avec méthode et esprit de suite et à ce que le commerce allemand possède une instruction technique très complète. « Aidé par de puissants capitaux, ce commerce étend de plus en plus son rayon d'achat ; on trouve ses agents en Autriche, en Hon- grie, en Russie, en France, toujours à l'affût des afftiires, toujours prêts à acheter des forêts sur pied par grande masse, ce qui est le meilleur moyen de les avoir à bon compte. « L'importation allemande représente à peu près la production de 2625000 hectares de futaies résineuses ou feuillues. « G) France. — Les 9500000 hectares de forêts possédées par la France ne donner I que 6 à 7 millions de mètres cubes de bois d'œuvre contre 19 à 20 millions de mètres cubes de bois de feu. Cette situation précaire tient en grande partie à l'importance que conservent sur notre territoire les taillis quasi simples, situés en sol roclieux, calcaire ou granit, et qui se prêteraient cependant merveil- leusement à la culture intensive du hêtre. Exploitées entre vingt-cinq COMPTE REXDU DU Vlll" CONGRÈS INTERNATIONAL 131 et trente ans, ces forêts s'appauvrissent de jour en jour et ne livrent à la consommation que des produits sans valeur. Exploitées entre quarante et cinquante ans, elles fourniraient en abondance d'excel- lents bois d'œuvre, qui ne tarderaient pas à réduire dans une proportion notable le chiffre des importations. Celles-ci ont d'ailleurs tendance à fléchir un peu ; la France a, en effet, importé des bois pour : 1900 177 000 000 de francs 1901 178 000 000 — 1902 169 000 000 — 1903 162 SOOOOO — 1904 168 000 000 — alors que les exportations se sont élevées en 1905 à plus de 55 mil- lions, chiffre qui n'avait encore jamais été atteint. « Le détail des importations et des exportations en 1901 et en 1904- est donné dans les tableaux ci-après : A — Importations QUANTITÉS a) BOIS d'ceovre de chêne en 1000 kilos valeurs — 1901 1904 1901 1904 Bois ronds bruts 1654 1239 165 400 133 000 Traverses pour chemins de fer . 2 511 15 251 100 1 500 Bois équarris ou sciés, de 8 cen- timètres d'épaisseur et au-des- sus 12 604 4 209 1575 500 526 125 Bois sciés de 8 à 35 centimètres . 22 581 17 337 3 612 970 2 773 920 Bois sciés de 35 centimètres et au-dessous 32 417 25 885 5 672 975 4 529 875 Merrains 186 095 135 98i 37 219 000 27 196 800 Total 257 162 184 669 48 496 935 35 152 120 « Ainsi qu'on peut le voir par ces chiffres, les importations ont principalement porté sur les frises et les merrains. J'ai récemment montré que le marché français serait bien venu à utiliser pour le parquet des essences trop souvent cassées, comme le hêtre, le charme et les érables ; j'ajoute que les essais entrepris dans le Midi 132 ANNALES DE LA SCIENCE AGKONOMIQUE pourront donner au hêtre une place plus importante dans la tonnel- lerie. QUANTITÉS EN 1000 KILOS VALKUlt 6) BOIS KÉSINKUX ET BOIS DIVERS " — ^ • ■ - i — 1901 1904 1901 1904 Bois ronds, bruts . . . . 50 028 52 230 3 7.02 100 3 939 750 Bois équarris ou sciés, de 8 centimètres d'épaisseur et au-dessus 137 096 93 2ri2 1 2 709 GOO 9 273 875 Pois sciés de 8 à 35 centi- mètres ....... 599041 351323 57649305 57888915 Bois sciés de 35 centimè- tres et au-dessous. . . 379 031 409 236 41759410 45 015 960 Rondins résineux .... ISl OOS 176975 3439152 3362525 Total 1270 804 1283 026 117 309 5 OC 119 480 926 « Ces chiffres traduisent l'insuflisance de la production française en bois d'œuvre résineux. C'est la conséquence forcée de la situation précaire des forêts montagneuses, possédées par les communes ou les particuliers, et soumises à des abus ruineux de jouissance. L'enri- chissement si désirable de ces forêts ne pourra être obtenu que par l'application d'aménagements sagement progressifs. En attendant, la mise en valeur par le reboisement des friches communales impro- ductives, la divulgation des meilleurs procédés de reboisement en terrains superficiels, l'emploi méthodique des engiais chimiques dans les travaux de repeuplements, la transformation en sapinière et en pessière des taillis simples de montagne, la conversion en hêtraie des taillis quasi simples des régions de coteaux, la multiplication des peupliers dans les marais tourbeux, nous apparaissent comme des palliatifs suffisants, mais nécessaires, à une situation qui, pro- longée, finirait par devenir alarmante. c) BOIS DE PETITE INDUSTRIE QUANTITES en 1 000 kilos V ALBUKS 1901 1904 1901 1904 Bois d'éclisses 2 429 3 140 607 290 789 000 Bois feuillards ou éclialas . 2 409 1328 G02 290 382 000 Bois d(^ mines 59 004 175 190 I 771 920 9 255 700 Total .... 03 902 179 658 2 981 420 6 372 700 COMPTE RENDU DU VIll" CONGRÈS INTERNATIONAL 133 « Le développement considérable pris par l'importation des bois de mines ne se justifie pas dans un pays où les forets regorgent de petits bois d'industrie. Tout au plus peut-on l'envisager comme une conséquence de l'appauvrissement en bras des campagnes. Ce n'est pas là, du reste, un des moindres dangers menaçant la propriété forestière. d) BOIS DE NOYER Bois ronds bruts Bois équarris ou seiés, de 8 centimètres d'épaisseur et au-dessus Bois sciés, de 8 à 35 centi- mètres Bois sciés, de 35 centimètres et au-dessus Total QUANTITES en 1000 kilos 1901 1904 766 1 597 613 1 013 619 543 213 1 092 2 34Î VALEURS 1901 1904 153 200 319 400 160 750 234 675 55 710 54 300 19 170 199 200 175 388 830 807 575 « Le noyer tend à disparaître de nos campagnes, et les arbres que l'on coupe ne sont plus remplacés. Si l'on ne parvient pas à enrayer cette dévastation, nous finirons bientôt par être entière- ment tributaires de l'étranger pour ce bois précieux entre tous et que l'industrie du meuble utilise sur une si large échelle. Les importations commencent déjà à s'élever dans des proportions sen- sibles. e) COMBUSTIBLES VÉGÉTAUX Bûches, fagots, bourrées Charbon de bois. . . . Total QUANTITES eu 1 000 kilos 1901 30 427 12 258 42 685 1904 22 448 9 457 31 905 VALEURS 1901 1904 547 686 1 072 57G 1620 242 314 272 661 990 976 202 « Ces chiffres, malheureusement trop éloquents, traduisent les phases de la lutte que se livrent les combustibles végétaux et miné- raux. La houille a définitivement vaincu le bois. C'est donc un non sens économique que de viser exclusivement à la production du bois 134 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE de feu, comme on le fait encore dans maintes et maintes contrées. Tout indique au contraire qu'il faut réduire le plus possible la pro- duction du bois. /) PRODUITS ACCB8SOIBB8 QUANTITES en 1000 kilos 1901 1904 V ALEUKS DES FOUETS 1901 1904 Écorces à tau 4 348 4 244 487 081 445 846 GruQies et résines .... 464 360 il 779 61 195 Goudron végétal .... 1 937 2 968 290 584 593 529 Huile de résine 27 39 4 274 7 780 Essence de térébenthine . 67 128 51 566 119 021 Total 6 843 7 739 875 284 1 227 371 « L'usage de plus en plus généralisé des extraits tanniques explique la diminution progressive et régulière des affaires conclues sur les écorces, tandis que la consommation croissante des goudrons végé- taux montre l'intérêt considérable que peut oflVir dans certaines réoions la distillation sèche de bois. ?) PATES DE CELLULOSE QDASTITBS eu 1 000 kilos 1901 1904 VAL 190Ï BURS 1904 Pâte mécanique . . . 91 775 128 714 10 519 981 14 158515 Pâte chimique . . . 71 907 82 634 24 448 297 18 179 390 Total 163 682 211 347 40 967 868 32 337 905 « Le développement pris par la fabrication du papier en France maintient l'importation des pâtes de bois à un cbiffre formidable. On ne peut que déplorer l'insouciance de l'industrie française qui ne veut pas, ou qui ne sait pas tirer meilleur parti d'une masse pro- digieuse de bois divers, aptes à la production de la pâle chimique. Il est à noter que le prix des pâtes diminue sans cesse, ce qui ne semble pas indiquer une raréfaction appréciable de la matière première, c'est-à-dire du bois, dans les pays de production. COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 135 B — Exportations QOANTITÉS , A en 1 000 kilos valeurs O BOIS D (EUVBE CHENE 1901 1904 1901 1904 Bois roads bruts 9998 19441 999 800 1944 400 Traverses de chemins de fer. 7 737 20 071 744 515 1 900 745 Bois équarris ou sciés, de 8 centimètres d'épaisseur et au-dessus 1 669 2 923 220 870 379 990 Bois sciés, de 8 à 35 centi- mètres . 2 995 5 293 494 175 873 345 Bois sciés, de 35 centimètres etau-dessous 915 1201 173815 228 190 Merrains 6 645 8 646 1395 450 1689 660 Total 30 089 57 578 4 028 615 7 022 330 « En 1904, l'excédent des importations s'est monté à 127 091 tonnes représentant environ 170000 mètres cubes grumes. Avec un bien petit effort, la France pourrait non seulement se suffire en bois de chêne, mais encore en fournir atix pays voisins. II suffirait pour cela de forcer quelque peu l'intensité des balivages dans les taillis sous futaie, et surtout de réserver les gros arbres. QUANTITÉS ,, . , _ en 1 000 kilos valeurs 6) BOIS RESINEUX ET BOIS DIVERS ,^ > ^o.o 1901 1904 1901 1904 Bois ronds, bruts .... 63212 79885 5685080 7189650 Traverses 24 870 23 876 1 565 250 1 790 700 Bois équarris ou sciés, de 8 centimètres d'épaisseur et au-dessus 10 814 15 719 1081400 1571900 Bois sciés, de 8 à 35 centi- mètres 7 497 9 271 787 080 973 455 Bois sciés, de 35 centimètres etau-dessous 37 639 36 110 3 763 900 3 611000 llondins résineux 258 546 3 890 8 190 Total 144 289 105 407 13 190 600 15 144 895 « En lOO-i, les excédents d'importation se sont montés à 1 1 17 619 tonnes, représentant une valeur de I0i336030 francs et un volume grume approximatif de I87000U mètres cubes. On peut juger par là des progrès que doit accomplir la sylviculture française pour remédier à celte énorme insuffisance de production, La tâche est- 136 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE elle au-dessus de ses forces ? Je ne le crois pas. D'une part, il serait relativement facile d'enrichir les 1870000 hectares de forêts rési- neuses situées en montagne ; d'autre part, on pourrait doubler sans peine l'étendue de ces forêts r(''sineuses pai' la transformalion en sapinière ou en pessière des mauvais taillis de la région monlagneuse. C'est un détestable calcul pour une société (jue de laisser sur son territoire tant de surfaces incultes, tant de broussailles inutiles, alors qu'il ne dépendrait que d'elle seule d'en tirer un immense profit. On objecte en vain les dépenses : mais les dépenses n'ont qu'un temps, et les avantages qui en découlent sont perpétuels. QUANTITÉS e) BOIS DE PETITE INDUSTR.B ''" ' " " " ^'^'" "'^^- ^ ^"« 1901 1904 1901 1904 Bois (IVclisses . . ; . . . 1296 1550 324 000 387 500 Bois feuillards et échalas. . 10 739 8 827 2 684 750 2 20G 750 Bois de mines 719 204 701029 21577 920 21030 870 Total 731299 711 40G 24 586 G70 23 625 120 « En ce qui concerne les petits bois d'industrie, les exportations françaises dépassent les imporlations de 531 748 tonnes valant 17 252420 francs. Cela représente au bas mot 780000 mètres cubes grumes. En présence de ces chiffres, on ne peut que déplorer la mauvaise gestion des forêts françaises orientée surtout vers la pro-* duction des petits bois. Allonger encore, allonger toujours les révo- lutions de nos taillis sous futaie, pousser au chêne en plaine, au hêtre en montagne, tel est le remède héroïque, le seul qui puisse s'adapter aux besoins de l'industrie et aux nécessités de l'heure actuelle et de l'avenir. QUANTITÉS d, BOIS DE NOYEK cn^l 000 kiloS ^ALE URS ^^ 1901 1904 1901 1904 Bois ronds, bruts 4 566 4 499 821800 899 900 Bois équarris ou scies, de 8 centimètres d'épaisseur et au-dessus 79 521 11060 83 360 Bois sciés, do 8 à 53 centi- mètres 332 784 39 840 117 600 Bois sciés de 35 centimètres et au-dessous 745 569 745 000 569 000 Total 5 722 6 373 1617 700 1 CG9 860 COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 137 « En 1904-, les exportalions ont dépassé les importations de 1 198 tonnes représentant une valeur de 862285 francs. Avant peu, les beaux noyers seront introuvables sur le sol fi-ançais. On a conseillé la culture de cette essence en forêt. C'est un mythe. Le noyer ne vient bien et son bois ne prend les riches nuances qui le font rechercher par l'ébénisterie que cultivé à l'état isolé. Bientôt on devra encourager, par des primes ou des exonérations d'impôt, la plantation de cet arbre précieux entre tous. e) COMBOSTIHLES VÉGÉTAnX QUANTITES en 1 000 kilos valeurs 1901 1904 1901 1904 Bûches, fagots, bourrées. . . . 59 727 • 57 977 955 G32 695 724 Charbons de bois 4 383 2 916 341874 174 960 Total 64 110 60 893 1 2J7 503 870 G84 (( La France important plus de bois de feu et de charbon qu'elle n'en exporte, n'est-ce pas une cruelle ironie du sort ? A vrai dire, ces produits ne pouvant franchir de grandes distances, le commerce bois de feu n'a conservé sa vitalité que sur les frontières. La dimi- nution croissante des transactions, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, est un fait significatif. Seules, les régions outrageusement déboisées souffrent du manque de combustible ligneux. C'est le cas du Sahara où l'on brûle du fumier, du Thibet où la fiente de chameau est le seul combustible connu, des plaines moscovites où le bois introuvable est remplacé par de la paille. Le même sort attend bien des montagnes dénudées. Mais là, aucun commerce ne fleurira jamais, l'exode de l'homme suivant celui de l'arbre et de l'arbuste. /) PRODUITS ACCESSOIBBS des forêts QUANTITÉS en 1009 kilos 1901 1904 VALEURS 1901 1904 Écorces à tan 36 978 30 204 4 141 510 3 020 390 Gemmes et réshies. . . 22 032 28 940 1 982 896 4 919 721 Goudron végétal. . , . 847 937 127 054 187 42G Huile de résine .... 529 77 84 642 15 363 Essence de térébenthine. 2 723 4 765 2 097 090 4 432 256 Total 62 109 04 923 8 443 222 12 575 156 « Nous exportons encore (1904) pour 3020390 francs d'écorces, 138 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE tandis que nous en importons pour 445 846 francs seulement, soit une différence de 2 574544 francs en faveur de notre production nationale. Ce mouvement conmiercial tend à s'atténuer de plus en plus. Cela tient à ce que les tanneurs allemands, qui se servaient de nos écorces de chêne vert pour la fabrication du veau ciré, les remplacent par des extraits laimiques de provenance exotique. L'écorce est donc un sous-produit forestier dont l'importance s'atténue de jour en jour. Avec elle disparaît la principale raison d'être des taillis sartés de chêne et des jeunes taillis du Morvan, exploités entre douze et dix-sept ans. « Par contre, le marché des résines françaises accuse un magni- fique essor. Les industriels landais ont profité de l'entente faite entre les producteurs américains, leurs concurrents les plus directs sur le marché du monde. Dans le but de relever les prix, peut-être aussi de ménager leurs pineraies, ceux-ci ont été conduits à diminuer considérablement leur production et par suite aussi leurs envois. La répercussion de cet état de choses s'est fait vivement sentir sur le marché français, et l'essence de térébenthine, qui valait 94 centimes en 1904, s'est payée en moyenne V 25 en 1905, « Je crois, du reste, que l'importance industrielle des gemmes, des goudrons et de leurs dérivés, ne fera que grandir avec le temps. Dès 1901, j'avais signalé l'importance de la question du résinage dans les forêts algériennes de pin d'Alep. J'ai la satisfaction de voir que ces idées n'ont pas été perdues pour tout le monde. Mais, comme il arrive souvent, ce ne sont pas ceux qui sèment qui récoltent. Je disais tout à l'heure que les dépenses forestières sont une source incomparable de richesses. Peut-on en donner une meilleure preuve que celle tirée de la merveilleuse prospérité des forêts landaises, dues au génie de l'ingénieur Brémontier, dont on voudrait en vain ternir la doire immortelle ? g) PATCB DE OETiLULOSB QUANTiTES V A I E D R 8 en IOOj kilos v a i. k n r s 1901 1904 1901 1904 Pâte mécanique . 2S 415 ô 028 45 672 Pâte chimique . . 36 930 12ÔG3 201540 Total . . 64 1 345 17 596 250 212 GONfPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 139 « A coup sur ces exportations ne sont rien comparativement aux importations. J'ai cependant la conviction que l'industrie française peut faire mieux et décupler sa production actuelle, en utilisant certaines essences indigènes pour la préparation des pâtes chimi- ques. Un avenir très prochain viendra, je l'espère, confirmer ces prévisions. « En résumé, la situation forestière de la France, sans être bril- lante, s'améliorera certainement avec le temps, si toutefois l'esprit d'épargne et de prudence prévaut dans les conseils du gouvernement et si le grand public, justement alarmé des maux qui attendent les pays déboisés, continue à porter son attention sur les questions forestières. « D) Italie. — Plus encore que la France, l'Italie a pâti du déboi- sement. Elle possède cependant encore plus de 4 millions d'hectares de forêts, mais de forêts dont les produits sont insuffisants pour ahmenter son industrie et suivre l'expansion de sa race féconde. Aussi, les importations se sont-elles élevées à 36900000 francs en 1888, à 37500000 francs en 1898, à 61040085 francs en 190^2. Quant aux exportations, elles atteignaient 9160000 francs en 1898 et 9920000 francs en 1902. « Si l'on s'en réfère aux chiffres de 19D2, on voit que les impor- tations se répartissent comme suit entre les divers pays de pro- venance : Autriche-Hougrie -49 187 000 francs États-Unis 7 306 000 — Roumanie 1 373 000 — Suisse 1 202 000 — France 817 000 — Suède et divers 1155 000 — « L'Autriche-Hongrie expédie surtout des bois blancs, sciés ou charpentés (sapin de Styrie, de Bosnie, etc.) ; des grumes et de boules de chêne et d'érable ; des bois de caisserie en hêtre (tavo lettes), pour l'emballage des fruits et des primeurs (commerce con sidérable) ; des douves de chêne (417000 francs seulement) ; des bois de feu (1 434000 francs). On notera, qu'en ce qui concerne ces s s 140 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE deux derniers articles, l'usage en a beaucoup moins diminué dans le mid ique dans le nord. « Les Etats-Unis envoient des bois de pitchpin, scies oi éfjnarris (58i9000 francs), des douves en chêne (14")()000 francs). La Rou- manie fournit des douves en hêtre sciées ou fendues et des sciage? de bois résineux. Ce sont encore des bois résineux, en grume ou en planches, qu'expédient la France, la Suisse et la Suède. « Ce mouvement d'alTaires suffit à lui seul pour indiquer l'appau- vrissement des forcis montagneuses italiennes. « Les exportations sont très disséminées, et chez trois pays seule- ment (France, Espagne et Malle), leur chiffre dépasse 1 million. A la PVance, l'Italie envoie des douves de châtaignier (1 4-14 000 francs), des bois résineux, équarris ou sciés (780000 francs), des bois d'éclisses (423000 francs), des charbons de bois (247 000 francs). A l'Espagne, elle expédie des douves de châtaignier (l 234000 francs), des bois de feu (1 16C000 francs) et des charbons de bois (460000 francs). « En somme, toute balance faite, dans l'année 1902 exceptionnel- lement fïivorable aux importations, l'Italie a emprunté aux forêts étrangères à peu près 1 700000 mètres cubes grumes de bois. « E) Espagne et Portugal. — Les forêts d'Espagne et de Portugal couvrent encore, dit-on, environ 7 millions d'hectares. Mais à côté de quelques riches massifs de chêne, encore inexploités, combien faut-il compter de broussailles improductives ? Chacun sait que le paysan espagnol détruit le bois sans souci du lendemain, préparant à son pays la pire destinée. Aux étés torrides succèdent des pluies diluviennes, et ce qui a été épargné par les feux du soleil devient la proie des eaux sauvages. Pour remédier à cette situation, pour protéger ses bois, l'Espagne s'est récemment entourée d'une barrière de droits presque prohibitifs. Quelle en sera la conséquence pour la prospérité du pays en général et des forêts en particulier ? C'est ce que montrera un avenir prochain. Quoi qu'il en soit, les produits indigènes ne peuvent suffire à la consommation locale, cependant bien réduite, et l'Espagne', comme le Portugal, est obligée de recom'ir au marché mondial. COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 141 « Les bois résineux, qui forni.3iit une part importante du commei'ce d'exportation, viennent principalement de Suède, de Norvège, du Canada et des États-Unis. Le mouvement sur ces articles est loin d'être en progrès. On estime, en effet, qu'année moyenne, les envois de la Baltique atteignent 80000 standards; or, les importations n'ont été que de 50000 à 55000 standards en 1902, G5000 à 70000 standards en 1903, 60000 standards en 1904, et la plupart de ces bois sont encore en cbantiers ! « Les bois hachés de hêtre pour le charronnage (Susbies), article très demandé en Espagne, proviennent d' Autriche-Hongrie, comme d'ailleurs les avirons en même essence. « La province de Valence consomme une grosse quantité de sciages communs de pins pour la confection des caisses destinées à l'embal- lage des oranges. L'Amérique, le Cana.la, l'Autriche se disputent ce marché, suivis de très loin par la Corse et par la France. « La tonnellerie aux besoins changeants fait venir ses douves d'Italie, des Étals-Unis et quelque peu aussi de France. Enfin, l'Italie exporte aussi en Espagne des quantités importantes de charbon de bois. « Que représente, dans son ensemble, ce commerce languissant? A peine 350000 mètres cubes de bois en grume. C'est une goutte d'eau dans le verre des transactions internationales. c( F) Belgique. — Avec le grand développement de son industrie houillère, ses plaines riches et fertiles, sa prospérité intérieure, la Belgique compte parmi les États qui consomment le plus de bois, proportionnellement à son étendue. Aussi, ses 500000 hectares de forêts sont-ils loin de suffire à ses besoins. On aura une idée suffi- samment nette du mouvement commercial belge en interrogeant les importations du port d'Anvers, qui constituent très approximative- ment le tiers des apports extérieurs du pays tout entier. C'est ce qu'indique le tableau ci-après. « En six ans, les importations se sont élevées, dans le seul port d'Anvers, de 121099 mètres cubes ; mais dans ce total figure une quantité appréciable de bois exotiques. A tout prendre, d'ailleurs, on ne doit pas oublier que la Belgique consommant une très grande 142 AiNNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE quantité de bois de mines, ses excédents d'importation ne sont pas faits pour alarmer le marché mondial. HATUBB des produits 1 iin]iorto6 1898 1899 190 1901 1902 1903 1904 Sapin et tremble fendus. . . . met. cub. 20927 met. cub. 2631G met. cub. 25 902 met. cub. 21 894 met. cub. 25433 met. cub. 20 870 met. cub. 42 376 Sapin et trenil)le sciés .... 1 350 136 419701 430452 391392 476 263 440 119 450 855 l'iancheltes . . . 74 127 75 397 60016 37 223 G92I7 52512 51699 Chêne, teck et jarrali .... 38 150 42 046 67 837 81600 63613 59 667 63 032 Peuplier du Ca- nada, pin jaune, hickory, iiêtre, orme, frêne. . 3 187 7612 6 170 7 155 5 648 10119 10 264 487 157 571 072 590 377 539 264 640 224 583 287 608 226 « En lOOi, les envois au port d'Anvers se sont ainsi répartis Suède . . 76 907 mèti •es cubes Norvège 50 594 — Finlande 152 243 — Russie 159 717 — Prusse 9603 — Autriche 44 264 — Amérique . . 113 000 — Indes 279 — Voies indirectes . . . . 2 619 — « Parmi les tendances actuelles du commerce belge, je citerai tout particulièrement la propension des exportateurs à rejeter le chêne d' Amérique et à s'adresser surtout au chêne de Hongrie. De plus, je note une demande toujours plus active en bois blancs (sapin et tremble), en hêtre, orme et frêne. Bien que ce dernier ne soit pas très employé en Belgique, on en a importé de grandes quantités d'Amérique et de Hongrie, pendant l'année 1903. 11 en a été de COMPTE RENDU DU VIII® CONGRÈS INTERNATIONAL 143 même des érables, de provenance similaire. Enfin, le cottonwood tend de plus en plus à être remplacé par le peuplier d'Europe. « En ce qui concerne plus particulièrement le commerce et les besoins du sud de la Belgique, les importations portent en grande majorité sur les étais de mines, sur les traverses et châssis de chemins de fer, venant pour une grande part d'Allemagne et de France. « En résumé, la Belgique demande au commerce international environ 2250000 m'îtres cubes de bois en grume, dont le tiers à peu près est constitué par de petits bois d'industrie, facile à trouver. « G) Hollande. — Essentiellement agricole et commerciale, la Hollande ne possède guère que 250000 hectares de bois qui ne suffisent pas à ses besoins. Ceux-ci ne sont d'ailleurs pas aussi consi- dérables que donnerait à le penser le chiffre des transactions portant sur les bois. Cela tient à ce que la Hollande joue, vis-à-vis de l'Europe, le rôle d'un grand marché, qu'aHmente sans cesse une puissante marine marchande. Aussi, non contents de drainer une part impor- tante des bois de Suède, de Finlande et de Norvège, les exportateurs hollandais vont chercher des sciages jusque dans la mer Noire, bien que les frets, pour les produits de cette provenance, soient du double plus élevés que pour ceux venus de la Baltique. C'est donc la navi- gation qui soutient le commerce hollandais, qui n'est pas autre chose qu'une sorte d'intermédiaire entre le producteur et le consom- mateur. « De ces apports très mêlés, il ne reste guère, pour la consomma- tion intérieure, qu'environ 320000 mètres cubes de bois en grume fournis par les pays de production. « H) Danemark. — Le Danemark possède seulement 241 000 hec- tares de forêts qu'il conserve avec un soin jaloux. Il demande à la Russie les bois de chêne qui lui manquent, à la Suède, à la Norvège et à la Finlande, les sciages et les poutres de bois résineux, dont il fait une large consommation. Le commerce extérieur lui fournit, en outre, un approvisionnement point négligeable de douves en hêtre 144 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE |)our rexportation de ses beurres. Tout compte fuit, ses importations peuvent se monter à 900000 mètres cubes de bois de grume. « I) Sîiissc. — La contenance des forêts suisses est d'environ 856000 bectares ; en l(S70, elle ne comprenait (jue 782 770beclares, d'où résulte une augmentation de 100000 heclares en trente-cinq ans. Gela seul montre l'esprit de sage prévoyance de nos voisins. Malgré tout, les forets suisses sont encore loin de donner ce qu'exige une industrie sans cesse en progrès. C'est ce que montrent les indications suivantes : IMPORTATIONS EXPORTATIONS quintaux franca quintaux francs J8S8 . . . . 738 509 5 032 273 778 763 3 859 706 1898 1757 082 16 541 109 332 541 1786 482 1904 3579416 24 049 000 729161 3 235 000 « En six ans, les importations ont presque doublé. L'excédent en iOO^ des importations sur les exportations se cbifTre par un poids de 2 850255 quintaux et par une somme de 208I4-000 francs. Cette ascension économique de la Suisse, marchant de pair avec celle des forêts, n'est pas un des traits les moins cuiùeux de l'histoire contem- poraine. Si l'on détaille les chiffres fournis pour 1904, on voit que les bois à brûler figurent dans le tableau des importations pour 1 575047 quintaux valant 4-068000 francs, et dans celui des expor- tations pour 270 051 quintaux valant 655000 francs. « C'est l'Allemagne qui fournit l'immense majorité de ces petits bois (2604000 francs) ; viennent ensuite la France (980000 francs), l'Autriche (745000 francs) et l'Italie (172000 francs). Ce sont l'Italie et la France qui reçoivent les exportations de Suisse : la première pour 435000 francs, la seconde pour 130000 francs. « Les bois d'œuvre représentent à l'importation 671 178 quintaux valant 4-492000 francs, et à l'exportation 357 225 quintaux valant 1573000 francs. Ils viennent de l'Allemagne (1 824000 francs), de l'Autriche (160IOOO francs), de la France (509000 francs), des États-Unis (188000 francs). Ils vont à la Franci^. (876000 francs), à l'Allemagne (389000 fi-ancs), à l'Italie (262000 francs). COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 145 « Enfin les sciages entrent pour 1 333191 quintaux valant 14 889 000 francs dans les importations, et pour 94983 quintaux valant 1 007 000 francs dans les exportations. Les pays exportateurs sont l'Autriche (98!0 000francs), laFrance(l 31 1 000 francs), rAlIemagne(l 294000 flancs), les États-Unis (1793000 francs), l'Italie (426 000 francs) ; les pays importateurs sont la France (506 000 francs), l'Italie (238 000 francs), l'Allemagne (220000 francs). « Si l'on fait abstraction du bois de feu, on voit que la Suisse est tributaire du commerce international pour 16801000 francs, représeiitant 1552159 quintaux, soit environ 320000 mètres cubes de bois en grume. « J) Grèce et Turquie. — Vingt siècles et plus de luttes et de combats, de liberté et de despotisme, ont fait de la Grèce, berceau de la civilisation, et de la Turquie, sa rivale, des pays sans forêts, donc tributaires du marché mondial. A l'Autriche, ils empruntent des chênes pour leurs traverses, des sciages pour leurs industries ; à la Roumanie, ils demandent aussi une fraction importante de leurs importations. Mais ces apports ne sont même pas en relation avec l'importance de la population et l'étendue du territoire. C'est, en effet, que les grandes industries manquent dans ces régions où le ciel est clément, la vie facile. Que représentent les importations ? Peut-être 200000 mètres cubes de bois en grume, ce que donne- raient facilement les forêts restaurées de la Grèce et de ia Turquie « K) Bulgarie el Serbie. — M. Mélard assignait à ces deux Etats un excédent d'importation de 125 000 mètres cubes de bois en grume en 1898. Qu'est devenue la situation depuis lors? Nous ne saurions le dire, en l'absence de toutes données précises. II semble cependant que les forêts serbes pourraient, non seulement suffire à tous les besoins de l'industrie nationale, mais encore contribuer pour une part non négligeable à l'approvisionnement du monde. « Résumé. — En résumé, on peut admettre qu'il faut aux pays européens importateurs environ 30 millions de mètres cubes pour parfaire leur consommation . Pour si considérable qu'il soit, ce ANN. SCIENCE AGUON. — • 3® SÉRIE — 1908 — II 10 146 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE chiffi-e n'esl pas pour nous «'■pouvauler, si d'une part 1(3 commerce ne gaspille pas follement les réserves encore existantes dans les pays exportateurs de l'ancien et du nouveau monde, et si d'autre part les nations se prnèlrent de la nécessité de conserver et d'accroître leur domaine forestier. « Limiter les exploitations, c'est non seulement, je le répéterai à satiété, l'éduire les frais généraux, qui souvent é'crasent le petit commerce, c'est non seulement entretenir l'activité et la bonne tenue du marché, mais c'est encore soutenir les capitaux engagés dans les transactions forestières et donner de la valeur à des bois jusqu'alors dédaignés, mais dont l'industrie peut tirer bon parti. « Nous avons tout à craindre, économiquement et commerciale- ment parlant, d'un encombrement, même passagei-, du marché, et rien à redouter, au contraire, de la raréfaction momentanée et du renchérissement du bois que rien ne pourra jamais bien remplacer. « III. L'avenir du bois. — Enthousiasmé par les services que le métal rend dans les constructions civiles et maritimes, l'ingénieur anglais, sir Frederick Bramwell, ne craignait pas d'appeler, en 188i, le bois et la pierre « des matériaux du temps passé >), Il est fort heureusement plus facile de bannir le bois de notre vie et de nos industries en paroles qu'en fait. « Ah! sans doute, le chauffage industriel et domestique, qui en consommait des quantités formidables, tend à disparaître de nos maisons modernes, pour faire place aux calorifères à eau ou à vapeur alimentés par la houille. Celle-ci se substitue donc ainsi pro- gressivement au bois, en attendant (ju'elie disparaisse à son tour devant le chauffage électrique. Je in vois plus guère, parmi les grandes industries, que la boulangerie qui consomme encore une masse considérable de bois pour l'alimentation de ses fours. Mais cela aussi disparaîtra. « Ah! sans doute, le métal se substitue au bois pour une foule d'usages, pour les charpentes des maisons comme pour celles des navires, pour les coques de bateaux comme pour les châssis de voi- tures ; mais cela n'empêche pas la consomaiition du bois d'aug- menter encore, d'augmenter toujours. COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 147 « C'est qu'en etYet, si, parmi les emplois du bois, quelques-uns, 1res anciens, sont tombés en désuétude, d'autres, nouveaux, sont nés, qui en exigent des ([uantités croissantes. Sans les chenwns de fer, la houille n'aurait pu détrôner aussi facilement le bois ; mais, sans le bois, l'établissement et l'entretien des lignes ferrées seraient, sinon impossibles, du moins fort difficiles. C'est ainsi qu'en Améri- que on ne rencontre guère que des ponts et des viaducs en bois ; qu'ailleurs, les voies anciennes et nouvelles consomment une quan- tité formidable de bois comme traverses. On évalue que le nombre (ie ces dernières soutenant les voies feri'ées du monde est de 1 mil- liard 500 millions ! Depuis longtemps, on parle de traverses métalli- ques en verre, en fer ou en acier ; or, il est bien évident que si ces traverses et d'autres n'ont pas été généralisées, c'est qu'elles accu- sent une infériorité marquée sur celles en bois, que rien ne pourra parfaitement remplacer, « Le matériel roulant des chemins de fer consomme aussi beau- coup de bois. Il est cependant vraisemblable que l'emploi du métal ira en se généralisant de plus en plus dans cette branche, au fur et à mesure que l'on augmentera la dimension des wagons. Mais il faudia toujours du bois, et beaucoup de bois, pour l'aménagement des gares, les clôtures des voies, les manches d'outils et de pelles; les barres d'enrayage, les coins, etc., etc. « Il est encore bien des applications où le inétal cherche à sup- planter le bois, sans que nous en concevions la moindre appréhen- sion. Ainsi en est-il pour les fûts métalliques. Verra-t-on jamais circuler dans des récipients de fonte, de fer, ou même d'aluminium, les vins généreux de notre Bourgogne et ceux plus moelleux du Bor- delais? Il est permis d'en douter. Ce n'est même pas une seule enve- loppe de bois, mais souvent deux, qu'il faut à nos vins pour les longs transports. A la chemise de chêne, on ajoute un cache-poussière de peuplier. « Ainsi en est-il encore des manches de parapluie. Les tiges métal- liques, avec lesquelles on les fabrique aujourd'hui, n'ont ni la force ni la souplesse de celles en bois. On reviendi-a tôt ou tard à ces dernières. « Si le métal se substitue au bois dans im certain nombre de cas, 148 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE l'inverse se produit plus souvent qu'on ne le croit. J'en veux pour preuve cette industrie, née d'hier, des bicyclettes et des automobiles. Aux guidons en acier, on substitue ceux en bois courbé, plus élasti- ques. Les jantes et les garde-crotte, en bois de bètre et d'érable, ont détrôné d'une manière di'finitive les jantes et les garde-crotte en acier et en aluminium. Après avoir été tout en métal, les châssis d'automobiles se font maintenant en noyer, en frêne, en orme. Les roues même sont bien à moyeu métalliipie, mais dans ce moyeu on a dû monter des rayons de bois s'assemblant avec une jante égale- ment en bois, afin d'assurer l'élasticité de la roue. Dans un autre ordre d'idées, qui ne sait (jue les poulies en bois tendent de plus en plus à remplacer celles en métal? « Même dans l'industrie du bâtiment, le l)ois demeurera toujours un auxiliaire indispensable pour l'architecte et pour l'ingénieur. Voyez plutôt les charpentes métalliques. Ne sont-elles pas toujours enveloppées d'échafaudages en bois représentant souvent un volume Iriple de celui de l'ouvrage définitif? Voyez encore les travaux de réparation, de consolidation, d'embellissement, d'agrandissement, effectués dans les plus petites maisons, comme dans les plus somp- tueux édifices. Partout vous trouverez le bois, facile à tailler sur place, se laissant couper à la demande, formant des enchevêtrements, des échafaudages, des supports provisoires. Pensez-vous que le métal puisse jamais le remplacer? Pensez-vous que le bois ne régnera pas toujours en maître dans la menuiserie, l'ameublement, toutes indus- tries qui se transforment, qui se développent sans cesse, en même temps que se poursuit et se développe l'évolution sociale? Ni le lino- léum, ni les mosaïques, ni les aires de béton et de ciment ne rem- placeront jamais, dans les planchers de nos maisons, le bois doux au pied, isolant du froid, de la chaleur et du bruit. Carrelages et dal- lages, terre battue, tout cela émigré de la pauvre chaumine pour faire place au bois. Au chêne, devenu trop rare et trop cher, on substituera le hêti'e, l'érable, le peuplier, le pin, le mélèze. Le bois n'en restera pas moins à la base de l'édifice. Le gaïac, les alisiers, les sorbiers, voire le charme, sont plus précieux que le meil- leur (les métaux pour la fahrication des dents d'engrenage, et les manches des outils les plus divers ne peuvent être qu'en bois. C'est COMPTE RENDU DU Vlll" CONGRÈS INTERNATIONAL 149 (311 bois encore que sonl fabriquées les carcasses de ces innombraliles machines agricoles, qui vont suppléer dans nos campagnes à l'insuffi- sance des ouvriers qii'allirent, l'éclat trompeur et les plaisirs perni- cieux de la ville. « Songez à tout ce que fabrique l'industrie mondiale en objels fragiles ou précieux, et dites-moi si jamais faiblira la demande de ce bois élastique, merveilleusement résistant aux chocs, pour la confec- tion des caisses qui circulent, petites et grandes, en nombre incalcu- lable, à la surface de la terre ? Et ce ne sont pas seulement les objels fragiles ou précieux qui demandent à être enfermés dans du bois. Il en est de même de ces primeurs, de ces fruits exotiques, de ces miels, de ces beurres dont les boîtes, les caisses, les barils s'entas- sent dans les navires, s'empilent dans les wagons qui abolissent les distances et rapprochent les peuples. La paille et le foin eux-mêmes restent à l'agriculture qui les a produits, et l'emballage fait un usage de plus en plus grand de la laine de bois. « Reliures en bois, tentures en bois, tout cela encore constitue des induslries modernes tendant à se développer, comme le pavage au bois. Que dire aussi de l'industrie du papier et du carton, sinon, ce que chacun sait, qu'elle consomme chaque année des cubes formi- dables de bois et que rien ne pourra en arrêter l'essor grandissant ? C'est encore du bois qu'il faut, et en quantité croissante, pour les canahsations souterraines, les pilotis, les poteaux de télégraphe et de transmission de force, les étais de mines, etc. Le béton armé, dont on parle tant, ne convient pas pour ces usages : il est plus fra- |;ile et moins durable que le bois. « Et, dans la vie courante, ne faut-il pas du bois, encore du bois, toujours du bois, pour ces mille riens dont on ne saurait se passer. Le manche de plume avec lequel j'écris est de bois, le crayon qui me sert à numéroter ces pages a une enveloppe de bois, ce coupe- papier qui sépare les feuillets de mon manuscrit est de bois, celte règle qui est sous mes yeux est de bois. A la campagne, c'est pis encore : on ne peut faire un pas sans avoir besoin de bois. Non, non, le bois n'est pas un matériel du temps passé; aujour- d'hui comme hier, mais sous des formes différentes, il reste la matière la plus nécessaire à nos industries et à notre vie normale. Gardons- 150 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE nous donc d'en tarir la source par des dévastations ('conomiques, pivlude des déchéances politiques et sociales. « Comme conclusions du présent travail, le rapporteiu' émet le vœu : « 1" Qu'en raison de la dépréciation constante des menus bois et « en vue de leur utilisation rationnelle, le congrès mette cà l'étude le « devis d'un appareil portatif, permettant de distiller, avec une faible « dépense d'eau, le menu bois des forêts, avec ou sans récupération « de l'alcool ; « 2^ Qu'(Mi raison des incertitudes (pii planent sur les besoins et les « ressources de l'Europe, le congrès demande aux différents Etats « producteurs et importateurs de collaborer à une itublicatioii lii- « mestrielle où seront relatés le mouvement des alTaires, l'impor- « tance des besoins à pourvoir et des ressources corrélatives qui « peuvent y faire face. Les comptes rendus seront imprimés en alle- « mand, en français et en anqlais. Toute communication sera sou- « mise au jugement d'un rédacteur responsable. Les pr(''visions « d'exploitation engloberont une période de cinq ans. Les mouve- « ments d'affaires concernant les exportations et les importations « seront toujours traduits en mètres cubes ; « 8° Qu'une association internationale soit fondée entre les com- « merçants et les forestiers de métier, pour donner à la technologie « toute l'ampleur qu'elle mérite et éviter à la fois le gaspillage des « bois et l'encombrement du marché. » XI — Unification internationale des unités de mesure et des assortiments pour le bois d'oeuvre Rapporteurs : M.M. le D"" Kaul, conseilter forestier à Golmar ; D' Martin, professeur à Tharandt. Si l'on parvfînait à s'entendre sur ce point, le commerce interna- tional se trouverait singulièrement facilité. Les conclusions ci après indicpieiit la meilleure voie à suivre, dans l'esprit des rapporteurs, et notamment la nomination d'une commission internationale qiù se COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 151 riHinirait à Zurich pour fixer définitivement le règlement sur cette matière. Conclusions du rapport Kahl : « \° Il existe entre les divers États de l'Europe une grande inéga- liti- concernant la production et la consommation des bois, ce qui donne constamment lieu à des échanges par voie du commerce de bois. Celui-ci a été dans les derniers ans d'autant plus vif, que le commerce et l'industrie florissaient en général, et que les moyens de circulation ont été améliorés sans cesse ; « 2" Une union internationale au point de vue indiqué faciliterait le commerce de bois et répondrait par conséquent à un besoin urgent ; « S" Un tel règlement de tendance unitaire serait utile en même temps aux sciences forestières, puisqu'il servirait de base pour les recherches statistiques et statiques ; « 4" Il sera possible de rédiger ce règlement de manière ({u'il puisse faire droit aux exigences prévues dans les articles précités 2 et 8. Il faudrait cependant y ajouter des dispositions spéciales pour le bois de chauITage ; « 5° Le présent rapport se base sur l'ordonnance concernant l'in- troduction d'assortiments de bois unitaires et du système métrique pour le cubage des bois dans les Éfats de l'empire allemand datée du 23 août 1875; « 6° En cas d'adhésion générale aux propositions précédentes, le rapporteur propose de les soumettre aux sociétés forestières de l'Europe, ainsi qu'à une assemblée internationale de .délégués des instituts d'essais forestiers. Après l'émission des avis de ces corpora- tions, la commission, qui devrait se réunir l'année prochaine à Zurich, aurait la tâche de fixer définitivemant le règlement (en question). Cette commission se composerait d'une délégation élue au VIII' Congrès d'agriculture et des plénipotentiaires des États intéressés. » Conclusions du rapport Martin. <( 1° Les bois d'œuvre doivent toujours être classés par essences; « 2° Les bois d'œuvre sont façonnés en grumes et en perches ou ils sont mis en corde Les grumes sont des pièces ayant un diamètre 152 ANNALES DK LA SCIENCE AliI\ONOMlQUE (le plus d(3 14 cenlimèlres, ce diamètre étant mesuré à une distance de 1 mètre au-dessus du bout inférieur de la pièce. Les perches ont à cet endroit un diamètre de 14 centimètres et de moins; « 3" Il eat de règle qu'on doime aux grumes le plus de longueur possihle. On ne les découpe que lors(|ue les parties découpées se prêtent au même usage que la grume en entier ou lorsque la dillé- rence dans la manière de l'emploi se fait à un cei'tain point; « 4" Les grumes des bois feuillus et les bois de sciage des résineux doivent être classés suivant le diamètre du milieu. Quant aux grumes proprement dites des résineux, c'est le diamètre à une certaine hau- teur, dont dépend l'emploi technique. Or, eu égard à la prati([ue, la classification selon le diamètre du milieu suffira aussi pour les résineux ; « 5" En général, on admet que le volume de la grume est égal au produit de sa longueur par la section transversale prise au milieu de la pièce. « i^'unité de mesure est le mètre cube. La longueur d'une pièce s'exprime en mètres et en décimètres entiers. En mesurant le dia- mètre, on néglige les fractions de centimètre; « 6" On mesui'e le diamètre des grumes sans l'écorce ; « l"" Les perches sont classées selon leurs longueurs et leurs dia- mètres. D'après les prescriptions allemandes de 1875, on les divise en perches ayant plus de 7 centimètres' de diamètre i\ une distance de 1 mètre au-dessus du bout inférieur et en perches ayant i\ cet endroit un diamètre de 7 centimètres et de moins. « L'unité de mesure est le nombre des perches (une pièce, dizaine, centaine). Le volume des perches doit être déterminé par des nom- bres d'expérience ; (' 8° Les bois d'œuvre mis en corde se divisent en : bois ayant un diamètre de plus de 14 centimètres au bout supérieur; bois ayant au même endroit un diamètre de plus de 7 jusqu'à 14 centimètres inclus; bois mesurant à une distance de 1 mètre du bout inf('rienr 7 centimètres et moins de diamètre. « L'unité de mesure est le stère. 11 n'est pas nécessaire de donner des prescriptions internationales au sujet de la détermination du volume solide de ce bois mis en corde. COMPTE RENDU DU VIIl'^ CONGRES INTERNATIONAL 153 XII — Emploi du bois de hêtre dans l'industrie chimique Considérations techniques et commerciales Rapporteurs : MM. le D' Kahlenberg, à Vienne ; Bengze, conseiller supéi'ienr des forêts de Hongrie et professeur à Selmecbanya. Le D' Kahlenberg termine son rapport par les conclusions sui- vantes : « Si nous résumons les considérations précédentes, nous voyons qu'en somme elles se ramènent à la question suivante : « La carbonisation du bois est-elle aujourd'hui pour le hêtre une utilisation laissant du bénéfice ? « On ne peut répondre à cette question qu'avec beaucoup de restrictions, et qu'après avoir examiné, comme nous allons le faire, toutes les circonstances et les prévisions que l'on peut supposer pour la prospérité d'une distillation de bois. « 1° La première et la plus importante hypothèse pour l'installa- tion d'une usine à carbonisation, c'est que le bois de hêtre ne peut être rationnellement utihsé en nature. Si le volume de bois dont on dispose peut être écoulé comme bois de chauffage à des prix avanta- geux, il faut préférer ce mode d'utilisation, étant donnée la hausse toujours croissante du prix du bois et la surproduction des produits de carbonisation, surproduction qui s'accuse déjà aujourd'hui et augmentera toujours. « La carbonisation du bois ne se justifie plus que là où on ne peut l'utiliser comme bois de chauffage ; « 2° La carbonisation doit se faire sur un grand pied. Des fabri- ques qui utiliseraient moins de 60 000 stères ne donneraient pas assez de bénéfices; « 3" Le bois de hêtre nécessaire à l'alimentation de l'usine doit être assuré, en qualité sensiblement égale, pour une durée d'au moins vingt ans et, autant que possible, pour le même prix pendant toute cette période. Un laps de temps plus court exagère trop les frais d'amortissement : un prix de bois variable ne permet pas d'établir 154 ANNAF.ES DR LA SCIENCE AGRONOMIQUE un prix de revient exact. Pour que la carbonisation laisse ini béné- fice, le stère ne doit pas en général coûter plus que 100 kilos de charbon, chiiïi-e sur lequel on doit se baser par stère ; ft 4° Si le bois est acheté au dehors, on doit le faire livrer à l'usine en volume plein bien déterminé, d'une qualité exactement précisée et à l'état sec sur les places de dépôt. Entreprendre le transport soi- même exige de nombreuses démarches pour l'installation du trans- port et des dépôts. Le transport par lançoirs ou par flottage est, à cause des cas de force majeure qui se présentent fréquemment, tou- jours moins sûr que le transport par voiture ou par chemin de fer. « L'indication précise du volume plein et de la ((ualité évite des dill'érends souvent très diflîciles à aplanir. La livraison à l'état sec épargne l'emmagasinemenl de grandes provisions à la fabrique; on économise les intérêts et l'assurance contre l'incendie d'une provi- sion qui devrait être celle d'un an au moins; « 5" Les hangars, les voies d'accès, les bâtiments, les places pour la manipulation et le dépôt doivent être bien situés; tout déplace- ment ultérieur inutile renchérit extraordinairement la production. La fabrique doit être raccordée à une voie de chemin de fer; le charbon se détériore par des rechargements ; les produits volatils doivent pouvoir être directement transportés dans des wagons- citernes ; « 6° Il faut qu'il y ait tout près de la fabrique de l'eau en abon- dance, à une température assez fraîche même par les temps chauds. Le besoin en eau d'une carbonisation de bois est énorme ; un bon rendement dépend en première ligne de la fraîcheur de l'eau; ** 7° Il faut toujours se procurer le combustible en quantité suifi- s;uite et aux prix les plus bas; on doit s'assurer d'un nomlire d'ou- vriers convenable dont les salaires ne doivent pas dépasser !a moyenne habituelle. La production du charbon est continue et c'est pourquoi il faut faire attention de ne pas prendre des ouvriers apparti^nant à des confessions qui ont beaucoup de jours fériés ; « 8" Le calcul des frais d'installation et d'exploitation doit être établi largement et celui des bénéfices prudemment. Pour ce dernier on ne doit pas considérer seulement les prix du moment ou les prix de vente artificiellement obtenus par convention dans certains pays, mais COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 155 aussi les prix fondamentaux, sans oublier, pour les produits vendus, les frais de transport jusqu'aux lieux de consommation et les droits d'entrée ; . « 9" Pour les contrées pauvres en industrie jusqu'ici, il faut faire entrer en ligne de compte dans le calcul des bénéfices l'élévation des salaires qui se produira sûrement au bout de peu de temps. La forte prime de l'assurance contre l'incendie joue un rôle important dans ce calcul ; les usines à carbonisation se rangent dans la caté- gorie des plus grands risques et sont vues d'un mauvais œil par les sociétés d'assurances. » Cette question d'un si grand intérêt pour l'Antriche, dont les forêts abondent en bois de hêtre, donne lieu à une longue discussion dans laquelle interviennent MM. les P" Wislicenus, de Tharandt, Henry, de Nancy, les conseillers des forêts Migklau, de Sarajevo, Kocha- NOWKi, de Lemberg, les inspecteurs des forêts Antonescu, de Rou- manie, HinscH, de Paris. M. Ilinscii, inspecteur adjoint des eaux et forêts à Paris, dit notam- ment : « En France, on emploie pour la carbonisation des bois principa- lement du chêne et du charme ; il exprime donc le regret que le bois de hêtre ait été seul indiqué, et que cette distinction ait écarté la carbonisation et la distillation du bois en France, d M, le D' Kahlenberg a indiqué dans ses conclusions que seules les usines de grande importance doivent être préconisées. 11 n'en est pas ainsi en France, où les tailles fournissent déjà du charbon de bois à employer sur place et, au contraire, il paraît désirable d'avoir de petites usines réparties à proximité des forêts, et envoyant des produits chimiques bruts dans une usine à rectification centrale. La question envisagée sous cette forme présente le plus grand intérêt en France où l'alcool méthylique pour la dénaturation de l'alcool éthylique constitue le principal débouché de l'esprit de bois. Ce débouché est appelé au plus grand avenir si l'on considère l'ex- tension extraordinaire que prend en France l'industrie automobile, qui pourrait, si l'alcool industriel était un peu meilleur marché, 156 ANNALES DE LA SCIENCE AGrRONOMIQUE employer des quantités coiisidéiaMes de ce produit. L'alcool indus- triel est coûteux, ])iincipalenient à cause des frais de dénaturation, et il serait donc extrêmement intéressant, ;iu point de vue forestier, d'encourai^er la création de petites usines (jui permettraient d'obtenir le dénaturant à meilleiu^ compte et par suite d'en étf^ndre l'emploi. M. Henry expose sommairement ses recherches sur la valeur comparative de divers antiseptiques. En immergeant les bois (chêne avec aubier, pin avec aubier, hêtre, sapin, peuplier, dans diverses solutions (microsol, carbolineum, etc.), on prolonge de beaucoup leur durée. Des échantillons de peupliei', hêtre, sapin, laissés pen- dant trois ans en plein air, ou placés dans des galeries de mine, ont été rétirés aussi intacts qu'au début. La dépense est minime. Avec cette précaution bien simple et peu coûteuse, on peut multiplier beaucoup le nombre des emplois des divers bois. Petre Antonescu, mspecteur des forêts de l'Etat de Roumanie, dit que la question de l'utilisation du bois de hêtre est très importanle au point de vue de la pratique, en ce qui concerne suitout les tra- verses de chemins de fer. D'après les études très remarquables de M. Tuzson, professeur hongrois, et du P' IIermann en Allemagne, on est revenu sur les appréhensions concernant le bois de hêtre à cœur rouge. D'après mes études, dit-il, la Direction générale des chemins de fer de Rou- manie est arrivée enfin à la décision qu'on fera bien d'employer aussi le bois de hêtre pour la confection des traverses de chemin de fer, même si le bois de hêtre a le cœur rouge. Les très intéressantes recherches de M. le P'' Henuy devraient être continuées pour démontrer la résistance du bois de hêtre avec cœur rouge imprégné avec différentes substances contre la décomposition. Naturellement, on ne pourra employer comme substance antisepti- <[ue le créosote à l'état pur, parce qu'il est trop cher; mais il faudra recourir à une substance qui augmentera la résistance des parties blanches des traverses de bois de hêtre autant que peuvent résister naturellement les parties rouges, c'est-à-dire sept, huit et même dix ans quand on emploie le zinkchlorid mélangé avec de la créosote. SECTION IX PISCICULTURE ET PÊCHE Malgré l'importance sans cesse grandissante de la pisciculture dans plusieurs Etats de l'Europe, notamment en France, en Allemagne, en Autriche, malgré le haut degré de perfectionnement qu'a atteint (en Bohême surtout) l'exploitation des étangs, peu de travaux ont été présentés à cette section. C'est celle qui a eu le moins à faire. Quatre questions seulement ont été soumises à la discussion et ont fait l'objet de rapports et de vœux. I, De l'action de l'Etat sur la piscictillure. Deux rapports ont été présentés, l'un par M. le D"" H. von Kadicii, conseiller d'administration à Vienne, l'autre par M. Emile Doljan, commissaire de pisciculture à Vienne. II. Action combinée de la science et de la pratique dans l'exploi- tation des étangs. Rapporteur : M. Wenzel Susta, à Frauenberg, en Bohême. ///. Données actuellement acquises sur l'alimentation de la carpe . Rapporteur : M. le P' Zuntz, à Berlin. IV. Importation en Europe de la pisciculture chinoise. Le rapporteur, M. Gasch, demande au congrès d'inviter les gou- vernements à charger leurs représentants en Chine de recueillir des informations sur le régime des étangs en Chine et à faire publier les résultais de cette enquête. Sans insister davantage sur la IX" section, nous passons à la sec- tion X. SKCTIOiN X VITICULTURE ET ŒNOLOGIE La section X s'est occupée des questions suivantes : I — Rôle de l'hybridation dans la reconstitution des vignobles Rip})0i1eurs : MM. Prosper Gervais, à Paris; D' Léopoid Wei- GERT, directeur de Finstilut viticole de Klosterneiiburg. Nous donnons d'al)ord les conclusions du rapport du D' Weigert et ensuite le travailla extenso de M. Gervais qui, on le sait, s'occupe depuis longtemps de cette question si iin[)ortante pour la restaura- lion des vignobles phylloxérés. Conclusions du P' Weigert. « I. En appliquant les hybrides à porte-grefîe, il feut éviter d'aller trop vite, car les expériences faites jusqu'à ce jour démontrent que le climat et la nature du sol du vignoble, et non seulement celle du terrain et de la station, exercent une influence très importante sur la maturation (l'aoûtement) du bois. Si le porte-greffe ne se développe pas bien, on ne peut plus espérer (jue la vigne greffée prenne un développement puissant et une fécondité assurée. • « II. On continuera d'employer par consé(juent les Riparias d'une végétation luxuriante là où ;ivec ce cépage on a obtenu de bons résultats. (( On peut dire la même chose du Solonis employé dans des con- trées viticoles d'un climnt un peu plus froid cl gi-.'ffi' iwor (]i's ci'pages COMPTE RENDU DU Vllf GONGHÈS INTERNATIONAL 159 supérieurs lui conveaanl bien, ainsi ([ue dii Rupeslris du Lot (sur- nommé aussi Rupeslris monticola) dans des contrées viticoles plus chaudes, où se trouvent des terres plus ou moins légères. « fïl. Il n'existe jusqu'à présent ancun hybride dont les raisins soient directement utilisables pour la vinification avec un succès tel qu'il ait pu remplacer nos cépages indigènes employés jusqu'à ce jour. « IV. Il se trouve entre les américo-américaines (c'est-à-dire les croisements des sortes ou des espèces américaines entre elles) des porte-greffes aussi bien utilisables, qu'entre les europo-américains (c'est-à-dire les croisements des cépages indigènes [de l'espèce Vilis vinifera]) avec des américains de cépages ou espèces divers). « MlÙs ce serait une erreur de supposer que les europo-américains offrent dans tous les cas plus de sûreté au point de vue de l'adaptation pour le greffon que les américains ou les américo-américains. Il est donc encore toujours nécessaire de mettre à l'épreuve des cépages à greffer sur les porte-greffes respectifs, avant de faire des plantations importantes avec de telles vignes greffées. Dans le but d'obtenir beaucoup d'e.xpériences avec les mêmes cépages, on doit i-ecom- mander de n'employer pour ces essais que peu (six à dix) de sortes principales pour chaque pays. « La mauvaise adaptation de cépage se manifeste sous deux formes : les greffons se soudent mal et ont un développement très défectueux, ou les vignes s'attachent bien pendant les premières années, mais on constate pendant les années postérieures l'apjjarition de la mala- die surnommée court-noué, consistant en un rabougrissement des pousses. Une mauvaise adaptation ne fait que favoriser le développe- ment de cette maladie ; elle peut aussi naître sur la vigne pour d'autres causes, comme le prouve le fait qu'elle se montre aussi sur des souches non greffées, par exemple sur le Gamay Couderc Ç). (') Les pousses sortant des rabo;igi'issenients restent pendant quelques semaines court-nouées (entre-nœiiis à petite distance) et microphylles (feuillage à petites feuilles) ; elles sont de coaleur vert fancé et commencent après quelques semaines à s'allonger ; elles ressemblent alors presque à des pousses normales. Le type de cette maladie se manifeste alors le plus souvent avec des greffages du Veltliner vert sur Solonis. 160 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « On sait niainteii;int fiu'il faut allacher la plus grande importance à l'aoùtemcnt parfait du bois d'un cépage et bien distinguer cnire les porte-grcfTes destinés pour le nord et ceux pour le sud. Les condi- tions climatériques et culturales en général, ainsi que les cépages employables étant très diflerents, il n'y aura aucun porte-greffe applicable partout de la même manière. « L'emploi des liybrides ne nous offre qu'un plus grand choix et la possibilité de pouvoir à présent planter la vigne dans des terrains un peu plus calcaires. « Les expériences les plus précieuses étant, pour ce qui concerne l'utilité pratique, celles acquises sur le propre sol, il faut encourager la propagation entre les viticulteurs intelligents des hybrides qui s'adaptent. » Rajtport de M. Gervais. « Pour mesurer et préciser le rôle de l'hybridation dans la recons- titution des vignobles, envisagé dans le passé, dans le présent et, s'il est possible dans l'avenir, il faut d'abord faire un retour en arrière, et rappeler l'état de la viticulture au lendemain de la crise phylloxé- rique; il faut ensuite dégager les conditions nouvelles qui en résul- tent pour elle, et les besoins, les nécessités si complexes, si variés auxquels elle est désormais condamnée à faire face. « L'hybridation de la vigne, telle que nous l'entendons ici, est née de la crise phylloxérique elle-même; elle en est un des premiers fruits. Son rôle s'indique dès le début; il s'estompe vaguement dans les incertitudes, dans les déboires de la première heure, aussitôt qu'apparaît l'insuffisance des vignes sauvages d'Amérique à résoudre à elles seules le délicat et difficile problème de la reconstitulion. L'idée vient alors de créer de toutes pièces des cépages susceptibles de les suppléer, de les compléter; et dès 1876, le regretté ?"■ Mil- lardet propose à l'Académie des sciences le plan qu'il a conçu d'uti- liser par l'hybridation « la propritH»'; de résistance qui doit être (( héréditaire comme les particularités de structure ou de composi- « tion chimique auxquelles elle est certainement liée. » « 11 émet l'avis que ces « données seraient d'une application immé- COMPTE RENDU DU VIll'^ CONGRÈS INTERNATIONAL 161 « diate à la production, par l'hybridation, de nouveaux cépages tenant « d'un de leurs parents la propriété de résistance au phylloxéra et, de « l'autre, les qualités nécessaires pour produire un bon vin ». Et Millardct se mettait à l'œuvre aussitôt. « En même temps que lui, MM. Gouderc, Ganzin, Foëx et l'école d'agriculture de Montpellier se proposaient le môme objectif. Tous rivalisaient de zèle pour créer, par le croisement de nos vignes indi- gènes avec les vignes sauvages d'outre-mer, des types nouveaux, intermédiaires aux unes et aux autres, empruntant à celles-ci leur résistance à l'insecte, à celles-là l'excellence de leurs fruits, c'est-à- dire des hybrides se rapprochant le plus possible de nos cépages français, mais résistant au phylloxéra. Tous visaient plus particuliè- rement l'obtention de producteurs directs ; mais ce but ne fut pas atteint, à raison de la prépondérance exercée par le cépage amim- cain employé soit comme père, soit comme mère, et des caractères imprimés par lui à la grappe et au fruit (extrême petitesse du grain et goût plus ou moins foxé). Ce n'est que plus tard, sous le patient et inlassable elfort des hybrideurs, grâce à la multiplicité des croise- ments et des métissages, que sont apparus un certain nombre de producteurs directs, capables de rendre d'utiles services et suscep- tibles d'être, à ce titre, employés dans la reconstitution. « En revanche, les toutes premières créations produisirent des cépages dont quelques-uns firent preuve d'une telle vigueur et d'une si remarquable résistance vis-à-vis du phylloxéra, qu'ils semblèrent pouvoir être utilisés comme porte-greffes. « Et dès lors fut tracée la double voie ouverte à l'hybridation méthodique : d'une part, recherche immédiate de porte-greffes répondant, mieux que les types sauvages d'Amérique, et plus com- plètement qu'eux, à la variété de nos climats, de nos sols, de nos cépages-greffons ; d'autre part, conquête plus lente, plus circonspecte parce ([ue plus malaisée, de véritables hybrides producteurs directs. « Il n'est pas douteux aujourd'hui que, sans le secours qui lui est venu de l'hybridation, l'œuvre de la reconstitution fût demeurée incomplète et inachevée. Elle eût été, elle serait encore arrêtée, sur certains points, par certaines difficultés que seule, pour ainsi dire, l'hybridation lui a permis de surmonter. Pour ne parler, par exemple, ANN. SCIENCE AGRÛ.\. — 3® SÉRIE — 1908 — II il 162 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE que des terrains crayeux ou calcaires, comment, sans l'hybridation, la replanlation eût-elle pu en être tentée facilement, pratiquement, économiquement? « Résumer les résultats qu'a fournis l'hybridation, dresser le bilan des acquisitions que lui doit la viticulture, ce sera du même coup déterminer l'étendue et la portée de son rôle. « Ce tableau que j'ai tracé déjà en 1901 ('), je ne puis que le reproduire ici tel quel ou à peu près, tant il me paraît encore exact et conforme à la réalité des faits. « Voyous d'abord le côté des porte-greffes. C'est le premier aspect de la question qui nous es, soumise, et ce n'est ni le moins intéres- sant, ni le moins net. « Ici, il faut convenir sans hésiter (pie l'hybridation a été particu- lièrement heureuse. Elle a donné naissance à deux catégories de cépages : les Américo-Américains ou hybrides de vignes américaines entre elles, et les Viiiifera-Américains ou hybrides de vignes euro- péennes par Américain, dont l'utilisation a rendu et rend cha(}ue jour les plus signalés services. « I. — Les Américo-Américains comprennent de noml)reux hybrides où sont intervenues tour à tour les variétés sélectionnées des principales espèces de vignes américaines. « Ils forment autant de groupes qu'ils ont d'origines diflerenles : groupe des Riparia X Rupestris ; groupe des Solonis X Riparia ; des Monticola x Riparia; des Gordifolia X Rupestris; des Berlan- dieri X Riparia, etc., etc., et dans cha(pie groupe^ ils sont plus particulièrement représentés par un ou plusieurs types qu'une sélec- tion rigoureuse a isolés et en qui se résument les hautes qualités du groupe tout entier. « Les hybrides, étant en général intermédiaires aux espèces qui ont concouru à leur formation, offrent le plus souvent les caractères, les propriétés, les aptitudes de celles-ci. Mais cela n'est point tou- jours vrai, et parfois un caractère nouveau apparaît qui n'apparte- nait en propre à aucun de leurs générateurs. C'est (pie l'hybridation (■) Rapport présenté au congrès de rhybridation de la vigne, à Lyon, en novembre 1901. COMPTE RENDU DU VIII* GOMGRÈS INTERNATIONAL 163 n'a point fondu les caractères des parents; elle les a plutôt juxta- posés, superposés l'un à l'autre, formant, suivant l'heureuse expres- sion de Naudin, de véritables mosaïques. Il suit de là que, pour juger des aptitudes d'un hybride, il ne suffît point de connaître celles des ascendants. 11 faut l'étudier lui-même, parce qu'il possède une somme de qualités et de défauts par où il se caractérise et s'affirme. Il s'en- suit encore que les produits d'une même hybridation présenteront de grandes variations entre eux ; ce serait une grave erreur que de leur prêter à tous, sur le simple énoncé de leur filiation, les mêmes pro- priétés culturales. C'est pourquoi, lorsqu'il s'est agi de déterminer l'adaptation des porte-greffes aux différentes natures de sols, il a été nécessaire de préciser, pour chacun d'eux en particulier, l'aire de cette adaptation et les conditions de son meilleur emploi pratique. « Si, dans la reconstitution proprement dite du vignoble, on a dû, après des éliminations successives, se restreindre dans la généralité des cas à l'emploi du Riparia et du Rupestris, et rarement jusqu'ici du Rerlandieri, en revanciie, dans l'hybridation, on a fait appel aux sources inexplorées ou reconnues utiUsables dans la pratique. En adoptant, en conservant le Riparia et le Rupestris comme base, on y a joint des espèces moins connues, moins répandues : Berlandieri, Cordifolia, Monticola, toutes les fois que l'on a eu en vue d'apporter au Riparia ou au Rupestris des facultés qui leur manquent, ou d'at- ténuer leurs défauts, et de les faire servir ainsi les uns et les autres à la plantation des sols difficiles que, pris isolément, ils eussent été impuissants à aborder. « On a engendré ainsi des cépages, fils de Riparia ou de Rupes- tris, doués de facultés nouvelles, appelés par là à compléter l'œuvre inachevée de leurs ascendants, à la perfectionner, à la parachever en des points où, sans eux, elle fût demeurée boiteuse, instable et précaire. (( A les envisager dans leur ensemble, on constate que le Riparia a transmis à tous les qualités essentielles qui pendant longtemps l'ont placé au premier rang des porte-grelfes venus d'Amérique, et qui lui ont valu la vogue dont il a joui si longtemps : grande facihté de reprise au bouturage e. au greffage; abondante fructification. Le Rupestris, lui, a transmis ses qualités de rusticité et d'endurance. 164 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « La juxtaposition de ces caractères essentiels de ces deux espèces se manifeste avec une extrême netteté dans le groupe des Riparia X Rupeslris. Ils conviennent mieux que le Riparia aux sols qui soul- l'rent un peu de la sécheresse ; ils sont essentiellement les porte- grelï'es des terrains intermédiaires où ne se plaisent ni le Riparia, ni le Rupestris. C'est d'eux que M. Millardet a écrit : « Dans (juelques « cas, un résultat à peu près inattendu s'est produit par l'apparition, « chez les hybrides, de propriétés qui manquent à leurs parents; « c'est ainsi ((ue les hybrides entre Riparia et Rupestris ont une hautf « résistance à la chlorose calcaire, alors que chacune de ces deux « espèces prise séparément est très sensible à cette all'ection. » C'est d'eux aussi (pie M. Couderc disait en 1(S'.)4 : « 11 y a peu de terrains « calcaires qui ne puissent se reconstituer avec les Riparia X Rupes- c< tris. Dans presque tous les autres terrains, ils ont d'ailleurs des « avantages marqués et sur le Riparia et sur le Rupestris, dont ils « ont la plupart des ipialités combinées sans les défauts majeurs. » C'est d'eux encore que M. Verneuil écrivait dans le Progrés agri- cole en 1895 : « Je crois notamment que les bons Riparia-Rupestris « donneront des vignes plus vigoureuses et plus régulièrement fruc- « tifères que celles greffées sur Riparia gloire de Montpellier ou ropriée les rf'colles que l'on est en droit d'en attendre : au surplus, le fait n'est pas exact toujours et partout ; et l'expérience a prouvé que, dans certains cas d'une affinité toute particulière, la fructification ne laissait rien à désirer. Exemples : l'affinité de r Aramon x Rupestris n" 1 pour le ci Chasselas », celle du 1202 pour (( l'Ai'amon », celle du 603 pour le c Muscat » de Fronti- gnan. Avec l'âge, d'ailleurs, la fructification des greffes sur Fianco- Rupestris se régularise et s'accroît. Sur le second point, il faut se borner à en constater l'exactitude ; nous essaierons tout à l'heure de COMPTE RENDU DU VIIl' CONGRÈS INTERNATIONAL 169 déterminer quelle est la portée réelle de ce retard dans la mise à fruit et la maturité, et l'importance qu'il convient de lui attribuer. « Les Vinifera-Berlandierl, créés en vue de la reconstitution des terrains les plus chlorosants, ont bien réellement réalisé ce but : ils viennent partout greffés, même dans les sols crayeux, aussi bien que la vigne française franche de pied : ils portent des greffes très fertiles, il maturité plus hâtive que celle des Franco-Rupestris, très voisine de celles du Riparia. Le sang de Berlandieri a imprimé ici encore ses caractères habituels d'affinité et de fructitication. La variété de ce groupe qui est le plus cultivée en grand est le Chasselas X Berlan- dieri n" 4-i B de MM. Millardet et de Grasset. Le Cabernet x Berlan- dieri n° 333 de l'école d'agriculture de Montpellier a été bien à tort délaissé, encore qu'il ait fait preuve sur plusieurs points des plus sérieuses qualités. Il conviendrait de le remettre en honneur, et de lui rendre à côté du 41 B la grande place à laquelle il a droit. « Il est hors de doute que, si la résistance phylloxérique des Vinifera-Américains n'avait pas été discutée, ou même niée, ces cépages auraient pris une extension qu'a paralysée la crainte de les voir succomber aux ravages de l'insecte. Cette crainte — au moins pour les variétés sélectionnées qui viennent d'être citées — me paraît chimérique : j'ai dit ailleurs les raisons qui militent en faveur de cette résistance et je n'ai point à y revenir : une semblable discussion serait ici sans objet. Sans doute, envisagés dans leur ensemble, les Vini- fera-Américains ne présentent qu'une résistance insuffisante ; mais comme la résistance, il est bon de le rappeler, est un attribut de l'in- dividu dans l'espèce et non de l'espèce tout entière, il n'est pas sur- prenant que certains Vinifera-Américains puissent être déclarés par leurs auteurs, MM. Millardet, Couderc, Ganzin, Castel, aussi résistants dans la pratique que les Riparia el les Rupestris. Et cette résistance pratique que j'ai définie en fixant les termes, il n'est pas niable que quelques très rares Vinifera-Américains la possèdent tout entière. '( Théoriquement, elle devrait être jtlus élevée encore dans les hybrides de seconde génération, c'est-à-dire dans les trois-quarts de sang américain; mais précisément parce que la résistance est une propriété individuelle, rien n'est venu jusqu'ici démontrer qu'il en soit ainsi. 170 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « Comme dans une série d'hybridations successives c'est toujours le dernier et nouveau cépage qui intervient dans le croisement qui exerce une influence prépondérante, il était naturel de reprendre les meilleurs hybrides Vinifera-Américains de })remière génération par un Américain pur, de façon à leur imprimer un caractère nouveau emprunté à celui-ci. C'est ainsi qu'ont été créés un grand nombre d'hybrides dérivés à trois quarts de sang américain, dont quelques- uns commencent à être connus : signalons par exemple les hybrides de H02 X Berlandieri, de Vinifera-Rupestris x 15erlandieri, de Vinifera-Rupestris X Riparia Gloire de la collection de M. Castel ; les 601 X Monticolo et les Gamay-Couderc x Riparia Gloire de la collection de M. Couderc; enfin les Berlandieri x Aramon = Rupes- tris Ganzin n° 1 , de la collection de M. Malègue. Ces derniers hybrides méritent qu'on s'y arrête : très vigoureux, très résistants à la chlorose et à la sécheresse, très fructifères, d'une bonne reprise au jjoulurage et au gretfagc, ils paraissent appelés à rendre de réels services. Ils constituent, avec les Berlandieri x Riparia-Rupestris gigantesque du même hybrideur, dont j'ai parlé plus haut, d'excellents porte- greffes qu'il serait bon d'essayer à côté des autres hybrides de Ber- landieri plus anciennement connus. « En somme, au regard des porte-greffes, l'hybridation nous a dotés de deux catégories de cépages : les Américo-Américains, les Vinifera-Américains, doués les uns et les autres de propriétés par- ticulières qui les caractérisent, les personnifient, les distinguent et les désignent, suivant les cas, au choix des viticulteurs. « La supériorité que présentent, d'une façon presque constante, les hybrides sur les Américains purs, tient essentiellement à leurs facultés d'adaptation et d'affinité. S'il est vrai que cette supériorité ne soit pas commune à tous les liybrides de la même génération, qu'elle soit personnelle, particulière à chacun et réponde à une qualité pour ainsi dire exaltée en lui, on s'explique qu'elle varie d'un groupe à un autre, mieux encore d'une catégorie à une autre, et que, suivant les circonstances ou les conditions culturales, il la faille chercher tantôt chez les Américo-Américains, tantôt chez les Vinifera-Américains. Les uns et les autres sont le plus souvent la solution d'un même problème; ils jalonnent des routes parallèles COMPTE RENDU DU TIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 171 conduisant, semble-t-il, au même but, et entre lesquelles il est permis d'hésiter. Pour l'adaptation, les Américo-Américains offrent, au même degré que les Vinifera-Américains, des ressources pour tous les sols, pour tous les climats ; tout se résume, dans la plupart des cas, en une question de nuances négligeables dans la pratique. Mais pour l'affinité, il est manifeste qu'elle est plus étroite d'une façon générale, avec les Vinifera-Américains qu'avec les autres. Cette supériorité découle tout entière des principes mêmes de l'affinité : la plus grande affinité est celle qui se traduit par un état tel que le cépage végète et se comporte comme s'il était franc de pied ; et cet état se produira d'autant plus sûrement que le porte-greffe ayant du proto- plasma, de la sève de Yinifera, se rapprochera davantage de nos cépages indigènes; c'est le cas pour les porte-greffes Vinifera-Amé- ricains. On s'exphque, dès lors, aisément que, chez certains Vinifera- Américains, spécialement chez les Vinifera-Rupestris, la fructifica- tion soit moins abondante durant les premières années, et moins régulière que sur les Américo-Américains ; pareillement, que la maturité soit moins hâtive que chez ces derniers. L'affinité plus par- faite fait que la vigne greffée sur Vinifera-Américains tend à se com- porter presque de la même manière que si elle était franche de pied : or, le Vinifera franc de pied ne fructifie régulièrement (pfau bout de quelques années. Le point est donc de savoir si celte fructification plus régulièrement abondante et cette maturation plus hâtive chez les Américo-Américains constituent en leur faveur un avantage qui doive, dans la plupart des cas, les faire préférer aux Vinifera-Américains. « Quand je dis Vinifera-Américains, j'entends viser presque exclu- sivement les A'inifera-Rupestris ; car les Vinifera-Berlandieri ont une autre allure, et valent, à ce point de vue spécial, d'être classés à part. Ils tiennent du Berlandieri, et de façon très nette, ces qualités de fructification et de perfectionnement dans la maturité qui sont comme la caractéristique éminente de ce cépage. Ils marchent de pair avec la plupart des Américo-Américains. « A mesure qu'on est entré plus avant dans l'étude de nos nou- velles vignes greffées et des conditions qui, réglant leurs rapports avec leurs porte-greffes, président à leurs modes de végétation et de fructification, on s'est aperçu que, pour un seul et même cépage- 172 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIOUE yreiïon, la feiiililé varie d'après le porte-greffe ; que le porte-greffe exerce une influence sur la constitution, le développement, la crois- sance, la beaut(' du fruit et sur la maturité des raisins; qu'il aug- mente ou diminue leur teneur en sucre, et que, par conséquent, il a un effet sur le produit final, c'est-à-dire sur les qualités du vin. « Quel est, pour un seul et même cépage-greffon, le meilleur porte-grefle ? J'entends celui qui maintient le mieux ou exalte ses qualités naturelles. « Je ne puis songer à résoudre ici cette question, puisqu'elle est en première ligne soumise au prochain Congrès international de viti- culture d'Angers (juillet 1907); mais il me sera bien permis de rap- peler brièvement ce que j'ai dit d'elle au Congrès de Lyon en 1901, et au Congrès international d'agriculture de Rome (1903). « Je n'ai pas hésité à admettre que pour les vignobles à grands rendements du littoral méditerranéen français, l'emploi des Américo- Américains était, en général, préférable ; — que, pour les régions à grands vins, la situation étant différente, il pouvait sans doute en être autrement ; mais que, tout bien pesé et considéré, il semblait qu'il dût en aller ici comme là; et que, pour les contrées à grands vins comme pour les vignobles à vins communs, les Américo-Améri- cains devaient être considérés comme constituant, dans l'ensemble, des porte-greffes préférables aux Vinifera-Kupestris. J'ai signalé les inconvénients qui, dans la pratique, s'attachent aux Yinifera-Rupes- tris, et j'ai indi(pié les motifs qui me déterminent à les regarder comme étant tout l'opposé des porte-greffes des cépages à grands vins, à l'égal des Rupestris dont le Rupestris du Lot est le type le plus connu et le plus répandu. Les observations que j'ai pu recueillir depuis lors n'ont fait que me confirmer dans ma manière de voir et rn'ancrer dans cette opinion déjà formulée, qu'en première ligne les hybrides de Rerlandieri (soit Américo X llerlandieri, soit Vinifera- Rerlandieri), sont bien réellement doués au plus haut degré des facultés les plus propres à assurer la qualité des produits ('). (') Voir à ce sujet rétiide sur les porle-grettes dans les vignobles seplentrionaux, publiée dans le Propres agricole et vilicole du 18 février 1906 par .M. Cnvii-vz. pro- fesseur d'agriculture de la Marne : cette étude vient à Tappui de la thèse soutenue par moi depuis plusieurs années déjà. — P. G. COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 173 « Le second aspect de la question n'est pas moins captivant : c'est celui des producteurs directs. Si, de ce côté, l'hybridation a été plus active peut-être encore que du côté des porte-greffes, il faut recon- naître en toute sincérité qu'elle a été moins heureuse, ou plus exac- tement moins complètement heureuse, moins bien servie par les circonstances : la fortune, ici, ne lui a pas souri d'égale manière, sans doute parce que le but était plus difficile à atteindre. « Si, théoriquement, il n'est pas impossible d'obtenir des hybrides à très haute résistance à l'insecte par leurs racines, et à saveur de Vini- fera par leurs fruits, — parce que la résistance des racines d'un des parents et la saveur des fruits de l'autre peuvent avoir été transrais dans leur intégralité à une même plante, — pratiquement ces condi- tions ne se sont, semble-t-il, peut-être réalisées nulle part encore d'une façon absolument complète, qui ne puisse prêter au doute ou à la controverse ; et le problème, sous cet énoncé absolu, reste en suspens. « D'autant mieux qu'aux premières exigences sur la résistance à l'insecte et la saveur du fruit, sont venues par la suite s'en ajouter de nouvelles : on a demandé aux hybrides producteurs directs de résister aux maladies cryptogamiques en même temps qu'à l'insecte ; on a accru ainsi les difficultés de la tâche au point (]ue quelques-uns, dans la hâte d'aboutir, ont fhii par sacrifier la résistance à l'insecte pour s'en tenir au fruit et à la résistance aux maladies cryptogami- ques. Pour ces viticulteurs, l'obtention de producteurs-greffons était jugée suffisante. c( On ne peut ([u'admirer l'ingéniosité, la souplesse, la diversité des combinaisons auxquelles l'hybridation a fait appel, la merveil- leuse fécondité dont elle a témoigné : hybrides de première généra- tion ou de demi-sang ; hybrides de seconde génération dits à trois quarts de sang Vinifera; croisements de demi-sang entre eux; hybrides ternaires (Américo-Américains x Vinifera) ; croisements des trois-quarts de sang par les demi-sang ; croisement des hybrides américains entre eux, elle a tout mis en œuvre, tout tenté, tout essayé, semant à pleines mains, avec les graines de ses produits, les trésors d'intelligences d'élite acharnées à leur œuvre, et ({u'aucun insuccès n'a pu rebuter ou abattre. Voici (pie la moisson lève. Déjà (juelques épis mûrs ont été cueiUis : sont-ils bien ce qu'on attendait? 174 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « D'après M. Gastel, les producteurs directs doivent présenter les caractères suivants : « 1° Grandtî résistance à l'insecte ; « 2* Adaptation au sol du vignoble ; « 3" Teneur élevée en sucre ; « -i" Grande fertilité, grappes nombreuses et dimensions des grappes et des grains ; « 5" Maturité précoce ; < 6° Grande résistance aux maladies cryptogami({ues ; « 7" Finesse de goût ; « 8" Coloration des grappes ; « 9° Conditions de culture favorables, reprise facile au boutu- rage, débourrement tardif; résistance aux gelées; résistance aux accidents de végétation, absence de coulure, port des sarments, aoùtement facile des bois. « M. Castel pense que ces producteurs directs nous seront donnés par des hybrides à trois quarts de sang français. M. Gouderc le croit aussi ; mais il ajoute que la voie où l'hybridation lui paraît devoir être la plus féconde est celle qui consiste à hybrider les trois-(|uarts de sang les pkis résistants au phylloxéra par des demi-sang. On obtient ainsi des produits qui ont un feuillage à faciès améiicain, n'ayant pas tout à fait la résistance aux maladies des demi-sang, mais à peu près, et des raisins presque semblables à ceux des trois- quarts de sang, c'est-à-dire à faciès et à goût français, « En ce qui concerne la résistance aux maladies cryptogamiciues et plus particulièrement à la plus redoutable d'entre elles, au Jllack- Rot, M. Gastel souligne l'importance qu'il y attache : « La raison « d'être des producteurs directs », écrit-il, « est de présenter une (( grande rf'sistance au Rlack-Rot et de pouvoir se défendre d'eux- « mômes avec de légers traitements aux sels de cuivre, dans des « milieux d('favorables où les cépages français, malgré les soins les (( plus minutieux, ne peuvent conserver leur récolte. Si nous ne pou- « vions compter chez les producteurs directs sur leur haute résistance (' au l)lack-Rot, il conviendrait de les abandonner et de continuer à « cultiver, sur de bons porte-greffes, nos vieux cépages français qui « ont fait la réputation de nos vins. » Et il ajoute que « pour obtenir COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 175 « des hybrides résistant au Black-Rot, il faut prendre pour point « de départ un hybride de Vinifera — Rupestris déjà doué d'une grande « résistance à cette maladie et l'hybrider de nouveau avec un cépage « très résistant. «Ainsi définie, l'œuvre à réaliser est complexe, touffue, de longue haleine ; et l'on s'explique facilement qu'elle n'ait pu être achevée du premier coup. « Néanmoins, au cours de ces dernières années, la question s'est précisée; — • si bien qu'on doit dire d'elle en toute justice, non pas certes qu'elle est définitivement résolue, mais qu'elle est entrée dans la voie des réalisations pratiques. Pour beaucoup, ce n'est plus (ju'une affaire de mise au point. « Il est hors de doute à présent, à la suite des expériences pour- suivies en France et à l'étranger et des résultats fournis par les plan- tations d'essai ou même par les plantations de grande culture, qu'un certain nombre de producteurs directs peuvent être employés dans la reconstitution, avec les chances les plus sérieuses de succès et de sécurité. « Il est incontestable que la viticulture possède aujourd'hui des producteurs directs résistant aux diverses maladies cryptogamiques et capables de donner des produits de quelque valeur. « Un des points acquis est l'obtention de vins à haute intensité colorante, que cette couleur et leurs éléments constitutifs essentiels peuvent faire considérer comme de précieux auxiliaires pour les coupages. Comparés à quelques vins de coupage d'Espagne et d'Italie, certains vins de producteurs directs, obtenus en Algérie et dans le Midi de la France (École d'agriculture de Montpellier, — Pyrénées- Orientales), ont paru pouvoir rivaliser avec eux. Ce n'est pas là un résultat négligeable. Et si l'on a aussi pleinement réussi sur ce point, pourquoi d'autres qualités, également recherchées avec méthode par nos hybrideurs, ne seraient-elles pas à leur tour conquises et réalisées ? « C'est surtout du Rupestris que l'hybridation s'est servie comme facteur américain, à raison de sa grande vigueur, de sa rusticité, de sa résistance à l'insecte, de son feuillage sain et résistant aux maladies cryptogamiques, de ses raisins à saveur franche et sucrée. Pourtant 176 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE M. Gastel el M. Coiiderc ont obtenu des produits si renianiuahles avec le Cordifolia (|u'ils ont fait intervenir ce cépage dans un grand iionilu'i; (Thybridations. c( On sait (jue M. Seibel a pris pour base principale de ses croise- ments le Linsecumii X Rupestris, et pour ses hybrides à trois (piarts de sang Vinifera l'Aramon X Uupestris Ganzin n" 1 ; — et il faut reconnaître (pi'il a obtenu, dans cette double liliation,des sujets fort remarqualdes qui, pour le moment, tiennent la tète. « M. Oberlinest le seul peut-être qui se soit adressé le plus souvent et de préférence au Riparia. iM. Roy-Glievrier, dans une de ces belles et originales études dont il est coutumier (^), nous a fait connaître l'œuvre de M. Oberlin. 11 nous a initié à ses dessous, et nous a indi- (jué le parti qu'on en pouvait attendre, même dans les vignobles à vins fins. « En tous cas, les producteurs directs actuellement les plus répandus sont, presque tous, des hybrides de Rupestris ou des dérivés de Rupestris. « Tels sont par e.\einple : les n"^ 1, 20, 128, 150, 200, 1(177, 1020, 2007, 20M, etc., de la collection de M. Seibel; « Lesn- 132—11, 28—112, 126—21, MOI, 7103 et 7120, de la collection de M. Gouderc; <( Lesn- 134—22, 102—21, 3630, 3917, de celle de M. Ga.stel; « Les n°' 204—1 et 814— 4 de M. .\lalègue; « L'Alicante X Rupestris de M. Ganzin, etc., etc. « Je n'entends pas donner ici la nomenclature, même approxiin;;- tive, des hybrides i)roducteurs directs dont les mérites ont, par quel- que côté, tenté la curiosité du vigneron, ou sont dignes d'attirer son attention : il faudrait, pour cela, examiner en détail les créations de MM. Gouderc, Seibel, Gastel, Malègue, Jurie, P' Caille, Bertille- Seyve, Roy-Ghevrier, Gaillard, etc., etc. ; et cette revue m'entraîne- rait bien loin au delà des limites qui me sont fixées. « Ge qu'il importe de retenir, c'est (|ue, malgré toutes les réserves .-ijue comporte encore la (jiiestion des producteurs directs, nous nous trouvons en présenct^ (ruii certain nombre de faits acquis d'une (') Du nile des producteurs directs dans les vins fins, par lioY-CiiK\iiii;ii, liior.. COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 177 importance capitale. La voie est décidément ouverte, et il est permis de penser que, parmi les milliers d'hybrides créés, il en est dont les aptitudes seront suffisamment variées pour répondre aux desiderata particuliers des diverses régions viticoles. C'est une question de temps, de patience, de sélection, d'adaptation au sol, au climat, aux méthodes culturales : les producteurs directs demandent une étude régionale. « Qu'on ne se méprenne pas cependant sur ma pensée : Je ne prétends pas dire que les hybrides producteurs directs se devront lentement substituer aux vignes greffées et prendre leur place ; mais seulement qu'ils pourront compléter celles-ci et parachever l'œuvre de la reconstitution sur des points où des nécessités agricoles, des considérations culturales ou économiques font de la culture des producteurs directs une opération avantageuse et rémunératrice. « Dans l'état du marché des vins en France, et l'on peut presque dire du marché mondial des vins, produire à bon marché, produire avec le minimum de frais possible est devenu une obligation impé- rieuse; c'est le but à atteindre; et il n'est point contestable que la culture des directs peut aider puissamment à le réaliser. C'est en ce sens que j'ai pu récemment Q) indiquer la plantation de certains hybrides producteurs directs comme une orientation nouvelle pour la viticulture méridionale, en proie à la crise la plus redoutable et la plus inquiétante qu'elle ait peut-être jamais subie ! « L'avenir, L'avenir dont les Grecs ont dit ce mot pieux : C'est un enfant (jui dort sur les genoux des dieux, l'avenir dira si ces prévisions sont téméraires ou justifiées. Mais, dès maintenant, il n'est point difficile de pressentir le rôle qui y est réservé à l'hybridation. « J'ignore, et personne ne sait, si l'hybridation asexuelle, dont il semble que le regretté Amédée Jurie ait emporté avec lui dans la (') Conférence faite à Texposition de Béziers le 2 novembre 1906, sur la situation présente et Tavenir de la viticulture raéridioniile, AN.N, SCIENCE AGRON. — 3* SÉRIE — 190S — H 12 178 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE tombe les enthousiastes théories, viendra ajouter quelque chose aux conquêtes certaines qu'a fixées l'hybridation sexuelle. « Telles quelles, celles-ci jouent dans la reconstitution des vignobles un rôle prépondérant. « Du côté des porte-greffes, elle nous ont doté de cépages nette- ment supérieurs aux vignes sauvages d'Amérique, qui mieux (jue celles-ci ont plus complètement répondu à l'infinie variété de nos climats, de nos sols, de nos cépages-greffons; par qui, on peut l'affirmer, a été définitivement résolue la question de replantation des terrains difficiles : sols calcaires ; sols sec ; sok humides ; sols compacts. « Du côté des producteurs directs, elles nous assurent dès mainte- nant la possession de cépages intéressants, capables de rendre, dans quelques situations, les plus utiles services. Si l'enfantement est, ici, plus lent, plus laborieux ; si le but cherché n'est point encore pleine- ment atteint dans toutes ses parties, il est juste de reconnaître qu'il est serré de près, et que, sur ce point, l'avenir est tout plein des plus sérieuses i)romesses. « Les vignes sauvages d'Amérique ont été le point de d('part de l'évolution gigantesque >. Cette couleur est due aux tissus fendants au sommet des pycnides justement émergées. « Hyménium. — On a toujours prétendu qu'il se développe sans exception au fond du fruit (j'ai démontré la fréquence des hyméniums annexes, trois à qua(re), ou même que l'hyménium peut recouvrir la voûte tout autour. '' « Les spores sont brun café clair ou brun grisâtre, couleur qu'on ne trouve pas mentionnée. Bien souvent elles -brunissent avant d'être désarticulées. Mes recherches ont démontré que la membrane des spores mûres contenait de la chitine (^). « La forme des spores est ovoïde (4 p. à 8 [jl, 9 |x à 12 |jl), pyroïde (() [X à l!2 p., 9 p, à 13 p.) ou cynibelloïde (4 p. à G p. X 12 p.) et l'un des pôles est plus ou moins pointu. Parfois même dans une seule pycnide deux formes de spores se distinguent, mais l'une des formes domine toujours. Leur nombre dépend de la grosseur des pycnides; en prenant seulement un tiers des spores produites, un seul grain à 200 pycnides contient 80000 spores, ce qui, pour une grappe de 50 grains, donne 4 millions de spores. « Leur dissémination s'elYectue au moyen du mucilage formé par le tapis et de la masse entre les spores. Mais d'ordinaire ce mucilage n'est pas assez abondant pour agglutiner les spores en boudins. (,') Remarques systématiques : ViALA et Havaz, 190i, ont crée pour le Coniothyriuni Diplodiella (Spegazzini) Saccardo, le genre Charr/nki, mais Berlese croit, d'après la description qu'ils en ont donnée, pouvoir le ranger dans le génie Melasphserla. Cette question ne peut être résolue qu'après l'examen des périthèces. J'ai distingué trois sous-espèces de Coniolkyrium Diplodiella : 1" ovo/deum n. subsp. conidiis prœcipue subelliplicis vel ovoideis 4 — 8 — 9 u. latis, 8 — 1 2 pt longis ; 2° pyroideum n. subsp. conidiis pyriformibus vel pyroideis — 9 p latis, 12 — 13 [a longis. 'è° scaphoideum n. subsp. conidiis subnavicularibus vel encycnemoideis 4 — 5 — 6 a latis, 12 II longis. In baccis, sarmentis, tbliis Vitis viniferœ, V. Uupestris monticolae, V. Labruscœ, V. Solonis, V. liiparise, Hungariae. 188 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE ce qui facilite beaucoup leur dessèchement rapide et par suite leur diversion par le vent. « Une sécheresse persistante empêche l'évacuation des spores; par contre, un temps humide la facilite, et comme les spores incolores germent aussi, il favorise l'extension locale de la maladie. « Le mycélium se compose de filaments (8 p. à 16 ij.) plies, rami- fiés, articulés. Les Itranches se ramifient en une infinité de rameaux (1,5 p.) fort caractéristiques. « Sur le mycélium je n'ai point remarqué les suçoirs si souvent reproduits dans la littérature. « Les filaments épais n'attaquent pas directement le protoplasme des cellules de l'hôte (pulpe), mais s'emparent des rameaux fins (1 p. à 2 [j.) se collant à la couche membraneuse du plasme. Ce mode d'attaque n'avait pas été signalé jusqu'à présent « A part le mycélium provenant d'une infection locale directe (sur la pellicule), le mycélium provenant des autres modes d'infection doit pénétrer dans les tissus plus profonds. « Dans les pédicelles et pédoncules, il s'adosse à la partie libérienne de l'appareil conducteur, c'est ainsi qu'il arrive dans la baie, oîi il trouve une voie ouverte dans les nervures qui lui fournit en même temps une excellente nourriture. « Dans les grains grésilles, le mycélium produit des cr\']Dtopycnides et une forme scléreuse (pour l'hivernage ?). « Les spermogonies sont fort rares, ainsi que les périthèces dont le développement ne s'effectue, d'après Viala et Ravaz, que dans des conditions spéciales (sur les sarments). En Hongrie, je n'en ai pas rencontré. « Conidies sont observées par Viala sur les sarments ; Perraud a décrit des conidiophores formant des houppes denses d'une teinte grisâtre. « Pycnides sur les pépins : les pépins des baies pourries ne se développaient pas, tandis que les pépins des baies grésillées étaient infectés dans une proportion de 80 "/o. « L'incubation de la maladie est assez longue (dix à douze jours). L'apparition des premières pycnides s'est effectuée le 3 juillet, et les plus tardives se sont montrées le 15 novembre COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 189 « CulUires pures. « Germination : les spores en germination (faciles à cultiver) émettent leur contenu sous forme d'ampoule (spore secondaire). Jamais les spores ne germent sur leur pôle pointu. Ainsi les dessins souvent reproduits ne sont pas corrects. L'optimimi est entre 25° et 30° (germination en huit à onze heures) ; à la température de 5° à 8° C, il n'y a pas de germination ; à 17" G. en vingt à vingt-quatre heures, et la température au-dessus de 39° l'empêche. « Les spores germées conservées dans de l'eau restent en vie pendant six jours. « La spore germée produit rapidement un mycèle, puis un thalle blanc circulaire. « La formation des pycnides commence par l'enroulement des branches, formant des pelotes, qui se différencient plus tard. De leur partie périphérique, il se forme le péridium à trois couches avec l'orifice ; de l'intérieur, l'hyménium et très souvent un hyménium annexe ou pariétal, dont les paraphyses, qui pénètrent dans la cavité, deviennent mucilagineuses, de même que la couche intérieure ou « le tapis » du péridium. Les spores incolores renferment souvent des cristalloïdes de matière albuminoïde. « Les pycnides arrivent promptement à maturité dans les cultures et atteignent des dimensions plus considérables que sur les raisins (400 [K de diamètre). « Nous avons montré à l'Exposition d'agriculture à Pozsony (190^) de grandes cultures pures (de 140 centimètres carrés). « Appareil conidien : des conidiophores d'un type tout à fait nouveau se sont formés dans les cultures, leurs branches produi- saient souvent de faux verticilles. « Modes d'infection. — L'infection peut se présenter directement ou par approche. Sur les grappes, elle s'effectue : l°sur le pédicelle ; 2° sur la rafle ; 3" sur les pédoncules ; 4" dans l'articulation du grain ; 5° puis sur la peau des grains. « L'infection du pédicelle est la plus fréquente, l'expérience a prouvé qu'elle se fait généralement sur la partie du pédicelle qui suit la zone de maturité Le pédicelle malade détermine bien souvent ]90 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE la maladie de la pousse elle-mônie en l'infectanl. Sur la lafle, nous avons constatf' une infection précoce après la floraison, ti"ès facile à reconnaître de honne heure au brunissement de la rafle, el une infection automnale, qui se produit avant l'aoûtement. « L'infection des pédoncules se produit quand l'eau (jui coule rapidement sur la rafle ne s'arrête que sur les pédoncules et y dépose les spores qu'elle entraîne. « Explication des différents modes d'inleclion du pédicelle : « 1° Si le pédicelle est arqué, l'eau en ruisselant jusqu'à la partie culminante de la courbe s'y amasse, el puis s'évapore ; les spores y déposées germent et déterminent l'infection du pédicelle ; « 2" Si la grappe est suspendue perpendiculairement, la goutte court vite sur toute la longueur du pédicelle et se répand sur l;i rafle, laissant partout des spores qui l'infectent ; « 3" L'eau découle trop vite pour déposer partout ses spores, elle ne les laisse que sur les pédoncules, où elles sont retenues par les grandes pustules (qui se subérifient dans la suite) et dans ce cas seul les j)édoncules sont infectés. (( Dégâts sur les grappes. — Le Coniothyrium attaque : « 1" Les plus jeunes grappes nouées qui seront envahies parfai- tement ; « 2" Les grappes avant la véraison — qui sont atteintes sur la rafle ; « 3° Les grappes pendant la véraison (*), ce qui constitue la forme la j>lns dangereuse. Nous distinguons : « a) Une maladie à cours rapide (les grains pourrissent complète- ment, ou deviennent semblables à du parchemin) ; « b) Une maladie à cours lent (les grains subissent plusieurs chan- gements de couleur, mais demeurent turgescents, à contenu vis- queux). La marche dépend de la température, de l'humidité, des cépages. (') Cire. J'attache une grande impDi'tance au revéleuient cireux granulé qui recouvre le grain. La cire forme souvent par la l'usion de ses granules des Ilots sem- blables à des amibes, l'ar suite de frottements, ete., les grains perdent leur coucluv de cire el la cuticule se tend, se ride. Ces endroits favorisent tout particulièrement la pénétration. COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 191 « Bien souvent la maladie apparaît si rapidement que toutes les baies deviennent couleur de terre ou livides. Dans les raisins blancs, la zone arc-en-ciel n'est point une marque distinctive pour tous les cas. Les couleurs de terre sans éclat ou café au lait sont les plus caractéristiques. Il arrive qu'un côté de la baie présente cette cou- leur, tandis que l'autre est d'un gris plomb. « A cause de ces Ghangements de couleur, j'ai remplacé la dénomi- nation française « Rot blanc » (White-rot) par celle de Rot livide qui correspond mieux aux faits et n'est que la traduction de la dénomination magyare Fako-rothadâs. Les équivalents seraient en anglais Fallow-rot, en allemand Fahl-Fàule (pour Weissfàule), en italien rot-faii)o (au lieu de rot-bianco). « La dénomination White-rot, Rot blanc, correspond à vrai dire seulement : 1° aux phases 4 à 5 « grain couleur de givre » ou a grain rugueux », c'est-à-dire quand les jeunes pycnides viennent d'apparaître avec leurs tissus fendants, comme des pustules blanches ou grises ; ou 2" encore mieux à une forme de la maladie rapide (juand les grains deviennent secs et semblables à du parchemin. « Mais ce qui frappe au premier instant comme impression géné- rale, c'est toujours la couleur de terre sans éclat ou du café au lait. « La maladie lente. — Je distingue sept diflerentes phases : (' 1° Gi'aiii couleur arc-en-ciel, sa base devient jaunâtre puis rayée des zones vert cendre, jaunes et rouges. (\e changement est causé par le mycélium parvenu dans lu pellicule ; « 2" Grain livide ou couleur de terre ou café au lait, est déter- miné par le mycélium répandu sous Tépiderme tout entier : la formation des pelotes commence ; « 3" Grain couleur de saumon, la surface est chagrinée, la cuticule se soulève au-dessus de chaque pelote ; « 4" Grain couleur de givre, les pycnides ont fendu la cuticule, et se gonflent à travers les brèches et la masse blanche d'hyphes contribue à cette couleur ; « 5° Grain rugueux, recouvert sur toute son étendue de pustules grises. Les pycnides sont complètement développées, les spores brunissent ; 192 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE c G" Grain gris cendré, la disséminalion des spores commence, rhypoderme est complètement détruit ; « 7" Grain noir, phase exceptionnelle, seulement sur les grains conservés dans un milieu humide. « Dans les cépages à grains rouges ou bleus, on peut ramener ces six phases à trois. « Expériences d'infection, — L'infection par approche des grains malades montre que l'infection avait eu généralement lieu à la base, plus rarement au sommet du grain, où les restes du stigmate pré- sentent un point d'attaque très favorable (ombilic). « Infection des grains par des fragments de pycnides : une semaine après, les grains sont tombés malades. « Grains dans de l'eau contenant des spores : l'infection a eu lieu sur la partie immergée du grain, mais le mycélium a produit ses pycnides sur la face libre non submergée du grahi, ce qui prouve que le mycélium a besoin d'air pour produire des pycnides. « L'infection du pédicelle dans de l'eau ou à l'air humide montre (jue le pédicelle jeune (sans blessures) encore vert est seul susceptible d'être attaqué. La surface sur laquelle les spores sont déposées devient jaune ou brune même avant que les spores aient germé, ce qui prouve que les spores sécrètent des enzymes qui attaquent les membranes cellulaires. « L'infection des boutures pai- la moelle n'a pas réussi ; ainsi on peut tirer la conclusion pratique qu'il n'est pas vraisemblable que l'infection se produise à travei's la moelle des boutures mises en pépinière. « L'infection des racines adventives a montré que les tubes germi- natifs ont pénétré, mais sans produire des pycnides. « Infection des planlules (de trois semaines) arrosées avec de l'eau contenant des spores ; en deux à trois semaines, l'infection s'établit immédiatement au-dessus du sol, et les jeunes plantules dépérirent. « L'infection des pousses vertes des boutures enracinées, culti- vées dans du sable, a aussi réu.ssi, les pousses brunissaient dans les parties touchant le sol (à leur intérieur j'ai trouvé des filaments mycéliens). COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 193 « Microbiologie. — La résistance remarquable des spores de Goniothyrium a été signalée aussi par Ravaz. « D'après mes expériences : « 1° Le mycélium est demeuré vivant dans la bouillie bordelaise à 2 7o après l'avoir trempé pendant vingt-quatre heures ; tandis que l'azurine à 2 "/o, le bisulfite de chaux à 0,^2 "/„ l'ont tué pendant ce laps de temps ; « 2° Des morceaux de sarments badigeonnés à l'acide sulfurique à 10 °/o, ou au sulfate de fer à 10 °/o, ou poudrés de chaux, ont poussé dans du moût un mycélium floconneux dans l'espace de deux jours. Sur les sarments plongés dans les mêmes substances pendant vingt-quatre heures rien ne s'est développé ; « 3" Sur des morceaux de sarments, sur des baies, sur des pédi- celles plongés (pendant vingt-quatre heures) dans du bisulfite de chaux (solution) rien ne s'est développé ; « 4" Spores dans du moût empoisonné : ces expériences ont monln'' que le moût à une teneur de 1 °/o de sulfate de cuivre ou d'azurine n'entrave point le développement ; seulement les pycnides n'apparais- sent qu'au trente-sixième ou au vingt-sixième jour. « Le moût à une teneur de 2 "/„ (des substances précédentes) n'empêche pas la production d'un faible mycélium — mais la fructi- fication ne se produit pas. « La teneur de 3 °/o, enfin, empêche tout développement, ainsi (|ue la teneur de 1 à 03 °/o de bisulfite de chaux ; « 5° Un grand nombre de substances ont été essayées, mais n'ont pas tué les spores même au bout de vingt-quatre heures. Nous signalons parmi eux la bouillie bordelaise à 3 à 6 "/„ ; le sulfate de cuivre à 1 °/o, le sulfocarbonate de potasse à 05 "/o, etc., puis le sulfate de cadmium à 1 "/o et chaux à 2 "/o ; le chlorure de cobalt à 1 °lo et chaux à 2 °/o ; les verdets à i % ; l'azurine à 2 "/o ; le moyen de Coudouy, etc. Les spores ont été tuées par une solution fraîche de bisulfite de chaux de 2,5 "/o appliquée à l'air libre, mais comme ce moyen est très difficile à employer dans le vignoble à cause de son acidité, nous avons essayé le bisulfite de soude en poudre. « Expériences du traitement. — On a appliqué dans la pratique ANN. SCIENCE AGRON. — 3* SÉRIE — 1908 — II 13 194 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE les différentes bouillies. Selby et Hicks (1902), signalent les bons effets de la bouillie bordelaise (pour les premiers sulfatages) puis de la bouillie à sulfate de cuivre et hydroxyde de soude (appelée d'une façon étrange Soda-Bordeaux), tandis cpie l'eau céleste a causé des brûlures. « Zachariewicz (1902) signale les excellents résultats du traite- ment composé (détaillé dans mon rapport sur le Bolrytis). Z. com- mence par la pulvérisation avec des bouillies cupriques à savon dès le développement des jeunes pousses, et il applique ensuite, entre les traitements liquides, des soufrages (à sulfostéatite combinée avec du savon et du plâtre, ou mélangée avec du soufre). « Voglino (1904"), attire l'attention sur le soufre sulfaté (à 5 °/ ), comme enrayant le mal complètement. « Nous avons saupoudré des grappes mi-aoùtées sur pied, envahies entièrement par le Rot livide dans les vignobles, avec du bisulfite de soude à raison de 10 à 20 **/„. Pour constater l'effet sur la vitalité (les spores nous avons lavé les grappes au bout de cinq jours et nous avons fait des cultures sur porte-Qbjet. En moyenne nous avons reçu 30 "/o de germination dans du moût pur. Au point de vue pratique cette expérience nous montre que malgré l'imperfection du saupou- drage et l'enlèvement par l'eau, deux tiers des spores restées sur les baies ont péri. « Il est évident que par un traitement répété nous aurions obtenu un résultat plus favorable, en ce qui concerne le contrôle biologique. « Pendant les deux dernières années nous n'avons pu poursuivre ces expériences (en 1904 le Coniotbyrium ne s'est pas présenté à cause de là grande sécheresse) et au cours de cette année des circons- tances défavorables ont empêché d'obtenir des résultats concluants. « Traitement des pousses vertes. — Vers le commencement de l'été ; le Rot livide se montre parfois en groupes (foyers). Les plantes malades sont faciles à reconnaître aux llétrissures du feuillage et à leur couleur vert sale. Couper les pousses jusqu'aux mérithalles sains, et brûler immédiatement les débris, puis sulfater avec de la bouillie bordelaise à 3 "/o ou 4 "/„, et i)lus tard saupoudrer avec des poudres cupri(jues mélangées de Itisullile de soude à la rosée, pour COMPTE RENDU DU VIIl^ CONGRÈS INTERNATIONAL 195 empêcher l'infection ultérieure des plaies. Naturellement il faut trai- ter aussi les souches voisines du foyer. « Traitement des grappes. — Comme préventifs nous conseillons l'enlèvement des plus jeunes grappes nouées malades lors de la taille des pousses vertes atteintes : nous taillerons tout simplement les pousses au-dessous des jeunes grappes infectées. « Les grappes avant la véraison ne sont atteintes d'ordinaire que sur la rafle : enlever et brûler les grappes envahies. « L'examen des baies malades a prouvé que le traitement est absolument inefficace comme curatif contre le Rot livide aussi long- temps que la cuticule n'est pas encore fendue. Les états : grain cou- leur de saumon jusqu'à la phase grain rugueux sont ceux dans lesquels les jeunes spores peuvent être atteintes par les moyens curatifs. « Ainsi la conservation des grappes dépend d'un traitement pré- ventif alternant et exécuté à de courts intervalles ; emploi judicieux des bouillies adhérentes et poudres cupriques mélangées avec du soufre et bisuHite de soude et administrées à la rosée. « Pour la défense des grappes on doit commencer le sulfatage aussitôt après la floraison, et recueillir et brûler tout ce qui est tombé malade ('). Si malgré tous les soins la maladie éclate, il faut sulfater le plus amplement les grappes et poudrer, toujours ayant en vue que les pédicelles soient aussi atteints par les antiseptiques. « En cas de grêle, le poudrage doit être exécuté immédiatement et le plus strictement possible, à une forte dose de poudres cupriques à bisulfite de soude. » BIBLIOGRAPHIE Études sur le Rot livide de la vigne {A7inales de l'Institut central ampélologique , II, 1902, p. 288, avec i-xxiv pi.). Detmann (H.), — Pathologische Yoriiommnisse in ÛEsterreich-Ungarn [Zeitschr. f. PJIanzenkrankheiten, XIV, 1904). (') Compagnons du Rot livide. Sur les pousses dévastées se sont présentés le Colle- totrichum Vitis Istvànffy, le Botrytis cinerea et le Pestallozzia uvicola. Le Botrytis at- taque aussi les grains au moment où commence le Rot livide et le Gytispora ampelina s'installe aussi. Les pycnides du Rot livide peuvent être attaquées par les espèces des genres Ghaetomium et Capnodium, Diplodia, Verticiilum. 196 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Fi.EinY (G.). — Le Rot blanc (avec planche en couleurs) [Revue de vi'icullure, XXI, 190Î, G1I-6I2J. GriMoN (J. M.). — Observations sur les dégâts causés par le Rot blanc (Revue de cil /culture, 11, 1894, 312-313). IsTVANFKi (Gy. von). — Von der White-rot Krankheit des Weinstockes (Zetitralblatt far Balitcriologie^ U. Abt. \, 792). Id. — A Lotrjtis, Mouilla es Coniothyrium sporàinak életképességérol (Mathemat es J'erméxzelhid Érfesifo, XXI, 3, 1903, 222-23.y). Id. — Recherches uiicrobiologiques sur quelques maladies des arbres fruitiers et de la vigne [VH" Congrès international d'agriculture, Rome, 1903, avril 1-2). Id. — Mikrobiologische Untersuchungen iiber einige Krankheiteu der Obslbume und der Weinrebe (Zeilschrift f. Pjlanzenkrankheiten, XIU, 1904, Heit 3, 241-242). 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Ilongr. à IUidape,rains dévorés tombent et le vin reste inférieur quant à la quantité et à la qualité. « On remarque donc que les effets de cette même espèce de cliam- pii^no;! ditïerent selon les conditions de son développement et déj)en- dent surtout du temps, de la température, de l'humidité, etc. « Dans les cuUures pures. — (lultivé dans du moût, d'après mes recherches (68, 60) le Botrylis peut développer un thalle fort à six couches dillérentes, produisant une riche végétation de conidio- phores. « Par une action de contact prolongé il se forme sur les hyphes des organes d'attachement (Ilaflorgane) ['] de différents types, qui donnent origine à des touffes, dont les plus fortes (houpes d'attache- ment) deviennent des corps volumineux, de deux sortes : houppes à disques et sans disques. « Les grandes houppes, sans disques, sont sclérotigènes ; elles produisent et nourrissent les sclérotes vrais — observés par moi seulement dans les cultures. « Les sclérotes produits en trois mois dans les cultures germent sur du sable humide après quatre semaines avec des conidiophores. « Dans le cycle du développement du Botrytis j'ai observé plusieurs sortes de conidiophores nains à sporidies ('■') puis la fragmentation des hyphes dans les miheux épuisés à la façon de l'Oïdium, le mode de végétation perforant des hyphes (^), la continuité du protoplasme des cellules à travers des ponctuations. Enfin je signale encore les exsudations (cf. 40 chez une autre espèce du Botrytis) des hyphes, c'est la dernière phase de la désorganisation. « Le Botrytis et la greffe. — Comme il n'y a pas plus de vingt ans ({ue le Botrytis est devenu un parasite dangereux (:28) pour la vigne, on a cherchf' la cause de cette modification. Delacroix (:Î8) admet avec Goutay, Jurie, etc., que cette transformation coïncide avec le (•) Cf. aussi 2C), 27, 8, 11, 113. {*) Cf. aussi 85, 78, 79, 4. (••) Voir 7S, 7'J, 4. COMPTE RENDU DU VllT CONGRÈS INTERNATIONAL 205 greffage de la vigne sur pieds américains. La modification extérieure et histologique de la vigne a été accompagnée dans l'ordre chimique d'une transformation non moins importante (28, 168, 165). « Jurie (75, 76), en réunissant beaucoup d'observations (53, 112, 1 17, etc.), démontre que l'éclatement des grains est dans certains cas nettement favorisé par la greffe sur un sujet de capacités fonctionnelles plus gi\indes que je greffon ; il faut donc supprimer l'inégalité des capacités fonctionnelles entre les appareils absorbants etassimilateurs. « Comment se traduit dans la réalité cet effet du grelïage (^)? « 1" Le feuillage des souches greffées est plus touffu et par suite l'aération et l'éclairage de l'intérieur sont diminués, et l'humidité est retenue. La vigueur des vignes greffées et le développement du Botrytis sont dans ce cas (greffage) en raison directe ; « 2" Les grappes des vignes greffées sont d'ordinaire d'une char- pente plus serrée, la pellicule des grains est plus fine, et les grains sont plus gros. Tous ces facteurs augmentent la sensibilité des vignes greffées, mieux fumées et mieux soignées, à plus fort développement végétatif. « L'inégalité des capacités fonctionnelles dans la circulation de la sève de plus en plus accentuée peut être considérée comme la cause primaire de ces altérations fondamentales. « Échelle de résistance. — Il est impossible de dresser une échelle à vrai dire, mais à titre d'essai nous réunissons les données (46, 47, 116, 127) pour la France : « Très sensibles : la Folle blanche, le Gamay et les Montils. « Moins sensibles : Je Porlugais bleu (Oporto), le Fréau, le Jou- bertin, 44(11 Couderc, les Gamays à jus incolore, les Pinots, la Précoce de Malingre, le Valteliner (Malvoisie rose), le Melon, le Sau- vignon, le (îhenin blanc. « Très résistantes : le Saint-Laurent, le Limberger, l'Étraire de l'Adhuy, le Chatus de la Drôme, le Lasca, 177-4 Couderc. f) On peut objecter contre Faction de la greffe Tinvasion brutale en Algérie (25), région où il n'existe aucune vigne greffée. Mais d'après Trabut (140) Thiver de 1903- 1904 a été remarquablement pluvieux là; ainsi je considère Teau dans le sons-sol comme cause de la faiblesse qui facilite les attaques du Botrytis. 206 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « Presque indemne : le Colonibard « Indemne (?) : le Saint-Émilion. « Pour la Suisse : (82) les Chasselas sont sensibles, moins les Rieslings et les variétés de Sauternes. « Dans les serres à forçage, parmi les autres le Black-Alicante peut être signalé comme très sensible (104). « En Italie : très sensible : le Barbera pourrissant à la suite des pluies (Bolrylis ?). Résistant : Groattina (164). « En Hongrie : très sensibles : le Mustos-fehér, le Ezerjô, le Mézes-fehér, le Muscat Lunel. « Sensibles : le Kôvér szôlô, le Kiraly szôlo, le Jardovany, le Budai zold, le Kadarka (souches grefïées), le Muscat croquant. « En général nous admettons avec Guillon et d'autres : « i" Qu'en temps habituel tout d'abord les raisins à pellicules fines et à grains serrés — ainsi que les souches à végétation luxu- riante, sont les plus exposés à l'attaque du Botrytis ; « 2° Que dans les années humides, pluvieuses, les raisins de presque tous les cépages pourrissent. « II. Microbiologie. — Bien des auteurs se sont occupés de recherches sur la vitalité des spores du Botrytis. « Eschenhagen (36), Duggar (35), Puist (122), Clark (19), Ruhland (130), etc., ont étudié l'effet des différentes combinaisons et des bouillies sur la vitalité des spores. « Il faut signaler avant tout Ruhland (130), qui dans son iiiqwr- tant travail s'occupe entre autres questions du mode de dépérisse- ment des spores et révèle des faits d'un grand intérêt. D'après lui l'intoxication des spores s'effectue par la solution des combinaisons cupriques insolubles de la bouillie bordelaise sous l'action des prin- cipes exsudés par le tube de germination des spores. (( Nordhausen (i05), Kissiing (77), Miyoshi (98), R. E. Smilh (133, 134) ont en outre fait des recherches sur la pénétration, le parasitisme, elc Nordhausen signale (105) l'action prohibitive de la COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 207 sécheresse, qui empêche l'infection, tandis que la rosée la favorise. Mangin (90) démontre l'influence nuisible de la lumière diffuse sur la germination. « Ravaz et Gouirand (128), dans leur travail très détaillé, ont démontré avant tout l'influence importante de l'acidité. Si l'on diminue l'acidité, le développement du Botrytis est ralenti. Dans le moût neutre toutes les spores germent, mais avec ,un retard sensible ; dès que le liquide devient un peu alcalin, elles cessent de se développer. L'action des poudres composées (du Barretto : ciment, stéatite, chaux hydratée) de composition empirique est due en partie à l'alca- linité même. « Le tanin n'empêche pas la germination, mais il la ralentit consi- dérablement. Ce qui explique peut-être pourquoi cette maladie est plus fréquente chez les cépages blancs, titrant une dose faible de tanin. « La Folle blanche est un de ceux qui en contient le moins : 0,35"/„ ; elle est aussi reconnue comme la plus sensible à la pourriture grise « L'action du cuivre sur la germination, d'après Ravaz et Gouirand, est plutôt faible. Le verdet neutre, le chlorure et le sulfate de cuivre ont à peu près la même action. « Le chlorure de chaux a sur la germination une action immé- diate, qui est à peu près celle du sulfate de cuivre. « L'acide sulfureux est très actif. Les auteurs signalent aussi l'action énergique des bisulfites. « Parmi les sels métalliques, le sulfate d'aluminium s'est montré plus efficace que le cuivre, le sulfate de nickel à poids équivalent s'est montré à peu près quarante fois supérieur au cuivre. Répandu sur les feuilles il s'oppose également au Botrytis (Clark [19] a aussi constaté cet effet en 1902). « Le napthol ^ — qui se dissout mal — est presque dix fois plus actif que le sulfate de cuivre ; il en est de même de l'acide salicyli- (jue. « Guillon et Gouirand (56) ont repris des expériences d'après Ravaz, pour ce qui concerne les sels de mercure. Et ils ont établi qu'il suffît d'une dose de 0,01 "j^ de bichlorure de mercure pour empêcher toute germination. 208 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE BémllcUs de mes recherches microbiologiques (G8, 69) « J"ai trouvé : (( 1" Que la leiiipérature de 5" à 12" est déjà défavorable, tandi> que la température de 88° à ^l" empêche la germination. L'optimum est de 25" ; « 2° Que sur les spores du Botrytis 99 "/o germent dans du moùl, et 90 "/o dans de l'eau (vingt-quatre heures), mais dans ce dernier milieu le développement cesse, tandis que dans du moût les spores fructifient en deux jours ; (.( 3" Que la bouillie bordelaise de l à 3 "/o délayée avec dix fois son volume de jus ou d'eau (c'est-à-dire d'une teneur de sulfate de cuivre de 0,1 à 0,3 °/o) n'entrave point la germination. « 11 est évident que les baies endommagées oifrent un terrain favorable pour la germination. 11 faudra donc les poudrer immédi;;- tement après la grêle. « Sécheresse. L'influence de la sécheresse [citée aussi pai- Gui- Ion (55)] est considérable ; ainsi : « 1° Sur les spores desséchées et conservées une journée dans un milieu sec, 75 "/o ne germent pas à l'eau et 60 "/o dans du moût; « 2° Sur les spores desséchées et conservées vingt jours 7,8 7o peuvent encore germer, et seulement après trente-six jours périssent toutes les spores. « Germes. Les spores germées dans de l'eau et conservées dans le même milieu gardent leur vitalité pendant treize jours ; cellfs fermées dans du moût et conservées dans de l'eau restent vivantes pendant dix-neuf jours. « Les spores germées dans le jus de baies blessées peuvent conserver plus longtemps leur vitalité, en temps humide, que les spores germées dans de l'eau, elles sont plus fortes et aussi plus capables d'infecter. « Quoique les spores germées ne supportent point le dessèche- ment, une partie pourrait trouver un abri même par un temps sec dans les coins himiidesde la plante (Xordhausen [105] a signalé aussi une infection consécutive due i'i l'action intermédiaire de la rosée). « L'action du froid. — Il r(''sulte que la perle après une réfrigi'ra- COMPTE RENDU DU VIIl° CONGRÈS INTERNATIONAL 209 lion à sec ou dans de l'eau pendant six jours (entre — • 15° et — 5") et après un dégel immédiat est de 15 à :20°/o ; que le grand froid ( — 28° à — 2^2"), suivi d'un dégal lent, tue en six jours ou rend incapables de germer 30 "/„ des spores. « Action de la bouillie bordelaise. — Un séjour de vingt-quatre heures dans la bouillie bordelaise de i à 6 °/o lue 70 °/o des spores ; « Le dessèchement avec la bouillie bordelaise de 1 à 6 °/o en six heures tue 80 "/^ ; « Le dessèchement avec la bouillie bordelaise (en six heures) et puis l'humectation avec de l'eau tuent 90 °/o; « Le dessèchement en une heure dans de la bouillie bordelaise en petites gouttes, puis la conservation pendant vingt-quatre heures en lieu sec tuent '100''/o; « Spores desséchées, conservées pendant vingt-cinq heures dans de la bouillie bordelaise de 1 à 6 "/„, perte 100 "|„ ; « Le dessèchement seul des spores humides tue 60 °/o. « Le dessèchement complet des spores ne se réalise pas si facile- ment dans la nature, puisque le milieu évapore toujours de l'eau. « Les spores ne peuvent donc se dessécher à tel point que leur vitahté en soit influencée, qu'en cas de sécheresse continue. « Le dessèchement de la bouillie en grandes gouttes exige un temps relativement long, à cause de la croûte se formant à la sur- face des grandes gouttes. « Une partie des spores peut germer dans la bouillie à 3 °|o, et elles pénètrent même dans la plante. L'effet destructif des solutions résultant de l'action de la rosée et de la pluie sur la bouillie bordelaise s'affaiblit progressivement et se perd au bout de huit jours. L'effet toxique de la bouillie bordelaise secondaire obtenue par le délayage d'une bouillie desséchée rapidement en masse (sans pulvérisation) est encore considérable. La cause en est la croûte qui se forme lors du dessèchement rapide et qui empêche l'altération. 4 Action des composants de la bouillie bordelaise. — Une très faible proportion des spores (5 °/o) est détruite par l'action d'une solution à 2 •/„ de sulfate de cuivre (en une heure). ANN. SCIENCE AGUON. — 3* SÉRIE — 1908 — If 14 210 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE (( Dans le mélange d'hydrate de cuivre et d'eau les spores n'ont pas germé, mais 60 °/„ à 7(1 °jo des spores traitées ainsi pendant vingt-quatre lieures restent en vie et conservent leur faculté de déve- loppement. Le lait de chaux dont la carbonatation est empêchée (correspondant à des bouillies à 0,3 °/o, 0,5 "jo et 1 °/o) arrête en vingt-quatre heures totalement la germination des spores. « La germination des spores mûres du Botrytis dans le liquide de la bouillie à 3 "/o, filtrée, peut devenir considérable et les combinai- sons de cuivre et de chaux, se précipitant plus tard, n'empêchent pas la germination, même si elles se déposent sur les spores. Le pourcentage de la germination après le traitement par une bouillie neutre est beaucoup plus élevé que celui observé après l'emploi de la bouillie ordinaire alcaline. « Ces différences rendent nécessaire l'élude de l'action de la chaux, suggérée aussi par Ruhland (130). L'action de l'alcalinité du miheu est déjà signalée par Ravaz (128). (( D'après mes expériences l'emploi des bouillies contenant de la chaux à l'excès sera d'un effet plus favorable que les autres. « Les bisulfites contre le Botrytis. — Nous avons saupoudré avfc des bisulfites (bisulfite de soude à raison de 10 "/„, 40 "/„, 30 "/„) des grappes envahies par le Botrytis ou bien à l'état sec ou à l'étal humide. Puis nous avons lavé les grains avec de l'eau, au bout de la cinquième journée, et nous avons placé dix baies de chaque expérience dans autant de flacons de culture. « Sur les cent tlacons (de nos seize expériences) nous n'avons observé de développement que dans cinq flacons le cinquième joui*. « Spores mélangées de poudre de bisulfite de soude : au bout de vingt-quatre heures (dans u]i milieu sec ou humide), cultures faites, pas de germination. Dans des cultures sur gélatine, saupou- drées avec du bisulfite de soude : au bout de vingt-tpiatre heures les spores n'avaient pas germé. Le bisulfite de soude d'après mes expé- riences dégage ])endant les ])reiniers trois jours 13 "/o d'acide sulfu- reux et pendant une durée même de dix-sept joui-s il ne perd pas complètement son acide : mais s'il y a une rosée abondante, son action toxique devient encore ])lus rapide. Ni la lempé'ralure ni la COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 211 lumière n'ont aucune influence sensible sur le dégagement de l'acide sulfureux, ce qui est un avantage remarquable et qui assure son action même par un temps humide froid et couvert. « Il peut encore être employé avec succès contre l'Oïdium. « Développement des spores du Botrylis dans de la glycérine et dans des acides organiques. — Les spores du Botrytis (Voir aussi 35-36) se développent bien dans une solution de glycérine de 1 "/„ à iO "/„ et y produisent des microconidies. Après une culture pro- longée on observe différentes formes de désénérescence. « Dans les solutions de 1 °|o à 10 "/o des acides organiques (acides malique, tartrique, citrique) les spores du Botrytis se développent bien. « Dans les acides on remarque la forme aux filaments extrême- ment longs, dans l'alcool éthylique (de 1 à 5"/o) des tubes courts gonflés en massue. On remarque aussi la division des spores, la formation des microconidies sur des stérigniates spéciaux, etc. « Modes d'infection des grains. — Guillon a étudié Çjâ, 55) le mode d'infection au laboratoire. « 1" 11 conclut que tout grain blessé sur lequel viennent tomber quelques spores vivantes du Botrytis est fatalement appelé à pourrir au bout de trente-six heures à trois jours, si l'humidité de l'air est suffisante ; (( 2" Lorsque le Botrytis se développe normalement dans une goutte de nioùt au contact d'un grain sain, la contamination se fait en trois à six jours à la température ordinaire ; « 3" Spores ensemencées dans de l'eau pure ; n'assurent pas l'infection, l'eau s'évaporanl trop vite. Mais en déposant sur la goutte d'eau un fragment de pellicule tué, etc. destiné à servir d'aliment provisoire, la plupart des infections ont réussi ; « A" L'infection indirecte s'effectue par les filaments lorsqu'ils arrivent au contact du grain. Dans la pratique cette infection ne peut se produire que pour les grains en contact. J'ai décrit aussi ce mode en détaillant les organes d'attachement qui servent à acca- parer les grains sains. 212 ANNALES DE LA SCIENCE AGHONOMIQUE « Ferments intervenant dans la pénétration et la nutrition. — La pénélration du Botrylis dans la plante, ainsi que la transformation des aliments pour l'absorption sont favorisées par un nombre de ferments sécrétés occasionnellement. « Quant à la pénétration du Botrytis, je ne puis l'imaginer autre- ment que : 1" par la production de ferments qui solubilisent les matières cireuses (par exemple la lipase ?) revêtant la cuticule de la baie ; 2" puis il doit sécréter un ferment dissolvant la cuticule et servant aussi à la perforation de la paroi extérieure culinisée de l'épiderme. Maintenant le Botrytis peut se servir de la cytase dissolvant la cellulose. Cela a déjà été démontré par Behrens (5), de même que le Botrylis assimile les pentoses, la galactose et le pectate de chaux (formant la lamelle moyenne) qui peut ainsi servir de nourriture. Le Botrytis produit aussi (5) des ferments décom- posant les glycosides, il produit de l'invertase, un ferment du groupe du glycase dissout l'amidon ; par les ferments pepsine et trypsine il attaque les matières protéiques, en outre le Botrytis produit un ferment du groupe de l'émulsine, enfin il attaque non seulement les glycosides du glucose, mais les pentosides. Le Botrytis sécrète aussi un poison pour tuer les cellules vivantes (signalé déjà par Kissling [117]) ; d'après Behrens ce n'est pas un ferment distinct, mais un ferment sécrété en même temps que la cytase. Selon mon opinion exprimée plus haut, il faut que ce poison soit déjà produit lorsque les ferments dissolvant la cire et la cuticule sont sécrétés, parce qu'on observe que lorsqu'il y a des spores non encore germées sur des parties très sensibles de la plante, par exemple sur des pétales, les cellules brunissent ; donc la sécrétion du poison com- mence déjà avant la germination des spores. « Nutrition du Botrytis. — Le Botrytis trouve l'eau et les matières inorganiques dans le jus de la plante et en général dans le jus des cellules contaminées. Les jus concentrés rendent plus difficile l'absorp- tion de l'eau à cause de leur effet osmotique (83), ce ((ui est prouvé par la croissance lente sur les grappes en pourriture noble. « Les sucres fournissent le carbone, mais en général toutes les matières organiques sont consommées. COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 213 « Quant aux tanins, Wortmann pense que la matière amère des vins rouges se forme par l'action du Botrytis sur les tanins. « Dans la pourriture noble le Botrytis consomme les composés azotés dissous (Miiller-Thurgau), tandis que dans le jus des grains meurtris la quantité des matières protéiques augmente. Les poisons sécrétés par le Botrytis sont nuisibles à la levure et ils empêchent la fermentation. « III. Traitement. — On a conseillé dans la lutte contre le Botrytis : « V Des poudres ; 2° des bouillies ; 3" la combinaison de ces deux moyens ; A" la modification des procédés de culture ; 5° l'immuni- sation (3). « a) Poudres. — i° Sléatite cuprique du baron de Chefdebien (1885) [16-17], mieux connue comme sulfostéatite ou sulfostéatite cuprique. « Millardet (•) l'a appliquée déjà en 1887 (9-4-97), contre le Botrytis. Il a proposé de la mélanger avec du soufre (deux tiers stéatite cuprique, un tiers soufre) contre l'Oïdium. « Il convient donc de conserver le nom sulfostéatite cuprique exclusivement pour ce dernier mélange. « Ravaz (125) et autres (155) ont conseillé la stéatite cuprique déjà en 1895. Barretto en a fait l'application au Brésil, puis il Ta modifiée ; « 2° Stéatite cuprique selon Barretto (1). Recette : ciment, 20 kilos- stéatite cuprique de Chefdebien, 30 kilos ; chaux hydraulique, 50 kilos. « Avant l'application arroser les grappes d'une solution de savon noir à 5 "/o- Il faut charger à fond les grappes, et répéter le trai- tement tous les quinze jours. « Nous signalons encore les modifications de Zachariewicz (1903) (') D'après Millakdet elle contient à peu près 20 °/o de cuivre, correspondant à 80 °/o du sulfate de ce métal. Comme le sulfate de cuivre y a été incorporé à l'état de solution dans Teau, il est distribué de la manière la plus régulière. 214 ANNALES DE LV SCIENCE AGRONOMIQUE fI5l| et do Perrier de l;i IJatliic (IU05) [117] : plâtre, 55 kilos, stéatite cuprique (à 20 "/„ de sidfate), 40 kilos; savon de Laveigne, r» kilos. « Zarliariewicz (151, 152) emploie en outre plusieiu's autres mélanges (Voir le traitement composé). « Modification d(! Combemale (1003) |20, 21] : soufn; trituré, 50 kilos ; chaux grasse, 25 kilos ; sulfostéatite cupricpie «poudre Chefdebien), 25 kilos ; ou véritable stéatite cuprique (à 10 "/« de sulfate), 25 kilos. « Pour le quatrième poudrage il prend : soufre trituré, 50 kilos ; superphosphate minéral ('Vie^' ^^ '^'^*^^ ' stéatite cuprique, 25 kilos. « Celte poudre a été essayée par James (1903) [73], mais par un temps humide la maladie reparaît. « 11 faut encore mentionner les combinaisons de Boisseau (7) : sulfate de cuivre, 10 kilos ; soufre, 20 kilos ; talc, 70 kilos. « De Ravaz (1902) [127] : plâtre, 80 kilos ; verdet, 20 kilos ; ou plâtre, 90 kilos ; sulfate de cuivre, 10 kilos. « De Zachariewicz (1903) [151] : plâtre, 60 kilos ; talc, 32 kilos ; sulfate de cuivre, 8 kilos ; « 3" Sulfate d'ahmiinium appliqué par le baron de Ghefdebien. « Formule de Barretto : talc et sulfate d'aluminium, rapport inconnu. « Barretto l'a essayé au Brésil (1898) [2] ; le traitement a mieux réussi après une pulvérisation avec une solution de sulfate d'alumi- nium à l "/o ; Ravaz (1898) [126] l'a conseillé comme « poudre anlibotrytique du baron de Ghefdebien ». « Les résultats annoncés par Barretto n'ont pas éti'; contrôh-s en Europe de façon précise jusqu'en 1901 (156) ; en 1902 Boisseau (7) fait des essais avec la composition suivante : poudre aluminée, 20-10 kilos; plâtre, 80-i)0 kilos, avec une certaine efficacité, tandis (|ue le traitement de Bairetto n'a donné aucun résultat. « Perrier de la Bathie ( 1903) [1 15] a essayé la poudre de Barretto, mais plus tard il appliijue sa propre composition (1904) [116] : chaux, 80 kilos ; sulfate d'aluminiimi, 20 kilos ; malgré une saison défavorable à la pourriture, il n'a pas réu.^^si à préserver la récolte. COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 215 La même combinaison a produit d'après Giiillon (liHI2). [53] un effet qui mérite d'être signalé. « Plus tard Guillon a employé (55) : plâtre, 80 kilos ; sulfate d'alumine, ili) kilos, tous les huit et tous les quinze jours ; il conclut que la chaux seule ou les mélanges de plâtre et de sulfate d'alumine sont moins bons que ceux de chaux et de sulfate d'alumine, et ceux de plâtre seul sont encore inférieurs. « Mentionnons encore dans ce groupe le moyen de Sokolnicki (i90.'3) [135] : plâtre aluné, 25 kilos ; ciment de Portland, 10 kilos ; l»lâtre cuit, 25 kilos ; sulfostéatite (à 20 °/o de cuivre), 40 kilos ; poudrage à la rosée ou après la pluie. « Le plâtre aluné du commerce, n° 3, répond le mieux. Ce trai- tement a donné des résultats plus parfaits (d'après Sokolnicki). « James (1003) [73] en essayant le moyen de Sokolnicki n'est [)as d'un avis aussi favorable. L'analyse du vin des raisins traités (l'une façon tardive par ce moyen (159) a décelé de l'alumine en quantité telle qu'il pourrait être déclaré additionné d'alun, par contre pas de sulfate de potasse en excès. « A mon avis ces faits ne prouvent rien contre l'efficacité du moyen, mais seulement contre l'application à un temps trop rap- proché des vendanges ; « 4° Bisulfite de soude. — Parmi les bisulfites signalés par moi comme moyens de traitement (59-61, 63-66, 68, 69, 7'J), je me suis occupé tout spécialement du bisulfite de soude (en poudre 67) et j'ai reproduit les expériences faites en laboratoire (68-69) ['] contre le Botrytis, puis j'ai commencé à l'essayer dans le vignoble. « Quant à l'application dans la pratique il faut tenir compte de ce qu'on ne peut pas saupoudrer le bisulfite pur (à cause de son. acidité), il faut le diluer avec 80-itO °/o d'une matière inerte, ou, pour mieux équilibrer la différence, avec des moyens qui peuvent être utiles par leur action simultanée (-). « Les expériences faites de ce chef ont démontré que même par un seul traitement employé sur des souches déjà malades on peut dimi- n Signalées par Mvtaezin (87), .M.VNCEAn (8S), Peurieu de i.a Batitie (IIS). (-) Sulfate de cuivre, vcrdet neutre. 216 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE iiucr considérabl(Mneiit les ravages du Botrytis. Les circonstances nous ont emprché de poursuivre ces expériences pendant cette année (1006); « 5° Poudres diverses. — Perrier de la Bathie (116) [1904] vient de publier ses expériences : plâtre, cendres, chaux, puis la compo- sition déjà mentionnée (chaux, 80 ; sulfate d'aluminium, 20) n'ont pas donné de résultats favorables. « En poursuivant ces recherches (117), il a pu obtenir la confir- mation des résultats de l'année précédenti; (iHO.j). Les poudres employées (1905) [117] ont été : « 1° Chaux éteinte ; « 2° Chaux éteinte 80 -/o et sulfate d'alumine 20 °|, ; « 3° Chaux hydraulique ; « ^^ Chaux hydraulique 80 "/o et sulfate d'alumine 20 "/o ; « 5" Plâtre cuit ; « 6" Plâtre cuit 80 "!„ et sulfostéatile cuprique 20 "j, ; « 7" Chaux hydraulique 95 "/„ et fluorure de sodium 5 "j^, ; « 8" Plâtre 55 "/„ et sulfostéalite cuprique 40 "/„ et savon La- vergne 5 "/o- « Guillon (55) [1906] résume ses expériences, en ce qui concerne les poudres ; celles à base de sulfate d'alumine étaient préparées au moment de l'emploi en mélangeant intimement huit parties de plâtre ou de chaux hydraulique avec deux parties de sulfate d'alumine en poudre. « Les poudres se sont montrées d'une action très variable suivant leur nature. « Il conclut : 1" les mélanges de chaux et d'alumine produisent de bons effets, mais comme ils ne sont pas supérieurs aux meilleures bouillies cupriques et que leur action contre le Mildiou est inférieure à ces dernières, il n'y a pas lieu d'en recommander l'emploi ; « 2" La chaux seule ou les mélanges de plâtre et de sulfate d'alumine sont moins bons que ceux de chaux et de sulfate d'alu- mine, et plâtre seul est encore inférieur ; « 3" Comme résumé nous constatons que (luillon préfère le traite- ment lifiuide ayant en vue la lulte simultanée contre le Mildiou. COMPTE RENDU DU VIIl'' CONGRÈS INTERNATIONAL 217 « b) Bouillies. — -Avant tout, Cazaux (1898) [14] a proposé sa « liqueur antiseptique agricole », contre toutes sortes de maladies cryptogamiques. Comme c'est le mercure qui constitue l'agent actif, ce moyen ne peut entrer dans la pratique. « Boisseau (190^) [7] a appliqué les bouillies au permanganate de potasse, puis à l'alun, 15 grammes par litre d'eau, dans un lait de chaux très clair, sans arrêter la maladie d'une façon délinitive. « Goudouy (1.90o) [ilo] signale un traitement nouveau qui lui a donné toute satisfaction : Alun en poudre 200 grammes Acide salicylique 10 — Créoline 200 — Eau 20 litres « Bien émulsionner et pulvériser sur les grappes. Les grains attaqués ont séché sur la place, les autres sont restés indemnes. « Pacottet (1903) [111], dans un article sur l'emploi de l'acide sul- fureux et des bisulfites contre l'Oïdium et la pourriture grise, a essayé les bisulfites liquides introduits par moi comme moyens de traitement ; il constate leur action favorable contre l'Oïdium, mais il ne fait pas mention du Botrytis. Une publication ultérieure ne m'est pas parvenue. « Perrier de la Bathie (116) donne la nomenclature suivante des produits liquides essayés : « 1" Matarotin (moyen secret obsolète) ; « 2" Bouillie à l'alun et chaux ; « S" Permanganate de potasse ; « 4° Solution simple d'alun (1'''5 par hectolitre), aucun résuUat. « Dans sa publication suivante (1905) [117], il rapporte une nouvelle série d'expériences ; il a essayé le traitement par les moyens : « 1" Sulfate d'alumine 400 grammes en 100 litres ; « "2° Alun 1500 grammes et chaux en quantité suffisante pour colorer en blanc, eau 100 litres ; « 3" Fluorure de sodium 50 grammes, eau 100 litres ; « 4" Sulfate de cadmium il kilos, chaux 1 kilo, eau 100 litres ; « 5" Paraméthylphényllhionate de mercure (égol) 500 grammes, chaux 500 grammes, eau 100 litres ; 218 ANNALES liE LA SCIENCE AftRONOMIOUE « 6" Permanganate de potasse 1:25 grî^nfimes, eau 100 litres ; « 7" Chlorure d'argent ammoniacal (formnle Bouchardat) ; « 8" Prolargol 25 grammes, eau 100 litres ; « •> Collargolimi (argent colloïdal) 25. grammes, eau 100 liti-es ; « 10° Argyrol 25 grammes, eau 100 litres. « .Malgré une saison défavorable à la pourriture, aucun des traite- ments n'était parvenu à préserver la récolte. « Guillon(55) dans ses expériences plus récentes a surtout cherché à employer des « bouillies contenant la plus grande quantité de cuivre soluble », et à répéter un grand nombre de fois le traitement. Les bouillies employées ont été : « 1° Bouillie bordelaise à 2''/„, neutralisée avec chaux; « 2" Bouillie au nickel à 2 "/„, neutralisée avec chaux ; « 3" Bouillie sucrée Michel Perret à 2 °|„ ; « 4" Verdet gris à 2 °/o ; « 5° Permanganate de potasse à 150 grammes par hectolitre. « Les bouillies ont été administrées tous les huit, ou tous les quinze jours. « Il résulte de ces essais qu'on peut classer la valeur des bouillies fl'après la solubihté de cuivre qu'elles contiennent. La bouillie à gélatine (^) est celle qui contient le plus de cuivre soluble. « Eh général, on constate régulièrement que plus les traitements sont fr(''quents, plus leur efficacité est grande. « Il résulte de ses expériences : « 1° Que les bouillies contenant beaucoup de cuivre soluble comme la bouillie à la gélatine, la bouillie sucrée et les verdets, donnent dans la pratique les meilleurs résultats et en tout cas des résultats supérieurs à ceux de la bouillie ordinaire ; « 2° La bouillie au nickel donne des résultats comparables aux précédents, mais elle est plus chère ; « .3° L'emploi du permanganate de potasse n'est pas à recom- mander. (') On sait que Gociuand (Essais de traitement contre le mildiou, Revue de Viti- cullure, IX, 1899, 21-4) a trouvé que Tadditioi^ de sucre de canne ou (le gélatine à In bouillie bordelaise augmente ses qualités. COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 219 « c) Traitements composés. — Les poudres cupriques ont été conseillées (1001) [87] comme traitement complémentaire intercalé aux traitements liquides (bouillies). « Zacliarievvicz (152) applique depuis 1002 le traitement composé et il en signale les excellents résultats, même contre le Botrytis, le Rot livide, etc. « D'après lui on commence par la pulvérisation : « Premier sulfatage, lorsque les jeunes pousses ont en moyenne de 5 à 10 centimètres de longueur : sulfate de cuivre : 1 kilo, poudre de savon : 1 kilo, eau : 100 litres. « Si le temps est pluvieux, il ajoute en plus 1 demi-kilo de chaque matière pour 100 litres d'eau (pour la préparation [152] AIQ p.). « Si le temps est favorable aux maladies, entre le premier et le second traitement liquide : « Premier soufrage : plâtre cuit : 70 kilos, poudre de savon : 5 kilos, sulfostéatile à 20 "/„, de cuivre : 25 kilos. « Le deuxième sulfatage est appliqué quelques jours avant la tloraison (formule déjà donnée). « Le lendemain : deuxième soufrage : soufre trituré : 80 kilos, sulfostéatite (à 20 °/„ cuivre) : 20 kilos. « Si le temps se maintient mauvais entre le deuxième et le troi- sième traitement liquide, on fait de nouveau application du mélange de plâtre indiqué plus haut. « Le troisième traitement liquide est fait à la véraison et le lende- main on peut appliquer le troisième soufrage au soufre sulfaté. « Par ces divers traitements, la grappe est désinfectée pendant tout ce temps et même du Botrytis. « Pour éviter tout à fait cette maladie, il nous suffit de faire opérer durant le moment critique de la grappe, soit au commencement de septembre, un dernier traitement ainsi composé : « Plâtre cuit blanc : 55 kilos ; « Poudre de savon : 5 kilos ; « Sulfostéatite (à 20 °/o cuivre) : 40 kilos. « Le mélange de ces matières se fait très facilement. Zachariewicz conseille de l'opérer la veille seulement de l'emploi ou encore mieux le matin. 220 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « Dans ce dernier traitement, l'ait quelques jours avant la ven- dange, il a évité le soufre pour ne pas compromettre le vin. Les viticulteurs de diverses régions de France s'en sont très bien trouvés . « Zacbariewicz (1906) [153] rappelle l'attention sur son traitement composé, qui n'a pas été essayé par Guillon (55) dans ses expériences plus récentes. (( d) Procédés de culture complémentaires au traitement. — 1" L'effeuillage offre l'avantage d'éclairer et d'aérer mieux la vigne, d'en diminuer l'humidité (28). Il devra donc précéder le traitement pour permettre aux moyens d'atteindre et de découvrir les grappes. « L'effeuillage seul — quoique d'après Gapus (12) il diminue les atteintes — ne peut être conseillé (1 10, 55) ; « 2" Le ciselage, l'enlèvement des grains à l'aide des ciseaux diminue la pression mutuelle des grains, l'invasion par approche, l'humidité à l'axe ; augmente l'éclairage de l'intérieur des grappes, offre une porte ouverte aux traitements poudreux en première ligne. « Procédé d'une grande importance ; a 3° Taille. On peut encore conseiller la taille en vert soignée, mais il faut- avoir soin que les débris soient enlevés du vignoble. « Goutay (46) signale l'indemnité relative des vignes à cordons de Royat comparé avec la taille en gobelet ; « 4° Engrais. Il faut modifier les formules d'engrais actuellement en usage (117) et n'employer judicieusement que certains engrais, ou réduire au minimum l:i quantité des engrais provoquant la sensi- bilité. « En première ligne : précaution dans l'application des fumiers de ferme et de toutes les fumures azotées sur les cépages sensibles ou greffés (U9). « On signale par contre l'action favorable des engrais potassiques, notamment du chlorure de potasse (28), tandis que la kaïnite et le sulfate de potasse n'ont pas donné de résultats favorables (118) ; « 5" Sélection. Le même cépage donnera des raisins résistants s^ la sélection le dégage, en lui donnant une forme peu serrée : on peut conseiller la sélection comme remède préventif. COMPTE RENDU DU VIIl^ CONGRÈS INTERNATIONAL 221 (( Dans les milieux exposés à la pourriture on fera bien d'employer des variétés très peu sensibles à l'action de la maladie. « Résumé : « On peut tirer des expériences sur le traitement en général, que « nous venons de passer en revue, certaines conclusions. « Quant aux moyens de traitement, on est déjà arrivé à en éliminer « une partie comme complètement inefficaces. « 1" On peut caractériser comme moyens efficaces : « La bouillie à la gélatine, la bouillie sucrée, les verdels, la « bouillie au sulfate de nickel (^). « La poudre de chaux et de sulfate d'aluminium, « La poudre mélangée de jverdet (ou de sulfate de cuivre) et de « bisulfite de soude. « Le mélange de bisulfite de soude avec de l'argile. « Le sulfate de cuivre avec soufre. « Le sulfostéastite de Sokolnicki. « Le mélange de Zachariewicz (plâtre, talc, sulfate de cuivre). « Le plâtre et sulfate d'aluminium. « La chaux seule ; « 2" Moyens sans efficacité : (( Plâtre seul. « Gendres. « Hypermanganate de potasse (liquide à 125 °l^). li Sulfate d'aluminium (liquide à 04 "/„). « Alun (liquide à 1 5 "/o)- « Bouillie de Goudouy. « En considérant l'impossibilité de revêtir les grappes des substances « antiseptiques de telle sorte que leur surface en soit entièrement « recouverte et d'une façon durable, je crois que ce n'est que i( le traitement composé, c'est-à-dire l'emploi alternant des bouillies « et des poudres qui peut assurer quelques succès, parce qu'alors les « deux movens s'aident mutuellement. (') D'après mes recherches (voir Microbiologie) les bouillies contenant de la chaux en excès seront plus efficaces que les neutres. 222 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « Plus le traitement est fréquent et plus les gTapj>es sont ircou- « vertes de la substance, plus on peut attendre de résultat. (( Parmi les bouillies ce sont les Ijouillies cupriques adhéiant bien (( qui peuvent être les plus efficaces (et qui servent comme moyens « de traitement préventif), et, parmi les poudres, celles con- « tenant du cuivre soluble et des matières dégageant des composés « gazeux. « L'un des avantages du poudrage (exécuter le matin à la rosée) « c'est que les spores du Bolrytisse trouvant sur les grappes malades « ne sont pas soulevées si aisément. Les poudres pénètrent mieux « dans la grappe et la recouvrent mieux. « L'on peut combiner avantageusement le traitement avec le trai- « tement contre le Mildiou (55) en intercalant des poudrages bimen- « suels, lorsque le temps est favorable au Botrylis (temps humide). (( C'est au moment critique, c'est-à-dire au commencement dr « septembre, qu'il faut effectuer le traitement avec le plus de soins. « En outre : (( i° Il faut veiller à ce que le Botrytis ne puisse rester dans la « vigne ; donc il n'est pas superflu de rassembler au printemps ainsi « qu'en automne les feuilles tombées, et de les brûler ainsi que les « feuilles mortes trouvées sous les haies et les clôtures. Sur ces « feuilles mortes se voit la forme sclérotienne dont il se produit une « nouvelle infection au connnencement de l'été ; « 2° L'on peut conseiller le badigeonnage et le lavage des souches « une quinzaine avant la taille ; « 3" Dans les situations humides la diminution de l'humidité est « une tâche fort importante ; « à" Il faut avoir soin que la taille en vert soit le mieux effectuée, « pour obtenir un feuillage léger, aéré, bien éclairé. L'on ne doit « souffrir de parties végétales séchées ni sur le sol, ni sur le cep : il « faut les enlever au plus tôt et les brûler ; « 5' On doit veiller à ce que le liotrytis n'infecte pas les stratifica- « teurs. Les sarments à sclérotes sont à brûler ; il faut nettoyer avec « soin les stratificateurs infectés par les sclérotes tombés des sar- « ments, mais il est encore mieux d'en installer de nouveaux avec du « sable frais. Eu général il faut employer toujours du sable frais et COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 223 (( autant d'humidilé qu'il est nécessaire pour Tentretieu des sar- « ments et des greffes, les stratificateurs humides pouvant être expo- ce ses toujours au Botrytis ; « 6° Examiner soigneusement les greffes et les boutures avant de « les mettre en pépinières. Il faut aussi surveiller les greffes-boutures « plantées puisque les sclérotes et la végétation conidienne peuvent « aussi se montrer plus tard et il faut enlever tout de suite les « boutures atteintes ; « 7" N'employer qu'avec précaution les engrais azotés, il faut se « méfier notamment des fumiers de ferme, surtout là où le Botrytis « est fréquent ; « 8" Dans les milieux exposés au Botrytis il y a lieu de n'employer « que des cépages bien sélectes à grappes peu serrées ; « 9" Chez les raisins de table l'on emploie avec succès le cise- « lage soigneux. Le ciselage a aussi l'avantage de frayer un che- a min au traitement. Selon mes calculs la moitié de la surface « des grappes serrées est inaccessible. C'est pourquoi les moyens « dégageant des composés gazeux présentent de plus grands avan- ce tages ; (( 10" Après la grêle il faut tout de suite poudrer abondamment. « De même il est indispensable d'effectuer des traitements contre « la Cochylis, l'Oïdium, etc., parce que toutes les autres maladies « i'avorisent les attaques du Botrytis, en affaiblissant la vigne. « Propositions. « .le viens déposer sur le bureau du Congrès les propositions « suivantes : « 1" Vu les difficultés de la lutte contre le Botrytis, le Congrès « exprime le vœu que les instituts viticoles fassent des essais uni- ce formes dans ce but ; « 2° Que le Congrès nomme une commission spéciale chargée « d'exécuter, dans les régions viticoles les plus exposées à la pourri- ce lure, des essais systématiques à l'aide des mêmes moyens bien ce précisés, d'après un plan bien déterminé quant à l'appréciation de « l'efficacité des moyens, ainsi que pour les circonstances du milieu, ce l'analyse des produits et le développement de la vigne (périodes) < et du Botrvtis. » 224 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE BIBLIOGRAPHIE 1 Baiiretto (L. p.). — A propos de la « Pourriture des raisins » {Revue de viticul- ture, Y, 189G, 445-447). 2 1(1. — L'asepsie de la vigne et la pourriture grise {Revue de viticulture, X, 1898, 104-lOG). 3 BEAuvEniE (J.). — Essais d'immunisation des végétaux contre les maladies crypto- gamiqucs {Comptes rendus, 1901, II, 107). 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COMPTE RENDU DU VIIl' CONGRÈS INTERNATIONAL 227 70 IsTVÀNFFY (Gy de). — Sur le développement du Botrytis cinerea {Résultats scien- tifiques du Congrès international de bolanique , Vienne, 1905, 349-353, 1906). 71 Id. ^ — A nôvényi betegségek elleni védekezésrôl {Magyar Orcosok es Természet- vizsgàlok, XXXll, Vàndorgyiilésének Munkâlatai, 1905, 225-238). 72 IwANOFf (K. s.). — Uber die Wirkung einiger Metallsalze iind einatnmiger Alkohole auf die lîntwicklung von Schimmelpilzen (Zentralbl. f. Bakter., H. Abt., XIII, 1904, Nr. 5/7, 139). 73 James (Ch. de). — [usutfisance des sels de cuivre contre la pourriture grise {Le Progrès agricole et cUicole, XL, 1903, 571). 74 JiRiE (A.). — La pourriture grise et réclatement du raisin {Vigne américaine^ 1902, 112-115). 75 Id. — Oïdium, Rot brun, Botrytis cinerea et leurs traitements {Revue de viti- culture, XX. 1903, 189-190). 76 Id. — Pourriture grise {Revue de viticulture, XXI, 1904, 592-593). 77 KissLiNG. — Zur Biologie der Botrytis cinerea. Dresden, 18S9. 78 Klôckeu (Alb.) et Schônning (H.). — Phénomènes d'accroissement perforant et d* formations anormales de conidies chez les champignons (Comptes rendus du laboratoire de Carlsherg, V. 1900, livr. 1). 79 Id. — Durchwachsungserscheinungen und anormale Konidienbildung bei Uematium puUuians de Bary und anderen Pilzen {Zeitschr. /. d. gesamte Brauwesen, XXIV, 1901, 621-626). 80 Laborde (J ). — Sur Toxydase du Botrytis cinerea {Revue de viticulture, IX, 1898, 323 à 328). 81 Id. — Sur une altération de la grappe du raisin {Revue de viticulture, XIV, 1900, 561-5G3). 82 Id. — La pourriture grise des raisins et son influence sur la qualité des vins {Revue de viticulture, XYII, 1902, 257-2G0). 83 Lafar (F.). — Handbuch der technischen Mykologie. Il Auflage, V, 19, 36). 84 Laurent (E.), — Recherches e.\périmentales sur les maladies des plantes {Annales de l'Institut Pasteur, XIII, 1899, 1-4S). 85 LiNUNER (P.). — Uber Durchwachsungen an Pilzmycelien {Berichte der Deutsch.- Botan. Gesellsch., V, 1887, 153). 86 Me Alpine (D.) and Robinson (G.-H.). — Additions to the Fungi on the Vine in Australia (Department of Agriculture, Victoria, 29-31, Plate II, fig. 34). 87 Malvezin (Fr.). — Le Botrytis cinerea {L'Œnophile, 1905, XII, 292-293). 88 Mant.eau (M. L.). — La pourriture grise {Le Réveil de l'Hérault, 16 sept. 1906). 89 Mangin (L.). — Sur le parasitisme dune espèce de Botrytis {Comptes rendus, 98, 1894, 822). 90 Id. — La lutte contre les maladies parasitaires (flei;Me de viticulture, V, 1896, 486-491). 91 Marchai. (Em.). — Rapport sur les maladies cryptogamiques étudiées au labora- toire de biologie de Tlnstilut agricole de TÉtat à Gembloux en 1894-1895 {Zeitschr. f. PJlanzenkrankh., VI, 1896, 293). 92 Marshali.-Ward. — On some relations between Host and Parasite in certain épidémie diseases of plants {Proc. Roy. Soc. London, XXX, 1890, n" 290, 393-443). 228 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE 93 Mazade (M,). — Sur la pourriture des raisins eu Champagne 'Le Progrès agri^ cote et viticole, XXXVlf, 1902, 321). 94 MiM.AnoET (A ) et Gayon (U.). — Considérations raisonnées sur les divers procé- dés de traitement du mildiou par les composés cuivreii\. 1887. 96 Id. — Nouvelles recherches sur le développement et le Iruilemeut du mildiou et de Tanthracnose. 1887. 96 Fd. — liislructions pratiques pour le traitement du mildew, rot, anlhracnose. 97 Id. — Quelques rétlexions sur le traitement du mildiou, du lilack-rot et du Botrytis chierea [Revue de ciliculttire, V, 1896. 368-371). 98 MiYosHi (.M.). — Die Durchbohrung von Membranen durch Pilzfâden (Ja/irô. /. iviss. Bot., XXVIII, 1895. 269-289). 99 MoHR (K.). — L'eber Botrytis cinerea [Zettschr. f. Pjlanzenkrankli., XI. 1901. 21G-217). 100 Mlller-Thukgai (H.). — Die Edelfàule der Trauben [Landw. Jahrb. [Theil 83, 1888, 87]). loi Id. — Botrytis und Peronospora als Schûdiger der Gescheine und jungen Friichte des Weinstockes (Weinhuu und Weinhandel, 1888, 256 sq.). 102 Id. — Die Faiilnis der Trauben {Scliweizer. Ze/lschr. f. Obst- und Weiabuu, 1901. 2S9-396, 307-314). 103 MuNTz (A.). — Recherches sur rintluence de la pourriture grise sur le rendement et la qualité du vin [Aiinates agronomiques, avril 1902, 177-208). loi XoACK (F.). — l'hytopathologische Beobachtungen aus Belgien und Holland (Sani- melrefcrat) [Zeitschr.f. PJlanzenkr., XIV, 1904, 349]. 105 NoRDHAistN (M.). — Beitiâge zur Biologie parasitârer Pilze (JahtO. f. viss. Bot., XXXIIi, He>t, 1, 46). 10 '. Xypels (P.). — Xotes pathologiques (Bull. Soc. roij. Bot. Belg., t. XXXVI, 183- _ 275). 107 Pacottet (P.). — Botrytis cinerea et greffes {Revue de viticulture, WS^ 1900, 269-270). 108 Id. — Pourriture grise et sélection [Revue de viticulture, 1900, 341-343). 109 Id. — Le Botrytis cinerea, le tanin et la coloiation des vins rouges (Revue de viticulture, XV, 1901. 115-147). 1 10 Id. — Accidents dus aux froids humides (Revue de viticulture, XIX, 1903. 733- 734). 111 Id. — Acide sulfureux et bisulfites contre Toïdium et la pourriture grise [Revue de viticulture, XX, 1903, 158-159). 112 Id. — La pourriture grise [Revue de viticulture, XX, 1903, 185-189). 113 Peglion (V.). — Coiitribuzione alla conoscenza délia llora micologica avellinese , (Mulpighiu, Vlll. 1894, 424-460). 114 Id. — Études sur la pourriture des raisins causée par le Botrytis cinerea [Revue internationale de vUicullure et d' œnologie, 1895, 41'4-i33). 115 Peurier i>e la Bathie. — La pourriture grise en Charente-Inférieure [Revue de viticulture, XX, 1903, 160-161). 1 16 Id. — Recherches sur le traitement de la pourriture grise [Revue de viticulture, XXI, 1904, 433-438). 117 Id. — liechercbes sur le traitement de la pourriture grise i Revue de viticulture, XXIV, 1905, 37-39). COMPTE RENDU DU VIII*" CONGRÈS INTERNATIONAL 229 118 PEURren DE LA Bathie. — Traitçmjnt de la poiuTiture grise {Revue de vilicul- ture, XXV, 1906, ô 19-5 -21). 119 PiiiOTTA. — Sullo sviluppo délia Peziza Fuckeliana {Suovo Gioraale BoUm/co Itutiano, XIH, 1881, 133). 120 Peillieux (Ed.). — Maladies des plantes agricoles. II, 1S97, 420-121). 121 Id. — Maladie de la toile, produite par le Bolrytis cinerea {Comptes rendus, XCYill, 1894, 744). 122 PiLST (G.). — Die VViderstandsfahigkeit einiger Scliimmelpilze gegen Metallgifte {Jahrb.f. miss. Bot., XXXVII, 1901, 249-230). 123 Ravaz (L,). — La pourriture grise et la cochylis {Revue de viticulture, X, 1898, 505-50G). 124 !d. — Sur une maladie de la vigue causée par le Botrytis cinerea {Comptes rendus, GXVIU, 1894, 1289-1290). 12ô Id. — La pourriture des raisins {Revue de viticulture, II, 1895, 15G-1G0, 179- 184). 126 Id. — La pourriture grise {Revue de viticulture, X, 1898, 263-265). 127 Id. — La pourriture grise dans l'Est, remèdes à essayer {Le Progrès agricole et viticole, XXXV, 1902,250-253). 128 Ravaz (L.) et Gouiuand (G.). — Recherche sur le traitement de quelques mala- dies de la vigne. I. Pourriture grise {Botrytis cinerea) [Revue de viticulture, Yl, 189G, 101-lOG, 128-136]. 129 RosTRUP (E.). — Plantepatologi. 1902, 547. 130 Ruhland (W.). — Zur Kenntnis der Wirkung des unloslichen basischen Kupfers auf Pflanzen mit Riïcksicht auf die sogenannte Bordeauxbriilie [Arbeit. ans d. Biolog. Abl. far l.and- und Forstwirtschaft, IV, 1904, Heft 2, 157-200). 131 Saito (K.), — Untersuchungen iiber die atmospharischen Pilzkeime {Journ. Col- lège of Science, Tokyo, XGIII, art. 5). 132 Sauvageau (G.). — La pourriture noble dans la vinirtcation {Revue de viticulture, 1894, H, n"' 34-35-36). 133 Smith Ralph (E.). — Botrytis and Sclerotinia : their relation to certain plant diseases and to eaeh other {Botanical Gazette, XXIX, 1900, 369-406). Iâ4 Id. — The parasitism of Botrytis c\nev^-d.{Botanical Gatelte, 1902, XXXIII, 421). 135 SoKOLNicKi (J. de). — Gontre la pourriture grise {Le Progrès agricole et viti- cole, XL, 1903, 198). 136 SoRAUEii (P.). — Die Pradisposition fur parasitâre Krankheiten {Zeitschr. f. P/lanzenkrunkh., X, 1900, 359). 137 td. — Handbuch der Pflanzenkrankheiten. III, Aufl., 1905). 138 Thidaud (P.). — La pourriture grise et la cochylis {Revue de viticulture, X, 1898, 505). 139 Thlmen (F. von). — Die Pilze und Pocken auf Wein und Obst. Ausgabe in einem Bande, 1885, 205-206). 140 Trabut (L.). — Attaque précoce de pourriture grise eu Algérie {Revue de viti- cxilturc, XXI, 1904, 532-534). 141 Id. — La pourriture grise eu Algérie {Revue de viticulture, XXI, 5G3-564. «g. 127). 142 Tlbeuf (K. von). — PHanzenkrankheiten durch Kryptogameu verursacht. 1895, 281, fig. 122). 230 ANNALES DE LA 6CIENGR AGRONOMIQUE ri3 Vekissimo d'Akmkida (J.). — Agricoltura (îoateniporHiiea, 1899-1900. (iNoack (F.). In Poiiugal beobachtete Pflaiizeiikrankheiteu {Zeitschr. f. PJlanzcnkrunkh., XI, 1901, ?36-238). Vi\ Id. — Agricolliira Gonteniporanca. 1901. 115 ViALA (!'.). — Une maladie des greffes-boutures {Reoue générale de botanique, m, 1891, 144-149). 14G Id. — Les maladies de la vigne. 3* éd. 1893, 353. 147 WoRTMANN (J). — Untersuchungen iiber das Bltterwerden der Rotweine (Land- wiHscliaftl. Jahrbaclier, XIX. 1900, G29-746). 1 18 Id. — Ueber die in diesem Herbste slellenweise eingetretenc Rohfiiule der Trauben [Mitteilung. àO. Welubau u. KcUcrwirlsch., 1901, 161-164, 1U0-19G). 149 Id. — Ueber die im Herbste l'.iOI stellenweise eingetrciene Rohfâule der Trauben (lier. d. kg. Lehranst. f. Wein-, Obst- und Garlenbau zu Geisenheim a. Ith., 1901, 104). 150 WiTiiuicH (E.). — Ueber die Einwirlvung von Mctallsalzen und Sâuren auf die Keinifâhigkeit der Sporen einiger der verbreitetsten parasitischen Pilze unserer Kulturpflanzen [Zeitschr. f. Pflanzenkrankh., Il, 1892. 10, 31, Sl-94). 151 Zachakiewicz (Ed.). — Traitement contre la pourriture grise (Le P?'o<;?-è5 «(//vco/e et viticole, XL, 1903, 107-168). Î52 Id. — Traitements combinés contre les maladies cryptogamiques de la vigne {Bévue de viticulture, X.XIII, 1905, 476-478). 153 Id. — Traitementde la pourriture grise {fievue de viticulture, XXM. 1000.216). 154 ZoPF. — Die Pilze. 712. 1.55 Anonymcs. — Traitement de la pourriture grise [BotnjUs cinerea) [lievue de viiicuUure, X, 1898, 371-372]. r5G Id. — Pourriture grise et coniothyrium [Le Progrès agricole et viticole, XXXVl, 1901, 161-162). ^57 Id. — Uésistaiice du Bolrytis cinerea à Tégard des poisons métalliques (Le Pro- grès agricole et viticole, XXXV, 1902, 330-332). 158 Id. — Pourriture grise et black-rot [Le Progrès agricole et viticole, XL, 1903, 129-130). 1-59 Id. — Les traitements contre la pourriture et la composition des vins [Le Pro- grès agricole et viticole, XL, 1903, 064-605). 160 Id. — Das Auspilucken der vom Sauerwurm befallenen Beeren in den Qualitâts- higen von Deidesheim und Forst [Weinbau und Weinhandel, XXI, 1903, n" 37, 396-397). 161 Bealveiue (J.). — Le Bolrytis cinerea et la maladie de la toile [Comptes ren- dus, 27 mars 1899, 15 mai 1899, S juill, 1901). 102 Id. — Études sur le polymorphisme des champignons [Annales de l'Université de Lyon, nouv. sér., fasc. 3). 163 Clutel (G.). — De Pinfluence de la greffj sur la composition du raisin [Comptes rendus, CXXXIX, 1904. 491-493). 104 MoNTEMAUTiNi (L).^ — La sélection comme moyen de lutte contre les maladies des végétaux [Vil" Congrès international d'agriculture. Rome, 1903. vol. I, I" partie, VII» sect., 48-54). 105 Ravaz (L.). — 1-es effets de la greffe (VJl" Congrès international d'agriculture, Rome. 1903. vol. I. K>' parlie. X» sect., 72-89). COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 231 V — Recherches anatomiques sur la soudure de la greffe ligneuse de la vigne Rapporteur : D' Gy. de Istvanffy, professeur de l'Université, directeur de l'institut ampélologique de Budapest, Voici les conclusions de son travail : « Je pense donc : « 1" Qu'on peut considérer comme le mode de soudure le plus parfait quand non seulement les callus, mais aussi les tissus cicatri- ciels et mêmes les languettes contribuent (directement ou par l'inter- médiaire du tissu cicatriciel) à l'union complète du greffon et du sujet. « C'est un cas assez rare, mais pourtant démontré sur des exem- [>laires de greffes de deux ans. « Cette soudure fournit les meilleures greffes, non seulement au point de vue histologique, mais aussi au point de vue physiologique ; les fonctions vitales se remplissent avec les moindres troubles et la vitalité sera la plus longue, pourvu qu'on ait aussi considéré la parenté des deux cépages à gretYer; « 2° Le tissu cicatriciel en pénétrant entre les bois primaires (c'est-à-dire de l'année précédente) se différencie et effectue quelques raccords entre le bois ancien et nouveau. Ce cas est déjà fré{juent, cette greffe peut être appelée très bonne au point de vue physiologi- que. Le dernier cas c'est : «. 3° La soudure périphérique par le callus (entre les tissus secon- daires) avec la tranformation en bois de la base du tissu cicatriciel. C'est la plus fréquente et produit des greffes de qualité moyenne. i( Un développement de callus excessif, mais partiel et se soudant mal, peut devenir à lui seul la cause de l'union défectueuse des greffes, parce qu'il disjoint le greffon et le sujet malgré qu'il entoure extérieurement ce dernier; et en conséquence l'union intérieure ne se réalise pas. « Je m'occupe des phénomènes histologiques et cytologiques plus délicats, surtout de la continuité du protoplasme et de l'union et 232 A^fNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE soudure intimes des tissus. Je puis (li''jù signaler que, par l'emploi d'une méthode microtechnique originale, entièrement nouvelle, je suis arrivé : « 1° Non seulement à démontrer la continuité des tissus des élé- ments voisins vivants du sarment, mais aussi à rendre visible cette continuité : « 2" Dans le callus et les tissus cicatriciels de la greffe et a 3" Entre les éléments définitivement soudés. « Ainsi se réalise le plus complètement l'union des deux individus entrés en symbiose par la grelTe. VI — Nouvelles expériences sur la formation et la maturation des vins Rapporteurs : D' Krœmer, à Geisenheim, sur le Rhin ; W. Seifert, professeur à Klosterneuburg. Nous donnons le résumé du travail approfondi du P' Seifert, lequel a surtout étudié le développement des alcools supérieurs et la diminution de l'acidité dans le vin. « Résumé. — En résumant les résultats des recherches susmen- « tionnées, autant que j'ai réussi à les porter à bon terme, voici ce « qu'on peut en conclure. « 1" La levure [)ar elle seule développe déjà une quantité notable « d'alcools supérieurs; « 2° Le vin qui séjourne plus longtemps sur la lie augmente son « contenu en alcools supérieurs ; « 3" La Ue formée par de la levure sélectionnée livre aussi, lors- « qu'on la distille, de l'éther œnanlhique ; « 4° Le taux d'alcools supérieurs dans le vin augmente considé- « rablement sous l'influence des bactéries })endant ou après la fer- ci mentalion ; cette augmentation peut même avoir heu à défaut de « sucre (dextrose et lévulose) ; a 5° La formation des alcools supérieurs par de la levure a sans « doute lieu à l'intérieur de la cellule de levure; « 6° (Juoiqu'on ne puisse plus douter que la formation des alcools COMPTE RENDU DU VIIl' CONGRÈS INTERNATIONAL 233 « supérieurs dans le vin doit s'âtlribuer en partie soit à la levure, « soit aux bactéries, en ce qui concerne les corps produisant les « alcools supérieurs, on ne peut pour le moment que faire des sup- « positions. < Quant à la levure, il est probable qu'elle forme des alcools supé^ « rieurs de certains produits de décomposition — amides {Amid- « sàuren — de l'albumine de sa propre substance. Mais il est aussi « possible qu'elle forme, selon l'opinion de F. Ehrlich, des amides « qui se trouvent déjà dans la matière fermeutescible ((larungsm;i- « terial). « Pour les bactéries, on est plus lente de croire que les alcools « supérieurs naissent des hydrates de carbone puisqu'ils sont produits « par ces derniers, même dans des vins complètement fermenlés. « C'est que le glycogène ou d'autres corps de l'intérieur de la cellule « sont capables de s'y décomposer par les bactéries. « En résumant les résultats des recherches les plus récentes sur « la diminution de l'acidité dans les vins, on peut conclure : « 1° La diminution d'acidité produite par la précipitation du tartre « ne surpasse que rarement les 1,5 "/oo ; « i" Des diminutions d'acidité plus importantes sont en premier « lieu causées par certaines bactéries (microcoques) et en même « temps l'acide malique, en développant de l'acide carbonique, forme « de l'acide lactique ; « 3° Quand lé vin séjourne trop longtemps sur la levure, cette der- « nière peut aussi détruire l'acide malique, mais pas si énergique- « ment que les bactéries susmentionnées ; les diverses races de « levures se comportent dilïéremmeiit sous ce rapport ; « 4" Il n'est pas encore établi avec toute sûreté qu'il se forme à « l'occasion de la destruction de l'acide malique de l'acide lactique ; « il est même plus vraisemblable que cette destruction ne soit qu'une « disparition par respiration causant la transformation en eau et « en acide carbonique. Il est à désirer qu'il se fasse sous ce rapport « des recherches ultérieures plus exactes ; « 5° Il y a des races d'apiculatus qui peuvent aussi détruire l'acide « malique (lorsqu'elles provoquent seules la fermentation dans le 234 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « inoût OU dans des solutions uulrilives artificielles) et qui forment « en même temps de l'élhcr acétique en quantités nolaiiles;- « 6" Entre les organismes qui se trouvent dans le vin on a pu « constater que les fleurs (Mycoderma viiii) et les bactéries d'acide c acétique causent la destruction successive de l'acide lactique qui « s'est formé; mais celte destruction n'est qu'insignifiante, si le vin « a été soigné normalement ; « 7" Les levures de vin ne détruisent généralement l'acide lactique « (|ue dans une proportion minime, souvent elles ne le détruisent « même pas du tout; de telles races de levures possédant ces i|ua- « lités à un haut degré ne se trouvent qu'assez rarement. « En suivant le vin dès le pressurage du raisin pendant les diverses « phases de son développement, on constate que la diminution de c( l'acidité s'effectue : « a) Pendant la fermentation, par la précipitation du tartre ; « b) A la fin de la fermentation tumultueuse, par la précipitation du tartre et par la décomposition de l'acide malique causée par « des bactéries, avec développement simultané d'acide lactique ; « c) Pendant le séjournement du vin nouveau sur la lie, toujours par la décomposition de l'acide malique causée par des bactéries « avec développement ultérieur d'acide lactique, en même temps aussi par la destruction de l'acide malique par la levure ; « d) Enti'e le premier et le second soutirage, par l'action continuelle « des bacléries et de la levnre, le plus souvent il se forme encore « toujours un peu d'acide lactique, même quelquefois l'acide lactique « déjà existant diminue par l'action de la levure aussi ; « e) Pendant que le vin continue à séjourner dans la futaille (pen- (( (lant la première et quekpicfois même pendant la seconde aimée), à « la manière signalée sous d), mais le plus souvent à un degré plus « insiLiiiifiant. « Il se comprend que, suivant les conditions de fermentation du « vin et pendant qu'il est en fût, on pourra observer des déviations a de ce qui précède. Ce résumé ne poursuit que le but de montrer « plus clairement le phénomène de la diminution de l'acidité dans le « vin — phénomène entrevu jusqu'à présent assez confus('meiU — « avec tous ses détails particuliers. » (( « « COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 235 VII — Nouvelles expériences sur les maladies du vin Rapporteur : P' Larorde, à Bordeaux. On nous saura gré d'insérer intégralement ce travail, qui est un excellent exposé de nos connaissances sur la biologie des ferments des maladies anaérobies du vin el des méthodes à employer pour empêcher ou arrêter le développement des germes. Rapport de M. le P' Laborde. I. — « Le vin, comme tous les liquides organiques naturels, peut être le siège d'un développement de microorganismes déterminant des altérations plus ou moins grandes. Ces altérations ou maladies se montrent quelquefois au début de la vinification, pendant la naissance même du vin, mais, plus souvent, au cours de son exis- tence qui pourrait être fort longue dans bien des cas, tandis qu'elle se trouve ainsi considérablement diminuée. « C'est Pasteur, comme on sait, qui a établi le caractère physiolo- gique des maladies connues à son époque, la fleur, la piqûre, la tourne ou pousse, l'amertume et la graisse. Il a décrit les organismes qui les provoquent et les modifications correspondant à la compo- sition et aux qualités normales du vin. Depuis Pasteur, une autre maladie microbienne a été constatée et étudiée, la fermentation mannitique. « On peut faire deux classes de ces diverses affections : (( i" Les maladies dues aux microbes aérobies ; « 2° Les maladies dues aux microbes anaérobies. « Les maladies de la première catégorie sont bien connues à l'heure qu'il est, tandis que les secondes soulèvent encore des pro- blèmes très complexes nécessitant des recherches très délicates. Je vais essayer de montrer, d'une manière aussi succincte que possible, quel est l'état actuel de nos connaissances sur cette dernière classe de mala- dies du vin, et indiquer les résultats pratiques auxquels on peut arrivei- au point de vue de la défense du vin contre les microbes anaérobies. 236 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE H. — « Les travaux (le Pasteur avaient assigné aux maladies inicro- bieniies une spéciticilé assez nette qui fui renforcée en quelque sorte par les recherches de Duclaux sur les acides volatils produits dans la tourne et ramerliime ('). Dans bien des cas cependnut, il était diffi- cile de classer certaines altérations plutôt dans l'une que dans l'autre de ces deux espèces de maladies dont les caractères distinctifs ne s'appliquent qu'aux extrémités d'une gamme d'altérations à termes très voisins les uns des autres. « La maladie de la graisse, connue surtout par son cai'actère spécial el se manifestant dans les vins blancs presque exclusivement, semblait avoir une spécificité bien plus marquée. « La maladie mimnitique, dont l'origine microbienne fut indiquée par M. Hoos (-) en 1892, et dont l'étude fort complète a été faite par MM. les P"Gayon et Dubourg de 1894 à 1901 f), paraissait aussi avoir pour agent un microbe bien spécilique, car ses propriétés se distinguaient tout à fait de celles que l'on connaissait aux autres ferments anaérobies. Cet organisme portait en effet son action plus particulièrement sur les sucres du moût pendant la fermentation en cuve en donnant : « 1" Avec le lévulose, comme produits principaux, de la mannite, des acides lactique, acétique, carbonique et, comme produits secon- daires, de la glycérine et de l'acide succinique; « 2" Avec le glucose, les produits d'une fermentation alcoolique ordinaire et, en plus, des acides lactique et acétique ; « 3° Avec le mélange des deux sucres, ou sucre interverti, les produits issus de chacun d'eux en particulier, mais en attaquant de préférence le lévulose. « Avant même que MM. (layon et Dubourg aient publié leur premier mémoire sur les vins mannités, mais connaissant déjà une partie de leurs résultats, j'avais entrepris l'isolement des microbes des anciennes maladies anaérobies, toiu'ne et amertume priucipale- (') Annales de Chimie et de Physique, 1874. (-) Mémoires de la Société des sciences physiques et naturelles de Bordeaux, 1892; Journal de Pharmacie et de Chimie, 1893. (') « Sur les vins mannités, 1894. Nouvelles recherclies sur le ferment manuitique. 1901 » (Annales de l'Institut Pasicur), COMPTE RENDU DU VIll" CONGRÈS INTERNATIONAL 237 ment, en vue de leur culture pure et d'une étude plus complète de leurs propriétés physiologiques. « Après a\oir réussi à obtenir des cultures ne contenant que des ferments filiformes dont la semence était prise dans des vins tournés ou poussés et amers assez vieux, et dans des vins jeunes ne présen- tant encore aucune altération caractéristique, il me fut possible d'isoler les espèces et les variétés de ces espèces qui étaient mélan- gées dans ces cultures, par la méthode des colonies sur milieu solide. Le liquide de culture était de l'eau de levure sucrée, à 2 ou 3 "!„ de sucre interverti, avec du moùl de raisin et alcoolisée à 5 "/„ environ ; tous les organismes isolés s'y développaient fort bien. « Ces organismes se montrèrent des ferments mannitiques absolu- ment analogues à celui de MM. Gayon et Dubourg, bien que les vins qui avaient fourni la semence primitive ne fussent nullem.ent mannités. « Ces résultais, publiés en 1898 C), indiquaient la possibilité constante d'une fermentation mannitique dans le moût de la cuve lorsque les conditions devenaient favorables aux ferments fdiformes de Pasteur dont les germes sont toujours présents dans la vendange. « Mais il restait encore à savoir si ces microbes mannitiques étaient capables de vivre dans du vin préalablement stérilisé et de provoquer les altérations connues. « En 1901 (-), j'indi([uais un premier résultat de ce genre avec un microbe isolé d'un vin nouveau. Sa culture pure, ayant servi à ensemencer ce même vin stérilisé, amena, au bout de huit mois, une altération ayant les principaux caractères de la tourne. « Comparant alors ce même microbe au ferment mannitique de MM. Gayon et Dubourg et à un troisième microbe isolé d'un vin vieux de dix ans tourné en bouteille, j'obtins, au bout de deux ans et demi (-), dans du vin blanc et du vin rouge, un développement plus ou moins intense de ces t^ois organismes avec la forme ordinaire que prend le ferment de la tourne. Avec le dernier, l'altération était très importante et tout h fait celle des vins tournés. (') Comptes rendais de V Académie des stiences. (-) Revue de VtlicuUure. (^) Comptes rendus, 1901. 238 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « D'iuitre pari, l'aclion des trois microbes sur le sucre du vin, étudiée compaialivement, fut trouvée absolument identique pour le glucose; pour le lévulose, les différences étaient peu sensibles, mais suffisantes cependant pour montrer que chaque ferment possédait une individualité distincte, laquelle s'accentuait davantage quand on déterminait la quantité de mannite attacjuéc ultérieurement par les ferments séjournant dans le milieu de culture. « Ces résultats conduisaient aux conclusions suivantes : « 1° La maladie de la tourne peut être produite par des microbes d'espèce unique, alors qu'on aurait pu supposer la nécessité de plu- sieurs espèces différentes vivant en symbiose dans le vin ; « 2° Le ferment de la tourne, présentant des variétés plus ou moins actives, est un ferment mannitique comme celui de MM. Gayon et Dubourg isolé d'un vin blanc algérien mannité. « Donc, pour la maladie de la tourne et la maladie mannitique, la spécilicité du microbe disparaît; nous allons la voir s'atténuer aussi énormément pour les autres altérations. « La reproduction de la maladie des vins amers par un microbe unique semble avoir été réalisée par MM. Bordas, Jaolin et Rackowski en 1898 ('). Ces savants n'ayant pas recherché la présence de la mannite dans leurs cultures sur lévulose, on ne sait pas s'ils avaient affaire à un ferment mannitique ou non; c'est cependant probable, étant données son action plus énergique sur le lévulose que sur le glucose, la production d'acide lactique, d'acide carbonique, etc. Dans le vin, ce microbe avait attaqué la glycérine et la crème de tartre, l'altération était donc différente de celle qui est typique pour l'amertume : l'action sur la crème de tartre étant réservée à la tourne, qui ne toucherait pas à la glycérine. Mais on rencontre beau- coup de vins tournés très pauvres en glycérine et n'ayant aucun caractère des vins amers ; j'ai indiqué ce fait en 1896 (■) et M. Mathieu l'a développé récemment (^). (( La publication des résultats qui précèdent avait mis à l'ordi-e du jour ces questions de culture des organismes anaérobies du vin. En (') Comptes rendus de l'Académie des sciences. (*) Revue de Viticulture. (') Bévue de Viticulture, 190G. COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 239 1003, MM. Mazé et Perrier(^) montrèrent encore d'une façon très com- plète la similitude d'action du ferment de la tourne et du ferment man- nitique de MM. Gayon et Dubourg, mais sans avoir cependant contrôlé l'authenticité absolue de leur microbe comme ferment de la tourne. « L'année suivante, MM. Mazé et Pacottet Q, en étudiant la flore anaérobie de vins altérés, trouvèrent dans les vins tournés et les vins amers des ferments mannitiques, les uns capables de donner au liquide de culture (bouillon de haricots sucré) une consistance hui- leuse et les autres incapables d'être des ferments visqueux, ces deux catégories de ferments étant presque toujours mélangées dans les vins examinés. Les altérations de ces vins semblaient donc avoir été pro- duites par des associations microbiennes, mais cette hypothèse n'a pas encore été vérifiée par des cultures pures dans le vin lui-même. « Malgré cette absence de contrôle, ce qui ressort de ces recher- ches, c'est l'ubiquité du ferment de la graisse dans les vins tournés ou amers qui ont été étudiés, et sa caractérisation comme ferment mannitique, propriété qui avait été déjà entrevue par Kramer et qui est commune aux microbes extraits des vins blancs filants. « De mon côté, poursuivant l'étude des microbes des vins de notre région, j'ai rencontré deux espèces de ferments de la graisse, l'une possédant les propriétés des ferments mannitiques et comprenant des variétés à caractère visqueux plus ou moins développé, et l'autre n'étant nullement mannitique, mais agissant comme un ferment lactique doué' du caractère visqueux à un très haut degré. Cette dernière espèce provenait d'une piquette rouge filante, l'autre de vins blancs ou rouges. « En cultivant ces ferments dans l'eau de levure sucrée et alcoo- lisée, j'ai pu étudier la matière visqueuse sécrétée, qui forme avec les microbes des glaires plus ou moins résistantes, qui se dissout partiel- lement dans le liquide et que j'ai caractérisée comme étant une (textrane analogue à celle que produisent d'autres organismes, le Bolryiis clnerea par exemple ('). ('; Annales de l'Institut Pasteur. (-) Annales de l'Institut Pasteur, 1904. (5) Procès-verbaux de la Société des sciences physiques et naturelles de Bor- deaux, 1904. 240 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « MM. Kayser et Manceau ('). ont cultivi' à leur tour des ferments visqueux de la (ihanipagne, de l'Yoïuie et de la Vendée, tous des ferments Mianniti({ues, les uns à forme bacillaire, comme celui de Kramer (^), un autre en forme de chapelet, comme le ferment de Pasteur, mais doué d'un ph'omorphisme très prononcé. X Dans de? vins blancs de la Gironde et de la Charente, j'ai trouvé presque toujours associés des microbes manniliques producteurs et non producteurs de matière visqueuse ou dextranc. Ce même mélange peut se présenter dans des vins rouges jeunes non sensiblement altérés ou nettement amers, mais le ferment visqueux y existe sou- vent seul, tandis qu'un vin araer très vieux n'a fourni (ju'un ferment iiiaiinitiijue non visqueux comme tous les vins franchement tournés que j'ai examinés. « La flore anaérobie des vins paraît donc assez variable suivant les régions et elle doit l'être vraisemblablement aussi suivant les condi- tions de l'année dans une même région. « Toutes les variétés manniliques que j'ai isolées, visqueuses ou non, portées, d'une culture récente, en milieu favorable, dans des vins blancs ou rouges suffisamment jeunes, s'y développent indiffé- remment, et la suite de ces recherches permettra, j'espère, de définir les altérations produites par ces différents microbes quand elles seront plus avancées. Les vins rouges, qui ont favorisé la multiplica- tion des ferments visqueux, sont dépourvus de consistance huileuse; toutefois, la propriété dextranigène de ces ferments n'a pas disparu complètement, car elle reparait chez la plupart quand ils sont trans- portés dans le milieu de culture très favorable. (( Mais quand on laisse vieilHr certains d'entre eux dans le litiuide devenu visqueux et mannité, on voit la viscosité de ce liquide dimi- nuer de plus en plus, et si au bout d'un temps assez long, un an par exemple, on porte ces microbes dans un liquide neuf, la propriété visqueuse ne se montre pas toujours immédiatement ou ne devient maximum qu'après plusieurs cultures successives. « D'autre part, un même liquide de culture recevant la même (') Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1906. (') Die Bakleriolocjie, 1890 et 1S92. COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 241 semence, mais maintenu à des températures difterentes, l'une moyenne, l'autre plus élevée, 20° et 35° par exemple, pi-end une viscosité nulle ou plus faible à la température la plus élevée, bien que le développement du microbe soit plus intense. On peut donc rattacher cette influence de la température à l'ubiquité plus grande du ferment de la graisse dans les régions froides que dans les régions plus tempérées ou très chaudes : dans le premier cas, la propriété visqueuse tendrait moins à disparaître que dans le second, grâce à la possibilité de cultures plus fréquentes à basse température dans les moûts ou les vins. « Toutes ces variations montrent, par conséquent, que la propriété dextranigène de certains ferments mannitiques du vin ne peut être un caractère spécifique, pas plus d'ailleurs que la forme décrite par Pasteur et qui a été reconnue très variable par MM. Kramer, Mazé et Pacottet, Kayser et Manceau, et moi-même. « Sans préjudice de ce que dira l'avenir des recherches entre- prises sur ces questions très importantes et très attrayantes, on peut, semble-t-il, à l'heure qu'il est, relier les diverses affections anaéro- bies du vin par une attache commune. Ce lien, je l'entrevoyais déjà en 1898 ('), dans mon premier travail sur ces questions, de la manière suivante : «^En somme, les résultats que j'ai indiqués, el qui ne sont « que le prélude de recherches ultérieures plus complètes, permet- « traient peut-être d'envisager un certain nombre d'altérations du vin « comme le fait d'un organisme unique dont les propriétés physiolo- « giques se modifieraient sous l'influence des conditions variables « d'un milieu aussi complexe et aussi changeant que le vin, en don- « nant des races plus ou moins fixées, qui déterminei'aient des altéra- (( tions connues sous les noms de fermentation mannitique, tourne, « pousse, amertume. » « Depuis lors cette hypothèse n'a donc fait (jue se fortifier en se précisant davantage, puisqu'on peut ajouter la graisse à la liste des altérations que je visais tout d'abord. Il semble même que l'on puisse considérer le microbe de la graisse comme le type complet de l'es- (') Comptes rendus de ('Académie des Sciences (Annales de la brasserie et de lu distillerie). ANN, SCIE.NGE AGHON. — 3* SÉRIE — 1 '.)08 — II 16 242 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE pèce de microbes dont les variélés déterniinenl le? diverses maladies anaérobies du vin. « On voit ainsi le moût de raisin, et le vin qui en dérive, donner asile à deux espèces principales de ferments anaérobies : 1 " le ferment alcooli(iue ou levure qui présente comme on sait de nombreuses variétés dont l'action s'arrête après la disparition du sucre; 2" le ferment maiiniti(iue, agent des maladies anaérobies du vin, pouvant transformer le sucre de diverses façons, en se développant antérieu- rement, parallèlement ou consécutivement au premier, et dont cer- taines races sont capables de porter leur action sur d'autres éléments du vin après la disparition du sucre. III, — « Après cet exposé do nos connaissances sur la biologie des ferments des maladies anaérobies du vin, il nous reste à exa- miner les métbodes pratiques que l'on peut mettre en œuvre pour empècber ou arrêter le développement des germes en (juestion. Ces métbodes sont de trois sortes : « 1° Moyens préventifs ordinaires ; (( 2° Amélioration de la constitution du vin ; (' 8" Stérilisation du milieu. « Les moyens préventifs éveillent dans l'esprit beaucoup de {ues- tions pendantes que je ne ferai (jue citer pour la plupart et dans lesi}uelles le viticulteur peut intervenir d'une manière plus ou moins efficace. « Nous trouvons d'abord toutes celles qui se rattacbent aux varia- tions de la composition du moût de raisin, l'encépagement des vignobles avec les complications apportées par le greffage et les influences qui font varier la matui-ation du raisin, conditions clima- tériques, soins cultnraux, etc. Les altérations de la vendange <■! les soins apportés à la cueillette, i»uis les méthodes de vinification sont ensuite à considérer; elles ont même toujours une importance pri- mordiale, surtout les méthodes de vinification, sur les(pielles je m'arrêterai un peu. « Les méthodes diverses cpie l'on applique peuvent, en elïet, modifier légèrement la constitution du vin, modifier aussi le rap]toi t (|ui existe presque toujours entre l'action des levures et des microbes COMPTE RENDU DU Vdl'' CONGRÈS INTERNATIONAL 243 pendant la fermentation, et enfin gêner plus ou moins l'action de ce"? derniers pendant la conservation du vin. « Nous retrouverons tout à l'heure l'influence des modification* apportées à la constitution du vin ; (juant au développeraeiii des microbes pendant la fermentation, il dépend beaucoup de îa con- duite du phénomène, et l'on sail cpi'on peut le guider de façon que les levures terminent complètement leur action dans les conditions inormales de température et dans le temps le plus court. (( Le sucre étant l'aliment de prédilection des microbes comme des levures, on doit favoriser le plus possible ces dernières pour ({u'elles ne laissent aux premiers qu'une quanliti' de cet aliment aussi faible que possible. Les transformations des petites quantités de sucre restant ne sont pas très bien connues, mais on sait qu'il y a toujours formation d'acidité volatile qui constitue la preuve très sensible du développement de toutes les maladies. a La richesse du vin en matières azotées est aussi une circonstance favorable aux microbes; elle dépend de la constitution initiale du moût, mais aussi de la multiplication des levures, car plus cette multiplication est intense, pins le moût est appauvri en azote. H semble même que la richesse du vin en matières azotées soit en rela- tion avec la nature de la maladie, d'après les résultats que j'ai trouvés sur les vins de la Gironde ; l'amertume, étant pour ces vins une maladie moins grave que la tourne, se présente plutôt dans les \u\> pauvres en azote ('). K Une bonne vinification comporte aussi des soins assez nombreux à appliquer au vin pour régulariser sa conservation. L'ouillage, le soutirage, le collage empêchent le développement des ferments aérobies et anaérobies ou éliminent ces deiniers. « Cette élimination est beaucoup plus complète par la filtration, traitement qui se généralise de plus en plus en vue de la conserva- lion du vin, grâce aux progrès réalisés récemment dans la cons- truction et le fonctionnement des appareils à tiltrer les vins. I''n pratiquant, notamment, l'encollage des tissus filtrants avec la terre (M Coiitiùbutkm il iétude de l'azote couteiui dans le vin {Annales de l'Inslitut Pasteur, 189 S). 244 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE d'iiirusoircs, comme je l'ai précoiiit^é ('), on airivo ù une clarification parfaite du vin avec un rendement de la surface filtr;mle supérieur à tous ceux obtenus jusciu'à présent. Cet encollage permet en outre d'appliquer la filtration aux vins les plus fins sans modifier aucune de leurs qualités. « La deuxième méthode que l'on peut employer pour empêcher les ferments de maladie de se développer, ramélioralion de la cons- titution du vin, n'a, comme la première, qu'une valeur relative. En augmentant l'alcool, l'acidité, le tannin, éléments réputés conserva- teurs du vin, on peut bien lui donner une résistance plus grande à l'action des microbes anaérobies, mais on est vite arrêté dans ces additions si on ne veut pas modifier outre mesure le goût du vin, surtout celui des vins fins. « J'ai montré ('), en effet, en étudiant l'influence de ces additions sur le développement de la maladie de la tourne, qu'elles doivent avoir une importance beaucoup trop grande pour obtenir une atté- nuation un peu marquée de l'action de certains microbes, et que les vins les mieux constitués sont sujets à cette action. Aussi, les modifi- cations à la constitution du vin que peuvent apporter les difl'érentes méthodes de vinification sont-elles assez négligeables à ce point de vue. « On peut songer aussi à recourir aux antisepti ,ues, mais le seul {|ui puisse être toléré est l'acide sulfureux, lequel n'est réellement efficace qu'aux doses employées pour les vins blancs, et que les vins rouges ne pourraient supporter sans subir une décoloration intense. « La troisième méthode de préservation du vin, la stérilisation, ({ui est radicale, a été indiquée par Pasteur, bille comprend deux principes : « 1" La stérilisation à chaud dans des conditions convenables, que 1 on appelle maintenant pasteurisation ; « 2° La stérilisation à froid par (iltration à travers une paroi de terre poreuse. (') Sur la fiUraliou des vins [Revue de viliculture, 1905). (-| liillueuce de la composition du vin sur le développement du ferment de la tourne {Bévue de viticulture, lOOl). COMPTE RENDU DU VIII^ GONGnÈS INTERNATIONAL 245 «I Le premier principe a été étudié en pntlifjue par Pasteur lui- même ; le second l'a été surtout après lui, mais, malgré tous les per- fectionnemenls apportés, il présente encore des inconvénients qui l'empéclient de ^e répandre beaucoup. « La pasteurisation, au conti-aire, est devenue une opération très courante, surtout pratiquée avec les appareils industriels qui traitent les vins en fûts. « Dans les expériences de Pasteur sur les vins fins de Bourgogne, le chauffage avait lieu en bouteilles à une température voisine de 60°, et les résultats qu'il obtint sont bien connus. « Les vins fins de la Gironde n'avaient pas été expérimentés par Pasteur, mais cette lacune a été comblée à partir de 1887 par M. le P"" Gayon dont les travaux sont actuellement aussi connus que ceux de Pasteur ; ils ont fait faire des progrès considérables à la pasteuri- sation (\). Des vins très jeunes peuvent être soumis à ce traitement préventif sans que le développement ultérieur de leurs qualités en souffre, et mèine avec un avantage souvent très marqué pour ce développement (-). . c* Ces travaux ont entraîné des expériences dans d'autres régions, à Beaiine, par M. Mathieu, en Anjou, par M. Moreau, et toujours les résultats ont été satisfaisants. « La pasteurisation des vins en fûts, sur la propriété, et la filtra- tion préalable sont des méthodes de conservation du vin que l'on applique de plus en plus parce qu'elles sont très économiques et très sûres pour l'avenir du vin. « Cependant, on constate quelquefois des insuccès qui tiennent aux aléas de la pratique courante de la pasleurisalion industrielle et qui sont de trois sortes : « 1° Mauvais fonctionnement des appareils; « 2° Stérilisation insuffisante des fûts recevant le vin pasteurisé : « 3° Introduction ultérieure de germes actifs. « Je me suis préoccupé de rechercher les moyens de réduire au (') Expériences sur la pastearisalion des vins (Mémoires de la Société des sciences physiques et naturelles de Bordeaux, 1894). Étude sur los appareils de pasteurisation (Revue de viticullure). (-) Sur la pasteurisation des vins nouveaux {Revue de viticullure, 1903). 246 ANNALES DE LA SCIENCE A(3H0N0MIQUE minimum ces Irois causes d'iiisuojs et je suis arrivé à des résultats (jui peuvent être résumés de In manière suivante (') : (< r II est possible de contrôler le bon fonctionnement des appareils « industriels par un procédé de laboratoire très facile à appliquer. « Il est basé sur le prélèvement aseptique d'échantillons sur li.' vin « sortant par le tube d'entonnage de l'appareil, et à dinérenls « momenis de la marche. Ces échantillons servent ensuite à ense- « mencer le liquide de culture favorable en tubes anaérobies, et «< lors(|u'il y a un développement de microbes, ils sont caractérisés (( par l'examen microscopique et la présence de la m innite dan- le <' litpiide de culture ; « 2" La lempératurede 65° maintenue pendant un (juartde minute « seulement, conditions habituelles de l'action de la chaleur dans les «appareils métalliques, est suffisante pour stériliser les différentes « variétés de germes des maladies anaérobies, quelle que soit la com- « position du vin traité ; « 3" La stérilisation des fûts devant recevoir le vin pasteurisé doit « être effectuée plus sérieusement qu'elle ne l'est couramment, car « elle n'est obtenue, pour une barrique ordinaire, qu'au bout de « sept à huit minutes quand on lance à l'intérieur un jet de vapeur « assez intense ; « 4" Les manipulations de la barrique stérilisée et son remplissage M doivent autant que possible être faits de la manière suivante : « Après avoir arrêté la vapeur et relevé la barrique, on place sur « le trou de bonde une plaque en tôle mince fixée légèrement avec « quelques petits clous et on met à refroidir et à égoutter. Si la « liarrrique porte une esquive, elle doit être recouverte de jonc « neuf et mise en place pendant la stérilisation après avoir été ébouil- « lantée. « Après refroidissement, la bai'ricjue est amenée, en roulant >ur « pointe, près de l'appareil pour être remplie, et l'on ne fait sauter 1' la plaipie qui obstrue l'orifice (ju'au moment voulu. La barrique « pleine est bondée avec des liiiges et des bondes sortant de l'eau I') Hecherches nouvelles sur la pasteurisation des vias (Bulletin de l'office des renseignements agricoles, juin 190G. Revue de viticullure, novembre UtOG). ■ COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 247 « bouillante et tenus avec une pince en for. Puis, on rase la bonde et « on la plaque avec une placiue ronde à grifTes ; les esquives sont « Iraitées de la même manière. On met ensuite la barrique au repos, « bonde de côté. « Si les barriques n'ont pas de défauts provoquant des suintements « qui sont des portes d'entrée pour les germes extérieurs, le vin « ayant été traité par un appareil fonctionnant bien peut se conserver « stérile dans ces conditions jusqu'au moment où il sera livré à la « consommation ; « 5" Au lieu de mettre le vin en bouteilles pour le pasteuriser a ensuite, ce (jui est une opération dispendieuse et peu pratique « pour être effectuée en grand, il est possible de faire cette mise en « bouteilles du vin à sa sortie du pasteurisateur des vins en fûts, en « procédant avec quelques soins supplémentaires qui écartent toute « chance d'insuccès. Appliqui'e couramment, cette manière de faire, « très économique, favoriserait la consommation des vins en bou- « teilles en leur assurant une conservation de longue durée. » SECTION XI ARBORICULTURE FRUITIÈRE ET CULTURE MARAÎCHÈRE — HORTICULTURE— UTILISATION INDUSTRIELLE DES FRUITS ET DES LÉGUMES Les questions qui ont été traitées devant cette section sont les sui- ntpc • vantes La pomologie agricole et son rendement Rapporteurs : MM. Lôschnig, inspecteur d'arboriculture fruitière, à Korneuburg ; F. Kebholz, conseiller d'Etat pour la culture des arbres à fruits et des jardins, à Munich ; August ILvvelka, inspecteur d'arboriculture fruitière, à Sarajewo ; Emmanuel Gross, professeur à l'Institut agricole de Tetscben-Liebwerd (llohème) ; J. Px'ïttner, rédacteur en chef à Francfoi-t-sur-l'Oder ; Karl Mader, directeur à San-Michele-sur-l'Adige ; E. v. Solemacher-Antweiler, du burg Nanredy, à Andernach. L'éducation des arbres à fruit est très en honneur en Allemagne et en Autriche ; elle constitue la principale richesse de plusieurs contrées. Aussi s'est-il trouvé jusqu'à sept spécialistes pour [raiter ce sujet qui est à l'ordre du jour dans les pays de langue allemande. Nous allons donner les conclusions de ces divers rapports. Conclusions du rapport Lôschnig : « 1° La culture fruitière en vue de la fabrication de boissons (cidre, poiré, etc.) mérite d'être développée dans toutes les contrées où les boissons de fruits sont utilisées par le peuple. COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 249 « Pour remédier à la surprodiiclioii et pour obtenir des conditions de prix plus favorables, il faut planter en plus grandes quantités, dans des endroits convenables, des espèces d'arbres donnant de-'^ fruits de choix qui conviennent à la préparation des boissons de fruits. « Les espèces d'arbres donnant des fruits transportables et suscep- tibles d'être vendus sur les marchés doivent être considérées, en première ligne, dans la plantation des arbres fruitiers pour boissons, afin que, le cas échéant, les fruits puissent être vendus ; (( 4- La culture des abricots, dans des conditions appropriées de sol et de climat, appartient à l'exploitation des arbres fruitiers don- nant les plus grands revenus. « Pour les cultures en grand, les espèces recommandables sont celles qui fournissent des fruits plus piÀles, plus ronds et de moyenne grosseur. » Conclusions du rapport Rebiiolz : Le rapporteur définit d'abord le terme « culture fruitière agri- cole ». Il comprend par là Texploitation de la culture fruitière extensive en pleine campagne, jointe aux cultures agricoles, par opposition à l'exploitation de la culture fruitière intensive dans les vergers. Il distingue plusieurs sortes de cultures fruitières agricoles et ce sont : « a) La culture fruitière dans les champs ; « h) La culture fruitière dans les prairies ; « c) La culture fruilière sur les routes ; « d) La culture fruitière sur les terres incultes. » Le rapporteur donne des chiffres de rendement pour l'Allemagne du Sud et l'Allemagne centrale et dit que l'on devrait adopter, par arbre, un rendement annuel, moyen, de 5 marks. eul-(Hre supérieur à ce rpi'il est en réalité, influencé qu'il est par la présence des pruniers, bien que la couronne de feuillage par eux développi-e soit moins puissante que celle, par exemple, du pommier et du poirier. « Ce qui peut toutefois être admis comme cerlain, c'est que les plantations de pruniers ne seront susceptibles de rendement i\ue là où le sol ne saurait guère s'approprier à d'autres utilisations, comme par exemple sur des talus raides, sur les pentes des rives d'un coui-s d'eau, sur la bordure des routes et des chemins ou, en mettant les choses au mieux, sur des suj)erhcies gazonnées : encore ne fauilr;iit- H pas dans ce cas que leur rendement fût obéré i»ar des charges quelconques affectant le sol, par exemple un prix de location. Aussi observons-nous qu'actuellement, où l'éleveur d'arbres fruitiers rai- sonne plus qu'autrefois et s'accoutume à compter le crayon en main, on commence à éliminer assez souvent le prunier des champs et des prairies pour lui substituer d'autres arbres fruitiers ; « "3" La culture pomologique prati(|uée sur un sol à herbages laisse, en général, les soins étant les mêmes, espérer de meilleurs résultats que la culture pomologique pratiquée dans des terres de labour, et autant qu'il paraît, des plantes plus denses, en prairie, donnent de meilleurs résultats que des plantations moins denses. Si donc on n'attache au rendement des herbages qu'un intérêt secondaire, on peut parfaitement et sans inquiétude disposer les arbres fruitiers à raison de cent sujets par hectare de prairie ; « 4° Sur les terres de labour, on ne peut naturellement pas son- ger à une plantation aussi dense. Là, en effet, apparaîtrait le dan- ger que le préjudice porté à la récolle des cultures du sol ne dépasse le rendement à espérer des arbres fruitiers, de sorte que la cultui-e pomologique en champ de labour se transformerait en un élément réduisant le rendement du champ (voir pomme, prune, noix). « Mais, même sans tirer argument du cas où la plantation trop dense d'arbres fruitiers en terres de labour ne serait pas signalée par un insuccès aussi brutal, la réflexion et le calcul nous enseignent que la plantation moyennement dense d'une terre de labour en arbres fruitiers — disons cinquante arbres par hectare — eu égard à COMPTE RENDU DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 253 la très modique diminution infligée au rendement des cultures du sol par une plantation ainsi comprise, aboutit constamment à des résultats extrêmement satisfaisants, sinon aux meilleurs résultats qui se puissent espérer. C'est ce que manifeste très clairement notre ttibleau ; a 5" Pour ceux qui font ressortir avec une prédilection toute parti- culière les difficultés et les obstacles suscités à l'exploitation des terres de labour par l'adjonction de la culture fruitière, et qui se déclarent en conséquence opposés à la culture pomologique en terres cultivées, notre tableau contient l'indication précieuse, que même des plantations très clairsemées, dans lesquelles les incon- vénients relevés ne parviennent cependant pas à leur pleine exten- sion, sont en mesure de fournir un bénéfice extrêmement appré- ciable ; « 6° Si nous classons les différentes catégories de fruits dans l'ordre indiqué par l'importance dn rendement net à attendre de leur culture, celle-ci étant pratiquée avec densité moyenne de la planta- tion, soit, comme nous l'avons dit, à raison de cinquante arbres par hectare, et en faisant intervenir les arbres dans le paiement partiel des charges affectant le sol, nous obtenons le tableau suivant : RBNDEMKNÏ évalué en couronnes par hectare , . de terres Pf ^^".''Y*^ de labour ^'' P'*^""^ Poiriers 9i 135 Cerisiers à griotte . . . 93 134 Cerisiers à (ruil doux 90 131 rruniers à pruneaux 69 115 Abricotiers G7 108 I^ommiers 39 80 Noyer (fine qualité dite noix welclie) 37 78 Pruniers 41 — « Si le pommier se rencontre très souvent comme arbre fruitier des terres de culture, malgré le rang défavorable ([u'il occupe dans notre tableau au point de vue de sa capacité de rendement net, il ne faut aucunement en conclure que les élevenrs d'arbres fruitiers ignorent que d'autres plantations sont reconnues de meilleur rapport 251: ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE que lui. La plupart sont parfaitement éclairés à ce sujet. Mais ils savent aussi que le pommier est du nombre des arbres IViiitiers les moins exiiieants et que son produit constitue en réalité le véritable fruil de l'hiver, que, par conséquent, absti-action faite de la pomme d'été, il est très commode à conserver et que pourvu qu'on en ait, on trouve toujours des acheteurs. « Toutes les autres espèces de fruits, à l'exception de la prune, ont leurs exii;ences [)lus ou moins spécifiques à l'éi^ard du sol, de la position, (lu clinial, ce qui est cause aussi que leur dilfusion sur la surface de la terre est plus restreinte ; d'autre part, il est connu que les fruits à noyau et pareillement la poire, à l'exception de la poire d'hiver, ont vis-à-vis de la pomme le désavantage de se gâter avec une extrême facilité, et qu'en conséquence, en cas de situation défa- vorable du marché, ils sont sujets à mettre le producteur dans de désastreuses situations. 9 (conclusions du rapport IVIttner : (( 1. — 1° La culture agricole des arbres fruitiers doit être adaptée à la spi'cialifé de l'exploitation agricole ; « 2° La culture des arbres fruitiers n'est avantageuse, dansl'exjdoi- tation, (pie lorsque le sol et le climat favorisent le développement des fruits ; « 3° 11 n'est généralement pas avantageux de cultiver les arbres fruitiers en rangées trop serrées. A vrai dire, il ne faut les envisager qu'à l'état de culture secondaire ; « 4" La culture la plus avantageuse, sous le rapport de l'inti-grit"' des arbres, de leur heureux développement et de la bonne ("ormation des fruits, est de planter en longues rangées toufl'ues avec de larges espaces intermédiaires qui servent à la production de plantes four- ragères, de légumes cultivés à la pioche et, suivant l'occasion, à la culture du blé ; « 5° Les espaces de terrains destinés aux arbres fruitiers exigent, plus encore que les espaces intermédiaires, un engrais et un labou- rage réguliers du sol ; « 6" Le labourage se fait an moyen (rtiiie charrue san> avant- COMPTE RENDU DU VIIl'^ CONGRÈS INTERNATIONAL 255 train. Plus le? arbres se développent, plus il tant espacer les ran- gées ; i« qui donne tardivement, mais longtemps encore après la défloraison de la plupart des rosiers sau- vages, ses fleurs blanches d'agréable odeur, et dont les longs sar- ments sont garnis du plus beau feudlage luisant. « h^ Rosa Soulieana (\\\\ peut faire des touffes de plus de 8 mètres de hauteur donne également une floraison tardive extrêmement abondante. « Dans la section des Cinnamomées , nombreuses sont les espèces intéressantes. Le Rosa Webbiana, très polymorphe, ofl're des variétés à fleurs ou minuscules ou petites, mais rose très vif, ou encore blan- ches et très grandes. Le Rosa macrophylla est un type très variable aussi, l'une de ses plus belles variétés a le filet des étamines rouge, les anthères oranges, les fruits très longs. Les mérites et les varia- tions da Rosa rugosa n'ont pas besoin d'être soulignés, ses hybrides sont déjà fort nombreux, dette espèce ayant à la fois la beauté du 268 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONONflQUE rcuillayc, lu nisticilé, la grandeur des Heurs et la ([ualilé de bien se féconder est un excellent point de départ pour les hybridations. Citons encore dans une autre section le Bosa sericea de Chine à curieux aiguillons en lame de couteau, à fleurs tétramères; cette espèce bien rustique peut dépassera et même 5 mètres de hauteiu\ « Pomacées. — Dans cette famille on peut citer de nombreuses variétés intéressantes du Chenomeles Maulel, introduites successive- ment du Japon ; un Sorbiis chinois auquel notre savant confrère, le D' Gam. C. Schneider, a donné le nom de Sorbiis Vilmorini el qui se distingue par un feuillage très découpé et gracieux, et nous arrivons au genre Cralœgus. ^ « Les botanistes américains ont depuis quelques années prodigieu- sement augmenté le nombre des espèces connues dons ce genre, mais leur introduction en Europe est encore trop récente pour qu'on les ait vues fleurir et fructifier, sauf quelques-unes qui semblent fort belles. « Dans les Cotoneasler, je signalerai une charmante espèce répan- due par la maison Hegel et Kesselring sous le nom de C. species Nan Scfian : il est probable que c'est une forme de l'espèce que j'ai introduite et que M. Bois a nommée C. adpressa, mais la variété de Regel est supérieure en quaUtés décoratives. « Le Coloneaster ou Pyracanlha? anguslifolia de Fivinchet forme un très bon arbuste, décoratif par ses fruits orangés, dans l'Europe occidentale où les froids ne sont pas trop vifs. « Dans les mêmes régions le Cot. Franclieli formera un gracieux buisson orné en hiver de jolis fruits rouges. « Saxifragées. — Les DeiUzia offrent des espèces recommanda- bles parmi celles dont l'introduction est récente. Une des meilleures est le D. parvijlora de Chine. Le D. Sulclmenensis Franchet ou D. corymbiflora Lemoine devra être cultivé dans une région tempérée, il craint le soleil trop brûlant et les froids dépassant 12 à 15 degrés. Le Deutzia Vilniorinl semble pouvoir faire une bonne espèce, à grandes fleurs, à la fois pour la pleine terre et la culture sous verre. COMPTE RENDU DU VllI* CONGRES INTERNATIONAL 239 « Parmi les P liiladelph us nonveMemeni introduits, le Pli. serican- lliiis Kœliiie et le Ph. Magdaknœ Kœhne semblent très intéressants. « Les Ribes speciosuvi Piirsli et R. amictum Greeiie sont deux belles plantes californiennes à fleurs relativement grandes, propres aux climats un peu doux en hiver. Hamamélidéss. — Le Distyliiitn racemosum du Japon fleurit et fructitie môme en jeunes exemplaires dans l'Europe occidentale et le climat maritime. Le Corylopsis grandiflora du Japon est un gracieux arbuste de terre de bruyère, bien résistant au froid et à floraison très précoce. « Combrétacées. — Il est tôt d'émettre un jugement sur le Davi- dia involucrata Bâillon dont l'introduction est récente. Je pense qu'il fera un arbre très décoratif dans l'Europe occidentale ; il semble craindre le grand soleil et l'aridité atmosphérique. Cl Caprifoliacées. — Dans le genre Lonicera je crois que l'on peut prédire un avenir horticole aux espèces à petites fleurs odorantes : Thibelica Bur. et Franck.; Syringantlia Max, Spinosa Jaquem. Le L. pileata a un feuillage très distinct et fort joli qui le fera rechercher. « Le L. deflexicahjx Batalin e%i une espèce à gracieux rameaux retombants. Sa floraison n'est pas sans mérite. c< Éricacées. — Le Pieris japonica et ses variétés se rencontrent de plus en plus dans les jardins, c'est une des plus précieuses plantes de terre de bruyère pour les climats tempérés, et sa floraison dès la fin de l'hiver en fait une espèce favorite. « Parmi les Rhododendrons plusieurs petites espèces sont dignes d'intérêt, le Kamtschaticum de l'Asie orientale, le Rh. racemosum de la Chine occidentale. Parmi les types plus développés le Rh. Un- geri, le Rh. AugusUni semblent devoir être des types intéressants. « Olèinées. — Dans les Lilas d'introduction relativement récente on peut constater le mérite du Syringa pubescens Turcz à odeur exquise et, dans le groupe des Syringa à fleurs de troène, le Syringa japonica Decaisne qui, planté de préférence à une exposition où le 270 ANNALES DE LA SCIENCK AGRONOMIUUB grand soleil ne le fatigue i)aset en lerrain frais, se forme en un pelil arbre remarquablement beau au moment de la floraison. « Loganiacées. — Les Buddleia d'Asie orientale : uur. Hemsiej/ ; Veitchii, etc., sont des arbustes à floraison estivale très précieux, l'abondance de la graine, la facilité du bouturage les répandront sans doute très promptemenl. {( Labiées. — Une Labiée à charmantes petites fleurs bleues très abondantes, le Perowskia triplicifolia de Benlham, est très digne d'attention. Elle est précieuse pour la confection des bouquets, no- tamment. « Polygonacées. — La vogue de Polygottum Baldschuanicum se répand ajuste titre. Cette belle plante grimpante est presque perpé- tuellement en fleur de mai à octobre. Sa rusticité est complète. (( Thyraélées. — Le Daplive Genktva du Japon à fleurs violettes, le D. Blagayana à grandes fleurs blanches hâtives semblent devoir attirer l'attention ; éviter le trop grand soleil et le terrain trop con- sistant. « Urticacées. — Intéressant par son port, le Plerocellis TaUiri- nowi sera sans doute un arbre gracieux pour l'Kurope tempérée. Il grène très peu et irrégulièrement jusqu'ici et la nmltiplication semble très difficile; il faut ajourner un jugement jusqu'au moment où ses exemplaires seront plus nombreux. (( Cupulifères. — Le Corylus ihibelica Batalin, outre une fructifi- cation très curieuse, offre un fort joli feuillage d'un vert foncé, ce sera un bon arbuste. Il fructifie régulièrement et assez abondamment ; il va probablement se répandre dans la culture. « Monocotylédonées. — Dans les liambusées, le groupe des Arun- diiiariu de l'Himalaya se répand de plus en plus dans les zones très tempérées de l'Europe occidentale. \j Arxindinaria nitida en est un des représentants les plus gracieux. Planter à mi-ombre. « Pour les climats déjà plus froids en hiver mais à été chaud, il COMPTE RENDU DU VIIl' COiNGRÈS INTERNATIONAL 271 faut signaler pour sa belle croissance et son port imposant le Phyl- lostachis ou Nidularia /lexuosa. a Enfin, les Arundiiiaria de petites dimensions mais à large et beau feuillage : pulmatu Pfilzer et l'espèce ou variété voisine, A. Vcilchii peuvent être placées sur les pelouses ou les talus, en pleine lumière, dans la plupart des jardins. » Les arbres étrangers au point de vue forestier. Nouvelles essences pour les forêts d'Europe Rapport de M. Pardé : « Je crois pouvoir me permettre, avant d'aborder mon sujet, de présen'er une légère observation. « J'ai été un peu étonné, je l'avoue, en parcourant le programme des travaux du YIIl'' Congrès international d'agriculture, de constater que la question des arbres étrangers n'était plus inscrite, comme au Congrès de Rome, en 190â, à la section d'économie forestière, mais à la section d'arboriculture et d'horticulture. « Sans doute, jusqu'à présent, l'introduction des essences exoti- ques a préoccupé surtout les horticulteurs ; mais on ne peut nier qu'elle présente aussi le plus grand intérêt pour les forestiers. Le temps est venu, il me semble, de répandre les arbres étrangers au delà des pépinières, des parcs, des jardins et promenades publics. « Le prunier tardif, le noyer noir, le chêne rouge d'Amérique, le thuya géant, le cyprès de Lawson, l'épicéa de Silka, le sapin de Douglas, pour ne citer que les plus intéressants, sont, avant tout, des arbres de forêts. • « De fait, la question de l'introduction des arbres étrangers dans nos bois d'Europo est, depuis longtemps, posée, étudiée ; elle a été traitée par de nombreux auteurs, par MM. Michaux, Hartig, Booth, Schwappach, Berger, Houba, Beissner, Cieslar, Maurice de Vilmorin, Hickel et bien d'autres ; elle a été l'objet, au Congrès de sylviculture tenu à Paris, en 1900, et au Congrès international d'agriculture tenu à Rome, en 1903, de vœux dont il serait pour le moins utile de con- iiaiire et de discuter les résultats. • 272 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « Au surplus, je n'attache pas uno importance exagérée à mon observation. I/essenliel est que, quelle que soit la section où elle soit traitée, la question des essences étrangères au point de vue forestier soit posée au Congrès international de Vienne, comme au précédent Congrès. « C'est pouHjuoi j'espère que les membres de la XI* section vou- dront bien permettre à un forestier de prendre part à leurs travaux et à leurs discussions. « Le Congrès international de sylviculture tenu, à Paris, en 1900, a, dans sa séance du 6 juin, voté les deux propositions que je lui avais présentées, comme conclusions de mon rapport sur « Les prin- « cipaux végétaux ligneux exotiques au point de vue forestier », à savoir : « 1° Qu'il soit fait, en forêt, sur de petites surfaces, dans les dif- « férentes régions, en des stations diverses et sur tous les sols, des « essais de boisement portant sur les principales essences forestières « exotiques ; « 2° Que les résultats, bons ou mauvais, de ces essais, soient « enregistrés et centralisés soigneusement et, surtout, portés a la « connaissance des forestiers. ») « Dans sa séance du 1-4 avril, la section de sylviculture du \\V Congrès international d'auriculture siégeant à Rome en 19U3, après avoir pris connaissance de mon mémoire sur YEmploi des essences forestières indigènes et exotiques 'pour le boisement des diffé- rents sols, a admis le vœu proposé à la fm de ce mémoire : « Que le service forestier de chacun des États représentés au « Congrès international de 190."^ fasse procéder à une enquête sur « les boisements intéressants obtenus au moven des différentes « essences indigènes et surtout exotiques, et fasse connaître les « résultats de cette enquête. » « J'ignore encore dans quelle mesure il a été tenu compte des vœux émis, en 1900, par le Congrès international de sylviculture. « Les essais qui ont pu être faits, pour s'y conformer, sont d'ail- leurs actuellement encore trop récents pour qu'il soit possible d'en tirer des conclusions. COMPTE RENDU DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 273 « En France, la Société forestière de Franche-Comté et Belfort, toujours disposée à expérimenter, à réaliser les améliorations qui lui sont signalées, a affecté chaque année, depuis 1901 , un certain crédit à l'achat de plants de végétaux ligneux exotiques qui ont été déli- vrés gratuitement ù des communes ou établissements publics, à des villes, à des sociétés forestières et à des particuliers, pour être plantés, à titre d'essai, dans de nombreuses localités, en des sols très divers, à des altitudes et à des expositions variées. (( De 1901 à 1905, la société a délivré, dans ces conditions, 18 650 plants, appartenant ù vingt-sept espèces différentes^, savoir: parmi les feuillus, LiriodendroH iulipifera Lin., Acer saccharinum Wangh., Padus serolina Agardh., Fraxinns americana Lin., Juglans nigra Lin., Carya alba^uH., Carya amara Nutt., Carya porcina Nutt., Plerocarya caucasica C. A. Mey., Betida lenla Lin., Quercus palus- iris Duroi, Quercus rubra Lin., et, parmi les résineux, Thuya gigan- tea Nutt., Chamxcyparis lawsoniana Pari., Juniperus virgiuiana Lin., Séquoia gigantea Torr., Pinus laricio calabrica Delam., Cedrus ailanlica Manelti., Larix leptolepis Endl., Picea orientalis Carr., Picea silchensis Trautw. et Mey., Pseudotsuga Douglasii Garr., Abies cephalonica Loud., Abies cilicica Carr., Abies grandis Lindt., Abies nordmanniana Spach, Abies pinsapo Boiss. (( De même, la Société nationale d'agriculture fait planter tous les ans, dans son domaine d'Harcourt (Eure), déjà si riche en vieux exemplaires de nombreux arbres étrangers, des plants des essences forestières exotiques nouvellement hitroduites. « Enfin, l'administration française des eaux et forets continue, ;'i Nogent-sur-Vernisson (Loiret), les introductions qui font de l'arbo- retum national des Barres, dont j'ai établi et publié le catalogue, une des plus riches collections du monde. « J'espère que des essais de même nature ont été faits dans les autres Etats de l'Europe et que les résultats, enregistrés et publiés, fourniront, dans quelques années, des renseignements très précieux, sinon définitifs, sur l'acclimatation des principaux arbres étrangers hitroduits jusqu'à présent dans notre pays. (( Quant à l'enquête votée par le Congrès international de Rome, — enquête devant portei' sur les boisements obtenus au moyen d'es- ANN. SCIENCE AGRON. — 3* SÉRIE — 190S — II 18 274 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE seiices exotùjucs, — ^J'iyiiore encore coinplètemenl dans (luols Klats elle a été faite et ([ucls en ont été les résultats. « J'ai cru utile de rappeler ces vœux anciens. « En même temps, je voudrais insister de nouveau sur deux points de la question (jui me paraissent particulièrement importants. (( Une essence étrangère ne doit être introduite dans nos forêts (jue lorsqu'elle a fait preuve, dans nos jardins ltotani(jues et dans nos parcs, d'une adaptation suffisante à notre climat. c( Et elle ne mérite réellement cette introduction que si elle est susceptible de nous donner un bois convenant mieux à certains em- plois ou propre à d'autres usages que celui fourni par nos essences indigènes. « Au point de vue de l'adaptation à notre climat, il existe, à mon avis, une sorte de critérium permettant d'apprécier, sous ce rapport, une essence exotique: c'est son aptitude à se reproduire naturelle- ment de semences dans nos bois, dans les conditions ordinaires. « Sans doute, nous pouvons avoir intérêt à multiplier artificielle- ment telle ou telle espèce précieuse, surtout si — c'est là un autre point intéressant sur lequel il serait également utile d'être renseigné — cette espèce donne, dans nos pays, des graines fertiles permettant de la reproduire sinon en forêt, du moins en pépinière; mais, nul ne contestera que tout arbre étranger, capable de donner des semis naturels sous nos climats, est, par cela même, abstraction faite de ses autres mérites, à apprécier ultérieurement, tout désigné pour être planté dans nos bois. « Au point de vue des usages et des qualités fournis par les dillé- rentes essences étrangères, nous savons généralement quels sont ces emplois et comment sont appréciées ces qualités dans leurs pays d'ori- gine, i)onr des arbres qui ont crû dans ces pays. « Mais, nous sommes, jusqu'à présent, assez mal renseignés, à ces points de vue, en ce qui concerne ces mêmes essences, élevées en Europe. « il peut parfaitement se faire que le bois d'une espèce d'arbre diffère, suivant que les sujets proviennent des forêts de leur patrie ou des nôtres, qu'il n'ait pas, dans les deux cas, les mêmes ([ualités, qu'il ne soit plus j)ropie aux mêmes emplois. COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 275 « En outre, le plus souvent, l'appréciation dans son pays d'ori- gine d'un bois d'un arbre étranger a été faite sans le comparer au bois de nos espèces indigènes. En ce qui nous concerne, il est im- portant, nécessaire que cette comparaison ait lieu. « En conséquence, j'ai l'honneur de soumettre au VHP Congrès international d'agriculture les deux vœux suivants : « 1° Que, dans chacun des États représentés au Congrès, il soit dressé une liste des essences forestières exotiques qui se sont repro- duites naturellement de semences sous nos climats, dans les condi- tions ordinaires ; « 2" Que les bois fournis par les arbres étrangers, élevés en Europe, soient l'objet d'expériences et d'observations précises, por- tant sur leurs qualités et leurs emplois, par comparaison avec nos bois indigènes. « Remarque. — Toutes les fois qu'il s'agit d'introduire une essence en forêt, surtout lorsque cette introduction porte sur un arbre étranger à expérimenter, il est très important de bien s'assurer (jue les graines ou les plants employés sont de provenance sûre et de bonne qualité. « En ce qui concerne les plants, je ne saurais trop recommander de n'utiliser en forêt que des sujets issus de graines, à l'exclusion de ceux qui sont obtenus de greffes. « Je crois utile d'insister sur ce point auprès des horticulteurs, aussi intéressés que les forestiers à ce que les essais faits soient concluants. « Appendice. — M'occupant, depuis plusieurs années déjà, de la question qui fait l'objet du premier de mes vœux, ayant pris des notes nombreuses à ce sujet, je crois intéressant de donner, dès aujourd'hui, la liste des essences étrangères qui, jusqu'à présent, à ma connaissance, se sont reproduites naturellement de semences en France, dans le Nord et le Centre surtout, et, accessoirement, dans les autres pays d'Europe. « J'ai indiqué, quand cela m'a été possible, les pays et les localités où l'existence de semis naturels a été constatée. » 276 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE 1° Essences résineuses l.iboccdrus Jecurreiis Torr. — Les Thiollels (Allier). Tliuyn tjiyanlea AulL — Les Barres (Loirel); Harcourt (Eure). liiola orientalis Endl. — Harcourt (Eure). Chamœcyparis lawsoniana Pari. — Les Barres (Loiret) ; Harcourt (Eure). Chumœcyparis nuKkœnsis Spach. — Aiiteiiil (Oise). Chamsecyparis sphseroidea Spach. — Besnier a noté rexistcncc de semis natu- rels de cette essence à Wôrlilz (Allemagne). Juniper us virginiana Lia. — Harcourt (Eure). Cryptoineria japonica D. Don. — Harcourt (Eure). Pinus inops Solander. — Les Barres (Loiret). Pitms laricio austriaca Endl. — Naturalisé en France. Pimis laricio corsica Delamarre. — Les Barres (Loirel). Pinus laricio calabrica Mathieu. — Les Barres (Loiret). Pinus resinosa Solander (P. rubra) Michx. f. — Les Barre.s (Loiret). Pinus Jejj^reyi Murray. — Allemagne. Piaus ponderosa Douglas. — Allemagne. Pinus rigida Miller. — Les Barres (Loiret). Pinus excelsa Wallick. — Les Barres (Loiret). Pinus peuce Grisebach. — Allemagne. Pinus sirobus Lin. — Naturalisé en France. Cedrus atlanlica Manelti. — Harcourt (Eure). Cedrus Libani Barr. — Les Barres (Loiret) ; Harcourt (Eure). Picea orientalis Carr. — Harcourt (Eure). Picea rubra Link. — Les Barres (Loiret). . Picea sitchensis Trautw. et Mey. — Allemagne. Tsuga canadensis Carr. — Harcourt (Eure) ; Baleine (AUierj. Pseudotsuga Douglasii Carr. — Les Barres (Loiret) ; Harcourt (Eure) ; Jouy-en Josas (Seine-et-Oise), etc. .Abies balsamea Miller. — Harcourt (Eure). Abies cephalonica Link. — Les Barres (Loiret) ; Harcourt (Eure) ; La Gliesnav- Haguest (Eure). Abies cilicica Carr. — Les Barres (Loiret) ; Harcourt (Eure). Abies lasiocarpa Lindt. et Gord. — Jouy-en-Josas (Seine-et-Oise). Abies nordniannianna Spach. — Les Barres (Loiret) ; Harcourt (Eure). Abies pinsapo Boiss. — Les Barres (Loiret). 2° Essences feuillues Ailanlus glandulosa Des/. — Naturalisé eu France. Acer dasycarpum Ehrh. — Allemagne. Acer negundo Lin. — France. Acer neapolitanum Tenorc. — Les Barres (Loiret). Acercolchicuni Harlw. — .louy-en-Josas (Seine-et-Oise). COMPTE RENDU DU VIIl' CONGRÈS INTERNATIONAL 277 Robinia pseudo-acacia Un. — Naturalisé en France. Padus serotina Agardh. — Les Barres (Loiret) ; Harcourt (Eure) ; Baleine (Allier). i\yssa sylratica Marsh. — Baleine (Allier). Zelkowa crcnata Spacli. — Les Barres (Loiret). Platanus orienlalis Lin. — Naturalisé en France. Juglans nigra Lin. — Les Barres (Loiret) ; A peu près naturalisé en France. Curija alba Nutl. — Les Barres (Loiret); Baleine (Allier). Carya amara Nutt. — Les Barres (Loiret) ; Baleine (Allier) . Caryu porcina Nutt. — Les Barres (Loiret) ; Baleine (Allier). Pterocarya caucasica C. A. Meyer. — France. Betula papyrifera Marsh. — Les Barres (Loiret). Alnus cordifolia Tenore. — Les Barres (Loiret). Popidus canadensis Des/. — Naturalisé en France. Populiis Iremuloides Michx. f. — Les Barres (Loiret). Quercus coccinea VVangh. — Les Barres (Loiret). Quercvs feiTuginea Michx. f. — Les Barres (Loiret). Quercus ilicifolia Wangh. — Les Barres (Loiret). Quercus paluslris Duroi. — Les Barres (Loiret); Baleine (Allier). Quercus rubra Lin. — A peu près naturalisé en France. Quercus ambiguo Michx. f. — Les Barres ^Loiret). Quercus tinctoria Michx. — Les Barres (Loiret). V — Jardins de villes — Choix judicieux des espèces Rapportem^s : MM. Bertram, dii^ecteui^ de jardins à Di^esde ;J. Lux, a Dresde. M. Rertrani termine son rapport par les considérations suivantes que le Congrès a adoptées : « La netivième section du VIII* Congrès international d'agriculture à Vienne décide d'accepter les résolutions suivantes : « 1. Lors de l'érection de plans de culture ou d'élargissement, il est recommandé aux villes de réserver des emplacements les plus grands possible pour des plantations de jardins populaires, parcs munici- paux, places de jeu, de repos ou d'ornement. « 2. Dans les vieilles villes, il faut instituer autant que possible des emplacements pour la décoration et le repos, notamment dans les quartiers les plus populeux « 3 Lors de la configuration d'une ville, ce travail doit être fait sous la direction du pi^emier jardinier municipal aussi bien que sous 278 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE celle (lu tléparfemenl des travaux publics et des employés de l'arpen- tage, et celui-ci devra C'iro. consulté dans toutes les occasions rela- tives. « 4. Partout où un département des jardins municipaux et une députation des jardins n'existent [)as encore, il est utile d'en instituer La direction de ce département doit être nommée pai' les directions des autres administrations. « 5. Le premier jardinier municipal devra faire montre de cer- taines connaissances artistiques et techniques, « 6. Le paiement des employés du déparlement des jardins doit être exécuté par les autres fonctionnaires techniques. « 7. Les petites villes qui ne peuvent pas faire la dépense d'un fonctionnaire artiste et instruit devront, lors de grandes exécutions, et à leur grand avantage, demander des conseils à un spécialiste pour jardins artistiques. « 8. Pour la culture des bois aptes, forts et réguliers, ainsi que les plantations, des jardins municipaux de grande étendue sont à ins- taller. » TABLE DES MATIÈRES QUI ONT ÉTÉ TRAITÉES AU VHP CONGRÈS INTERNATIONAL D'AGRICULTURE QUI S'EST TENU A VIENNE DU 21 AU 25 MAI 1907 TOME I — 1908 Pages Division du congrès en onze sections 1 Horaire des travaux et solennités du VIIl" Congrès international (l'aiiriculture tenu à Vienne en 1907 3 Discours de M. Méline 5 SECTION I Économie rurale ]. Réglementation internationale des marchés à terme 12 llapport du comte Zrlenski (Hongrois) 12 du comte Kolowrat-Krakowsky (Autrichien) ... 12 de M. d'Ehrenfels 17 II. Liaison des congrès internationaux d'agriculture avec V Institut international d'agriculture fondé à Rome par le roi d'Italie. 1 8 Rapport du D"^ Rœsicke-Gôrsdorf 18 III. Conditions de la conservation de la classe rurale 19 Rapport du D"" K. VON Grabmayr (Autrichien) 19 — du D' Hoffmeister (Autrichien) 19 — du comte Kuefstein 22 — ■ du directeur Grimm 24 280 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Pages IV. Etude comparée de rimpositioii du rouleninil de raf/rirultiire . 'H Rapport des D" von IIeckel et von Bauer 2i — de M. Martens (dégrèvement du sol en Belgique). . 25 SECTION II Enseignement agricole et forestier I. Sur rorf/aiiisal/oii la pliii^ proUijne p(nir rrii-sr/f/ncmenl af/ri- cole Uapptut du M' II. Thiel (Allemand) 33 II. Rapports entre l'offre et la demande des employés supérieurs dans les exploitations af/ricoles et foreslih-es 39 Rapport de M. Ecr.ER-MôLLWALD (Autricliieni 39 de M. P)(ETTGER (Autrichien) 40 III. Y a-t-il lieu d'exiger légalement un certificat d'aptitude pour les directeurs des exploitations agricoles et forestières? . . 41 Rapport du baron H. de IIaerdtl (Aulricliieii) 41 — du professeur R. von Gittenberg (Aulricliien) . . 42 — de M. VON .Iaroschka (Autrichien) 44 lY. De V expérimentation dans les écoles secondaires d'agriculture comme moyen d'enseignement et ottjct d'étude 44 Rapport du professeur Schindler (Autrichien) 44 Y. Création d'un enseignement agricole et forestier dans les écoles primaires et secondaires 45 Rapport de M. .Iugoviz (Autrichien) 45 Yl. L'éducation agricole et ménagère des fem.mes; le rôle social de la fermière et son éducation professionnelle 40 Rapport de M. de Yi'yst (Belge) 4(» YIl. Instruction agricole des soldats 59 Rapport de M. Nazzari (Italien) 59 Ylll. Comment pourra-t-on remplacer dans l'avenir le salpêtre du Chili Gl Rapport du professeur Frank (Allemand) <">1 — du professeur Rirkkland (Norvégien) 01 COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 281 Pages IX. Quelle est la meilleure organisotion des recherches agricoles. 61 Rapport de M. Trup: (Américain) 61 — de M. KosuTANY (Hongrois) 63 — de M. Dafert (Aulrichien) 65 X. Sur la force démonstrative des essais, soit en pois, soif en plein champ 66 Raj)port de M. Raitmair (Autrichien) 66 XI. Statistique et carte des tourbières 67 Rapport du D'' Rersch (Autrichien) 67 XII. Nouvelles pratiques pour la culture des tourbières 68 Rapport du D" Tacke (Allemand) 68 SECTION III Labour — Culture des plantes — Matériel et machines agricoles I. Quels moyens faut-il employer pour maintenir en prospérité la culture de la pomme de terre en Europe et pour parer aux conséquences, soit d'une surproduction, soit d'une mauvaise récolte? 74 II. Remplacement du nitrate de soude dans l'avenir 7-4 III. L'effet d'assimilation des diverses plantes 75 Rapport de M. Philippe de Vilmorin (Français) 76 IV. Importance de la culture des céréales pour l' agriculture de l'Europe moyenne 103 V. Dans quelle proportion doit-il être tenu compte des races indi- gènes pour le perfectionnement des céréales et quelles me- sures sont les plus propres à favoriser l'amélioration des semences t04 Vf. Importance de l'élevage individuel pour la création de races nouvelles 105 SECTION IV Élevage — Questions vétérinaires I. Lutte contre la tuberculose bovine 108 Rapport de M. DE MuLLiE (Belge) 108 282 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Pages II. Les Alpes comme terrain iV élevage pour anfinrer l'approvi- sioimemeni en bétail de l'Europe eenlrale 114 Riipporl (lu D' NopiTSCH (lUwarois) 114 III. De Viiifluence, en maliére d'élevafie, des élables el des laile- ries établies an milieu des pâturages des régions alpestres. 12'2 Rapport (lu professeur Vital (Aulricliien) 122 Conclusion du l)"" Ueinisch (Âutriclii(^n) 12G Conclusions de M. KuBAT (Aulricliien) 126 IV. Moyens d'améliorer les fdturages alpestres 128 Rapport du professeur Paufler (Suisse) 128 — ■ du professeur Moo.s (Suisse) 130 V. Pâturages et forêts alpestres; leur importance économique ; leur délimitation logique 131 Conclusions de M. Gœthe (Autrichien) 132 — de M. HuEBNER (Autrichien) 132 VI. Causes de l'absorption des pâturages alpestres et remhhs à y apporter 133 Conclusions de M. de Pantz 133 VII. La traite tarissante et V élevage 133 Conclusions du professeur D"" MuLLER (Autrichien) 133 — de M. OsTERMAYER (Autrichien) 134 VIII. Les races bovines locales 135 Conclusions de M. Baier (Autrichien) 135 IX. Contrôle hygiénique du lait 137 Conclusions de M. Kaiser (Autrichien) 137 X. Emploi de ferments purs dans la laiterie 138 Conclusions du Ir Winkler (Autrichien) 138 XI. Transport des animaux vivants 139 Conclusions de M. Saborsky (Autrichien) 139 XII. L'élevage rationnel du mulet dans ses rapports avec celui du cheval 141 Conclusions de M. Tucci (Italien) 141 XIII. Bases de l'élevage moderne du porc 143 Conclusions de M. Wozak (Autrichien) 143 COMPTE RENDU DU VIll" CONGRÈS INTERNATIONAL 283 Pages XIV. Le mouton caracnl et les condifiom d'élevaf/e des tirthh à laine 144 Conclusions du professeur D' Adametz (Autrichien) .... 144 XV. Dam quelles conditions l'élevage de la chèvre est-il à sa place dans V agriculture moderne? 146 Conclusions de M. Schneider (Autrichien) 140 — de M. HussMANN (Autrichien) 140 XVI. Conditions d'un élevage lucratif de la volaille 147 Conclu.sions de 1\IM. Wieninger et Roosmanit (Aulrichien.s). 147 Amendements de MM. Wildhagen, Arbeiter, Kummer. . . 149 Rapport de M. Arbeiter (Autrichien) 152 XVÏI. Mesures contre la « Diaspis pentagona », cochenille parasite des arbres fruitiers et des mûriers 164 Conclusions de M. Franceschini (Italien) 164 XVIII. Sériciculture. — Vrai prix de la graine croisée chinoise. — Valeur industrielle des cocons qu'elle donne, comparée à celle des autres variétés 165 Rapport du D' Favero (Autrichien) 165 XIX. Influence des écoles d'apiculture sur l'élevage des abeilles. . 175 Conclusions de M. Muck (autrichien) 175 XX. Élevage de reines allemandes ou de reines américaines . . 175 Conclusions de M. Strauli (Suisse) 175 SECTION V Améliorations agricoles et forestières I. Réforme du service d'observations et d'informations hydrogra- pliiques et météorologiques dans l'intérêt de l'agriculture . 177 Rapport de M. Friedrich (Autrichien) 177 II. Approvisionnement du Karst en eau 179 Conclusions de M. Schollmayer-Lichtenberg 179 III. Utilisation agricole des eaux d'égout 180 Rapport de M. Bechmann (Français) 180 Conclusions de MM. Dankwerts et Fischer (Autrichiens). . 190 — de M. Mawbey (Anglais) 191 284 ANNALE6 DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Pages IV. Iji luhiulariaalion des cours d'eau dons ses rapports avec l'irri- galiou, le drainage cl l'en'iifjuemcnt des tormils 193 Conclusions de M. Weber von P^benof (Au(ricliien) .... 193 V. Nouvelles doniv'es en mat/ère d'irrigation et de drainage . . \97) Conclusions de M. Kopecky (Autrichien) 19.") YI. L'aménagement des montagnes et l'initiative privée 190 P.Mpporl de M. Descombes (Français) 190 Vil. Importance des opérations agraires de remembrement pour l'amélioration et la meilleure exploitation des propriétés agricoles et forestières '22 1 Conclusions de MM. PiiEBEL et Dekleva (Autrichiens) . . . 221 YIlî. Économie alpestre 222 Conclusions de MM. Leithe et Posch (Autrichiens) .... 223 IX. L'endiguement des torrents, sujet de discussion aux congrès antérieurs. Nouvelles expériences en matière d'endiguement des torrents 224 Rapport de M. Bénardeau (Français) 22 i llésolution de M. Fankhauser (Suisse) 2")" — de M. Wang (Autrichien) 258 X. De l'organisation du service d'endiguement des torrents. Entre- tien des constructions exécutées à ces fins. ....... 258 Piapport de M. Danzer (Autrichien) 258 Conclusions de M. PoKORNY (Autrichien) 209 XI. Récentes expériences sur l'endiguement des avalanches . . . 271 Conclusions de M. PoLLACK (Autrichien) 271 lîapport de M. Muret (Suisse) 273 SECTIOiN VI Industries agricoles et forestières — Industries du sucre, de l'alcool, de la fécule, de l'huile — Brasserie et IVlalterie I. Sucre de canne et sucre de betterave; rapports entre leur pro- duction 289 Conclusions de M.M. Lippmann et Strohmer (Autrichiens). . 289 H. Importance agricole des déchets de l'industrie sucrière . . . 290 Conclusions de MM. von Werther et Stift (Autrichiens). . 290 COMPTE RENDU DU VIIl'" CONGRÈS INTERNATIONAL 285 Pages III. Par quels moyens la consommation du sucre peut-elle être augmentée? 291 Rapport de M. Saillard (Français) 292 IV. Classement des orges de brasserie au point de vue technique et agricole eu égard à teur taux d'ax,ote 297 Rapport de M. Hubert (Autrichien) 298 — ■ du professeur D' Cluss (Autrichien) 306 Conchisions du D"" Prior (Autrichien) 309 — du D' Bleisch (Autrichien) 310 — du D' Wahl (Américain) , 313 V. Garanties à souhaiter dans l'achat et la vente des orges de brasserie 316 Conclusions de M. Hauser (Autrichien) 316 — de M. Reif (Autrichien) 317 VI. Classement du malt d'après l'essai mécanique et l'analyse. . 319 Conclusions du professeur D"' Lintner (Allemand) 319 — du D' BuHLER (Autrichien) 321 VII. Quelles garanties doit-on souhaiter dans le commerce du malt? 324 Conclusious de M. Sauter (Allemand) 325 — de M. WiNTER (Autrichien) 325 — de M. Prior (Autrichien) 326 VIII. Mesures à prendre pour développer l'emploi industriel de l'al- cool 328 IX. Acidification chimique ou par fermentation 328 Conclusions du professeur D'^ Cluss (Autrichien) 328 — du D' Heyer (Autrichien) 329 X. Mesures à employer pour assurer la prospérité de la culture de la pomme de terre en Europe et pour se garder contre les conséquences, soit d'une surproduction, soit d'une mau- vaise récolte 330 Rapport de M. Gans de Putlitz (Autrichien) 330 SECTION VII Protection des plantes et des arbres fruitiers et forestiers 1. Importance internationale de la question des nématodes . . . 3i5 Conclusions de M. Spiegler (Hollandais) 345 286 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Pages II. liiipor/ancc internationale de la protection des oiseaux pour les inlrrela agricoles 3 i6 Conclusion du D"" Holland (Autrichien) 346 111. Animaux utiles ou nuisibles à la fois à l'agriculture et à la syli'iculture ; nioijrns communs à employer 34() Conclusions du professeur D'' Eckstein 340 Communication île M. Bénard (Français) sur la deslruclion des hannetons 347 JV. Protection des oiseaux insectivores 349 Uapport de M. Dubois (iîelge) 350 Communication de M. Mehrn (Danois) 354 V. Contrôle scientifique des moyens de protection des plantes usi- tées dans le commerce et dispositions législatives à leur égard 356 Conclusions du D' HoLBRUNG (Allemand) 356 — du D' Reisch (Autrichien) 357 VI. Prophylaxie des maladies des plantes agricoles et forestières par des règles de culture et en tenant compte de leur force de résistance 357 Vil. Organisation de la protection des plantes dans les divers pays. 357 Conclusions du 1)'' EuiKSSON (Suédois) 358 — du professeur D"^ Uostrup (Danois) 359 — du professeur Marchal (Belge) 361 — du D' Jaczewski (llusse) 363 SECTION VIII Économie forestière — Sylviculture 1. Création et traitement des peuplements forestiers au point de vue de la production abondante et de la bonne qualité du bois 372 Conclusions de M. Bakesch (Allemand) 372 — de M. Ueuss (Autrichien) 373 11. Importance culturale des variétés climatiques de nos essences forestières 375 Kapporl de M. lIuuERTY(Belge) 375 COMPTE RENDU DU VIIl" CONGRES INTERNATIONAL 287 Pages Conclusions du professeur D' Mayr (Alleniaml) 390 — du D' Engler (Suisse) 391 — du prolesseur D' Cieslar (Autrichien) 39i 111. Ulililc du boisement des friches. — Moyens propres à le favo- riser 393 Ilapport de M. Pardé (Français) 394 Conclusions du professeur Perona (Italien) 436 — de M. IluBBiA (Autrichien) 436 Vœu proposé par M. DiMiTZ (Autrichien) 437 TOME II — 1908 IV. Etude, pour les stations de recherches, des modes de transport du bois et de son utilisation dans les constructions .... 1 Conclusions du professeur Marchet (Autrichien) 1 — de M. Meister (Suisse) "1 lîapport de M. M.A.THEY (Français) 2 V. Mesures propres à préserver des dégâts en foret causés par les fumées industrielles 39 Conclusions de M. Reuss (Allemand) 39 — du professeur Wislicenus (Allemand) 40 VI. Quelles mesures seraient les plus efficaces pour prévenir le dommage porté aux arbres par les insectes et pour en empê- cher V extension? 44 Conclusions du professeur EcKSTEiN (Allemand) 44 — du professeur Wachtl (Autrichien) 44 Piapport du professeur Henry (Français) 45 VU . Nouvelles tendances et méthodes dans V aménagement des forêts. 52 Conclusions du professeur de Guttenberg (Autrichien). . . 52 — de M. KoPEZKY (Hongrois) 53 — du D' Stœtzer (Allemand) 53 Rapport de M. de Gail (Français) 54 — du professeur Huffël (Français) 64 VIII. Bases d'une imposition équitable de la propriété boisée ... 78 IX. Mesures législatives tendant à la protection des paysages et à la conservation des beautés naturelles 81 Conclusions du D' Conwentz (Allemand) 82 — de M. DiMiTZ (Autrichien) 82 Rapport de M. Delville (Belge) 83 288 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE X. Le commerce du bois en Knrofie. — Influence du développe- ment des voies navigables sur ce commerce 03 Conclusions de M. HuFiNAGL (Autrichien) 93 — du professeur D' Jentsch (Allemand) 94 — du professeur Makchet (Aulrichien) 97 Happbrl de M. Mathey (Français) 99 1 — Pays d'exporlalinii : A. Suède 102 B. Norvège 105 G. Finlande 107 D. Russie 109 E. Autriche-Hongrie 117 F. Roumanie l-l G. États-Unis 123 H. Canada I^C 11 — Pays d'imporlafion : A. Angleterre ^ 129 B. Allemagne 129 C. France 130 D. Italie 139 E. Espagne et Portugal l'iO F. Belgique Hl G. Hollande 143 H. Danemark. . . lio 1. Suisse 14 4 .1. Autres pays 1-i-') 111 — L'avenir du bois . 146 .\J. Unification internationale des unités de mesure et des assorti- ments pour le bois d'oeuvre lôU Conclusions du D' Kâhl (.'VUeniand) 151 — du professeur D"" Martin (Allemand) 151 XII. Emploi du bois de hêtre dans l'industrie chimique. — Consi- dérations techniques et commerciales 153 Conclusions du professeur D' Kahlenberg (Autrichien). . . 153 SECTION IX Pisciculture et pêche 150 COMPTE RENDU DU VIII CONGRÈS INTERNATIONAL 289 SECTION X Viticulture et Œnologie Pages 1. Rôle de l'hijbridation dans la veconstitiUion des vignobles . . 158 riOiiclusions du professeur D' Weigert (Autrichien) .... 158 lîapport de M. Gervais (Français) 160 11. Le Black-Rot 179 Rapport du professeur Ravaz (Français) 179 III. La lui le contre le Rot livide on \V7i//t'-/?o/ (Coniotliyrium diplo- dipjla) (le la vigne 183 llapport du professeur D' Gy DE IsTVANFFi (Autrichien). . . 183 IV. La liille contre le Bolrytis ciuerea {pourriture grise de la vigne). 196 V. Recherches analoiniques sur la soudure de la greffe ligneuse de la vigne 231 Conclusions du professeur D' Gy ue Istvanffi (Autrichien) . 231 VI. Nouvelles expériences sur la formation et la maturation des vins 232 Conclusions du professeur Seifert (Autrichien) 232 Vil. Noitvelles expériences sur les maladies du vin 235 Rapport du professeur Laborde (Français) 235 SFCTION XI Arboriculture fruitière et culture maraîclière. — Horticulture. Utilisation industrielle des fruits et des légumes I. La pomologie agricole et son rendement . 248 Conclusions de M. Lôschnig (Autrichien) 248 de M. Regholz (Allemand) 249 de M. Havelka (Autrichien) 250 — du professeur Gross (Autrichien) 251 — de M. Bôttner (Allemand) 254 — de M. Solemacher-Antweiler (Allemand). . . 255 11. Approvisionnement des grandes villes en légumes et fruits. . . 257 Conclusions de M. Grobden (Allemand) 257 — de M. KNEiFEL(Au;richien) 257 ANN. SCIENCE AGUO.V. — 3* SÉRIE — 1908 — Il 19 290 ANNALES DE LA SCIENCE AGBONOMigUE Pages III. Iiiiporfancc de l'indiislrie des conserves pour la culture des arbres fruitiers et des légumes 258 (loiiclusions fli; M. Brandau (Alleinandj 258 — de AI. Ju>GE (.\lleinand) 259 — de M. DiEFFENBACH (Aiilrichicn) 260 — de M- EcHTERMAYER (Allemand) 260 IV. Iiiiportduce des nouvelles espèces de bois iiilrodiiiles ou cullioêes dans les jardins de l'Europe centrale, durant les vingt- cinq dernières années 202 Conclusions de M. le comle de vSchwerin (Allemand) . . . 262 — de M. Seidel (Âulrichien) 263 Ilappoi'l de M. Maurice de Vilmorin (Français) 263 — de M-. Pardé (Français) . 271 V. Jardins de villes. — Choix judicieux des espèces 277 BIBLIOGR^APHIE A NOS LECTEURS La Rédaction des Annales a résolu de donner dorénavant^ dans chaque fascicule, /nie «. Revue bibliographique ». Ponr re7nplir complètemcnf leur profjramme et justifier leur titre, les Annales de la Science agronomique française et étrangère ont l'ambition d'offrir à leurs lecteurs la bibliof/ra- jdiie aussi complè'e que possible des publications et travau.v qui paraissent dans le monde sur un point quelconque de la science uf/ronoutiqur. Elles ve}(lent que les savants désireu.v d'entreprendre des recherches et de faire progresser la science soient fixés, par la lecture d'' cette a Revue b'bliographique », sur ce qu' a déjà été fui' avant eux. Cette « Revue » aura aussi son utilité pour ceux de nus lec'eurs qui ne sont pas des expérimentateurs, en leur indiquant les questions à l'ordre du jour, sur lesquelles se porte surtout l'activité scientifique. Nous commençons avec ce -fascicule lu publication de cette (i Revue bibliograpliique ». ^ Niius nous efforcerons de né rien oinettre d'essentiel et nous espérons y arriver en u'ilisujp les deux principales Revues de Bibliographie agronomique : la publication américaine qui a pour ti're Experiment Station Record et le Recueil allemand Biedermann's Zenlralblatt fur Agrikullurchemie^ publié sous la direction de l'éminenl agronome de Mockern, le professeur 0. Kellner. // est inutile d'ajouter qu'il sera fui' une analyse de tous les travaux et publications qui seront envoyés aux Annales. 292 ANNALES DE LA SCIENCE AGnONOMIQUE EXPERIMENT STATION RECORD L'Experiment Slation Record est lui recueil ([iii ])araît chaque mois par fascicule de 100 pages environ. Il est imprimé à Was- hington (^) par les soins du bureau des stations d'expériences (Office of experiment Sfalions) qui dépend du ministère de l'agriculture (U. S. Deparlment of agriculture). Le premier fascicule paraît en septembre, le douzième en août; il y a, en outre, un treizième fascicule renfermant la table, par ordre alphabétique, de tous les travaux, de toutes les questions, de toutes les espèces animales ou végétales dont il a été parlé dans les douze fascicules précédents. . Celte année ayronondque forme ainsi un volume compact, en ' petit texte, de 1300 pages. L'année 1907-'1908, dont, faute de place, nous ne pourrons donner qu'une traduction fort abrégée, forme le dix-neuvième volume de ce beau monument bibliographique, à l'édification duquel contribuent les divers bureaux scientifiques du département de l'agriculture. Voici ces bureaux avec les noms de leurs chefs : Bureau météorologlipie : Willis L. Moore, chef; Bureau de l'industrie animale : A.-D. Melvin, clief; Bureau de l'industrie végétale : B.-T. Galloway, chef; Service forestier : Gifford Pinchot, forestier ; Bureau des sols : Milton Whitney, chef ; Bureau de chimie : II. -W. Wiley, chimiste; Bureau de statistique : V.-H. Olmsted, statisticien; Bureau d'entomologie : L.-O. Howard, entomologiste ; Bureau du service biologique : Hapt Merriam, chef; Service des routes publiques : L.-W. Page, directeur. Le directeur du bureau des stations d'expériences {Office of experi- ment Stations) est M. A. -G. True; il est assisté par un sous-direc- (') Governmeut prinling office. BIBLIOGRAPHIE 293 leur, M. E. -W.Allen, Vedilor, c'est-à-dire le directeur, le rédacteur en chef du Recueil. Ce sont ces deux savants qui participent le plus activement à la rédaction et à la publication de VExperiment Station Record; ils sont secondés par un certain nombre de spécialistes, tels que MM. Beal, Evans, Glasson, Lawson, Langworthy, etc., qui s'occupent, chacun, d'une ou plusieurs des divisions de la science agronomique. A cette pléiade de savants dévoués et à leurs nom- breux collaborateurs incombe la tâche ardue de lire et d'analyser tout ce qui paraît en Amérique et dans l'ancien monde sur les bran- ches si variées de l'agronomie. Après (pielques courts articles originaux, on trouve dans chaque fascicule le titre, l'indication bibliographique et l'analyse succincte de tous les travaux publiés postérieurement à ceux dont il a été rendu compte dans le fa.scicule précédent. Les matières sont distribuées sous dix-sept rubriques, savoir : 1" Chimie agricole. 2" Météorologie. — Eau. 3° Sols. — Engrais. i° Botanique agricole. 5° Récoltes agricoles. 6° Horticulture. 7° Sylviculture. 8° Maladies des plantes. 9° Zoologie économique. — Entomologie. 10' Aliments. — Nutrition humaine. 11° Production animale. 12° Laiterie. 13° Médecine vétérinaire. 14° Génie rural. 15° Économie rurale. 16° Éducation agricole. 17° Miscellanées. Pour donner une idée de la façon dont sont faits dans V Experimerd Station Record le relevé, l'indication bibliographique et l'analyse des travaux ou questions se référant de près ou de loin à l'agronomie, nous avons traduit intégralement les quatre premiers chapitres du pre- mier fascicule (septembre) de l'année 1907-1908, c'est-à-dire ceux ^9-t ANNALES DK LA SCIKNGE ACUONOMIQUE qui ont trait à la cliimic a,nricolc, à la météoroloi'ie, aux sols et en- grais et à la botanique agricole. Mais, pour les autres chapitres et le^ antres fascicules, nous nous contenterons, afin de ne pas trop empiéter sur la place réservée aux articles oi'iginaux, de donner le titre, l'indication bit)li()gi'a[iliiipieet, dans quehpies cas seulemont, pour le; Iravaux les plus iniporlanls, une 1res brève analyse. Après l'analyse de VExiterimenl Slalioii Record, viendra celle du Recueil \\\\Qmm^^\ .{BicdeririKun' s ZcnlralhlnU) e[, si la place ne nuus est pas trop étroitement mesurée, nous donnerons les comptes ren- dus des principaux travaux agronomiques publiés en Russie et si- gnalés dans la Revue russe : la Pédologie ('). De cette façon, dans quelques années, les savants qui voudront faire des rechercbes sur un point quelconque de la science agrono- mique, voire la méde.-.in.î vétérinaire, l'alimentation humaine, la laiterie ou les maladies des plantes, n'auront qu'à feuilleter notre « Revue de bildiographie agronomique française et étrangère », la seule qui soit publiée en langue française, pour savoir où en est l'état actuel de la question ((u'ils désirent approfondir. Nos lecteurs auront, du leste, h^s re:iseignements les plus auto- risés sur la Revue agronomiipie américaine en lisant l'article ci-des- sous que nous a obligeammeuL adressé M. K.-W. Allen, son l'édac- teur en chef. t r, . La Rédaction des Annales. BUT ET FONCTIONNEMENT DE L' « EXPERIMENT STATION RECORD » L'Experiniciit Sluliou Record est un périodique consacn'' surtout à de courts résumés de la liltéralure courante concernant la science (i) La Pédologie publie chaque année quatre fascicules coatenant de 4 à 10 feuilles. Le prix de raboiinouunil est do 10 francs. Adresser la curiespondanc-; à M. le Uédac- teur, l'erspecUve 'iroïtzky, IS, Saint-I'étersboiirg. Le mouvement scienliliqiie est aclUv'llemenl très vif en lUissie; les agronomes russes explorent aclivemjnt leur inimons!' domaine et publient de nombreux travaux que les savants de l'Europe occidenlale aur.iieut grand inti^rél à connaître. .Maliieureuseuicnt ils sont (''crits dans la langue russe, pi^ii accessibl." au pins grand nombre. BIBLIOGRAPHIE 295 aiiTicole et rexpérimentation. Il est publié par le département de ra<'ricLilture des États-Unis à Wasliinoton. Il a débuté en 1889, aussi- tôt après l'organisation des stations d'expériences aux Etats-Unis, avec le concours fédéral, dans le but de réunir sous forme de résumés les travaux des stations américaines. Son cadre a bientôt été élargi de manière à englober des comptes rendus d'autres articles se rap- portant aux recherches des stations d'expériences, si bien que le Record est peu à peu devenu une Revue des travaux qui se font dans le monde entier sur l'expérimentation agricole. Le premier but du Record est d'aider les investigateurs agricoles du Département de l'agriculture et des Stations d'expériences de l'Etat, les instrncteurs des collèges et écoles agricoles et les fonctionnaires similaires. Ses comptes rendus permettent à ces personnes de se tenir au courant des recherches qni se font en leurs domaines respectifs, lesquelles recherches sont publiées par une grande variété de jour- naux et de périodiques dans le monde entier ; les expérimentateurs savent ainsi constamment ce (pii a paru sur le point qu'ils veulent approfondir; les recherches bibliographiques sont très facilitées; le travail est plus efficace et plus moderne. Les extraits sont classés sous les entêtes suivants : chimie agri- cole, météorologie et eau, sols et engrais, botanique agricole, ré- coltes des champs, horticulture, sylviculture, maladies des plantes, zoologie économi(jue et entomologie, nourriture et nutrition hu- maines, production animale, laiterie et fermage, médecine vétérinaire, machines rurales, économie rurale et statistique, enfin éducation agricole. Les sciences dont s'occupe la Revue sont l'agriculture, l'horticul- tiu'e, la sylvicultui'e et les sciences qui sont en relation avec elles. On V résura-^ les mélhodas de l'analyse chimique des aliments, en- grais, sols, produits de la laiterie, eaux, etc. ; la technique des travaux botaniques, bactériologi([ues, entomologiques et autres travaux expé- rimentaux; les résultats des expériences et recherches sur la phy- siologie de? plantes, les maladies des plantes, la nutrition végétale, la (îulture des plantes, les engrais, les sols, la fertilité et l'aménage- . ment des sols ; la bactériologie dans ses rapports avec les sols, avec la laiterie, avec les maladies des plantes ou des animaux, etc. ; la 296 ANNALES DE LA SCIENCE ACIlONOMIQUE culture, lîi prodiirlidii cl l'iiméliorulion des recolles des champs de différentes sortes, la rotation des récoltes, l'agricidlure dans les régions arides on sèches, la sélection des semences, la préservation et le soin des i-écoltes telles (jue le tabac, l'ensilage, etc. ; la culture et raménagement des légiuTies, fruits et autres récoltes du jardin ; l.i floriculture et le jardinage paysagiste; les puhérisalions contre les insectes et les maladies ; la sylviculture, l'arboriculture el la préser- vation des bois ; la zoologie économique, les insectes nuisibles, leur surveillance et leur prophylaxie ; la physiologie de la uutiition ; la diuestibilité et la valeur mitrititive des aliments et des rations, l'aménagement et la nourriture des animaux de la ferme, l'effet de l'alimentation sur la qualité du produit, aussi bien que sur l'éco- nomie ; la production animale, l'aménagement de la volaille, la théorie de l'incubation artificielle; la laiterie, la production et le maniement du lait, l'installation des laiteries et la manutention du lait; les maladies des animaux de toutes sortes, leurs nature, cause, transmission, contrôle et relations avec la vie humaine; la techno- logie agricole, la fabrication du vin et du vinaigre ; les machines agricoles, le drainage, l'irrigation, la construction des bâtiments de fermes, etc. ; l'économie rurale, les statistiques agricoles et l'édu- cation agricole. Outre ces comptes rendus, chaque numéro contient des articles originaux sur les sujets (jui ont trait à l'expérimentation et à l'édu- cation agricoles, et aussi des nouvelle? concernant des stations d'expériences et des collèges agricoles de l'Amérique et des autres pays. La littérature concernant cette longue série de sujets est large- ment éparpillée dans une foule de journaux scientifiques et tech- niques, publiés en au moins dix langues différentes. Outre qu'elles sont écrites en tant de langues étrangères, les publications sont accessibles à très peu d'expérimentateurs agricoles. Ceci fait res- sortir le besoin d'une revue concernant tout le domaine de l'agi'o- nomie. Il n'y a point de meilleure preuve de son utilité que la longue liste de périodiques leçus par la bibliothèque du Département de l'agriculture des Etats-Unis, et le grand nombre d'échanges envoyés à VExperimenl Station Record. La bibliothèque du département est de BIBLIOGRAPHIE 297 beaucoup la plus g-randc biblioliièjue agricole des Etats-Unis, et elle est une des plus complèles du monde. Les rapports et les bulletins du Département de l'agriculture des États-Unis et des stations d'ex- périences de l'Etat se cbiffraient à eux seuls, l'année derni'i'e, par sept cent soixante-dix. La rédaction du Record comprend un rédacteur eu chef('), un sous-rédacteur en chef et dix rédacteurs associés, dont chacun est chargé d'un groupe de sujets. Ces personnes sont membres du per- sonnel du Bureau des stations d'expériences, et consacrent une partie considérable de leur temps à la Revue. En outre, le /?ecorrf est assisté d'une personne qui fait les comptes rendus en langue russe, d'une personne pour ceux en langue Scandinave et de deux bibliothécaires qui cataloguent les périodiques et tiennent une liste des articles ana- lysés. Le Record est publié mensuellement ; chaque numéro contient cent pages. Un index spécial est publié à la fm du volume. Le dix- neuvième volimie vient d'être terminé. Il contient environ cinq mille extraits classés par matières, avec titre et nom d'auteur par matière. Une table générale des matières a été publiée, comprenant les douze premiers volumes. Cela a fait une publication de presque sept cents pages, comprenant environ cent vingt-cinq mille inscriptions, rangées sous environ cinquante-cinq mille divisions et en-têtes, et embrassant toute la période jus(|u'à la fm de l'année 1900. V Experiment Station Record tire actuellement à sept mille cinq cents exemplaires. 11 est distribué gratuitement à toutes les personnes en relation avec le Département de l'agriculture, aux stations d'expé- riences, aux collèges agricoles, aux institutions similaires de l'État et aux savants qui s'occupent de recherches sur l'agriculture. Il est aussi envoyé gratuitement à de nombreuses librairies et a un nombre considérable d'échanges. Cette distribution gratuite comprend une grande partie de l'édition totale. Le reste est envoyé par abonnement (dollar 1,50 par an) par le Superintendent of Documents de l'impri- merie du gouvernement. (') Ce réclactMir en dief {Edilor) est M. E. Allen, Tauteur de cet article {S. d. l.R.). 298 ANNALKS DE LA SCIENCE AGRONOMlgUE I>(' Becovd l'iMiiporlo de beaucoup p:ii' l'extension, rcxaclitude et la rapidité de ses a-ialyscïs sur tout antre journal de comptes rendus. Dans l'état actiial des recherches agricoles aux Etals-Unis, il est devenu une nécessité pour les travaillein-s. C'est un d(îs moyens (pie le Département fédéral de raij;ri(Mi!turi' a pris pour promulguer non seulement son propi-e travail, mais aussi celui d(!S collèges agricoles et des stations d'expériences et pour propager les n'-sultals de ce travail sous forme techni([ue. E.-W. Allen, Rédacteur en chef {Edilor) de l'Experimetit Station Record SEPTEMBRE 1907 1. Chimie agricole (') Méthode chimique pour la détermination de l'acide phospho- rique assimilable dans les sols, par A. dk Sigmond (Joiini. Aiiirr. Chem. Soc, "29 [1907], n' 6, p. 9^29-930, 1 fig.)- L'auteur y décrit brièvement la méthode qu'il a employée pour la détermiuation de Tacide phosphorique assiaiilable dans les sols, avec une étude détaillée sur les besoins d'eograis des sols hongrois, pour laquelle étude uu prix lui a été décerné par l'Aca- démie hongroise des sciences. La méthode est la suivante : \. La délennination de la basicité du sol. — Par un titrage de 25 grammes de sol avec une soluti(m d'acide nitrique, contenant 100 milligrammes NjO, par litre et par une ébullition du sol, pour faire dégager tout l'acide carbonique, nous arrivons à déterminer la basicité du sol, c'est-à-dire la quantité d'acide nitrique neutralisée par le sol. L'auteur emploie le terme de basicité pour indiquer le nombre de milligrammes de NjOj nécessaire à la neutralisation complète de 25 grammes de sol. Pesez 25 grammes de sol séché à l'air dans un verre, ajoutez-y une petite quantité d'eau de 10 centimètres cubes de la solution d'acide nitrique. Faites ensuile bouillirla solution jusqu'il ce que l'acide carbonique se dégage, essayez avec du papier tournesol et, si la réaction n'est pas nettement acide, ajoutez de nouveau 10 centimètres cubes d'acide nitrique, faites bouillir et essayez de nouveau avec du papier tournesol. Hépétez cela jusqu'à ce qu'il y ait un excès bien net d'acide. Versez ensuite tout le contenu du verre dans un flacon de 50 centimètres cubes, remplissez entièrement, agitez, filtrez, et déterminez dans 50 centimètres cubes l'excès d'acide avec une solution d'hydroxyde de potasse, de façon que 1 centimètre cube neutralise 10 milligrammes de.NjO, Em- (') Traduit de Vl'xperiment Station Record. BIBLIOGRAPHIE 299 ployez le uiéthyle orange comme indicateur. En calculant le nombre de niilligramnies de i\jO, neutralisés par 25 grammes de sol, nous avons la basicité du sol. L'auteur a trouvé qu'il vaut mieux, prendre seulement ô grammes de sol au lieu de 2.) grammes pour les sols qui entrent distinctement en elfervescence lorsqu'on ajoute un peu d'acide. II. Préparalion de la solution du sol. — En faisant cette solution, nous désiroiis lavoir avec une acidité tinale variant entre 200 et 1000 milligrammes de NjOj par litre de la solution du sol. Acidité finale veut dire acidité de la solution du sol quand elle est prête pour la détermination de Tacide phosphorique. D'ai)rès la basicité du sol, nous pouvons à peu près calculer l'acide nécessaire pour la solution du sol, c'est-à-dire : a) Si le sol ne contient en pratique aucune trace de carbonates, ou si la basicité se trouve en dessous de li valeur de 1 000 milligrammes de N3O5, employez seulement 10 cantimètres cubes de la solution d'acide nitrique pour 25 grammes du sol; b) Si le sol contient des carbonates, mais que la basicité varie seulement entre 1 000 et 4 000 milligrammes -NjOj, employez juste autant de centimètres cubes d'acide qu'il en faut pour la complète neutralisation de la bascité du sol sur 25 grammes. c) Si le sol est bien chargé de carbonates ou que la basicité se trouve au-dessus de i 000 milligrammes jNjO,, si le sol est presque glaiseux ou argileux, employez 5 à 10 centimètres cubes de moins de l'acide qu'il n'en faudrait pour la neutralisation complète de la basicité. .Mais dans le cas de sols sablonneux ou de sols tourbeux, l'auteur a trouvé qu'il valait mieux employer la quantité d'acide, indiquée au para- graphe b. .Mors, pour faire la solution du sol, pesez 25 grammes du sol séché à l'air dans un flacon d'uu litre; ajoutez environ 100 centimètres cubes d'eau distillée et de l'acide ni- trique d'après les règles détaillées ci-dessus. .\vec des sols riches en carbonates, faites attention à l'effervescence: remplissez ensuite entièrement jusqu'à 1000 centimètres cubes, fei'uiez le flacon et placez-le dans un appareil rotatif. .\près une demi-heure de rotation lente (un tour par demi-minute), retirez le flacon, enlevez soigneusement le bouchon et laissez la solution à la température de la chambre (12" à 23°i pendant en- viron seize heures. .Mettez ensuite le flacon Ai nouveau dans l'appareil et tournez de- rechef une demi-heure. Kiltrez alors la solution et prenez-en 25 centimètres cubes pour la détermination de l'acidité finale. Cela se fait en la titrant avec la solution de potasse susmentionnée, en employant l'orange méthyle comme indicateur. Si l'acidité finale ne tombait pas, comme c'est dé- siré, entre 200 et 1 000 milligrammes .N\0,, répétez la préparalion de la solution d'après les résultats de l'acidité finale. Si l'acidité finale est juste, la solution est prête pour la détermination de l'acide phosphorique. IH. Détermination de l'acide, phosphorique dans la solution. — Faites évaporer 800 centimètres cubes de la solution filtrée jusqu'à 50 centimètres cubes environ, en employant une piîtite ((uantité de solution de nitrate d'ammonium à 20 ^/o pour la pré- cipitation de l'acide silicique. Quand la solution est évaporée jusqu'à 100 centimètres cubes, filtrez, ajoutez 50 à 100 centimètres cubes de molybdate d'ammonium, chauffez doucement, jusqu'à ce que la précipitation soit complète, lavez le précipité avec un peu d'acide nitrique à 5 °/o, faites dissoudre le précipité molybdate avec de l'ammo- niaque, ajoutez de l'acide chlorhydrique en excès et de nouveau de l'ammoniaque en excès et précipitez avec le mélange magnésien habituel. La petite quantité de phosphate de magnésium se précipite quelquefois très lentement et il faudra quarante-huil heures pour la précipitation complète, laites sécher et brûler le papier à filtre dans un creuset en platine, calcinez et pesez le pyrophosphate de magnésium comme d'habitude. La quantité trouvée de l'-^O,. multipliée par 5, donnera les pour-cent dans le sol. 300 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMKJUE Due comparaison des résullats obtenus par cette mélhode et d.iiis les expériences d'engrais sur qnatro-vingl-quiilorzi' sols hongrois montre une harmonie très satisfai- sante et indique que la mélhode fournit un indice digne de contiauce de l'acide phosphorique assimilable dans le sol ('). Sur la détermination de la potasse dans les sels de potasse et dans des engrais composés, par la méthode Finkener mo- difiée, par II. Neubauiîr (Zeiluchr. An/ilyl. (Ikeiii. iO [l'JO"], n" 5, p. 311-314; résumé dans Ckem. Zentrulbl. [1907], II, ii" "2, p. 182; Aiialysf., 32 [1907], ii° 376, p. 273). On se reporte à un travail récent de Kling et Engei, sur des essais de modification de celte méthode par Nelhauer {K. S. /?., IS, p. 108) et on décrit quelques améliora- tions de la méthode, surtout pour la détermination de la potasse dans les engrais mé- langés. La mélhode actuelle de Tauteur pour la détermination de la potasse dans les engrais mélangés est la suivante : Faites bouillir 10 grammes de la substance dans un flacon de ■')00 centimètres cubes avec environ 300 centimètres cubes d'eau, ajoutez une goutte de phénolphtaléine et assez de lait de chaux pour produire une couleur rouge prononcée. Quelques minutes plus tard, ajoutez assez d'acide oxalique pour détruire la couleur rouge. Faites refroidir, remplissez le flacon jusqu'à la marque, mélangez et filtrez. Faites évaporer 25 centimètres cubes du filtrat, correspon.lantà 5 décigrammes de la substance, jusqu'à siccité, dans un creuset en platine et chaufl'ez presque à blanc pour enlever les sels d'ammonium. Reprendre le résidu avec de Teau, ajouter un peu d'acide chlorhydrique et faire digérer au bain-marie avec trituration jusqu'à ce que tous les flocons de sulfate de calcium ou de silicium qui pourraient e.vister soient dis- sous. Filtrez sur un petit filtre dans un creuset en porcelaine et faites évaporer avec du chlorure de platine pour la détermination de la potasse de la façon habituelle ; on purifie le platine réduit en le lavant avec de l'acide nitrique chaud à 10 "/o. La détermination de l'eau dans les protéines, par F.-(r. Be:nedict et Cliarlotte R, Manning (Americ. Jourii. Physlol., 18 [1907], n° 3, p. 213-221). Les protéines d'animaux et de plantes sont hygroscopiques et il est presque impos- sible d'employer des matières anhydres pour les analyses. Des déterminations exactes du contenu d'eau sont donc essentielles. Ou a jusqu'ici ordinairement déterminé l'humidité en chaufl'ant à l'air libre jusqu'à 110° G. Et comme les résultats de ce travail le montrent, les déterminations faites ainsi peuvent facilement être entachées d'une erreur de 1 °/o. Évidemment une erreur de 1 °/o ou plus dans les déterminations d'eau aurait comme effet une erreur de 0,50 °/o dans les déterminations de carbone et une erreur non négligeable dans la détermination d'azote. On peut dire, il est vrai, que, dans la plupart des recherches sur les protéines d'animaux et de plantes, les déterminations du carbone et de (') lîien que le mémoire du 1)'' Âlexius de Sigmond ait déjà paru ici même (Voir les Annales^ 1900, t. II, p. 451-163, et 1906, t. il, p. ;)'.)6-417), nous avons tenu à donner le compte rendu américain pour qu'on puisse juger du soin avec lequel il est fait. BIBLIOGRAPHIE 301 Tazote sorveiil seulement à des observations comparatives et le taux absolu d'azote ou de carbone n'est pas d'une grande importance. 11 est néanmoins certain qu'au moins en tant que cela regarde ks matières employées dans ces recherches, il est impossible de déterminer leur humidité en les séchant dans l'air, chaud à une température de 100 à 110°. Les traces finales d'humidité persistant dans les protéines ainsi desséchées ne peu- vent disparaître que par une dessiccation postérieure dans le vide pendant deux se- maines. La recherche et le dosage des sucres réducteurs, par S.-R. Be- NRDICT {Juuni,. Biol. Chem., :] [1907], n" ^2, p. 101-117). D'après une étude des méthodes de détermination du sucre, l'auteur recommande une solution de carbonate de cuivre et donne des conseils pour sa préparation. Pour un travail délicat de recherche du sucre, soit dans des solutions pures, soit dans l'urine, le réactif devrait être fraichement mélangé et dissous. La méthode indiquée pour la détermination volumétrique de sucre exige une solution de sulfate de cuivre cristallisé dans l'eau, une solution de sel de liochelle cristallisé avec du carbonate de sodium anhydre pur et une solution de sulfocyanure de potas- sium. Pour l'emploi, ces solutions sont mélangées en parties égales dans l'ordre indiqué. A chaque 30 centimètres cubes de la solution ainsi obtenue, on ajoute de 2''''5 jusqu'à o grammes de carbonate de sodium anhydre pur. La quantité de cette substance ajoutée devrait exactement correspondre à la dilution qu'aura la solution pendant le titrage, c'est-à-dire que, pour titrer d'^s solutions diluées de sucre, il faudra ajouter une plus grande quantité de carbonate et vice versa. Les solutions sont mélan- gées dans un veiTe de capacité convenable, la quantité nécessaire de carbonate est ajoutée et le mélange chauffé jusqu'à ébullition sur une toile métallique jusqu'à ce que le carbonate soit complètement dissous. oO centimètres cubes de ce mélange (corres- pondant à tO centimètres cubes de solution de sulfate de cuivre) sont égaux à 73 mil- ligrammes approximativement de dextrose pure. « Le titrage est exécuté comme suit : la solution de sucre est versée d'une burette assez vivement jusqu'à ce qu'un précipité lourd, blanc de chaux, soit formé et que la couleur du liquide commence à diminuer sensiblement. Les dernières parties doivent être versées par deux'à dix gouttes (cela dépend de l'intensité de la couleur restante et de la force de la solution de sucre) avec une forte ébullition d'à peu près un quart de minute entre chaque addition. Le point final de la réaction est la disparition com- plète de la couleur bleue. Ce point est bien fixé et satisfaisant. Le précipité obtenu est d'un blanc de chaux ; il sert plutôt qu'il ne nuit à la détermination du point final. Séparation de l'amidon et du glycogène, par E. Baur et E. Po- LENSKE (Arb. K. Gesundheitsamt, -24 [1906], n° 3, p. 576-580; rés;unié dan-s Zentralld. Gcsam. Phjjsiol. n. Path. StoffwechHcls, ii. ser., 2 [1907], 11» 2, p. 79). Dans l'examen de la saucisse [sausage), une méthode de séparation de l'amidon et du glycogène est désirable; celle de l'auteur est fondée sur ce que le glycogène est soluble dans une solution saturée de sulfate d'ammonium, tandis que l'amidon ne l'est pas. Après filtration et dilution, le glycogènj est précipité avec de l'alcool. Des essais com- paratifs ont montré que la méthode donne des résultats satisfaisants. 302 ANNALKS DE LA SCIENCE AGKONOMigUE Séparation des hydrates de carbone par des ferments purs, par J. KôNiG et P. lloaMANN(Z^'/7.sx7i/-. Uiilcrs. Sahr. u. GenitHsiiiitt., llj [1907], n'a, p. 113-13^2). Résumé et discussion des données expénuit-ntales et autres concernant remploi du ferment comme moyen de séparation des différentes sortes d'hydrates de carbone Cotte méthode est parfaitement applicaitle, d'après les auteurs, qu;ind on peut trouver un fermt'nt qui ifa pas d'action sur un certain sucre, mais en attaque d'autres, l'tiisqiie la détermination de la quantité des sucres fermentes d'après la perte de poids, comme il est montré par l'acide carbonique formé, ne fournit pas de données très exactes, les ferments sont surtout convenables pour la séparation de la glucose et de la maltose. Détermination du sucre contenu dans la pulpe séchée de bet- teraves et dans les cossettes, par F. Stroh.miîr et 0. Fallada (Woehcuschr. Cent. Ver. Rubeiiz. Ind, Vienne, 45 [1907], nM3, p. 453- 154). C'est une étude de la valeur comparative des mélhodcs. Le nombre de Polenske, par M. Siegfeld (Clwm. Zly., 31 [1907]., n°40, p. LH-513). L'auteur a étudié, pendant deux ans et demi, la méthode l'ok-nske pour déterminer la présence d'huile de noix de coco dans le beurre ; dans cet article, il résume ses résultats en même temps que ceux d'autres expérimentateurs. Le nombre de Polenske pour la matière grasse du beurre a été augmenté jusqu'à un certain point en alimentant les vaches par des tourteaux de noix de coco et, jusqu'à un degré beaucoup moins élevé, par des betteraves (racines et feuilles). La compilation de trois cent cinquantj-quatre déterminations de l'auteur du nombre de l'oleuske montre des variations entre 1,20 et S.oO. Une adJition considérable d'huile de noix de coco serait nécessaire pour faire monter le nombre le plus bas jusqu'au plus haut qui est mentionné. L'auteur ne croit donc pas que l'addition de petites quantités d'huile de noix de coco puisse être trouvée par celte voie. La méthode est néanmoins considérée comme ayant une grande valeur pratique. Météorologie. Eau Météorologie pour les fermiers, par P. Holdefleiss (M7//(',"»n//.s- kiiitde fur Landwirle. St:illgart, Eugen Ulmer [1907], vii-84 liages, avec 14 figures et. 6 caries). Tarmi les matières étudiées dans ce traité, il est queslion de l'importance de la mé- téorologie dans l'agriculture, du climat, de l'importance des prédictions du temps pour le fermier, de l'exécution d'observiilions météorologiques en agriculluri>; ou y trouve des observations siu- la pluviosité, la température de l'air et du sol, Ihumidité de l'air, les vents, les nuages, la lumière du soleil, la pression atmosphérique, les changements de temps et les études phénologiques. BIBLIOGRAPHIE 303 Contributions à la météorologie et au magnétisme terrestre, par W. V. Bkzold et A. Coym [Gesammelle Ahliandlniigen ans den Ge- bieten fier Météorologie uml des Erdmagitetismus. Brunswick, F. Vieweg et fils [1906], vni-44-8 pnges ; résumé dans Nature [Londres], 76 [1907], nM 908, p. 28-29). Ce sont des travaux réunis de Téuiineut chef de rinstilut météorologique de Prusse. Les uiatières traitées compr>3imeut les pliénomènes visibles après le coucher du soleil [Piirpurlidd] ; orages et taches du soleil ; thermo-dynamique de Tatmosphère ; condi- tions de température et d'humiiité par un temps cyclonique et anticyclonique; tempé- rature, pression, pluviosité, nuages et potentiel magnétique le long des parallèles ter- restres sur la théorie de Gauss. Revue mensuelle du Temps {Mo. Weather Rev., 35 [1907], n* 3, p. 103-154, 10 figures avec 10 cartes ; n" 4, p. 155-205, 31 figures avec 9 cartes). Outre les rapports habituels sur les pi'édictions, les avertissements, les conditions de temps et la récolte, les tableaux et cartes météorologiques pour les mois de mars et avril 1907, les progrès de la climatologie sur le monde entier, les œuvres récentes se rapportant à la météorologie, une addition nouvelle à la bibliothèque du Bureau du Temps, etc., ces numéros contiennent les articles et les notes suivants : N» ;j . — Pluviosité et ruissellement dans la région des Calskill Mounlains (illustré), par T. Meruiman ; Variations de la précipifadnn dans la région d'Adirondach, par A -J Henry; La température en avant et en arrière des anticyclones jusqu'à une altitude de 12 kilomètres, comparée avec la température dans le centre (illustré), par H. -H. Clayton ; Météores lumineux ; Organisations internationales et locales pour la propaga- tion de la séismologie ; Le inétéore du 14 mars 1906, au-dessus du centre de New- York, par H.-\. Peck ; Refroidissement par expansion et rcchauff'eineni par compression , par C.-E.Peet; Néphéloscope d'Espij; Stations météorologiques dans le sud de Rhodésia (illus- tré) ; Un banc de nuages sur lu mer ; Un moyen pour enseigner la météorologie, par R.-H. Glutis ; Sur des râleurs « absolues » ; Adam Paulsen {1833-1907) ; Les hommes du Bureau du Temps comme éducateurs ; Cloches comme baromètres. N» 4. — Le tremblement de terre au Mexique du 15 avril 1907 avec des notes sur la nature des mouvements causés par des tremblements de terre, par C.-F. Marvin; Nouvelles publications séismologiques japonaises, par C.-F. Marvin; Cyclone du 5 avril 1907 au comté d'Escanibia (Florida) [illustré], par M. -F. Reed; Une nouvelle méthode proposée pour la prédiction du temps par l'analyse des conditions atmosphériques en vagues de différentes longueurs (illustré), par H. -H. Clayton ; Météorologie dans le laboratoire de physique; Action d'un courant d'air hori- zontal sur un tourbillon vertical, par R. Brunhes; 304 ANNALliS DK LA SClliNCE aGHONOMIQUE Caractéristiques de la circu/alion atmosphérique iuter tropicale ; Vitesse des cen- tres de haute et de basse pression aux Lluts-Unis, par C.-F. von IlEnuMANN ; Un cours de météorologie dynamique ; Poids du (/ivre sur les /ils télégraphiques et sur les arbres ; Sur l'abaissement de la valeur de l'intensité de la radiation solaire en 1003, d'après les mesiir(3S faites à la station du Service météorologique po- lonais k Varsovie (illustré), par L. Gouczvnski ; Le Chiiiook « sud-ouest » ou « humide », par H. Bccklngiiam ; Le Chinook « sec » dans la Columbie anglaise, par H. -T. Grassham; Les Chinoolis humide cl sec; L'ouragan de 1S67 aux iles Bah ama ; Soles pour professeurs ; Notes d'éducation; Les hommes du Bureau du Temps comme éduca- teurs; Lu conférence internationale aéronautique du mois d'octobre 1906 à Milan, par A.-L. Uotch ; La Société séismologiquc de l'Amér/(fue. Observations météorologiques (Alaska S(a. Rpt. [1906], p. 08-75). Des observations sur la Louipéralurc, la précipitation et les nuages à Sitka, Kenai, Coppcr Center, lUuiiparl et autres points dWlaska sont résumées pour la dernière partie de 1900 et pour la plus grande partie de 190G. Observations météorologiques, par .).-E. Osïrander et T. -A. Baury {Massa chu aelts Sla. Mrl. lin!., '221, 222, 4 pages de chaque). Résumés des observations à Amherst (Massachusetts) sur la pression, la tempéra- ture, l'humidité, la précipitation, le vent, les nuages et les phénomènes accidentels pendant les mois de mai et de juin 1^07. Les données sont brièvement discutées dans des notes générales sur le temps de chaque mois. Rapport sur le temps pour 1906, par W.-H. DAY(.l/m. Rpt. Ontario Agr. Col. and Expt. Farm., 32 [iU06], p. 29-31). Des résumés des observations sur la température, la précipitation et les gelées sont donnés pour Guelph et autres stations de l'Ontario. Le climat du comté de Galvert (Maryland), par C.-F. von Herumann (Baltimore : John Hopkim Press [1907], p. 107-206, 4 figure.-^). Les données météorologiques de ce comté sont résumées et discutées. Une nouvelle méthode proposée pour la prédiction du temps par l'analyse des conditions atmosphériques en vagues de différentes longueurs, par H. -H. Cl.wton {Mo. Wcather Rev., 35 [1907], II» 4, p. 101-168, 28 fitiures). Les conclusions les plus importantes données par l'auteur sont les suivantes : 1° (Jue chaque élément météorologique, en un lieu donné, peut être analysé dans un nombre délini d'oscillations ou vagues, dilïérant j)ar la longueur ; chaque oscillation parait avoir une existence physique distincte de elle des autres. 2° Après une analyse faite de cette façon pendant un certain temps, les faits à des stations séparées par une grande distance, à peu près à la môme lalilude, montrent BIBLIOGRAPHIE 305 des vagues analogues, sauf que les maxima et les minima diffèrent un peu dans le temps d'occurrence aux différt'ntes stations. 3° Les vagues, au moins dans les latitudes tempérées, vont généralement de Touest à Test, c'est-à-dire les maxima et les minima arrivent aux stations orientales plus tard qu'aux stations occidentales. i° La rapidité de la marche est inversement proportionnée à la longueur de la vague. Les fluctuations ou oscillations accomplies dans une courte période de temps marchent vite, tandis que des fluctuations plus longues progressent d'autant plus lentement que le temps d'oscillation est plus long. 5" La vitesse de translation paraît être constante d'une année à l'autre pour les vagues de la même longueur d'oscillation. La découverte de ces faits n'ouvre pas seulement la voie à une grande amélioration dans la prédiction du temps au jour le jour, mais elle fournit aussi, je crois, une base scientifique pour la prédiction du temps à longue portée. L'application de cette con- naissance à la météorologie pratique n'est cependant pas facile, à cause de la difficulté d'analyser et de séparer les différentes classes de vagues. Comme résultat du travail sur cette matière pour un nombre d'années, par le développement et l'essai soigneux de la méthode dans l'exécution des cartes, je crois qu'il est possible d'améliorer les prédictions actuelles et de faire des prédictions plus longtemps d'avance, ce qui serait d'un énorme avantage pour l'ygricuUure et le commerce. Pluviosité et ruissellement dans la région des Gatskill Moun- tains, par T. Marriman (J/f). Weather Hev., 35[1907], ii°3, p. 109-118, 6 figures). Cet article résume la pluviosité moyenne de la région couverte par les quatre bas- sins proposés comme ressource supplémentaire pour la ville de New-York et donne des estimations de la pluviosité moyenne des bassins comme suit : Esopus. 44 pouces ; Scboharie, 41 pouces; ilondout, 48 pouces; Catskill, o8 pouces. Évaporation, [»ar W.-H. Day {Ami. lipl. Ontario Agr. Col. and Ex^it Farm., 3-2 [1906], p. 31-3-2). C'est une continuation de l'ouvrage de l'année précédente sur la transpiration [E. S. R., 17, p. 841); elle comprend une étude sur un instrument inventé par l'au- teur pour mesurer l'évaporation. Il y a des observations sur la protection du thermo- mètre et l'évaporation à la surface d'un réservoii'. Pendant les six mois de juin à no- vembre, l'évaporation du réservoir était de 37,69 pouces, ce qui est d'un peu plus de 10 pouces supérieur à la quantité annuelle de pluie pour lu même place. Dommages occasionnés par la foudre en 1906, par W.-H. Day {Aiui. Rpl. Ontario Agr. Col. amlExpt. Farm., 3-2 [1906], p. 38-40). Résumé nsuel des statistiques sur ce sujet, Où le vent fait son travail, par G. CoBB (Nat. Geogr. Mag., 17 [190GJ, 11° 6, p. 310-317, 10 figures). Le travail du vent sur les îles basses et sur les récifs de sable de la côte nord de la Caroline est décrit et les moyens de contrôle du mouvement du sable sont discutés. AN.v. SCIENCE AGROx. — 3* sÉniE — 1908 — n 20 306 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Analyses d'eaux d'irrigation, par A.-L. Knisely (Oreyoti Slal. Ilpt. [1905], p. 07). Analyses de cinq échantillons de reuu employée dans les expériences d'irrigutiou mentionnées dans le Bulletin 86 de la Station (E. S. li., 17, p. 90). L'eau exigée par différentes récoltes, p;ir W.-II. Day {Aitn. Hpt. Oithtrio Ai/r. Col. and Expt. Farm., 32 [1900] p. :i3). Résultats d'une suite de mesures do la quantité d'eau nécessaire pour les l'écoltes du froment, de Forge, do l'avoine et des pois. Les eaux souterraines de la plaine côtière du Texas, par T.-U. Taylor {U. s. Geol. Survey Water Supply ami Irrii/. Paper, n° 190, p. 73). La région dont il est question dans ce rapport comprend la plus grande partie de la plaine côtière du Texas, .soit une surface larg^ d'environ 150 milles le Ipng de la cote et s'étendant à travers tout TlUat. L'eau souterraine est généralement abondante dans tout le district et, depuis les dernières années, des puits artésiens ont été forés dans différentes parties de la région ; quelques-uns fournissent assez d'eau pour une irriga- tion considérable. La profondeur à laquelle l'eau artésienne peut être obtenue varie de quelques pieds jusqu'à plus de 2 000 pieds, en moyenne GOO pieds. Le débit varie de 20 à 1 600 gallons par minute ('). La géologie et les ressources d'eau dans la partie occidentale du Panhandle du Texas, p;irC.-N. GouLD(i/. S. Grol. Siirvri/ Walrr Siipphj ami frr/i/. Paper, ii° 191, p. 70, avec 7 i)lanclies et 3 fii;iires). Ce rapport résume les résultats d'une reconnaissance géologi(|ue et hydrographique faite en 1903 et en 1005 sur une région d'approximativenieut 9 3G0 milles carrés dans la partie occidentale du Panhandle du Texas, comprenant les comtés de Sherman, Moore, Potter, Uaudali, Dallani, llardiey, Oldham et Deaf Smith. La plus grande partie de l'eau souterraine de celte région vient des dépôts tertiaires. Elle est presque uniformément pure et convenable à tous les emplois domestiques. La précipitation locale est évidem- ment la seule source de l'eau souterraine. On estime que seulement un tiers de la pluie pénètre dans le sol, ajoutant environ 1S pouces par an à l'eau souterraine. Le bassin de la lùvière Potomac, par II.-N. Parkkr et autres {U. S. Geol. Survey Walci- Sup/ily ami Irr/y. Paper., u" 192, vi-36r) pages, avec 10 plaiiclie.s). Ce rapport décrit toutes les conditions qui touchent l'utilisation économique des res- sources d'eau dans ce bassin ; il étudie l'histoire géographique, la pluviosité, le cours de la rivière, la pollution, la présence de la fièvre typhoïde, le caraclère de l'eau, les relations des sols et de la couverture de forêts avec lu quantité et la qualité de l'eau superticielle et l'ellet des résidus industriels sur les poissons. Le gallon vaut A litres 54 centilitres. RIBLIOGliAPHIE 307 La vraie cause du dessèchement des sources dans le bassin de la Somme, par Houillier (Aini. Uiv. Hydraul. el Aniciior. Ayr. Min. A(jr. {France) [1906], n" 31, p. 538--243). Les dift'éreules causes qui out élo observées comme contribuant au dessèchement des sources sont biièvemenl discutées, mais il est prouvé que, daus le cas particulier ici discuté, le dessèchement incontestable n'est pas dû à la diminution de la pluviosité, ni à la destruction des forêts, ni à l'érosion intérieure du sol, mais à la plus complète utilisation du sol par Tagriculturo, à la disparition de la jachère, ce qui a amené une très forte augmentation daus la Iraaspiration par les plantes. Sur l'abaissement des eaux souterraines et la disparition des sources, par E.-A. Martel {Ann. Div. HudrauLet Amélioi'. Agr. Min. Af/r. {France) [1906], ii° 31 , p. 244-246). Des noies courtes sont données sur les causes de ces phénomènes. La pollution et la purification spontanée de la glace {Mo. Bul. N. Y Depf. Health, 23 [1907], ii" 2, p. 2-6; résumé dans Engin. Neivs, 57 [1907], 11" 17, p. 454-456). Cet article analyse les différentes causes de la pollution et discute les agents de la purification spontanée. Dépôts sur le fond et oxydation (détruisant 60-75 °/o des bac- téries), enlèvement des matières suspendues et dissoutes par la congélation (10 à 40 °/o), congélation (détruisant 5 "/o des bactéries en une heure, 90 °l^ en vingt-quatie heures et, en pratique, toutes eu deux à trois semaines), destruction des germes pathogènes quand ils sont distribués dans une grande quantité d'eau (90 "/^ en trente à soixante Jours). Il est ainsi jirouvé pourquoi la pollution de la glace a été délivrée de ses dangers apparents et pourquoi les rapports montrent si peu d'épidémies de lièvre lyplioïde (s'il y en a) dues à ce mode de transmission. Ces faits, en faisant ressortir la grande immu- nité donnée par nature, montrent avec une nouvelle force les vrais dangers de l'in- fection de la glace. Il reste toujours l'infection due au maniement et à la distribution ; la pollution superticielle due à la pernicieuse pratique d'inonder la glace pour obtenir des couches plus épaisses ; la pollution superficielle duc aux pluies et à la neige fon- dante qui amènent les éléments nuisibles des remblais latéraux sur la glace déjà formée et enfin les dangers de la glace arlilicielle quand elle a été faite avec de l'eau conta- minée et fournie aux clients avant que le procédé naturel de purification ait eu l'occa- sion de devenir actif et effectif. Rapport de la Commission sur l'irrigation des eaux d'égout de la ville de Paris, n;ir Bourneville et autres {Ann. Dir. Hydraul. et Airy'lior. Agr. Min. Agr. (France) [1906], n" 31, p. 173-180). L'état de l'ulilisalion des eaux d'égout de Paris, en 1905, pour l'irrigation des fermes près de la ville, surtout à Gennevilliers. et la pollution de la Seine sont brièvement mentionnés; on montre avec évidence que le volume d'eaux d'égout augmentant cons- tamment ne peut pas être enlevé seulement par l'irrigation. 308 A.NNALKS DE LA SCIENCE AGKONOMIUUE Eaux d'égout et leur purification bactériologique, par S. Rideal (Loiidoii, The Saiiitary Puljlisliing G" Lld ; New-York : John AVilov and Sons, 1006, 3' éd., xn-l^ôT) pages, avec 58 figures). La revision de cette troisième édition consiste surtout en l'incorporation des progrès récents dans les niéthodos bactériologiques, dans la disposition des eaux d'égout et dans les conclusions de la Commission royale de la Grande-Bretagne, en tant qu'elles ont été publiées (E. S. II., 16, p. 1032). Sols. Engrais Nouvelles études sur les propriétés des sols improductifs, par B.-E. Livingstone et autres [U. S. Dcpl. Ar/r., Biir. So/h Biil.,'3{j, 7) pages, avec 7 planches). Comme suite aux recherches précédentes {E. S. R., 17, p. 340), les études sur la présence, dans les sols improductifs, de substances pernicieuses à la croissance des plantes ont été étendues à nombre de différents sols et des observations ont été faites quant à l'action des engrais organiques sur les propriétés toxiques des sols et sur la toxicité de l'eau ordinaire distillée. Les sols examinés, en outre du sol de pelouse de Takoma employé dans les expé- riences précédentes, comprenaient un sous-sol jaune brunâtre de glaise sablonneuse des terres du département, de la terre grasse (limon de Miami) prise à la ferme de la station d'expérience de llhode Island, et de la terre grasse (limon de Volusia) de la ferme de la station d'Ohio. Les méthodes de recherches étaient en général les mêmes que celles décrites dans le dernier bulletin. Les conclusions principales tirées des résultats des recherches ont été résumées comme suit : « Des substances toxiques existent dans ces sols ; ce fait est évident d'après plusieurs caractères : 1° L'eau pure est uniformément plus convenable pour faire pousser le blé (pour de courtes périodes) que celle qui est extraite des sols pauvres. Elle est aussi plus convenable pour la préparation d'une solution nutritive : 2° des matières insolubles, finement désagrégées, agitées avec ces extraits et enlevées ensuite par filtration, produisent généralement une grande amélioration dans l'action des extraits. Puisqu'elles ne peuvent agir que par absorption, il est à supposer que leur effet tient à ce qu'elles absorbent et enlèvent ainsi de la solution les corps toxiques existant dans l'extrait ; 3» les extraits de ces sols retirent un profit de sels nutritifs, surtout du nitrate de sodium, mais il est démontré que ces sels peuvent agir autrem^it que par les phénomènes de nutrition. Quelques matières non nutritives, comme le chlorure de sodium, le pyrogallol et l'acide tannique, produisent des résultats marqués avantageux. Puisque ceux-ci ne peuvent agir directe- ment par nutrition, ils doivent avoir quelque action ou sur les corps toxiques en les rendant non toxiques, ou sur les plantes en les rendant plus ou moins résistantes aux corps toxiques; 4" les mômes produits chimiques ont des effets semblables quand ils sont ajoutés au sol lui-même. Ici l'action est plus ditlicile à analyser, mais il paraît probable que ces produits chimiques agissent en général de la même façon que dans les extraits aqueux. « Les substances toxiques ici considérées ne paraissent être que peu solubles dans l'eau. Elles sont quelquefois volatiles et quelquefois non ; les extraits de sol qui en con- tiennent sont habituellement plus ou moins acides, mais l'acidité n'est pas en elle-même BIBLIOGUA.PHIE 309 la cause de leur action pernicieuso ; elles sont probablement organiques et sont absor- bées par des solides finement désagrégés. « Il parait évident que des matières nuisibles, semblables à celles existant dans les sols, sont produites parla croissance du froment dans Teau ou dans du sable. Des corps d'une action toxique semblable sont aussi exsudés de grains de blé trempés et, dans quelques cas au moins, ils peuvent être enlevés sur Técorce ou les feuilles des arbres. » Des expériences relatives à Teffet du fumier d'écurie ou des engrais verts sur la toxicité du sol ont été faites sur le sol de pelouse de Takoma, et sur le sous-sol des terres du Département de Tagriculturo. Les résultats avantageux obtenus par remploi du fumier d'écurie et de Fcngrais vert « sont probablement, en grande partie, dus aux matières organiques des engrais plutôt qu'à leurs sels. Il n'est pas probable que les plantes profitent directement de la matière organique comme matière nutritive. 11 paraît que cette matière est surtout avantageuse par son action sur les constituants du sol ». On suppose que les effets avantageux sont dus à l'action de la matière organique du fumier qui transformerait les substances toxiques inoffensives. Pendant les expériences mentionnées ci-dessus, on a trouvé que l'eau distillée, telle qu'elle est ordinairement préparée et fournie dans le laboratoire, a une action décidé- ment toxique sur de jeunes plantes. Une simple redistillation dans le verre n'est pas suffisante pour enlever cette toxicité. On a cependant trouvé qu'en agitant l'eau avec du noir de carbone d'hydrate ferrique précipité, finement désagrégé et entièrement pur, et en la filtrant, on améliore beaucoup sa qualité. Conseils pour l'examen des terres, par E.-W. Hilgard (CaUfornia Sta. Cire, 25, 7 pages). Le but de cette circulaire est de formuler quelques explications générales sur la ma- tière, de manière à rendre, dans beaucoup de cas, le fermier capable de prévoir et de conclure sans avoir besoin de consultation; ou, si on ne peut atteindre ce résultat, cela pourra Tinstruire de telle façon qu'il puisse transmettre à la station des faits net- tement définis et des échantillons pris proprement, qui fourniront les données nécessaires à l'entière compréhension de la situation. Sols de rillinois par rapport aux systèmes d'assolements, par C.-G. HoPKiNS {Illinois Sta. Cire, 108, 26 pages). Dans cette circulaire, l'auteur développe ses opinions bien connues sur le maintien de la fertilité du sol par l'utilisation de l'azote de l'air à l'aide de légumes, la libéra- tion de potassium de la provision du sol et le retour au sol du phosphate enlevé par les récoltes, de préférence sous forme de phosphates insolubles, et il explique en détail les assolements et les récoltes les plus convenables pour assurer ces résultats. Analyse des sols, par F.-B. Guthrie (Agr. Gaz,. N. S. Wales, 18 [1907], n° 5, p. 438-443). Cet article discute brièvement l'emploi de l'analyse du sol et plus complètement « les meilleurs moyens pour exécuter l'examen systématique des sols de l'Australie, soit de la manière dont ce travail est fait dans d'autres contrées, soit avec telles mo- difications qui seront trouvées les plus convenables à nos conditions ». 310 ANNALES DE LA SCIENCE ACnONOMlQL'E l/importance tic la di'lenniiiafKtn de ces propriétés, qui dépeudeul du caractère pliy- sique et de la structure du sol, a été particulièrement acceulnéc. L'airilysii purement chi- mique ifa qu'une place subordonnée et elle est limitée aux déleruiiualious de Phunius, de l'azote total et de la chaux, d' la potasse et de l'acide phosphorique soluble dans de l'acide chlorhydrique et, en certains cas, dans d'antres dissolvants. On croit qu'une détermination du (aux de nitritication est de la plus grande importance ; la méthode inventée par AsniiY iE. S. It., 16, p. 4,)2) et la méthode d'ovydation de IUsskli. (£■. 5. R., 17, p. 536) sont recomni:inJees pour des essais en Tabsence d'une autre méthode bien établie pour ce but. Les cartes agricoles, par A. GuiiGomE (/?///. Stic. Chim. BeUj., 21 [1007], n"4, p. 153-106). L'auteur attache une grande importance à Pétude des conditions et procédés géolo- giques et beaucoup moins à l'analyse chimique. La valeur agricole des sols dans l'Afrique centrale et occi- dentale, par A. IIiÎBERT {Qiiiiii. Cul., Il [1U07], ii" 4, p. 131- 135). Les sols de cette région sont décrits d'après les données fournies par l'examen d'échantillons réunis par Cuf.vai.u-u lors de son expédition dans la région du lac Tchad, de la Guyane française {E. S. R , IS, p. 420), à l'ile Sainl-Thouias et à la Côte de rOr [E. S. R., IS, p. 532.) Il est montré que les sols de la région du lac Tctiad sont généralement très .sablon- neux, très pauvres en acide phosphorique et en potasse, et particulièrement dépourvus de chaux, mais riches en sels de sodium. La ressemblance dans les caractéristiques essentielles des sols des différentes parties de la région indique qu'ils sont d'une origine commune et que la région était le lit d'une mer intérieure qui a complètement disparu par évaporalion. excepté le lac Tchad. Les sols des autres régions montrent les mêmes défauts que ceux de la région du Tchad. Malgré la grande insufii.sance et, en quelques cas, le manque presque total de po- tasse, d'acide phosphorique et de chaux dans les sols d'Afrique centrale et occiden- tale, les plantes indigènes, y compris, entre autres, le café (Coffea cxcelsa], le Coton iGosstjpijuin anonialum) et le cacao, sont capables d'assimiler des quantités considérables de ces éléments nécessaires à leur croissance vigoureuse. Il y a une relation directe entre le manque de chaux et les conditions désertiques caractéris- tiques du Sahara. La fertilité de quelques sols coloniaux influencée par les conditions géologiques, pac C.-F. ,h lUTZ (.1///'. Jour. (Uiiic of Gooi /loi»', 30 [lOOlj, n" 4, p. 451-470). C'est un résumé des études exécutées pendant les sept dernières années dans le laboratoire d'analyses du gouvernement d'i Cap de Bonne-Espérance sur ries sols des districts du sud-ouest de la colonie. BIBLIOGRAPHIE ' 311 Les moyeniios pour les différents types de sols sont données dans le tableau suivant: Résultats moyens des analyses chimiques des sols du Gap de Bonne-Espérance NOMBRE ACIDE FORMATION GÉOLOOIQUK de Sols EAU CHAUX POTASSE phospho- analysés rique Terrain du Précap : o/o o/, o/o o/o Séries de Malmesbury. . 14 0,94. 0,039 0,039 0,039 Granité 9 1,19 0,o49 0,069 0,048 Séries du Carapbell-Rand 7 3,99 4,169 0,048 0,057 Schistes olive 21 2,08 0,310 0,067 0,051 Système du Cap : Séries du mont de la Table 46 1,08 0,034 0,031 0,036 Séries de Bokkeveld . . IS 1,27 0,387 0,231 0,036 Horizon commun du Mont de la Table et des séries deBokkeveld ... Il 0,93 0,042 0,141 0,057 Séries de Witteberg. . . 4 3,49 0,051 0,058 0,065 Système de Karoo : Séries de Dwyka. ... 2 2,44 1,013 0,138 0,059 Couches de Biirghersdorp et séries de Stromberg. 24 4,29 0,233 0,172 0,087 Système crétacé : Séries d'Uitenhage . . . 21 1,44 0,299 0,181 0,087 Dépôts récents : Dunes de sable .... 2 » 0,078 0,030 0,027 Sables alluviaux et dépôts de rivières Il 2,86 0,584 0,153 0,106 Sur les sols alcalins de la Hongrie centrale, par A. von Sigmond {Wiener Unidw. Ztg., 55 [1905], p. 628-620 ; rés, dans Zenfrbl. Agr. Chem., 36 [1907], n" 2, p. 133-134). I/origine et le caractère de ces sols sont discutés. Notes sur quelques sols de Java, par W. Detmet et H. Immen- DORFF {Bolaitische u. landwirtschaf'tl/che Studieii auj Java. Gustav Fischer [1907], p. 26-36). Les analyses chimiques et la proportion d'argile des échantillons du sol et du sous- sol de plantations de cacao, de cinchona et de thé sont comparées avec des analyses de sols allemands. La caractéristi(iuo la plus remarquable de ces analyses est le taux élevé d'éléments fertilisants dans le (bon) sol de thé (0,56 "/o d'azote ; 0,16 "/„ d'acide phosphorique ; 0,24 "/„ de potasse et 0,6G °/o de chaux). 312 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Sols du Gambridgeshire, pnr K.-W. Koukman (Jour. Afjr. Se/., "1 [lUOlL M" 7, p. 10 1-1 8^2). Analyses physi(|ues et cliimi(|iies de sols lyp'ujues de ce disti'ict. Elles Diniitri'nl en général une relation étroite enti'e les caractères physiques et cliimiques dos sols et ceux des Cormalioas soiis-jacentes. Analyses des sols de vieux vergers de pommiers, par AI. Kni- SELY (Orcdou Siti. Rpl. [1<.)05], p. {)5-6n). On donne des analyses d'écliantillons du Sdl de vieux vergers et des champs voisins, faites en vue de déterminer si le mauvais succès de tels vergers est dû à Tépuiscuient de la potasse. Les résultats montrent que le contenu moyeu de potasse des sols de ver- gers (0,22 "/o) n'était p:is essenticUcnieut difl'érent de celui des champs voisins (0,23 7o)- L'auteur conclut que « la croissance rahougrie, le manque de vigueur, etc., sont plutrit dus à la négliiience qu'au manque de nouri'itiwe de |)lantes dans le sol ». Sols du district d'Abitibi, par 1». IIârcourt {Ann. Ilpl. Oninrio Agr. Col. and Expl. Farm., 3^2 [1906], p. 58-()2). On donne les analyses de dix-huit échantillons du sol de cette région qui comprend les districts d'Algoma et de Kipissing se trouvant entre 49" et 51° latitude nord. Les résultats montrent qu'aucun des sols n'est dépourvu de chaux et que la plupart d'eux en ont ahondamment. La plus grande partie des sols est bien pourvue de potasse et d'acide phosphorique. Le taux d'azote est généralement très faible pour les sols qui n'ont jamais été ensemencés ; celui d'humus est ordinairement élevé, mais il est évi- dent que la décomposition de la matière organique n'est pas bien avancée. D'après les résultats globaux, la conclusion générale est « que là où le drainage et la culture sont soignés, beaucoup des sols du district d'Abitibi possèdent assez de prin- cipes nutritifs pour produire des récoltes rémunératrices ». Analyse de sol, par W.-H. Day {Anti. Hpt. Ontario Agr. Col. aiul Expl. Farm, 32 [190li], p. 35-36]. Analyses mécaniques de vingt échantillons de sols d'une ferme. L'acidité du sol par rapport au manque de phosphates assi- milables, par A.-R. Whitson et C.-W. Stoddart {Jour. Amer. Chou. Soc, 29 [1907], n°5, p. 757-759). C'est un rapport préliminaire sur des recherches présentées ailleurs plus complète- ment {E. S. Il, 18, p. 1024). Quelques effets réciproques des racines d'arbres et des herbes sur les sols, par G. -A. Ji<:nse>' (Science, n. sér., 25 [19U7J, n" 648, p. 871-874). Les résultats mènent à la conclusion « que les semis de tulipier, de cornouiller, d'érable, de cerisier et de pin retardent la croissance du froment quand ce dernier a végété dans des conditions qui forcent les racines du blé à être en relation physique BIBLIOGRAPHIE 313 élroite a/ec les racines des arbres; que cette action retardatrice varie avec les difle- rentes espèces d'arhres ; que le retard de la croissance du froment est le plus grand pendant la saison où les semis des arbres sont les plus actifs physiologiquemeut et que Taction retardatrice devient plus petite quand approche la fin de la saison de végéta- tion des arbres. C'est au moins le cas du pin ; le pin vivant est beaucoup plus désavan- tageux à la croissance du froment que le pin mort » . J/effet pernicieux des arbres sur le froment paraît être dû à l'excrétion par les arbres de substances toxiques pour le blé. Les sous-sols marneux et la chlorose ou la jaunisse des arbres du genre Citrus, par K.-W. Hilgaud {CaUjoniiii Sta. Cire, "il, 4 pages). Des cas de non-réussite des arbres du genre Citrus sur des sous-sols calcaires sont cités comme exemple de la nécessité d'étudier attentivement les sous-sols avant de planter des vergers, et l'attention est appelée sur la relation entre la végétation natu- relle et le caractère du sol et du sous-sol comme fournissant un moyen pratique pour juger les conditions du sol. Traitement des sols tourbeux, par W.-H. Day {Ann. Rpt. Ontario Agr. Col. and Expt. Farm., 32 [1906], p. 33-35). Comme suite aux expériences de l'année passée (E. S. R., 17, p. 84), Teffet du mélange de différentes proportions de terre glaise, chaux, sable et marne avec de la tourbe a été étudié. On a trouvé que la tourbe traitée avec une application modérée de terre glaise donna la meilleure récolte d'avoine, en grain et paille. La marne et la chaux étaient avantageuses, mais le sable ne l'était pas. Aération des sols, par W.-H. D.\Y {Ann. Rpt, Ontario Agr. Col. and Expt. Farm., 32 [1906], p. 36-37). On a forcé de l'air, une fois par jour, à traverser des cruches de 4 gallons de sol de tourbe dans lequel du froment, do l'orge, de l'avoine, des pois, de l'alfa et des ha- ricots étaient cultivés. Le froment et l'orge aérés ont paru ne pas réussir tout à fait aussi bien que les non-aérés. Les autres récoltes profitaient en général par l'aération. Températures du sol (Alaska Stad. Rpt. [1906], p. 67-68). On donne les observations journalières des températures à G pouces et à 2 pieds en dessous de la surface de la terre et à 6 pouces au-dessus, à Sitka, du 20 mai au t2 octobre, et à Kenal du 17 mai au 30 septembre. Inoculation de semences, par D. Finlayson (Counfry Life [Londres], 21 [1907], n" 529, p. 257-259, avec 8 fi-.). L'histoire des recherches dans cette matière est brièvement résumée et des rapports sur des expériences faites par le P'' Bottomley du Collège royal sont donnés. Il a été constaté que 90 "j^ des deux cents essais faits avec les cultures du 1"' Bottomley dans les diflérentes parties de la tJrande-Bretague avaient eu du succès. Quelques causes des insuccès sont expliquées. 314 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Cultures commerciales de « Pseudomonas radicicola », par H.-A. Hardin et M.-.I. I'rucha (nss. dans Science, ii. sér., :i5 [1907], n^WT, p. 818). Cest un résumé d'un ouvrage présenté à la huitième assemblée annuelle de la So- ciété de bactériologistes américains, donnant les résiillats de nouveaux essais de PKtat de New-York cl d'autres stations de cultures commerciales de cet organisme séché dans du coton, lesquelles cultures ont généralement donné des résultats peu satisfaisants. L'emploi de vases en métal pour préserver la vitalité des cultures n'a pas eu deffet. Sur les changements opérés dans le sol léger sablonneux par la stérilisation, par A. KocH et G. Lûcken {Joiw. Landiu., 55 [1907], iiM, p. 161-172). Ayant observé que Tavoine pousse beaucoup mieux sur un sol sablonneux qui a été stérilisé que sur un qui ne Ta pas été, les auteurs ont fait une étude de sol poiu- dé- terminer la cause de la productivité augmentée du sol stérilisé. On a trouve que le sol stérilisé contient beaucoup plus de matière organique soluble et d'azole qu'un sol non stérilisé; Tacide chlorhydrique d'un poids spécifique de lOlG dissout 10 "/„ de l'azote total du sol stérilisé contre 5 % de celui du sol non stérilisé. Les auteurs ont, comme d'autres investigateurs, observé un effet pernicieux pendant les premières périodes de croissance sur le sol stérilisé. Ces eftets ont été d'abord constatés dans des pots en /inc, mais ils ont plus lard élé remarqués dans des pots en terre, surtout quand les expériences ont été commencées au printemps. (Juand la plantation a été faite, au début de l'été, les températures plus élevées ont annihilé cet effet nocif. L'addition de carbonate de calcium ne l'a pas empêché. Sur des principes nouveaux dans l'étude du sol, par II.-K. Chris- TENSEN {Tùskr. Laiidbr. PlanteavL, 13 [1906], p. 145-198). Conférence faite à la Société danoise Royale d'agriculture, le 28 mars 1906, conte- nant aussi un compte rendu des recherches sur la présence et la distribution des Azo- baders chroococcum dans les sols danois. Le développement de certaines bactéries dans le sol, par K.-F. Kkllermann et Kdiia-H. Fawcett {vés. daii.s Science, ii. sér,, 25 [1907], n» 647, p. 806). Le résumé suivant a été donné d'un ouvrage présenté à la huitième assemblée an- nuelle de la Société des bactériologistes américains : « Deux organismes ont été étudiés dans leur rapport avec Pseudomonas radicicola; c'est Bacillus ochraceiis et une forme ressemblant au lidciKus col/. Ce dernier lue le Pseudomonas radicicola quand il est dans un bouillon de culture de sucre, pauvre en azote, mais non quand il est dans des extraits de sols favorables ; liacilliis oclira- ceus a peu d'effet sur le Pseudomonas radicicola sous n'importe quelle condition. « Dans des sols favorables, stérilisés, saturés avec de l'eau, liacillus ochraceus, Pseudomonas radicicola cl l'organisme /*«r«co/o/i se muitii)liaient avccpre.s{|ue la même vitesse, en augmentant d'environ 1 pouce en (|uarante-iiuit heures. Dans les sols à BIBLIOGRAPHIE 315 peine humides, Pseudomonas radicicola végète à Pallure d'envirou I pouce en soixante-douze heures, tandis que les deux autres formes sont réduites à une allure d'en- viron I pouce en huit jours. Toutes ces expériences ont été exécutées à nne tempéra- ture de 25° G. A une température de 10', Tallure de Pseadomonas .radicicola était réduite à 1 pouce en trois jours dans le sol saturé ; les deux autres organismes n'ont pas végété sensiblement au bout de trente jours. « Dans aucune des canditions de ces expériences, il ne paraissait exister d'antagonisme dans le sol entre Pseadomonas radicicola et Bacillas ochraceas ou l'organisme pa- rucolon. » Les industries électro-chimique et électro-métallurgique en 1906, par J.-B.-C. Kershaw {Sci. Amer. Sup., 63 [1907], n" 1629, p. 20089-26099). C'est une réimpression d'un article donnant un court résumé du progrès dans ces industries pendant J'année. La partie intéressante au point de vue agricole est celle qui se rapporte au développement des procédés pour la fabrication des composés d'azote. L'installation d'usines en Norvège, en Allemagne, en Suisse, en France et en Italie pour la fabrication des composés azotés par la méthode Birkeland et Eyde ou la mé- thode Frank et Caro est notée. L'utilisation de l'azote atmosphérique pour les usages indus- triels, par P.-F. Frankland {Jour. Soc. Chem. Jiid., 26 [1907], ii° ô p. 175-180, avec 3 fig.). .__ Les différents procédés proposés à cet effet sont décrits. Expériences avec chaux-azote, nitrate de soude et sulfate d'ammoniaque, par K. Weix {Mitt. Deiil. Landw. Gen., 22 [1907], 11° 13, p. 128-134). Essais comparatifs avec ces engrais sur l'orge, l'avoine et les pommes de terre. La circulation de l'azote ammoniacal dans la nature, par P. Ehurnberg {Mitt. Landw. Insf. Breslau,i [1907], n°^ 1-2, p. 48-300, avec 3 fig.) C'est une monographie critique sur ce sujet comprenant un résumé très complet de la littérature. Fille décrit Tévaporation de l'ammoniaque de l'eau par décomposition des matières organiques liquides et solides, les sols et les substances ammoniacales répan- dues sur les sols; la lixiviation de l'ammoniaque; la transformation d'ammoniaque en azote libre et en acide nitrique (nitrilication) ; la lixation chimique d'ammoniaque dans les sols et en dehors d'eux; la hxation physique de l'ammoniaque; la tlxation de Tani- moniaque dans les plantes inférieures ; l'absorption des composés d'ammoniaque par les plantes plus élevées et la fixation d'azote ammoniacal par les animaux. On donne un rapport sur une série d'expériences faites avec des appareils construits spécialement pour mesurer la quantité d'ammoniaque excrétée par les sols avec ou sans addition de composés ammoniacaux, quaud un courant d'air a passé au-dessous d'eux à une température normale uniforme (19-20°). 31(i ANNALKS DK LA SCIENCE AGRONOMIQUE On arrive à lu conclusion que, seulement dans le eus de sols sablonneux riches en carbonute de enlciuui et pauvres eu composés zéoliliqiii's, une perte d'ammoniaque par l'évaporation est à craindre. Même dans ce cas, une telle perte arrive seulement quand la température d'été est très élevée, le sol sec et quand le taux d'ammoniaque du sol est élevé, comme dans le cas d'applications d'engrais azotés. \ia pratique, la perle provenant delà est donc insignitianle. Dans une série d'expériences en pois pour étudier la question de rassimilation de l'azote ammoniacal par des plantes supérieures, on est parvenu à cette conclusion que seul l'a/ote nitrique convient auv besoins et assun; un dévelopiienient normal des plan- tes plus élevées ordinairement cultivées. L'assimilalion de Ta/ute ammoniacal prend une importance appréciable seulement dans le cas de sol acide et de plantes de sols marécageux. Engrais azotés, par L.-II. Mansholt {Cnlhira, 19 [1907], n" 224, p. 250-200). Des essais comparatifs en pots sur l'avoine du nitrate de soude, du ni! rate do chaux et de la chaux azotée sont communiqués. Phosphates et phosphore {U. S. Geol. Siirvey But., 315, p. 449-484, avec 3 fig. et 1 carte ; Amer. Ferl., 20 [1907], n° 3, p. 21 ; n" 5, p. 17 ; Emjiii. and Min. Jour., 83 [1907], n" 25, p. 1191). Les ouvrages suivants sur cette matière sont indiqués dans les Contributions à la géologie économique, 1906, t. I, les deux premiers étant brièvement notés dans les autres références : Dépôts de phosphates à l'ouest des États-Unis, par F.-B. Weeks et W.-F, Ferrier, p. 440-402, avec 3 fig. et 1 carte). Un compte rendu est donné de la découverte, de l'extension et du caractère d'impor- tants dépots oolithiques de phosphate au sud-est de fldaho. au sud-ouest du Wyoming et au nord-est de TUtah. Les dépôts consistent en couches alternatives de phosphate noir ou brun, de schiste et de calcaire compact dur, bleu ou gris, souvent fossilifères. Le lit principal jusqu'ici examiné a une épaisseur de 5 à G pieds et contient en moyenne 32 "jo d'acide phosphorique. Dépôts de phosphates au nord de l'Arkansas, par A. -II. Purdue (p. 403-473). C'est un bref compte rendu de la découverte, de la situation, du développement et du caractère de ces dépôts, dont la station de l'Arkansas a déjà parlé (E. S. R., 14, p. 430). « Autant qu'il est connu, il y a un horizon phosphatique d'une grande étendue au nord de l'Arkansas. Ces dépôts ont été examinés seulement à une place, c'est-à-dire à Latl'erty Greek, dans la partie occidentale du comté d'Indépendance. Les dépôts exami- nés se trouvent entre le calcaire de Polk Bayou et le marbre de Saiul-Clair. La roche de phosphate est d'origine sédimentaire et là où elle a été examinée, elle est gris clair, homogène et conglomérée, les cailloux étant de la grosseur d'un pois et plus petits. « Des analyses sont communiquées, lesquelles monlrent que les meilleurs spécimens du phosphate contiennent jusqu'à 32 "/o d'acide phosphorique. BIBLIOGRAPHIE 317 Minerai de phosphore aux sources du mont HoUy (Pensyl- vanie), par G.-W. Stose (p. 474.483). Un dépôt de wavellite (phosphate d'aluminium) à cette place est décrit et son em- ploi pour la fabrication du phosphore est discuté. Publications du service géologique sur des phosphates et autres engrais minéraux (p. 48i). Une liste de vingt publications sur ce sujet est donnée. Sur les changements que subissent les phosphates acides sous la pression ou la déformation mécaniques, par W. Spring {Bul. Soc. Chim. Belg., 21 [1907], n° 3, p. 91-103 ; Acad. Roy. Bel Dul. Cl. Sci. [1907], 11° 3, p. 193-211). s-J On a observé que les phosphates primitifs subissent une certaine décomposition sous la pression ou la déformation mécaniques résultant premièrement de Téliraination de Teau d'hydratation, et finalement de la libération d'une certaine quantité d'acide phospho- rique. L'effet général est de faciliter la reversion dans certains phosphates. Les phos- phates primitifs de calcium, de sodium et probablement de lithium forment des com- binaisons moléculaires avec leurs sulfates respectifs. Dans le cas de compositions de calcium, cette combinaison moléculaire est apparemment insoluble dans l'eau et sa formation contribue par conséquent à la reversion (rétrogradation) des phosphates acides de calcium. L'influence des phosphates sur la circulation de la potasse dans les sols, par G. Sciireiber (Jicv. Gén. Agron., n. sér., 2 [1907], 11° 3, p. 97-110). Des expériences eu pots avec du phosphate monocalcique et des scories phosphatées sur l'avoine sont rapportées ; on en tire les conclusions que le phosphate monocalcique et les scories Thomas transforment les composés insolubles de la potasse dans le sol en des formes solubles ; l'action de la scorie Thomas à cet effet étant un peu inférieure à celle du phosphate monocalcique. Bien que la quantité de potasse ainsi libérée dans ces expériences fût considérable, elle ne suffisait pas pour rendre non nécessaire remploi d'engrais potassiques. On a trouvé aussi que de petites applications de chaux, en libérant la potasse dans le sol, augmentaient l'effet du phosphate En grande application, cependant, la chaux rendait insoluble l'acide phosphorique et abaissait la production dans le cas du phosphate mo- nocalcique et de la scorie, mais moins avec la scorie qu'avec le superphosphate. Les phosphates de l'Algérie et de la Tunisie en 1906, par Mai- ziKRES (Engrais, 22 [1907], n° 9, p. 205-207). La statistique de l'exploitation de ces dépôts de phosphates est donnée. 318 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Recherches sur le glauconite, par L.-W. Collet el G.-\V. Lee (Proc. /{<>!/. S„c. Edin., -20 (1905-1906;, ii»4, p. 238--278, 12 planches, 1 carte). C'est une étude très complète du caractère minéralogique, des propriétés physiques, de la composition chimique, la formation, l'association avec des concrétions phosphori- ques et la dislribution de ce silicate potassique qui est d"iine importance agricole con- sidérable, en connexion avec les dépôts de phosphate et les sables verts. L'article est écrit eu français. Une biljliographie de quarante-trois références à la littérature sur cette matière est donnée. L'emploi des sels de potasse sur les différents sols et récoltes, par Densch {IIIuh. Lundw. Zig, 27 [1907], ii" 11, p. 83-85). C'est une courte discussion de ladaptabilité des sels de potasse aux différents sols et récoltes. Engrais commerciaux, par W.-J. Jones el O.-C. HAVvoaiH {huUiina Sla. Bill., 121, p. 463-538, avec 1 carte). Ce bulletin résume les stipulations principales de la loi de l'indiaua sur les engrais, discute brièvement les résultats de rinspection et donne, sous forme d'un tableau, les analyses de huit cent soixante-dix-neuf échantillons d'engrais examinés en 1906. La plus grande partie des échantillons examinés étaient en dessous de la garantie de composition ; ce fait indique « une condition concernant le mélange et la composition qui est loin de ce qu'elle devrait être ». Analyses d'engrais commerciaux {Keiitucky Sla. UuL, 128, p. 173- 258). Des analyses et estimations de six cent cinquante et un échantillons d'engrais, réunies dans le courant de 1906, sont communiquées sous forme de tableau, avec de courtes notes explicatives. Examen d'engrais en 1906, par F.-\V. iMorse [New Hampahirc Sta. But., 139, 8 pai;es). Ce bulletin donne les résultats d'analyses de cent quatorze échantillons d'engrais examinés pendant l'année. Engrais de poisson inodore {Amer. Fert., 26 [19)7], ii" 5, p. 13). Il a été constaté que H. -6. Deming, de TUniversité de l'État à Washington, a inventé un procédé pour préparer un tel engrais, en offrant ainsi un moyen pour sauver la plus grande quantité du rebut de poissons qui est maintenant perdue. Les ressources minérales des États-Unis en 1905, par D.-T. Day {U. S. Geol. Survi'ij [1906], 1403 pai;cs, 1 fig.). l'armi les matières d'un intérêt spécial agricole et desquelles on donne une statistique de production et de consommation, se trouvent : la chaux, le gypse, la marne, le phos- phate, les sels de potassium et la tourbe. BIBLIOGRAPHIE 319 Loi anglaise sur les engrais et les aliments (Mark Lane Express, 96 [1907], 11^ 39i8, p. 2 ; ii' 39^29, p. 27-28 ; n" 3930, p. 51 ; n° 3931, p. 85). Les points les plus importants de cet acte et des ordonnances et règlements adoptés par rAdrainistration d'agriculture sont résumés et discutés. La loi prescrit au uuirchand de donner à racheteur une facture indiquant le taux centésimal d'azote, de phosphates solubles, de phosphates insolubles et de potasse dans Tengrais. Les aliments pour les bestiaux et pour la volaille doivent être décrits sur la facture, selon qu'ils sont formés d'une ou de plus d'une substance ou semence, et si l'aliment est artificiel, le contenu en pour-cent d'huile et d'aluminoides doit être indi- qué. Ces factures sont à considérer comme des garanties ; les avertissements et les cir- culaires contenant des constatations pour le caractère des engrais et les aliments doi- vent aussi avoir l'etîet de garanties. Les punitions pour les violations de la loi sont des amendes depuis '250 jusqu'à 1 250 francs. Le Bureau de l'agriculture est chargé de l'application de la loi par les soins d'un chef analyste agricole [E. S. R., 18, p. -^33). r Les règlements des engrais et des aliments [1906J {Jour. Bd. Agr. [Lon(lre.sJ, 13 [1907], ii° 10, p. 604-615). Les règlements généraux et ceux qui concernent l'échantillonnage et les limites d'erreur accordées par l'administration de l'agriculture sous la nouvelle loi sur les en- grais et les aliments sont donnés. Botanique agricole Contributions à la connaissance de la corrélation dans le mé- tabolisme des plantes, par B. Hansteen {Laiidw. Jahrb., 36 [1907], 11° 2, p. 276-308). L'auteur a cherché à fixer la corrélalion entre l'acide phosphorique, la magnésie et la potasse, absorbés par les plantes dans les diflerents états de croissance, environ une douzaine d'espèces de plantes, représentant cinq difl'érents ordres, ont été étudiées et le taux d'acide phosphorique, de magnésie et de potasse dans les racines, les tiges, les cotylédons, les endospermes, etc., a été déterminé. Les résultats des analyses, donnés avec beaucoup de détails, sont discutés longuement. L'influence de la lumière pendant la germination sur l'assi- milation des matières organiques dans les semences et les bulbes, par W. Lubi.menko {Compl. licnd. Acad. Se. [Paris], 144 [1907], 11° 19, p. 1060-1063, 1 diagr.i. Du froment, de l'avoiiio, des pois, des lupins blancs, du maïs et des oignons ont été cultivés sous des cloches, et la quantité de lumière a été réglée en couvrant le verre avec des épaisseurs variables de papier blanc ou noir. La croissance totale, la longueur, le poids frais et sec, etc., des plantes dans chaque série ont été fixés. Le poids des 320 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIiJUE plantes sèclios, cuUivéos sous diUcrentes limiii^rcs et intensités, est montré par des courbes, d'après lesquelles il apparaît que, tandis que le contenu d'eau variait seule- ment peu, le poids sec des différentes plantes variait beaucoup, dépendant des quan- tités d'illuminaliou. Le fi-omenf, le maïs, les pois et les oignons augmentaient dans le poids sèc avec raugnientatiou de la lumière jusqu'à un maximum qui correspondait à peu près à la quantité de lumière nécessaire pour le commencement de la formation de la chloro- phylle. Le poids sec du froment, des pois et des oignons cultivés dans la lumière dif- fuse était plus grand que quand ils étaient cultivés dans lombro partielle; mais pour le maïs, les lupins blancs et l'avoine le maximum du poids sec correspondait au mini- mum de lumière. L'auteur conclut que l'assimilation de la réserve de matière accu- mulée dans les semences et les bulbes est influencée par la quantité de Unuière et que rassimilalion atteint son maximum à peu près à la quantité de lumière nécessaire pour la formation de la chlorophylle. Une augmentation de lumière au-dessus de cet opti- mum est suivie d'une diminution dans l'assimilation. Développement des plantes à chlorophylle en l'absence d'acide carbonique, mais avec des quantités non toxiques d'amides, par ,1. Lefèvre {Rev. Géii. Bol., 18 [11)06], ii" -208, p. 145-103, 1 fig. ; n" 209, p. 205-2111 ; u" 210, p. 258-280, i fij;. ; n" 211, p. 302-310). Une série d'expériences a été exécutée avec du cresson cl le basilic dou.K, cultivés dans des pots sous des cloches sans acide carbonique, mais en présence d'un certain nombre d'amides. Les plantes ont été pourvues d'engrais chimiques auxquels on a ajoute un mélange de tyrosine, d'oxamide, de glycocolle, d'alauine et de leucine, à raison de isf I par ôOO grammes du sol. Les plantes ont été observées soit à la lumière, soit à l'obscurité, et on a trouvé qu'avec la lumière solairo elL's étaient capables de faire des accroisscmenls considé- rables devenant en six semaines dix fois plus grandes qu'au début et avec un feuillage et des boutons à fleurs bien développés. Puisque cette croissance a eu lieu en l'absence complète d'acide carbonique, le carbone nécessaire doit être venu des amides et a été absorbé par les racines. Le transfert n'a pas été simplement osmotique, il y a eu une véritable synthèse, ce qui est démontré par l'absence de toute (ou presque toute) crois- sance quand les plantes étaient conservées à l'obscurité. Évidemment, il y avait une photosynthèse dans une proportion presque normale. L'assimilation de l'acide carbonique et la fonction chlorophyl- lienne, par F. -G. Kohl {Ber. Dciit. Bot. Gescll., 2i [lUOG] ; General- versfimtnliing.s-Heft, p. 39-54). C'est un résumé montrant l'état actuel de nos connaissances sur l'assimilation de l'acide carbonique et la fouclion chlorophyllienne des plantes. {A suivre.) VHP CONGRÈS INTERNATIONAL D'AGRICULTURE COMPTES RENDUS DES EXCURSIONS DES DIVERSES SECTIONS SECTION Il/A à l'École i. r. supérieure d'agriculture, à Gross-Enzersdorf (visite du jardin d'essais et démonstrations) et à Eisgrub et Feldsberg Le programme des excursions de ce groupe comportait la visite de l'Ecole i. r. supérieure d'agriculture de Vienne, une excursion à Gross-Enzersdorf, près Vienne, pour la visite du jardin d'essais e: démonstrations de ladite école en cette localité, enfin et après réu- nion aux participants de la section XI, une excursion en commun à Eisgrub et Feldsberg pour la visite de l'institut agronomique qui s'y trouve. L'excursion officielle à l'Ecole i. r. supérieure d'agriculture, déjà visitée durant les journées précédentes par de nombreux congres- sistes sous la direction particulière de plusieurs de ses professeurs, a eu lieu le 26 mai dans la matinée. Les visiteurs, réunis en grand nombre dans la salle des fêtes de l'école, ont été reçus par Sa Magni- ticence le recteur de l'école, le ?' D"" Charles Wilhelm, qui leur a adressé l'allocution de bienvenue, après quoi, ils ont procédé à la visite des diverses salles d'enseignement et des collections, répartis en deux groupes : groupe agricole et groupe forestier. ANN. SCIENCE AGRON. — 3* SÉRIE — 1908 — II 21 322 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE L'inspection de plusieurs objets présentés aux liùtrs de l'école a été l'occasion de brèves conférences cl d'écbanges de vues. Puis, sous la conduite de M. le P"" D"" VVilhelm, recteur, il a été procédé à l'inspection du jardin botani([ue d'essais attenant à l'édifice sco- laire, et enfin à celle du honie pour étudiants de l'Kcoie i. r. supé- rieure d'agriculture, ouvert en 1905, établissement dont l'architec- ture agréable et l'excellente disposition intérieure ont été baulement et unanimement appréciées. La visite du jardin d'essais et démonstrations de l'Ecole i. r, supérieure d'agriculture de Gross-Enzersdorf et, concurremment avec elle, celle de l'établissement pour essai et épreuve des machines agricoles, ont eu lieu le 27 mai après-midi, en commun avec les membres des sections III et IV : en conséquence, leur relation se trouvera au compte rendu des excursions de ces sections, et nous y renvoyons. Des membres de la section H, groupe A, participaient également à l'excursion de la section XI à Eisgrub et Feldsberg, dont le com})te rendu est reporté à ceux de cette section. SECTIONS II/B et VII à Korneuburg (visites de la serre de végétation de la sta- tion d'essais) ainsi qu'aux locaux et installations de la station d'essais de chimie agricole et de la station de bac- tériologie agricole et de protection des plantes de Vienne Le vendredi 24 mai, dans la matinée, a eu lieu la visite appro- fondie des serres de végétation de Korneuburg, sous la conduite du chef de section M. Reitmair, ainsi que des assistants MM. Pilz et D' Alexander ; à cette visite a été rattachée une excursion au château célèbre du comte de Wilczek, Kreuzenstein ; finalement les excur- sionnistes se sont rendus au Kahlenberg. Le 27 mai a eu lieu une seconde excursion à Korneuburg, ayant pour objet unique l'inspection des champs à essais et expérimenta- tions. Le samedi, 26 mai, un nombre considérable de congressistes ont s. EXCURSIONS DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 323 procédé à la visite des diverses sections, inspectées séparément, de la station i. r. d'essais de chimie agricole, ainsi que de la station i. r. de bactériologie agricole et de protection des plantes, organique- ment rattachée à la précédente. MM. les membres du congrès ont été salués et reçus à l'arrivée par M. le P"" Wolfbauer, représentant le directeur, qui les a conduits aux différentes sections. Un intérêt tout particulier s'est attaché aux sections I (culture des plantes), II (laiterie) et alimentation du bétail, III (viticulture) et IV (culture paludéenne); ou cours de cette inspection, MM. Reitmair, Ripper, D"" Haas, chefs de section et Wilk, assistant, avaient mis- sion d'accompagner les visiteurs et de leur fournir les explications utiles. Les excursionnistes s'étant transportés, après cette première visite à la station i. r. de bactériologie agricole et protection des plantes eurent pour guide M. de Czadek, professeur adjoint. Les spécimens présentés à leur observation et, non moins qu'eux, les appareils en usage ainsi que l'ensemble des installations furent l'objet du plus vif intérêt et des plus favorables appréciations. SECTION Il/G aux installations de la station i. r. d'essais de chimie agri- cole (section de culture paludéenne et utilisation de la tourbe) ainsi qu'à Admont, Laibach et Salzbourg Comme suite à la quatrième séance et séance de clôture de la section Il/G, a eu lieu l'après-midi une visite des installations et des collections de culture paludéenne et utihsation de la tourbe. Les membres de la section y ont pris part au complet. Les visiteurs ont procédé à un examen minutieux et approfondi des laboratoires dans lesquels s'effectuent les analyses des échantillons de tourbe et la détermination de leur valeur combustible ; ils inspectèrent égale- ment les riches collections de la section qui, en outre de nombreux profils de tourbières hautes et basses, renferment des produits de l'industrie de la tourbe ainsi que des cultures paludéennes, des modèles de machines à travailler la tourbe et d'installations pour 324 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE son cxsiccation, de même que des plans complets relatifs aux opéra- tions d'évarnation de la tourbe et des eaux. Le samedi 25 mai, quatorze membres du congrès se sont rendus à Admonl, en Styrie, où il a été procédé à la visite des installations de culture paludéenne de la station i. r. d'essais de chimie affricole de Vienne, sous la conduite de M. le D"" W. Bersch. Là, ont été pré- sentés à l'examen des congressistes les procédés d'assainissement en vue de livrer les marais à la culture, diverses prairies et terres établies sur des tourbières hautes ou basses et les machines em- ployées pour défrichement des couches mousseuses résistantes {lourhe fibreuse) et mise en état du sol marécageux. Les congressistes visi- tèrent aussi les magasins pour séchage de la lourhe et la station météorologique. Une soirée amicale termina les travaux de la journée. Le 27 mai, une partie des voyageurs continua l'excursion en se dirigeant vers Laibach sous la conduite de M. Miklauz, ingénieur. Là, ils visitèrent les vastes cultures paludéennes du marais de Lai- bach, en particulier les cultures d'orges établies par le ministère i. r. d'agriculture sur des tourbières infra et supra aquatiques et qui excitèrent leur intérêt au plus haut degré. De plus, ils inspectèrent les champs d'essais de l'Association paludéenne Slovène, ainsi que les riches collections d'objets trouvés dans le marais de Laibach et qui figurent au musée provincial, le Rudolfmum. Le 29 mai eut lieu, sous la conduite de M. le D' de Zailer, l'excur- sion de Salzbourg avec visite des percements de tourbe et des cul- tures en champs et prairies du marais de Leopoldskron. Avec cette dernière excursion, le programme se trouva épuisé. SECTION IIl/A à Esslingen, Orth, Gross-Enzersdorf, Loosdorf et Wischau I. A Esslingen, Orth et Gross-Enzersdorf. — L'excursion du 27 mai avait pour objectif la ferme d'Essling du domaine i. r. de la maison régnante à Orlh, ainsi ([ue les installations pour essais de l'Ecole i. r. supérieure d'agriculture sises à Gross-Enzersdorf EXCURSIONS DU Vllf CONGRÈS INTERNATIONAL 325 La ferme d'Essliiig comprend 4-07 hectares de terres en labour et 02 hectares de prairies. Les excursionnistes procédèrent à la visite sous la conduite de M. Kolcdn, régisseur i. r., et de son assistant, M. Tesarz. D'abord, ils virent les vastes écuries où se trouvent envi- ron deux cent cinquante vaches. La proximité de Vienne a rendu possiljle l'établissement d'un régime de traite intensive. La plupart des sujets sont pris au Vorarlberg et à la vallée de l'Adige ; leur pro- ductivité initiale est de 12 à 18 litres; au bout d'à peu près quatorze mois, la production étant tombée à 6 ou 7 litres, les bètes sont vendues comme vaches d'engrais. L'alimentation comporte deux périodes, à savoir : premièrement, hiver : paille d'orge, 8 kilos; ensilage de maïs, 5 kilos; betterave coupée menue sure, 20 kilos; betterave coupée menue sèche, 1 kilo ; feuille de betterave sure, 7 kilos; tourteaux, 1 kilo; farine fourragère, 1 kilo; maïs écrasé, 2 kilos; et secondement, été : paille d'orge, 2 kilos; maïs vert, -45 kilos; tourteaux, 1 kilo; farine fourragère, 1 kilo; maïs écrasé, 1 kilo. Le rendement moyen de la traite est de 10 litres; la moyenne des principes gras, de 3,8 "/o. Les excursionnistes eurent l'occasion d'examiner un appareil Isselherd pour la réfrigération du lait, mis à la disposition de la ferme à titre d'essai par la société en actions « Alfa-Separator » . Il abaisse la température du lait à 1 ou 2° G. Après la visite des immenses bâtiments, dont le prix de construc- tion, y compris le corps avancé du bâtiment dit le Schafflerhof, est de 40 000 couronnes, les excursionnistes se rendirent en voiture dans les terres. Là, ils purent se rendre compte des résultats des remem- brements opérés en l'année 1906. La superficie du territoire est partagée en douze groupements. L'ordre de succession des cultures est établi comme suit : 1" bet- terave à sucre ; 2° orge ; 3° trèfle rouge ; 4" froment d'hiver ; 5° bet- terave à sucre ; 6° orge ; 7° fourrage ; 8° semis d'automne ; 9° bette- rave à sucre; 10" orge; 11° serais d'automne; 12° luzerne avec interversion selon les cas. La fumure est faite au fumier d'écurie, nitrate et superphosphate pour la betterave; le labour profond se fait la charrue à vapeur Fowler. D'Essling, l'excursion se rendit en voiture au domaine d'essais de 326 ANNALES DR LA SCIENGK AGRONOMIQUE l'École supérieure d'agriculture, sis à Gross-Enzersclorf. Le chevalier de Liebeiibcrg, conseiller aulique, fit d'abord visiter aux hôtes la partie de l'exploitation qni se trouve devant la ville d'EnzersdorI'. Un essai intéressant est celui de l'irrigation artificielle par eaux sou- t(MTaines amenées au moyen d'un moteur à benzine et distribuées aux difierentes parcelles. M. de Liebenberg en a obtenu d'excellents résultats l'année dernière, en particulier jmur les foins : cinq coupes contre deux seulement sur le sol non irrigué, et c'est avec un intérêt extrême qu'on peut attendre les calculs de rendement qui ne sont pas encore établis. Le conseiller aulique Adametz fit voir l'installa- tion et le contingent de l'écurie d'essais, spécialement le mouton caracul introduit par lui, et qui a déjà donné d'excellents produits. Le P' D' de Tschermak fut malheureusement interrompu par une averse dans le très intéressant exposé de ses curieux et difficiles essais. La station d'essais pour machines agricoles établie et dirigée par le P' Piezek constitue une véritable curiosité et fut étudiée^ avec le plus grand intérêt. Par malheur, là comme partout en Autriche, l'argent manque; aussi l'époque où M. Rezek pourra réaliser son dessein de poursuivre à ciel ouvert ses intéressantes expériences est encore dans les contingences de l'avenir. Ce serait un devoir d'hon- neur des députés agrariens d'obtenir une dotation pour le domaine d'essais; si l'on agit, qu'on agisse efficacement ! M. le D' Kaserer, qui pourvut à l'arrangement de l'excursion et par les soins de qui la Direction des tramways accorda un convoi spécial, acquit des droits à la reconnaissance de tous, qu'il partage avec M. l'administrateur Richter. IL Excursion à Loosdorf (28 mai;. — De nombreux membres de la section III/A ont pris part à l'excursion de la section III/B à Loos- dorf : on en trouvera le compte rendu aux excursions de la section III/B, paragraphe suivant. III. Excursion à Wischau (29 mai). — La troisième excur- sion de la section IH/A conduisit ses participants à la merveilleuse Ilanna, à la grandiose exploitation agricole et industrielle que la labrique de sucre de Drnowitz possède à Wischau. La Société de la EXCURSIONS DU VIII® CONGRÈS INTERNATIONAL 327 fabrique de sucre de Drnowitz, dont MM. Hubert et Gustave Skulezky sont les associés-directeurs, possède un territoire affermé qui n'a pas moins de 3 800 hectares de contenance, se composant de 22 fermes administrées par 13 gérants-régisseurs. Les conditions climatériques du territoire (altitude : 224 mètres; moyenne pluviométrique : 500 à 600 millimètres) et la constitution du sol (principalement humus argi- leux et alluvion) sont favorables à la culture de la betterave : toute l'exploitation se concentre en conséquence sur la betterave sucrière afin de fournir à la fabrique un quantum constamment égal de ma- tière brute d'une excellente composition. C'est pourquoi l'ordre des diverses cultures est plus libre : on cultive le plus généralement : 1° esparcette; 2° betterave; 3" orge; 4" seigle; 5° betterave; 6° orge; 7" haricots et pois; 8° froment d'hiver; 9° betterave; 10° orge; ou bien: i° froment d'hiver; 2° betterave; 3° orge; 4." seigle; 5° betterave ; 6° orge; 7° trèfle rouge. Malheureusement, le nématode, qui apparaît là comme partout, a obligé de restreindre la culture autrefois plus forte de la betterave et de renoncer à la culture de la semence de betterave. Les excursionnistes furent reçus à la gare de Wischau par MM. Sku- lezky et conduits tout d'abord à la ferme de Wischau. Les magnifiques bœufs à l'engrais excitèrent l'admiration de la compagnie. Ce sont principalement des sujets styriens ou moraves. Au bout de cinq mois environ, ils sont vendus, ayant profité de 150 à 180 kilos. Le nombre des vaches laitières est restreint. Par contre, l'exploitation possède, en même temps que deux charrues à vapeur, environ 700 bœufs de trait et 150 chevaux. Après une collation, on se rendit à la station du chemin de fer de l'exploitation, qui possède une ligne à voie étroite de 15 kilomètres de longueur pour le transport de la betterave. On entreprit la tournée à travers les champs, les wagons (^om) à betteraves étant trans- formés pour la circonstance en wagons à touristes. D'abord le trajet s'effectua par le chemin de fer, puis en voiture jusqu'à la ferme d'Hobitschau. Après le retour à Wischau, on visita les installations pour le séchage des cossettes de betterave. Un repas offert par MM. Skutezky réunit les invités dans la salle du casino allemand. Le nombre des toasts qui furent portés répondit, 328 ANNALES I>E LA SCIENCE AGRONOMIQUE bien entendu, à la splendeur de rhospilalitéoll'erle comme à l'intérêt de l'exploitation qu'on avait admirée. L'après-midi, la compagnie se dirigea vers Eiwanowitz. i^]ntre temps, on attira l'attention des excursionnistes sur la culture de la chicorée en pleine campagne, culture dont la chicorée elle-même n'est pas le seul intérêt, mais qui se recommande surtout au point de vue des nématodes, car, comme on sait, la chicorée ne subit au- cunement l'atleinte de ces vers. Après l'inspection de la ferme d'Eiwanowitz (une « montagne de fumier » d'environ 8 mètres de haut excita tout particulièrement l'admiration des visiteurs) et api'ès une expérience de fumure à l'engrais d'orge, on se rendit à la gare. MM. Skutezky ainsi que leur personnel , qui s'employa à fournir toutes explications avec une infatigable amabilité, peuvent être assurés de la reconnaissance de leurs hôtes. 11 était seulement re- grettable que les visiteurs venus de l'étranger fussent en si petit nombre. SECTION III/B à Loosdorf, arrondissement de Mistelbach, pour la visite de la station de culture de semences de l'administration domaniale de la terre de MM. les comtes de Piatti, le 28 mai 1907 Environ trente membres du Congrès s'étaient rencontrés au départ de l'express du matin pour entreprendre, sous la conduite des pré- sidents des sections III/A et Ill/B, MM. de Liebenberg et de Prosko- wetz, une excursion à la station de culture de semences du domaine des comtes Ferdinand et Alphonse de Piatti, sis à Loosdorf, près de la gare de Fràttingsdorf, sur la ligne de l'État. A la gare de Fi'ët- tingsdorf, les excursionnistes furent reçus par le régisseur général du domaine et par les délégués de la section des céréales de la sta- tion i. r. de contrôle des semences, qui prête à la direction du do- maine le concours de son expérience pour ses travaux sur les se- mences. De là, on se rendit à Loosdorf, siège de l'administration du do- maine, et le trajet s'effectua en une demi-heure de voiture, dans les EXCURSIONS DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 329 conditions les plus agréables. M. le comte Alphonse de Piatti souhaita la bienvenue aux excursionnistes dans la cour du château, et l'on procéda à la tournée d'inspection des installations diverses. D'abord, ce fut le jardin d'essais établi devant le bâtiment de l'administration, qui sert aux plantations des croisements, variétés et mutations ; puis le jardin d'élevage de plantes de Loosdorf; enfin le matériel d'exploi- tation, les laboratoires, les magasins, les salles de travail, le grenier aux céréales, les appareils de nettoyage à fond des semences. M. Schreyvogel, directeur, et les employés préposés à l'élabora- tion des semences, ainsi que MM. Pammer, inspecteur, et Freudl, assistant, de la station i. r. de contrôle des semences de Vienne, fournirent aux excursionnistes toutes les explications désirables. Il existait autrefois à Loosdorf une station de culture des semences créée par M. le conseiller aulique R. de Weinzierl, qui cultivait les meilleures variétés de céréales afin d'en obtenir des semences desti- nées à l'agriculture, et cette station se trouvait sur le même terrain. Afin d'obtenir la conservation absolument pure des espèces obtenues, afin d'utiliser pour la création de sortes nouvelles les variétés qui survenaient après la mise en usage, quand ces formes présentaient des mérites incontestables, on décida, sur expertise faite en 1903 par la section des céréales de la station i. r. de contrôle des semences de Vienne, d'instituer là une station de culture des semences. Diverses catégories de plantes et espèces y sont traitées, par exem- ple: seigles d'iiiver (deux sortes), froment d'hiver (neuf sortes), orge d'hiver, orge d'été (quatre sortes), froment d'été (deux sortes), avoine d'été (cinq sortes), et enfin, depuis ces tout derniers temps, betterave fourragère et diverses espèces de trèfles. Le matériel de laboratoire et l'outillage pour la récolte, le battage, le nettoyage des semences ne laisse rien à désirer comme choix approprié au but, comme fabrication et comme abondance. Il convient de signaler tout particulièrement le matériel de nettoyage des céréales ainsi que celui des autres graines, établi dans le grenier aux céréales et activé par un moteur à pétroline de 12 HP. Après la visite des installations et objets indiqués, les excursionnistes se réunirent au château où M. le comte Alphonse de Piatti et sa famille leur firent le plus cordial accueil. Pendant la collation où Ton fit honneur aux vins du domaine 330 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE et pendant un court moment de repos qui suivit, l'occasion se trouva offerte d'échanger des idées sur les choses qu'on venait de voii\ La série des toasts fut ouverte par M. de Piatti qui témoigna sa joie de recevoir à Loosdorf un aussi grand nombre de congressistes. Après lui, prirent la parole : M. de Proskowetz, le P"" de Liebenberg, le P' Schribaux, le P' de Tschermak qui rendirent hommage à l'œuvre eiîectuée à Loosdorf en si peu de temps, objet des unanimes éloges de tous les congressistes, et qui exprimèrent les remerciements de ces derniers pour le gracieux accueil dont ils restent profondément reconnaissants. L'après-midi eut lieu une tournée en voiture pour la visite de plusieurs champs de céréales de semence situés non loin du château. Puis les excursionnistes se transportèrent à la gare de Laa où les uns continuèrent leur route vers Bruun, tandis que les autres retournaient à Vienne. SECTION III|G du 11^ Congrès international pour machines agricoles à la Laiterie viennoise, ainsi qu'aux ateliers de constructions de machines Glayton et Shuttleworth Ltd., Hofherr et Schrantz, Langen et Wolf, à Vienne Outre la visite de la station d'essai de machines agricoles de Gross-Enzersdorf, excursion relatée d'autre part, les membres de la section ont procédé à celle de divers établissements industriels, ainsi qu'il est exposé ci-dessous. I. La Laiterie viennoise. — L'excursion ayant pour objectif la visite de cet établissement a eu lieu le 24 mai au soir. Le nombre des participants était de 84, qui furent reçus et conduits dans toutes les divisions de l'exploitation par le baron Rodolphe de Doblhoft', président de la Laiterie viennoise, et par son directeur, M. Al. François- J. Kaiser. La quantité de lait actuellement fournie à la consomma- tion est de 70 à 80000 litres par jour, et la plus grande partie est vendue directement à la consommation. Ce (jui distingue particuliè- rement cette laiterie, c'est l'importance du débit en bouteilles, car le stock de bouteilles de lait ({uotidiennement fourni s'élève en moyenne EXCURSIONS DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 331 de 50 000 à 5H000. La Laiterie viennoise est la première institution de ce genre qui ait appliqué pleinement et entièrement les prescrip- tions relatives à l'hygiène du lait : non seulement toutes les vaches appartenant aux membres de cette association coopérative sont en permanence soumises à un contrôle vétérinaire rigoureux , mais encore les personnes occupées à la laiterie sont elles-mêmes sous une surveillance médicale régulière, et des réglementations cons- ciencieuses et détaillées déterminent la manière d'agir des fournis- seurs du lait dès l'apparition d'une maladie infectieuse quelconque dans leurs fermes ou aux environs. Les installations, en ce qui con- cerne les bâtiments aussi bien que l'outillage, sont à la hauteur de ce que le temps présent connaît de plus parfait ; elles sont devenues un modèle pour toutes les entreprises de même genre. Tous les moyens propres à assurer le maintien facile de la plus scrupuleuse propreté y ont trouvé leur application. Ceci concerne en premier lieu le vaste et puissant hall des travaux, où s'accomplit l'œuvre proprement dite de la laiterie, tandis que les opérations latérales, telles que la beurrerie, la fromagerie, le lavage, etc., s'effectuent dans d'autres halls adjoints au principal. La galerie des machines est entièrement indépendante et séparée ; outre les deux machines à vapeur de 80 à 120 HP, elle possède un outillage réfrigérant fournissant 80 000 calories par heure, et c'est là aussi que sont établies les dynamos-machines. L'actionnement des diverses machines de la Laiterie est opéré soit par câbles et courroies, soit par trans- mission électrique de la force. En dehors de l'exploitation de la lai- terie proprement dite, l'établissement possède des ateliers parfaite- ment installés : une menuiserie, une serrurerie, un chantier pour les réparations, des maréchaux ferrants, des charrons, etc. A l'issue de leur tournée d'inspection, les excursionnistes, parmi lesquels on remarquait un grand nombre de congressistes de l'étran- ger, se rassemblèrent dans la salle de répétition de la société chorale où eut lieu une dégustation du lait et des produits du lait. IL Clayton et Shuttleworth Ltd, à Vienne, XXL — L'excursion ayant pour objectifla visite de cette usine a eu lieu le samedi 25 mai, durant la matinée. 332 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Les participants élaient: MM. l'inspecteur Rfinh. Bartel, le P' A. Cliristensen, S. Dinnermann, leP'G. Fischer, S. E. P. Kiùger, l'ingé- nieur en chef V. Kroh, le ?' A. Nachlweh et ringénicur H. Vœlker. La tournée d'inspection des différentes parties des établissements s'effectua sous la conduite du directeur de l'usine, M. Ilobert Blakev, (fui mit toute sa complaisance à fournir les explications et renseigne- ments utiles aux visiteurs. Edifiée en Tannée 1904-1905, l'usine occupe une superficie de 140 346 m^ et présente un front de 715 mètres. Le foyer central de distribution d'énergie consiste en trois ma- chines à vapeur dont l'une, de 150 IIP, actionne directement la menuiserie, la seconde, de 250 HP, sert à l'éclairage électrique, et la troisième, de 450 HP, distribue la force à l'usine tout entière. Les générateurs actionnés par les deux premières produisent un courant giratoire d'une tension de 220 volts, équivalant à celle des établissements électriques communaux de la ville de Vienne. Par mesure préventive, trois transformateurs à 90 kilowatts y sont rat- tachés. L'entrepôt des bois, situé immédiatement auprès de la menuiserie, se fait dès l'abord remarquer par les masses considérables de bois déjà sciés qu'il contient, condition qui seule permet d'obtenir, avant l'emploi et le travail du bois, l'état de sécheresse voulu. La menuisei'ie, vaste atelier sous forme de salle de 440 mètres carrés de superficie, contient dans sa partie est les machines servant aux travaux, telles que : scies, rabots mécaniques, perforateurs mécaniques, percusseurs, etc., etc., à l'aide desquelles les diverses pièces sont traitées séparément avec toute la précision voulue. Dans la moitié ouest de la salle se trouvent les établis et les sections affectés aux travaux de charronnerie pour les machines. Ce qui impressionne agréablement c'est l'absence totale de poussière dans cette salle. Un exhausteur installé dans la cage de transmission, et dont le fonctionnement exige une énergie de 47 HP, absorbe la sciure, les détritus du bois et la poussière, et cela au moyen d'un système de tuyaux en fer-blanc ajustés à chaque machine ou partant d'un certain nombre d'orifices pratiqués dans le plan- cher en vue du nettoyage : tous ces détritus sont utilisés pour la EXCURSIONS DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 333 combustion; deux grands tuyaux les amènent au foyer où ils servent au chauffage. L'atelier de construction des chaudières couvre une superficie de 3010 m" et il est pourvu d'un outillage de machines les plus mo- dernes qui existent : machines fléchisseuses à cylindres, perforateurs à fuseaux multiples pour river les ouvertures, perforateurs spéciaux pour parois, grandes presses hydrauliques pour traitement et mo- delage des fers battus, machines pneumatiques et hydrauliques à river avec appareils accessoires à river et pour percussion, machines spéciales pour roues en fer forgé, et d'autres avec les grands fours à flamme nécessaires. Attenant à ces ateliers, se trouve l'atelier d'es- sais et épreuves où toute locomobile sortant de la section de montage est soumise à une épreuve de chauffage de trois jours, le premier jour à vide, le deuxième jour avec production normale de force, le troisième avec production de force double et finalement triple. Poul- ies essais à vide, normal et maximum, la notation est enregistrée quotidiennement par appareils électriques spéciaux. De plus, toute locomobile est soumise à une épreuve de pression hydraulique à froid avant de passer à l'atelier de laquerie. La fonderie occupe un espace de 3570 m^ de superficie ; on y remarque un système de ventilation abondante, et des machines spé- ciales des plus différents types et en très grand nombre. La transmis- sion, très courte, est opérée par un électromoteur spécial, de même que le traitement du sable et le soufflage du fourneau à coupole. L'absorption de la poussière aux établis de nettoyage attire particu- lièrement l'attention. Les sections de tournage, perforage et montage occupent un espace d'une superficie de 9100™- et sont établies dans une même salle. Elles sont pourvues d'un outillage de machines et appareils perforateurs, percusseurs, de modelage, etc., etc., composé des types les plus nouveaux, et qui sont actionnés chacun par deux élec- tromoteurs installés dans des constructions distinctes. De plus, dans les différentes sections de montage, spécialisées pour les sortes par- ticulières de machines à construire, se trouve un nombre voulu d'électromoteurs plus petits. Un intérêt tout particulier est offert par la section dé serrurerie pour outils et métaux, où se trouvent 334 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE les ouli liages complets pour calibres pleins et vides de tous encas- trements. Minutieusement classifiés, ces calibres sont disposés en réserves dans des bahuts spéciaux à compartiments. A un autre endroit de l'atelier se trouvent les régales contenant l'outillage pour tous arbres de couches, fuseaux et axes, de sorte que toute pièce demandée peut être prise immédiatement avec la forme et les dimensions que l'on désire. La forge a une surface de 2640"^ et deux foyers établis de chaque côté. Elle est pourvue de toutes les maclihies auxiliiiires sus- ceptibles d'être employées, telles que presses à friction, marteaux pneumatiques, cylindres, une presse hydraulique pour axes des batteuses, etc. L'atelier de vernissage pour grandes machines est construit à part avec toiture montée sur fer et toit entièrement de verre, tandis que les ateliers de vernissage pour petites machines se trouvent au rez- de-chaussée et aux trois étages d'un bâtiment spécial qui est réuni aux magasins par des ponts de communication. Les magasins occupent un emplacement de 19 800"'-; ils sont établis juste auprès des rails de la voie ferrée ; des grues mues à l'électricité effectuent les chïu'gements sur les wagons. L'atelier pour épreuve des batteuses reçoit la force motrice d'une dynamo spéciale et transportable. Toute batteuse, avant de sortir des chantiers, est soumise à des essais effectués avec le soin le plus grand et le plus minutieux : d'abord c'est le manteau seul qui est mis en action ; puis les courroies de ti'ansmission sont passées successive- ment aux différents agents de la batteuse pour la totalité de ses opérations jusqu'au nettoyage définitif, cela au moyen d'un appareil électrique spécial. La consommation de foi'ce de chacun des agents particuliers de la machine est enregistrée aussi bien lors de la mise en action que durant et après le fonctionnement, et dans le cas où quelque défectuosité ou irrégularité serait relevée par les épreuves, il est procédé à la rectification. En outre, il importe de mentionner diverses institutions d'utilité générale : une salle d'hygiène sanitaire complètement outillagée ; des installations pour bains avec quarante-huit cabines pour douches froides ou chaudes, deux cabines avec baignoires, une vaste salle EXCURSIONS DU VIH^ CONGRÈS INTERNATIONAL 335 à manger avec cabinet-réchaud y attenant. Tous les ateliers sont organisés avec le souci le plus scrupuleux et le plus éclairé de l'hygiène. Toutes les salles sont pourvues en abondance d'air et de lumière ; en hiver elles sont entretenues à la température voulue par le chauffage à vapeur ; en été un système de ventilation par absorption éloigne l'air consommé et le remplace par de l'air pur. Ghaipie atelier est pourvu de ses lavabos et de son vestiaire réservés à son usage spécial, III. Hofherr et Schrantz, à Vienne, X. — L'excursion ayant pour but la visite de cette fabrique de machines a eu lieu le 25 mai, après-midi. La fabrique Hofherr et Schrantz a été fondée en 1869 ; partie de commencements modestes, elle s'est développée au point de devenir une des plus importantes qui existent pour la construction des machines agricoles. Elle débuta par la construction de faucheuses et, pendant vingt-cinq ans, resta l'unique maison autrichienne qui s'occupât de cette spécialité de la fabrication. Puis, presque toutes les variétés de la production en machines agricoles s'adjoignirent successivement à la spécialité initiale ; à l'heure actuelle, la maison Hofherr et Schrantz se voit à la tête d'un contingent total de fabri- cation consistant, en chiffres ronds, en 5600 locomobiles à vapeur, i 9 000 batteuses, i 6 000 semeuses, 3 500 moissonneuses, 35 000 char- rues, 1400 presses à foin et paille, etc., etc. Dans ces dernières années, l'entreprise étendit son champ d'action hors des frontières de l'Autriche et elle établit à Budapest une fabrique-sœur en commu- nauté avec celle de Vienne. Les deux fabriques ensemble occupent un emplacement de 60000 toises (la toise viennoise == l^SO) et emploient actuellement 2100 ouvriers. La visite des établissements de Vienne eut lieu sous la conduite de M. le conseiller Ebert. Les excursionnistes apportèrent le plus grand intérêt aux diverses branches de la fabrication dont l'importance technique sollicita leur attention, qui s'appliqua tout particulièrement à la courbure à la machine des parois des chaudières, à la suture pneumatique et hydrauli(|ue des chaudières, au montage ainsi qu'à l'épreuve définitive des locomobiles achevées, avec indicateur et 336 ANNALES DE LA. SCIENGlî AGRONOMIQUE IVein, dans la galerie des essais de la fabrique. Un type de locomobile à traclioii automobile de construction la plus récente fui mis en mouvement en leur présence. Dans chacun des différents ateliers, l'in- térêt se porta principalement sur la partie de l'arrangement intérieur relative aux machines. A la fonderie, on apprécia spécialement le fonctionnement tout moderne des machines à mouler. Aux ateliers de tournage et aux autres ateliers de travail du bois, l'excursion, (pii se composait celte fois exclusivement de techniciens, s'arrêta longuement à l'examen des machines spéciales qui s'y trouvent en grand nombre. A la forge outillée en presses, marteaux à vapeur et autres instruments, on porta un intérêt tout particulier à la cour- hure des axes à manivelle. Finalement, on consacra un long arrêt à la visite détaillée des vastes magasins de la fabrique où se trouvent en grand nombre les batteuses, locomobiles, semeuses, moisson- neuses, charrues, moulins, etc. Les visiteurs quittèrent l'établissement avec l'impression d'avoir eu devant les yeux une entreprise largement organisée sur une vasle base et conduite avec une haute intelligence : ils exprimèrent en particulier leur satisfaction sur le zèle et la promptitude avec lesquels y sont appliqués les derniers progrès techniques et les plus récentes inventions du domaine des machines agricoles. IV. Langen et Wolf, à Vienne, X. — La visite de la fabrique de moteurs Langen et AVolf a eu lieu le 25 mai à l'issue de l'excursion aux établissements Hofhcrr et Schrantz. Celte fabrique est une entreprise-sœur de la « Deutzer Maschinenfabrik » bien connue el s'occupe comme elle de la construction du type dit « Otto ». L'excursion avait pour guide le directeur technique de l'établis- sement, M. l'ingénieur ll.-E. Ebbs, constructeur de capacité émi- nente, dont les projets de règles à observer pour l'épreuve de loco- mobiles actionnées par combustible liquide ont été adoptés par le congrès el ont acquis par conséquent une importance internationale. La fabrique dispose d'un générateur central de force électri(|ue par lequel sont actionnées toutes les machines principales, au moyen de transmission électrique. Ce générateur central contient un moteur à combustion à action double d'une force effective de 100 P. S., mù EXCURSIONS DU VIII° CONGRÈS INTERNATIONAL 337 par gaz absorbé et dont roulillage en générateurs est attenant à la pièce où se trouve le moteur. La fabrication des moteurs dans chacun des ateliers, supérieurement fournis au point de vue de l'aménagement en appareils et machines, excita le plus vif intérêt des visiteurs qui apprécièrent encore plus favorablement les multiples modes d'emploi des moteur? à benzine pour les besoins agricoles, tels qu'il leur fut donné de s'en rendre compte par les types présen- tés. A côté des locomobiles-batteuses, on admira des dispositifs combinant le moteur à benzine avec pompes et constituant un outil- lage soit s.ationnaire, soit mobile pour le dessèchement ou pour l'immersion de vastes étendues de champs. Les suffrages se portèrent tout spécialement sur le dernier type construit de ces locomobiles agricoles qui sont destinées au battage des céréales, et qui fut actionné en présence des visiteurs. SECTION Ill/D Visite du domaine fidéicommls du prince Rodolphe de et en Liechtenstein, sis à Mâhrisch-Kromau, le 26 mai 1907 Les excursionnistes ayant quitté Vienne le malin par le premier express de la ligne de la Compagnie du chemin de fer de l'État, furent reçus en gare de Màhrisch-Kromau par le régisseur général et fondé de pouvoirs, M. Robert Pohl, qui, après leur avoir présenté ses souhaits de gracieuse bienvenue, les invita à se rendre en voiture au château de Kromau, où L. E. le comte et la comtesse de Kinsky les reçin^ent au nom du propriétaire absent. M. Pohl exposa tout d'abord aux visiteurs les éléments généraux de l'exploitation et fit suivre cet exposé d'un tableau explicatif défi- nissant le point de vue de l'organisateur de l'exploitation agricole du domaine : cet aperçu limpide et d'une parfaite diction impres- sionna agréablement l'assistance ('). (') Une description détaillée, accompagnée de matériaux analytiques abondants, se trouve dans la monographie composée par M. Pohl et gracieusement offerte aux excur- sionnistes : VExploifalioii agricole du domaine de Mûhrisch- Kromau. ANN, SGIENCK AGllON. — ' 3^ SÉRIE — 1908 — II 22 338 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE En ce qui concerne la produclioii végétale, c'est à la culture de la itellerave qu'est donnée la prépondf'rance : elle alimente la raffinerie appartenani ou domaine et lui fournit chaque année un (piantum de betteraves sucrières maintenu autant que possible égal. Les céréales sont l'objet d'une sollicitude extrême, qui se porte en parti- culier sur l'orge de brasserie ; depuis quelques années, on s'occupe de l'élevage d'une variété de l'orge « Ilanna », l'orge dite « Liechten- stein )) (jui, dans cette contrée pauvre en pluies, assure le rendement le plus élevé et le plus certain. Les fourrages non dirigés sur les marchés sont consommés d'aboril par le bétail de trait, dont sont exigés des efforts et un travail consi- dérables à l'époque de l'arrachage de la betterave, à cause de la grande distance qui sépare les fermes de la fabrique de sucre, pui par les vaches laitières à traite tarissante, dont le nombre a été conL- tamment augmenté durant ces dernières années, mesure dont les résultats ont pleinement justifié l'application. Le lait est livré à la Laiterie viennoise. Quant à l'engraissennent des bœufs, il se borne au traitement des bœufs de trait retirés de ce service. Il est opportun de remarquer qu'en l'année 1906 on a fait l'essai, pour une ferme, de la comptabilité en partie double employée con- curremment avec le système dit caméral qui est la base de la tenue des livres pour l'administralion des domaines. L'expérience s'est trouvée si satisfaisante que, l'année suivante, on a adopté le premi»r système pour une seconde ferme et les résultats restent tels que, dans la suite, on finira vraisemblablement par abandonner totalement le mode caméral. A l'issue de l'exposé, qui fut accueilli par de vives marques d"uu assentiment unanime, on se promena dans le parc immense et ombragé, sous la conduite de S. E. la comtesse de Kinsky. Puis, on se dirigea en voiture vers la ferme de Kroinau, (|ui fut visitée par les excursionnistes avec le plus grand intérêt. Après le retour au château, la famille comtalc n'-unil (M1 un banquet hospitalier les membres de l'excursion et le personnel des employés du domaine : au cours du banquet, les visiteurs formulè- rent en des toasts multiples leur gratitude à l'égard du propri('taire du domaine, de L. E., ainsi que de rinlendaiil géix'ral, M. PobI, EXCURSIONS DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 339 témoignant dans les termes les plus expressifs combien hautement ils étaient satisfaits de ce qu'il leur avait été donné de voir et combien ils appréciaient l'œuvre de M. Pohl, qui a su, aidé d'un état- major d'employés de valeur, élever l'exploitation du domaine de Màhriscli-Kromau à la hauteur d'une exploitation modèle. Le soir, à 6''30, les excursionnistes étaient de retour à Vienne. SECTIONS IV/A ET IV/B Le jeudi 23 mai, après-midi, visite de la 28* exposition inter- nationale d'aviculture (volaille) combinée avec la l"" exposition styrienne de poulets, au Prater, Grosse Zufahrtstrasse, 25, où eut lieu, à 3 heures, la réunion des visiteurs, conformément au rendez- vous pris. Le vendredi 24 mai, soir, visite de la Laiterie viennoise. Vienne IL, Molkereistrasse, 2, en commun avec le groupe G de la section III. Rencontre des visiteurs audit établissement à 9'' 30 du soir. Pour le compte rendu, voir section 111/ G. Le vendredi 24 mai, soir, visite de la Laiterie basse-autrichienne. Vienne XX, Ilochslàdtplatz, 5. Rendez-vous des visiteurs à 9'' 30 du soir, à la Laiterie. L A Altenburg-hongrois. — Le programme était ainsi conçu : Le dimanche 26 mai, excursion pour la journée entière à Ungariscli- Altenburg ; nombre maximum des participants : trente personnes ; et visite : 1" Des effectifs remarquables de vaches laitières, ainsi que de l'organisation pour l'élevage des veaux avec immunisation contre la tuberculose, du domaine de l'archiduc Frédéric ; 2° Et en cas de temps disponible, de l'école économique de Ungarisch-Altenburg. Sous la conduite de M. le conseiller auli(iue P' Adametz, uji grand nombre de membres du VHP Congrès international d'agri- culture piirent part à l'excursion du domaine de Magyar-Ovâr (Ungarisch-Altenburg), propriété de l'archiduc Frédéric. La coinpa- 340 ANNALES DK LA SCIENfiE AGRONOMIQUE giiie, d'une composilion internationale et formée de spécialistes éniinents, parvint, au jour dit, à la gare de Hegyeshalom, où elle fut reçue par M. Ernest Mayer, directeur de l'exploitation du domaine arcliiducal. Après la visite de l'entrepôt archiducal dont le mouvement annuel est de 257 000 quintaux, la compagnie prit place dans plu- sieurs waiions de tramway attelés de percherons et se dirigea vers les différentes divisions domaniales de Kleylemajor, Jessemajor et Albertkâzmér qui devaient être visitées. Le peu de temps dont on disposait ne permettait de voir que ces trois fermes. Resplendissantes dans leur parure printanière, merveilleuses de propreté dans toutes leurs installations, elles firent la meilleure impression sur les visi- teurs. Le domaine a une superficie de 20540 hectares, il est divisé en quinze administrations et pratique l'exploitation laitière dans le grand style. Le lait obtenu de 3 700 vaches laitières est dirigé deux fois par jour sur Vienne, et la quantité livrée jour par jour à la consom- mation viennoise par les différents dépôts établis à Vienne est de 250 à 300 hectolitres. Les visiteurs apprécièrent tout particulière- ment les effectifs parfaitement harmonisés du bétail, les sujets de la race Algau, spécialité d'élevage du domaine, la production considé- rable de la traite, les succès obtenus contre la tuberculose par Tapplication du système Bang, qui assure dès à présent au domaine la possession d'un effectif de 4000 vaches laitières et génisses exemptes de tubercidose. Leur intérêt fut excité au plus haut point par l'organisation hygiénique des écuries toutes modernes, par les beaux logements du personnel domestique, par les procédés pour l'obtention du lait, par l'actionnement électrique à l'usage de tous les travaux et l'emploi abondant de machines de toutes sortes pour la mise en état desquelles existent de vastes ateliers. L'état des diverses cultures obtint des éloges unanimes et, pour finir par une particularité qui n'est pas la moindre, on apprécia hau- tement le chiifre élevé des recettes du domaine. n. Aux fermes d'Esslingen et d'Orth. — Le lundi 27 mai, dans la matinée, eut lieu la visite des fermes d'Esslingen et d'Orth, pro- priété du fonds familial de la Maison i. et r,, ainsi que de la ferme EXCURSIONS DU VIII* CONGRES INTERNATIONAL 341 pour essais de l'Ecole supérieure i. r. d'agriculture de Gross-Enzer. dorf, en commun avec le groupe A de la section III. Pour le compte rendu, voir section 111/ A. III. Au haras du prince de Schwarzenberg, près Murau. — Le programme était ainsi fixé : le dimanche 26, jusqu'au lundi 27 mai et, selon les circonstances, jusqu'au mardi 28, excursion de deux jours au haras du prince de Schwarzenberg, près de Murau, Styrie. Favorisés par un temps superbe, les excursionnistes quittèrent Vienne par le train fixé au programme, au nombre de dix, dont quelques congressistes de Moravie et de Galicie et trois Français. En l'absence du président de la section, M. le conseiller anliqueAdametz, retenu par d'autres devoirs, M. Malcher, assistant, secrétaire de la section, avait le soin de diriger l'excursion. A Neumarkt, M. Tunharl, vice-président de la Société d'agricul- ture de Styrie, vint saluer les voyageurs et eut l'obligeance de se mettre à leur disposition en qualité de guide sur le territoire styrien. Un mémoire communiqué d'avance aux visiteurs les mit au courant des principales particularités économiques du haras. Après réception et souhaits de bienvenue du personnel dirigeant de l'établissement, on procéda à la visite qui fut commencée par la section d'élevage de la race du Simmenthal, laquelle possède 240 sujets. Les principes appliqués ici : sélection rigoureuse des sujets employés, rajeunissement annuel du sang, pâture en vallée et sur les hauteurs, manifestent l'excellence de leurs résultats, visibles en chacun des sujets, c'est-à-dire une formation du corps répondant à toutes les exigences, à l'égard de la constitution comme de la vigueur : formes larges, bien arrondies spécialement à l'arrière- train et, malgré le grand nombre des sujets, la plus parfaite unifor- mité. La section du Yorkshire, qui possède en tout 80 sujets, se distingue par l'unité de race, tandis que la section d'élevage de la chèvre du Saanthal n'a qu'une iuiportance secondaire. Là-dessus, une collation fut offerte aux excursionnistes, après laquelle s'effectua le départ pour Murau, où ils devaient passer la nuit. A Murau, un dîner commun réunit les autorités locales, les employés du domaine princier et les excursionnistes. 342 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Le lundi matin, on procéda à la visite de quelques écuries de pay- sans pour fournir aux excursionnistes l'occasion de voir le bétail indi- gène: Bergschecke, Pinzgau, Murboden, dans sa manière paysanne ; puis on se dirigea sur Marialiof. Cette modification apportée au programme était nécessitée par le temps défavorable des jours pré- cédents : sinon, la matinée eût été consacrée à l'ascension de la Frauenalpe, près de Murau. A Mariahof, M. ZettlachereuH'amabilité de montj'er aux excursionnistes ses échantillons bien connus de la spécialité de Mariahof et de fournir toutes les explications relatives à cette race et à son élevage. L'impression fut excellente, malgré le souvenir tout récent qu'on avait encore du haras, souvenir propre à miire à ce qu'on pouvait voir dans la suite. De plus, quelques étalons et juments poulinières de la vraie race Pinzgau furent pré- sentés aux visiteurs. Aux premières heures de l'après-midi, on se mit en route pour le retour : à 9''30 du soir, l'excursion rentrait à Vienne. SECTION V Visite des travaux de régularisation du Danube au bassin de la Prein et à Hollern L Sur le Danube. — Le 24 mai après-midi, un grand nombre de membres du Congrès se réunirent à l'embarcadère de la Société de navigation danubienne, au lieu dit la Weissgarberlande,en vue d'une excursion sur le canal du Danube et sur le Danube proprement dit. La commission de régularisation du Danube avait mis un bateau spécial à la disposition des excursionnistes ; M. Bozdèch, directeur des constructions, souhaita la bienvenue aux visiteurs, parmi lesquels se trouvaient le ministre de l'intérieur, M. le baron de Bienerth, le comte de Kielmansegg, gouverneur de la Basse-Autriche, et le pre- mier adjoint de la ville de Vienne, M. le D' Ncumayer, Tout d'abord, le bateau descendit le canal et contourna la Pointe pour pénétrer dans le port d'hiver ; après la visite du port, le bateau pénétra dans le grand Danube et remonta le courant jusqu'aux écluses de Nussdorf qui furent également visitées. De Nussdorf, la plupart EXCURSIONS DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 345 des excursionnistes se transportèrent au Kahlenberg, où ils passèrent la soirée. II. A Payerbach. — Le 2(5 mai, sous la conduite de M. Charles OfTer, conseiller de l'administration des forêts au ministère de l'agri- culture, quarante membres du Congrès se rendirent à Payerbach pour procéder à la visite des travaux d'endiguement des torrents du bassin de la Prein. Un temps magnifique favorisa l'excursion ; aussi fut-il facile aux visiteurs de se rendre colnpte de la manière la plus exact.; des différentes méthodes appliquées aux constructions et travaux d'endiauement : ces intéressants travaux excitèrent leur admiration III. A Schœnabrunn et Hollern. — En vue d'examiner les opé- rations agraires effectuées près de Schœnabrunn et de Hollern, trente- six membres du Congrès se réunirent à l'embarcadère, descendirent par bateau à Deutsch-Altenburg, visitèrent le musée fameux qui s'y trouve, et de là reprirent leur route vers Schœnabrunn et Hollern. Accueillis avec la plus gracieuse prévenance par les municipalités de ces deux localités, les excursionnistes visitèrent les territoires des ^çommassations (remembremeiUs) ainsi que les travaux d'améliora- tion; l'entente pratique et judicieuse des opérations de l'une et de l'autre nature, ainsi que leur rendement élevé recueillirent les su(- fraoes unanimes des visiteurs. SECTION VI/B I. A Hiitteldorf. — L'excursion à Hùtteldorf, ayant pour objet la visite de la brasserie qui y est établie, a eu lieu le mercredi 24 mai après-midi, sous la conduite du P"' D"^ Prior. Les excursionnistes, reçus et accompagnés avec la plus grande amabilité par le directeur, M. Schneeberg, et par ses contrôleurs des travaux, procédèrent à une inspection à fond de cet établissement modèle véritablement moderne. Après quoi, ils acceptèrent l'invita- tion de M. Schneeberg à une dégustation qui leur fournit l'occasion de manifester hautement leurs unanimes et flatteuses appréciations sur les produits de la brasserie. 344 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE II. A Pilsen. — L'excursion de Pilsen, ayant pour objet la visite de la brasserie des Bourgeois, eut lieu sous la direction de M. le D' Wich- mann. Les excursionnistes se mirent en route le dimanche 27 mai pour Pilsen. Le nombre des participants était très restreint. La visite de cette brasserie d'universelle renommée s'effectua le lundi 27 mai, dans la matinée, sous la direction compétente de M. Piayer, maîli-e brasseur en chef, et de ses employés ; elle fournit aux congressistes l'occasion non seulement de se rendre compte de l'organisation par- ticulière de cette brasserie, mais aussi d'apprécier l'excellence de son produit et de rendre hommage à la « reine des bières ». SECTlOiN VI/C A la succursale des établissements Ad. Ig. Mautner et fils, à Vienne Le 24 mai, dans la matinée, les membres de la section VI/G entre- prirent une excursion à la succursale des établissements Ad. Ig. Mautner et fils, à Vienne, Simmeringer Haiiptstrasse, 191. Reçus et accompagnés par les directeurs MM. le D' baron Lepel et D"" Stumpf, les visiteurs passèrent en revue la rectification, la fabrique de levure et la malterie pneumatique, système américain Tilden, et s'intéres- sèrent tout particulièrement à l'excellent malt vert produit à cet établissement pour la fabrication de la levure. Après la tournée d'inspection, les visiteurs se trouvèrent réunis pour une opulente collation servie dans une salle richement décorée de la malterie, et dont M. Kuno de Mautner fit les honneurs : M. le P'' Lange, de Berlin, se faisant l'interprète des excursionnistes, exprima la gratitude bien méritée par cette maison pour le bon vouloir si souvent éprouve avec lequel elle ouvre ses établissements aux excursions scientifiques. SECTION Mil I. A l'école supérieure d'agriculture. — Le dimanche 26mai, dans la matinée, a eu lieu la visite de l'école supérieure i. r. d'agriculture EXCURSIONS DU Vlll" CONGRÈS INTERNATIONAL 345 par les membres de plusieurs sections du Congrès, et pour le compte rendu de cette visite, nous renvoyons à la relation donnée aux excur- sions de la section Il/A. A l'issue de cette visite, eut lieu dans la salle de chimie de l'école une conférence démonstrative pour les membres de la section, consistant en projections lumineuses de MM. le conser- vateur en chef des forêts Siefert et le conseiller aulique de Gutten- berg, concernant des arbres, des peuplements et des paysages boisés, ceux-ci se rapportant à la question de l'esthétique forestière, puis des projections de M. le P^'D'" Flecke, se rapportant au domaine scientitique des maladies des plantes. Ces très intéressantes expériences obtin- rent le suffrage de tous. II. A Mariabrunn. — Le jeudi 23 mai, après-midi, avait eu lieu la visite de la station forestière d'essais de Mariabrunn, par un grand nombre de membres de la VllI* section. Les visiteurs furent reçus dans la salle des fêtes de l'établissement par M. 'e conservateur en chef des forêts Schiffel qui leur présenta ses souhaits de bienvenue. Après quoi, commença l'examen, accompagné de toutes explications voulues, des travaux et des préparations exposés à ces fins dans la salle des fêtes et, ensuite, des collections, des instruments, des ma- chines, etc., dans les diverses salles et dépendances de l'établissement. M. le P' Henry, de Nancy, donna dans la salle des fêtes deux courtes conférences sur la forêt envisagée comme accumulateur d'azote, et sur l'action des forêts à l'égai'd des pluies et du niveau des eaux dans les plaines, conférences très favorablement accueillies par l'auditoire. Puis, on procéda à la visite des jardins d'essais ainsi que du jardin botanique, riche en arbres anciens et en variétés nombreuses de bois, visite accompagnée d'intéressantes démonstrations ; telles furent entre autres celles des appareils dus à l'invention de M. le conseiller aulique J. Friedrich, spécialement le compteur destiné à mesurer la croissance. Toutes ces démonstrations furent suivies avec grand intéi'êt, et ce fut avec autant de chaleur que de sincérité que les excursionnistes exprimèrent à la direction et aux employés de l'éta- blissement d'essais leur reconnaissance pour tout ce qu'il leur avait été donné de voir au cours de cette visite extrêmement instructive et profitable à ceux qui y avaient pris part. 346 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE III. A la forêt de Vienne. — L'excursion ;'t lu forêt de Vienne, qui eut lieu le lundi 27 mai, (Hait comme la suite et le complément de la visite de cet établissement. Cette excursion était principalement consacrée à la visite des sur- faces d'éclaircies, desserrements et essais (\^uite dans la forêt François-Joseph, dirigés par M. Pucich, conservateur en chef des forêts. Primitivement, la forêt François-Joseph avait été destinée à devenir un parc ; mais la constitution défavorable du sol rendait très difficile le peuplement en arbres feuillus et l'on dut renoncer à pour- suivre la réalisation de ce plan. De cette forêt la caravane se dirigea vers le Bosco Gonti, l'un des peuplements les plus anciens, qui fut d'abord formé par plantation en fossés, méthode de plantation qu'on abandonna dans la suite comme trop dispendieuse. Puis on se rendit au Bosco Bertolino et au Bo.sco Burgstaller-Bidischini, peuplements parfaitement réussis de pins noirs d'Autriche sous-étagés avec diverses espèces de bois feuillus. Finalement, on visita le réservoir Aurisina, et les excursionnistes atteignirent Opéina où un déjeuner était donné en leur honneur par la commission triestine de boisement du Garso. L'après-midi fut consacrée à une excursion au haras i. r. de Lippiza où la bienvenue fut souhaitée aux excursionnistes par le directeur, M. Hrusa. Les chevaux furent présentés aux visiteurs qui ne ménagèrent ni leurs éloges, ni les marques de leur admiration : après avoir passé la l'evue des écuries, les excursionnistes reprirent EXCURSIONS DU VIII* CONGRÈS INTERNATIONAL 353 le chemin de Trieste, non sans interrompre leur route à Basovizza pour la visite du jardin des plantes qui s'y trouve. L'excursion du Midi était terminée. Cependant, la plupart des voyageurs restèrent jusqu'au lendemain à Trieste pour prendre part à l'assemblée plénière de l'association forestière de la Carniole et du Littoral, réunion qui avait lieu ce jour-là. SECTION X 1. Excursion à Klosterneuburg. — Le 23 mai après-midi, environ cent membres de la section se rendirent à Klosterneuburg. Là, M. le conseiller D"" L. Weigert, directeur à l'école i. r. de pomologie et viticulture, reçut les visiteurs et les conduisit aux jardins d'essais de viticulture de l'établissement. M. Weigert pré- senta d'abord un intéressant aperçu historique concernant ces jardins qui sont comme un champ classique d'essais et d'expériences dans la lutte contre le phylloxéra. Le phylloxéra ayant fait sa première appa- rition dès l'année 1872, on commença par arracher les souches des poircelles contaminées du territoire. Mais on ne larda pas à se con- vaincre qu'il fallait les arracher du vignoble tout entier, et à leur place, on établit la culture du tabac sur tout le territoire. Quand les procédés appliqués en France se furent manifestés efficaces, les vignobles contaminés furent regarnis de plants européens, et on les maintint en rapport à l'aide du procédé français. Mais en même temps que les plants européens, on introduit les plants américains à titre d'essai : aujourd'hui le vignoble tout entier est reconstitué à l'aide du plant américain. Au cours de leur marche à travers le vignoble, les excursionnistes remarquèrent non seulement un grand nombre de vaiiétés européennes greffées sur les souches les plus diverses, mais aussi un très riche assortiment d'hybrides. Les dégâts produits par la gelée, lors de l'abaissement exceptionnel de la température en janvier 1907, fournirent aussi l'occasion d'observations utiles pleines d'un grand intérêt. Enfin, la section de stratifications, première ins- titution de ce genre qui existe en Autriche, arrêta longuement les visiteurs. ANN. SCIENCE AGRON. — 3^ SÉIUE — 1 ',)08 — II 23 354 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Après la visite de l'école et de ses laboratoires, on passa i'i celle des chais du monastère des chanoines légiiliers de Saint-Augusiin, où le P. Wilhhald Diini, maître caviste, servit de guide aux excur- sionnistes. Cette cave, aussi imposante par son étendue (jue par sa slructure massive, se compose de trois étages superposés. On aura une idée de la solidité des fondations en considérant une niche qui y est pratiquée et dont la profondeur n'est pas de moins de 7 [nèlrcs. C'est pourquoi la cave se dislingue par la stabilité presque invariable de sa température ainsi que par sa sécheresse relative. La visite terminée, les congressistes se réunirent dans la salle des fêtes du restaurant de la cave du couvent, où le P. abbé. M-"" Frédéric PitH, leur olTrit une collation avec ses compliments de bienvenue, amabilités pour lesquelles M. Eschtermayer, de Dahlem, exprima au couvent les i-emerciements du congrès. II. Excursion aux installations viticoles provinciales de Dornau et Leobersdorf. — Sous la conduite de M. L. A. Maycr, rapporteur de la viticulture près la diète provinciale de la Basse-Autriche, environ soixante membres de la X*" section du Congrès international d'agriculture se rendirent aux établissements de viticulture de Dornau et Leobersdorf, afin d'y étudier le traitement en grand des plants américains greffés. A la gare de Leobersdorf, les excursionnistes furent reçus par MM. Jukel et Gruber, députés à la diète, et par M. Reckendorfer, directeur de la viticulture de la province. Après une promenade à travers les installations, on procéda à une dégus- tation de crus du pays qui furent chaleureusement loués par les visiteurs. M. Mayer adressa aux hôtes les plus cordiaux souhaits de bienvenue de l'administration de la Basse-Autriche, et exposa l'action et le rôle de la commission permanente de la diète provinciale basse-autri- chienne pour le développement de la viticulture de la province. M. le conseiller d'Etat Tairoff, inspecteur général officiel de la viticulture, à Odessa, glorifia l'action efficace de la commission permanente de la diète et porta la santé de M. Mayer, membre de celle commission, ainsi que de M. Reckendorfer, directeur général de la viticulture de la province. M. Reckendorfer but à l'action et à l'entente commune EXCURSIONS DU VIIl^ CONGRES INTERNATIONAL 355 de tous les confrères en viticulture de tous les pays. M. le comte Calciali, président de la société agricole de Plaisance leva son verre en l'honneur de l'œuvre digne d'admiralion de la municipalité de Vienne et de la commission permanente de la diète. M. le D' Panajolis Decasos, d'Athènes, célébra le travail et les résullats des vignerons de la Basse-Autriche au point de vue de la reconstitution des vignobles par le plant américain. M. le D'' Schellenberg, professeur à l'école polytechnique de Zurich, fît ressortir les succès étonnanls obtenus en Autriche et tout spécialement en Basse-Autriche dans le domaine de la viticulture. L'occasion fut fournie aux congressistes d'assister à des travaux de greffage et de traitement des ceps dans le grand style : ils s'ex- primèrent dans les lermes les plus flulleurs sur l'organisation du service viticole dans la province de Busse-Autriche. Diu'ant les mois d'avril et mai, le nombre des ceps greffés à Dornau et Leobersdoi'i s'est élevé à environ un million. III. Excursion àVôslau, Baden, Gumpoldskirchen. — Cette excur- sion, à laquelle prirent part soixante-cinq membres du Congrès, eut lieu le 26 mai, sous la conduite de M. le conseiller aulique Porte!e. Elle olfrait uq intérêt viticole considérable, puisqu'elle avait pour objet la visite du plus fameux des vignobles de la Basse-Autriche ; mais, latéralement, elle se recommandait aux congressistes par la beauté des sites et par l'attrait de mainte autre curiosité. Le premier arrêt fut consacré à la visite de la cave de la maison R. Schlumberger. Cette cave est pratiquée dans le roc vif et fut creusée il y a plusieurs siècles. Comme elle est située dans un terri- toire thermal, elle est remarquable par sa température relativement élevée, ce qui fait qu'elle est particulièrement propre à la conser- vation des vins rouges. Après la visite des établissements de bains approvisionnés par les thermes de Vôslau, on entreprit une tournée en voiture i\ travers le vignoble des coteaux de Vôslau. Dansée terri- toire ravagé par le phylloxéra, il existe encore une vaste superficie en peuplements non grelYés et qu'on maintient à l'état productif par l'emploi du stillure de carbone. Toutefois, les vignes y sont renou- velées peu à peu sur la base du plant américain. Après la visite du 356 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Kaisersteiii, point- élevé d'où l'on a la vue sur tout le vignoble, on se rendit aux établissementi Goldeck . Les caves, propriété de la maison R. Schluinberger, roinprennenl entre autres une fort belle cave pour vins en bouteilles et une section des vins mousseux. La collation qui lut servie aux établis- sements Goldeck donna lieu à une dégustation des meilleurs Vôslau ainsi que des mousseux qu'on en obtient : ces derniers obtinrent les suffrages les plus sincères des Français qui se trouvaient en grand nombre parmi les visiteurs. M. le baron Eggor, sous-préfel du district de Baden, M. Réitérer, bourgmestre de Vôslau, et M. Ro- bert Schluinberger de Goldeck, conseiller du commerce, levèrent k'ur verre en l'honneur des hôtes et leur souhaitèrent la bien- venue. A Baden, la caravane visita les promenades et le parc de cette station thermale et entreprit en voiture une tournée dans les environs dont la beauté fut fort admirée. De là, elle se mit en mouvement vers Gumpoldskirchen, à travers les pentes du vignoble, région jadis entièrement contaminée et aujourd'hui entièrement reconstituée. Sur le chemin de Gumpoldskirchen, les voyageurs firent halte au chai du monastère de Melck,où le P. D"^ Haselberger obtint qu'ils fissent hon- neur à une chope du plus noble vin du couvent. On s'arrêta aux chais et entrepôts de la cave de l'hôtel de ville de Vienne, établis à Gum- poldskirchen et terme final de l'excursion. Là, la compagnie fut reçue par M. le D' Neumayer et M. le D' Porzer, adjoints au bourgmestre de Vienne. Les vastes chais, achevés seulement en 1906, furent unanimement admirés tant pour leur judicieuse adaptation que pour leur outillage absolument moderne. On accorda une attention particulière à la remanjuable haute cuve à fermentation construite par la mai.son Rostock et Hoftelner, et calculée pour une contenance de :2 000 hec- tolitres. La cave, faisant fonction d'entrepôt proprement dit, se com- pose de trois couloirs d'environ 60 mètres ; le couloir du milieu a une largeur de 8"'50, et les deux couloirs latéraux, une largoui- de 7"'60. Le sol de la cave n'étant qu'à 4 mètres de profondeui-, on a dû se prémunir autant que possible contre les eflcls des variations de tem- pérature ; à ces fins, on a donné aux murailles extérieures une épais- EXCURSIONS DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 357 seur de 8'" 80 et la voûte a été recouverte d'une couche de terre de :2 mètres d'épaisseur. Sur la terrasse agréablement située de la cave, il fut procédé à une dégustation des meilleurs Gumpoldskirchen. M. l'adjoint de Vienne, Neumayer, exposa quelles difficultés il avait fallu vaincre pour créer la cave municipale de l'hôtel de ville de Vienne et pour l'amener peu à peu au point de prospérité qu'elle a atteint aujourd'hui. M. le conseiller auli(|ue Porteie remercia au nom du congrès de l'autori- sation de visiter les chais municipaux et fit valoir comment la créa- tion de la cave de l'hôtel de ville de Vienne avait restauré la justesse du goût parmi le public consommateur, et comment, grâce à cette éducation du public, elle avait contribué essentiellement au relève- ment de la consommation. Beaucoup d'autres toasts suivirent, mais le temps qui pressait le voulant ainsi, on dut se mettre en route pour le retour, beaucoup trop tôt au gré de tous les membres de la com- pagnie. IV. Excursion au Tyrol. — Les travaux et solennités du congrès ont eu pour couronnement les grandes excursions. Celle de la sec- tion X avait pour objet la visite de la province du Tyrol qui n'offrait pas seulement aux participants les avantages d'une enquête extrê- mement instructive, mais les charmes d'un voyage à travers une contrée d'une beauté incomparable. Effectivement, le souvenir de l'excursion du Tyrol restera sans doute parmi les plus agréables qu'auront emportés les congressistes, et ce qui contribuera à le rendre tel, c'est, avec la magnificence du pays et les enseignements recueillis, l'hospitalière et délicate amabilité que les voyageurs ont rencontrée à chaque pas de leur parcours. L'espace restreint ré- servé au compte rendu de cette excursion ne permet malheureu- sement pas d'en rapporter chaque épisode avec les développements dont il serait digne : on sera donc contraint de se limiter à une relation concise et condensée fournissant l'esquisse générale du voyage. Sous la conduite de M. le conseiller aulique et P'' Charles Porteie, président de la X* section, la caravane parvint, le 27 mai à midi, à Bozen où elle fut reçue solennellement par un comité à la tête duquel 358 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE étaient M. Peralhoner, bourgmestre de Buzeii, et le président du conseil provincial d'agriculture, M. le baron Widmann. L'après-midi, on entreprit en voilure la tournée de la station bal- néaire de Gries. La vue d'ensemble du bassin de Bozen; le paysage mobile avec ses vignobles, ses vergers, ses parcs; enfin la ceinlure de montagnes qui limitent au loin Tliorizon : tout cet ensemble de beautés naturelles gracieuses ou imposantes agirent avec puissance sur les esprits. Le but de la promenade était le vieux castel de Run- kelstein, aujourd'bui propriété de la ville de Bozen. La maîtresse de céans accueillit noblement ses botes ; les vins exquis qu'elle leur servit, élite des meilleurs crus du voisinage, ne furent pas seulement un rafraîcbissement et un réconfort, mais un ensemble documentaire pour l'instruction de nos spécialistes. Il se passa ainsi sur cette fière hauteur tant célébrée par les poètes, ime heure que les dons précieux de la nature, l'échange de pensées enthousiastes et la cordialité gé- nérale remplirent du plus vif agrément. Le jour suivant fut consacré à la visite des curiosités de la ville, du musée sous la conduite du conservateur, M. Grubhofer, peintre lui-même, et enfin des établissements de la société en actions pour la confection des conserves de fruits et légumes, autrefois maison Joseph Ringlers et fils. Grâce aux explications compétentes obligeamment fournies par le directeur. M, Dieffenbach, et les autres membres du conseil d'administration, les congressistes purent suivre les opéra- tions dans toutes leurs phases successives. Puis une collation composée des produits de la maison permit de les apprécier tant au point de vue de la saveur que de l'appropriation à la consommation. Après un diner aussi opulent qu'instructif en tant qu'étude œnologique, offert à l'hôtel Bristol par le conseil d'agricultui-e du Tyrol, les voya- geurs quittèrent l'hospitalière et ravissante ville de Bozen pour se diriger vers Méran, la station hivernale renommée dans l'univers entier. A Méran, l'excursion fut reçue solennellement par le conseil de direction de la slation hivernale, et là comme à Bozen, on alla de plaisir en plaisir, de surprise en surprise. Nos congressistes ne per- dront certainement pas le souvenir de la tournée en voiture qui les conduisit à Untermais, à Obermais, au château de Labers, à Saint-Va- EXCURSIONS DU vril'^ CONGRÈS INTERNATIONAL 359 lentin. Le seul déplaisir de cette tournée enchanteresse fut la brièveté du temps qu'on pouvait accorder à chaque arrêt. Le soir, un souper munificent attendait les voyageurs au Casino de Méran : il était offert par le conseil de direction de la station, ce qu'il suffit de dire pour en faire l'éloge. Le programme du lendemain était extrêmement chargé. L'objectif de la première étape était la visite de l'école provinciale agronomique deSaint-Michelesur l'Adige. AOheures du matin, l'excursion arrivait à Saint-Michèle par train spécial. Les voyageurs étaient accoutumés jusque-là à rencontrer partout amabilité et cordialité sur leur par- ■cours : toutefois, ils furent surpris à Saint-Michèle par l'enthousiasme avec lequel la population tout entière les accueiUit. Ce fut sous une pluie de fleurs jetées par les mains délicates de fillettes vêtues de blanc qu'ils firent leur entrée véritablement solennelle dans la petite ville italienne. L'école, comme la ville elle-même, était pavoisée. Il serait difficile de formuler en un exposé aussi concis tout ce qu'offre d'intéressant et d'instructif un établissement de dimensions pareilles à l'école agronomique de Saint-Michèle. Le temps, lui aussi, faisait défaut: de même qu'on avait dû jusque-là passer auprès des plus beaux spectacles de la nature en ne leur donnant qu'un regard, de même, on ne pouvait qu'effleurer les objets dignes de tout l'intérêt du spécialiste, et cela, bien que l'excursion se fut divisée en plusieurs groupes pour faciliter l'inspection. Les uns portèrent leur attention principale sur les vei'gers et le vignoble ; les autres s'occupèrent des chais et des laboratoires; un troisième groupe appliqua son intérêt à l'exploitation agricole. Les groupes séparés se réunirent en face d'un déjeuner consistant qui fut signalé par les allocutions chaleureuses et enthousiastes de MM. le D' Kathrein, préfet de la province, de M. le conseiller aulique Portele, de M. le P"" Pacottet, de Paris, qui tous rendirent un même hommage à l'éminente importance de l'ins- titut de SaiuL-Michele pour la prospérité de l'agriculture, de la viti- culture et de la pomologie dans la province du Tyrol. Le déjeimcr se termina par une grande expertise de dégustation pour laquelle 165 échantillons de vins furent mis à la disposition des congressistes. Les échantillons étaient répartis en groupes, comme suit: vins blancs de table et vins blancs spéciaux: ïrebbiano, Bourgogne blanc, Sau- 360 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE vignon blanc, Semiléoii, Rulunder, Riesling blanc, Tramincr, Vino santo, Moscalel blanc, Moscalo ros:i ; — vins rouges de table et vins rouges S[)éciaux : Negrara, Mai'zeniino, Teroldigo, Kalterer Seewein, Lagrein et Lagreinkretzer, Santa Magdalena, Santa Justina et Loitncb, Bourgogne bleu, Merlot et Verdot, Cabarnet et Blaufraiikiscli. Après 1 beure de l'après-midi, le voyage fut continué dans la direction de Trente. A Trente, l'excursion reçut à la gare les sou- haits de bienvenue du conseil provincial d'agriculture par la boucbe de son président, M. le baron de Mersi. Les excursionnistes prirent quelques instants de repos ; puis ils rendirent visite au conseil d'agriculture dont ils inspectèrent longuement et en détail toutes les installations, conduits par le président, M. de Mersi. Les visiteurs admirèrent vivement l'ensemble de l'exploitation agronomique et pareillement les pépinières pour la vigne, les jardins d'entretien des jeunes plants, ainsi que l'établissement d'élevage des vers à soie, institution modèle dont on déclara l'organisation et la direction au- dessus de tout éloge. De là, la caravane se rendit aux établissements du (( Sindicato agricolo » et de la « Gooperativa esportazione vini ». Cette visite offrit l'occasion de déguster cerl aines qualités types de vins du Tyrol italien, produits d'une culture et d'un traitement spé- ciaux. Puis une tournée en voiture fut entreprise à travers la ville, et le soir, eut lieu un banquet donné par la ville de Trente, où les sen- timents de tous trouvèrent leur expression dans mainte allocution pleine d'enthousiasme. Un orchestre de mandolines formé par des bourgeois de la ville ajouta au charme et à la magnificence de cette soirée. Le dernier jour de l'excursion, qui était celui de la Fête-Dieu, n'avait pas de visites d'étude à son programme. Il fut consacré au délassement. La caravane se transporta à Arco et à Riva et les nota- bles de ces deux villes se surpassèrent en bonne grâce hospitalière avec une amabilité et un empressement inoubliables. Les pentes riantes des montagnes, les contours pittoresques de leurs cimes se détachant sur la magnificence de ce ciel bleu du sud, en un mot la splendeur de cette nature enchanteresse jointe aux sentiments d'allé- gresse que chacun portait en soi, ont sans aucun doute laissé dans les esprits des souvenirs (jui ne s'effaceront pas. EXCURSIONS DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 361 L'épisode final de l'excursion fut une promenade circulaire sur le lac de Garde, dont la caravane fit le tour sur un vapeur mis à sa dis- position par la ville de Riva. Les yeux de tous étaient comme perdus dans l'admiration du spectacle plein de magnificence qu'offrent le lac et ses contours. Mais à Gargnano, ceux des congressistes qui s'en .(liaient par l'Italie descendirent à terre : ce fut le premier départ. Dès ce moment, le sentiment de la séparation répandit une ombre de mélancolie sur la caravane tout à l'heure encore si joyeuse. C'était fini ; les jours exquis que l'on venait de vivre avaient atteint leur terme ; il fallait maintenant se dire adieu et se disperser vers tous les points de l'horizon d'où l'on était venu, amené par le congrès de Vienne comme par un souftle ami qui nous avait réunis tous. Le cœur rempli d'un sentiment de gratitude pour tant de joies offertes et pour tant d'efforts de la part de ceux qui avaient présidé à la ré- ception de l'excursion, on voulut mettre pied à terre encore une fois à Riva, d'où fut expédié à l'adresse du préfet de la province du Tyrol le télégramme suivant : « Les membres de l'excursion du congrès se sentent dans l'obliga- tion, avant de quitter le Tyrol, de vous exprimer leur toute particu- lière reconnaissance pour l'accueil si cordial qu'ils ont trouvé partout dans le magnifique pays des montagnes. Les jours qu'il leur a été donné d'y passer leur restent inoubliables. y> SECTION XI 1. Aux serres Rothschild. — Le mercredi 22 mai, un certain nombre de membres de la section entreprirent une promenade aux jardins de M. de Rothschild, sis au lieu dit la Hohe Warte, à Vienne. Ces jardins, véritablement dignes d'être visités, comptent parmi les plus remarquables qui existent en Europe. Les serres pomologiques, les cultures de plantes tropicales et sub-tropicales aux plus belles couleurs et à l'effet le plus décoratif, s'y voient dans une perfection rare, et ce fut pour chacun des visiteurs une jouissance que de con- templer ces belles plantes ainsi que leur disposition gracieuse. 11 conviendrait de citer particulièrement les serres des orchidées, puis 362 ANNALES DR LA SCIKNCE AGRONOMIQUE les arazées, les cactus, les cinéraires, les calcéolaires. Dans les par- terres avoisinant les serres, riiorticiilleur prit plaisir à admirer de beaux pieds isolés et des conifères. Chacun sortit de ces splendides jardins avec le sentiment du plus vif contentement. II. A Klosterneuburg, — Le jeudi 23 mai après-midi, les mem- bres de Ja section prii'cnt part à l'excursion de la section X à Klos- terneuburg, dont le compte rendu se trouve aux excursions de la section X. III. A Eisgrub et Feldsberg. — Le vendredi M mai après-midi, environ soixante membres de la section entreprirent une excursion à Eisgrub, sous la conduite du président de la section. Eisgrub possède les vastes jardins et le parc immense de S. A. le prince régnant Jean de Liechtenstein, et c'est là aussi que se trouve l'école supérieure d'horticulture et de pomologie. Parvenus à Lundenburg par la voie ferrée, les excursionnistes se rendirent de là à Eisgrub en voiture, en passant le long des belles prairies boisées qui sont sur le parcours. A Eisgrub, ils traversèrent en voilure le parc et les jardins et visitèrent les grandes pépinières d'horticulture qui occupent une superficie d'environ 40 hectares, les parterres à jeunes plants, les sei'res, le vaste jardin d'hiver et le château princier. L'école supérieure d'horticulture et pomologie fut visitée avec grand intérêt, et les excursionnistes y virent avec un vif plaisir une exposition de travaux dus aux élèves. Une dégustation de vins eut lieu, combinée avec une collation offerte à la caravane au nom du propriétaire des domaines de Eisgrub et Feldsberg, le prince Jean de Liechtenstein. M. de Skene, président du conseil d'agriculture de Moravie, en prit occasion de formuler, au nom des excursionnistes, ses remerciements au prince régnant pour la gracieuse réception. Une part de gratitude revenait à .M. Skala, intendant, et à M. Slraka, régisseur en chef des caves; ils ne furent pas oubliés. IV. A Schônbrunn. — Le samedi 25 mai, un grand nombre de membres de la section se réunirent à llietzing en vue de la visite des jardins impériaux de Schnnbrunn. EXCURSIONS DU VIII^ CONGRÈS INTERNATIONAL 363 M. A. Umlaiirt, directeur i. r. des jardins de la cour, et M. Vogcl, inspecteur i. r. en chef desdits jardins, eurent l'obligeante amabilité de recevoir les excursionnistes et de les accompagner dans les diffé- rentes parties des superbes jardins. Un intérêt tout particulier fut consacré aux trésors du jardin botanique, où les riches collections de palmiers, d'orchidées, de protéacées, d'éricées, d'azalées, etc. exci- tèrent l'admii'ation générale. Les excursionnistes se retirèrent, pleins de reconnaissance pour leurs guides si gracieusement complaisants, p'eins d'admiration pour la munificence de Sa Majesté l'empereur par la générosité de qui ces jardins historiques sont entretenus avec tant de splendeur et de richesse. Section III/A, labour et culture végétale; III/B, élevage des plantes ; III D, exploitation agricole ; IV/A et IV/B, éle- vage du bétail, et IX, pisciculture Le mardi 28 mai 1907, soixante-cin([ membres du congrès se trou- vaient rassemblés à la gare François-Joseph pour le départ de l'express idu matin, en vue d'entreprendre, sous la conduite de M. Henri de Kadich, président de la section de pisciculture, une excursion aux étangs du prince de Schwarzenberg à Wittingau. Sur la place de la gare de Wittingau, les voyageurs furent cordia- lement salués à l'arrivée par S. A. S. le prince de Lobkowitz, au nom (iu collège central du conseil d'agriculture de Bohème, en sa qualité d'initiateur et organisateur de la grande excursion de Bo- hême, et par M. Paul Kottas, directeur du domaine de S. A. S. le prince de Schwarzenberg, au nom du prince. Les voitures préparées d'avance par les soins de la direction du domaine emportèrent les voyageurs qui, traversant la vieille et véné- rable cité de Wittingau, atteignirent les étangs pour visiter les différentes particularités de l'exploitation. Dans le voisinage de l'étang dit « Svet », la direction avait procédé à l'arrangement d'une exposition des diverses espèces de poissons provenant des étangs de Wittingau ; en même temps, les excursion- nistes purent examiner les modèles des différentes écluses, barrages, 364 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE batardcaux, ainsi que des ligurations cartOi;rapliiques et toutes les pièces scieritifKjiies propres à représenter le mécanisme cl le fonction- nement de l'exploitation des étangs de Wiltingau. Avant qu'on procédât à la visite de chacun des étangs, M. Paul Kotlas, directeur de l'exploilatiou, prit la parole et exposa aux visi- teurs le développement historique de l'exploitation, depuis l'origine jusqu'à l'état actuel des pêcheries, exposé qui l'ut suivi avec les marques du plus vif intérêt. Durant la visite des étangs, ce fut encore M. Paul Kottas qui fournit aux excursionnistes tous les renseigne- ments nécessaires, tant au point de vue historique qu'au point de vue du régime appliqué. Passant auprès de terres en parfait étal de culture et de plusieurs étangs de dimensions plus ou moins grandes, les visiteurs parvinrent au grand étang de Steinrôhr, qui occupe une superficie de 340 hec- tares et qu'on trouve déjà désigné dans les chartes du quatorzième siècle sous le nom de « Dvoriste » . Après un court moment d'arrêt, les voitures se remettent en marche sur le chemin formant digue et bordé de puissants chênes séculaires : une vue magnifique est offerte par l'étang du Steinrôhr et par les autres étangs de moindre étendue qui s'y rattachent, le Koclirov, le Gross-Bisy, leKonov, etc., et qu'on aperçoit dans l'arrière- plan, enveloppés de bois épais, tableau dont la beauté saisit forte- ment les spectateurs. Toutefois, l'admiration générale est excitée au plus haut degré par le plus vaste de tous les étangs, le Rosenberg, établi par l'admi- nistrateur des domaines du comte de Rosenberg, M. Krcinde Jelcaw. Non loin du Rosenberg, dans une clairière d'une idyllique poésie, une collation avec bière de Wittingau fut servie à la caravane. Nos hôtes de l'étranger, parmi lesquels se trouvaient des piscicul- teurs éniinents, étaient profondément frappés de l'imposant aspect des étangs et des travaux de l'exploitation : ces sentiments trouvèrent leur expression dans les toasts portés au propriétaire du domaine ainsi (ju'à son directeur. Après un arrêt d'une heure, la caravane se remit en mouvement et se dirigea vers Prague où elle arriva, conformément nu piogramme, à 9 h. 30 du soir. EXCURSIONS DU VIIl'' CONGRÈS INTERNATIONAL 365 Le même soir, eut lieu à riiôtel de Saxe une réunion amicale des excursionnistes qui s'y rencontrèrent avec un grand nombre de membres des deux sections du conseil d'agriculture de Bohême. Le mercredi 20 mni, les excursionnistes se rassemblèrent sur la place Joseph, lieu de rendez-vous fixé, et furent conduits par voilures spécialement commandées, à l'exposition de la Société cen- trale agricole et du conseil d'agriculture de Dohême. Au pavillon central de l'exposition, le D' prince Frédéric de Schwarzenberg, président de la Société centrale agricole, souhaita bienvenue aux visiteurs au nom du comité de l'exposition : M. le séna- teur Dumont répondit au nom des hôtes, et M. le professeur Hausler au nom du VI II" Congrès international d'agriculture. Puis on pro- céda à la visite de l'exposition, sous la conduite du président et de S. A. S. le prince Lobkowitz. Les diverses sections contenaient un grand nomijre d'objets d'un intérêt extrême, dont le choix et l'arrangement furent unanimement loués ; tels étaient entre autres le groupe des machines et du matériel agricole, le groupe des produits agricoles et des essais d'ensemencement comparés, celui des articles auxiliaires de l'agri- culture, celui de l'alimentation, ceux des modèles agricoles, et des produits des métiers et de l'industrie. La section du « bétail d'élevage agricole » était remarquable par l'abondance des sujets exposés ; les hôtes passèrent en revue avec le pkis grand intérêt les chevaux, les bœufs, les moutons, les chèvres et les porcs. La visite terminée, une collation froide, offerte par la Société centrale agricole, fut servie aux visiteurs dans le pavillon de la brasserie de Pilsen. A l'issue de'la collation, des trains spéciaux conduisirent la cara- vane à la gare François-Joseph, d'où elle se dirigea sur Auri- noves. A la gare d'Aurinoves, les invités furent reçus par M. Pollak, administrateur du domaine, qui les salua au nom de S. A. le prince régnant Jean de Liechtenstein. Trente-deux voilures mises à la disposition des hôtes attendus les conduisirent aux fermes. 366 ANNALES DB LA SCIENCE AGRON'OMIQUE Malheureusement, le temps limité dont on disposait ne permit d'en visiter que cinq seulement. La seigneurie allodiale d'Aurinoves embrasse une superficie totale de 8 âlC^'Oi-^ST, et est divisée en vingt fermes, dont huit sont exploitées en régie propre. L'industrie laitière y est pratiquée en grand. Les effectifs en vaches laitières sont recrutés partiellement par voie d'achat de sujets nou- veaux, soit par voie d'élevage. Les visiteurs apprécièrent tout spé- cialement les beaux effectifs fournis par les races Simmental, AUgau et Moiitfalcone et le rendement considérable de la traite. Mais la propreté des Installations, la parfaite tenue des chemins de communication bordés d'arbres fruitiers, et l'excellent état des cultures des champs obtinrent également un éloge unanime et sans restriction . On fit halte au château de Kolodev, et le directeur du domaine, M. Pollak, invita les excursionnistes au dîner qui les attendait. Les allocutions et les toasts portés au propriétaire hospitalier du domaine et à son aimal)]e intendant rendirent témoignage de la satisfaction que ressentaient les visiteurs de tout ce qu'ils avaient vu et de la haute opinion qu'ils s'étaient formée de l'œuvre accomplie en ce beau domaine, grâce aux capacités peu communes de son directeur. Le soir, à S)^ 30, l'excursion était de retour à Prague. Le jour suivant fut consacré à la visite de cette ville. Dès les premières heures de la matinée, les excursionnistes se rendirent à la station d'essais de chimie agricole établie à l'École i. r. supérieure polytechnique bohème. Là ils visitèrent les diverses sections du laboratoire placé sous l'excellente direction de M. le professeur Stocklasa. Après quoi, la tournée à travers Prague continua par la visite du Hradschin, de la résidence royale et de la cathédrale Saint-Guy. A i heure, les excursionnistes étaient réunis à l'hôtel de ville et procédaient à la visite des dilTérentes salles de l'f'difin^ ainsi (pie des curiosités qui s'y trouvent. Les explications leur furent doimées avec autant de compétence que d'amabilité par .M.M. le ]trofesseur Schmidt-Beauchez et le conseiller à l'administration communale .Malv. EXCURSIONS DU VIIl'' CÛNGnÈS INTERNATIONAL 367 Apivs quoi, les visiteurs furent introfluits dans la grande salle des séances de la municipalité, où M. le D' Gros, bourgmestre, recevant officiellement ses hôtes, leur adressa les plus chaleureux souhaits de bienvenue au nom de la ville de Prague. M. Henry Sagnier, au nom de tous, remercia de l'accueil cordial qui leur était fait. Puis, une collation et un vin d'honneur ayant été servis aux hôtes, ceux-ci, satisfaits au plus haut degré de l'intéressante visite et de la gracieuse réception, quittèrent l'iiôtel de ville pour consacrer à la ville de Prague l'après-midi dont l'emploi était laissé au gré de chacun par le programme. Le soir, le Conseil d'agriculture de Bohème donnait un dîner en l'honneur des excursionnistes à l'hôtel Central. Une vive animation, soutenue par la musique l'égimentaire du 91 "^ d'infanterie, ne cessa de régner parmi les invités. S. A. S. le prince de Loljkowifz, S. A. S. le D' prince Frédéric de Schwarzen- berg, M. le comte de Schœnborn, M. le comte de Coudenhove, M. .lirousek représentant M. le bourgmestre de Prague, exprimèrent dans les toasts officiels les souhaits de bienvenue adressés aux hôtes eu royaume de Bohème. M, le professeur Ilàusler, secrétaire géné- ral, au nom du comité directeur du VHP Congrès d'agriculture, remercia de l'accueil cordial et de tout ce qu'une gracieuse hospi- talité offrait aux congressistes. Les mêmes sentiments furent exprimés dans les toasts successifs des hôtes, de MM. Henry Sagnier, Don Luiz de Castro, Don Juan Erellos de Barcial, le comte Aquadermi, le comte Calciati, les profes- seurs Nazari el Moreschi : eux tous, et d'autres orateurs encore, rendirent témoignage de leur gratitude pour la très hospitalière et très instructive réception que leur avait faite le pays de Bohème, en même temps que de leur admiration pour l'agriculture et l'industrie par lesquelles ce splendide pays s'est placé à un si haut rang dans la civilisation. Le vendredi 27 mai, la caravane entreprit, dès 7 heures du matin, l'excursion de la .Moldau canalisée. Un vapeur spécial avait été mis à la disposition des visiteurs par la commission i. r. de canalisation. Un temps splendide favorisa le départ et se maintint pendant toute 368 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE la durée du trajet dont l'objectif, Meliiik, était aussi le terme final de la grande excursion de IJohème. Des champs bien cultivés, de belles prairies, des forêts, toute une nature dans sa parure de printem])S, puis des hauteurs et des rochers s'offraient tour à tour aux yeux ravis par ce tableau varié de magni- ficences de toute sorte. M. le baron Braun, conseiller au gouvernement de Bohême, et M. Wenzel Rubin, conseiller des travaux publics, expliquaient aux excursionnistes les parlicularités des travaux de régularisation. Le cours régularisé de la Moldau est de 50 kilomètres de longueur. Le trajet de Prague à Melnik est pourvu de six barrages avec écluses de 225 mètres de long et bassins de 78 mètres de large ; les issues d'entrée et de sortie sont de 11 mètres, la profondeur, de 2" 50 et au minimum de 2"' 10. Les frais s'élèvent à 16 millions de couronnes. Le cours régularisé de la Moldau est praticable aux bateaux jaugeant jusqu'à 700 tonnes. A Troya, Libschitz, Klecan et Melnik, on fit arrêt pour procéder à l'examen détaillé des écluses, et ce fut vers midi qu'on parvint à la petite ville de Melnik joyeusement pavoisée. Des voitures attendaient les voyageurs et les emportèrent du débarcadère à travers la ville : un dîner en commun les réunit dans une hôtellerie de la Grande Place. Le dîner fut rempli de la plus vivante animation : de nombreux toasts furent portés aux organisateurs de l'excursion, aux représen- tants de la science et de l'art technique autrichien, qui ont su para- chever en si peu de temps une œuvre monumentale aussi puissante. Un toast porté par le secrétaire général du congrès, M. le profes- seur Ilâusler, à la ville de Melnik et à la municipalité de cette cité hospitalière, fut accueiUi par un tonnerre d'applaudissements. L'après-midi dont la caravane disposait encore fut consacré à la visite de la ville ainsi que de l'école de pomologie et viticulture qu'elle possède, et des chais du prince George de Lobkowitz. Le prince George de Lobkowitz introduisit personnellement les botes dans la cave, construction elïccluée avec application des plus récentes conquêtes de l'art technique, et après leur en avoir fail visiter tous les détails, il olTrit à la compagnie un Champagne, EXCURSIONS DU VIIl" CONGRÈS INTERNATIONAL 369 produit du domaine, auquel les hôtes, même ceux d'Italie et de France, reconnurent les mérites d'une marque excellente. Conformément au programme, c'était à Melnik, terme final de l'excursion de Bohême, que la caravane devait se disperser : là, en effet, un grand nombre de ses membres reprirent le chemin de leur pays. Le choix incomparablement heureux de chacune des parties du programme, la prévenance plus que gracieuse assurée partout aux hôtes par l'entremise de S. A. S. le prince Ferdinand de Lobkowitz, l'abondance des spectacles instructifs et attrayants offerts à leur observation, enfin la constatation des résultats acquis par l'ardeur au travail et la vigueur créatrice des deux nations, animées l'une et l'autre d'un zèle égal que guide un même désir de prospérité écono- mique, ont produit sur les hôtes du pays de Bohême l'impression des souvenirs qui ne s'effacent pas. Aussi ne se lassaient-ils pas d'exprimer en termes chaleureux leur reconnaissance et leur très haute estime envers le prince Ferdinand de Lobkowitz, guide si prévoyant, si avisé, si délicat de l'excursion, envers tous ceux qui les avaient accueillis et envers le pays de Bohême. Interprèles de ces impressions, les paroles d'adieu dos congres- sistes, au moment de la séparation, donnaient la sincère assurance que les jours qui venaient de finir ne seraient jamais oubliés. ANN. SCIENCE AGRON. — 3® SÉRIE — 190S — If 24 CONTRIBUTION L'ÉTUDE DU POUVOIR ABSORBANT ET DES DISSOLUTIONS DU SOL ^^^ PAR MM. EUGÈNE ROUSSEAUX et CHARLES BRIOUX lîJGÉNIKUK AGUONOME INGÉNIEUR AGR0N05IE DIKECTEUR DE I.A STATION AGRONOMIQUE DIRECTEUR DE LA STATION AGRONOMIQUE DE l'yONNE de LA SElNE-INFijRIEUnE Dans des recherches que nous avons puhliées antériein^ement sur la culture de l'asperge dans l'Auxerrois (^), nous avons eu à exa- miner les sols de la région dite des « sables verts », lesquels y for- ment la presque totalité des aspergeries. A côté de nos déterminations sur la physiologie et les exigences de la plante en principes fertilisants, nous avons dû faire entrer en ligne de compte la constitution physique et la composition chimique des terres, pour l'application rationnelle des fumures les mieux appro- priées à la culture envisagée. (') Recherches exécutées à la station agrouoQiique irAuxerro, alors que M. Brioiix était préparateur à cet établissement. (') « Recherches sur la culture de Taspergc dans rAuxerrois » {Annales de la Science agronomique française et étrangère, t907). ÉTUDE DU POUVOIR ABSORBANT ET DES DISSOLUTIONS DU SOL 371 Au cours des essais pratiqués clans nos champs d'expériences, l'application des engrais chimiques a donné des résultats assez diffé- rents, parfois même peu en rapport avec la teneur brute de sols en principes nutritifs. Nous avons donc été conduits à étudier ces sols sableux plus en détail, au point de vue des éléments assimilables qu'ils renferment et du mécanisme de leur pouvoir absorbant à l'égard des matières fertilisantes. Cette étude présente un intérêt pratique réel, car elle est de nature à éclairer quelques points de la chimie intime du sol, et à mieux fixer sur le choix des divers engrais à appliquer à cette catégorie de terres sableuses. Avant de résumer nos recherches, nous ne saurions nous dispen- ser de donner un rapide aperçu de l'étage des sables et de leur com- position physique et chimique. I — Aperçu de l'étage des sables verts Les terres considérées font partie de l'étage albien qui, dans l'est du bassin de Paris, se divise en deux principales assises : l'une sa- bleuse à la base, dite des sables verts ; l'autre argileuse, \egaiUt, ou argile tégulaire. Dans le département de l'Yonne, la zone des sables verts est incli- née du sud-ouest au nord-est, et comprise entre le néocomien qui la limite au sud, en bordure de la Basse-Bourgogne, et les assises de la craie, qui forment au nord la base des plateaux du Sénonais et du Gàtinais. D'ailleurs, cette zone affecte deux faciès assez différents, suivant qu'on la considère entre l'Yonne, le Serein et l'Armançon, ou bien au delà de l'Yonne, vers la Puisaye. Dans la première région, elle est formée de sables gris, jaunes, et surtout verdàtres ou tout à fait verts à la partie inférieure, avec des couches d'argiles grises et quelques bancs de grès ; tandis qu'à l'ouest d'Auxerre, la presque totalité de la masse est formée de sables jaunâtres, souvent ferrugineux, renfermant à diverses hauteurs des argiles le plus souvent jaunes ou rouges. 372 ANNALES DE LA SCIENCE AGnONOMIQUE II — Constitution physique et composition chimique des terres de l'étage des sables verts Ces terres sont dépourvues de cailloux ou n'en renferment que des proportions assez faibles pour nous permettre d'en faire abstraction ; nous n'envisagerons donc que la terre fine, passant au tamis à mailles de 1 millimètre. Le tableau suivant résume les résultats de quelques-unes de nos analyses physiques ; nous possédons un nombre de déterminations plus considérable, mais comme toutes ces terres ont une très grande analogie, nous nous bornerons aux quelques chiffres ci-dessous four- nis par nos champs d'expériences. Analyse physique PKOVENAJÏCB DES TERRES Lindry (les Onches) . Sol. C'harbuy (la Bretagne). Sol. Charbuy (les Courlis) ( Sol. (no 1) < Sous- C'havbuy (no 2) . . . . Les Bnes 5 's Appoigny Sol. Héry (sables forts) . . J Héry (sables légers) . Sol Sol Sous-sol Sol Sous-sol ol éliéMENTS DES TBRRBS Pour mille -. —. Cail- loux Terre et gra- fine viers 60 940 118 852 104 896 67 933 106 894 43 957 34 966 60 940 30 970 39 961 20 980 Pour mille de terre fiae Sablo grossier Sab e fin Argile cal- Bili- cal- sili- caire ceux caire ceux 0,0 853,2 2,4 126,6 14,4 0,2 84,23 2,3 140,1 11,0 0,0 894,0 S,3 83,0 19,7 0,0 902,0 1,2 76,5 20,3 0,0 827,0 3,3 150,0 15,2 0,3 749,2 2,5 196,0 48,7 0,4 678,1 3,1 204,3 114,1 0,6 789,9 4,0 167,7 33,3 1,2 781 3,5 173,5 37,3 traces 543,0 6,3 241,0 209,7 0,2 867,8 1,9 109,1 18,3 Humus 3,4 4,1 traces traces 4,5 3,3 traces 4,5 3,2 traces 2,7 Ces terres doivent être classées parmi les terres légères ou très légères, dans lesquelles la proportion de sable grossier, élément de ÉTUDE DU POUVOIR ABSORBANT ET DES DISSOLUTIONS DU SOL 373 division et de perméabilité, atteint ou dépasse 700 °j„„ ; elles sont perméables pour l'air et pour l'eau et d'une culture particuliè- rement facile ; le sous-sol offre une certaine dureté, due non pas tant à l'argile mais au manque d'ameublissement et à ce fait aussi que le sable y est fréquemment agglutiné par une sorte de ciment ferrugineux. La composition chimique de ces sols est résumée dans le tableau ci-dessous : PKOTBNANOK DBS TBKKBS COMPOSITION POUB 1000 KILOS Pour mille De terre fine De terre brute g.ïï O > 'è ^ 60 e o u u H 940 o < 0,69 Ci If < g- o j: 0,37 M O P. 0,37 "êÔ c 0,34 •A S C3 -a 1,34 o M 0,65 o 'C II o s. 0,35 « O 0,25 So s « 0,32 ■A 3 a. Lindry ( Sol. . . . (les Duchés) Sous-sol . 1,26 22 978 0,20 0,25 0,26 0,27 1,06 0,19 0,24 0,25 0,26 1,04 Charbuy ( Sol. . . . (la Bretagne) ' Sous-sol . 148 852 0,74 0,41 0,38 0,38 1,40 0,63 0,35 0,32 0,32 1,19 153 842 0,25 0,32 0,23 0,38 1,12 0,21 0,27 0,19 0,32 0,94 Charbuy ( Sol. . . . (les Courlis) [no 1] ' Sous-sol . 104 896 0,46 0,58 0,34 » 1,85 0,41 0,52 0,30 » 1,65 67 933 0,18 0,20 0,30 » 0,67 0,17 0,18 0,28 a 0,62^ Charbuy (no 2). . Sol. . . . 106 894 0,46 0,73 0,34 » 1,85 » » s u » Les Bries. ... „ " ' , * Sous-sol . 43 34 957 906 0,64 0,43 0,38 0,40 0,48 0,89 0,56 0,58 1,57 1,99 0,61 0,41 0,36 0,38 0,46 0,86 0,53 0,56 1,50 1,92 Appoigny. . . . Sol. . . . 60 940 0,70 0,81 0,68 0,70 2,57 0,66 0,76 0,64 0,66 2,41 Héry J Sol. . . . 30 970 0,63 0,72 0,65 0,45 2,63 0,61 0,70 0,63 0,44 2,55 (sables forts) ' Sous-sol . 39 961 0,56 0,78 1,67 0,50 3,53 0,54 0,75 1,60 0,48 3,39 Héry (Sol. . . . 20 980 0,39 0,35 0,32 0,28 1,18 0,38 0,34 0,31 0,27 1,15 (sables légers) ' Sous-sol . 24 976 0,19 0,15 0,22 0,21 0,73 0,18 0,14 0,21 0,20 0,71 Ces terres sont pauvres, beaucoup même très pauvres en azote, en acide phosphorique et en potasse totale, la chaux n'y existe qu'en très faible proportion, peut-être suffisante pour l'alimentation des plantes, mais insuffisante pour les réactions chimiques dont le sol est le siège. La magnésie est en proportion également très peu élevée. La profondeur des sols et leur perméabilité permet aux racines 374 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE d'utiliser un cube de terre plus grand, grâce à la facilité avec laquelle celles-ci peuvent s'y déveloi»per ; il y a là un avantage qui com- pense, dans une certaine mesure, la pauvreté originelle des sables verts. Néanmoins celle pauvreté est telle que ces terres nécessitent des fumures appropriées abondantes, très abondantes même pour cer- taines cultures. Or, pour la détermination des engrais qui leur con- viennent, les notions précédemment acquises sur leur composition doivent être complétées par les considérations que nous développons ci-après sur leur pouvoir absorbant à l'égard des matières fertili- santes. Certains faits ont été mis depuis longtemps en évidence par divers agronomes, qui ont montré que les sels comme les nitrates, les chlo- rures, les sulfates étaient entraînés facilement par les eaux et non retenus par le sol; que, par contre, les composés azotés, ammonia- caux ou organiques, la potasse et surtout l'acide phosphorique étaient fixés par la terre. Nous n'avons donc pas à examiner la première catégorie de ces engrais mais plutôt la seconde, c'est-à-dire ceux qui sont absorbés dans des proportions variables ; l'examen des conditions de cette absorption a fait l'objet de notre part d'essais nombreux et variés qui nous ont permis de faire des observations intéressantes. III — Première série d'essais Ces premiers essais ont eu pour objet d'établir quelles étaient les matières fertilisantes entraînées par les eaux traversant le sol et, d'autre part, comment se comportaient à cet égard nos terres sa- bleuses comparativement avec des terres renfermant notablement plus d'argile et de calcaire. En effet, au cours des essais d'engrais entrepris dans nos champs d'expériencp, nous avons remarqué des variations que n'expliquaient pas les différences de composition chi- mique des sols expérimentés. 11 y avait donc lieu d'examiner en détail le mécanisme de l'absorption, linfluence de la nature physique et chimique du sol sur celle-ci. ÉTUDE DU POUVOIR ABSORBANT ET DES DISSOLUTIONS DU SOL 375 Voici d'ailleurs la composition des deux premières terres mises en expérience : Analyse physique TERRE SABLEUSE TERRE ARGILO-CALOAIBE des Courlis (Portlaudien) Cailloux et graviers 106 » Terre fine 894 » POUR MILLE DE TERRE FINE Sable grossier siliceux 827,0 332,0 Sable grossier calcaire 0,0 29,0 Sable fin siliceux 150,0 359,0 Sable fin calcaire 3,3 55,0 Argile. . 15,2 216,4 Humus 4,5 8,6 Total 1 000,0 . - 1 000,0 Analyse chimique POaR MILLE DE TERRE FINE Azote 0,4G 1,70 Acide phosphorique total 0,73 3,25 Acide phosphorique combiné à la ma- tière noire(') 0,15 0,39 Acide phosphorique assimilable (-). 0,37 1,45 Potasse 0,34 2,76 Dont potasse assimilable 0,11 0,30 Chaux totale 1,85 non dosé Carbonate de chaux traces 82,0 Peroxyde de fer et alumine. ... 12,20 92,15 La terre des Courlis, pauvre en chaux, est d'une richesse moyenne en acide phosphorique (0,73 °/„o); elle en renferme une très forte proportion, soit la moitié, à l'état assimilable. La terre argilo-calcaire est très riche en acide phosphorique ; une proportion très notable (44,6 "/o) est également soluble dans l'acide citrique faible. A ces deux terres furent intimement mélangés des engrais ; puis (') Soit respectivement 20,5 et 12,0 "/„ de Tacide phosphorique total. (^) Soit respectivement 50,6 et 44,6 °/o de Tacide phosphorique total. 376 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE les terres ainsi additionnées de matières fertilisantes devaient être soumises à des arrosages ménagés à intervalles plus ou moins es- pacés . Les eaux d'infiltration recueillies goutte à goutte et analogues, comme concentration, aux dissolutions du sol fournies par l'appareil à déplacement de M. Th. Schlœsing père, étaient analysées : on avait alors tous les éléments nécessaires pour déterminer la proportion des matières fertilisantes entraînées (qu'on pouvait ramener à 1 hec- tare de terre superficielle) et pour comparer la manière dont chacune de ces terres s'était comportée en ce qui concerne le pouvoir absor- bant à l'égard des engrais. Voici d'ailleurs en quelques mots comment ces expériences furent conduites. La formule d'engrais employée fut la suivante, rapportée <à l'hec- tare : kilos renfermant : acide phosphorique. 42,75 — azote organique . . 32,00 — azote nitrique. . . 39,00 — potasse 99,70 On se servit de grands pots d'une surface (à la partie supérieure) de 8'*'"^ 55, contenant environ 18 kilos de terre; la fumure corres- pondant à la surface de ces pots fut de 8s'55 du mélange ci- dessus. L'engrais fut intimement mélangé aux deux tiers supérieurs, en laissant un sous-sol indemne, pour éviter les entraînements directs par l'eau de drainage. Chaque pot fut arrosé par 1' 5 d'eau le 10 tuai, pour bien humec- ter la terre, puis laissé en repos huit joutas, pour permettre aux réac- tions de s'eflectuer à l'intéineur des sols. Les arrosages successifs furent commencés le 18 mai, et terminés le 30 mai ; ils étaient faits lentement de façon à ce que l'eau eijt le temps de se saturer des éléments peu solubles, pendant son passage très lent à travei^s le sol; la concentration des dissolutions recueillies à l'égard de ces éléments restait pour ainsi dire invariable pendant toute la durée de l'expérience. kilos Superphospliate minéral . 300 Sang desséché 250 -Nitrate de soude .... 250 Sulfate de potasse . . . 200 Total 1 000 ÉTUDE DU POUVOIR ABSORBANT ET DES DISSOLUTIONS DU SOL 377 On obtint : p^^ ^^ ^ pot n» 2 (terre argilo- (terre sableuse;. calcaire). litres litres Eau versée 8,600 8,000 Eau recueillie . . , 4,345 4,510 Le n° 1 évaporait plus que le n° 2. L'eau de drainage recueillie fut analysée ; les résultats furent les suivants : QUANTITÉ RAPPORTÉE PAR LITRE à l'hectare Pot no 1 Pot n» 2 Pot n" 1 Pot n" 2 (terre (terre argilo- (terre (terre argile- sableuse) calcaire) sableuse) calcaire) grammes grammes kilos kilos Azote nitrique 0,103 0,529 52,2 279 Acide phospliorique . . 0,0162 0,0005 8,2 0,2 l'otasse 0,038 0,0G7 19,3 35,5 Chaux 0,309 1,162 156,9 012,8 Anhydride sulfurique . . 0,231 0,304 117,3 1G0,3 Chlore 0,045 0,160 22,7 ■ 84,5 On laissa les terres sécher dans les pots, puis le 18 juillet, c'est- à-dire après un mois et demi de repos, elles furent remaniées, ameublies et arrosées de 2 litres d'eau, sans qu'il y ait eu aucun écoulement; les arrosages furent alors continués lentement jusqu'au 26 juillet et donnèrent : POT NO 1 POT S» 2 lities litres Eau versée 9,00 9,00 Eau recueillie ... 2,92 3,55 L'évaporation est considérable par suite de la température élevée ; elle reste toujours plus notable pour le n" 1 . L'analyse a donné les résultats suivants : ^^^^.^^^. kapporték- PAR LITRE ^ l'hectare Pot no 1 Pot n" 2 Pot no 1 Pot no 2 grammes grammes kilos kilos Azote nitrique 0,060 0,441 20,4 183,0 Acide phosphorique. . . 0,0182 0,00075 6,2 0,3 Potasse 0,060 0,082 20,4 34,0 Chaux 0,118 0,894 40,4 371,2 Anhydride sulfurique . . 0,01G 0,092 5,6 38,3 Chlore. . . 0,020 0,165 G, 8 68,3 378 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Les résultais sont du même ordre dans les deux essais : la tempé- rature étant plus élevée en juillet, le pouvoir dissolvant de l'eau [)Our certains éléments est un peu plus considérable dans la deuxième expérience. On voit que l'azote nitrique, la chaux, l'acide sulfurique et le chlore ne sont pas retenus ; ils sont d'ailleurs en proportion variablf suivant la richesse des sols expérimentés, et ont été surtout enlevés par les arrosages du mois de mai. Le fait très intéressant consiste dans la richesse en acide phospho- ri ]ue de l'eau de drainage du pot n" 1 (terre sableuse) : l'eau dissout 16 à 18 milligrammes d'acide phosphorique par litre pour ce sable extrêmement pauvre en chaux, tandis que la terre argilo-calcaire, très riche en acide phosphorique (même assimilable), n'en laisse dissoudre que très peu, soit 0'"°5 à O'"^?. L'eau de drainage du sable était légèrement ambrée, indice d'une proportion sensible de matières humiques, tandis que celle de la terre calcaire était tout à fait incolore. L'entramement de potasse est assez notable, on sait qu'il est en rapport avec la quantité de ce principe qui est contenue dans le sol ou apportée par les engrais. L'acide sulfurique, principalement introduit par l'engrais, a été entraîné presque totalement par le premier arrosage. L'acide phosphorique trouvé en quantité aussi notable dans les dissolutions du sol sableux, provient-il de l'acide phosphorique de l'engrais ajouté qui aurait été incomplètement retenu, ou bien de l'acide phosphorique préexistant dans la terre à un état de solu- bilité plus élevé qu'on l'observe généralement dans les terres nor- males ? On voit, en effet, que bien que la terre argilo-calcaire soit cinq fois plus riche en acide phosphorique que la terre sableuse, les dissolu- tions qui s'en écoulent ne renferment que des proportions infinité- simales de cet élément. Pour répondre à la question, il nous avait manqué les témoins sans engrais pour chaque terre ; le temps nous avait fait défaut pour les réserver, au cours de nos premiers essais ; mais comme il nous res- tait suffisamment de terre des échantillons primitifs, les essais de ÉTUDE DU POUVOIR ABSORBANT ET DES DISSOLUTIONS DU SOL, 379 lavage sur la terre sans engrais (témoins) furent mis en route le 1" décembre, à la température moyenne du laboratoire. Les arrosages furent effectués exactement comme au cours des pre- miers essais ; il y eut une période de repos de huit jours, soit du 1*' au 8 décembre, puis les terres furent arrosées du 9 au 21. Voici les résultats obtenus : POT NO 1 , POT NO 2 (terre argilo- (terre sableuse) calcaire) litres litres Eau versée 8,000 7,700 Eau recueillie. . . . 4,370 4,G00 L'analyse a donné les résultats suivants : PAR LITRE Pot no 1 , Pot no 2 (terre argilo- (terre sableuse) calcaire) grammes grammes Azote nitrique 0,027 0,996 Acide phosphorique .... 0,0153 0,00075 Potasse • 0,024 0,041 Chaux 0,128 1,998 Anhydride sulfurique. ... 0,052 0,114 Chlore '0,019 0,048 Oxyde de fer et alumine . . 0,071 0,024 Silice 0,020 0,015 Matières organiques soUibles. 0,153 0,093 (L'alcalinité était sensiblement égale pour les deux eaux.) L'eau n" 1 du sable témoin était jaunâtre comme au cours des premiers essais; l'eau n° 2 était très claire et limpide. Nous constatons que l'eau ayant traversé la terre argilo-calcaire renferme la même dose (0^"' 00075) d'acide phosphorique qu'au cours de nos premières expériences faites avec engrais ; donc l'acide phos- phorique du superphosphate, ajouté lors de nos premiers essais, avait été intégralement retenu par la terre. L'eau du sable témoin renferme toujours beaucoup d'acide phospho- rique, soit une dose très voisine (15 milligrammes au lieu de 16 mil- ligrammes) de celle constatée précédemment après fumure ; l'acide phosphorique du superphosphate a donc été retenu et, s'il y a eu 380 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE entraînement de l'acide phosphoriqne, anssi bien pour cette terre sans engrais qu'avec engrais, cela tient à certaines propriétés inhérentes à la terre et que des essais postérieurs nous permettront de spécifier. L'eau provenant de la terre argilo-calcaire est excessivement riciie en nitrates; cela tient à ce que celte terre un peu humifère a nitrifié abondamment, pendant l'élé, dans la caisse où on l'a conservée, d'où production d'une très grande quantité de nitrate de chaux. Il y a moins de potasse dans l'eau de drainage des pots témoins que dans l'eau de drainage des mêmes terres fumées des essais précé- dents; on sait d'ailleurs que la teneur en potasse des eaux de drai- nage dépend en partie des fumures potassiques que reçoit le sol. On voit que l'acide sulfurique n'est pas retenu par la terre; la terre sableuse témoin ne donne que 52 milligrammes d'acide sulfu- rique par litre, tandis que la même terre sableuse, mais qui avait reçu les engrais, en donnait, dans le premier essai, 231 milligrammes. En même temps que les deux essais précédents, et pour voir si la richesse de l'eau de drainage en acide phosphorique, attribuée à tort à l'emploi du superphosphate, serait identique pour le même sol fumé aux scories, nous avons mis en route une troisième expérience avec cette terre sableuse qui reçut une fumure correspondant à 1 000 kilos de scories à l'hectare. Cet essai devait nous permettre de juger si la chaux libre apportée par les scories était susceptible de modifier la teneur des eaux de drainage en acide phosphorique. Les arrosages furent faits d'une façon identique et en même temps que ceux de l'essai précédent (page 379); les résullats obtenus furent les suivants : litres Eau totale versée 8,000 Eau recueillie 4,570 grammes Azote nitrique 0,044 Acide phospl)oriqae 0,0107 Potasse 0,026 Chaux 0,233 Anhydride sulfurique 0,047 Chlore 0,027 Oxyde de fer et alumine 0,050 Silice 0,032 Alatières organiques solubli'S . . 0,128 ÉTUDE DU POUVOIR ABSORBANT ET DES DISSOLUTIONS DU SOL 381 L'eau recueillie était déjà beaucoup moins ambrée que celle de la terre sableuse sans engrais. Nous pouvons faire, en outre, cette constatation très intéressante que la teneur de la dissolution du sol en acide phosphorique a dimi- nué d'un tiers; elle n'est pour la terre additionnée de scories que de '10'"«7 par litre, au lieu de '15'"^ 3 pour la terre témoin sans scories. Mais, comme il était à prévoir, l'addition de scories a doublé la quantité de, chaux dans les eaux de drainage; il y avait 128 milli- grammes de chaux par litre d'eau de drainage pour le sable témoin; il y en a 233"'° 8 pour le même sable additionné de scories. La chaux des scories agit donc d'une façon sensible sur la teneur en acide phosphorique soluble du sol de la terre sableuse. Son effet prolongé est-il plus marqué. Pour nous en rendre compte, de nou- veaux arrosages furent pratiqués les 24 et 25 janvier, c'est-à-dire un mois après les premiers, sur le sable ayant reçu les scories et qui avait déjà été arrosé du 9 au 21 décembre; on arrosa lentement de façon à avoir des dissolutions aussi concentrées que possible. L'essai ne porta que sur le sable témoin et sur le sable additionné de scories ■ on trouva : ACIDE PHOSPHOKIQDB par litre Terre sableuse gramm es sans engrais .... 0,0182 avec scorie 0,0073 Un troisième essai effectué encore un mois plus tard, soit le 21 fé- vrier, donna : grammes i sans engrais .... 0,018 Terre sableuse . f avec scorie 0,007 L'addition de scories eut donc pour effet de diminuer, dans cette terre spéciale, la teneur en acide phosphorique des dissolutions du sol d'environ 60 "/o- Cet effet ne pouvait provenir à notre avis que de l'action de la chaux libre des scories, laquelle, se combinant à une partie de l'acide phosphorique, le rendait moins soluble dans l'eau. La chaux libre devait aussi insolubiliser la matière humique qui colorait auparavant les eaux de drainage et facilitait, vraisemblablement, l'entraînement 382 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE de l'acide phosphorique à l'état de composés phospho-liumiques so- liibles. L'eau de drainage de la terre sableuse sans engrais renfermait par litre 0«M53 de matières organiques solubles. Pour en être certain, nous entreprîmes des essais de cbaulage à la date du 8 février. La lerre sableuse du pot témoin nous donnant régulièrement, depuis neuf mois, des dissolutions renfermant de 10 à 18 milligrammes d'acide phospborique par litre, fut chaulée à raison de 2500 kilos de chaux vive à l'hectare ; la chaux et la terre furent mélangées intimement ; on arrosa et on laissa la terre en repos pen- dant huit jours. Des arrosages furent ensuite pratiqués de façon à recueillir lente- ment de 1 à 2 litres des dissolutions du sol, d'abord après huit jours, le 15 février, puis à des intervalles plus éloignés. Voici les résultats obtenus : TEMPS ÉCOULÉ ACIDE PHOSPnoKIQUB après le chanlage par litre Eau recueillie le 15 février. — 25 février. — A avril. . jours milligr, 7 3,5 17 • 3,6 57 2,7 L'effet produit par un chaulage est donc encore beaucoup plus net que celui produit par les scories, qui, d'ailleurs, n'apportaient qu'en- viron 200 kilos de chaux vive à l'hectare, au lieu de 2 500 kilos que iburnissait le chaulage expérimenté. La teneur en acide phosphorique des dissolutions du sol est tombée de 18 milligrammes (sable témoin) à 7 milligrammes (sable avec sco- rie), puis à 2'"° 7 (sable avec chaux). C'est donc, pour cette terre, au manque de chaux par rapport à la quantité de la matière noire et de l'acide phosphorique total, qu'il faut attribuer la richesse des eaux souterraines en acide phosphorique (^). Nous avons voulu savoir si le chaulage, qui ramène à des propor- tions plus normales la dose d'acide phosphorique des dissolutions du (') M. Th. Schlœsing père a montré {Annales de la Science agronomique, 1901. Tome I, 3* fascicule) que les phosphates solubles arrivant daus le sol en présence de solutions de bicarbonate de chaux, se précipitent à Pétat de phosphate tricalcique lors- que la chaux est en excès sur la proportion des phosphates. ÉTUDE DU POUVOIR ABSORBANT ET DES DISSOLUTIONS DU SOL 383 sol, ne diniiniie pas également la quantité de l'acide phosphoriqiie assimilable de la terre; un dosage d'après la méthode Bernard Dyer fut effectué en juin, c'est-à-dire cinq mois après le chaulage; on trouva : ACIDE PHOSPHORIQUB assimilable Avant le chaulage .... 0,37°/ooo Après le chaulnge .... 0,38 "/ooo Les résultats sont identiques. Le chaulage peut donc éviter dans ces sortes de sols en jachère nue un entramement de l'acide phos- phorique par les eaux de drainage, mais il n'a pas l'inconvénient de diminuer, comme on aurait pu le craindre, la dose d'acide phos- phorique assimilable, et, par conséquent, la fertilité vis-à-vis de cet élément. La chaux a, en outre, l'avantage d'améhorer les propriétés phy- siques du sol et de faciliter les réactions chimiques dont celui-ci est le siège. Nous nous trouvons donc ici en présence d'une terre un peu spé- ciale, très pauvre en chaux, renfermant 50°/o de son acide phospho- rique total à l'état assimilable, et fournissant des dissolutions d'une richesse particulièrement élevée en acide phosphorique, chiffres que l'on n'a pas encore signalés à notre connaissance. Voulant pousser plus loin l'étude de cette terre et déterminer quelle quantité d'acide phosphorique soluble dans l'eau on pourrait lui en- lever par des traitements plus énergiques, nous avons employé la méthode de M. Schlœsing fils(^), consistant à agiter 300 grammes de terre séchée à l'air avec 1 300 centimètres cubes d'eau* pendant dix heures; on laisse reposer, on prélève 1 litre dans lequel on dose l'acide phosphorique après filtration, puis on ajoute à la place 1 litre d'eau distillée. On épuise ainsi successivement la terre; M. Schlœ- sing fils a fait jusqu'à vingt-cinq épuisements, la terre était agitée chaque fois pendant dix heures à l'aide d'un agitateur mécanique. La teneur en acide phosphorique des solutions qu'il obtenait était analogue à celle des dissolutions obtenues avec l'appareil à déplace- ment de M. Schlœsing père. {') Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. CXXVU, p. 327. 384 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE N'ayant pas d'agitateur à notre disposition, nous proloiig-eâmes le contact avec l'eau pendant vingt-quatre heures, en agitant aussi fré- quemment que possible, mais nos dissolutions ne renfermait^nt même pas 50 "/„ de la dose que nous obtenions par nos lavages en pots ; les résultats que nous allons donner ci-dessous auraient donc été de beaucoup supérieurs si nous avions pu utiliser l'agitateur de M. Schlœ- sing. Nous nous bornâmes, en outre, à six traitements. Voici les résultats obtenus : I AOIDE PHOSPHOKIQCTB milligr. Premier lavage '. . . 7,47 Deuxième lavage 0,46 Troisième lavage 5,36 Quatrième lavage 0,06 Cinquième lavage 5,0G Sixième lavage -4,91 Total 34,32 pour 300 grammes de terre, soit li4'™°4 pour 1 kilo. Par hec- tare de terre (la couche arable d'un hectare pesant en moyenne 4 000 000 de kilos) la quantité d'acide phosphorique pouvant être enlevée par l'eau est donc, dans les conditions de l'expérience, de 457 kilos, chiffre supérieur à celui trouvé par M. Schlœsing, après un épuisement complet de vingt-cinq lavages ('). Cette terre sableuse renferme donc l'acide phosphorique à un état particulièrement soluble, ainsi que nous l'avaient montré nos pre- miers essais. Il nous a paru utile d'étudier sa répartition d'après les éléments physiques du sol. IV — Répartition de l'acide phosphorique dans le sol L'analyse physique fut effectuée d'après la méthode de M. Th. Schlœ- sing père, et dans chacun des éléments séparés on dosa l'acide phos- phorique. (') Comptes rendus, l. CXXXIt, p. 1189. ÉTUDE DU POUVOIR ABSORBANT ET DES DISSOLUTIONS DU SOL 385 Les résultats furent les suivants : AOIDK PHOSPHORIQnE dans ces éléments pour mille de pour mille chacun des éléments Sable grossier siliceux siliceux . Sable fin calcaire Argile . HUQIIIS . de terre totale physiiiuea, 827,0 0,112 0,134 150,0 0,172 t,li6 3,3 0,180(') » 15,2 0,088 5,78 ^1,5 0,150 33,33 Total .... 1 000,0 0.702 (') Ces résultats sont intéressants, principalement ceux de la troisième colonne qui montrent la teneur croissante en acide phosphorique des éléments physiques suivant leur degré de division. L'argile contient déjà 5,78 °/o„ d'acide phosphorique et l'humus 33, o °|„o. Ils expliquent dans une certaine mesure les résultats obtenus pré- cédemment qui laissaient supposer que l'acide phosphorique dissous par les eaux y est en partie combiné à la mntière humique du sol, puisque nous avons observé que les eaux renfermaient d'autant plus d'acide phosphorique qu'elles étaient plus colorées en brun par la matière humique. * * * Nous avons voulu compléter notre élude sur la richesse en éléments fertilisants des dissolutions du sol fournies par quelques terres de l'étage des sables verts et sur leur pouvoir absorbant, en organisant une nouvelle série d'expériences, portant sur trois terres sableuses bien différentes, et dont deux nous avaient déjà permis de faire des observations intéressantes lors de nos essais d'engrais relatifs à la culture des asperges, de 1903 à 1905. Terre n° 1 sable noir, type des terres de bruyères provenant de Charbuy, sable humifère, pauvre en éléments assimilables; Terre n° 2 provenant d'Appoigny (champ d'expériences de M. Vi- (') Acide phospliorique dissous par Teau de lavage très faiblement acidulée, en même temps que le calcaire, mais ne pouvant élre attribué exclusivement au calcaire. (-) 0,702 contre 0,73 trouvé par le dosage en bloc de Tacide phosphorique total. A.\N. SCIENCE AGRON. — 3* SÉRIE — 1908 — II 25 386 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE greux), lerre située à proximité du village, cultivée en légumes et asperges depuis longtemps, enrichie par d'abondantes fumures, riche en éléments assimilables. L'échantillon l'ut prélevé à la surface, dans la partie la plus riche; les engrais avaient donné peu de résultats. Terre n° 3 provenant des Bries (champ d'expériences de M. Des- cliamps), pauvre en éléments assimilables; très sensible à l'apport d'engrais chimiques complémentaires. Voici la composition de ces terres : Analyses physiques POUR MILLE DE TEERE FINE no 1 H" 2 no 3 829,4 750,5 706,5 0,6 1,0 0,5 108,0 199,5 229,0 8,0 4,0 2.5 ?6,0 » » 11,6 38,9 53,2 16,4 6,1 3,3 . siliceux. . . . Sable grossier ', , . ( calcaire . . . ( siliceux Sable fin ^' , . ( calcaire Débris organiques Argile Humus (dosage direct) . . . ToTAi 1000,0 1000,0 1000,0 Ce sont trois types de terre sihceuse, le ii" S un peu plus argileux, le n" 1 plus humifère. L'analyse chimique est donnée dans le tableau suivant : POUR MILLE DE TERRE FIXE uo 1 n" 2 no 3 Azote 1,31 0,70 0,64 Acide phosphoriquc total 0,32 0,89 0,42 Acide pliosphoiique assimilable 0,060 0,397 0,049 Acide pbospiiorique combiné à la matière noire, 0,17 0,22 0,11 Potasse soluble dans les acides concentrés . . 0,22 0,91 0,80 Potasse assimilable 0,09 0,17 0,14 Chaux 4,SG 2,84 1,73 Ces terres, tout en appartenant à la même catégorie, sont donc assez différentes au point de vue de leurs propriétés physiques. Elles furent mis'3s dans de grands pots comme pour les essais pré- ÉTUDE DU POUVOIR ABSORBANT ET DES DISSOLUTIONS DU SOL 387 cédents (environ 18 kilos de terre par pot) et disposées pour recueillir les dissolutions que l'on voulait en extraire. Leur pouvoir absorbant vis-à-vis des engrais était surtout intéres- sant à étudier pour les n"' 1 et 3, l'un plus humifère, l'autre plus argileux. En dehors des témoins, un pot de chacune de ces terres reçut une fumure mélangée seulement aux deux tiers supérieurs comme pour nos précédents essais. Cette fumure rapportée à l'hec- tare se composait de : kilos kilos Superphosphate minéral . 400 contenant: acide phosphorique 61,80 Sulfate d'ammoniaque . . 400 — azote 85,00 Sulfate de potasse . . . 200 — potasse 94,80 Les pots furent ainsi classés : Pot n° 1 : Terre de bruyère de Charbuy, témoin. Pot n" 1 bis : Terre de bruyère de Charbuy, avec engrais. Pot n° 2 : Teri-e sableuse d'Appoigny ('), témoin sans engrais. Pot n° 3 : Terre sableuse des Bries, témoin. Pot n° 3 bis : Terre sableuse des Bries, avec engrais. L'expérience fut mise en route le 5 mars et chaque pot arrosé de i litre et demi d'eau; on laissa en repos pendant une semaine. Les arrosages furent repris le 12 mars et continués jusqu'au 31 mars. On versa en tout sur chaque pot 9' 800 d'eau et on recueillit : litres Pour le pot n" 1 3,27 — n» 1 bis 4,55 — n" 2 4,51 — n° 3 4,17 — n° 3 bis 4,14 La terre de bruyère sans engrais évapora entre chaque arrosage notablement plus que celle qui reçut l'engrais; les engrais favorisent donc l'emmagasinement de l'eau dans le sol, autrement dit, dimi- (') Nous n'avons pas mis d'engrais à cette terre parce que nos essais de fumure nous avaient montré que les engrais chimiques n'y produisaient pas d'effets sensibles, ce que nous expliquerons par l'examen des dissolutions du sol; par contre, la terre des Bries s'était montrée très sensible à l'apport d'engrais chimiques. 388 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE nuent l'évaporalion comme l'ont signalé divers auteurs (Dehérain, Schlœsing, etc.). Voici la composition des eaux recueillies, par litre : TERRE DE BRUYÈRE TERRE SABLEUSE - — ■ -^ — - !■' N» 2 des liries n" 1 no 1 bis " ô " ~\ • -^ saus avec '^ff»^ ""3 ""3''" engrais engrais ^^sf^leuse sans^ avec Q Appoigny engrais engrais grammes grammes grammes grammes grammes Azote nitrique 0,725 0,149 1,,S09 0.108 0,160 Azote ammoniacal . . . . 0,0197 0,0144 0,0194 0,00008 0,00126 Acide phosphorique . . . 0,000i) 0,Ou045 0,00218 0,00034 0,00037 Potasse 0,0()1 0,091 0,244 0,037 0,063 Soude » » 0,317 » » Chaux . 0,303 0,789 3,700 0,290 0,729 Anliydride sulluriqne . . 0,071 0,698 0,109 0,077 0,692 Glilore 0,073 0,11.j 0,454 0,036 0,037 Silice 0,014 0,333 0,061 0,017 0,262 Extrait sec à 100». , . . 13,800 Pour le 11° 2, de nouveaux arrosages furent effectués le 15 mai et jours suivants; on obtint encore une dissolution très riche en azote et en potasse comme l'indiquent les chiffres suivants : grammes Azote nitrique 0,605 Acide pliosphorique 0,0022 Potasse 0,226 Chaux 2,380 Anhydride sulfurique 0,028 Chlore 0,305 Ces résultats sont particulièrement intéressants. En ce qui concerne l'azote ammoniacal ajouté, nous voyons que la terre de bruyère et que la terre des Bries (sans engrais comme avec engrais) n'ont que peu nitrifié : la dose d'azote nitrique de ces deux terres avec engrais n'a que légèrement augmenté. L'eau de drainage de la terre de bruyère renferme notablement d'ammoniaque et l'addition de sulfate d'ammoniaque à celte terre (n" 1 bis) n'a pas augmenté cette dose, au contraire; l'ammoniaque de l'engrais est donc bien retenue et celle que l'on trouve dans l'eau dépend des propriétés particulières de cette terre. ÉTUDE DU POUVOIR ABSORBANT ET DES DISSOLUTIONS DU SOL 389 L'ammoniaque est beaucoup mieux retenue par la terre n° S, car l'eau qui s'écoule des pots 3 et 3 bis n'en renferme que des traces. Quant à l'acide phosphorique, celui de l'engrais est parfaitement retenu après huit jours de contact avec la terre. Les dissolutions de la terre de bruyère et de celle des Bries ne contiennent que des traces d'acide phosphorique. Pour nos premiers essais, la quantité notable d'acide phospho- rique soluble dans l'eau tenait certainement à la nature toute parti- culière du sol mis en expérience, et au manque de chaux qui laisse entraîner l'acide phosphorique et l'humus auquel il est en partie combiné. En ce qui concerne la potasse, la dose contenue dans l'eau de drai- nage est nettement augmentée de près de moitié pour les pots ayant reçu l'engrais; la déperdition de potasse est en rapport avec les en- grais ajoutés. La chaux et l'acide sulfurique ne sont pas retenus par le pouvoir absorbant des sols et sont fortement entraînés par les eaux. Enfin la dose de silice trouvée dans les eaux ayant traversé les terres avec engrais nous permet de faire une constatation intéres- sante. L'addition d'engrais provoque une solubilisation de la silice, dont la dose passe, pour la terre de bruyère, de 0,014 (sans engrais) à 0,333 (avec engrais); pour la terre des Bries, les résultats sont du même ordre, soit 0,017 sans engrais et 0,262 avec engrais. Ce fait explique le durcissement de certaines terres sableuses renfermant de la silice ou des sdicates facilement attaquables, à la suite de l'intro- duction d'engrais chimiques. Pendant les périodes de sécheresse, les dissolutions du sol chargées de silice viennent, par capillarité, s'évaporer à la surface, la silice se dépose autour des fragments de sable qu'elle cimente en quelque sorte, et il se forme une croûte dure qui gêne ensuite l'infiltration des eaux de pluie. Si nous examinons maintenant la composition de l'eau de drainage de la terre sableuse d'Appoigny sans engrais, nous en tirons des obser- vations également intéressantes, quoi(iue à d'autres titres que les pré- cédentes. Cette terre, naturellement peu pourvue d'éléments absorbants, ar- 390 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE gile et humus, a vu ses propriétés absorbantes en quelque sorte saturées (sauf pour l'acide phosphorique) par d'abondantes fumures. La matière organique y est très facilement nitrifiable; pendant l'exposition à l'air qui précéda la préparation des échantillons destinés à être mis en pots, la nitrification fut très active, de sorte que l'eau de drainage accuse l'énorme dose de l'''" 80 d'azote nitrique par litre, correspondant à 10^' 5 de nitrate de chaux; les seconds arrosages. effectués le 15 mai fournissent une eau contenant encore 0^''605 d'azote nitrique par litre. Nous constatons comme pour la terre de bruyère la présence de 19 milligrammes d'azote ammoniacal; il y a peu d'acide phos- phorique (2"""^ 18), ce qui nous montre encore une fois que sa solubi- lité dépend de conditions complexes encore peu connues. C'est l'élé- ment le mieux retenu ici. Quant à la potasse, elle est entraînée en proportion très notable, puisque les deux essais accusent respectivement 244 et 226 milli- grammes par litre d'eau. Le pouvoir absorbant de la terre vis-à-vis de cet élément est donc pour ainsi dire saturé. Notons aussi les très fortes quantités de chaux et de chlore. Nous pensons qu'un marnage à l'aide d'une marne argileuse changerait notablement la composition des dissolutions du sol, en apportant un élément absorbant. Ces résultats nous expliquent aussi pourquoi nos essais d'engrais sur les asperges n'avaient pas donné de résultats sur cette terre. La dose d'engrais apportée n'est rien à côté de la dose d'éléments ferti- lisants directement solubles dans l'eau. L'eau de drainage contenait aussi une quantité de soude très nota- ble (O'^âl? par litre), ce qui provient de l'habitude locale de répan- dre de fortes doses de sel sur les vieilles aspergeries ; cette addition d'une quantité notable de sel de soude a pour effet de mobiliser la potasse comme l'a prouvé Dehérain. Conclusions En résumé, les divers essais que nous avons entrepris nous ont montré, comme l'avaient déjà reconnu de nombreux auteurs, que cer- ÉTUDE DU POUVOIR ABSORBANT ET DES DISSOLUTIONS DU SOL 391 tains principes des engrais, les nitrates, sulfates, chlorures, et ia chaux sont abondamment entraînés par les eaux de drainage, et que la potasse est retenue assez fortement; la proportion qui passe dans les dissolutions du sol dépendant de la richesse primitive de la terre et des engrais potassiques introduits. Les agi'onomes américains et principalement M. Millon Whitney, chef du Bureau des sols du Département de l'agriculture des Etats- Unis, enseignent que tous les sols renferment des dissolutions de même titre. Dans une conférence sur la fertilité du sol ('), M. Whit- ney s'exprime ainsi en parlant de ses collaborateurs : « Ils ont extrait les solutions constituant l'humidité réelle des terres arables, et ils oui trouvé qu'elles contenaient toutes des proportions pareilles d'acide pliosphorique, de potasse, de nitrates et de chaux. Gela aussi bien dans les sols sableux de nos terrains d'alluvions que dans les terres usées de Virginie, aussi bien dans les terres fertiles riches en chaux de Pensylvanie que dans les terres noires des prairies du West. » Celte assertion absolue est nettement controuvée par les travaux de MM. Schlœsing père et (ils sur les dissolutions du sol et par les recherches que nous avons développées ci-dessus. Il est de toute évidence, et les chiffres le prouvent, que l'eau qui entoure les particules du sol renfermera beaucoup plus de nitrates et de chaux dans un sol abondamment fumé, que dans un sol pauvre ou épuisé. La teneur en potasse des dissolutions augmente également avec la richesse du sol et l'emploi des engrais potassiques ; elle peut varier habituellement du simple au double d'une terre à une autre ou par suite de l'application d'engrais, et même s'élever à des chiffres anor- maux pour des terres d'un faible pouvoir absorbant abondamment fumées. Quant à l'acide pliosphorique, qui est l'élément fertilisant du sol le moins soluble, il fournit des solutions de titre très faible il est vrai, mais aussi très variable d'un sol à un autre, pouvant aller de 0"'°5 par litre à 18 milligrammes. (") La Fertilité du sol, par Milton Whitney, traduction H. Fabre, 1907 (Goulet, éditeur, Montpellier) . 392 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Ce litre est consUml pour un sol donné etconslilue pour ainsi dire sa caraclérislique (travaux de MM. Scliiœsing, Palurel, etc.). Nos essais nous ont mis en présence d'une terre sablonneuse four- nissant des solutions particulièrement riches en acide pliosphorique, O^'Ol? en moyenne par litre, chiffre qui n'avait pas été constaté jus- qu'ici. Dans cette terre très pauvre en chaux et peu aroileuse, moyennement riche en acide pliosphorique, cet élément se trouve en i^rande partie à l'état de combinaison avec la matière humiquo du sol. Le manque de chaux empêche l'immobilisation complète des humâtes, et la solu- bilité dans j'eau de l'acide pliosphorique doit être augmentée par la présence d'une assez notable projjortion de matière humique soiuble (O^'ISS pir litre de dissolution du sol). Nous avons montré expérimentalement que la chaux libre des sco- ries et surtout celle fournie par un chaulage avait la propriété de restreindre très notablement cette solubilité des matières humiques et de l'acide phosphoiique, sans pour cela diminuer la dose d'acide pliosphorique assimilable évaluée d'après la méthode de Bernard Dyer. Dans les sols sableux et un peu humifères dépourvus de chaux, les cultivateurs devront donc toujours, à plus d'un titre, préférer les sco- ries comme engrais phosphatés. Nos recherches nous ont aussi permis de constater la solubilisation d'une quantité très notable de silice à la suite de l'application d'en- grais chimiques. Cette solubilisation est surtout marquée pour les terres siliceuses et légèrement ferrugineuses de l'étage des sables verts, qui contiennent de la silice facilement mobihsable. Cette silice dissoute, jointe à une certaine quantité d'oxyde de fer et de matières organiques, contribue à former le ciment qui agglomère les bancs ou les rognons de grès ferrugineux que l'on trouve à l'état de couches irrégulières dans l'épaisseur des sables. Quand la solution siliceuse formée à la suite d'une application d'engrais chimiques vient s'évaporer à la surface du sol sous l'in- fluence de la sécheresse, elle durcit cette surface en cimentant les grains de sable, et les eaux de pluie pén"'trenl ensuite difficilement ÉTUDE DU POUVOIR ABSORBANT ET DES DISSOLUTIONS DU SOL 393 dans le sol. On a alors loiil intérêt à briser la croûte superficielle par un léger binage. L'étude des dissolutions du soi de nos deux champs d'expériences des Bries et d'Appoigny nous a en outre permis d'expliquer certaines anomalies que nous avions remarquées dans les rendements, au cours de nos essais d'engrais. Si la terre sableuse d'Appoigny s'est montrée insensible à l'ap- port d'engrais chimiques, c'est qu'elle renfermait une proportion très élevée d'éléments fertilisants directement solubles dans l'eau (voir page 388), proportion très supérieure à celle que les engrais pouvaient lui apporter. Par contre, la terre des Bries, ayant fourni une dissolution du sol pauvre, et reufermant peu d'éléments assimilables, a fourni des excédents de récolte très élevés par l'application des mêmes formu- les d'engrais. Aussi pensons-nous qu'en plus de l'analyse chimique des sols telle qu'on a l'habitude de la faire aujourd'hui, la détei-mination des élé- ments assimilables solubles dans les acides faibles, et parfois aussi l'étude des dissolutions du sol, permettra souvent d'inteipréter des résultats d'expériences culturales que laisse inexpliqués la détermi- nation des principes fertilisants totaux ou solubles seulement dans les acides forls. Nous sommes donc d'avis que les expérimentateurs doivent com- pléter dans cette voie leurs investigations, et.c'est la principale con- clusion à laquelle nous conduisent ces études. APPENDICE Essais sur l'absorption de l'acide phosphorique et de la potasse par les sols Les expériences relatées ci-dessus nous ont montré que les engrais apphqués à dose normale sur les terres sableuses que nous avons étu- diées ne donnent pas lieu à des déperditions sensibles par les eaux de drainage, lorsqu'on a eu la précaution d'attendre environ huit 394 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE jours pour laisser au pouvoir absorl)anl du sol le temps d'exercer toute son action. En dehors des nitrates, des sulfates et de la chaux, la potasse seule augmente notablement dans les dissolutions du sol après application d'engrais potassifjues. Pour clore nos essais, il nous a paru intéressant de comparer le l)Ouvoir absorbant absolu de ces sables, avec celui d'une bonne terre de vigne argilo-calcaire (étage portlandien). Quatre terres ont été mises en expérience : les trois terres sa- bleuses étudiées précédemment; à savoir : \° sable noir ou terre de bruyère provenant de Gluirbuy ; 2" terre sableuse des Bries ; 3° terre sableuse d'Appoigny enrichie par la culture maraîchère. L'analyse physique et chimique en a été donnée page 37:2. La qua- trième terre, de nature argilo-calcaire, dose 26 °/o de carbonate de chaux et contient environ huit à dix fois plus d'argile que les terres sableuses. 1° Absorption de la potasse. — Nous avons fait réagir, sur 100 grammes de chacune de ces terres, 200 centimètres cubes d'une solu- tion de sulfate de potasse contenant 0"'395 dépotasse anhydre (K'O) Dans une première série, on laissa la solution et la terre en con- • tact pendant deux heures en agitant assez fréquemment; dans une seconde série, le contact dura vingt-quatre heures. Dans le liquide filtré, nous dosâmes la potasse restante. Voici les résultats obtenus : POIDS Pg LA POTABSB poTABSE NATURE DBS SOLS ET POIDS ajoutée retrouvéu retenue absorbée grammes grammes grammes «/o 1" Après deux heures : N» I 100 grammes de terre de bruyère. . IN» 2 — de terre des Bries . . N° 3 — de terre d'Appoigny. . N° 4 • — ■ de terre argilo-calcaire. 2° Après vingt-quatre heures : N» 1 • — do terre de bruyère. . N° 2 — de terre des 13ries. . . NO 3 — de terre d'Appoiguy . . N" 4 — de terre argilo-calcaire. Nous voyons que le pouvoir absorbant de la terre vis-à-vis de la 0,395 0,310 0,085 21,5 0,395 0,312 0,083 21,0 0,395 0,318 0,077 19,5 0,395 0,243 0,152 38,5 0,395 0,310 0,085 21,5 0,395 0,307 0,088 22,3 0,395 0,313 0,082 20,7 0,395 0,242 0,153 38,7 ÉTUDE DU POUVOIU ABSORBANT ET DES DISSOLUTIONS DU SOL 395 potasse est presque entièrement saturé au bout de deux heures ; l'absorption de cette base est donc très rapide. La terre argilo-calcaire absorbe presque le double des sables (38,5 °/o), tandis que ces derniers retiennent des doses presque iden- tiques. La terre des Bries, un peu plus argileuse, retient un peu plus. 2" Absorption de l'acide phosphorique. — Voyons ce qui se passe si nous remplaçons la potasse par l'acide phosphorique. A 100 grammes de ces mêmes terres, nous avons ajouté 200 centi- mètres cubes d'une solution de phosphate monocalcique pur, conte- nant 0=^446 d'acide phosphorique (P'O'), soit 0,223 7,. Les essais durèrent respectivement deux heures, vingt-quatre heures, quatre jours, huit jours et quinze jours. Voici les résultats obtenus : de conta ::t 2 heures. 24 heures. 4 jours . 8 jours . lô JOIU'S . ACIDE PHOSPHORIQUE ABSORBÉ SUR 0ii''-14;6 PAR 100 GRAMMES DE 1" TERRE de bruyère Poids absorbé g''- 0,071 0,097 0,130 0,154 0,162 pour 100 deP^O' ajouté 15,9 21,7 29,1 34,5 3G,3 20 TERRE DB BRIES Poids absorbé gr. 0,029 0,049 0,0G5 0,082 0,085 Pour 100 de P20' ajouté 6,5 10,9 14, G 18,3 19,0 3° TERRE d'Appoigny Poids ab.^orbé gr. 0,022 0,032 0,062 0,083 0,090 Pour ICO de P-^O" ajouté 4,9 7,1 13,9 18,0 20,2 lo TBBR-j ariiilo-calcaire Poids absorbé gi'- 0,218 0,291 0,339 0,357 0,377 Pour 100 de P-O ajouté 48,8 65,2 76,0 80,0 84,5 L'absorption de l'acide phosphorique est plus lente que celle de la potasse et donne des différences beaucoup plus marquées. La terre argilo-calcaire, comme c'était à prévoir, fixe une dose considérable d'acide phosphorique dès le début ; après deux heures, elle retient environ la moitié de l'acide en solution, tandis que la terre n° 3 n'en a absorbé que dix fois moins. La terre de bruyère tient le milieu entre la terre argilo-calcaire et les terres sableuses n"' 2 et 3; comme sa constitution physique est analogue sauf pour l'humus, à celle de ces dernières, on est en droit 396 ANNALES DE LA SCIENCE ACnONOMIQUE de conclure que son pouvoir al)sorl)ant plus considérable vis-à-vis de l'acide phospliorique tient uniquement à la proportion de 16/* °/oo de matières humiques qu'elle renferme, tandis (jue les terres n°' 2 et S n'en conliennent respectivement que 3,3 et 6,1 "/oo- M. J. Dumont a d'ailleurs montré d'une façon très nette le pouvoir absorbant considérable des tourbes vis-à-vis de l'acide phospliori- que (•). Le pouvoir absorbant de la terre n° 2 se montre d'abord supérieur à celui de la terre n° 3, très probablement parce que la première est un peu plus argileuse et beaucoup plus pauvre en éléments solu- bles ; après huit jours, la différence n'existe plus et au bout de quinze jours la terre n° 3 l'emporte légèrement. Après ce laps de temps, la terre argilo-calcaire a fixé 85 "jo de l'a- cide phospborique introduit, soit plus de quatre fois ce qu'ont absorbé les terres sableuses et près de une fo,is et demie ce qu'a absorbé la terre de bruyère. Comme conclusion pratique, on voit que le pouvoir absorbant s'exerce beaucoup plus rapidement pour la potasse que pour l'acide phospborique, mais finalement avec une intensité moindre. D'autre part, on peut constater que l'acide phospborique soluble apporté dans le sol par les superphosphates a le temps de se diffuser avant d'être complètement fixé; l'acidilé due au phosphate mono- calcique persiste assez longtemps dans les terres manquant de chaux, où la fixation se fait surtout par l'intermédiaire de l'oxyde de fer, de l'alumine et de l'humus. On doit donc se garder d'employer les superphosphates dans les terres présentant naturellement une réaction acide, sous peine de nuire aux récoltes par l'excès d'acidité du milieu où puisent les ra- cines. Les phosphates naturels ou les scories de déphosphoralion son! alors tout indiqués. (') J. Dumont, Lex Matières humiques du sol. ECONOMIE FORESTIÈRE (1) Par G. HUFFEL (COMPTE RENDU ANALYTIQUE) M. HuFFEL, professeur à l'École nationale des eaux et forêts, vient de faire paraître le troisième et dernier volume d'un ouvrage sur VEconomie forestière. L'économie forestière constitue une branche importante et peu connue de l'agronomie ; les points de contact entre l'agriculture proprement dite et la foresterie sont trop nom- breux pour que les agronomes n'aient pas intérêt à connaître un livre comme celui que nous voulons leur présenter ici, qui constitue à la fois le travail le plus nouveau et le plus complet qui ait été publié sur la matière. Voici dans quels termes l'auteur lui-môme, dans la préface de son tome I, expose le but et le plan de son travail : « Les sciences économiques sont celles qui s'occupent des lois ré- gissant la production et la distribution des richesses. On désigne par le mot de richesse toutes choses utiles à l'homme ou conformes à ses goûts. « L'économie forestière sera donc cette branche des sciences fores- tières dans lesquelles les forêts sont envisagées au point de vue de l'utilité qu'elles présentent pour l'homme. Elle s'occupera d'abord (') Économie forestière, par G. Huffel, professeur à TÉcole nationale des eaux et forêts. 3 volumes iu-8, 1904-1907. Paris, Lucien Laveur, éditeur, 13, rue des Saints- Pères (VI). 398 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE de définir riitilitû des forêts en décrivant leurs produits directs (bois, écorces, résines, etc.) et indirects (action sur le climat, le régime des eaux, etc.). Puis elle étudiera la distribution des forêts, les lois de formation de leurs produits, les règles qui président à leur exploi- tation. « L'économie forestière possède un domaine entièrement distinct de ce qu'on a nommé, assez improprement du reste, la sylvicul- ture. Celle-ci ne considère les forêts qu'au point de vue des condi- tions naturelles de leur existence et de leur prospérité. Elle les étudie dans leurs rapports avec le milieu physique où elles croissent : l'éco- nomie forestière envisage leurs rapi)orts avec l'homme (jui en lire profit. « La délimitation exacte du domaine de l'économie forestière est impossible à tracer. Aux siècles antérieurs surtout, la législation et l'économie forestière se confondaient à peu près complètement dans le texte des ordonnances forestières ; notre Gode forestier actuel et son règlement d'application renferment encore maintes dispositions qui sont du domaine de l'économie forestière ou même de la sylvi- culture. Entre les sciences forestières et juridiques la frontière est souvent des plus indécises ; je n'ai pas craint de la franchir large- ment. « J'ai fait aussi une grande place, moindre encore cependant que je ne l'eusse désiré, à la partie historique de mon sujet. L'étude du passé, en matière de forêts plus peut-être qu'en tout autre, est non seulement intéressante, mais aussi indispensable à l'intelligence exacte du présent. « Enfin je ferai remarquer que ce n'est pas un Traité que j'ai en- trepris d'écrire, mais une série d'études détachées. Le caractère d'un pareil ouvrage comporte, bien plutôt que tout autre, des digressions qui ne rentreraient pas dans le cadre plus strict d'un traité didac- tique. «; J'ai voulu, dans une suite d'Etudes qui formeront trois séries et autant de volumes, présenter aux forestiers et à tous les amis des sciences forestières ou économiques, un exposé de l'état actuel df nos connaissances sur les dilférentes parties de l'économie forestière. Ces études seront, si l'on veut, autant de conférences sur des points ÉCONOMIE FORESTIÈRE 399 spéciaux. J'ai adopté ce plan sans prétention et sans solennité inutile pour avoir la liberté de m'étendre à mon gré, parfois longuemenr, sur les sujets nouveaux ou mal connus de la généralité des lecteurs, sauf à passer rapidement sur les questions déjà rebattues. J'espérais, en prenant ce parti, faire un livre surtout utile et j'ai couru le ris- que d'en écrire un qui pourra paraître peu ordonné et mal propor- tionné, touffu dans certaines parties, concis dans d'autres. (( Cependant ceux qui me feront l'honneur de lire attentivement ces études remarqueront, sans doute, qu'elles embrassent toutes les parties de l'économie forestière, sans en omettre aucune. Leur ensemble constitue une véritable encyclopédie, et renferme la matière d'un traité complet, le plus étendu de beaucoup qui ait été publié sur l'économie forestière en langue française. Isolées, plusieurs de ces études formeraient à elles seules un petit volume ou un traité spécial. » * * La première étude de l'ouvrage de M. Huffel est consacrée à l'Utilité des forêts. Un premier chapitre passe en revue les produits forestiers propre- ment dits : les bois d'œuvre, de chauffage, les produits divers tels que pâtes à bois, écorces à tan, liège, résines, produits de distillation. Un paragraphe spécial est consacré aux revenus des forêts coloniales, et notamment au caoutchouc, le plus important de tous. L'auteur fait aussi ressortir, dans un développement intéressant, l'évolution du rôle économique de la forêt depuis le début de la pé- riode historique. Il montre que si certaines productions de la forèl, comme le combustible ligneux ou les écorces à tan, ont perdu de leur itnporiance ancienne par suite de l'emploi de la houille comme combustible ou du quebracho pour le tannage, d'autres emplois de la matière ligneuse, très nombreux et très importants, ont surgi de nos jours. La fabrication du papier en absorbe des quantités prodi- gieuses, de même l'industrie des chemins de fer et des mines. Un chiffre curieux, parmi beaucoup d'autres, est relatif à la consomma- tion du bois pour l'exploitation des houillères. Une statistique prus- 400 ANNALES DE LA SCIENCE AGUONOMI QUE sienne indique, dans les houillères royales de Sarrebrùck, une con- sommalion de 0"'H)27 de bois (|)our l'entretien des galeries et puits) par tonne extraite. M. Tay, surintendant général du service minier aux Etats-Unis, indique que les houillères de ce pays absorbent 0'°'0.'37 de bois par tonne de houille extraite. En somme les houillères à elles seules consomment, dans le monde actuel, plus de neuf mil- lions de mètres cubes de bois chaque année ; c'est beaucoup plus que n'en biûlaient les hauts fourneaux de la France entière à l'époque où ils fonctionnaient encore au bois. Les produits de la forêt deviennent de plus en plus recherchés et de plus en plus précieux dans tous les pays. M. Huffel publie des diagrammes montrant la hausse continue, dans le cours du siècle dernier, d'un certain nombre de catégories de bois, en France et à l'étranger. * Les forêts ne sont pas seulement intéressantes pour l'homme à cause des produits qu'il en extrait. Elles jouent un rôle important par leur action sur le climat, sur le régime des précipitations atmos- phériques, sur la circulation des eaux à la surface ou dans les pro- fondeurs du sol. Toutes ces questions sont traitées d'une façon com- plète, conformément aux données les plus récentes de la science, dans les chapitres II et III. Nous nous bornerons à reproduire ici les conclusions du chapitre III intitulé La forêt et les sources. « Au cours de cette longue étude de l'influence des forêts sur l'alimentation des sources, nous avons particulièrement insisté sur les points qui, récemment mis en lumière, n'ont été traités que dans des mémoires originaux, et sont ainsi peu accessibles à la grande masse des lecteurs. Arrivé à son terme, ce chapitre comporte une conclusion. 0 hectares Terrains rocheux * ÉCONOMIE FORESTIÈRE 411 Le deuxième volume débute par une élude sur la Dendrométrie, c'est-à-dire sur le cubage des bois. Ce sujet, dont l'importance est capitale non seulement pour les forestiers, mais encore pour tous ceux qui s'occupent du commerce des bois, est traité au point de vue théorique et pratique d'une façon absolument complète et en grande partie nouvelle. L'étude sur la dendrométrie constitue un véritable traité de la matière ; le plus étendu, le plus complet, le plus clair, le plus pratique, en même temps que le plus nouveau, qui ait été imprimé en langue française. « Le produit des forêts, de même que toute autre production, ré- sulte du concours de trois agents qui sont : 1° le travail humain; 2" les forces naturelles et S" le capital. (V L'importance relative de ces trois agents varie beaucoup, suivant la nature de la production. C'est ainsi que la production industrielle, bien qu'elle utilise aussi des matières premières, qui sont des pro- duits naturels, met surtout en œuvre le travail humain et le capital. La production agricole dépend plus également des trois agents : tra- vail, nature, capital. « Le trait tout à fait caractéristique de la production forestière, parmi les autres productions agricoles, est le rôle relativement effacé du travail humain. Celui-ci apparaît sous ses deux formes de travail physique et de travail hitellectuel. La forêt ne devient une source de produits réguliers et importants que lorsque le travail humain y a été appliqué pour réglementer, ordonner les récoltes, pour assurer leur formation ininterrompue par la naissance continue de nouveaux arbres destinés à remplacer ceux qu'on enlève, pour construire des routes, maisons, etc., etc., et, enfin, pour percevoir des récolles. Ce- pendant il faut bien reconnaître que la forêt, si l'on veut se contenter de récoltes très peu importantes, peut les fournir à peu près sans in- tervention de travail autre que celui de la récolte. Il est donc vrai de dire, dans une certaine mesure, que le travail de l'homme n'a pres- que aucune part dans la formation du revenu de la forêt primitive ('), (') C'est pourquoi, sans doute, dans toutes les sociétés humaines à leur début, la forêt était considérée coQime un bien naturel commun à tous, tels que Teau des fon- taines et Tair atmosphérique. {Note de l'auteur.) 4J2 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE à laquelle l'homme ne deiiiaiide qu'une peliLe (jiiantilé de ses pro- duits spontanés. Cela cesse d'être exact dans le cas de la forêt exploitée, systématiquement mise en valeur. « Il reste vrai, cependant, que, même dans ce dernier cas, le rôle du travail est moins important en forêt que dans tous les autres genres de production industrielle ou même agricole. 11 varie du reste suivant la nature des forêts. Lorsqu'on pratique la régénéra- tion naturelle, qu'on enlève de la forêt surtout des bois âgés, dont les frais de récolte sont très faibles, la part du travail se trouve réduite à son minimum. C'est le cas, par exemple, d'une sapinière jardinée avec âge d'exploitation avancé : l'homme n'a à fournir aucun travail pour la production ni l'amélioration des repeuple- ments; le revenu se forme presque sans son intervention, il n'a qu'à faire l'effort de se l'approprier avec ordre et mesure. Il n'en est plus de même dans une pineraie coupée à courts intervalles et dans laquelle le travail humain intervient périodiquement pour ensemen- cer, planter à nouveau le sol, souvent aussi pour protéger et amé- liorer la croissance des jeunes repeuplements. Dans des taillis à court terme, et surtout dans des taillis à écorces, ou bien encore dans des forêts comme les pignadas gemmées, les forêts de chêne-liège, 'e travail de la récolte prend une importance considérable, et ces caté- gories d'exploitation se rapprochent des exploitations industrielles où prédomine, comme on sait, la part du travail. « On peut admettre que, dans les futaies régénérées naturellement, la rémunération du travail humain n'absorbe guère plus des deux dixièmes au quart du revenu C). Dans les taillis sous futaie il en est déjà autrement : les irais de récolte sont plus élevés, certains tra- vaux (émondages, dégagements, plantations, etc.) doivent être renou- velés plus souvent, les frais de vente sont plus onéreux, etc., si bien que les salaires peuvent facilement absorber les deux cinquièmes de (') Celte proportion dépend des circonstances et ne saurait être précisée. En terrain fertile la production augmente tandis que les dépenses lixes de gestion, surveillance, sont les mêmes que dans des forêts peu productives. Enlin les traitements et salaires sont variables suivant les cas et chargent plus ou moins la production ; nous en verrons un exemple plus loin, lorsque nous citerons quelques chiffres statistiques s'appliquant aux forêts françaises et étrangères. (Aotc de l'aïUcur.) ÉCONOMIE FORESTIÈRE 413 la production, plus ou moins suivant les circonstances et surtout sui- vant la proportion des bois d'œuvre dans la récolte. Dans des pigna- das à gemme la part du travail est encore plus considérable. Le gemmier (ouvrier qui récolte la résine) prend ordinairement pour sa part la moitié du produit, comme le métayer agricole. Il est vrai que le propriétaire profite seul du revenu ligneux qui peut être aussi important que celui de la résine, mais il supporte aussi seul l'impôt, les frais de garde, de gestion, de boisement, de travaux d'améliora- tion et d'entretien si bien que, tout compte fait, la part du capital peut devenir inférieure à celle du travail, surtout dans les forêts par- ticulières, presque toujours traitées à court terme, et dont le revenu bois est peu important. Ce type de forêt se rapproche alors tout à fait d'une exploitation industrielle : rôle prépondérant du travail, élévation du revenu par rapport au capital engagé, variabilité et caractère aléatoire de ce revenu, « Citons quelques chiffres statistiques précis à l'appui de ce qui précède. « Dans les forêts traitées en futaie dépendant du service de l'École nationale des eaux et forêts (sapinières dans les Vosges), les frais de récolte s'élèvent à 6 °/o environ de la valeur du produit pour les coupes principales, à 11 "/o du produit pour les coupes intermé- diaires. Dans les taillis sous futaie de ce môme service cette propor- tion est de 17 "/o. « Nous avons sous les yeux la comptabilité, très exactement tenue, d'une forêt particulière très importante des environs de Nancy. Cette forêt croît en sol fertile et est traitée en taillis sous futaie à la révo- lution de trente ans avec une réserve abondante. Nous y voyons, comme moyenne de trois années consécutives (1902 à 1904) les chif- fres suivants : Frais de récolte (salaires des bûclierons). . . . Travaux d'entretien divers (routes, maisons, énion- dages de réserves, etc.) Frais de surveillance, de publicité des ventes, de recouvrement Frais de gestion POUR CENT .K HBCTAKB du revenu brut — 8,05 ou 12,7 5,80 7,4 3,42 4,4 2,88 3,7 20,15 28,2 4l4 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE « La statislique forestière de Meurthe-et-Moselle donne les chifTres suivants pour les forêts domaniales de ce département pendant une période s'étendanl de 1877 à 1887. Nous avons porté en regard les chiffres donnés par la statistique officielle d'Alsace-Lorraine pour les forêts domaniales de ce pays pendant la même période, PAR HEOTAKB ET PAR AN Dépenses relatives au personnel des agents (') Dépenses relatives au personnel des préposés Exploitation des coupes et débardage des bois Travaux divers d'amélioration ('). . . Impôts Revenu Jbrut (') Revenu net Happort des dépenses de tout ordre au revenu brut 19 % 53 °/o « Dans l'ensemble des forêts domaniales françaises les frais relatifs au personnel et aux travaux d'amélioration dans les forêts représen- tent 12,8''/o du revenu brut, mais ils ne comprennent pas les frais de récolte. Si on estime ceux-ci à 20 "/o environ du revenu on arrive à un Meurthe- Alsace- et-Moselle Lorraine 0,85 5,00 2,05 5,09 ? 7,88 1,20 5,26 1,60 ï,39 37,95 4G,33 30,76 21,73 (') Le personnel allemand est à la fois plus nombreux pour une étendue égale de forêt et surtout beaucoup mieux (plus de trois fois autant) rétribué. Les forêts sou- mises au régime forestier que le traité de Francfort a cédées à TAllemagne formaient, au moment de Tannexion, trois conservations presque entières (Strasbourg, Colmar et Metz) avec une petite partie de celle de .Nancy, 14 inspections et partie de 4 autres, 40 cantonnements complets et 8 en partie. À présent le personnel comporte un direc- teur général [Landesforslineisler], trois conservateurs [Oberforstmeistcr)^ un cer- tain nombre, que nous ne pouvons préciser, d'inspecteurs et soixante-dix chefs de cantonnement dont seize sont des RevierJ'orsler (préposés faisant fonction de chefs de cantonnement). (-) Dans cette dépense, les frais de repeuplement artificiel après les coupes figurent, en Alsace-Lorraine, pour 1^ 05 environ par hectare et par au. (') La supériorité du revenu brut en Alsace tient à ce que toutes les forêts doma- niales d'Alsace sont en futaie avec uue forte proportion de sapinière, tandis qu'en Meurthe-et-Moselle les taillis sous futaie prédominent encore de beaucoup. [Noie de l'auteur.) ÉCONOMIE FORESTIÈRE . 415 total de un tiers environ de la valeur du produit absorbé par la rému- nération du travail humain occupé à la production. « Le service forestier bavarois emploie, dans les forêts àe l'État, cinq journées d'ouvrier par hectare et par an pour travaux relatifs à la récolte et à l'entretien des forêts ['] (routes, plantations, travaux divers). Le service prussien en emploie 4,6 et celui du grand-du- ché de Bade 5,7. En estimant à 2^60 le prix d'une journée de tra- vail f ) on a donc, en frais de main-d'œuvre d'auxiliaires, une dé- pense de 13 francs par hectare et par an dans les forêts de Bavière, 11^70 — — de Prusse, 14 80 — — du grand-duché de Bade. « Les dépenses relatives au personnel des fonctionnaires forestiers sont actuellement de 13^15 par hectare en Bavière et de 8 francs environ en Prusse (nous manquons de renseignements récents pour le grand-duché de Bade). On aurait donc, comme dépenses relatives à la rémunération du travail humain engagé dans la production fo- restière : ^^ P.VR HECTARE ET P.^K. AN Revenu en Bavière 26^15 soit -49 °/o Revenu en Prusse 17 70 55 °/o environ « Dans l'ensemble des forêts domaniales allemandes on estime que la contribution du travail humain à la production absorbe, pour sa rémunération, la moitié de la valeur du produit. » (') On sait que la législation en vigueur dans TEmpire allemand oblige tous les employeurs à contribuer, par leurs versements, à ralimentation d'une caisse destinée à servir des pensions de retraite aux travailleurs âgés. La contribution est calculée d'après le nombre de journées de travail employées ; elle est due par l'Etat de même que par les particuliers. Grâce à cette circonstance il est possible de connaître exacte- ment le nombre de journées d'ouvriers employées pour l'exploitation des forêts doma- niales. (-) Cest le prix moyen payé actuellement en Alsace-Lorraine. En Prusse le salaire varie de 1^80 à 3^25 pour les hommes, de 1 franc à 1^90 pour les femmes en été; de l' 50 à 3 francs pour les hommes, de 0^80 à 1^ 80 pour les femmes en hiver. (Note de l'auteur.) 416 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Les lois de la croissance des arbres et des peuplements forestiers, ou ractioii des forces naturelles pour former le produit forestier sont étudiées en une centaine de pages qui résument tout ce que l'on sait actuellement sur cette partie si intéressante et si peu connue de l'économie forestière. De môme la nature du cnpital forestier, son importance et son rôle dans les divers types d'exploitations, constitue une question encore fort peu élucidée, malgré son importance éco- nomique fondamentale Q). Aussi toute cette partie de l'ouvrage de M. IIuFFEL est-elle à peu près entièrement inédite. Elle paraît desti- née à intéresser vivement les économistes qui étudient le mode et les conditions du fonctionnement des capitaux employés à l'exploitation du sol. Le capital immobilisé en forêt présente cette particularité, qu'on ne trouve pas au même degré en agriculture, de varier dans des limites extrêmement étendues suivant la nature, elle-même très variable, du produit qu'on veut obtenir. La forêt organisée en vue de la production d'écorces à tan, de menus bois de cbauflage, com- porte un faible capital. Celle destinée à fournir des bois plus gros, des étais de mine par exemple, immobilise un capital notablement plus grand, et celle qui doit produire de gros bois de sciage fixe des capitaux énormes, cinq, six mille francs à l'hectare ou davantage encore. Pour récolter annuellement 1 mètre cube de gros bois de chêne il faut immobiliser dans la forêt 30 ou 40 mètres cubes de bois tout semblables et aussi précieux, sans compter une quantité de bois plus jeunes. Le rapport de la grandeur du capital engagé à celle de la récolte va en augmentant rapidement à mesure que l'on de- mande à la forêt de plus gros arbres. Il en résulte immédiatement cette conséquence que les forêts destinées à donner comme récolte des arbres de forte dimension fonctionnent avec un taux de place- ment excessivement faible. (') Voici dans quels termes M. Dimitz, ancien directeur général des forêts au minis- tère de fagriculture et des domaines eu Autriche, apprécie cette partie de l'ouvrage de M. Hm-FiiL d;ius le numéro de juin 1908 du Ceairalblati fur dus gesainmle Forst- icesen {Ra vue fores Hère autr/c/iicnne, pages 24S et 2-49) : « Je cousidcri' cette sixième étude comme la plus importante de l'ouvrage, et, d'une façon générale, comme une pro- duction scientifique d'une importance spéciale. Je ne doute pas le moins du monde que, traduite en allemand, cette étude n'ait du succès parmi les forestiers de cette langue, et elle exercerait une action utile à plus d'un point de vue. » ÉCONOMIE FORESTIÈRE 417 « Un renchérissement des bois de fortes dimensions, dit l'auteur, n'a qu'une action insignifiante pour augmenter ce taux, car, nous le répétons, s'il fait augmenter le revenu il fait aussi augmenter le capi- tal engagé. Aussi les propriétaires particuliers ne sont pas et ne se- ront jamais des producteurs de gros arbres : assez d'autres emplois otïriront toujours, avec une sécurité égale, une bien meilleure rému- nération à leurs capitaux. C'est ainsi que des capitaux fournissent encore, avec toute. la sécurité possible, même dans le moment de dépression générale des taux de placement que nous traversons, des revenus de 3,10 et même 3,75 "/o à de grands capitalistes, tandis qu'une foret aménagée en vue de produire de gros arbres, à des âges de cent cinquante ou deux cents ans, ne fournira que 1 /2 à 1 i /2 °/o, parfois moins encore, du capital engagé. « Il y a là un fait (fui domine toute l'étude du fonctionnement financier des exploitations forestières : la production des gros bois ne rémunère que très faiblement les capitaux qu'on y emploie. Cette vérité si simple, qui découle immédiatement de ce que la récolte en gros arbres met deux siècles à mûrir, a été trop souvent méconnue, bien qu'il semble qu'il suffise d'un moment de réflexion pour s'en convaincre. Elle justifie et commande l'existence de forêts doma- niales dans un grand pays civilisé : la production des gros bois est aussi indispensable dans l'état actuel de nos sociétés que celle du sucre ou des tissus de coton et comme elle est nécessairement oné- reuse pour le producteur c'est un devoir impérieux pour l'Etat que de s'en charger. » La dernière étude du second volume est consacrée aux Estima- tions et Expertises forestières. C'est là une matière difficile et déli- cate entre toutes, que trop souvent les auteurs ont traitée soit d'une façon erronée, soit avec des obscurités parfois consenties. M. Huffel a abordé ce sujet redoutable avec une entière bonne foi et avec le vif désir d'être intelligible, ou même clair autant que le sujet le per- met. C'est à juste titre qu'il a pu écrire en épigraphe de son étude cette phrase de Vauvenargues : « La clarté est la probité du philo- sophe. » Le second volume se termine par un chapitre sur l'Usufruit des ANN. SCIENCE AUROX. — 3* SÉRIE — lUOS — II 27 418 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE forêts. L'auteur, après une étude ajiprofondie de la matière, conclut en ex|)rimant le vœu que la loi autorise le propriétaire forestier à racheter l'usufruit qui grève son bien, mènne en cas de résistance de l'usufruitier. Trop souvent, en effet, l'usufruit sur les terrains boisés devient une véritable calamité. La cause en est dans la difficulté qu'on rencontre presque toujours, dans l'impossibilité à laquelle on se heurte quelquefois, lorsqu'il s'agit, en matière de forêts, de distin- guer le revenu du capital et de tracer la limite séparalive entre l'usage légitime et l'abus. Ce cliapitre mérite d'être lu et médité par tous les particuliers propriétaires de bois. * * * Le troisième volume est entièrement consacré à l'art des Aména- gements forestiers, c'est-à-dire à l'art de réglementer les exploita- tions forestières en vue d'une production déterminée. L'auteur a eu l'heureuse idée d'ajouter, à son exposé très com- plet et très clair des méthodes actuelles, un historique étendu des méthodes anciennement pratiquées en France. Cette partie de l'ou- vrage a été d'autant plus appréciée en France, et peut-être plus encore à l'étranger, que ce sujet, entièrement nouveau, n'avait encore été abordé par personne avant M. Huffel en ce qui concerne notre pays. Les méthodes d'aménagement classiques sont naturellement étu- diées avec toute l'ampleur désirable dans ce volume de plus de 500 pages. On ne manquera pas de remarquer, pour cette partie de l'ou- vrage comme pour les autres, son plan entièrement nouveau et la manière si personnelle à l'auteur, si simple, si facile avec laquelle sont exposées des doctrines souvent compliquées. M. Huffel a pris à tâche aussi de présenter au lecteur les plus intéressantes parmi les méthodes nouvellement proposées depuis une trentaine d'années. Plu- sieurs d'entre elles n'avaient encore été décrites dans aucun ouvrage imprimé pour le public. Citons notamment la méthode d'aménagement par volume française, due à M. Mélard, diverses méthodes par conte- nance pour les futaies, les procédés nouveaux de calcul de la possibi- lité dans les exploitations d'arbres, forêts jarduiières et futaies claires. ÉCONOMIE FORESTIÈRE 419 Ce dernier type d'exploitation, la futaie claire, est proposé par l'au- teur pour remplacer le taillis sous futaie dans les régions où la pro- duction des bois de feu doit être réduite au minimum et où le climat ne permet pas d'élever facilement des futaies pleines. L'administration des forêts fait expérimenter ce nouveau type d'exploitation forestière, qui paraît appelé à se répandre dans la région du Nord-Est de la France, sur une surface de 200 hectares de la forêt domaniale de Champenoux, aux environs de Nancy. * * L'ouvrage de M. Huffel est d'une lecture facile, étant écrit avec clarté dans une langue très simple, concise, intelligible à tous. Il contribuera certainement à faire mieux connaître les forêts et leur importance économique, sujet si intéressant et malheureusement si peu familier, non seulement au grand public, mais encore souvent aux agronomes instruits eux-mêmes. On ne peut que recommander ce bel et grand ouvrage à tous les amis de l'Agronomie. La Rédaction. DE L'INFLUKNCE DE LA CONGÉLATION DES VINS SUIVIE DE LEUR DÉGEL SUR LEUR COMPOSITION DANS LA RECHERCHE DE lEURS FALSIFICATIONS Par M. Eug. ROUSSEAUX INGi: SIEUR- AGRONOME DIRECTKL'U DE I,A STATION AGIîOXOMIQUK DE l'yONNE Nous avons été amené à examiner cette queslion à la suite des circonstances suivantes : Un échantillon de vin rouge avait donné lieu à une poursuite cor- rectionnelle pour mouillage. Nous fûmes chargé de la contre-analyse demandée par le prévenu et en voici les principaux résultats : Alcool pour cent en volume .... 4,90 Extrait sec à 100" 12s''ÔO Acidité totale en acide sulfurique ('). 4,81 Acidité volatile, en acide acétique . . 1,52 Sulfate de potasse moins de l-'.OO Sucre restant 1,38 Bitartrate de potasse 2,56 Somme alcool acide {^} 9.50 , alcool en poids par litre „ „^ Rapport , ^.^ .'^ , . 3.02 extrait réduit (') Partiellement constituée par de Tacide tartrique libre ajouté au vin, d'après l'analyse effectuée postérieurement par le troisième expert, lequel, en raison des ques- tions qui lui avaient été posées, avait dû pousser l'analyse plus loin que ses collègues. (') En tenant compte de la piqûre. DE l'influence DE LA CONGÉLATION DES VINS 421 La composition générale de ce vin, et surtout la faiblesse de l'alcool, de l'extrait sec, et de la somme alcool acide nous permet- taient d'affirmer le mouillage. A l'audience, l'inculpé prétexta que le vin avait été partiellement gelé, mais qu'il s'était ensuite complètement dégelé. Son avocat, d'autre part, avait donné connaissance au tribunal d'un rapport qu'il avait dit tenir d'une source autorisée que nous ne croyons pas devoir citer et d'après lequel, à la suite de leur congélation suivie de leur dégel, les vins ont une composition chimique analogue à celle de vins mouillés. Nous avons observé que raffirmation émise par la défense ne reposait sur aucun chiffre, qu'elle nous paraissait inexacte et qu'elle ne devait pas être prise en considération pour le vin incriminé. Sa composition générale et surtout sa pauvreté en alcool (5 °/o) indi- quaient d'autant mieux la falsilication qu'il s'agissait d'un vin de 1904, dont la composition avait été, dans cette région, très différente de celle du vin poursuivi. Il nous paraissait impossible que l'influence de la congélation pût expliquer de semblables résultats. Les assertions si catégoriques de la défense, appuyées par le rapport mis sous les yeux du tribunal, n'en jetèrent pas moins dans l'esprit des juges un doute qui, devant profiter au prévenu, eût entraîné un acquittement, si un troisième échantillon de ce vin n'avait pas été à la disposition du parquet pour une troisième analyse. Le tribunal ordonna donc une nouvelle expertise, en appelant tout spécialement l'attention de l'expert sur la thèse de la défense. Celui-ci confirma les analyses et conclusions des deux précédents laboratoires et n'admit pas non plus que le mouillage si manifeste de ce vin eut pu être attribué à l'action du froid que celui-ci avait subi. * * On sait que la congélation est parfois employée pour améliorer et pour conserver les vins, et cela depuis des temps fort reculés ; en Bourgogne, cette opération s'est pratiquée fréquemment ; par un soutirage, on sépare le liquide des glaçons, lesquels sont presque 422 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE exclusivemeiil conslitués par de l'eau. On ohlieiit ainsi un vin sensi- blement plus alcoolique, plus riche en principes constitutifs, en un mot plus concentré que le vin primitif, comme cela résulte de nom- breux essais et travaux analytiques effectués et publiés sur la congé- lalion des vins par divers auteurs. Mais lorsqu'on n'a pas en vue celte concentration, tous les viti- culteurs savent que si l'action d'une basse température (n'allant cependant pas jusqu'à zéro) exerce une action favoi-able sur la clarification, la (pialilé et la conservation du vin, il faut éviter la congélation, car, après fusion complète des glaçons, le vin reste souvent un peu louche et a perdu de ses qualités guslatives, par suite de la précipitation de certains éléments qui ne se redissolvent pas ; on cherche donc à se garantir contre la congélation ; on peut cependant accidentellement l'observer, par exemple dans le cas de vins en cours de route pendant de très grands froids, ou lorsque des futailles ont été abandonnées dans les cours durant un hiver très rigoureux. Dans ces circonstances exceptionnelles, comment varie la compo- sition du vin, lorsque après avoir été partiellement gelé il s'est en- suite intégralement dégelé, sans qu'on ait préalablement soutiré une partie du liquide ? Les variations de composition constatées seraient-elles de nature à rendre celle-ci analogue à celle d'un vin mouillé? Nous n'avons trouvé nulle part de documents se rapportant à cette question et elle nous a paru suffisamment importante pour nous engager à nous les procurer nous-même, par des essais dont nous allons très brièvement rendre compte. * * * Dès le lendemain de l'audience où la question fut posée (en juin 1905), nous entreprîmes un premier essai. Un vin rouge d'Auxerre fut réparti en deux échantillons. L'échantillon témoin fut laissé à la cave; l'autre fut mis dans une glacière i\ la [ompératurede 3 à -i", afin de rendre plus efficace l'effet 8,45 8,45 22='57 22S'05 5,86 5,74 0,23 0,23 3,15 2,69 14,31 14,19 2,99 3,06 DE l'influence DE LA CONGÉLATION DES VINS 423 du mélanoe réfrigérant auquel nous avions l'intention de le sou- mettre ensuite. Quand il eut pris cette température voisine de zéro, il fut placé dans un mélange de glace pilée et de sel, qui en abaissa la tem- pérature à 15" au-dessous de zéro, puis le seau mis dans la gla- cière. En peu d'instants, l'échantillon était gelé ; le surlendemain, lors- qu'il fut liquéfié et déposé, l'analyse fut faite comparativement avec le témoin laissé à la cave. Voici les résultats obtenus : TÉMOIN GELÉ PUIS DÉGELÉ Alcool pour cent en volume Extrait sec à 100° Acidité totale, en acide sulfurlque .... Acidité volatile Bitartrate de potasse Somme alcool acide alcool en poids Rapport : — extrait L'extrait sec (par suite du dépôt d'une partie des matières tan- niques, albuminoïdes et du tartre), le bitartrate de potasse, l'acidité fixe sont légèrement inférieurs dans le vin soumis à la congélation. Mais nous voyons que les différences sont très faibles et que les rap- ports de l'alcool à l'extrait sec et la somme alcool acide, sur lesquels' on se base surtout, d'après les beaux travaux de M. Armand Gautier, pour la recherche du vinage et du mouillage ne sont pas sensible- ment influencés. Comme avant l'analyse, le vin dégelé prit une température d'en- viron 20", il n'était pas impossible qu'une partie des matières précipi- tées se fût redissoute, ce qui aurait expliqué que les différences fussent si faibles entre le vin témoin et le vin traité. En outre, des essais de ce genre, à une époque où la température extérieure était de oO°, présentaient quelques difficultés d'exécution. Nous déci- dâmes, en conséquence, de les poursuivre dès l'hiver suivant, comme il est dit ci-après. » * * 424 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Dans le courant de janvier 1906, dès l'appai-ilion de la neige el des gelées persistantes, des vins furent n'-partis chacun en deux échaiililloiis : A, A'; B, B'; C, G'. Les éclianlillons de chaque série A, B, C furent laissés à la cave. Les trois vins correspondants à congeler A', B', C furent mis pen- dant plusieurs jours dans un mélange rendu homogène de parties égales de neige et de sel, abaissant la temp«'ralure à près de 20° au- dessous de zéro. En peu d'instants, les vins s'étaient pris en un bloc de glace. Six jôiirs après, ils ont été retirés et mis à dégeler lentement dans une salle à qucl({ues degrés au-dessus de zéro. Les vins furent soumis à l'analyse, en même temps que ceux placés à la cave. Voici les résultats obtenus : VIN BLANC VIK BLAKC enviions d'Auxerre environs d'Auxerre '*'^^ bouge (*) 1803 (1905) [1905 (';] A A' B B' C C non gelé gelé non gelé gelé non gelé gelé Alcool pour cent en volume . 8,00 8,00 6,50 6,50 9,40 9,40 Extrait sec à 100° 15,96 14,80 22,35 21,25 15,70 14.85 Acidité totale 6,96 6,70 9,52 9,30 3,G4 3,49 Bitartratc (le potasse. . . . 2,70 1,73 3,00 2,07 1,49 0.91 Somme alcool acide. . . . 14,96 14,70 1G,02 15,80 13,04 12,89 alcool exilait Rapport ^'^l'"",., 4,01 4,32 2,32 2,44 4,78 5,0G D'autre part, nous avons exposé au dehoi's, dans des flacons de 3 litiges, trois échantillons de vins à une époque de grands froids; ils y restèrent jusqu'au 25 janvier, après avoir subi du 22 au 25 une température de 10" au-dessous de zéro. Aussitôt dégelés, rendus homogènes et liltrés, ils furent analysés, comparativement avec les échantillons correspondants, maintenus à la cave dans des flacons semblables. C) Vendange partiellement pourrie et de maturité incomplète. (-) Présumé sucré. DE l'influence DE LA CONGÉLATION DES VINS 425 Voici les résultais obtenus : TIN BLANC ylK BLANC des des V,l "<>"«= environs d'Anxerre environs d'Aiixerie lon- lii05 1905 (') ^•'"^ ' non gelé gelé non gelé gelé non gelé gelé Alcool pour cent en volume . 8,00 8,00 6,50 6,50 9,30 9,30 Extrait sec à 100'' 16,15 15,04 22,25 21,70 19,15 17,60 Acidité totale 7,02 6,84 9,50 9,37 4,14 3,88 Bitartrate de potasse. ... 2,75 1,90 3,02 2,50 2,66 1,45 Sonvne alcool acide . . . 15,02 14,84 16,00 15,87 13,44 13,18 alcool Rapport -^-j— 3,96 4,25 2,34 2,39 3,88 4,22 Ces essais furent faits sur des vins de la réRion d'Auxerre. * * * Les 24 et 25 mars 1906, la neige étant tonib('e assez abondam- ment, nous avons fait une nouvelle série d'expériences avec des vins rouges et blanc du Midi. Ils furent maintenus pendant quatre jours dans un mélange de neige et de sel, et voici la composition des vins témoins et des vins gelés : VIN BLANC TINS KOUGBS Vin no 1 Vin no 2 non gelé gelé non gelé gelé non gelé gelé Alcool pour cent en volume . 9,20 9,20 9,75 9,75 11,30 11,30 Extrait sec à lOO» .... 18,00 16,15 19,90 17,85 17,05 16,25 Acidité totale 4,49 4,00 4,29 3,84 3,71 3,51 Acidité volatile 0,63 0,63 0,47 0,48 0,96 0,94 Bitartrate de potasse . . . 3,46 1,58 3,62 1,75 -2,28 1,42 Somme alcool acide . . . 13,69 13,20 14,04 13,59 15,01 14,81 , alcool "^'^"''^ ^^^ù^t ^'^^ ^'^^ ^'^^ ^^^^ ^^^^ ^'^^ Il est évident que dans les cas exceptionnels où le rapport ^5^ esl (') Vendange partiellement pourrie et de maturité incomplète. 426 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE voisin de 4,5 pour les vins ronges el de 6,5 pour les vins blancs et la somme alcool acide de 12,5, el a fortiori s'il s'agit de vins ma- nifestement sucrés ou mouillés, l'anomalie ou la fraude se trouvera légèrement accentuée après congélation. C'est ce que mettent en évidence les essais suivants, effectués sur deux vins blancs sucrés, dont l'un, le n° 2, a pour origine le moût du vin 1 de la page précé- dente, sucré et mouillé. Les deux écbaiitillons gelés sont restés huit jours dans le mélange de neige et de sel, à la température de près de 20°. Les résultats ont été : Alcool pour cent en volume . Extrait sec à 100° . . . . .Vcidité totale Bitarlrate de potasse . . . Somme alcool acide . . . alcool Rapport extrait No 1 No 2 non gelé gelé non gelé gelé 1-0,70 10,70 7,50 7,50 13,90 12,40 12,05 10,70 3,55 3,10 5,55 5.34 2,61 1,12 2,70 1,86 14,25 13,80 13,05 12.84 G, 15 G, 90 4,97 5,60 La présomption du sucrage ou celle du mouillage est déjà mani- feste dans les deux vins témoins. L'action du froid a accentué la pré- somption de mouillage en diminuant l'acide et la somme alcool acide, et la présomption de sucrage en diminuant l'extrait et en aug- mentant le rapport ^. Mais dans les conclusions que nous tirerons ci-après de ces expé- riences, on ne saurait raisonner sur des exceptions et moins encore sur des vins sucrés ou mouillés, mais seulement sui- des vins nor- maux . « * * Enfin, en décembre 1906, nous avons terminé ces recherches par quelques essais sur des vins rouges et blanc ; les deux échantillons de la récolte 1906 ont été prélevés avant le premier soutirage; la différence entre les vins gelés et les vins témoins devait être aussi accentuée (lue possible, les vins témoins n'étant pas encore dépouillés par les premiers froids de l'hiver. DE l'influence DE LA CONGÉLATION DES VINS 427 Les résultais obtenus ont été les suivants : VIN ROUGE VIN ROUGE VIN BLANO 1905 1906 1906 non gelé gelé non gelé gelé non gelé gelé Alcool pour cent eu volume . 9,00 9,oO 9, GO 9,60 10,90 10,90 Extrait sec à 100° 21,90 20,65 23,60 21,70 16,40 15,00 Acidité totale 5,49 5,29 5,15 4,74 6,02 5,56 Bitartiate de potasse . . . 2,06 1,58 3,72 2,41 2,10 2,00 Somme alcool acide . . . 14,49 14,29 14,75 14,34 16,92 16,46 alcool BappoH 3,33 3,48 3,25 3,64 5,31 5,81 exlrait -, ^ i i ^ Il n'est pas surpi^enant que sur les vins jeunes la diminution de l'extiviit et de l'acide soit plus sensible qu'elle l'est, par exemple, sur le premier échantillon (de la récolte 1905), qu'un hiver a déjà dépouillé d'une partie de son tartre. 11 n'en est pas moins vrai que la composition de ces vhis gelés les éloigne sensiblement de celle de vins mouillés. Les différences qu'on observe entre les vins gelés et les vins témoins sont vai^iables avec l'âge des vins et aussi avec leur degré alcoolique. Si, faisant abstraction de notre premier essai etïectui' dans des conditions spéciales et où les écarts entre les deux vins sont si faibles, nous prenons les moyennes des autres expériences ci-dessus relatées, nous trouvons que les vins gelés diffèrent des vins témoins de la façon suivante, par litre : Alcool Néant Extrait sec .... is'31 en moins dans le vin gelé Acidité OS'' 29 — Bitartrate de potasse. 1,06 — Somme alcool acide 0,29 — alcool Rapport . 0,35 en plus — ùJu Li (Xlv Comparativement aux vins témoins, seul le bitartrate de potasse est notablement diminué et les vins gelés se caractérisent par leur faible teneur en tartre proportionnellement à l'extrait. Mais les autres élé- 428 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE iiienls sont, par contre, peu modifiés, si on les compare à leur teneur respective dans les vins témoins. Pour conclure, nous n'avons pas à envisager de vins réellement sucrés ou mouillés ni même des vins de composition exceptionnelle- ment anormale qui ne constituent {}u'une infime minorité. Nous n'avons en vue que les vins naturels et normaux dans lesquels, comme l'a montré M. Armand Gautier et comme il résulte d'innom- brables analyses se rapportant aux régions et aux années les plus diverses, la somme alcool acide est sensiblement supérieure à 12,5 et le rapport £^ inférieur à 4,5 pour les vins rouges et à 6,5 pour les vins blancs. Pour ces vins naturels et de composition normale nous ne sommes donc pas d'avis, d'après nos essais, qu'on puisse laisser soutenir, comme nous l'avons entendu dire en audience, que d'une façon générale des vins ayant subi la congélation, puis s'étant intégrale- ment dégelés, sont tellement modifiés dans leur composition chi- mique qu'ils peuvent être à tort incriminés mouillés. Une telle asser- tion n'est pas conforme à la vérité et nous ne saurions y souscrire. BIBLIOGRAPHIE L'œuf de poule, sa conservation par le froid, par F. Lescardé, ancien élève de l'École polytechnique, In-8 de vi-13i pages, 3 francs (H. DuNOD et E. PiNAT, éditeurs, -40, quai des Grands- Augustins, Paris, VP). M. Lescardé, dans cette savante étude, précise les actions microbiques qui peuvent s'exercer dans les œufs et amener leur altération, non seulement au point de vue de la qualité, de la gustation, mais encore à celui si important de la santé publique. Ainsi, bien peu savent que le bacille du choléra peut se trouver dans les œufs, et cependant cela est. Cet exemple montre combien la question est complexe et combien est intéressant Touvrage de M. Lescardé, puisqu'il permet Texamen de toutes les causes d'altération qui peuvent se rencontrer dans le délicat problème constituant la préservation des œufs. Dans une seconde partie, l'auteur traite des moyens de conservation, il s'étend sur tous ceux en usage, indiquant leurs avantages, leurs inconvénients, tant au point de vue du résultat final, la « conservation ", qu'à celui non moins important du coût de cette conservation. Enfin, dans une dernière partie, il présente des statistiques qui démontrent combien l'œuf est un aliment apprécié, et la place énorme qu'il prend dans la consommation des peuples comme dans le trafic international. A tous ces points de vue, conclut M. Gli. Tellier dans sa préface, le travail de M. Lescardé est appelé à rendre des services éminents à tous ceux qui s'occupent de ces questions si opportunes : la conservation et la consommation des œufs.' L'industrie chimique des bois, leurs dérivés et extraits in- dustriels, par P. DiMESNY et J. Noyer, ingénieurs-chimistes. In-S de iOi2 pages (Bernard Tignol, 7^3^'% quai des Grands-iVuguslins). Nous sommes un peu en retard pour rendre compte de cet ouvrage paru l'an der- nier, mais il est de ceux qui ne passent pas de mode et n'ont pas besoin d'être pré- sentés pour faire leur chemin dans le monde. Si nous nous décidons à lui rendre UQ tardif hommage, c'est qu'après l'avoir lu attentivement nous sommes sûrs de rendre service aux chimistes industriels et aux étudiants qui ne l'auraient pas encore dans leur bibliothèque. 11 suffira, pour donner une idée de l'importance de l'œuvre due à la collaboration de deux praticiens, connaissant à fond leur sujet, de résumer la table des matières. 430 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE L'ouvrage est divisé en deux parties. La prcmièro traite de la dlstilialioii du hois, des produits secondaires de cite distillation et des industries diverses qui utilisent chiniiquenient les bois. La seconde s'occupe de la fabrication des extraits (anniques employés actuellement. PiiKMiÈiiK rARTiE. — L'industnc chimique du bois et, plus particulièrement, la distillation sèche du bois a atteint depuis quelques années dans le monde entier une importance considérable. Ainsi, en Europe seulement, les capitaux employés dépassent 1 milliard de francs; d'autre part, la surface des forêts exploitées annuellement pour satisfaire à l'industrie pyroligneuse dans certains pays se compte par des centaines de mille hectares qui produisent des milliers de mètres cubes de bois ; dans l'Amérique du Nord seule on va jusqu'à couper tous les ans des forêts entières pour fabriquer avec ce bois les produits exportés en Europe par les Etats-Unis. On sait que l'industrie de la distillation des bois ne remonte qu'à un siècle. Elle date des essais de Philippe Lebon en 1798. Quel chemin elle a parcouru depuis! Lebon, soumettant du bois dans une cornue à l'action de la chaleur pour le décom- poser, créa l'industrie de la carbonisation des bois qui fit ensuite d'immenses progrès lors de la découverte des matières colorantes di; la houille, parce que la fabrication de ces matières colorantes exige d'importantes quantités d'acide acétique et d'alcool mé- thylique. Un nouveau débonché fut créé à ce dernier lorsque les lois réglementèrent en France et en Allemagne l'usage du méthylène pour dénaturer les alcools employés dans l'industrie. Malgré l'énorme quantité de bois (plus de 300 000 stères) consacrée en France à cette industrie, on y consomme encore aujourd'hui plus d'alcool méthylique qu'on n'eu fabrique ('). L'Allemagne est le pays de plus grande production à cause du développement de sou industrie chimique qui emploie de fortes quantités d'acide acétique. Ainsi, en 1807, l'Allemagne a travaillé 400 000 stères de bois secs qui ont produit : MIL1.10XS DE KILOS Esprit de bois 1,.5 — 2 Acétate de chaux S — 10 Goudrons de bois 10 Charbons de bois 44 On sait que les proportions de charbon et des produits distillés peuvent varier du tiers suivant que la distillation est lente ou rapide. Après avoir décrit, avec force figures à l'appui, les principaux procédés de carboni- sation employés en tous pays, même en Chine, non seulement pour le bois, mais pour les déchets cellulosiques (sciure, grignons d'olives [^]), les auteurs, se plaçant au point de vue des industriels désirant installer une usine à carbonisation, fournissent les (M En lOOi on en a importé 1 712 800 kilos pour une valeur de 1 250 000 francs, tandis que nous avons seulement exporté 43 000 kilos. .Mais, au contraire, notre expor- tation d'acide acétique s'élève à 237 000 kilos et notre importation est in.siguiliante (1 600 kilos). (-) .MM. Dumesny et Noyer insistent avec raison sur l'utilisation du grignon d'olive et concluent que la valeur du grignon est pleinement démontrée ; les produits pyroli- gneux que l'on peut en extraire sont au moins aussi importants que ceux du bois. Le prix de revient de l'alcool mélhyliciue et de l'acide acétique des grignons n'est que le quart de celui de ces produits extraits du bois. Donc nous devons exploit(^r nous- mêmes cette richesse en grande partie inutilisée avant que d'autres viennent le faire. BIBLIOGRAPHIE 431 plans et devis nécessaires et indiquent avec détails le traitement du pyroligaeux, la fabrication de Tacide acétique, de Talcool méthylique, dos divers acétates. Le jeune ingénieur trouvera ici les documents propres à lui faciliter Tinstallatiou d'une fabrique d'acide acétique. Dans un autre cliapitre il est parlé des produits secondaires de la distillation des bois et des industries diverses qui utilisent chimiquement le bois. Chloroforme, azotate da méthyle, acétates et acétone, dérivés industriels de l'esprit de bois, sont successi- vement passés en revue; puis c'est le tour de la créosote, de Tacide oxalique et du carbonate de potasse, et la première partie se termine par un chapitre relatif aux mé- thodes d'analyses, aux essais et dosages de tous ces produits. Deuxième partie. — Celle-ci traite tout d'abord de la fabrication des extraits de châ- taignier. Cent soixante pages sont consacrées à cette industrie qui est décrite dans les plus minutieux détails. C'est la meilleure partie du livre; on voit que les auteurs sont eux-mêmes directeurs d'une usine d'extraits. Chaudières, foyers, machines à vapeur, élévateurs, transporteurs, découpeuses, cuves, autoclaves, réfrigérants, décoloration, poQipes, tout cet attirail est décrit dans ses formes les plus nouvelles, les plus perfec- tionnées. On donne le devis d'une usine modèle et le prix de revient. Ces extraits de châtaignier sont de plus en plus utilisés dans la tannerie où préva- lent maintenant — au détriment de la solidité du cuir — les procédés de tannage rapide. Chaque année s'établissent de nouvelles usines qui traitent le plus souvent de 30 à 60 tonnes de bois par vingt-quatre heures, quelques-unes jusqu'à 100 tonnes ; ceci explique la diminution ep-ayante du châtaignier dans la France, l'Italie et l'Es- pagne. En 1875, il n'existait que sept usines d'extraits de châtaignier ; aujourd'hui on en compte plus de vingt-cinq. On peut estimer à 450 000 tonnes la consommation actuelle de ces usines, produisant les extraits pour une valeur de 25 millions. L'hectare de châ- taignier portant en moyenne cent arbres qui peuvent fournir 375 tonnes de bois, on voit que la consommation des usines à extraits représente la disparition de i WO hectares de châtaigneraies pur an / •' ('| La flore forestière de l'Europe occidentale ne contient que deux genres d'arbres dont le bois soit assez tannifère pour que l'extraction du tannin soit fructueuse. Ces deux genres voisins, appartenant à la grande famille des Gupulifères, sont le châtai- gnier et le chêne. Le bois vert des châtaigniers du midi de la France dose de 6 à S °/o de tannin. Le bois parfait du chêne renferme des taux qui, suivant le degré de siccité, l'espèce, la provenance, la saison de récolte, varient de 6 à 15 "/o- Aussi a-t-on songé, depuis longtemps déjà, à extraire le tannin des grosses branches ou des fûts qui ne pouvaient servir qu'au chauffage. En France, cette fabrication est peu importante. Sur les vingt- six usines existant dans notre pays, trois seulement fabriquent surtout, ou exclusive- ment, de l'extrait de chêne. « L'extrait de chêne employé en tannage comme adjuvant donne des cuirs de cou- leur semblable à ceux tannés à Técorce ; d'ailleurs, il peut être employé à plus haute dose que celui de châtaignier, parce qu'il contient une foule de produits qui sont delà plus grande utilité pour la souplesse du cuir (matières amylacées, mucilagineuses, etc.) et qui permettent sou emploi non seulement pour le tannage du cuir lissé, mais encore pour le tannage du cuir à empeignes et autres cuirs légers. » (') Aussi le prix du bois s'accroît-il constamment. En 1900, les extracteurs du Midi le payaient déjà 14 à 15 francs la tonne it pied d'œuvre ; aujourd'hui les mêmes fabri- cants le paient 18 à 20 francs, et ce prix augmentera encore puisque les châtaigne- raies disparaissent de jour en jour. 432 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Le prix de revient de l'extrait de chêne étant voisin de 20 francs les 100 kilos, on comprend que la vente fn soit fort limitée, les extraits hongrois et russes arrivant en France à un prix plus abordable. M.M. Hiiraesny et Noyer décrivent la fabrication de l'extrait de chêne, rappareillage et le matériel d'une usine d'extrait. Le qut'bracho (Aspidospermum quebracho) est un arbre de la famille des Apocy- iiées, croissant dans la République Argentine, l'Uruguay, le Brésil, la Guyaue; mais c'est surtout au Paraguay et dans la République Argentine que son exploitation est maintenant active. Sou importation en France date de 1873. C'est un bois rouge, très dur; sa densité est souvent de 1.25. Il existe deux va- riétés : le Q. Colorado et le Q. blanco. Le premier renferme 16 à 19 "/^ de tannin ('), le second de 12 à 13 "/o. L'écorce du bois, à l'inverse de celles du chêne et du châtaignier, n'est pas tan- nante; elle ne contient que 1,55 à 2,25 "/o de tannin. La préparation des extraits de quebracho se fait de la même façon que pour les extiaits de châtaignier ou de chêne; les bois sont découpés en copeaux, puis macérés en cuves en bois à l'air libre ou en autoclaves. Les jus de quebracho ainsi obtenus sont clariliés et concentrés au triple efi'et jus- qu'à 25° ou 30" B. ou à l'état sec. Dans une fabrication normale, le rendement en extrait à 25° est de 40 à 45 °/o du bois traité. On fabrique aussi des extraits de sumac. Le sumac de Sicile {Rhus coriaria] con- tient de 1(3 à 24 °/o de tannin; c'est le plus estimé. On falsifie parfois la poudre de feuilles de sumac avec des feuilles broyées de lentisque ou de tamarix. Enfin, pour traiter complètement leur sujet, les auteurs signalent quelques autres matières tannantes, le cachou-khaki (qui contient 60 °,'o de matières tannantes), le dividiri (30 %), les vallonées (15 à 35 °'o), les galles de Chine (50 à 60 °;o), les myrobalans (25 à 35 °/o), l'extrait de palmetto, nouveau tannin qui semble appelé à jouer un très grand rôle dans la tannerie, les écorces d'acacias divers, la tara, le R. catecliu. En somme, cet excellent ouvrage, écrit par deux praticiens, ingénieurs distingués, au courant des derniers progrès de la science et de l'industrie chimique des bois, semble indispensable à tous ceux, savants ou industriels, qui s'occupent de cette partie de jour en jour plus importante. E. H. (') Dans le duramen; car, d'après les analyses que j'ai faites au laboratoire de l'Ecole forestière d'un bois de Quebracho Colorado, conservé depuis longtemps dans les collections, la répartition du tannin y suit la loi que j'ai formulée à la suite de mes essais sur les arbres tauniféres européens, c'est-à-dire que les couches d'aubier sont très peu riches en tannin (3,02 °/o) tandis que les couches externes du cœur ou du- ramen renferment la dose maxima de la substance précieuse et dosent 16 °/o de tannin. L'aubier renfermait 1,40 "/o de matière résineuse et le duramen 2,30 °/o. BIBLIOGRAPHIE 433 SEPTEMBRE 1907 {suite'] L'influence de la tension sur la formation de tissus mécani- ques dans les plantes, par R. IV IIibbaud (Bol. Gai., 43 [1907], n'' 6, p. 351-382). L'auteur a exécuté une série d'expériences avec des tournesols, des haricots, des haricots Castor, des choux, des coleus, des fuchsias et des pervenches, en exposant ces plant.-'s à hi tension et à la compression, pour déterminer Teflet de ces stimulants sur les tissus mécaniques. Contrairement aux rapports d'autres investigateurs, on a noté des efïels minimes. Parmi les tiges examinées au sujet de Taugmentation du tissu mécanique sous Tin- fluence d'une traction longitudinale, seule celle de la pervenche a répondu et ici l'aug- mentation n'était pas grande. Une traction dans la direction de l'axe longitudinal de la plante a causé une petite augmentation dans les tissus des racines principale et laté- rales du tournesol et des haricots Castor. Une tension- compression a amené de petites augmentations du tissu mécanique des tiges de fuchsia, de vinca et d'helianthus, mais rien chez le coleus. Élevage des plantes par sélection, par C. Fruwirth (Arch. Rassen II. Gesell. Biol., 4 [1907], n° 2, p. 145-170 ; n" 3, p. 281-313). Après une description des différentes méthodes d'élevage des plantes agricoles, leurs variabilité et puissance de transmission des caractères, l'autour résume les résultats obtenus dans nombre de recherches sur la sélection et l'élevage. 11 donne ensuite des comptes rendus détaillés des expériences exécutées sur la sélection, l'élevage des pois, de l'orge, de l'avoine, etc. Sur la stérilité spontanée de quelques fleurs, par L. Jost (Bot. Zlg., I. Ait., 65 [1907], n°^ 5-0, p. 77-117, 1 planche). Des études ont été faites sur nombre de plantes parmi lesquelles se trouvaient Corydalis cava, C. lutea, Secale céréale, Lilium bulbiferum, Hemerocalis Jlava, Cardamine prateasis, Cytisits sp. et Lupinus albiis, pour déterminer les causes de la stérilité des fleurs fécondées avec leur propre pollen. Les recherches ont compris des C) D'après YExperiment Station Record (voir Annales de la Science agrono- mique, t. II, 2« fascicule, 190S, p. 292-298). ANN. SCIENCE AGUON. — 3® SÉRIE — 190S — II 28 434 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE (^tildes (lu pollon, de ia struclure des styles et stigmates, la croissance des tnbes ])olliniques dans des suintions artiliciolles, dans des styles, etc. Une liste de litivs de la littérature la plus importante de ce sujet est donnée. Notes sur le xenia ^influence du pollen étranger sur la plante mère), |t;)r K.-A. Bunyard (lieporl of llir Third l nier national (loii- fcrcnce 1900, on Genelics. Loiitlon : Roy. Ilorl. Soc, 1907, p. :297- ;{00). I/autoui- rapporte des observations sur le xenia on Tinfluence des pollens étrangers sur la structure de la plante mère et donne un compte rendu des expériences avec du maïs, des haricots, des pois, des pêches, ôps pommes, etc. Aussi loin que va son expé- rieuee, il dit que le fait du xenia influençant le péricarpe est très rare et que bien plus d'expériences sont nécessaires pour établir la théorie sur une base solide de faits po- sitifs. La présence de formaldéhyde dans les plantes, par S. NizzA {Malpifjhia, ÏIO [1900], u^^ 8-9, p. 395-105). Un nombre considérable de plantes herbacées et ligneuses ont été examinées par différentes méthodes pour déterminer la présence de formaldéhyde. On prétend que PoLLACci, eu 1899, a montré que la présence de formaldéhyde dans les plantes n'était pas due à l'activité chlorophyllienne de la plante et était indépendante de Ténergie so- laire. Comme résultat de ses études, Fauteur conclut que la formaldéhyde existe dans les parties ligneuses des plantes et son abondance est proportionnée au développement du tissu ligneux. On n'en a pas trouvé dans les parties vertes de la plante et sa for- mation est indépendante de la présence de la lumière ou des procédés d'assimilation de la plante. L'auteur considère la formaldéhyde comme une partie intégrante des tissus ligneux des plantes et il croit qu'elle provient de ces tissus. La reconnaissance des glucosides dans les plantes au moyen de l'émulsion, par E. liouRQUiaoï (Arc/i. Phann., 215 [1907], ii° o, p. 172-180). Un rapport est donné de l'examen d'environ cinquante espèces appartenant à cinq ou six familles de plantes, pour déterminer la présence de glucosides. On a employé du matériel frais et du matériel sec. Par une addition d'émulsine ii la matière macérée et par l'examen avec le polariscope, la présence de glucosides a été déterminée. Le Linamarin, glucoside cyanogénétique du lin, par A. Jorissen (Acad. Roy. Belg., Bul. CL Se, 1907, n" 1, p. 12-17). Dans cette communication, l'auteur appelle l'attention sur nue publication où il a an- noncé en 1884 la présence d'un glucoside cyanogénéliiiue dans le lin, auquel il a donné le nom de linamaiin. BIBLIOGRAPHIE 435 Récoltes des champs Rapport annuel des stations d'expériences agricoles de l'Alaska pour 1906, par C.-C. Georgeson {Alaska Sla. Ilpt. 1906, p. 38-50, 1 planche). Des noies courtes sont données sur les récoltes des différentes stations pendant Tannée. Travail à la station de Copper center, par J.-W. Neal. Cette station a maintenant environ 40 acres cultivées et 80 acres de clos pour pâturage. Du trèile Alsike, de TAHalfa, Agropyron lenerum, l'esluca elalior, Holcus lanatus. Phléole des prés, colza d'Essex et Dronius inennis ont été cultivés en parcelles de 20 pieds sur 60 pieds sur un sol huQiide cooipact. Le trèfle Alsike et TAlfalfa n'ont pas donné de bons résultats. Agropyron tenerum a poussé de 20 pouces pendant la saison et paraissait promettre de bons succès, la phléole des prés aussi poussait bien et on a rentré une récolte de foin s'élevant à 6 1 M livres par acre. On a trouvé le Bromus inermis de grande valeur pour les pâturages du printemps, mais pas profitable cumme récolte de foin. Aucune des différentes variétés de froment n'a mûri sa semence. On a eu un meilleur résultat sur une terre nouvelle ayant subi la jachère d'été et fertilisée avec du guano à la raison d'environ 400 livres par acre et aussi sur une ancienne terre cultivée Tannée précédente sans engrais. Souvent la recolle atteignait une hauteur de 50 à 52 pouces. L'orge aussi a végété le mieux sur une terre engraissée après jachère. Les grains ont mûri sur une seule pièce bien protégée. Sur les autres pièces, la récolte a été anéantie par le froid le 24 août. Chevalier, Champion, Manshury et Odessa étaient évidemment plus précoces que les autres variétés. Sur les meilleures pièces de terre la récolle avait une hauteur de 40 à 45 pouces. Sur un sol léger et sec, dans une situation protégée, une petite quantité d'avoine a mûri. Les variétés l'innish Black, Banner, Burt Extra Early et Select suédoise étaient assez mûres pour être coupées le 5 septembre, et 590 livres de grains ont été rentrées. La plus tardive de ces variétés était Burt, et Sixty Day, qui était encore plus tardive, a été presque entièreuient anéantie par le froid. Finnish Black sur une pièce de terre après jachère d'été, atteignait une hauteur de 50 à 58 pouces. S. P. I., n° 11268 seigle, semé au printemps, a donné une bonne récolte de paille, mais il n'a pas été démontré que c'était une variété d'hiver comme on l'a prétendu. Une bonne pièce de seigle Amber a passé l'hiver et quelques tiges ont mûri leurs graines. Quelques variétés de froment et de seigle d'hiver ont été anéanties par Thiver. Travail à la station de Rampart, par F.-E. Rader. A cette station le seigle n'a jamais manqué de passer Thiver avec succès depuis l 'JOO . Cette année le seigle d'hiver Amber s'est élevé à une hauteur moyenne de 48 pouces et a produit des épis courts, mais bien remplis de gros grains. Le seigle d'hiver géant rançais et excelsior ont aussi donné de bons résultats. Le froment d'hiver de Kharkow 436 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE a fourni une récolte bien meilleure que l'année dernière et paraissait promettre plus. Une p;irlie a été coupée le ô septembre et le reste le 10 septembre. Les grains de ]irintemps cultivés ont été l'orge, le froment, Tavoine, le seigl^; et le sarrasin. Us ont été semés les derniers jours de mai. L'orge iiaushuly a produit de bons grands épis et a été récoltée le If) septembre. Le Lapland aussi a bicu poussé et mûri un peu i)lus tôt que Mansluiry. L'orge ù deu.\ rangs était mûre, pour être coupée le 12 sep- tembre. Le froment Saskatchewan Fifo ne s'esl qu'imparfaitement développe, et le seigle de printemps n'était non plus mûr. L'avoine Burt Extra Early a mûri du 1" au 16 sep-» tembre, date où on l'a récoltée, mais cette variété n'est pas considérée comme désirable il cause de sa paille courte et fine et de ses épis trop petits. L'avoine Fiuuisb Black est une variété de forte taille avec un grand épi, et on la regarde comme très désirable I)()ur cette latitude si l'on peut la faire mûrir jdus tôt. Le sarrasin russe a été anéanti par le froid le 25 août quand un quart de la récolle était mûr. Les pommes de terre Early Rose, plantées avec des germes sur les tubercules, ont produit les plus grosses tiges et les pommes de terre les plus mûres et de belle taille; la récolte moyenne étant en tout environ décuple et de bonne qualité. Travail à la station de Kenai, pur P. -11. Ross. De l'avoine a été cultivée pour être employée comme nourriture et on en a fait du foia quand les grains étaient en lait. Une végétation vigoureuse a été assurée sur un terrain traité l'année précédente avec du fumier de ferme, tandis que sur un sol qui n'a pas été traité ainsi, la croissance fut beaucoup moindre et la récolte aussi. La grande fctuque, le redtop, la phléole, la queue-de-renard des prairies, semés en 1903, ont été coupés pour le foin le 24 août, mais aucune semence n'a mûri. Parmi les herbes semées en 1904, la grande fétuque et la grande herbe d'avoine étaient hautes de 40 pouces et l'herbe bleue {blue gruss) de 36 pouces le l.j avril. Smoth brome grass, jusqu'ici une des herbes les plus vigoureuses, n'a pas bien poussé à cause du temps humide. Parmi les herbes semées en 1905, le blu^itop était haut de 48 à 60 pouces, le 15 août, bunch grass, de 30 pouces, la phléole de 40 à 50 pouces et la grande fétuque de 30 pouces. Bluetop, phléole et bunch grass ont produit des semences mûres sur un sol bien fertilisé avec du fumier de ferme. La phléole a besoin de fumier pour bien croître. Rapport du professeur d'agriculture et de l'expérimentateur, par ,(. BucHANAN (Anii. Rpl. Onl/w/n Agr. Col. and Expl. Far»), 32 [lUOl], p. 1G4-17G, 178-19-2). Après avoir tracé une esquisse générale du travail dans son département, l'auteur communique les résultats des expériences sur un grand nombre de dilléreutes récoltes. En l'ait tout l'ouvrage est une suite des recherches précédentes (E. S. R. 17, p. cSôl). Une comparaison des différentes récoltes de grains, en progrès pour les dernijrs cinq ans, montre que la plus grande récolte de grains par acre, 2 739 livres par acre, a t'té produite par l'orge et ensuite par Penimer (?) avec 2 714 livres. Dans les mêmes essais, les plus petites récoltes en poids ont été celles du grass peas et de la vesce de printemps, les récoltes par acre s'élevant à 814 et 713 livres. Une comparaison des graines grandes, moyennes et petites des céréales, racines et de colza, montre que les grandes graines surpassent les petites de 19,1 "/o pour les récoltes de céréales, 60,1 °/o pour les récoltes de racines et 40,3 % pour le colza. Des essais faits pendant six ans avec des graines saines cl cassées d'orge, de fro- ment d'hiver et de pois ont donné les résultats suivants. L'orge, graines saines 53,8 boisseaux, graines cassées 46 boisseaux; le froment d'hiver, graines saines 46,9 et BIBLIOGRAPHIE 437 graines cassées 9,3 boisseaux; pois, graines saines 29.2 et graines cassées 10,2 bois- seaux. Emmer (?) et épeautre ont été semés aussi tôt que la terre pouvait être cultivée au printemps et ensuite à des intervalles d'une semaine jusqu'à ce que huit différents ensemencements aient été faits. En tout cas, Temnier a donné de meilleurs résultats queTépeautre. 11 n>- avait que peu de différence dans les récoltes des sept ensemencements de l'emmer; ce qui montre que cette céréale peut être semée tard dans la saison, tandis que l'épeautre doit être semé le plus tôt possible au printemps pour donner les meil- leurs résultats. En produisant un mélange de graines pour ralimentatioa, la plus grande récolte de grains, 2 612 livres par acre, fut obtenue d'un mélange contenant un boisseau d'avoine et un boisseau et demi d'orge. Pour une récolte mûrissant tôt on a trouvé que Tavoine Daubeney et Torge Mandschcuri faisaient un excellent mélange : tandis qu'avec de l'avoine blanche de Sibérie ou Bauner l'orge tardive à deux rangs, comme Chevalier ou Canadienne, est à préférer. Une expérience pour fixer la valeur relative des différentes sortes de grains, quand elles sont en mélange, en comparaison avec les mêm-is grains cultivés séparément, a montré que l'orge et l'avoine produisaient le plus en mélange, tandis que l'emmer ne domuiit que peu, montrant ainsi que, s'il donne de bonnes récoltes quand on le sème seul, il ne convient pas aussi bien pour être cultivé en. mélange avec d'autres grains. Pendant les dix-huit dernières années, 287 variétés d'avoine ont été examinées au collège; parmi les 53 variétés cultivées dans les dernières cinq années, 5 ont donné des récoltes moyennes de plus de 100 boisseaux par acre, le bauner se rangeant le pre- mier avec 1 09 boisseaux. Parmi les variétés hâtives, Daubeney est peut-être celle qui promet le plus en quantité et qualité, tandis que les autres bonnes sortes sont l'ros- perity, Alaska et Early White Pearl ('). Expériences sur la récolte des céréales, par J.-H. Shepper et 0-0. Churchill (Xorfh Dacuta Sta. BuL, 75, p. :283-336). L'agriculture en pays sec au Nouveau Mexique, par J.-J. Vernon (yew-Mexico Sla. BuL, Gl, p. 54-80). Rapport du chimiste sur les récoltes agricoles, par A.-L. Km- SELY {Oregon Bta. Rpt., 11305, p. 53-57). Rapport de la section de chimie, parF.-W. Morse {New-Hampshire Sta. BuL, 1-29, p. 239-^24^2). Frais de remplissage des silos, par L. Carrier (U. S. Dept. Agr., Farmcrs BuL, 292, p. 15). (') Nous terminons ici la reproduction in extenso de VExperiment Station Record (fascicule de septembre 1007) pour ne plus donner, faute de place, sauf de rares excep- tions, que le titre et l'indication bibliographique des publications citées et analysées dans le Recueil américain. 438 ANNALES DE LA SCiENCE AGRONOMIQUE Pressage du foin, par F.-W. Taylou (New-Hainpshire Sfa. BiiL, 129, i». ^252-253). Alfalfa ou luzerne, par C.-L. Nkwman {Soiilh Carulina SUi. Bnl., 127, p. 10). Haricots, par L.-C. ('.orbett {U. S. Dcpt. Agv., Favmers Bul., 289, 1). 28, 12 fig.). Culture des haricots, par G. -G. Sevey (New-York : Orange Judd Co., 1907, ouvrage de 130 pages avec 33 fig.). Étude sur le blé de semence Delaware, par H. Hayward et H. -S. Jackson {Delaware Ski. But., 77, 16 pages et 10 planches). Le retrait du blé dans les greniers, par A.-N. Hume et O.-D. Cen- TER {Illinois Sta. Bal., 113, p. 361-370). Le Coton, par A. Lalière (Paris : A. Challamel, 1906, 250 pages, 24- planches, 15 fig. et 1 carte). Expériences sur la plantation tardive du coton pour éviter le charançon des graines, [tar G.-\V. Flynn {Luuisiana Sta. Bat., 92, p. 8). Rapport préliminaire sur des plantations de pommes de terre à divers écartements, par M. Stefansson (Norges Landbr. Hoïs- koles Akervekst. Aanbero, 1905-1906, p. 55-00). L'auteur a expérimenté 83 variétés de pommes de terre sur 209 places. La distance entre les lignes était de 60 centimètres et Técartement des plants était de 20, 30 et 40 centimètres. Les plus forts rendements ont été obtenus le plus souvent par la plan- tation à 20 centimètres, Les Sorghos non saccharins, par G.-W. Warburton {U. S. Dept. Agi'., Farm-ers But., 288, 28 pages et 9 fig.). Progrès de l'industrie du sucre de betterave aux États-Unis en 1906, par G. -F. Saylor {U. S. Dept. Agr. Bpt., 81, 135 pages). L'Industrie de la betterave à sucre, par R. Harcourt {Atiii. Bpt. Onlurio Agi: Col. ami Expt. Farm., 32 [1906], p. 09-71). BIBLIOGRAPHIE 439 La Chimie du sucre de canne et de ses produits en Louisiane, par C.-A. Brovvne et Pi-E. IJlouin {L'jiiisiaiii St:i. Bu!., 1)1, IUj p ues) . Ce bulletin présente le résumé des faits recueillis pendant les années précédentes par la Station de recherches sucrières de la Louisiane. Le Tabac, par W.-H. Scherffius {Kciitiickij Sfa. Bul., 1:29, 15 pages et 15 planclie.s). La Réglementation de la culture du tabac en France, par A. MuRAT (Toulouse : Thèse de V Université de Toulouse, 1906, 151 pages). Méthodes modernes pour l'élevage des plantes, spécialement en vue de l'amélioration du blé et de l'orge, par R.-H, Biffen {Sci. Prog. Tivenlieth. Cent., 1 [1907], u° 4, p. l&l-l±i). Horticulture Recherches horticoles en Alaska, par C.-G. Georgeson (Alaska Stas. Ilpl., 1900, p. lO-li, 23-38, 46, 47, 50, 51, 53-66, 3 planches). Notes sur les résultats obtenus dans les stations locales d'ex- périences de Sitka, Gopper Genter, Rampart et Kenaï. De grandes quantités de graines, d'arbres à fruit et d'arbustes ont été distribuées dans les diverses parties de ce territoire glacé dont les Américains cherchent activement à tirer parti et les correspondants ont fait des rapports sur le plus ou moins de succès de ces diverses introductions. Rapport du professeur d'horticulture, par H.-L. Hutt (Ann. Rpt. Ontario Afjr. Col. and Expt. Farm., 3^2 [1906], p. 138-149, 5 fig.). Traité pratique d'horticulture pour le nord de l'Afrique, par L. GuiLLOCHON (Tiiuis, s. Père et Sons, 1907, volume de 490 pages avec 30 fig.). Annélation de plantes herbacées, par U.-P. Hedrick, O.-M. Taylor et R. Wellington {Neiv-York State Sta. Bull., -288, p. 193-209, 4 fig.). Les expériences ont porté sur des tomates et des chrysanthèmes. 11 en resuite qu'il est très douteux que Tannélation puisse être un bienfait pour les plantes herbacées. 440 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Pour avoir des artichauts la plus grande partie de l'année, par U. Beziat {Janini, ±\ [19Û7J, n" 48^2, p. 90-'J'2). Article contenant des indications sur la cMin-e des artichauts dans les diverses ré- gions de France et sur les meilleures variétés. Quelques essais sur la greffe des Solanums, pur E. Griffon {BkI. Suc. But. de France, 53 [1900], n" 9, p. 099-704, 1 planche). Le Marché des fruits et des légumes, par W.-N. Huit (Maryland Sta. Bal., 110, p. 211-257, :^9 fig.). L'Aménagement des vergers, par C-I. Lewis et W.-H. WiCKS (Ore- gon Sta. BiU., 93, 47 pages, 28 fig.)- C'est un travail de vulgarisation donnant des instructions sur la croissance des plus importantes variétés de fruits des vergers, sur le sol, le drainage, la culture, les en- grais, rirrigation, la pulvérisation, la poUination, etc. La Pomme, depuis le verger jusqu'au marché, par C.-I. Lewis (Oref/on Sla. BiiL, 94, 48 pages, 34 fig.). Le Verger de pommiers, par M.-S.-Mc. Elroy {Farming, 3 [1907], 11° 4, p. 140-141, 7 lig.). Effet des cendres de bois et de l'acide phosphorique sur le poids et la couleur des pommes, par U-P. Hedrick {New-York State Sta. BiiL, 289, p. 211-235). Les résultats ont été pratiquement négatifs. Évaporation des pommes, par H.-P. Gould (U. St. Dept. Agr., Far- mers But., 291, 38 pages, 16 fig.). La Cerise, par F. Peneveyre (Chron. agr. Vaiid, 20 [1907], n° 2, p. 29-32 ; n" 3, p. 53-57 ; n° 4, p. 74-80 ; n° 7, p. 146-153 ; n" 8, p. 157-162, 10 fig.). Engrais sur des pruniers, par A.-L. Knisely {Orcgoii Sta. Bpt., 1905, p. 57-59). Notes sur les variétés d'olives de Tunisie, par R. Marcille (But Dir. Agr. et Coin. [Tunis], 2 [1900], n" 41, p. 511-527). BIBLIOGRAPHIE 441 Travaux dans les pépinières de vignes du gouvernement américain à Nicastro et à Palmi, de 1904 à 1906 (Bol. Uff'ic. Min. Ayr. Indus. Corn. [[\ome], i2 [1907], n° 1, p. 34-44). Dans cette période 813 000 boutures et greffes ont été distribuées par la pépinière de Nicastro et 89 000 par celle de Palmi. Sélection et préparation des boutures de vigne, par F. -T. Bio- LETTi (California Sta. Cire, 26, 7 pages). Sur la mise en sac des raisins, par J.-B. Pillot (Jardin, 21 [1907], 11° 483, p. 107-108). C'est le récit d'expériences faites par Fauteur à Nancy (France). Culture du thé, avec des notes sur la production de l'indigo à Java, par W. Detmer (Botain'sche und Landwirtschajïliche Studien aufJava. Jena, G. Fischer, 1907, p. 41-51). Notes sur les palmiers et les espèces exotiques cultivées en Egypte, par A. d'ÂBAZA (Alexandria Mort. Soc. Bul., 2, 1907-, p. 1-46). Sylviculture Amélioration des propriétés boisées, par H.-D. HousE {South Ca- rolina Sta. Bul., 129, 14 pages et 2 fig.). Revenus et conservation des forêts, par J.-F. Clârke (Canad. Foreslnj Jour., 3 [1907], n° 1, p. 19-30). Annuaire des Eaux et Forêts pour 1906 (Paris, Lucien Laveur, 370 pages). Ce volume contient le tableau complet au 1^"^ janvier 1906 du personnel de Tadaii- uistration des eaux et forêts et du service de TAlgérie, la liste de promotions des deux écoles forestières françaises et de nombreux documents statistiques. Instruction et examen des agents privés des forêts en Alle- magne, par M. LiNCKE {AusbUdung und Prûfung von Privafforsl- beamfen in Deutschland ; Neudamm, J. Neumann, 1906, 180 pages). Rapport du professeur de sylviculture, par E.-.T. Zavitz (Ann. Rjit. Ontario Agr. Col. and Expt. Farm., 32 [1906], p. 194-200, 6 fig.)- 442 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Rapport de la section forestière, 1908, p.ir r».-D. lLs.\ (Ftpf. Fo- n'stnj liianck S. S. WoIch, 1900, U p:ii;es, 8 lig.j. Ce travail très concis reulerme beaucoup de faits importants. Essais des propriétés mécaniques de bois de l'Australie occi- dentale, |»;ii- G.-\. Juijus (l'erlli, Govl., 1901», ;U) pai^os, "ii pl;iiiclies). Ce rapport est le résultat de plus de seize uiillc essais sur les caractères physiques des bois durs de TAustralie occidentale ; d'un grand intérêt pour les spécialistes. Les Arbres forestiers de New-Jersey, par B.-D. Halsted (New- Jersey Slos. But., ^20^, 5i pages, t7) lii;. ). Études sur les espèces d'arbres forestiers, |»ar 11. IIesselman (Skotjsvàrdsfor, Tnhkr., 5 [1907], ii" 1, p. 1-18, 1 planche et 4 fig.). Cet article est le premier d'une série sur diverses espèces d'arbres. 11 y est question de la formation de la chlorophylle chez le Picea excelsa, var. versicolor, d'un épicéa de montagne, d'un type anormal et d'une discussion sur les pins à forte production de graines. Notes sur le sapin baumier, par Ij. MooRE et R.-L. Rogers {F^reslry Quart., 5 [1907], ii° 1, p. 41-50). L'Hevea brasiliensis à Singapour, par R. Scheechter (Tropenz p/lariier, 11 [1907], n" 3, i». lliLÎ-l ilj. L'auteur rend compte des plantations iVHcrca au j;irdin botanique de Singapour, de la production des grains, des méthodes de récoltes du caoutchouc, etc. Latex et caoutchouc du Parameria glandulifera de l'Inde (Bul. Imp. Inst., 5 [1907], n" 1, p. U-16). Cette courte note établit que le Parameria glandulifera, plante grimpante, est dis- tribuée dans la Birmanie méridionale, l'Indo-Chine, la péninsule malaise, et qu'elle pro- duit de l'excellent caoutchouc qui est exploité par les indigènes. Le produit récolté desséché contient (d'après les analyses de l'Institut impérial de Birmanie) 01,8 °/o de caoutchouc. Maladies des plantes Etudes sur l'hérédité de la résistance aux maladies, par l'i -II. BiFFEN (Jour. Agr. Sci., ^2 [1007], n° 2, p. 109-128). Contribution à la biologie des phanérogames parasites, par A. Fraysse {Bev. Gén. Bol., 19 [1907], n^ 218, p. 49-09 avec 13 fig.). BIBLIOGRAPHIE 443 Maladies bactériennes des fruits et des végétaux, par S. -F. Ed- wards (Anii. Rpt. Ontario Agr. Col. and Expt. Farm., 3:2 [4906], p. 130-137). Quelques champignons parasites trouvés en Irlande, par T. Johnson {Econ. Proc. Roy. Dublin Soc, 1 [1907], n° 9, p. 345-370, avec 4 planches et 5 fig.). La pomme de terre constitue en Irlande une récolte importante ; elle n'a subi qu'une faible diminution du t'ait du Phytophthora infestans. L'auteur, s'appuyant sur de nombreuses observations, pense avec Matruchot et Molliard que la plupart des pourri- turcs des tubercules doivent être attribuées aux bactéries et non au champignon- Comme autres parasites de la pomme de terre licite Sclerolinia scleroliorum , Spon- gospora solani, Spondylocladium atrovirens. Rapport de la section de botanique, par C. Brooks {New Hampshire Sla. Bill, 129, p. 267-275, avec 2 planches et 1 %.)• Traitement des semences contre le charbon, par J. Buchanan {Ann. Rpt. Ontario Agr. Col. and Expt. Farm., 32 [1906], p. 176-178). La carie du froment {Bol. Sec. Fomenfo [Mexico], 2. sér., 6 (1907), n° 8, p. 635-651). Recherches sur l'altération des grains et des fourrages, par Brocq-Rousseu {Bul. Soe. Nat. Agr. France, 67 [1907], n" 3, p. 271- 280). M. Bonnier, dans une note à la Société d'agriculture de France, donne le résumé de recherches sur une cause importante de modifications dans des grains et fourrages atta- qués par une espèce de Slreptothrix [S . dassonvillei). On détruit ce microorganisme en chauffant à 50° C. Formation d'excroissances sur les plants de pomme de terre, par Gertriide E. Douglas {Bot. Gaz., 43 [1907], n° 4, p. 233-250 et 9 fig.). Expériences faites au laboratoire de botanique de la Cornell University (New-York). Maladie de l'écorce de la canne à sucre, par L. Levvton-Brain {Hawaiian Sugar Planfers' Sta., Div. Patli. and Physiol. Bul., 7, 44 pages et 16 fig.). Parmi les champignons élv\i\é,?, ùgnvQui Melanconium sacchari , Collelotrichum fal- catum, Thielaviopsis ethateticus. 444 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Quelques maladies du ginseng, par H. -II. NVheïzel {Spec. Crops, n. sér., 6 [1UU7], n° 07, p. 8G-'J0). Le ginseng {Panax ginseng) est, on le sait, la panacée des Chinois qui rachètent fort cher. La pourriture des fleurs de tomate, par Elizabeth II. Smith {Mas- sachiisdls Sta. Teck. BuL, 3, 19 i)ages et fig.). Elle est due au Fusarium solani. Une pourriture des pommes due à un champignon nouveau. Volulella fi'Hcli, par F.-L. Stevens et .J.-G. Hall {Jour. MycoL, 13 [1907], n° 89, p. 94-99, 1 planche). Nématodes sur les racines de la vigne, par .I.-M. Huergo (licv. Vitivin. Argentina, 3 [1906], n°' !21, p. 31'2-314; 22, p. 324-327; 23, p. 339-342 et numéros de 1907). Ce travail donne la description des effets produits par Heterodera radicicola sur la vigne, les moyens de distinguer ces dégâts de ceux du Phylloxéra et les procédés des- tructifs. Maladies du thé et des végétaux à caoutchouc, par G. Bernard {Bul. Dcpt. Agr. Indes iSéerland., 1907, n° 6, 55 pages et 4 planches). On décrit quelques champignons et insectes nuisibles à Thea assamica, Kickxia elastica et Hevea hrusiliensis et Ton étudie notamment Pestalozzia palmurtim, Hypocliiius Ihese, Guignardia Uiese, Capnodium indicum. Dommages causés par la bouillie bordelaise, par U.-P. Hedrick (New-York Sfafe Sla. Uni, 287, p. 1(33-189 et 8 planches). Zoologie économique. — Entomologie Statistique des permis de chasse, par T. -S. Palmer {U. S. Dept. Agr., Hur. JJiol. Surveg Cire, 54, 24 pages et 2 fig.). Instructions pour la destruction des loups et des coyotes, par V. Bailey {V. S. Drpt. Agr., Hur. Biol. Survey Cire. 55, pages). Le sulfure de carbone comme destructeur des écureuils, par L.-F. IIenderson (Idaho Sta. Press Uni., 11, n. sér., 4 pages). BIBLIOGRAPHIE 445 Des oiseaux utiles dans la lutte contre le charançon de la capsule du cotonnier, par II .-AV. Henshaw (U. S. Dept. Agr., Bur. Biol. Survey Ch'c., 57, -4 pages). La valeur des hirondelles comme destructeurs d'insectes, par H.-W. Henshaw (Même recueil. Cire, 50, 4 pages). Catalogue-index de la zoologie médicale et vétérinaire, par C.-W. SriLES et A. Hassall {U. S. Depl. Agr., Bur. Anim. Indus. Bal., 39, pt. 17, p. 1209-J304). Rapport de l'entomologiste de l'État d'Illinois, par S. -A. Forbes (Exec. Bpt. m. SI aie Ent., 1905-1906, 27 pages). Rapport de la section d'entomologie, par K.-D. Sandefison {Scw Hampshwe Sta. Bal., 129, p. 258-266). Rapport du professeur d'entomologie et de zoologie, par C.-.I- S. Bethune (Ann. Rpt. Onlario Agr. Col. and Expt. Farm., 32 [1906], p. 42-54). ( 37e Rapport annuel de la Société entomologique de l'Ontario {Ann. Rpt. Ent. Soc. 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Dept. Afjr., Ilur. Enl. Cire, 85, 7 pages et 3 fig.). L'aphis des feuilles du blé et l'aphis des racines du blé, [>ar F.-M. Webster {U. S. Dept. Agr., Dur. Eut. Cire, 86, 13 pages et 4 fig.). Le pou des racines du fraisier ; biologie et remèdes, par C.-O. HouGHTON (Delaware Sta. Cire, 2, 4 pages). Nouveaux insectes hémiptères nuisibles aux fruits en Angle- terre, [)ai- F.-V. Théobald iJuiir. Ecun. Biol., t [1907], m° 1, p. 14- 25 el 2 plaïu-lies). L'auteur cite Typhlocyba quercus, Chlorita Jlavescens et C. viridiila. Pulvérisations contre la chenille de la pomme (Garpocapsa pomonana), par J.-W. Lloyd {Illinois Sta. JJuL, 114, p. 375-420 et 5 fig.). Les meilleurs résultats ont été obtenus par remploi du vert de Paris dans la bouillie bordelaise à la dose d'un quart de livre pour 50 gallons d'eau. Deux cochenilles communes, par C.-O. Houghton (Delaware Sta. Cire, 3, 6 pages et 1 fig.). La cochenille de San-José et autres cochenilles nuisibles du Tennessee avec les méthodes prophylactiques, par G. -M. Ben- tley {Tennessee Sla. BuL, Vol. XIX, n° 2, p. 11-34 et 23 fig.). Le Capnodis tenebrionis, nuisible aux fruits, par Latière et GuÉNAUX {Bul. Soc. Nat. Agr. France, 67 [4907], n° 3, p. 268^271). Une nouvelle cochenille sur l'olive, par A. Berlèse et F. Silvestri {llcdici, 3 [1905], n' 2, p. 300-4U7 et 8 fig.). Il s'agit du nouveau genre Euphilippia et de l'espèce E. Olivina. Méthode probablement efficace pour la destruction de Gera- titis Gapitata et de Rhagoletis cerasi, par A. Berlkse {lieilia, 3 [1905], 11° 2, p. 380-388). Le rongeur du robinier et moyens préservatifs, par A.-D. HoP- KiNS {U. S. Dept. Agr., Bur. Ent. Cire, 83, 8 pages et 4 fig.). BIBLIOGRAPHIE 447 Galeries d'insectes dans le cyprès des États du Sud Atlantique et du golfe, par A.-D. IIopkins (U. S. Depi. Agr., Biir. Eut. Cire, 8-2). L'espèce la plus doaimageable est Platypus compositus. Les galles de l'épicéa et les maladies du mélèze causées par des chermés ; moyens préventifs, par E.-R. Burdon {Jour. Ecoii. BiuL, 2 [1901], n" l, p. 1-13 et "i lii;.)- Chermés des conifères du Colorado, par G. -P. Gillette {Proc. Acad. Nat. Sel. Phila., 59 [1907], n" 1, p. 3-22 et il pi.). Le danger des mouches, par A.-E. Shipley (Sci. Prog. Twentieht Cent., 1 [19U7], n" 4-, p. 723-729). Quelques conseils pratiques pour la préparation d'émulsions d'huiles insecticides, par G.-L. Pennv {Delaware Sta. Cire, 16 p.). Contrôle des insectes nuisibles et des maladies des récoltes du Maryland, par J.-B.-S. Norton etT.-B. Sy.mons (Margland Sta. Bul., 115, p. 145-210 et 38 lig.). Pulvérisation des vergers de pommiers, par E.-D. Sanderson, T. -G. Headlee et G. Brooks (New-Hdiiipshire Sta. Bul., 131, p. 11-56 et 36 fig). Pulvérisation, par L.-R. Taft (Michigan Sta. Spec. But., 37, 32 p. et 10 fig.j. Calendrier des pulvérisations, par L.-R. Taft et G.-D. Smith {Mi- chigan Sta. Spec. Bul., 36, folio). On donne des formules pour la préparation des meilleurs insecticides et fungicides et des dates pour Tapplication de ces substances sur les diverses plantes cultivées. .\ux États-Unis on emploie beaucoup de pulvérisations. Biologie du Litomastix truncatellus, par F. Silvestri (Ann. B. ScuolaSup. Agr. Portici, 2. sér., 5 [1906], 51 p. 4 pi. et 13fig.). Cette espèce est prise comme exemple d'hyménoptère parasite et tous les détails de sa biologie sont étudiés minutieusement, depuis le développement du jeune parasite dans les œufs du Ptusia gamma, son hôte. 448 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Parasites des insectes-sauteurs des feuilles (Leaf-Hopper), par K.-C.-L. I'krki.ns ei C.-\V. Kirkaldy {Huwuiiati Siigar PlaïUen' Sta., Dir. Eiil. JSiil., i, 6() pages). Parasites des œufs d'insectes dans l'Amérique du Nord et du Sud, par Â.-Â. Girault (Psycke, 14 [1007], ii" 2 p. 27-30). Rapport du professeur d'apiculture, par II. -H. RowscMis {Ann. ilpl. Oiihiriit Agr. 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(Ihoti. Judua., 26 [1007], II" 6, p. 210-243). La quantité de protéide contenue dans le froment est un indice de ses qualités pour faire le pain, par A.-J. Fatten {lipl. MivU. Acad. Sci., 8 [1006], p. 75-77> BIBLIOGRAPHIE 449 « Midzu ame », un nouvel aliment japonais, par 0. von Czadek {Ztschr. Lamliv. Versuchsiu. Oesterr., 9 [1906], n° 9, p. 891-89-2). L'action de plusieurs hydrates de carbone des lichens sur l'or- ganisme humain et leur emploi dans le diabète, par E. Pouls- son (Upsala Lâkarefôr. FôrhamlL, n. sér., il [1906], Siip. XIV, 25 p.)- L'auteur étudie les hydrates de carbone du Celraria islandica et C. Nevalis. Des expériences ont montré que 46 à 49 °/o des hydrates de carbone d'un pain fait avec le Cetraria islandica étaient digérés, tandis qu'un pain semblable fabriqué avec C. Nevalis a causé des troubles tels que Ton a dû cesser l'expérience. L'utilité des fruits comme nourriture, par C.-F. Laxgworthy {U. S. Dept. 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Expériences sur la nutrition ; balance de l'absorption et de l'excrétion de l'azote et du chlorure de sodium, par M. Lrtulle et M"" M. PoMPiLiAN {Cumpt. liend. Aciul . Sel. [Vavïs], 143 [190G], 11° 26, p. 1188-1191 etlfig.). L'influence de l'alimentation carnée sur l'endurance , par J. FisriER {Separak fj'uiii Yale Med. Jour. [19U7], i\iar., 16 p.). Les facteurs de salut (de sûreté) dans la structure et l'éconc- mie animales, par S-J. .MELTZEK(/6>//y. Amer. Med. Aimoc, 48 [1907\ n° 8, p. 655-664). Sxir les extractifs du muscle : identité de l'ignotine et de la carnosine, par W. Gulewitsch {Zlschr. Physiol. Chem., 50 [1906], \t' ^2-3, p. 204-^208). Transformation de la protéine quand les hydrates de carbone ont disparu, par J.-E. Johannsso.n' et W. Hellgren (Upsala Lakarc- fôr. Forhandl., n. sér., 11 [1906], Su[». vu, 9 p.). Excrétion d'azote, de créatinine et d'acide urique dans la fièvre, [tar J.-l]. Leathes {Jour. Vliyniol., 35 [1907], ii''3, p. 205-214, et 2 lig.). Élimination par le sang de sulfocyanates et leur formation supposée dans les glandes salivaires, par D.-H. de SouzA(/y*//', PhijHioL, 35 [1907], n" 4, p. 332-345). BIBLIOGRAPHIE 451 Rédaction d'iin modèle de loi d'État sur la pureté des aliments et des drogues, par M.-N. Kline (Amer. Jour. P/iarm., 79 [1907], 11° -2, p. 74-78). Décisions de l'inspection de l'alimentation, par H.-W. Wiley, F.-L. DuNLAP et G.-P.-Mg. Cabe {U. S. Dept. Agr., Food Iiisp. Déci- sions, 69, p. 3; 70-7-2, p. 4 ; 73, p. 2). Production animale Protéine dans le foin de vesce, par Â.-L. K^sisely (Oregon Sf a. Rpt-, [1905], p. 59-05). Valeurs relatives des aliments, \)i\rE.-? . XRi>iSïiY {Peiinsylvania Sta. Bill., 71, rev. éd., p. 16). Cactus raquette et autres cactus comme fourrage, par D. Grif- FiTHS et R.-F. Rare {New. Mexico Sta. But., 60, 135 p., 7 pi., 2 fig. et 7 tableaux). Aliments concentrés, par J.-P. Street, ,1.-\V. Kellogg et V.-J. Car- BERRY {New. Jersey Sfas. BuL, 204, 46 p.). Analyses de denrées alimentaires, d'eaux minérales et de source, par A.-L. Kmsely {Oregoii Sta. Rpt. [1905], p. 69-72). Marc de raisin ; son utilisation pour la nourriture des animaux de la ferme, par E. Bertainchamp {But. Dir. Agr. et Coni. [Tunis], 10 [1906], nM, p. 527-529). Utilisation des sous-produits des raisins ; marc de raisin sec, par L. Roos {Prog. Agr. et Vit. [Ed. l'Est], 28 [1907], n" 7, p. 197- 200). Valeur alimentaire des pulpes de betteraves sèches , des pulpes de mélasse et des feuilles de betteraves sèches, par W. ScHNEiDEWiND {Laiiilw . We/uischr. Sachsen., 8 [1906], n° 51, p. 406-410). Digestibilité de la farine de riz riche en graisse, par 0. Kellner et L Lepoutre {Landw. Vers. Slut., 65 [1907], n°^ 5-6, p. 463-465). 452 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Information supplémentaire concernant la loi de contrôle des denrées alimentaires, par A. Goss et W.-J. Jones (Indiana Sta. Cire, 7, U I».). La nourriture des animaux de ferme, par J. Michels {South Caro- liiia Sta. Bill., 1-28, 24 p. et 1 fig.). Expériences sur la nourriture des animaux, par W.-Pi Gamble (Ann. Rpt. Ontario Agr. Col. and Expt. Farm, 32 [1906], p. 74-87).- Il s'agit d'expériences sur la digestibilité de nombre d'aliments, surtout des sous- produits des farines de céréales. Un tableau donne la digestibilité moyenne, suivant l'espèce animale, de la protéine, de la graisse, des matières non azotées, de la cellu- lose brute. Engraissement des jeunes bœufs pour l'exportation, par G.-E. Day {Ann. RpL Ontario Agr. Col. and Expt. Farm, 32 [1906], p. 158- 163). Essais d'alimentation, par F.-W. Taylor (New-Hampshire Sta. But., 129, p. 255-257). Valeur alimentaire de l'épeautre dans l'élevage du bœuf et du porc, par J.-W. Wilson etH.-G. ^Kmî^ER {South Dakota Sta. But., 100, p. 119-128 et 1 fig.). L'engraissement des veaux pour la boucherie, par J. Porter {Jour. Bd. Agr. [London], 13 [1907], n" 12, p. 727-731). Coût de l'hivernage des jeunes animaux, par F.-W. Taylor {New- Hampshire Sta. i?«/., 129, p. 248). Nourriture des porcs, par G.-E. Day {Ann. Rpt. Ontario Agr. Col. and Expt. Farm., 32 [1906], p. 151-158). Expériences sur l'utilisation de la bétaïne par les ruminants (moutons), par W. Voltz {Areh. Phijsiol. [Pllûger], 116 [1907], n°'5-6, p. 307-333). 11 résulte des expériences de l'auteur qu'il n'y a pas la plus légère raison de con- sidérer la bétaïne comme un aliment azoté. L'avoine lourde et l'avoine légère pour les chevaux, par F.-W. Taylok {.\ew-IIampsltire Sta. Ritl. 129, p. 248-251). BIBLIOGRAPHIE 453 L'élevage des mulets dans le Poitou, par H. Raquet {Ami. Gem- hloux, M [1901], nM, p. 19-32 et 4 fig.). L'éducation des volailles, par G. -A. Bell {U. S. Dept. Agr. Fariner^'' Bul., 287, 48 pages et U fig.). Volailles, par W.-R. Graham {Ann. Rpf. Ontario Agr. Col. and Expt. Farm, 32 [1906], p. 201-210, et 1 fig.). Travail important sur la volaille, les poulaillers, le plan général d'alimentation, Tin- cubation des œufs, etc. Alfalfa pour les poussins et les canards, par W.-M. Sawyer (Z?r(?e- der's Gaz., 51 [1907], n° 15., p. 818, 2 fig.). D'après son expérience personnelle, Tauteiir recommande Talfalfa pour les poussins et les canetons. Sauterelles pour les poules {Natal Agr. Jour, and Min. Rec, 10 [1907], 11° 1, p. 8). Élevage des tortues au Japon {Trans-Pacific Trade, i [1907], n° 1, p. 6). Laiterie Rapport du professeur stirveillant de la laiterie, par H. -H. Dean (Ann. Rpt. Ontario Agr. Col. and Expt. Farm., 32 [1906], p. 90-132, 2 fig.). Ce rapport offre un grand intérêt. Influence des aliments gras sur la production du lait des vaches, par 0. Kellner {Illus. Landiv. Ztg., 27 [1907], n°43, p. 387- 388; n° 44, p. 397-399; Molk. Ztg., 21 [1907], if 25, p. 687-G90). Recherches sur l'influence de l'alimentation sur la sécrétion du lait des vaches, par W. von Knieriem et A. Blsghmann {Landiv. Jahrb., 36 [1907], n» 2, p. 185-265). Manière de traire aseptique, par V. Willem {Bul. Agr. [Bruxelles], 23 [1907], n" 5, p. 350-375). Épreuves officielles de vaches de laiterie, par F.-W. Woll et R.-T. Harris {Wisconsin Sta. But,, 144, p. 65, 20 fig.). 451 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Du lait amer, p;ir Trillat ol SArioN (Camp/, lieiid. Acad. Sri. [Paris], liiL1907], 11" 17, p. 9i()-Ui9). De la graisse de beiirre dans le lait, par T. Farringtun {Jount: lioij. Jiist. Pub. Hcitlih, 15 [19D7], n° 5, p. 263-^267;. Humidité, sels et lait caillé dans le beurre, par R. Harcourt (.l//y/. Ilpl. Ontario Agr. dd. and E.v/jf. Farm., :}2 [1900], j». 72-73). Beurre de crème douce {Canada Depl. Agr. Brunch Dairy and Cold S/orage Comr. Bul., p. 15). Mottes de beurre types (Dpi. Agr. and Techn. Ind. Jreland Jour., 7 [1UU7J, 11° 3, 1». 4.7i-.i8K). Con'ribudon à la connaissance de l'action delà caillette sur la caséine, par van Herweruen {Zeifschr. P/iysiol. Cliem., 52 [1907], ir 1-2, p. 184-206). 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Action du froid sur la mouche des fruits {Jour. Dept. Agr^ West. Austr., 15 [1907], n^ 4, p. 252-253). Essais de destruction de la larve des fruits par le maintien dans un frigorifique. L'industrie du thé à Formose, par II.-J. Arnold {Mo. Consular and Trade Rpts U. S. [1907], n" 321, p. 149-150). Taille des caféiers, parE.-J. Nunez {Bot. Agr. San-Salvador, 7 [1907], n° 3, p. 108-119, avec 8 figures). Culture des noisetiers en Turquie, par M. -A. Jewett {Daily Con- sular and Trade Rpts. U. S. [1907], n" 2908, p. 11-12). Production des noisetiers dans la province de Trcbizonde (Asie-Mineure). 474 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE Arbres, arbustes et vignes propres à la plantation eu Okla- homa, par O.-M. Morris {Oklahoma Sta. BuL, 73, 6 pages). Tous les arbustes naturels qui sont dignes d'être plantés, par J. TiPLADY {Ann. Rpt. Ms. HoH. Soc, 37 [1907], p. ^25-31, avec 3 planches). {A suivre.) Le Direelcni'-Gérant : L ("iRANDKai'. TABLE DES MATIÈRES DU TOME DEUXIÈME (190 8) Pages Compte rendu d'i VHP Congrès international d'agriculture qui s'est tenu à Vienne, du !2i au îlô mai 1907 (fui) 1 Table détaillée des matières qui ont été traitées au Congrès de Vienne :279 Bibliographie : Experiment Station Record :291 Comptes rendus des excursions des diverses sections du VIII* Con- grès international d'agriculture .... 321 Eugène Rousseaux et Charles Brioux. — Contribution à l'étude du pouvoir absorbant et des dissolutions du sol 370 G. Huffel. — Économie forestière (Compte rendu analytique). . . 397 Eugène Rousseaux. — De l'influence de la congélation des vins suivie de leur dégel. Sur leur composition dans la recherche de leurs falsifications iiO Bibliographie • -429 — Experiment Station Record 433 Nancy, imprimerie Berger-Levrault et G'« ■^>i'i*^ % %^ rlj?e^%^^^-'l /*■ -^-i. 1 ryi. f^ ^i -'.^t^'^m:^^^-^^ k«.'*;" > -^ liTl ►Vi ■rSf^^ L > •' i^*rt -«c^„ :...^_,; iAl> ^i^^t