Jf: <£ ■c. ^éS^f' ** .-- * ■-^* \ <* 2 -•Sn - ¥ '> > LT -•■ * J* . Jfr-*** \ V A .: '-"*•• r_ ■ - XA vol. 1? SSrû-6, 1 -2 ??. ADANSONIA RECUEIL ^OBSERVATIONS BOTANIQUES REDIGE Par le IV H. BAILLON TOME DOUZIÈME -«SCOOO'»-*- PARIS 49, RUE DE LA HARPE ET CHEZ F. SAVY, 77, BOULEVARD SAÏNT-GEKMÀIN NOVEMBRE 1876 — DECEMBRE 1879 ADANSONIA RECUEIL D'OBSERVATIONS BOTANIQUES XII ï>3>\ p \ r. i s — i m r 1. 1 m i i, 1 1 lia 1 1, f m a n - r i n k r, it i r si i c n o v . , 2 ADANSONIA RECUEIL D'OBSERVATIONS BOTANIQUES REDIGE Par le l> Il It %ll I <>\ TOME DOUZIÈME -*■ PARIS 40, RUE DE LA HARPE ET CHEZ F. SAYY, 77, BOULEVARD SAINT-GERMAIN NOVEMBRE 1876 - DÉCEMBRE 1870 ADANSONIA RECUEIL D'OBSERVATIONS BOTANIQUES TRAITÉ W DÉVF.LOPPRMNT IIE L.\ FLEUR ET DO FIIIIIT (suite) Castanéacées (1). Ce groupe de plantes a été l'objet d'un trop peLit nombre de recherches organogéniques. Les plus connues sont celles de II. Schachl; elles ont dévoilé quelques points importants de la structure du gynécée. Mais le type le moins étudié sous ce rap- port est, sans contredit, celui des Caslanea, qui nous occupera le plus dans ce travail. C'est à lui que la famille a dû son plus ancien nom. Adanson, en 4763, la nommait Famille des Châ- taigniers. Plus tard, A. L. de Jussieu changea ce titre en celui d'Amentacées, basé bien plus sur l'apparence extérieure com- mune des inflorescences que sur l'organisation identique des fleurs ou des fruits. Un grand nombre de genres rangés par Jussieu dans ce groupe en ont été séparés. On a généralement trouvé à les relier, comme types amoindris, à quelques familles dont les principaux genres sont bien plus complets comme (1) Communiqué en 1875 à V Association française pour l'avancement des sciences (session de Nantes). \ii. (20 novembre I87G.) 1 2 TRAITÉ organisation. Il ne reste plus (U>< autres que les Bétulées, les Corylées, les Quercinées et 1rs Myricées des ailleurs. A la famille constituée de la sorte, et à laquelle nous donnerons de préférence sou nom le plus ancien, celui de Gastanéacées, nous joindrons provisoirement deux autres petits groupes sur les- quels il y aura certainement à revenir : les Leitnériées et les Balanopsées. L'étude organogénique du Châtaignier commun présente d'assez grandes difficultés. Heureusement que les matériaux sont très-abondants et qu'on peut à volonté répéter les obser- vations tous les ans au printemps. Cet arbre est en effet un de ceux dans lesquels les fleurs commencent et achèvent leur évolution dans l'année même où leurs fruits arrivent à matu- rité, ce qui, comme on sait, constitue pour les arbres de nos pays une sorte d'exception. En ouvrant au mois d'avril les bourgeons qui doivent donner des fleurs femelles (on sait que ce sont le plus souvent ceux qui occupent l'extrémité des ra- meaux les plus élevés), on y trouve un assez grand nombre d'inflorescences axillaires qui sont autant de petits axes cylindro- coniques et très-étirés. Bientôt ils se couvrent, de bas en haut, d'un erand nombre de bractées alternes, et dans l'aisselle de chacune d'elles se développe une petite inflorescence qui est loin d'être simple et qui présente de curieux phénomènes d'évo- lution avant de devenir ce qui sera finalement une Châtaigne. C'est d'abord une petite cyine bipare, ou plutôt un glomérule à trois axes successifs de générations et à sept fleurs. La fleur de première génération est accompagnée de deux bracléoles latérales ayant chacune une fleur de seconde génération dans leur aisselle, et chaque fleur de la seconde génération a, sur ses cotés, deux fleurs de la troisième; en tout sept fleurs, par conséquent. Nous reviendrons plus tard sur l'évolution individuelle de ces fleurs. Pour le moment, ne nous arrêtons qu'à l'ensemble du glomérule. Ses quatre plus jeunes (leurs, une fois nées, mais DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 3 réduites encore à un petit mamelon presque globuleux, le sup- port commun de ce glomérule commence à présenter une léeère modification dont le début est assez difficile à saisir. Il s'épaissit insensiblement en un bourrelet extérieur ou inférieur aux sept fleurs, et qui les entoure toutes d'une sorte de cou- ronne, à bord supérieur libre et entier, mais un peu inégale- ment élevé, suivant les divers points de son pourtour. C'est ce bourrelet, expansion tardive du pied du glomérule, et, par con- séquent, formation axile due à un phénomène comparable à celui qui, dans l'intérieur des fleurs, produit les disques, qui est le premier rudiment du sac épineux dont les Châtaignes sont finalement enveloppées. A cette époque, cet organe sur- numéraire est lisse sur sa surface extérieure. Il porte seulement en certaines régions déterminées, au nombre de quatre, et dont on verra tout à l'heure la disposition, des bractées d'âges diffé- rents qui sont irrégulièrement superposées les unes aux autres, et qui doivent cette disposition aux développements inégaux dans les divers points de cette enveloppe surajoutée à l'inflo- rescence. Mais bientôt, outre ces bractées, qui sont des organes purement appendiculaires, la surface extérieure du sac présente des saillies en forme de rides ou collerettes superposées, qui naissent de bas en haut, à peu près parallèlement les unes aux autres et en nombre fort variable. Les plus prononcées sont donc les inférieures, et la plus élevée de toutes, c'est-à-dire la plus jeune et la moins marquée, répond au bord du sac accessoire, là où se trouvent les fleurs de troisième génération. Chacune de ces fleurs en devient comme étroitement encadrée, sans adhérence avec lui, et l'on a, de la sorte, quatre secteurs occupés par ces rides qui font défaut au niveau des points cou- verts par les bractées dont il était question tout à l'heure. De là la distinction, déjà possible à cette époque, de huit zones alternativement bractéifères et chargées de ces plis décroissant de bas en haut. Les inférieurs se découpent les premiers, sur toute leur étendue à la fois, de fins festons marginaux (qui sont 4 TRAITÉ dus à l'inégal développement des points divers de leur bord supérieur). Viennenl ensuite les plus élevés; mais pendant longtemps les festons manquent encore sur les rides supérieures, tandis que les inférieures en sont chargées. Ces dentelures élé- gantes sonl les premiers états des aiguillons rigides, simples ou ramifiés, donl sera ultérieurement couverte l'enveloppe sacci- forme de la Châtaigne. Expansions d'un organe axile, dans lesquelles se prolongeront (\v> faisceaux vasculaires appartenant ;i celui-ci, elles sont morphologiquement bien différentes des bractées, dont les groupes alternent avec elles, et qui, elles, dépendent totalement du système appendiculaire. A l'époque de la maturité des fruits, les lignes de déhiscence de la coque répondenl précisément aux zones occupées par des bractées, el chacun (\r> secteurs alternes, recouverts tl.^ aiguillons, cor- respond à un des panneaux. Gomment se fait-il, cependant, que les fruits ne se trouvent le plus souvent qu'au nombre de trois dans le sac épineux de la Châtaigne, tandis que le groupe floral tout entier était formé de sept (leurs? C'est que la fleur de la première génération el le- deux fleurs de la seconde prennent seules les caractères que nous attribuerons font, à l'heure aux fleurs femelles. Seules elles auront un réceptacle profondément creusé, et dans son intérieur un ovaire fertile. Toujours elles auront des (''lamines, mais celles-ci demeureront stériles et peu volumineuses. Dans les quatre fleurs de troisième génération, au contraire, le ré- ceptacle prendra généralemenl peu de développement. Elles seronl uniquement mâles, mais encore faut-il dire que leurs étamines auront le plus souvent des anthères stériles, (.-à et là du pollen pourra s'y former, et quelquefois encore, au lieu de demeurer intérieures au sac accessoire, ces fleurs mâles pourront être anormalement soulevées jusqu'à son bord, ou même reportées plus OU moins bas sur sa face extérieure. Ainsi vYxplimienl ces cas, assez rares toutefois, où le sac épineux des Châtaignes présente, plus ou moins cachées au milieu de ses DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 5 saillies de natures diverses, des étamines fertiles disposées en ees points sans ordre apparent à l'Age adulte. Quant à l'évolution de la fleur considérée individuellement (et il vaut mieux nous occuper de la fleur femelle), elle rappelle celle d'un grand nombre d'autres fleurs à ovaire infère. Son petit réceptacle, d'abord convexe, grandit plus sur les bords qu'au centre, et devient graduellement cupuliforme, puis sacci- lbrme, après quoi il se dilate supérieurement en une cupule qui surmonte un étroit goulot. Les sépales, nés successivement sur ses bords, sont le plus souvent au nombre de six et disposés sur deux séries, les intérieurs alternes avec les extérieurs. Les étamines peuvent aussi, dans les cas les plus simples, être réduites au nombre de six, disposées sur deux verticilles et placées chacune en dedans d'un sépale. Celles qui sont super- posées aux sépales intérieurs naissent les dernières. Les car- pelles aussi sont normalement disposés sur deux verticilles. Il y en a trois en dedans des étamines intérieures et qui se montrent, en dedans d'elles et un peu au-dessous, sur la face interne de la cupule réceptaculaire. Trois autres, nées ulté- rieurement, se montrent dans l'intervalle des premières. Toutes les six se rapprochent intérieurement et constituent, par les décurrences de leurs bords rassemblés deux à deux, six saillies placentaires, pariétales et centripètes, qui garnissent l'intérieur de la cavité réceptaculaire et tendent à la partager en six loges incomplètes. Dans chaque loge naissent ensuite, assez tardive- ment, deux ovules collatéraux légèrement descendants, et qui, dans leur mouvement d'anatropie, dirigent leur micropyle en haut et en dehors (1). Ajoutons à ce qui précède : (I) Ils se recouvrent de deux enveloppes. Leur anatropie est une de celles dont nous avons déjà donné d'assez nombreux exemples, et dans laquelle le sommet de l'ovule est tourné en haut, alors même que cet ovule est encore à peu près complètement ortbotrope et ascendant. Plus tard, et à mesure que la portion de l'ovaire inférieure à l'insertion des ovules s'accroît en longueur, par suite de l'inégal développement des diverses parties du réceptacle et de l'ovaire (ce qui l'ait que celui-ci devient de plus en plus creux, et que les ovules. 6 TRAITÉ 1 Que le nombre i\i'* étamines peut s'accroître d'une façon variable, parce que, de chaque côté de l'étamine, superposée à un sépale extérieur ou intérieur, peuvent se produire une ou plusieurs étamines relativement plus jeunes. 2° Que le nombre absolu des carpelles peut également varier, parce que chaque verticille du gynécée peut être formé de trois à six folioles. 3° Que le réceptacle floral, toujours le même au début, c'est-à-dire légèrement convexe, devient plus ou moins creux, suivant que les carpelles qu'il renferme se développent plus ou moins dans la Heur femelle ou ne prennent aucun développe- ment dans la fleur màlc. 4° Que les étamines, pourvues ou non d'une anthère, courte, biloculaire et introrse, sont fertiles dans les fleurs dont le réceptacle se creuse à peine et dont le gynécée ne se développe pas, et demeurent ordinairement, au contraire, stériles (sans (•('pendant disparaître complètement) dans celles dont l'ovaire prend tout son développement. En suivant les différentes phases du développement de la (leur femelle des Châtaigniers, nous avons été frappé de leur ressemblance, à un certain âge, avec ce que sont, à l'état presque adulte, les fleurs de certaines Combrétacées apétales, telles que les Terminalia. A ce moment, dans les deux types, même réceptacle concave, à goulot plus ou moins rétréci et surmonté d'une dilatation cupuliforme; même périanthe de nature cali- cinale ; même androcée épigyne ; même ovaire infère, à cloisons centripètes peu proéminentes encore, et, vers les bords inté- rieurs de celles-ci, de part et d'autre, deux ovules descendants et anatropes, à micropyle dirigé en haut et en dehors. Dans la d'abord attachés tout près du fond de ses loges, finissent par être insérés vers le milieu de leur h;iiiienr'i, le dos de chaque ovule s'accroît du côté de la région chalazique, et forme graduellement une gibbosité de plus en plus prononcée, sans que le sommet du nucelle cesse d'occuper sa position primitive. Les ovules sonl doue plus ou moins complètement anatropes, sans cependant s'être jamais réfléchis. DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 7 Combrétacée, il est vrai, les ovules sont insérés plus haut et non vers le bas de la lo^e. Mais l'insertion ovulaire deviendra tout aussi élevée, nous le verrons, dans les Hêtres, si voisins d'ailleurs des Châtaigniers. Dans ceux-ci, la cupule chargée de bractées et d'aiguillons n'est qu'un organe accessoire, à évo- lution tardive, dont la présence ne modifie en rien l'organi- sation foncière des fleurs. Elle donne aux Châtaigniers un caractère propre qui ne permet pas, sans doute, de les con- fondre avec les Combrétacées, mais elle les range tout h côté de celles-ci, comme type à inflorescences amentiformes. Nous en avons conclu que les Châtaigniers représentent une forme amoindrie des Ghigomiers, et nous avons pu dire de l'ensemble des Amentaeées, tel qu'il subsiste, que « telle qu'elle est encore aujourd'hui, avec des séries si différentes les unes des autres par leur organisation, cette famille demeure, à notre sens, un ensemble de types dégénérés, amoindris, qui sont aux Mal- voïdées et Urticoïdées, par les Ulmacées, Artocarpées et Bétu- linées, et aux Combrétacées, Hamamélidées, Platanées, par les Quercinées et les Corylôes, ce que les Antidesmées sont aux Euphorbiacées, les Juglandées (peut-être) aux Térébinthacôes, les Garryacées aux Cornées et Hamamélidées, les Lacistémées aux Bixacées, les Myosurandrées et les Daliscées aux Cunoniées, les Salicinées (peut-être) aux Tamariscinées, etc. » (Histoire des plantes, VI, 245.) Le développement des Châtaigniers une fois connu, il n'y a que peu de chose à dire de celui des Chênes, attendu qu'ils s'expliquent l'un et l'autre, et que les deux genres ont entre eux des rapports si étroits, qu'il est bien difficile de les séparer autrement que d'une façon tout à fait artificielle. On s'en convainc facilement 'quand on compare aux Chênes de nos pays, d'une part, et de l'autre, aux Castanca, les Caslanopsis, distingués comme genre par M. A. de Candolle, et qui ont sou- vent le fruit entouré d'un sac épineux semblable à celui des Châtaigniers, mais solitaire et à ovaire trilocu'aire. Schaclit S TRAITE a déjà fail connaître le mode d'évolution centripète <\i'> pla- centas, el a étudié aussi une partie des développements de la cupule du gland, qu'il appelle un disque. G'esl là justemenl le nom qu'on pourrait, comme nous l'avons dit pins haut, attribuera l'enveloppe épineuse des Châtaignes. En réalité, les deux organes sont homologues, et celui du Chêne enveloppe une seule ileur au lieu de trois, et souvent (mais non constam- ment) d'une façon beaucoup moins complète, mais son origine esl tout à l'ait la même. Quand les bractées du boulon gemmiforme de la lleur femelle des Quercus ont été écartées, on voit au milieu d'elles un petit réceptacle convexe qui, par inégal accroissement de ses parties, devient en liant presque plan, puis légèrement cupuliforme. Sur ses bords naissent successivement les sépales, au nombre de cinq ou si\ dans nos espèces les plus communes, absolument comme dans les Castanea. De même en dedans (Feux se montrent ensuite trois carpelles qui, comme dans les Châtaigniers, mais ni même temps surtout comme dans les Coudriers, ne sonl longtemps représentés que par leur portion stylaire. Déjà les lobes stigmatifères de leur sommet sont bien dessinés, sans que la portion ovarienne du gynécée soil visible. Mais peu à peu li' pistil semble se soulever davantage et sortir lentement du réceptacle. Ce n'est là, bien entendu, qu'une apparence due ii des développements inégaux de m- diverses portions. Bientôl une légère dépression se forme au point où se rencontrent doux feuilles carpellaires voisines el toul à lait à leur base. 11 en résulte trois petites niches comparables à celles dans lesquelles se placent les statues, el qui loules s'ouvrent sur un vide cen- tral. Plus laid chacune d'elles est partagée en deux moitiés latérales el symétriques par une saillie verticale médiane à évo- lution centripète. Cette saillie est un placenta septiforme qui, de chaque côté de son bord interne, un peu au-dessus de sa base, poiic bientôl un ovule, li se comporte à peu près comme celui des Châtaigniers el i couvre aussi di deux enveloppes, DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 9 avec le micropyle supérieur et extérieur. Quant à la cavité centrale de l'ovaire, elle se prolonge supérieurement jusque dans l'intervalle des divisions stylaires, et communique là avec l'atmosphère par un étroit canal, mais celui-ci se rétrécit promptement. C'est vers cette époque que Schacht et quelques autres ont vu, sur une coupe transversale pratiquée au niveau des ovules, une seule loge avec trois placentas pariétaux. Par une dissection pratiquée à un âge antérieur ils auraient constaté (jue le gynécée des Chênes se comporte exactement, dans son évolution, comme celui des Noisetiers (1), sinon que ses parties sont ordinairement au nombre de trois au lieu de deux, et que, par conséquent, il se dessine tardivement sur la paroi verticale de la cavité trois bandelettes saillantes, ovuligères, au lieu de deux. Comme bien d'autres faits, celui-ci établit l'étroite parenté des Corylées et des Quercinées, et donne raison aux auteurs qui se refusent à les placer dans des familles distinctes. Remarquons seulement que l'évolution du gynécée, commencée dans les Noisetiers à la fin de la belle saison, puis interrompue pendant l'hiver, et reprenant de plus belle vers le début du printemps pour constituer la portion ovarienne, est au contraire continue dans les Chênes comme dans les Châtaigniers, et que, com- mencée au printemps, elle s'accomplit tout entière dans l'es- pace d'un ou deux mois, suivant les espèces; particularité rare, comme on sait, parmi les arbres forestiers de notre pays. C'est à une époque variable, suivant les espèces, mais tou- jours postérieure à l'apparition du périanthe, ou même de toutes les parties, essentielles de la fleur, que se montre le pre- mier rudiment de la cupule. C'est un épaississement annulaire de l'axe qui se produit tout autour de la base de la fleur, en dedans des bractées et des bractéoles qui entourent celle-ci, absolument de la même façon qu'on voit certains réceptacles (I) Voy. Comptes rendus de la première session de V Association française, 196, t. 9. H» TRAITÉ se dilater en bourrelet autour du pied de l'ovaire pour consti- tuer des disques hypogynes. On sait que dans quelques espèces du genre Querctis, la cupule demeure ainsi, jusqu'au bout, une sorte de plaque épaisse et discoïde. Plus souvent encore, connue dans les espèces indigènes, elle grandit davantage et se relève en cupule plus ou moins profonde. Sur la lace extérieure de eette cupule, un Quercus, tel que notre Q. Robur, présente, on le sait, un grand nombre de petites saillies bractéiformes étroi- tement imbriquées, et l'on s'accorde, je crois, à regarder la cupule comme formée d'un grand nombre de bractées unies entre elles dans une étendue variable. On la définit, par exemple, de la sorte, dans la Flore de France : « Involucre fructifère (cupule) induré-ligneux, entourant seulement la partie infé- rieure du fruit, à bractées soudées dans presque toute leur longueur, ou libres et étalées au sommet, molles et jamais épi- neuses. » Les apparences extérieures semblent justifier cette interprétation. L'étude anatomique peut, à la rigueur, la jus- tifier, car on y peut trouver des faisceaux disposés comme dans une feuille. Mais il ressort clairement de l'étude des développe- ments que ces prétendues bractées sont, connue nous allons le voir, les homologues des saillies piquantes de la coque des Châtaignes. Dans les descriptions classiques du genre Castanea nous lisons ipie ces saillies sont « des épines subulées, fasci- culées et divergentes ». Ces « épines » seraient donc ce que dans les Chênes on appelle des « bractées ». Dans les Hêtres, arbres si voisins des Chênes et des Châtaigniers, il y a aussi une enve- loppe dure et quadiïvalve, contenant ordinairement deux fruits ou faines. ( )n le définit ainsi dans l'ouvrage précité, comme dans tant d'autres : « Involucre fructifère capsuliforme, ligneux, à quatre valves chargées d'épines molles ou coriaces (extrémités libres ou bractées). » Ce sont les mômes organes qu'on appelait « bractées 9 dans les Chênes, et e épines » dans les Châtaigniers. D'où l'on \ <>it qu'en dehors de l'étude organogénique on emploie trois désignations différentes pour un seul et même organe, DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. M un peu modifié comme forme et comme consistance, et surtout qu'on Tappeile ici épine, c'est-à-dire rameau transformé, organe axile, et là bractée, c'est-à-dire organe appendiculaire. La jeune cupule qui s'élève autour de la base de l'ovaire infère de nos Chênes communs est d'abord parfaitement lisse, tout comme la coque des Châtaigniers. Bientôt elle présente intérieurement une ride annulaire, semblable à celle de ces derniers, puis une seconde, située parallèlement un peu plus haut, puis une troisième plus haut encore, une quatrième, et ainsi de suite. Ces rides peuvent s'arrêter vers le bord supérieur et libre de la cupule; mais elles peuvent aussi, et le fait se produit dans le Quercus Robur comme dans beaucoup d'autres, se propager au delà de ce bord, c'est-à-dire en redescendant sur la face intérieure de la cupule. En somme, l'apparition de ces rides circulaires a lieu, quoi qu'il en soit, de bas en haut. La première produite, c'est-à-dire la plus inférieure des exté- rieures, cesse bientôt d'avoir son bord libre et entier comme il l'était au début. Par suite de l'inégal accroissement de ses différents points, il se festonne d'un grand nombre de petites crénelures, comme il arrive dans les Châtaigniers. Après lui, le second se comporte de même, puis le troisième, et ainsi de suite. Mais il arrive que ce festonnement des rides, déjà très- prononcé en bas, s'accentue moins vers le bord libre de la cupule et disparait tout à fait vers le bas de sa face interne, c'est-à-dire tout près de la base d'insertion du jeune gland. Quoique à ce dernier niveau les rides demeurent entières, peut-on les considérer comme morphologiquement différentes de celles qui sont plus ou moins déchiquetées en lobes bractôiibruies? Non évidemment. Et cependant on décrit les extérieures comme des séries de bractées, et les autres ne peuvent recevoir ce nom. Et cependant encore les premières peuvent renfermer des fais- ceaux prolongés qui simulent ceux d'une feuille ou d'une bractée, tandis que les dernières peuvent en être totalement dépourvues. On sait aussi que dans beaucoup de Chênes de [9 TRAITÉ l'Asie tropicale l'intégrité des bords E LA FLEUR ET DU FRUIT. 19 Planche XII. DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR FEMELLE DES CHÊNES ÉTUDIÉ SUR PLUSIEURS ESPÈCES DE NOS BOIS ET DE NOS JARDINS, NOTAMMENT LE QuerCUS Roblir {R), ET UNE ESPÈCE CULTIVÉE DANS LA PÉPINIÈRE DU MUSÉUM SOUS LE NOM (?) de Q. hybrida (H). Fig. 1. Jeune inflorescence en cyme. La fleur terminale f a encore le réceptacle convexe ; elle est accompagnée à sa base de bractéoles, dont deux au moins, b'b', ont, à leur aisselle, une fleur de seconde génération f f (H). Fig. 2. Bouton dans lequel les sépales s sont formés, et où les carpelles l com- mencent à paraître ; b', bractéole latérale de la fleur (R). Fig. 3. Bouton dont le calice s est formé, accompagné de deux boutons f de seconde génération et de sa bractée-mère b (H). Fig. i. Même bouton vu d'en haut : s, calice ; /, gynécée (R). Fig. 5. Bouton plus âgé. Les sépales s commencent à s'imbriquer. La cupule c commence à se former au-dessous de la fleur (R). Fie. G. Bouton plus âgé : s, calice. En écartant les bractées inférieures b, on voit le disque sur lequel se sont formées plusieurs rides annulaires de bas en haut. Les inférieures sont déjà festonnées sur leur bord, et les supé- rieures sont encore entières (B). Fie. 7. Bouton enveloppé de bractées imbriquées (R). Fig. 8. Routon représenté dans la figure précédente. Les sépales s, écartés, laissent voir les carpelles / se touchant par leurs bords (R). Fig. 9. Bouton plus âgé, coupe longitudinale : bb, bractées; c, cupule ; s, calice ; /, gynécée (R). Fig. 10. Fleur entière, un peu plus âgée que la précédente : s, calice ; l, gy- nécée (R). Fig. 11. Coupe longitudinale du bourgeon floral représenté dans la figure pré- cédente : bb, bractées ; c, cupule ; s, calice ; /, gynécée (R). Fig. 12. Fleur femelle plus âgée; mêmes lettres (B). Fig. 13. Coupe longitudinale du bourgeon floral auquel appartenait la fleur précédente : bb, bractées ; c, cupule ; e, squamules de la cupule ; s, calice; /, gynécée (R). Fig. li. Cupule appartenant à une fleur à peine plus âgée. Eu dedans des bractées se sont formées, sur la cupule c, des squamules résultant du fes- tonnement des rides successives de la surface. Les plus internes (supé- rieures) de ces rides, voisines de la base intérieure de la cupule, sont encore parfaitement entières sur les bords (R). Fig. 15. Coupe longitudinale d'une fleur femelle plus âgée. Mêmes lettres. Le calice s est déjà assez élevé sur la fleur femelle. Néanmoins le gynécée n'est représenté que par la portion stylaire, et l'on ne voit aucune trace des loges ovariennes (R). Fig. 16. Coupe longitudinale d'une fleur dans laquelle les loges ovariennes se sont formées au fond du puits étroit qui répond à l'axe du gynécée et con- tiennent déjà des ovules au début o : c, cupule ; s, calice ; l, gynécée (H). 20 TRAITÉ DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. Fig. 17. Loge ouverte par le dos. Les deux ovules, encore presque orthotropes, se sont revêtus de leurs enveloppes (H). Fig. 18. Myrica Gale. Jeune fleur femelle. Placée à l'aisselle d'une bractée b, elle est accompagnée de deux bractéoles latérales b'b', déjà un peu soulevées sur le jeune ovaire que surmontent les sommets / des deux feuilles car- pellaires antérieure et postérieure. FlG. 19. Coupe longitudinale (antéro-postérieure) de la fleur précédente : b, bractée-mère ; //, brandies stylaires, sommet des deux feuilles carpel- laires. Dans l'ovaire ouvert se voit l'ovule orthotrope et basilaire o. Fig. 20. Fleur femelle, à l'aisselle de la bractée b, accompagnée de ses deux ". bractéoles latérales, dont l'une b' est normale, et dont l'autre eb' est trans- formée en étamine; elles peuvent Pètre l'une et l'autre. Fig. 21. Fleur femelle dans laquelle, à l'aisselle des deux bractéoles latérales b' , se sont accidentellement développées des étamines e. Fig. 22. Fleur femelle presque adulte. L'ovule o s'est recouvert de son enve- loppe qui laisse encore apercevoir le sommet du nucelle. Fig. 23. Alnus cordifolia. Ovaire jeune, ouvert. Les ovules, revêtus d'une enveloppe, sont à peu près orlbotropes et ascendants. Fig. 24. Betula frulicosa. Gynécée jeune, avant l'apparition des ovules. Fig. 25. Même gynécée, coupe longitudinale. Entre les feuilles carpellaires se trouve la cavité ovarienne dont les parois sont parfaitement lisses. Fig. 26. Inflorescence triflore, coupe longitudinale médiane antéro-postérieure. Elle passe par le milieu de la fleur centrale et du placenta pariétal anté- rieur déjà cbargé d'un ovule. Fig. 27. Coupe transversale de l'ovaire jeune, passant par le placenta anté- rieur pa, au niveau des deux ovules oo. Fig. 28. Coupe longitudinale du même ovaire, laissant voir le placenta pariétal antérieur pi cbargé de ses deux ovules o. FlG. 29. Ovule revêtu de son enveloppe et devenu descendant; le micropyle est encore béant. NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LES ONAGRARIÉES Les limites que nous accorderons à cette famille sont d'abord à déterminer. Elles seront à peu près celles auxquelles nous nous sommes arrêté dans les Leçons sur les familles naturelles de notre regretté maître Payer; c'est-à-dire que nous com- prendrons dans un même groupe d'ensemble les Onagrariées de De Candolle et les Iïaloragées de R. Brown. C'est ce qu'a fait A. L. de Jussieu dans les Annales du Muséum (III, 315). Dans ces derniers temps, au contraire, MM. Bentbam et Ilooker ont (Gênera, I, 786) maintenu les deux groupes bien éloignés, et ont dit de l'Ordre des Onagrariées : « Ab Halorageis cum quibus » olim consociatus fuit abunde distinctus, calyce amplo ssepe » colorato, albuminis defectu styloque semper unico simplicis- » simo. » Nous ne croyons pas pouvoir accorder a ces traits diffé- rentiels une importance aussi considérable. Nous voyons le style assez profondément lobé dans sa portion supérieure parmi certaines Onagrariées, entier dans YHippuris (qui n'a, il est vrai, qu'un gynécée unicarpellô) ; un albumen assez abondant dans les graines de certains Gaura qui ne peuvent être séparés des autres espèces du genre, et des sépales peu volumineux, ou très-étroits, ou nullement pôtaloïdes dans les Trapa, les Circœa, les Gauophi/tum, etc. Il n'y a donc guère là que des nuances. Lorsque, dans les Iïaloragées aussi bien que dans les Onagra- riées, le nombre des ovules est défini dans chaque loge ova- rienne; s'il n'y en a qu'un, par exemple, et qu'il soit descen- dant, son raphé est dorsal et son micropyle regarde en haut et 22 NOUVELLES OBSERVATIONS en dedans. Si l'on s'en rapportait à M. Decaisne {Traité gén. Bot., 283, 284), ce caractère commun aux deux groupes n'exis- terait pas; car il représente les ovules des Trapa comme ayant le micropyle intérieur et ceux des Haloragis comme le dirigeant en dehors. Il y a là certainement une erreur dans laquelle M. Decaisne sera tombé pour s'en être rapporté aux figures inexactes d'Ad. Brongniart qui se trouvent dans le Voyage de la Coquille. Il y a, nous le verrons bientôt, beaucoup d'autres points de cette question sur lesquels ses assertions sont con- traires à la vérité. Dans les Haloragis, le raphé est dorsal et persiste généralement tel jusqu'au bout. Il en est de même dans les Loudonia, les Proserpinaca, les Serpicula, les Meionecles, les Myriophyllum, les Hippuris, en un mot dans tous les genres qu'on range d'ordinaire le plus près des Haloragis. Sans attacher au fait plus d'importance qu'il n'en mérite, je ferai remarquer en passant que, dans les Callitriche , réunis par plusieurs auteurs aux Haloragées, la direction de l'ovule est inverse , son micropyle étant tourné en dehors comme celui des Euphorbiaeées. Dans les Circœa et les Diplan- dra, genres reliés l'un à l'autre par de très-étroites affinités, l'ovule a son micropyle extérieur, mais il est en même temps inférieur et l'ovule lui-même est ascendant; ce qui revient, on le voit, à un ovule descendant dont le raphé serait dorsal. Mais alors que l'ovule est primitivement descendant, avec le micropyle intérieur, on observe, dans certains genres, des phé- nomènes consécutifs qui ne doivent pas être négligés. L'un des plus remarquables à cet égard est ce genre Gong glocar pus, fort imparfaitement décrit en 184. par Chamisso et Schlechtenclal (in Linnœa, V, 557), et qu'en 1867 M. J. llookcr considérait avec doute comme une plante monstrueuse. M. Ilalin Tare- trouvée aux environs de Xalapa, et nous avons pu l'étudier d'assez près sur ses échantillons secs. Mais combien ne serait pas plus instructive l'étude des développements de ce genre qu'on pourra certainement cultiver chez nous ! Avec son fruit SUR LES ONAGRARIÉES. 23 qui représente assez bien un nœud renflé de la tige ou des branches, et qui succède à un ovaire inlere, adné à la fois à la base du pétiole de la feuille axillante de la Heur et au rameau d'ordre supérieur qui porte cette feuille, ce curieux genre pré- sente les arguments les plus puissants en faveur de la nature axile de l'ovaire infère dans cette famille et dans toutes celles qui lui sont analogues. La fleur y est presque celled'un Fuchsia, avec un tube réceptaeulaire bien plus long et plus grêle dans la portion qui surmonte l'ovaire. Dans chacune des trois ou quatre loges de ce dernier il y a un ovule descendant avec le micropyle primitivement intérieur et supérieur. Mais finale- ment l'ovule subit un mouvement de torsion d'un quart de cercle, qui amène son micropyle sur le côté de son point d'in- sertion; Dans les Gaura et dans les Stenosiphon qui leur sont congénères, on observe un phénomène analogue. L'ovule ou les deux ovules sont, dans chaque loge, descendants, avec leur micropyle dirigé d'abord en haut et en dedans. Mais le funicule, généralement assez long, devient le siège d'une torsion assez accentuée qui tend à le ramener sur le côté et même presque en dehors. Ce mouvement est d'ailleurs favorisé par le peu de déve- loppement des cloisons interloculaires. Celles-ci peuvent man- quer totalement en certains points ; les ovules qui se font jour par ces solutions de continuité, peuvent finalement se rapprocher au nombre de deux, trois ou même quatre, dans une de ces cavités de l'ovaire qui représentent l'ensemble de deux ou d'un plus grand nombre de loges voisines, et paraître en ce point dirigés dans un sens absolument contraire à celui qui leur appartenait au début. De là l'utilité des observations qui se rapportent à un état peu avancé de la Heur. 11 faut encore prévenir les débutants de ne pas s'en rap- porter absolument à M. Dccaisne pour ce qu'il dit {Traite général, 282) des Onagrariées, qu'elles « se rattachent aux Naloragées, aux Trapées et aux Combrétacées par la préflo- raison valvaire du calice, la corolle (?) isostémone ou diplo- 24 NOUVELLES OBSERVATIONS stémone. » En effet, M. Decaisne ne donne en cet endroit que la préfloraison d'un seul calice d'Onagrariée, le Circœa, et il la figure tordue. Rien de plus inexact d'ailleurs, dans cet ouvrage, que tout ce qui se rapporte aux Circœa. Dans la coupe longi- tudinale de leur fleur, les loges ovariennes sont placées en face des sépales, tandis qu'elles sont en réalité oppositipétales, comme l'indique le diagramme. On ne sait à quoi s'arrêter en présence de semblables contradictions, et c'est ici la même chose qu'à propos des Haloragls, qui ont les carpelles oppositi- pétales dans le diagramme, oppositisépales dans la coupe, et des styles alternes avec les loges ovariennes, tandis qu'ils leur sont réellement superposés. Il faut à la science moderne plus d'exac- titude et moins de contradictions , surtout quand il s'agit d'ouvrages élémentaires et que l'auteur se montre d'ordinaire si difficile pour les essais des autres. M. Decaisne est tout aussi malheureux quand il maintient comme distincte une famille des Trapées, formée du seul genre Macre, malgré ce qu'avaient dit, quelques années auparavant, MM. Bentham et Ilooker, que les Trapa sont des Onagrariées, en se fondant principalement sur la grande ressemblance des organes de végétation des Macres avec ceux de certains Jussiœa. Le fait est absolument vrai pour quelques espèces américaines de ce genre qui ont tout à fait le port et les feuilles de notre •Macre. Cette passion de toujours diviser, poussée à l'extrême, indique une absence de la faculté de comparer qui serait funeste à noire science, si l'on n'y prenait garde. Faire des Tra- pées une famille distincte des Onagrariées parce que leur corolle est « en préfloraison imbriquée » (1), et non tordue, n'est qu'une puérilité. Le faire « à cause de leur stigmate hémisphérique » est une erreur d'observation; c'est laisser voir qu'on ne connaît pas le stigmate à peu près entier de certains Fuchsia, celui de YHauya, celui de certaines Circées (y com- (!) Le calice est à peu près valvaire dans les Trapa; cependant les sépales latéraux peuvent recouvrir très-légèrement les deux autres. SUR L'ES 0NÀGRAA1ÉES'. -"> pris lesLopéziées), du Gongytocarpus ou celui desSpkœrmtigma qu'à ce compte on devrait ranger dans une autre famille que les Œnothères, dont ils sont cependant congénères. Noter, pour •diviser, de pareilles différences et négliger complètement, d'autre part, et les différences d'insertion , et la structure de l'embryon (qui est presque monocotylédon), c'est ne tenir aucun compte dans la pratique des principes de la méthode de Jussieu dont on affecte d'ailleurs d'être un défenseur acharné, tout en la violant à chaque pas et sans savoir en comprendre l'esprit « qui vivifie, quand la lettre tue. » Nous venons de parler de l'insertion ; son étude est insépa- rable de celle du réceptacle. Il a, dans les Macres, la forme d'une écuelle, et l'ovaire est en grande partie libre. Il est au contraire décrit comme complètement « adhérent » dans la plupart des autres Onagrariacées, et ce groupe est l'un de ceux où l'on a le plus discuté sur l'interprétation de sa valeur mor- phologique. Rien n'eut mieux servi à élucider la question que l'étude des développements, si elle eut été faite avec exactitude et sans parti pris, M. Duchartre l'a tentée, avant et après quel- ques autres; mais il est arrivé, faute d'avoir complètement observé les faits, à des conclusions qui me paraissent inadmis- sibles. Je me sens bien à l'aise pour juger ses travaux, aujour- d'hui qu'il m'a brutalement déclaré tout le mal qu'il pensait des miens, et je suis assuré qu'il me saura gré d'imiter dé- sormais sa noble franchise. C'est du développement de la fleur et plus particulière- ment de l'ovaire de VŒnolhera suaveolens, que s'est occupé M. Duchartre (dans le 18 e volume de la "2 e série des Annales des sciences naturelles, t. IX, p. 339), et c'est dans cette espèce et aussi dans l'Onagre commune que nous avons étudié ces faits auxquels on ne saurait attacher trop d'importance pour la morphologie des ovaires infères. Le travail de M. Duchartre est une sorte de protestation, bien malheureuse, il est vrai, contre les opinions de M. Schleiden, notamment contre celle par lui 26 NOUVELLES OBSERVATIONS ainsi formulée : « Le véritable ovaire infère n'est pas formé par des feuilles carpellaires, mais purement et simplement parl'axe qui se comporte à peu près comme dans le Ficus. Dans ce cas, les feuilles carpellaires ne servent qu'à former le style et le- stigmate; le plus souvent même la cavité ovarienne est déjà assez complètement formée avant qu'on voie la moindre trace des feuilles carpellaires. » M. Duchartre avance qu'il en est autrement dans les Œnothères, et il conclut de ses observations que leur ovaire infère « est, comme les ovaires libres, formé de feuilles carpellaires, qui sont ici au nombre de quatre. Par suite de leur position, ces quatre feuilles ne se sont pas seule- ment soudées entre elles par les bords; mais se trouvant eu contact immédiat avec la base commune des autres verticilles floraux, elles n'ont fait qu'un corps avec elle, etc. » [lac. cit., 348). M. Duchartre ajoute : « Rappelons-nous encore que, dans un état très-jeune, l'apparence seule que présentaient les parois de la cavité ovarienne aurait pu porter à admettre leur nature foliacée. » Cette apparence est cependant souvent trompeuse, et je crois que M. Duchartre n'a précisément ni suffisamment observé, ni correctement interprété cet état jeune du réceptacle floral des Onagres, et que M. Schleiden s'est beaucoup plus que lui rapproché de la vérité. La fleur des Œnothera commence par une masse solide, pleine, un peu déprimée au sommet et à surface parfaitement lisse. Pour quiconque a observé le début d'un rameau axillaire, avant toute apparition de feuille, il n'y a absolument, comme forme et comme situation, aucune différence entre l'un et l'autre. Ce petit réceptacle floral présente bientôt deux ordres de phénomènes qui se produisent plus ou moins simultanément suivant les espèces qu'on examine; ce sont : l'apparition des quatre sépales et la déformation du support qui les a produits, déformation due à ce que son sommet organique s'accroit moins vite que sa portion périphérique. M. Duchartre semble n'avoir vu ces deux phénomènes que confusément ; il ne les a SUR LES 0NAGRAR1ÉES. 27 figurés ({Lie peu nettement; et il faut bien dire <{if il ne pouvait mieux faire avec la méthode d'observation qu'il a employée (1) et en ne suivant pas tous les états successifs de l'évolution. Aussi s'est-il trompé presque dès le début dans l'interprétation du puits dont la fleur est creusée et qu'il représente peu exacte- ment dans la figure 3 de la planche qui accompagne son mémoire. Il semble croire que les parois de ce puits représen- tent un calice gamosépale à ouverture supérieure à peine fes- tonnée. C'est là une erreur matérielle et qui influera dans un sens fâcheux sur toutes les interprétations que l'auteur donnera des états consécutifs de ces parties. Par l'inégal accroissement de ses diverses portions, l'axe floral des Œnothères se creuse au sommet; mais sa dépression est bien moindre que celle qui est figurée ici, à une époque où les sépales, nés deux par deux, en deux actes successifs (ce que n'a pas vu M. Duchartre) et par suite longtemps indépendants les uns des autres, sont bien plus distincts l'un de l'autre et libres dans une bien plus grande étendue que ne le fait voir l'auteur,, car le calice est alors entiè- rement dialy sépale et il demeure tel jusqu'au bout. Au contraire, à l'époque où la cavité florale est aussi profonde que la repré- sente M. Duchartre, il y a longtemps qu'on a constaté la pré- sence d'organes plus intérieurs, pétales et étamines ; et comme il ne les figure pas à cet état, il est probable qu'ils ont alors échappé à ses investigations. Je ne m'arrêterai pas aux quelques inexactitudes qu'on re- marque dans l'observation du développement de ces parties; elles sont sans importance pour le sujet qui nous occupe ici. Quant à l'évolution du gynécée, M. Duchartre, après avoir assez bien vu (fig. 8), tel qu'il est, le jeune âge des feuilles carpellaires entourant l'orifice du puits ovarien, cavité toujours due, comme précédemment, à des développements inégaux dans la masse ( I ) « A l'aide d'un bon microscope catadioptrique » et des dessins « exécutés par le secours d'une chambre claire »; ce qui, dans le cas présent, est tout à f;iit impraticable, même pour les personnes les plus exercées. '28 NOUVELLES OBSERVATIONS réceptaculaire, abandonne malheureusement ht dissection des parties pour avoir recours à des coupes transversales (fig. 11- 15) qui ne peuvent rien pour élucider la question. B.-Mirbel l'a dit : « la coupe est aveugle et la dissection est clairvoyante», et il ne faut pas perdre de vue cette maxime, tout en reconnais- sant, bien entendu, ce qu'elle peut avoir de trop absolu dans la forme sous laquelle elle est exprimée. Avec ces coupes, M. Du- chartre arrive à une suite d'explications et d'hypothèses (p. 346- 353) que je ne me charge pas de débrouiller, mais auxquelles il renoncerait peut-être aujourd'hui. La plus bizarre de toutes, et aussi la plus inattendue, est celle qui le porte ensuite à supposerque la columelle, seule continuation véritable de l'axe, vient (comme une sorte de ligne rigide qui perforerait la base de la fleur, de bas en haut?) tardivement s'interposer à des feuilles carpellaires primitivement soudées entre elles suivant Taxe de la fleur. 11 vaut mieux d'ailleurs ici citer textuellement les dernières conclusions de l'auteur: a 4° que le quatrième verticille est formé, d'après ce qu'exigeait la symétrie, de quatre feuilles carpellaires soudées en dehors à leur base, de manière à former un ovaire adhérent, libres de toute adhérence externe dans le reste de leur étendue qui constitue le style et ses divi- sions stigmatiques ; que les bords de ces quatre pièces ova- riennes se recourbant en dedans donnent naissance à quatre cloisons d'abord réunies au centre dans la jeunesse de l'or- gane, plus tard écartées l'une de l'autre par l'interposition d'un corps central, enfin que celui-ci n'est pas autre chose que la continuation et l'extrémité de l'axe. » Dans YŒnotherà biennis, nous ne pouvons accepter aucune de ces conclusions. Nous n'admettons pas que l'ovaire infère soit totalement de nature axile, car sa portion supérieure (mais elle seulement) est formée par les feuilles carpellaires qui ferment en haut l'ovaire, mais dans une étendue très-peu considérable. Quant à croire que sa majeure partie n'est pas un axe, creusé des loges ovariennes, cela nous est absolument impossible; non pas qu'il faille pren- SUU LES 0NAGRAR1ÉES, . 29 dre le mot « creusé » à la lettre, mais parce que la formation des cavités est due à des accroissements inégaux des diverses régions de la portion ovarienne du réceptacle floral. La consi- dération de la marche des faisceaux dans cet axe le démontre. Ceux qui occupent la ligne dorsale des loges ne répondent pas, pour nous, à des nervures médianes de feuilles carpellaires; mais ce sont des faisceaux de l'axe qui se portent vers la portion périphérique de celui-ci, tandis que d'autres se rapprochent de la position centrale (1). Il y a là, comme l'a si bien établi AI. Trécul, un de ces modes essentiellement variables de la ramification des faisceaux, et ceux-ci n'existent pas à l'époque où commencent à se produire dans le gynécée les déformations caractéristiques dont nous avons parlé, lesquelles donneront à l'ovaire infère des Onagres leur cachet particulier. Je ne sais si l'on pourra toujours maintenir les Gai/opUt/tum comme genre distinct des Œnothera, et il est possible que malgré les grandes différences que présentent le port et les organes de la végétation dans les deux types, on arrive un jour à les unir dans un môme cadre générique. Beaucoup d'auteurs s'accordent de nos jours à ne faire qu'une section du genre Œnothera des Holostigma de M. Spach, qui sont les Sp hœro- stifjma de Seringe. Or Y Holostigma paradoxum de M. Spach (in Nouv. Ann. Mus., IV, 334), qui est]'®., m icrantha de Pres\ {Rel. Harnk., II, 31) et le Sphœrostiyma paradoxum de Cl. Gay (FI. chil., II, 329), est précisément en môme temps, d'après l'échantillon de l'herbier de ce dernier, la plante dont A. de Jussieu a fait le prototype de son genre Gayophytum. On peut se demander comment il se fait que dans ce genre il y ait, avec deuxfeuilles carpellaires et deux loges ovariennes, un fruit déhis- (1) Et l'on conçoit que déjà 0 la méthode naturelle, supprimait par là même la découverte laite en 1789 parÀ. L. de Jussieu. L'important étant d'écarter Adausou, un accord tacite se fit entre les deux partis qu'il eût été dangereux de montrer désunis aux adversaires du dehors. Il fut donc convenu que l'idée de la méthode remontait bien au grand-oncle de A. L. de Jussieu, que ce dernier en avait seule- ment promulgué les lois avec plus de précision et de talent, mais sans les avoir engendrées d'une seule pièce et d'un seul effort, et qu'Adansom intermédiaire par l'âge au neveu et à l'oncle, avait emprunté à ce dernier des idées de méthode qu'il avait souvent dû lui entendre exprimer. De la sorte, l'invention tout entière demeurait la propriété, sinon d'un de ses membres, au moins de la famille des Jussieu. De ce puéril et inique com- promis, dont le temps s'est fait pour ainsi dire le complice, aidé de la force énervante « de la coutume » et du principe d'autorité, « mortel au progrès des sciences)), il n'était pas permis, il l'est à peine de parler même bien bas; et les con- sciences dévoyées se sont émues de toute tentative de réaction contre ces enfantillages dangereux» On a même été jusqu'à taxer ces tentatives de mauvaise action et de crime de lèse-patrie. Et cependant, si la passion aveugle ne s'était pas mêlée à ces questions, le bon sens n'eùt-il pas fait voir, comme on l'a rap- pelé bien souvent, mais sans être écouté par des oreilles pré- venues, que la découverte de la méthode naturelle ne saurait être l'œuvre, ni d'un seul homme, ni d'un seul jour. A partir d'un certain moment de l'histoire des sciences naturelles, par- tout où les objets ou les faits sont devenus assez nombreux pour nécessiter un classement qui en rendit l'étude ou plus facile, ou même abordable, il a fallu faire intervenir une mé- d'un nouveau dictionnaire de botanique. 55 tliode aussi naturelle que possible et qui, pensait-on, serait d'autant plus commode, qu'elle serait plus naturelle. De cette méthode, c'est la logique philosophique,, on peut même dire scolastique, qui a donné le caractère idéal : ranger si bien les objets suivant leurs caractères de ressemblances et de diffé- rences, que les deux plus voisins fussent ceux qui réunissent le plus de traits communs, et qu'au contraire les plus dissem- blables fussent aussi les plus éloignés ; et, par suite, quand on veut connaître le nom d'un objet, aller le chercher au voisi- nage et, si l'on veut, dans l'intervalle de tous les êtres qui affectent avec lui le plus de caractères communs. Le principe de cette méthode une fois conçu et posé, tous les âges et toutes les personnalités ont tenté de s'en rapprocher. Celui-ci a proposé aux classifications connues de son temps telle modification qui fut, à sou sens, une amélioration, et celui-là telle autre ; progrès petit ou grand, contrôlé par l'expérience, puis repoussé comme illusoire ou adopté par la science qui s'en trouvait ainsi grandie. Beaucoup passaient, et la science s'ac- croissait, suivant la parole de Descartes. Telle fut, qui pourrait ne pas le reconnaître, l'histoire de cet édifice gigantesque. Chacun y apportait sa pierre, façonnée et taillée suivant ce qu'il croyait être les meilleurs principes, tous pleins d'ardeur, tous recherchant la vérité avec un courage pareil et un égal désir de mieux faire que leurs prédécesseurs, mais tous inéga- lement doués et inégalement armés pour le succès dans cette belle lutte d'émulation; si bien que tous n'ont pas été égale- ment favorisés et que quelques-uns surpassent les autres « de toute la tête », comme ayant été plus utiles, ou mieux inspirés, ou mieux servis par des circonstances heureuses. Il en est bien peu cependant qui, regardant avec dédain leurs prédécesseurs comme des manœuvres inconscients ou comme des esprits sans portée, se soient considérés comme étant seuls des architectes sublimes, capables d'ériger avec tant de matériaux disparates un édifice « égal à la majesté de la nature ». Pareille faiblesse a été attri- 5G MlÉFACE buée à Linné, sans que le fait suit peut-être suffisamment démontré. Les adulateurs maladroits de Jussicu ne tendaient à rien moins qu'à faire croire qu'il eût été capable de semblable vanité. Plus encore que son immense bon sens, l'honnêteté de Jussieu eût protesté contre de telles prétentions. Ceux qui les ont conçues ont méconnu son véritable génie et ont rapetissé son caractère à leur propre mesure. Ils ont d'ailleurs exposé son œuvre à bien des mésaventures, à des objections telles que celle-ci, souvent reproduite depuis un siècle : Comment se fait-il, a-t-on dit, que cette lumière, éclose en un jour et qui devait désormais éclairer tout homme naissant à la science, n'ait pas garanti Jussieu lui-même de bien des écueils et de bien des erreurs que ses successeurs ont tour à tour essayé de rectifier depuis près d'un siècle? Ce grand mot de méthode n'est-il donc pas un talisman qui doive h jamais préserver de semblables périls? Il n'est que trop vrai que les mots ont joué ici un rôle dont les conséquences furent déplorables. De même qu'on supposait qu'à une série d'hommes plongés jusqu'à un moment donné dans les ténèbres de l'impuissance et de l'erreur succédait tout d'un coup un génie exceptionnel, seul armé du flambeau de lumière, de même, à un moment donné, et sans transition, la méthode surgissait, terrassant le système, seul exposé à toutes les faiblesses et à toutes les fautes : comme on voit, dans ces allégories germaniques d'un autre âge, la Synagogue, un bandeau sur les yeux, abattue d'un seul coup par l'Église éclairée des splendeurs éclatantes de la vérité. Le système, dont le nom n'est pas prononcé sans une sorte de inépris, n'a recours pour classer les objets qu'à un seul ou à un petit nombre de caractères. La méthode, au contraire, fait emploi de tous les caractères, ou du moins de tous ceux qui sont de valeur, et les subordonne les uns aux autres suivant leur degré de valeur. Comme si le système, alors qu'il a recours seulement à plus d'un caractère, et il n'en a -jamais été autre- ment en botanique, dans les temps modernes, ne les faisait pas d'un nouveau dictionnaire de botanique. 57 forcément passer l'un avant l'autre ! Et comme s'il allait à plaisir choisir seulement ceux de peu de valeur pour les appli- quer à l'édification d'une classification ! Quelle plaisante idée, en tout cas, que jusqu'à un jour donné, tous les systématiques aient été, en fait de classification, des gens à vues étroites et embarrassées, et qu'à un seul esprit privilégié soit échue à ce moment en partage la faculté de tout voir, de tout com- prendre, de tout embrasser et de mettre chaque chose à sa place ! À. L. de Jussieu, homme de raison avant tout, eût été bien surpris qu'on lui accordât un pareil rôle dans l'histoire de la science. Il en eût sans doute reporté tout l'honneur à son grand-oncle. Mais je n'affirmerais pas qu'il en eût totalement exclu Adanson. Car il savait bien tout ce qu'en fait de méthode il devait à ce dernier, et combien Adanson avait ajouté à ce qu'il avait pu recevoir de Bernard de Jussieu lui-même. Nous croyons mieux connaître et mieux apprécier le génie de A. L. de Jussieu, à la gloire duquel nous n'avons rien à enlever (1), mais qui, au contraire, nous semble avoir été amoindri au niveau d'un -pur théoricien, alors que c'est dans la pratique que se révèle sa véritable puissance. Depuis que nous étudions ce maître, non avec des phrases sonores et con- venues, mais les faits en main (faits malheureusement trop peu nombreux, mais d'une authenticité irrécusable), nous sommes arrivé à l'apprécier d'une façon toute différente et surtout comme observateur de la nature, soumettant à celle-ci sa clas- sification, et non point la nature à des règles immuables de classement formulées à priori dans sa méthode. En suivant depuis de longues années, dans ses collections, avec un intérêt toujours nouveau et une attention toute respectueuse, la marche qu'a dû suivre son esprit dans la recherche d'une clas- sification naturelle, ses incessants labeurs, ses découvertes pro- (i) Que ceci (et ce qui précède) serve de réponse à ceux qui n'ont pas craint de me prêter calomnieusement, au sujet de Jussieu et de sa méthode, des opi- nions qui n'étaient pas de moi et des écrits auxquels j'étais absolument étranger. 58 PRÉFACE gressivcs et patientes* ses incertitudes, ses retours, nous nous sommes convaincu qu'il n'avait pas la prétention qu'on lui prête de formuler des oracles et une sorte de dogme immuable auquel il faudrait soumettre tous les faits, dut-on les torturer, comme l'ont fait quelques-uns. Ces derniers ont expliqué les imperfections de son œuvre d'une façon bien commode sans doute et bien imaginée. Ils ont distingué de la méthode, laquelle, comme principe, a toutes les qualités et toutes les vertus, et qui est la perfection même, l'excellence immuable, l'infailli- bilité absolue; ils ont, dis-je, distingué la classification qui, elle, n'est que l'application dans laquelle l'homme est sujet à errer, à se tromper de voie, et qui, par suite, peut être imparfaite et l'est souvent en effet. C'est le contraire que nous prétendons; et nous disons aux sectaires, qu'en hommes de peu de foi et peu pénétrés de la valeur de la cause qu'ils ont si aveuglément défendue, ils ont méconnu et altéré (involontairement et incon- sciemment même, si l'on veut) le caractère de ce génie. Ils lui ont accordé comme premier titre de gloire des principes souvent inapplicables, qui ne sont pas même de lui, et qui, si pompeuses que puissent être les apparences, deviennent souvent trom- peurs ou inutiles dans la pratique; et après l'avoir rivé à ces principes, impuissant et enchaîné, ils lui ont ôté le pouvoir de s'incliner et de céder devant la force même de la vérité, d'em- brasser et de comprendre la nature, plus vaste et plus puis- sante qu'un immuable sophisme. Un peu plus, ils en eussent fait un rhéteur vide et un théoricien au lieu d'un grand et fidèle observateur. Et de ce que je vois, je conclus que ce qui est digne d'être admiré et imité dans l'œuvre de Jussieu, et aussi irrépro- chable que possible pour l'époque à laquelle elle s'est pro- duite, c'est non pas sa méthode, mais bien sa classification. Cet ensemble, déjà si considérable de son temps, du règne végétal, après mille efforts dont nous trouvons les traces irré- cusables dans ce petit cabinet où se trouvent réunis ses herbiers et qui est comme un sanctuaire de la botanique française, d'un nouveau dictionnaire de botanique. 59 Jussieu l'a aussi bien ordonné qu'il pouvait le faire de son temps, respectant autant qu'il lui était permis les ressem- blances et les dissemblances entre les divers végétaux. Sa clas- sification est aussi vraie qu'elle pouvait l'être alors; systéma- tique sans doute, il ne saurait en être autrement dans la pratique, mais plus parfaite encore qu'aucune autre de celles qui l'avaient précédée. Et si, forcément, elle ne respecte pas toutes les affinités, si elle ne peut tenir compte de tous les caractères, si elle ne peut tous les apprécier à leur véritable valeur, elle était néanmoins, pour le moment où elle parut, aussi praticable que possible, et sans cela elle ne fût jamais devenue populaire. Quant à la véritable expression de la mêtbode naturelle, on est en droit de dire que c'est Aclanson qui s'en est le plus rapproché. Non pas à son avantage; car il arrive d'ordinaire, comme ou Ta vu par ce qui précède, que se rapprocher de l'idéal de la nature à propos de méthode, c'est précisément s'éloigner du facile et du pratique, partant, du populaire en fait de classification. Celle d'Adanson est à peine connue et il semble que jamais elle ne l'ait été davantage. Je sais bien que ce qui a contribué à ce résultat, outre les singularités repro- chées à Adanson et les difficultés qu'il y a pour le vulgaire de comprendre les idées vastes et élevées, c'est surtout qu' Adanson n'eut ni parents, ni élèves, ni continuateurs pour répandre et améliorer son œuvre, tandis que celle du premier Jussieu fut transmise comme un héritage, non-seulement à une longue série de parents, aune famille tout entière pendant plusieurs générations successives, mais encore à une foule d'élèves que la haute position même de cette famille permettait d'aider, de protéger et de faire arriver aux postes où pouvait se faire une véritable prédication de la méthode nouvelle. Mais en dehors du succès qui, pour l'homme sérieux, ne prouve rien et ne jus- tifie rien, il faut seulement rechercher ce qui, dans la pratique, constitue le caractère d'une véritable méthode : c'est évidem- GO PRÉFACE ment l'emploi, non pas d'un petit nombre de caractères, mais de tons les caractères de valeur. Qu'est-ce donc que l'impor- tance d'un trait d'organisation, et à quoi reconnaître que tel caractère a plus de valeur que tel autre? Ici les avis sont et ont été de tout temps partagés. En botanique, les caractères de premier ordre sont pour l'un tirés de la fleur, pour l'autre du fruit, pour celui-ci de la graine, et pour celui-là des organes sexuels. Tournefort met au premier rang la corolle, Linné les ôtamines et Jussieu les cotylédons. Il est vrai qu'à ce dernier trait, Jussieu, en théorie au moins, en subordonne d'autres qui sont de seconde valeur, puis à ceux-ci d'autres encore qui sont de valeur moindre, et ainsi de suite. C'est-à-dire qu'il les soumet les uns aux autres selon le degré d'importance qu'il leur accorde. Or il est facile, je crois, d'amener la plupart de ceux qui ont si mal compris le génie de Jussieu, à reconnaître que, dans sa méthode, ce qu'ils trouvent naturel, c'est préci- sément la subordination des caractères. La subordination absolue (et il faut qu'elle soit telle, ou elle n'est plus) existe-t-elle donc réellement dans la nature? Qui pourrait l'affirmer? Et combien plus facile ne serait-il pas de soutenir l'opinion opposée ! Est-il un seul caractère, même de premier ordre, qui ne puisse faire défaut à un moment donné, alors que les autres que l'on considère comme infé- rieurs ne manquent pas? Et qu'est-ce d'ailleurs qu'un carac- tère de premier ordre? Est-ce celui que les maîtres, ou le temps , ou le sens commun , nous ont appris à considérer comme tel? Mais un naturaliste ne croit à l'importance d'un caractère qu'autant qu'il n'en a point aperçu les nuances. Celles-ci réduisent souvent sa valeur à rien. Qu'eût dit A. L. de Jussieu s'il avait su que, dans les familles hypogynes par excel- lence, il pouvait se présenter des différences notables dans l'insertion, et que, par exemple, il y a des Renonculacces qui cessent d'être complètement hypogynes et des Crucifères dont l'insertion est nettement périgynique? Lorsqu'un classificateur d'un nouveau dictionnaire de botanique. 61 a accordé, à un moment donné et alors que tous les faits ne lui étaient point connus, une trop grande importance à un carac- tère qui lui paraissait considérable, une exception peut se pré- senter qui ébranle sa foi en la valeur absolue de ce signe auquel il avait cru pouvoir subordonner tous les autres. Mais bientôt, le nombre des exceptions augmentant, si bien qu'au lieu de confirmer la règle, comme Ton dit souvent, elles l'infirment, il est débordé par l'évidence et par le nombre des faits, qui l'obligent à revenir sur une classification qu'il avait d'abord pu croire absolument naturelle. Lorsqu'on dira : « Ce caractère est d'ordre supérieur, ou d'ordre inférieur », heureux et sage celui qui saura sous-entendre : « dans l'état actuel de nos connais- sances »! Car qui sait si cela sera vrai demain? La perfecti- bilité de notre esprit et les progrès constants de la science font que la valeur d'un caractère change avec le temps et môme de jour en jour. Elle varie aussi avec les individus, avec les ten- dances de leur intelligence, l'éducation scientifique qu'ils ont reçue. Pour n'en citer qu'une preuve, Jussieu divise, avant tout, les Phanérogames en Dicotylédones et en Monocotylé- dones. Adanson esl, au seuil même de la science, d'un avis tout opposé : « On sait, dit-il, que dans nos familles, il y a des Monocotylédones mêlées aux Dicotylédones et que je n'admets pas de Polycotylédones. » Autre exemple : Jussieu n'accorde point grande valeur aux caractères de la placentation, et il ne les cite à aucun rang, si inférieur qu'il soit. Endlicher, au con- traire, quoique son admirateur, admet tout un groupe des Pariétales; ce qui dit assez quelle valeur il attache à ce que les ovules soient insérés sur les parois de l'ovaire plutôt qu'ail- leurs. Et ainsi des autres. Ici se dévoilent dans tout leur éclat la sagesse et la prudence d' Adanson, tenant compte à la fois de tous les caractères pour l'établissement d'une classification, et ne s'en rapportant pas, pour juger de leur importance relative, à l'appréciation individuelle, qui varie suivant la tournure de l'esprit, les habitudes scientifiques, le lieu, le temps et même 02 PRÉFACE la nationalité. Si bien que ses principes, s'ils avaient été adoptés, accueillis avec impartialité par ses contemporains, mûris par le temps, perfectionnés par l'observation successive d'un grand nombre de faits, nous eussent rapprochés autant que possible et graduellement de ce qui constitue la classifi- cation naturelle. En même temps, Adanson, admettant que chaque groupe naturel ce a son génie », nous fait voir qu'un caractère qui, dans telle famille, doit prendre le premier rang, ne peut, dans telle autre, recevoir que le deuxième, le troi- sième, ou même être relégué parmi ceux qui sont de minime importance. Mais Adanson, auquel ne faisait pas défaut cette originalité du génie qui est nécessaire pour la production d'une forte œuvre, a manqué de cette autre condition qui féconde et grandit les conceptions du génie, c'est-à-dire des encourage- ments de ses contemporains et d'un milieu sympathique, soit à ses efforts pendant sa vie, soit à la continuation de ses idées après sa mort. On a beaucoup parlé du dénûment absolu dans lequel vécut longtemps Adanson. Guvier a dit que « c'était une chose touchante de voir ce pauvre vieillard, courbé près de son feu, s'éclairant à la lueur d'un reste de tison, cherchant d'une main faible à tracer encore quelques caractères, et oubliant toutes les peines de la vie pour peu qu'une idée nouvelle, comme une fée douce et bienfaisante, vînt sourire à son imagi- nation ». Mais il est permis de dire que s'il a souffert comme homme, comme savant il n'a pas été moins malheureux, et l'on comprend la navrante exclamation qui, à la dernière heure, s'échappa de ses lèvres défaillantes : ce Adieu, l'immortalité n'est pas de ce monde ! » L'anatomie végétale, qui pénètre dans l'intimité des tissus, n'est pas née en France; mais on sait qu'après Grew et Mal- pighi qui, en Angleterre et en Italie, en ont été considérés comme les pères, elle subit dans son évolution une longue période d'arrêt, et que peut-être elle fût longtemps encore demeurée immobile si, an commencement du siècle, un de nos d'un nouveau dictionnaire de botanique. 68 compatriotes ne lui eût donné une vie nouvelle par la décou- verte d'un de ces principes féconds qui renouvellent la face d'une science. Brisseau-Mirbel, né à Paris en 4776, esprit plein de finesse et de pénétration, artiste dans l'âme autant qu'ana- tomiste consommé, proclama dès 1800 l'unité d'origine et de composition des tissus végétaux, qu'il ramène tout entiers à la cellule. La cellule, qu'à cette époque on ne considérait guère qu'à son état de développement ultime et à un âge où, entière- ment constituée, elle n'a plus de modifications importantes à opérer dans sa paroi, la cellule est l'élément végétal unique et fondamental. Susceptible de constituer à elle seule un être végétal tout entier, puis de se multiplier de diverses façons, elle peut, en se subdivisant, ou former autant d'êtres indépendants les uns des autres, ou, demeurant unie à un certain nombre d'éléments semblables à elle-même, constituer un véritable tissu. Le tissu cellulaire est variable à l'infini quant à la forme et à la consistance de la paroi de ses éléments constituants. Quand les éléments s'allongent en tubes qui d'abord étaient séparés les uns des autres par des cloisons, mais qui, plus tard, par suite de la destruction de ces diaphragmes, com- muniquent librement par leurs extrémités, le tissu cellulaire devient tissu vasculaire. D'autre part, les cellules, sans changer notablement de forme extérieure, peuvent épaissir leur paroi, qui s'ineruste de matériaux résistants; et quand il se produit à la fois incrustation et élongation des éléments, c'est le tissu fibreux qui se substitue au tissu cellulaire primitif. Telle est la grande et féconde loi formulée par B.-Mirbel. Je dis féconde, parce que tous ses successeurs se sont, qu'ils en con- viennent ou non, inspirés à cette source, parce que ce principe les a soutenus et guidés dans tous leurs travaux. En France, comme en Allemagne, où la série des imitateurs de B.-Mirbel se termine à H. von Mohl (puisque nous n'avons pas à nous occuper de la pléiade d'anatomistes aujourd'hui vivants qui ont suivie, tous sont ses continuateurs et tous doivent les immenses G4 PRÉFACE progrès réalisés en un demi-siècle dans cette partie de la science à l'immense et féconde découverte de B.-Mirbel. B.-Mirbel, quand il conçut cette grande pensée, s'inspirait peut-être de l'exemple des zoologistes, qui, poursuivant dans leur évolution les divers organes de l'homme et des animaux, avaient tiré de cette étude les conséquences les plus précieuses pour l'interprétation des parties. Ce que B.-Mirbel avait fait pour l'origine des tissus, plusieurs observateurs de notre pays ont tenté de le faire pour les organes delà fleur; d'où cette vérité que < l'organogénie végétale est une science toute française ». La plupart l'ont étudiée avec succès, et leurs recher- ches ont contribué à résoudre une foule de questions impor- tantes et sur lesquelles leurs devanciers étaient en général par- tagés. Tous sontnos contemporains; un seul d'entre eux est mort, et prématurément ; ce qui nous permet de payer à sa mémoire le tribut d'éloges qui lui est dû. Élève de B.-Mirbel, J. B. Payer, homme doué de toutes les aptitudes, également distingué dans la jurisprudence, la politique et les sciences naturelles, fut celui qui publia le plus grand nombre d'observations relatives à l'évolution florale. Il les réunit en 1857 dans un grand Traité d" organogénie comparée de la fleur, où sont étudiées, au point de vue du développement floral et dans leurs principaux types, les familles de plantes qui sont représentées dans nos champs ou nos cultures, au nombre de cent cinquante-trois. Dans cet ouvrage capital, où abondent les observations précieuses et qui est journellement consulté par ceux-là mômes qui affectent de ne pas en reconnaître tout le mérite, on ne sait qu'admirer davantage, ou de la patiente exactitude avec laquelle sont con- statés les faits les plus délicats et les plus difficiles à bien voir, ou de la sagacité qui préside aux conséquences qu'en tire l'au- teur pour la morphologie végétale et la science des affinités. Par la publication de ce livre, une voie nouvelle se trouve si largement ouverte à ceux qui voudront s'adonner à des recher- ches de ce genre et les compléter au besoin, que de l'apparition d'un .NOUVEAU dictionnaire 1>K botanique. 65 de ce traité doit dater, si nous ne nous trompons, une ère nou- velle pour la botanique. C'est en effet dans cette voie, sans négliger, bien entendu, aucune des autres branches de la science, qu'il faudra désor- mais s'engager pour arriver à la détermination de la valeur et de la signification des organes. Elles doivent être établies par l'étude de leurs développements. Et cela n'est pas seulement vrai pour les instruments plus ou moins complexes à faide des- quels s'accomplit la vie d'un végétal, mais aussi pour ses organes élémentaires et ses tissus, comme B.-Mirbel l'avait fait voir, et comme le démontre chacun des progrès de la botanique moderne. Ce n'est pas assez d'avoir établi que tout organe élémentaire, utricule, fibre ou vaisseau, est une modification d'une cellule, mais il faut savoir, en outre, quels ont été les débuts de cet élément unique. En lui attribuant, comme il paraît logique de le faire, un seul et même nom, celui de phyto- cyste, demandons-nous comment il a commencé d'être. Y a-t-il un seul cas où il ait consisté en autre chose qu'en une masse organique, toujours la même? L'élément végétal n'était alors qu'une parcelle pleine et homogène de substance albuminoïde (nous allions dire animale), qui préexistait à la paroi de l'utri- cule et qui, continue et douée de propriétés physiques, chimi- ques et biologiques bien caractérisées, semblables à celles de la matière animale vivante, a reçu le nom de protoplasma. Que sous ce nom soient confondues diverses substances quelque peu différentes les unes des autres, la chose est probable ; mais elles ont toutes des caractères communs et constants, tels que leur apparition en un point quelconque du monde inorganique y soit le début et comme le signal de la vie organique. Cette masse protoplasmique vivante fonctionne, travaille, élabore les matériaux à elle fournis par le monde inorganique et produit des substances plus ou moins avancées en organisation, aussi bien à sa surface que dans son intimité. Intérieurement péné- trée par l'eau et dans des conditions favorables de milieu, elle xii. (20 juillet 1877.) 5 DU PRÉFACE fabrique des principes actifs très-divers, des aliments, des cris- talloïdes, de la fécule, du sucre, des matières grasses, des sub- stances colorantes, telles que celles qui donnent aux feuilles leur teinte verte et aux fleurs leurs couleurs si variées. Ou bien elle s'accroît en s'appropriant les aliments préparés par elle, ou bien elle les met en réserve en vue des besoins ultérieurs. Elle se divise ensuite en masses secondaires qui sont chacune l'origine d'une nouvelle cellule. Donc, sans parler des dépôts de cellulose ou de substances ternaires analogues, qu'elle forme à sa surface et qui constituent l'enveloppe ultime des cellules, cette matière est bien le principe de la genèse et de l'accroisse- ment des tissus ; et comme le phytocyste dont elle est le point de départ est toujours de même origine, malgré les variations extrêmes de sa forme, de même le phytoblaste, dont dérive le phytocyste, peut recevoir un nom unique, quelles que doivent être ses modifications ultérieures, et nous pouvons nous le re- présenter lui-même comme le principe de toute organisation végétale. S'il en est ainsi, la physiologie végétale, c'est-à-dire l'étude des fonctions des organes élémentaires et complexes dont les plantes sont formées, ne saurait, soit quant à l'essence des phénomènes, soit quant à la méthode d'investigation qui lui est applicable, présenter de différences fondamentales dans les végétaux et les animaux. Comme c'est la substance protoplas- mique qui fonctionne dans les uns et dans les autres, les phé- nomènes doivent être de part et d'autre comparables; ce qui justifie cette expression déjà assez ancienne d'un savant célè- bre : qu'il n'y a pas deux physiologies, l'une animale et l'autre végétale, mais une physiologie unique, celle des êtres orga- nisés. Nous ne parlons pas, bien entendu, de ces faits, tout à fait distincts, de réduction chimique, comme celui dont la chloro- phylle est l'agent dans certaines conditions déterminées, et qui n'est pas plus la respiration des plantes que leur prétendue innervation n'est identique avec celle des animaux supérieurs. d'un nouveau dictionnaire de BOTANIQUE. 1)7 Mais à part ces propriétés, qui ne sont point l'apanage de tous les végétaux, ni d'un végétal donné dans toutes les conditions où il se trouve placé, la vie est identique dans les deux groupes; comme l'animal, le végétal se nourrit, combure des matériaux hydrocarbonés, fait de la chaleur, opère des échanges avec les milieux ambiants, et il n'y a sous ce rapport que des différences d'intensité dans les phénomènes observés. Il en doit résulter que les mêmes procédés d'investigation sont applicables de part et d'antre à l'étude des fonctions, et qu'à cet égard, comme sous tant d'autres rapports, la science biologique est une. Aussi, de môme qu'on ne peut à coup sur, nous l'avons vu, déterminer la signification des organes végétaux qu'en étudiant leur mode d'apparition et de développement, de même il faut les mettre en expérience pour connaître leurs fonctions, et c'est dans cette voie seulement qu'on pourra espérer pour fa physiologie des végé- taux des progrès aussi considérables que ceux que les grands expérimentateurs de nos jours ont réalisés en physiologie ani- male. Sans doute, les végétaux étant soumis à l'influencé des forces cosmiques et leurs tissus étant le siège de combinaisons ou de décompositions chimiques, il y a, dans la physiologie des plantes, des phénomènes de circulation, de tension, de direc- tion, de respiration, de calorification, de mouvement, etc., qui, comme les phénomènes analogues produits dans le corps des animaux, doivent être étudiés suivant les procédés qu'em- ploient la physique, la dynamique, la Chimie; mais aussi il y a un plus grand nombre des phénomènes biologiques qui, de même qu'en zoologie, ne peuvent être observés que comme faits d'his- toire naturelle et suivant les méthodes propres à celle-ci. ïl est inutile de faire voir quel danger il y aurait à traiter cette science avec les procédés des autres sciences dont l'essence est et doit demeurer tout à fait distincte. Aussi ne doit-on pas s'attendre à trouver dans ce Dictionnaire de botanique de ces digressions prétentieuses de mathématique, ou de mécanique telles qu'on s'étonne d'en rencontrer maintenant dans un si grand nombre (>8 PRÉFACE d'ouvrages relatifs à l'histoire naturelle. Nous nous rappelons à cet égard ce qu'a dit un des plus puissants penseurs de notre temps : « Il y a dans l'empiétement d'une science sur l'autre un sophisme implicite qui, par ses effets délétères, paralyse tout ce qu'il touche. » A l'époque où la France était le prin- cipal foyer de toutes les études botaniques, on ne méconnais- sait pas dans la pratique cette haute vérité que certains hom- mes voudraient en vain étouffer. On faisait à Paris, dans l'école des Tournefort, desAdanson, desJussieu, des Mirbel, de bonne et solide botanique; on s'attachait à connaître les végétaux, à étudier à fond leurs organes, et l'on ne tentait pas de sub- stituer à cette connaissance quelques formules algébriques ou géométriques. On protestait avec raison, comme l'ont fait ailleurs les véritables géologues, contre cette intrusion presque toujours intéressée, dans une science naturelle, des procédés d'une science mathématique. Il faut se défier, alors même qu'aucun honneur ne leur est refusé, du vrai mérite de ces savants qui sont algébristes ou physiciens parmi les botanistes, et botanistes parmi les chimistes et les géomètres. Quand le Muséum de Paris était le centre véritable et presque unique de la botanique européenne, on tenait à honneur chez nous de n'être que botaniste, comme d'autres auraient pu se glorifier d'être de grands géologues, de grands zoologistes, de grands chimistes ou de grands mathématiciens. La confusion dans les mots et dans les idées ne saurait constituer un progrès dans les sciences. C'est par les naturalistes que les sciences naturelles doivent être étudiées. En dehors des points de statique dont nous avons parlé, toute question de physiologie végétale étant une question de biologie intracellulaire, ne peut être observée que par des micrographes. Il en est de même de tout ce qui touche à la fécondation et à la reproduction, à la multiplication des tissus, à l'évolution des Cryptogames, etc. Ces questions mêmes sont inséparables de celles qui touchent à l'hybridation, à la race et d'un nouveau dictionnaire de botanique. 09 à l'espèce, que des naturalistes seuls sont compétents à tran- cher et que plusieurs de nos contemporains ont traitées avec tant d'éclat. Les affirmations ambitieuses de certains physiciens ou chimistes sur les questions de genèse et de biologie, dont notre temps a été pour ainsi dire rempli, ne sont déjà plus que des théories impuissantes et percées à jour, qui s'écroulent de toutes parts, et dont l'équilibre, tout à fait instable, ne peut plus se soutenir qu'en vertu de forces complètement extra- scientifiques. Elles sont vraisemblablement condamnées à dis- paraître avec leurs auteurs. Combien tout cela n'est-il pas plus vrai encore quand il s'agit de classifications et de ce qu'on appelle aujourd'hui, non sans dédain, la botanique systéma- tique ! Il arrive, malheureusement, qu'en se donnant le beau nom de physiologiste, on s'attire à peu de frais la faveur de ceux qui dispensent les situations scientifiques et se laissent prendre au bruit de prétendues découvertes, bientôt suivies de non moins éclatantes rétractations. Cependant, et par un sin- gulier malheur des temps, les véritables botanistes sont sou- vent, à cette triste époque et dans ce pays troublé, ou pauvres comme Adanson, ou dépouillés comme Tournefort, ou calom- niés comme Lamarck. Ils ne se découragent pas, toutefois, et ils se réfugient dans le travail, qui est pour eux un devoir, un honneur, une consolation et surtout une espérance : celle de voir la botanique française reconquérir un jour le premier rang qu'elle a si longtemps occupé ! NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LES MÉLASTOMACÉES I. — I)U GEXRE TlBOUCHINA. Aublet a créé en 1775, dans son Histoire des plantes de la Guyane française (I, 445, t. 177), le genre Tibouchina pour une Mélastomacée (T. aspera), qui est le Melastoma aromatica deVahlet que Necker a nommée Savastenia. Don, qui s'est occupé des Mélastomacées en 1823, n'a pas supprimé ce genre, puisque De Gandolle le maintient en 1828 comme parfaitement distinct (Prodr., III, 143). Seulement, Don a fait un genre Pleroma qui, depuis lui, a été presque toujours considéré comme différent du Tibouchina, et De Gandolle, de son côté, a divisé les Pleroma de Don en Pleroma véritables et en Lasiandra, sans se douter que les Lasiandra et le Tibouchina sont congénères. Les auteurs plus modernes ont rétabli l'iden- tité générique des Lasiandra, Tibouchina et Pleroma; mais ils ont réuni tous ces types sous le dernier de ces *ioms et ils ont même fait une tribu des Pléromées; ce qui n'est pas admissible, puisque Pleroma est de quarante-huit années plus récent que Tibouchina. Le port des Tibouchina est des plus variables. Il prend un caractère tout particulier dans certaines espèces qui deviennent herbacées. Les poils dont ils sont chargés ont souvent aussi une apparence toute spéciale; mais il y a aussi à cet égard des exceptions et leur duvet peut être de ceux qu'on appelle hispi- dules. La même chose arrive aussi dans les espèces herbacées d'un genre au premier abord fort différent et qui est le premier établi (par ordre de dates) dans le groupe des Pléromées après le Tibouchina d' Aublet. C'est Y Acisanthera de Patrick Browne, .NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LES MÉLASTOMACÉES. 71 dont M. Triana a parfaitement rétabli le cadre, dans sa révision des Mélastomacées (in Tram. Lmri. Soc, XXVIII). Mais la fleur des Acisanthera peut être identique à celle des Pleroma ou n'en différer que par un léger caractère : le développement un peu plus grand des deux saillies intérieures de la base du con- nectif prolongé. Cette particularité n'a guère de valeur pour nous parce qu'il y a des intermédiaires nombreux entre les Aci- santhera type et certaines autres Pléromées, inséparables à notre sens des Tibouchina. Ainsi M. Triana, parlant des Acisanthera, dit précisément que « par les appendices des anthères, doubles et souvent aigus, ils se rangent de préférence parmi les Plé- romées )>. Nous ferons donc des Tibouchina vrais (Pleroma) et des Acisanthera deux sections d'un même genre. Mais ce seront, pour ainsi dire, deux sections extrêmes, et entre l'une et l'autre nous trouverons, comme nous venons de le dire, tous les intermédiaires possibles; et l'on verra qu'à notre sens ils n'existent pas seulement dans le groupe des Pléromées des auteurs actuels, mais encore dans quelques-uns de ceux de la série de leurs Microliciées. Nous ne voulons pas dire par là qu'il n'y a pas de différences entre les Pleroma et la plupart des genres qu'on a placés auprès d'eux; mais nous croyons que ces différences n'ont pas une valeur générique, et que si elles en avaient une, il faudrait, pour être conséquent, pousser bien plus loin encore qu'on ne l'a fait la division des genres. Quelques exemples feront mieux comprendre notre pensée. Certains Acisanthera ont les anthères déhiscentes par un large pore. Les Notherophila ont la même organisation, mais des pores staminaux étroits. On a renoncé à les séparer générique- ment des précédents. Si maintenant nous comparons aux Tibouchina vrais les Purpurella qu'on en distingue comme genre, on voit que les derniers diffèrent uniquement des pre- miers par la largeur du pore apical de leurs anthères. Pour- quoi les en écarter comme genre, tous les autres caractères 72 NOUVELLES OBSERVATIONS pouvant être absolument les mêmes? Les Comolla ont les organes de végétation aussi variables que les Tibouchina. Ils ont les étamines des deux verticilles souvent peu inégales. Leur connectif présente un prolongement plus ou moins long au- dessous de l'anthère, et les deux saillies basilaires du connectit sont plus ou moins prononcées, moins longues que dans la plupart des Acisanthera, un peu plus longues que dans la plu- part des Tibouchina. Les Fritzschia ont à peu près le port et le feuillage de certains Acisanthera; on les a assimilés sous ce rapport à nos Thyms. En comparant leurs étamines à celles des Pleroma, on voit qu'en général celles de ces derniers ont le prolongement du connectif plus prononcé et des saillies un peu plus considérables. Mais l'étamiiie du Fritzschia erecta, par exemple, est celle des Pleroma longifolium Tri., gracile A. Gray, etc., avec un peu moins de longueur seulement; et dans ce cas les Fritzschia ne se distinguent plus des Pleroma que par la surface glabre du réceptacle floral et des sépales, caractère qui ne saurait avoir ici une valeur générique. Dans les Marcetia, qui sont aussi des plantes de l' Amérique méridionale, le réceptacle et le calice sont tantôt glabres et tantôt chargés d'un duvet soyeux. Les feuilles sont petites, analogues à celles des Bruyères, des Ghamselauciées, etc. Leurs anthères ont bien à la base du connectif deux saillies courtes et obtuses, comme celles de la plupart des Tibouchina; mais le connectiflui-même s'avance au-dessous de la base des loges un peu moins encore que dans les Fritzschia, et il s'épaissit d'ailleurs un peu en dehors vers sa base. Il n'y a là, ce me semble, que des nuances qui font des Marcetia une section peu distincte de celle des Fritzschia. Je crois pouvoir en dire autant des Chœlolepis. Ils ont le réceptacle et le calice glabres, ou chargés de poils simples, tantôt pressés et tantôt clair-semés, ou bien encore recouverts de squames triangulaires ou losan- giques imbriquées. Ce caractère est donc extrêmement variable dans un même genre, et l'on pourrait, pour cette raison, le SUR LES MÉLASTOMACÉES'. 73 démembrer. Quanta leurs éLamines, elles sont celles à peu près d'un Fritzschia; mais elles portent une articulation vers le sommet du filet, ce qui nous permettra d'en l'aire une section dans le même genre, mais non davantage. Nous en dirons autant de petits appendices sétiformes situés, chez certains Chœtolepis, en haut et en dehors du réceptacle dans l'inter- valle des sépales, et qui, ici comme dans tant d'autres Méla- stomacées, simulent des stipules étroites des sépales (ainsi que celles des Rosacées). Les Haplodesmium manquent de ces organes surajoutés; c'est pourquoi on les avait génériquement écartés des Chœtolepis. Heureusement que cette séparation n'a pas été maintenue par la plupart des auteurs qui ont récem- ment écrit sur cette famille. Les Heeria peuvent présenter dans le prolongement du con- nectif et dans ses deux appendices inférieurs et intérieurs exac- tement la même configuration que certains Acisanthera. Mais leur port et leur feuillage sont très-différents. Je crois que c'est là surtout ce qui a porté les botanistes à les séparer générique- ment; car on n'aurait pu, dans cette famille, accorder ici plus qu'ailleurs une véritable valeur à ce fait que, des huit étamines, quatre plus grandes ont les saillies et les appendices du con- nectif plus prononcés. Ce qui a du frapper surtout les obser- vateurs, c'est que ces types herbacés ont des fleurs solitaires ou disposées en cymes. J'en dirai autant des Microlepis ; ce sont de petits arbustes qui ont l'aspect si ordinaire à bien d'autres végétaux de leur pays, le Brésil méridional. Us ont des éta- mines iï Acisanthera, avec le prolongement du connectif et les deux cornes basilaires plus longs et plus grêles. Leurs feuilles sont tomenteuses, et leurs inflorescences, tantôt terminales, tantôt axillaires, sont composées et multiflores. Mais ce ne sont certes pas là des caractères génériques dans bien d'autres divi- sions du groupe de végétaux qui nous occupe. Dans les Des- mocelis, les feuilles sont plus velues encore, ainsi que l'ovaire. La tige est simple. Les étamines sont tout à fait celles de cer- 74 NOUVELLES OBSERVATIONS tains Acisanthera des Antilles : les alternipétales pourvues d'un prolongement du connectifet de cornes basilaires pins longs que les mêmes appendices dans les oppositipétales. De plus la paroi des anthères peut être plus ou moins mamelonnée, comme il arrive dans les Heeria. Ce n'est pas là non plus un caraclère qui ait une valeur générique. J'arrive aux Pleroma proprement dits, c'est-à-dire aux véri- tables Tibouchina d'Aublet. Ils se rencontrent dans toute l'Amérique tropicale, même aux Antilles. Ils sont ligneux ou herbacés, toujours velus, et ils ont une fleur pentamère, tout à fait analogue à celle des Fritzschia. Leur port est extrêmement variable, et de même leurs inflorescences; ces dernières peu- vent même être à peu près des capitules. Leurs étamines ont été considérées comme présentant des caractères très-homo- gènes. C'est à tort évidemment. Dans certaines espèces, elles sont tout à fait les mêmes que dans le Fritzschia intëgrifolià Gham. C'est ce qui arrive, par exemple, dans le Pleroma Cha- mœcistusTwi. Le connectif, dans l'une comme dans l'autre de ces plantes, se prolonge un peu au-dessous de l'anthère, et à sa base, sans présenter ni dilatation ni appendices, il s'arti- cule sur le sommet du filet qu'il semble continuer. Dans le Tibouchina oriiata (Pleroma ornatumTm.), la base du prolon- gement du connectif se dilate un peu avant de s'articuler avec le sommet du filet, et dans certaines étamines on peut même déjà distinguer deux petits lobes à cette dilatation. Il en est de' même dans le T. fongïfolium. Dans le T. inappeniliculata (Ple- roma inap pend icnlatam Tri.), les deux lobes sont prononcés, plus distincts; mais le prolongement du connectif au-dessous de l'anthère manquant complètement ou à peu près, ces lobes se trouvent répondre à la base même de l'anthère ; et cependant, on n'a pas songé à séparer cette espèce des autres Pleroma, quoique, par cette particularité, elle se rapproche en réalité bien plus de certains Fritzschia tels que le F. erecta Cham. et Schlchtl. Dans le Tibouchina lepidota; le prolongement du SUR LES MÉLASTOÀIACÉË& 75 connectif au-dessous de l'anthère continue d'être très-court; mais la double saillie intérieure de sa base est bien plus pro- noncée. Par contre, dans le T. trichopoda (Pleroma tricho- podum DC), les saillies sont peu considérables, mais le prolongement du connectif l'est beaucoup plus. Dans les T. ocliijpetala, Moricandiana, barbigera, les rendements basi- laires du connectif, épais, trapus, presque sphériques, sont chargés de poils de plus en plus longs, lesquels, dans la der- nière de ces espèces, commencent à simuler ce qui s'observe dans les Marumia, plantes d'un tout autre groupe, les Médinil- lées, et d'un tout autre pays, l'archipel Indien. Il y a là, en un s mot, une foule de nuances et de transitions qui, môme pour le auteurs qui ont le plus morcelé cette famille, n'ont pas ailleurs été jugées suffisantes pour établir des genres distincts. Nous avons vu comment les Purpurella ne sont que des Pleroma à anthères déhiscentes par un large pore, comme il arrive dans certains Acisanthera, ce qui n'est pas un caractère générique. Les Macairea sont également des Pleroma à duvet plus ou moins riche, à fleurs tétramères, réunies en grappes ramifiées, composées de cymes. Leurs anthères sont pourvues d'un pro- longement inférieur du connectif, comme dans tant d'autres Tibouchina; mais certaines espèces possèdent en outre une petite saillie dorsale à la base de ce prolongement. Quant aux appendices antérieurs, peu développés en général, ils peuvent même disparaître totalement, comme dans le T. multinervia (Macairea multinervia Benth.). Le port et le feuillage se modifient notablement dans les espèces herbacées ou frutescentes dont on a proposé de faire le genre Pterolepis. Cependant les étamines y présentent, dans les diverses espèces, toutes les principales modifications de forme qui s'observent parmi les Pleroma. Seulement le réceptacle et la surface extérieure des sépales sont chargés de soies rameu- ses, et les inflorescences sont parfois presque capitées. On ne peut s'empêcher de trouver une grande ressemblance entre ces 76 NOUVELLES OBSERVATIONS plantes et certains Osbeckia qui appartiennent uniquement à l'ancien continent. D'autre part, il y a des types généralement considérés de nos jours comme génériquement distincts des Tibouchina, mais que nous ne pouvons que réunira ceux-ci à titre de section ou sous-genres. Ce sont : les Ernestia, espèces herbacées, du Brésil, du Pérou, de la Nouvelle-Grenade, dont les feuilles sont assez grandes, glanduleuses, dont les fleurs sont celles des Tibouchina, réunies en cymes terminales, di- ou trichotomes ; les Appendicularia, dont les tiges sont herbacées et les inflorescences spiciformes, mais dont la fleur est bien celle d'un Ernestia; les Nepsera, qui ont le port, le feuillage, l'inflorescence des Ernestia, avec des fleurs tétramères, ordi- nairement trois loges à l'ovaire, et des étamines dont le con- nectif porte un double appendice basilaire et intérieur, subulé, aigu, moins allongé en général que celui des Ernestia. Ce ne sont là, en somme, que des nuances, et non des caractères d'une valeur générique. Quant aux A rthrostemma, plantes des Antilles et des portions les plus chaudes de l'Amérique du Nord, ils ont tout des Nepsera ou des Ernestia. Ils sont herbacés, grêles, à feuilles serrulées, à cymes un peu plus lâches, à fleurs tétramères. La double corne basilaire de leurs anthères n'est pas toujours, mais peut être semblable à celles des Nepsera. Dans les classifications les plus récentes, on distingue bien nettement la tribu des Microliciées de celle des Pléromées. Et cependant il y a parmi les plantes dont on fait des Microliciées des types que je ne puis séparer génériquement des Acisanthera de Ruiz etPavon. Ce sont d'abord les Tulasnea et les Poteran- thera que M. Naudin nomme Onoctonia. Ces deux genres sont- ils suffisamment distincts? Je ne puis le croire. Je ne vois en effet d'autre différence entre l'un et l'autre que l'amoindris- sement du verticille intérieur de l'androcée dans les Poteran- thera; les étamines y sont stériles, imparfaites. Mais on peut Irouver aussi des étamines oppositipétales stériles dans les Tulasnea. Quant aux étamines fertiles, elles oui toutes ce carac- SUR LES MÉLASTOMACÉES. 77 tère de s'ouvrir par un large pore, comme il arrive pour cer- tains Acisanthera vrais. Le port, le mode de ramification, le feuillage, l'inflorescence, la fleur, sont identiques dans plusieurs Acisanthera et Tulasnea. Il est vrai que lesMicroliciées passent pour avoir les semences rectilignes, tandis qu'elles seraient arquées ou cochléaires dans les Acisanthérées. La preuve que ce caractère n'a point la valeur qu'on lui attribue, c'est qu'il y a des graines de Poteranthera qui sont aussi arquées ou même plus courbes que celles de certains Acisanthera type. Le fait est facile à constater. C'est pour cette raison que nous laisserons comme simples sections, parmi les Tibouchina, les genres de Microliciées qui ont été nommés Bucquetia. Svitramia, Meissneria. Les deux premiers ne diffèrent des Fritzschia que par la forme de leurs semences, et nous avons vu combien peu de valeur on pouvait accorder à ce caractère. Il y a bien peu de différences importantes entre les plantes dont nous venons de parler et les trois genres Brachyotum, Pterogastra et Aciotis. De Gandolle et M. Naudin n'avaient même pas cru devoir considérer les Aciotum comme apparte- nant à un genre distinct. Le premier n'en avaitfait (Prodr., III, 184) qu'une section du genre Arthrostemma. Le dernier les laissait parmi les Chœtogastra. C'est M. Triana qui a défini- tivement isolé le genre Brachyotum. Comme organisation fon- damentale de leurs fleurs, de leur androcée, etc., les Bra- chyotum ne présentent rien de bien particulier; mais ils se reconnaissent facilement à leurs fleurs penchées dont les pétales se «rapprochent en une fausse corolle campanulée. Elle n'est point réellement gamopétale. Des bractées imbriquées formant autour d'elles une sorte de calicule peuvent aussi leur donner un aspect particulier. Les Chœtogastra proprement dits sont herbacés, avec des tiges dichotomes, des fleurs à quatre ou cinq parties et des anthères dimorphes dont les alternipétales ont un connectif longuement prolongé au-dessous de l'anthère. Il y a quelquefois à la base de ce prolongement un petit apppndiee 78 .NUL'VEFJ.ES observations qui manque, il est vrai, dans certaines espèces. Ce qu'il y a de plus frappant, c'est le développement des cinq angles du récep- tacle et de la nervure médiane du sépale qui fait suite, en une sorte de crête ou d'aile dentelée qui s'accentue avec l'âge et persiste autour du fruit. Mais est-ce bien là un caractère d'une véritable importance? Ce qui se produit, à cet égard, dans quel- ques autres genres de Mélastomacées où certaines espèces sont pourvues de crêtes analogues et où d'autres en sont dépourvues, ne nous permet guère de répondre par l'affirmative. Les Aciotis ont des fleurs peu volumineuses, peu visibles, amoindries dans quelques-unes de leurs parties. Le port de ces petites plantes herbacées a aussi quelque chose de parti- culier. Le calice est peu développé. L'ovaire n'a quedeuxloges et le fruit est membraneux et indéhiscent. Les étamiues sont au nombre de huit, avec une anthère courte, à pore apical assez large et un connectif dépourvu de tout appendice. Il se prolonge en une colonne grêle qui va s'unir au sommet du filet, de même calibre à peu près, et s'articule à ce niveau avec lui. Aucun de ces caractères n'aurait en lui-même une très-grande valeur, et l'on peut en dire autant du port, qui est cependant assez marqué. Mais c'est encore là une question difficile à décider, et l'on discutera longtemps encore, ici comme ailleurs, je le présume, sur l'importance que l'on doit accorder au port pour la distinction des genres. Je demande seulement, pour fixer les idées, à rappeler ici seulement deux exemples em- pruntés à d'autres groupes. Les Cochlearia officimdis et Armoracia ont été placés par quelques auteurs dans deux genres différents. On a proposé pour le dernier un genre Rapkanis, Armoracia, Roripa, etc. (voy. Adansonia, X, 101), Il est vivace, avec de longues feuilles penninerves, une énorme racine pivotante, une inflorescence très-grande et très-ramifiée ; mais il a à peu près la fleur et le fruit du C. officinalis. Celui-ci, qui est Y Herbe aux cuillers, a un aspect tout à fait autre, avec ses petites feuilles arrondies, SUR LES MËLASTOMACÉES. 79 sa consistance d'herbe annuelle, ses petites inflorescences en grappes simples ou peu rameuses, sa racine fasciculôe. Et toutefois la plupart des auteurs classiques et, dans ces der- niers temps M. Bentham et J. Hooker, ont laissé les deux types dans un seul et même genre. Ce seraient deux sections du genre Cochlearia. Il y a plus de vingt ans que Klotzsch, ayant à sa disposition les nombreuses espèces de Crolon des herbiers de Berlin et de Munich, trouva bon de les distribuer dans un grand nombre de genres différents. Nous en avons indiqué une quinzaine {Et. gén. du groupe des Euphorbiacées , 258, 354), et nous les avons tous réduits à de simples sous-genres ou sections. Cette manière de voir a prévalu. Néanmoins le morcellement pro- posé par Klotzsch ne reposait pas sur des caractères imagi- naires. Il avait observé entre ses différents cenres des dissem- blances réelles, assez comparables, en somme, à celles qu'on a trouvées entre les divers genres voisins des Tibowhina, genres dont nous venons de parler et qui ont été groupés comme autonomes autour des Pleroma ou Lasiandra. Il avait vu que leur port était très-variable; que tantôt c'étaient des plantes ligneuses, et tantôt des herbes; que leurs feuilles variaient de taille, de forme et de nervation et que l'état de leurs surfaces était également fort variable; tantôt glabres, tantôt chargées de poils, ou simples, ou étoiles, ou peltés et écailleux; que leur calice était "tantôt valvaire et tantôt imbriqué; leur corolle formée de grands pétales, entiers ou ciliés, ou représentée par des appendices étroits, bacillaires ou même glanduliformes; que le développement de leur disque était très-variable, ainsi que la forme des styles et leur mode de ramification; que le nombre de leurs étamines pouvait s'abaisser jusqu'à 5-10, ou s'élever jusqu'à plus de 100; que dans ces étamines, l'anthère, le connectif présentaient de grandes différences de taille, de forme, de consistance; que les inflorescences étaient conden- sées ou étirées, simples ou ramifiées, réunissant les deux sexes 80 NO UVKL1.ES observations ou les portant séparés. En même temps, suivant les climats, le sol, la latitude, les espèces américaines, par exemple, affectaient dans leur feuillage des modifications extrêmement nombreuses. On rencontrait des feuilles analogues pour la forme et la nervation à celles des Mélastomacées type, ou bien des feuilles lobées, comme dans les Astrœa; des feuilles héris- sées, glanduleuses, comme dans les Ocalia, Podostachys ; de petites feuilles ovales, rigides, glabres, ou velues, ou ponctuées, dans les Medea, les Timandra, c'est-à-dire des types du Brésil méridional, pays dans lequel les Mélastomacées, que nous rap- portons aux Tibouchina, ont, grâce au terrain et aux autres con- ditions de milieu, le même feuillage à peu près et souvent tout à fait le même port que les Timandra ou les Medea. Je ne parle pas ici des fleurs à sépales inégaux comme celles des Brachy- stachys, dépourvues de corolle comme celles des Hendecandra, à type calycinal 7- 12-mère comme celles des Pilinophytum, etc. Aujourd'hui aussi on s'accorde à faire rentrer ces divers types dans le genre Crolon. La logique veut qu'on agisse de même pour les Pléromées dont nous venons de nous occuper. C'est surtout leur port qui a conduit les savants et scrupuleux obser- vateurs de ce groupe à chercher des caractères floraux qui per- missent de les grouper en genres distincts. Je crois pouvoir dire de cet ensemble de Mélastomacées ce que j'ai dit ailleurs des Croton : « Qu'on démembre ce genre à l'infini, c'est ce que je ne saurais admettre, pour cette raison qu'avec le parti pris d'établir un grand nombre de divisions dans le genre linnéen, il n'y a presque pas d'espèce dont on ne puisse faire un genre distinct. » Peut-être même viendra-t-il un moment où l'on réunira en un seul genre un plus grand nombre de types de Mélastomacées que je ne l'ai pu faire actuellement. II. — Des Micomées et de l'ovaire ineére. M. Triana a rendu un grand service à la classification en réunissant aux Miconia comme simples sections une vingtaine SUR LES MÉLASTOMACÉES. 81 de genres admis comme distincts par ses prédécesseurs. On s'étonne même qu'il n'ait pas été plus loin ; que, par exem- ple, unissant les DiplochUa aux Miconia, il ait conservé comme genre les Pachyanthiis ; qu'il ait jugé ceux-ci distincts des Tetrazygia; qu'il ait laissé les Laceraria dans le genre Miconia, tout en en séparant les Conostegia, etc., etc. C'est là une affaire d'appréciation individuelle à laquelle nous n'avons absolument rien à dire. « Veniam pelimusque damusqm vicissim. » Ce qu'il y a de plus frappant dans l'examen de ce genre Miconia, tel qu'il est limité dans le travail de M. Triana, c'est qu'il renferme à la fois des espèces à ovaire libre et d'autres à ovaire dit adhérent, avec tous les intermédiaires possibles. Il est certain que l'ob- servation des faits et la comparaison de toutes ces espèces entre elles ne permettait pas de faire autrement. Il est donc intéressant de voir qu'un caractère auquel, dans tout autre groupe, on est forcé d'accorder une très-grande valeur, « l'adhé- rence » ou la « non-adhérence » de l'ovaire, perde ici toute son importance. Il y a beaucoup d'autres portions de la famille où il devra être permis également de ne le considérer que comme tout à fait secondaire. Mais il faut en même temps se garder des erreurs d'observation. Il y en a une qui s'est quelquefois produite et qui doit se produire facilement par suite de l'orga- nisation même de la fleur de certains types. Elle est analogue à celle qui a été commise autrefois pour les Raspalia dont on avait cru la corolle épigyne, le calice demeurant hypogyne. On sait aujourd'hui (voy. Adansonia, III, 320; Hist. des plantes, III, 385) que l'insertion est au fond la même dans les Ras- palia que dans les Brunia et la plupart des autres Bruniées, mais que si le calice a pu y paraître attaché sous l'ovaire, c'est qu'on avait arraché par mégarde de celui-ci, à la suite et au- dessous du véritable calice, la couche superficielle de l'ovaire, qui appartient en réalité au réceptacle concave. Dans les Mé- lastomacées, la disposition des parties peut être identique et donner lieu à la même méprise. Ainsi, les auteurs les plus xil. (20 octobre 1877.) 6 82 NOUVELLES OBSERVATIONS récents s'accordent à distinguer le Myriaspora decipiens Naud. de ses congénères (voy. Tri., Melast., 145) par son ovaire qui serait tout à fait libre, tandis qu'il est complètement adhérent dans les autres Myriaspora. Il ne devient libre, en réalité, que quand on a artificiellement détruit ses adhérences avec les parois du réceptacle floral. Pour nous, les Myriaspora ne con- stituent qu'une section à calice calyptriforme du genre Maieta auquel nous unirons encore beaucoup d'autres types. tes Blakea ont été pris par les auteurs les plus récents (Benth. et Hook., Gen., I, 770) comme types d'une tribu par- ticulière, celle des Blakeœ, qui renferme les deux genres Blakea et Topobea. Ce ne sont là pour nous que deux sections d'un même genre, différant surtout l'une de l'autre par la longueur de la fleur et par celle des anthères. Il est à remarquer que par leur ovaire infère, totalement adhérent, déprimé au sommet, ces plantes servent d'intermédiaires aux Myrtacées et aux Mélastomacées, plus voisines néanmoins de ces dernières par la nervation de leurs feuilles. On sait toutefois que ce caractère se retrouve aussi dans quelques Myrtacées. Remarquons aussi que dans les Blakea et quelques genres que nous allons en rap- procher, la forme des anthères particulière aux Mélastomacées s'atténue quelque peu pour se rapprocher de celle des anthères des autres familles, notamment des Myrtacées. Pour nous le type le plus voisin des Blakea est le Bellacia, qu'Aublet (Guian., I, 525, t. 210) avait précisément rapporté au genre Blakea; non sans raison, car certains Bellucia, avec la même organi- sation florale, le même ovaire infère à sommet déprimé qui reçoit les anthères dans la préfloraison, les mêmes éta~ mines, etc., ne diffèrent des Bellucia que par l'absence dans ces derniers des bractées décussées qui forment une sorte d'in- volucre au-dessous de la fleur. Les graines, connues dans les Blakea, non décrites jusqu'ici dans les Bellucia, sont les mêmes dans ces derniers que dans les Blakea, ainsi que nous avons pu nous en assurer. SUR LES MÉLASTOMACÉES. 83 Je ne crois pas que l'on puisse distinguer génériquement les Loreya des Bellucia. Ils ont les fleurs plus petites et constam- ment pentamères ; ce ne sera là pour nous qu'un caractère de section. De plus, nous ne pouvons considérer que comme un Loreya Y Heteroneuron nigricans Hook. f. (Gen., I, 768, n. 121), qui a strictement la même fleur, mais des feuilles penninerves. Nous en ferons, comme des Loreya, une section parviflore du genre Bellucia, et nous noterons en passant ce que M. Hooker dit de son Heteroneuron, qu'il est « mûltis notis Mouririœ affine » . Nous ferons en même temps remar- quer l'étroite ressemblance qui existe pour tous les caractères de la fleur entre un Mecranium tel que M . hœmaniïhum Hook. f. , par exemple, et les Loreya ou les Bellucia. Il est vrai que l'o- vaire n'y est qu'en partie infère ; mais nous avons vu à propos des Miconia ce qu'il faut ici penser de la valeur de ce carac- tère, et l'on sait quelles variations existent, à cet égard, dans les Blakea, par exemple, si voisins à notre sens des Bellucia. Revenons aux rapports étroits des Bellucia ou des Loreya avec les Mouriri d'Aublet (que l'on a inutilement nommés Mouriria). Dans les uns et les autres la fleur peut être penta- mère, et le périanthe ne présentera, dans ce cas, aucun carac- tère différentiel important. Les étamines seront en même nom- bre, et leur organisation générale est celle des Bellucia. Leur anthère dolabriforme est seulement un peu plus longue, et souvent l'éperon basilaire qu'elle porte en dehors de son con- nectif est un peu plus saillant. Mais les loges de l'anthère sont aussi placées vers le bord du connectif qui représenterait le tranchant. Dans le bouton, par suite de l'incurvation des filets staminaux, l'anthère vient de même appliquer son sommet dans la concavité d'une fosse qui surmonte l'ovaire infère et totalement « adhérent». Seulement, les ovules sont généra- lement bien moins nombreux dans les Mouriri, et leur direction est constante. Toujours ascendants, quel que soit leur nombre, et partant du bas de l'angle interne des loges, ils se dirigent 84 NOUVELLES OBSERVATIONS parallèlement les uns aux autres et tournent leur micropyle en bas et en dehors. Par le nombre limité de leurs ovules, les Mouriri, autrefois considérés comme type d'une famille dis- tincte ou d'un sous-ordre à part, servent de passage des Blakea au genre Axinandra dont nous allons maintenant nous occuper, et viennent se perdre pour ainsi dire au milieu de cette série des Blakéées que nous avons adoptée en la modifiant. Le genre Axinandra, établi par M. Thwaites (in Hook. Kew Joum., VI, G6) pour une plante de Ceylan, est encore un de ces types rattachés comme anormaux aux Lythrariacées par MM. Bentham et Hooker (Gen., I, 784) et que nous nous sommes proposé de ramener, autant que possible, à leurs véritables affinités. L'A. zeylanica a des fleurs à réceptacle con- cave, avec l'ovaire enchâssé dans la concavité et légèrement déprimé à son sommetpour recevoir les anthères dolabriformes dont le filet est infléchi dans le bouton. A cette époque, la face des anthères regarde réellement en dehors; mais elles sont introrses et, après s'être redressées, elles s'ouvrent en dedans par deux fentes longitudinales. L'ovaire infère a cinq ou six loges, et chacune d'entre elles contient un seul ovule, inséré vers la base de l'angle interne, ascendant, anatrope, avec le micropyle dirigé en dehors et en bas. Le fruit est à demi enchâssé dans la cupule réceptaculaire, et il finit par s'ouvrir en plusieurs valves pour laisser échapper des graines sans albumen dont la région chalazique se prolonge en une aile membraneuse et verticale. Les feuilles sont opposées, et les branches qui les portent ont quatre angles membraneux qui se prolongent plus ou moins, au niveau de leur insertion, en petites ailes verticales simulant des stipules. Les inflorescences semblent être des grappes. Les caractères qui précèdent se retrouvent dans certains Mouriri, sauf un petit nombre. Les étamines ont le connectif un peu plus développé à sa base, en forme souvent de cône comprimé; il porte une glande dorsale déprimée, et les loges SUR LES MÉLASTOMACÉES. 85 de l'anthère sont, relativement au connectif, plus courtes que celles de Y Axinandra zeylanica. Leurs ovules sont souvent plus nombreux dans chaque loge; mais il y a aussi des espèces où l'on n'en trouve que deux ou trois, et leur direction est la même : ascendants, avec le micropyle extérieur et inférieur. Les riches collections de M. Beccari nous offrent d'ailleurs deux espèces que nous rapporterons au môme genre Axinandra et qui, par le nombre de leurs ovules, sont intermédiaires à VA. zeylanica et à la plupart des Mourir i. Elles en ont, en effet, deux dans chaque loge, insérés tout près de la base de l'angle interne et collatéralement ascendants, avec le micropyle dirigé aussi en dehors et en bas. Nous leur donnerons le nom de Naxiandra, mais sans lui accorder une valeur générique. C'est plutôt, à ce qu'il nous semble, une section du genre Axinandra, caractérisée par les ovules géminés et par la ma- nière d'être des pétales. Au lieu de se disposer en préfloraison tordue, ils sontvalvaires-indupliqués, et leur portion supérieure se dilate en une sorte de cuilleron qui s'infléchit dans le bouton, absolument comme l'étamine superposée qu'enca- puchonné de toutes parts ce cuilleron du pétale, frangé et déchiqueté sur ses bords. Le sommet du pétale, découpé de même en petits lobes membraneux, se replie en dehors et en haut dans le bouton pour coiffer le sommet de l'étamine. Nous avons distingué trois de ces espèces : la première est Y Axinandra (Naxiandra) Beccariana et porte, dans la collec- tion citée, le n° 3458. L'autre, distribuée sous les n os 2036 et 2622, sera notre A. (Naxiandra) coriacea. Toutes deux sont glabres, à rameaux noueux, à feuilles courtement pétiolées, elliptiques-lancéolées, penninerves, avec des nervures secon- daires fort inégales, anastomosées vers les bords et à peu près parallèlement aux bords entiers du limbe. Toutes les deux ont les fleurs disposées en grappes ramifiées terminales. Mais ces grappes sont courtes, peu rameuses, trapues, dans VA . coriacea, dont les feuilles sont très-épaisses. Les inflorescences sont au 86 NOUVELLES OBSERVATIONS contraire grêles et fort ramifiées, avec des fleurs plus petites et plus nombreuses, dans VA. Beccariana, qui a des rameaux peu noueux et des feuilles membraneuses. La troisième espèce (n° 3651) est VA. alata; elle doit ce nom à ce que les ailes et les fausses-stipules de ses branches sont plus prononcées que dans toutes les autres espèces, y compris VA. zcylanica. Ses feuilles sont membraneuses, acuminées et arrondies-cordées à la base. Son inflorescence terminale a les branches moins nombreuses, mais plus épaisses que celle de VA. Beccariana, et ses fleurs sont un peu plus grandes. Toutes ces plantes ont les loges ovariennes biovulées. Une seule d'entre elles, VA . coriacea, est accompagnée de fruits ; ils concordent par leurs caractères avec ceux de VA. zeylanica. Ces types de Mélastomacées à ovules réduits en nombre et même solitaires dans chaque loge, et qui, s'ils étaient descen- dants, auraient le micropyle dirigé en haut et en dedans, avec le raphé dorsal, nous paraissent rattacher cette famille (et par conséquent celle des Myrtacées) aux Cornacées qui ont à peu près la même organisation florale. Il est vrai qu'elles ont l'an- drocée isostémoné; mais il est remarquable aussi que dans les Axinandra et les genres voisins, la forme toute spéciale des anthères des Mélastomacées tend à s'atténuer et à se rappro- cher de ce qu'elle est dans les Myrtacées et les Cornacées. Le sous-ordre des Astroniées a pour principal caractère son mode de placentation : « Ovula numerosa, placentis promi- nulis e basi v. pariete loculorum adscendentibus inserta. » (B. H., Gen., I, 727.) Sans nier cette disposition particulière et son importance, je dois dire cependant qu'elle ne fait pas complètement défaut dans les autres divisions de la famille. Je signale entre autres, et je représenterai à dessein dans Y His- toire des plantes (VII, fig. 14) le placenta du Bertoloniamarmo- rata, inséré vers la base de l'angle interne de chaque loge, obli- quement ascendant et allongé comme l'est celui de plusieurs véritables Astronia. MM. Bentham etHooker ont bien, après SUR LES MÉLASTOMACÉES. 87 M. Triana, reconnu l'erreur qu'a commise M. Decaisne en faisant un genre distinct JSaudinia pour certains Astronia de Tahiti, à calice calyptriforme. Le placenta de ces Naudinia peut être pour la longueur et la direction tout à fait celui du Bertolonia que nous venons de citer. A côté des Astronia se trouvent \qs Pternandra et lesKibessia (le premier de ces genres date de 1820-1822). Ils ne sont certainement pas distincts l'un de l'autre et ne représenteront pour nous que deux sections d'un même genre. Un seul caractère saillant les sépare des Astronia : leur placentation est pariétale, tandis que celle de ces derniers est axile. Qui pourrait croire cependant que la signification morphologique du placenta soit réellement différente dans les deux types? Or, dans les Astronia, on peut bien admettre que les placentas répondent aux bords des feuilles carpellaires, puisqu'ils sont situés là où se trouveraient les bords de ces feuilles, c'est-à-dire vers l'angle interne des loges. Mais dans les Pternandra, qui ont aussi un ovaire par- tagé en loges distinctes, c'est aussi à leur angle interne qu'on doit admettre que répondent les bords des mêmes feuilles, et ce n'est pas en ce point, qu'on observe les placentas; mais ceux-ci se trouvent.au niveau de la ligne médiane de la face supérieure (ou interne) de la feuille carpellaire. La relation est la même quant à la situation des placentas entre les Papaya et les Vasconcellea, ces derniers ayant les placentas pariétaux, tout en possédant un ovaire pluriloculaire; et cependant il semble aujourd'hui bien difficile de séparer génériquement les Vasconcellea des Papaya, et surtout d'admettre que la signi- fication de l'organe placentaire est différente dans les uns et dans les autres. Le placenta des Pternandra occupe, relative- ment à la feuille carpellaire, la place d'un bourgeon axillaire de cette feuille. Je ne crois pas qu'il y ait de différence générique entre les Kibessia et les Pternandra. Ceux-ci ont le réceptacle lisse, tandis que dans les premiers il est recouvert en dehors de 88 NOUVELLES OBSERVATIONS soies, d'aiguillons ou de crochets d'apparence variée. Ce n'est là, à ce qu'il nous semble, qu'un caractère de section. Or c'est en 1828 que De Candolle {Prodr., III, 196) a établi le genre Kibessia, tandis que le volume II des Malayan Miscella?iies,où Jack a proposé le genre Pternandra, date, avons-nous dit, de 1820-1822. La priorité est donc acquise à ce dernier nom. La tribu des Kibessiées n'a point de raison d'être, comme l'ont déjà admis MM. Bentham, Hooker et Triana. Quant à l'opinion de M. Decaisne que c'est un caractère constant des Kibessia, que leur calice « se détache de l'ovaire sous la forme d'oper- cule », il y a longtemps qu'elle n'est plus au courant de la science. III. — Sur les Djssoch/eta et les Maieta. Nous devons élargir de beaucoup le cadre actuel du genre Dissochœta. Notons d'abord qu'on n'a pas attaché grande valeur au nombre des étamines qu'on rencontre dans ses fleurs tétramères. Ordinairement il y en a huit. Mais le D. Diepen- horstii n'en ayant que quatre, on n'a pas cependant fait un genre spécial pour cette plante. Il faudra forcément appliquer ce principe aux Blastus à fleurs tétramères et aux genres voisins qu'on n'en a distingués que par leur androcée diplostémoné, tous les autres caractères étant identiques. J'ai autrefois nommé O.vyotandra, dans l'herbier de Dupetit- Thouars, et j'ai retrouvé dans les collections de Boivin une curieuse Mélastomacée de Madagascar, que j'adjoins aujour- d'hui comme section au genre Dissochœta. Je l'appelle D. sar- corhiza parce qu'elle a des racines tubéreuses, cylindro- coniques, allongées, de la grosseur du doigt. Boivin l'a trouvée en fleur en novembre 1849 « dans la forêt de Tafondrou, à Sainte-Marie ». Il l'indique comme « fausse-parasite ». Ses rameaux assez grêles, renflés au niveau des nœuds, assez ana- logues à ceux de certains ^schynanthes, ont une écorce çà et là SUR LES MÉLASTOMACÉES. 89 chargée de petites saillies verruqueuses. Us portent des feuilles qui simulent d'abord celles de plusieurs Graminées. Longues de 40 à 20 centimètres, sur 1 ou 2 de largeur, elles sont glabres, entières, ensiformes, aiguës, et portent trois ou cinq nervures parallèles qui s'étendent d'un bout à l'autre du limbe, ordinairement cordé à sa base. Peu visibles en dessus du limbe qui doit être charnu quand il est frais, elles se dessinent en blanc sur sa face inférieure. Les fleurs naissent au niveau des nœuds jadis occupés par les feuilles, mais elles n'en occupent pas l'aisselle; elles forment de courtes cymes composées. Leur calice a la forme d'une cupule quadridentée, et avec leurs quatre pétales aigus et tordus alternent quatre étaminesdont l'anthère est prolongée en un appendice conique, comprimé de dehors en dedans et garni sur les côtés de deux oreillettes subulées, souvent aiguës. Les quatre étamines oppositipétales ont presque la même forme que les précédentes et sont à peine plus courtes. Toutes ont une anthère longuement atténuée vers leur sommet poricide et engagé dans une poche interposée au gynécée et au réceptacle. Par sa fleur, cette plante sert d'intermédiaire aux vrais Dissochœla et à quelques genres qui en ont été séparés. Les Dalenia, par exemple, sont tout à fait des Dissochœta; mais leur calice se détache par sa base, à la façon d'une coiffe. Ce caractère ne peut nous servir qu'à distinguer un sous-genre ou une section. Les Omphalopus ne sont aussi que des Dissochœta. Au premier abord, en effet, rien ne semblerait plus caractéris- tique d'un genre que ces singulières étamines à anthères lar- ges et aplaties, à surface toute rugueuse, avec un filet dont le sommet se prolonge en une lame lancéolée, foliiforme, parfois assez large. Mais il y a des intermédiaires entre ces anthères et celles que j'appellerai pour abréger des anthères ordinaires de Dissochœta. Il est vrai encore que dans ceux-ci, le conneclif porte souvent deux saillies basilaires antérieures. Mais ces saillies manquent absolument dans des espèces telles que le 90 NOUVELLES OBSERVATIONS D. Diepenhorstii qui n'a que quatre étamines, à anthères ma- melonnées à la surface et une large expansion dorsale du sommet du filet. La forme de ces anthères se retrouve dans les D. cyanocarpa, divaricata, glauca, etc.; mais leur surface est plus lisse. Les Amplectrum sont-ils génériquement distincts des Dissochœta? Il n'y a en réalité, pour les en distinguer, que quatre crêtes couronnant l'ovaire et quatre arêtes verticales suivant lesquelles ce dernier adhère intérieurement au ré- ceptacle. Nous ne pourrons même considérer que comme des sections du genre Dissochœta les deux types africains, au premier abord si distincts par le port, le feuillage, etc., que M. J. Hooker a nommés Sakersia et Dicellandra. Les pre- miers peuvent être définis des Dalenia à fleurs pentamères ; et les Dicellandra ont, outre les deux saillies antérieures du connectif, souvent grêles et sétiformes, un petit appendice basilaire; caractère auquel, d'après ce que nous avons con- staté dans les groupes précédents, nous ne pouvons accorder une valeur générique. Dans un même ordre d'idées, si nous examinons sans parti pris le groupe, assez éloigné de celui qui précède, que forment les Tococa et les Maieta, nous nous demanderons d'abord si ces deux genres si anciennement connus sont nettement distincts. Plusieurs auteurs ont pensé différemment, et c'est peut-être la force de l'usage qui nous empêche d'adopter leur manière de voir. Admettons donc Tococa comme bien séparé de Maieta. Mais dans ce dernier, combien de rapprochements ne reste-t-il pas à effectuer ! On est assez bien d'accord aujourd'hui sur ce point que la grande vésicule de la base des feuilles, si caracté- ristique au premier abord, n'a cependant pas au fond une valeur absolue. Mais les Microphysca ont tout à fait la fleur des Maieta, et les cinq ailes étroites et dentelées que nous trouvons en dehors de cette fleur peuvent-elles suffire à caractériser un genre? J'en dirai tout autant des Myrmidone ; leur feuille est pourvue de la vésicule basilaire, et dans l'intervalle des sépales SUR LES MÉLASTOMACÉES. 91 leur réceptacle porte en haut et en dehors cinq languettes allongées. Dans les Myriaspora, il y a des sépales un peu plus aigus et le calice se sépare en forme d'opercule. Nous avons vu plus haut que l'ovaire n'y est jamais libre, comme on l'a cru quelquefois. Dans les Calophysa, les fleurs à trois ou quatre parties sont d'ailleurs celles des Maieta, et les feuilles ont sou- vent aussi la base renflée en sac aérien. Les sépales sont ordi- nairement longs, rameux, sétigères, et les inflorescences sont tantôt terminales et tantôt axillaires. De là nous passons facile- ment aux Clidemia, Sagrœa et Heterotrichum entre lesquels il n'y a pas de limite nette à établir. Il n'y a plus de vésicules foliaires dans les Clidemia, mais elles ne sont pas constantes dans les Calophysa et dans plusieurs des types précédents. Les inflorescences sont tantôt axillaires et tantôt terminales ; mais la fleur pentamère est organisée comme celle d'un Maieta. Les Sagrœa ont seulement les inflorescences souvent plus con- tractées, avec des bractées pouvant former involucre ; mais ces inflorescences sont aussi ou terminales, ou axillaires. D'ailleurs les organes de végétation sont ceux des Clidemia, mais les fleurs tétramères sont extérieurement hérissées de poils. Quant aux Heterotrichum, ils ont leurs fleurs 6-8-mères, un peu plus grandes, disposées en grappes terminales de cymes. Mais leurs organes de végétation sont aussi ceux des Clidemia. Nous comptons ne faire de tous ces types que des divisions d'un seul grand genre Maiéla; mais nous n'ignorons pas que cela sur- prendra bien des personnes, et nous concevons parfaitement qu'on puisse faire autrement et donner le nom de genres à ce que nous ne considérons que comme autant de sous-genres imparfaitement délimités. La question n'a pas, il nous semble, grande importance. La forme des élamines a été considérée dans la plupart des groupes de cette famille comme ayant une importance absolue. Cependant il y a des types de Mélastomacées dans lesquels la forme de l'anthère, si spéciale à cette famille, s'atténue beau- 92 NOUVELLES OBSERVATIONS coup. Il suffît d'en ciler comme preuve ce singulier genre Axinandra de M. Thwaites, dont les anthères n'ont plus suffi- samment la configuration ordinaire à celles des Mélastomacées pour qu'on ait jadis reconnu que le genre devait être attribué à cette famille. Nous nous bornons à renvoyer à la note que nous avons publiée sur ce sujet dans le Bulletin de la Société Lin- néenne de Paris. Mais il paraîtra plus étonnant que, négligeant la forme particulière de l'anthère des Amphiblemma, nous re- portions ceux-ci comme simple section dans le genre Gravesia. C'est que les autres traits d'organisation nous forçant de ne pas éloigner l'un de l'autre le Gravesia et Y Amphiblemma, nous avons jugé, ici du moins, que le caractère de la configuration de l'étamine n'avait pas, plus que tant d'autres, une valeur immuable et absolue. Dans le Gravesia, le connectif ne se prolonge pas, on le sait, au-dessous de l'anthère, et dans Y Am- phiblemma, au contraire, il se prolonge beaucoup. Mais dans le Calvoa, que nous ne pouvons non plus séparer génériquement des Gravesia, il y a une sorte d'intermédiaire, car le connectif se prolonge déjà un peu au-dessous de l'anthère et il a aussi une petite saillie en éperon, intérieure au point d'attache du sommet du filet sur le connectif. Il y a aussi une portion du genre hétérogène Veprecella, qui ne saurait, à notre avis, être écartée des types précédents. Nous ne parlons pas, bien entendu, du genre Veprecella tout entier ; il y a certaines de ses espèces que nous ne pouvons suffisamment étudier; elles sont rares et incomplètes dans les collections et n'ont pas été récoltées par les explorateurs les plus récents de Madagascar. Mais dans le V. macrophylla, par exemple, nous avons pu observer l'or- ganisation de la graine qui n'était pas encore connue, et nous l'avons trouvée rectiligne, quelque peu insymétrique, aiguë à une extrémité, pourvue vers l'autre d'une saillie arillaire excentrique du raphé, absolument comme il arrive dans les Gravesia type. SUR LES MÉLASTOMACÉES. 93 IV. — Sur les limites du genre Bertolonia. Pour des raisons analogues à celles qui ont été indiquées plus haut, je ferai rentrer dans ce genre, à titre de sections, les Triolena, Salpinga, Diolena, Macrocentrum et Monolcna, et je rattacherai ces divers types, par l'intermédiaire des Eriocnema, au groupe secondaire des Microliciées. On sait qu'ici encore la configuration des étamines a joué le plus grand rôle dans la distinction des genres. Je prendrai donc d'abord celui où ce caractère s'accentue le plus, c'est-à-dire le Triolena. Tandis que les vrais Bertolonia n'ont que peu ou pas d'appen- dices à la base de l'anthère, les Triolena tirent leur nom de ce qu'ils en auraient trois et très-développés. Ils ont d'ailleurs les loges lisses, tandis que les Bertolonia vrais les ont ondulées. Ce caractère n'a pas non plus de valeur, puisqu'il existe plus ou moins et parfois pas du tout dans les anthères du Diplarpea paleacea Tri. Mais de plus, en examinant un grand nombre de fleurs du Triolena scorpioides, j'ai vu que les étamines alterni- pétales pouvaient présenter au-dessous et en dedans de la base de l'anthère trois saillies grêles, claviformes, descendantes ou ascendantes, suivant le moment, plus longues que l'anthère ou que le filet, et que c'est là le cas le plus fréquent. Mais ailleurs deux de ces appendices existent avec tout leur déve- loppement. Le médian est beaucoup plus court; si bien même qu'il peut disparaître tout à fait. Alors de deux choses l'une : ou les appendices latéraux demeurent égaux, ou bien l'un d'eux devient égal à la moitié ou au tiers de l'autre. Allons plus loin encore : les deux appendices latéraux peuvent, comme dans les étamines oppositipétales, être réduits à de simples mame- lons à peine proéminents. Il est inutile d'insister sur ces faits. Mais il y a quelque chose à dire du mode de déhiscence des anthères, puisqu'on s'est basé sur lui pour distinguer ici des genres. Les Triolena sont décrits comme ayant des anthères 94 NOUVELLES OBSERVATIONS poricides. Cependant, dans l'espèce que nous venons d'exa- miner, on voit les deux ouvertures des loges prendre en bas la forme anguleuse, et le sommet de cette sorte d'angle aboutit au sillon longitudinal de la loge de l'anthère. Les Diolena sont indiqués par MM. Bentham et Hooker (Gcn., I, 732) comme ayant des anthères «.%-rhnosœ »; et plus loin (p. 756), les mêmes auteurs disent de ces anthères : « %-porosœ, porisinfeme in rimas fere productis ». C'est qu'en effet le sillon dont nous parlions dans le Diolena, et qui fait suite au pore apical, a ici deux lèvres qui peuvent se séparer de haut en bas, à la suite de celles de l'angle dont il a été question. Mais au fond les choses se passent de même dans le Monolena et le Triolena. Le Diplarpea est distingué par la présence de dix sépales au lieu de cinq qu'on observe dans les genres qui l'avoisinent. Le fait est qu'entre les vrais sépales il y a cinq dents plus petites, comme il arrive si souvent dans les Melastoma eux-mêmes et dans bien d'autres genres, sans que pour cela on ait conservé des genres à part pour les Melastoma qui manquent de ces appendices accessoires. Je crois que ce qui a le plus porté à séparer des Bertolonia tous ces genres qui les avoisinent, ce sont les appa- rences extérieures des plantes qui en ont été prises comme types, le port, l'état des surfaces, la configuration des feuilles, la profondeur plus ou moins considérable du cornet réceptacu- laire, etc. Il suffit de comparer entre elles les différentes espèces connues du genre Sonerila (qu'on n'a pas démembré) pour voir quelle peut être la valeur de ce dernier caractère. V. — Sur les Microliciées, etc. 11 y a deux ou trois genres de ce groupe que nous avons rapportés à celui des Tibouchinées, quoiqu'ils n'aient pas la graine courbée. D'autres, comme les Castratella, Lilhobhim, Eriocnema, servent de lien entre les Bertoloniées et les Micro- liciées. Le genre qui a donné son nom à ce dernier groupe a été SUR LES MÉLASTOMACÉES. 95 établi par Don en 1823, et ce n'est qu'en 1828 que De Candolle a créé le genre Lavoisiera qui n'est pas suffisamment distinct du précédent et qui pour nous n'en constituera qu'une section. Ici on n'a pas tenu compte du port, de la taille des fleurs, etc., car ces caractères varient d'une espèce à l'autre parmi les Lavoisiera. On a dit avec raison que très-souvent ces derniers ont les étamines des deux verticilles plus inégales que celles des Microlicia; mais ce fait même n'est pas constant et par là perd beaucoup de son importance. Le Trembleya LychnitisDC. , dont Klotzsch a fait un Pyramia et qui a aussi été nommé Microlicia laniflora, se distingue de tous ses autres congénères par son port, son feuillage et l'épais duvet blanc qui recouvre la plupart de ses organes. On n'en a pas fait un genre à part; ce qui est fort heureux. Pour des raisons analogues, le Stenodon suberosus ne nous paraît pas devoir être généri- quement séparé des Chœtostoma; il est à ceux-ci par ses caractères extérieurs ce que le Trembleya Lychnitis est aux autres Trembleya (1). Nous avons encore à signaler quelques points d'organo- graphie qui ne sont pas sans importance. Le premier est relatif aux étamines des Monochœtum. On a dit avec raison que ce genre est exceptionnel parmi les Mélastomacées en ce sens que ses étamines oppositipétales sont les plus grandes et les alter- nipétales les plus petites. Voici ce qui s'observe sur les fleurs (1) Dans la dénomination des genres je n'ai pu, à mon grand regret, suivre l'ordre chronologique absolu, afin d'éviter les confusions qu'une grande habi- tude de ce que j'ai appelé « une coutume injuste » introduirait forcément dans la pratique. De même que je n'ose faire remonter la paternité des noms géné- riques à Tournefort que dans les cas trop rares où Linné ne leur a pas substitué les siens, de même aussi, parmi les Mélastomacées, j'ai dû, par exemple, pré- férer Tibouchina Aubl. à Acisanthera P. Br., parce que ce dernier, dont j'ai cependant bien constaté l'antériorité, n'a pas été employé conformément aux règles de la nomenclature binaire, n'a pas été adopté par Linné et ne figure pas dans celles des éditions de son Systema qui datent de la dernière année du xvm e siècle. En cela, j'ai imité MM. Bentham et Ilooker, qui ont préféré, par exemple, Psychotria, L. à Myrstiphyllum P. Br., évidemment pour éviter d'embrouiller la nomenclature. 96 NOUVELLES OBSERVATIONS fraîches du M. alpestre. Les étamines opposilipétales ont une anthère plus longue, plus grosse et d'une couleur carmin foncé. L'appendice basilaire de l'anthère est bien plus épais que dans les étamines alternipôtales, mais aussi il est beaucoup plus court. Sa couleur est blanche. Dans l'étamine alterni- pétale, cet appendice est bien plus long, bien plus grêle, jau- nâtre. L'anthère est aussi plus grêle que celle des autres étamines, d'un jaune pâle. Il n'y a donc pas absolument pré- dominance pour toutes les parties de l'étamine oppositipétale ; mais il est certain que son anthère est beaucoup moins riche en pollen, et je ne serais pas étonné que dans certaines espèces elle fût absolument stérile. Un second point est relatif à quelques particularités de l'an- drocée, qu'on a passées sous silence parce qu'elles n'ont pas servi, en général, à la distinction des genres : je veux parler des poils ou des corps d'aspect extérieur analogues qui s'obser- vent dans quelques types sur les filets ou les connectifs des étamines. Dans les Pogonanthera, le groupe de ces poils qui garnit une surface assez étendue du dos de l'anthère a été employé comme caractère générique, et l'on sait que dans ces plantes tout autre appendice des anthères a disparu. Mais lors- qu'il s'agit des Marumia, il est souvent bien difficile de distin- guer entre les poils et les cornes du sommet du filet qui sont semblables à celles de tant d'autres genres. Dans le M", muscosa, par exemple, il y a à droite et à gauche, au-dessous de la base de l'anthère, une grande corne subulée. On la distingue des poils nombreux qui l'avoisinent, parce que ceux-ci sont bien plus ténus et finissent par être formés d'une seule cellule ou d'une seule série de cellules. Mais entre eux et les cornes prin- cipales, il y a deux ou quatre cornes plus petites qui tiennent lieu d'intermédiaires; de sorte qu'il est ici difficile de se pro- noncer. Il est plus important de constater les mouvements de déviation dont les filets staminaux sont le siège à l'époque de fanthèse, SUR LES MÉLASTOMACÉES. 07 el qu'il n'est pas facile de décrire succinctement. En général, les étamines d'une Mélastomacée qui s'épanouit se portent d'un côté de la fleur et le style du côté opposé. Comment se fait-il que toutes les anthères, ainsi rejetées d'un seul côté, aient cependant toutes leur concavité tournée dans un même sens, c'est-à-dire vers l'axe de la fleur? Elles regarderaient aussi toutes ce même centre si elles ne s'étaient pas déplacées du tout, et si, demeurant disposées en verticille à la périphérie du réceptacle, elles s'étaient bornéesàs'incurververs le gynécée. Celle qui occupait primitivement celui des côtés de la Heur vers lequel tout le faisceau staminal s'est porté, n'a pas eu d'autre mouvement à effectuer; aussi son filet est-il demeuré aplati de dehors en dedans, sans torsion. Maisl'étamine qui est diamé- tralement opposée à celle-là a dû subir une demi-torsion com- plète de son filet; et quanta celles qui sont intermédiaires par leur insertion aux deux étamines dont nous avons parlé, elles sont aussi intermédiaires par l'intensité et l'étendue du mouve- ment de torsion dont leur filet a été le siège. Il va bien peu de familles de Dicotylédones qui présentent des exemples de préfloraison tordue du calice. On a surtout cité jusqu'ici des Myrsinées et des Ardisiées. Un très-grand nombre de Mélastomacées ont les sépales tordus dans le bouton; et dans ce cas leur torsion se fait en sens contraire de celle des pétales. On est donc étonné de voir M. Duchartre, dans la dernière édition de ses Éléments (p. 1123), donner comme caractère constant du calice la préfloraison valvaire. Presque toutes les Mélastomacées qu'il eût pu étudier dans nos serres ont certainement les sépales tordus. C'est une autre erreur, mais qui entraîne des conséquences pins graves, comme nous le ferons voir prochainement, de décrire dans cette famille le calice comme « libre ou uni à l'ovaire par des cloisons ». Là où se trouvent les cloisons dont il s'agit, le calice n'existe pas; il ne commence jamais que beaucoup plus haut. XII. (20 février 1878.) ESSAI SUK LES LOIS DE L ENTRAINEMENT DANS LES VÉGÉTAUX Un bourgeon naît dans l'aisselle d'une feuille. A l'époque où le tissu de ces organes est purement cellulaire, la feuille est représentée par un croissant à concavité supérieure; le bour- geon, par un mamelon hémisphérique ou conique dont le grand axe est horizontal. Les choses peuvent aller ainsi jusqu'au bout, et le rameau axillaire être alors perpendiculaire à l'axe qui le porte. Ailleurs le bourgeon axillaire subit l'influence de la force verticale, tout en demeurant horizontal. Sa base d'implantation s'élève de bas en haut, et, au lieu d'être circulaire, devient elliptique ou linéaire (Colletia, etc.). Que cependant il y ait (comme le fait est si fréquent) iné- galité de développement dans les diverses régions du mamelon gemmaire; que celui-ci ne s'accroisse que fort peu par son bord supérieur et qu'il grandisse beaucoup avec l'entre-nœud correspondant, par son bord inférieur, la surface qu'on obtien- dra en détachant sa base d'insertion sera obovale, avec la grosse extrémité en haut, ou claviforme. Cette partie, regardée géné- ralement comme le bord interne de l'organe gemmaire, « soudé avec la tige ou le rameau », est cependant sa base organique. Les deux axes pareil chymateux que nous considérons ici, l'un principal et l'autre secondaire, sont peu différents d'âge, et leurs tissus sont presque contemporains; on peut dire qu'il n'y a pas encore entre eux de différenciation organique sensible. (1) Lu ;t l'Académie des sciences, le Jl décembre J 870 (Comptes rendus, LXXXIII, 1150). ESSAI SUR LES LOIS DE l'ENTRALxEMEXT. 99 L'épidefme sert de limite et de barrière entre organes voisins; mais il ne se forme que sur des surfaces libres, et là où il n'est pas, des parenchymes adjacents, d'âges peu diffé- rents, ne se distinguent guère l'un de l'autre. La force verti- cale les entraine simultanément dans les axes épigés, par exemple, et la conséquence en est ce qu'on a souvent appelé un soulèvement. Le fait existe; on l'a interprété, théoriquement toujours, de différentes façons. On l'a attribué à des soudures; mais des soudures réelles existent-elles entre les organes végétaux? Le fait est au moins douteux dans les Phanérogames. On l'a souvent encore rapporté ta des partitions. Pourquoi? Parce que le bourgeon axillaire normal se montrait générale- ment plus bas, à la place voulue par la théorie, et qu'au-dessus de lui on ne pouvait, avec les idées jadis reçues, invoquer que la partition pour expliquer la ramification des végétaux. Cependant la ramification est essentiellement variable ; ses modalités sont infinies. L'Académie a entendu récemment constater ce fait dans un grand nombre de cas particuliers (M. Trécul), et peut-être la cause en pourra-t-elle être dévoilée par l'étude des développements. D'autre part , l'unité du bourgeon axillaire est une notion aujourd'hui contestable. La gemmation multiple est d'une grande fréquence, comme le démontrent, entre autres, les recherches de deux de mes élèves, MM. Damaschino et A. Bourgeois; et bien souvent aussi les bourgeons multiples étant superposés, ou peu s'en faut, leur évolution se fait de haut en bas. Dans ce cas, les bourgeons inférieurs peuvent se comporter comme le supérieur et, comme lui, être entraînés plus ou moins haut par la force verticale; ou bien encore l'existence des épidémies ou la grande différence d'Age des parenchymes s'opposent au soulèvement des bourgeons inférieurs, surtout quand ceux-ci sont d'autres générations que le supérieur. C'est cette différence d'âge qui fait que la limite d'entraîné- 100 ESSAI SUJt l-KS LOIS DE l'EN^PAÎNEMENT. ment répond fréquemment au sommet mêmede l'entre-^nœud, et que l'organe axillaire se dégage au niveau delà feuille qui est immédiatement placée au-dessus de sa feuille axillanle; mais souvent aussi le dégagement a lieu en deçà ou même au delà du sommet de l'entre-nœud» Ces faits, au fond toujours les mêmes, expliquent la situation anormale et extra-maxillaire des inflorescences des Solànées et des vrilles des Cucurbitacées (M. Naudin); celle des groupes floraux in ter foliaires des Apocynées, Aselépiadées, etc., tU^ Ciiphea, des types nombreux que Payer a réunis dans son re- marquable article sur les Inflorescences anormales; celle de la vrille et des inflorescences des Vignes; celle de la cicatrice « stipulaire» unilatérale des lcacinées, qui n'est qu'une attache d'inflorescence entrainéeet caduque; celle du pédicelle sans bractées de certaines Crucifères, dont la fleur est née à l'aisselle d'une feuille bien plus bas que l'inflorescence, etc. Ce sont autant de modes anormaux de la ramification. Chaque auteur en a donné sa théorie et son interprétation. L'entraînement du bourgeon axillaire peut, pour les mêmes raisons, se faire, non du côté de l'axe, mais du côté de la feuille axillante; de là l'épiphyllie apparente du bourgeon axillaire, soit bourgeon foliaire, soit inflorescence; les exemples en sonl présents à la mémoire de tons. Que s'il s'agit de feuilles florales, la loi explique les préten- dues soudures des réceptacles concaves avec les pièces des ver- ticales floraux; l'union congénitale des étamines avec les pétales auxquels elles sont intérieures et parfois superposées; l'insertion, dans bien des genres, à une hauteur très-variable du placenta, d'ovules qui, dans des plantes analogues, se déga- gent tout près de la base d'insertion des parties dites parties appendiculaires du gynécée. L'explication uniforme de tant de laits divers est déjà un point important. On lui a, disions-nous, donné le nom de soulè- vement* Mais si la prédominance de la force verticale a pour ESSAI SUR LES LOIS DE L' ENTRAÎNEMENT. 101 résultat le plus ordinaire l'entraînement de bas en haut dans les axesépigés, il n'en est pas moins vrai que le phénomène se pro- duit aussi dans d'autres directions. Le déplacement oblique ou spirale des bourgeons ou des organes tordus des fleurs, la con- vergence vers un des côtés du réceptacle floral des pétales ou des étamines des fleurs gamopétales anisandres, la déviation d'ovules qui normalement répondaient aux bords internes des carpelles, etc., tous ces phénomènes, qualifiés d'anomalies, sont dus à la même cause. C'est là aussi que nous trouverons l'explication d'une autre question tout aussi controversée, celle delà constitution de l'androcée des Gucurbitacées. Nous pou- vons affirmer qu'il est formé de cinq pièces, primitivement équidistantes, dont souvent quatre sont graduellement entraî- nées deux à deux, l'une vers l'autre, dans le sens horizontal. L'énumération détaillée des exemples ne saurait ici trouver place. Le physiologiste est heureux de trouver, avec une aussi grande variété dans les apparences extérieures, une évolution qui, si nous ne nous abusons, dérive toujours du même lait. On a vu pourquoi nous proposions de le désigner sous le nom d 'entraînement. La cause est anatomique d'abord et indissolu- blement liée à l'évolution même des tissus. L'inégalité d'accrois- sement produit l'irrégularité d'implantation de l'organe adulte. Les apparences de celui-ci varient à l'infini ; mais la loi est une, comme la cause : « Unité dans la variété. » SUR LA SIGNIFICATION DKS ' * DIVERSES PARTIES DE L'OVULE VEGETAL ET SUR L'ORIGINE DE CELLES DE LA GRAINE (1) De nombreuses et longues recherches sur ce sujet tant dis- cuté, je crois pouvoir tirer aujourd'hui les conclusions sui- vantes : Le nucelle, partie fondamentale de l'ovule, le représente seul dans certains cas. Il est constitué ou par une cellule unique, ce qui est très-rare, ou, plus ordinairement, par une masse parenchymateuse multicellulée. Quand l'ovule est formé d'une seule cellule, celle-ci rempli! un double rôle : elle produit dans son intérieur l'embryon et son réservoir alimentaire, l'albumen. Quand il y a plusieurs cellules au nucelle, elles se partagent inégalement cette double fonction : l'une d'elles ou quelques- unes d'entre elles deviennent sacs embryonnaires (a), avec ou sans albumen entre elles et l'embryon, et les autres se bornent au rôle de cellules albuminigènes. L'albumen est donc toujours une production nucellaire, avec des variations dans la situation et la destination des cellules qui le contiennent, origine différente et qu'une épithète suffirait ù îappeler. Dans un nucelle, tonte cellule intérieure semble apte à (1) Présentée à l'Académie des sciences le 17 décembre 1877, cette noie a dû être réduite à sa plus simple expression (Comptes rendus, LXXXV, 1178), mais nous la faisons suivre de quelques remarques additionnelles qui nous permettent d'insister sur plusieurs points importants. SIGNIFICATION DES DIVERSES PARTIES DE L' OVULE VÉGÉTAL. 103 devenir sac embryonnaire (comme le prouvent certaines Loran- thacées), quoique bien souvent il n'y en ait qu'une ou quel- ques-unes qui remplissent ce rôle. Mais l'existence de sacs embryonnaires multiples est plus fréquente qu'on ne pense. Toute cellule nucellaire peut être albuminigène; mais celles de la périphérie du nucelle ont une tendance à l'atrophie, soit quand les intérieures prennent un grand développement et un contenu abondant, soit quand la graine se forme en dehors et même loin de l'ovule. L'albumen, simple ou double, est souvent consommé de bonne heure, de façon que de deux espèces du même genre, l'une peut avoir à l'âge adulte un albumen abondant et l'autre en être complètement ou à peu près complètement dépourvue. Quelques ovules, comme ceux de l'Acanthe, etc., ont été depuis longtemps considérés comme exceptionnels parce qu'ils passaient pour être dépourvus de téguments. Quiconque a suivi toute leur évolution, a distingué à un certain âge leur tégument et leur nucelle. Adulte, le nucelle présente à son sommet organique une légère dépression, point d'accès de l'agent fécondateur. C'est une petite fossette plus ou moins large et à bords plus ou moins proéminents, comme dans le nucelle des Conifères (b), de la plupart des Ombellifères, des Rubiacôes, d'un grand nombre d'autres Monopétales, etc. On a dit ces nucelles dépourvus de téguments. Si cependant leur bourrelet marginal se trouve séparé de la surface de l'aréole par un léger sillon circulaire, on le décrit comme une très-courte secondine, ou bien on a donné à tort tout le reste de celle-ci comme « soudé avec la base du nucelle ». Il n'y a là que des nuances, des degrés peu différents de déformation secondaire du cône nucellaire. Il y a ça et là, parmi les Ombellifères (c), Rubiacées, etc., des espèces où le bourrelet se produit plus ou moins loin du sommet du nucelle et qu'on regarderait comme munies d'un court tégument ovulaire. De là on passe par tous les degrés J04 Sl'lt LA SIGNIFICATION intermédiaires, etsouvenl dans un même groupe naturel , à des ovules donl Le nucelle est enveloppé dans toute sa hauteur d'un sac complet el n'affectant avec lui d'adhérence que vers sa base. Ce rebord, ce bourrelet, cel anneau cowtt, celle cupule par- tielle et ce sac complet sont de même nature. Ce sont de- expansions circulaires el consécutives du nucelle déformé, el non un organe différent de lui. C'esl le même parenchyme, qui n'a pas de système libéro-vasculaire qui lui soit propre; "I si, par exception, il acquiert plus lard {\i'< vaisseaux, ceux-ci viennent d'ailleurs et ne lui appartiennent pas en réalité. Ces laits suffisent déjà à différencier la secondine d'un ovule de l'enveloppe qui lui est assimilée dans l'ovaire des prétendus Gymnospermes (d). La primine ou enveloppe extérieure de l'ovule manque sou- vent. Elle ne se développe pas comme une feuille à laquelle on Ta parfois comparée. Elle débute souvent, comme la secon- dine, par un bourrelet circulaire et parfois ne se développe pas au delà. Souvent elle finit par se vasculariser, mais son sys- tème libéro-vasculaire ne se comporte pas comme celui d'une feuille auquel on l'a assimilé. Ce sont des branches (\os fais- ceaux de trachées quise rendent à la chalaze (e) el dont l'exis- tence parait en rapport avec l'alimentation du cône nucellaire. Rien ne prouve que cette enveloppe, plus ou moins pronon- cée, soitde nature foliaire, ni par sonorigine, ni par son tissu (f). Hien ne prouve, par conséquent, (pie l'ovule soit comparable à quelque organe simple ou complexe (pie ce soit, faisant partie du système végétatif. L'ovule ne peut être assimilé ni à une feuille, ni ;i une branche, nia un bourgeon. Il n'est pas formé d'un axe et d'appendices (//>, connue l'analogie l'avait fait suppo- ser. Tout ceque M.Trécul a. dans une longue suite [de travaux, si bien dit de la non-identité de la fleur et du gynécée avec les branches et les feuilles, doit, à plus forte raison, s'appliquer au svslèine ovulaire. qui est un système propre, sut generis, de DES DIVERSES PARTIES DE L'OVULE VÉGÉTAL. 105 nature parenchymateuse, et où l'état vasculaire (là où il se ren- contre) ne semble qu'accessoire et non essentiel. La portion indispensable de l'ovule, le nucelle, n'est qu'un parenchyme adapté pour servir de support au véritable organe femelle, le sac embryonnaire qui seul représente l'ovule dans certaines Phanérogames inférieures (à cet égard). Si ces principes étaient acceptés, rien ne deviendrait plus simple (malgré la diversité des cas de détail) que l'intelligence des parties extérieures de la semence et de leur ^origine. De combien de façons un parenchyme, d'abord homogène, ne se ditférencie-t-il pas, suivant ses couches, dans un grand nombre d'organes végétaux, et notamment dans ceux de la fructification chez les Cryptogames ! Quand un ovule a double enveloppe, les téguments séminaux peuvent être fournis : 1° par le sac embryonnaire, 2° par le nucelle, 3° par la secondine, 4° par la primine. Dans les deux premiers cas, il s'agit généralement de téguments de très-peu d'épaisseur; on les a parfois décrits comme tegmen. Dans le troisième cas, la secondine peut devenir mince, sèche, ou même se résorber. Plus rarement elle s'épaissit et s'incruste; et alors, ou elle demeure simple, ou bien elle se dédouble en deux couches, ordinairement très-dissemblables comme épais- seur et comme consistance. La primine peut se comporter de même : ou elle se réduit à une lame mince, desséchée, morte (h) ; ou bien elle persiste, soit simple, soit décomposée en deux ou plusieurs couches : l'interne dure ou mince, flexible; l'externe dure aussi, ou sèche, ou molle, succulente. Nous ne nous arrêterons pas ici aux couches épidermique et arillaire, dont nous nous sommes occupé ailleurs (i). Les variations de détail sont telles et ont, au fond, si peu d'im- portance, que dans trois genres voisins, appartenant à un même groupe naturel, on peut voir la primine, par exemple, ou sa couche superficielle, devenir : dure dans le premier, mince dans le second, épaisse et charnue dans le troisième (/.•). Dans 106 SUR LA SIGNIFICATION deux genres, si peu différents l'un de l'autre, qu'ils ont pu être rapportés à une même tribu d'une même famille (/), on peut voir les enveloppes séminales vraiment dignes de ce nom, provenir, dans Tune de la primine, dans l'autre de loute la secondine (m). Lors du durcissement d'une portion des téguments^ notam- ment de la secondine, le point par lequel les vaisseaux du raphé ou du hile se rendent à la chalaze, est souvenl protégé contre l'envahissement des matières incrustantes. Il existe à ce niveau, dans l'enveloppe testacée, comme un second micro- pyle, toujours antipode du premier, et qu'en raison de sa posi- tion et de ses usages, on peut nommer hétéropyle ou trophopyle. A ne considérer que les apparences de l'état final, la paroi testacée qui est creusée de ce canal, sépare dans certaines semences deux systèmes vasculaires : l'un extérieur à elle, et l'autre intérieur, beaucoup moins fréquent, issu de la cupule chalazique, et qui a été attribué, soità la secondine, soil même au nucelle (m). Cette portion intérieure n'est cependant qu'une extension d'un seul et même système et se produit tardi- vement. La logique de certaines théories a conduit à tort quelques auteurs à considérer la présence de ces vaisseaux dans la secondine comme une preuve de sa nature foliaire (n). Il y ;i (Tailleurs deux cas, plus fréquents qu'on ne pense, où l'étude des téguments séminaux ne saurait rendre compte de la nervation et de la signification des enveloppes ovnlaires. Le premier est celui des ovules qui n'ont pas d'enveloppe on n'en ontqn nn rudiment au voisinage dumicropyle (o). lise rapporte à un tiers peut-être des Phanérogames : à la 'plupart des Monopétales et à certaines Dialypétales. Là où il n'y a jamais en d'enveloppe ovnlaire, c'est-à-dire sur la presque totalité de la jeune graine, on voit une OU plusieurs couches de parenchyme se différencier et constituer {\i^ téguments. Ceux-ci ne sauraient être le résultat de la transformation d'en- veloppes ovnlaires qui n'existent pas à ce niveau. DES DIVERSES PARTIES DE L'OVULE VÉGÉTAL. 107 L'autre cas, plus fréquent aussi qu'où ne croit, est celui où les enveloppes, quoique bien développées dans l'ovule (en leur absence le résultat serait le môme), s'arrêtent dans leur évolu- tion, et où le sac embryonnaire, sortant plus ou moins du nucelle, développe loin de celui-ci, dans la portion apicale, un embryon et un albumen. Autour d'eux, ses parois modifiées constituent des téguments séminaux auxquels ne saurait con- courir une enveloppe ovulaire qui n'a jamais existé à ce niveau. Les faits qui précèdent exigent qu'on ne juge jamais de la connaissance des enveloppes séminales d'après celle des enve- loppes ovulaires (//) , et qu'on supprime les expressions de testa (q) et de tegmen appliquées aux téguments de la graine et malheu- reusement étendues par quelques auteurs à ceux de l'ovule végétal. Il conviendrait d'énumérer seulement les couches spermodermiques, en les distinguant les unes des autres par les caractères de leur tissu. a. — M. Duchartre est aujourd'hui, je crois, le seul auteur qui n'admette dans aucun cas la pluralité de ces organes; car en parlant du sac embryonnaire dans la dernière édition de ses Eléments (696), il dit : « enfin il est toujours unique. » Dans la première édition (596), M. Duchartre avait ajouté : «sauf, d'après M. Schleiden, chez le Gui, qui en réunit deux ou trois.» Si cette phrase a été supprimée dans l'édition la plus récente, ce n'est probablement pas à cause des réserves formulées par M. Sachs (Traité, tr. v. Thieg., 657), car au même endroit cet auteur écrit : ce Gomme nous l'avons vu parmi les Gymnosper- mes, chez les Taras, il arrive aussi chez les Angiospermes que plusieurs sacs embryonnaires apparaissent au début dans le même nucelle; il en est ainsi, d'après M. Tulasne, chez les Crucifères, etc. » Or il y a bientôt trente ans que M. Tulasne 108 SUR LA SIGNIFICÂB10N (in Ann. se. nat., sér. 3, XII, 81) admettait comme évidente la pluralité des sacs embryonnaires dans la Giroflée. Nous avons vérifié ee l'ait incontestable e1 nous avons constaté son existence dans plusieurs antres Crucifères. M. Hofmeister a démontré, il y a vingt ans, la pluralité des sacs embryonnaires dans certains Loranlhîis, LepidôceraS) Viscum, etc. -l'ai fait voir, il y a une quinzaine d'années, que certaines autres Loranthacées peuvent avoir de nombreux sacs embryonnaires. (Consulter aussi sur ce point le Jahrbiicher de M. Pringsheim, vol I, 1. 15, fig. 2.) h. — Il faudrait bien se garder de confondre la légère dépres- sion qui s'observe au sommet du nucelle encore jeune et parfai- lementintactd'un grand nombre de Conifères, et qui est tapissée de cellules tout à fait entières, continues, un peu plus larges seulement dans un bon nombre de cas que les cellules sOiis- jacentes, avec une cavité plus ou moins considérable qui se produit par disjonction des tissus dans l'intérieur même de la masse nucellaire, comme il arrive lors de la formation de cer- taines « chambres polliniques ». Pour admettre que je fasse, en quelque cas que ce soit, une semblable confusion, il faudrait être pourvu d'une forte dose, ou de naïveté, ou d'audace. Quanl à cette dépression apicale qui n'implique aucune destruction de tissu, elle est absolument identique dans le nucelle (\^ Conifères où je la signale et dans celui d'un grand nombre d'es- pèces de Oïdium et d'Ombellifères indigènes, par exemple, et je délie qu'entre l'une et l'autre on puisse montrer une diffé- rence quelconque. Je ne parle, bien entendu, que des faits d'observation et non point des théories de gens qui n'étudient la botanique que dans les livres et qui ne peuvent pas toujours bien comprendre les choses qu'ils n'ohl pas sous les veux. c. — En général, les Ombellifères dont l'ovule reviehl de la sorte' à l'état regardé ailleurs comme normal, sont des plantes qui, par l'organisation florale ou par les caractères extérieurs, peuvent être considérées commedes types anormaux. Nous cite- rons comme exemple les Lar/mcia, Trachymêne, Eryngiurà et un DES DIVERSES PARTIES DE i/oVULE VÉGÉTAI.. 109 grand nombre de genres d'Àraliées, dont plusieurs espèces nous ont montré des ovules pourvus d'une enveloppe assez distincte. Mais comme, malgré ces différences extérieures, ces plantes ne peuvent être écartées du groupe des Ombellifères, il est remar- quable que dans une famille extrêmement naturelle, il y ait des ovules dépourvus ou à peu près de tégument, et d'autres où l'existence de ce tégument est manifeste. C'est là une nouvelle démonstration de ce théorème que le tégument n'est pas un organe autonome et n'est qu'une portion plus ou moins saillante d'un autre organe, le nucelle. d. — Ce n'est pas ici le lieu de revenir sur la valeur de la Gymnospermie, prétendue loi d'exception que rien ne justifie, et qui, nous l'avons répété souvent, constitue une dangereuse théorie. Nous ne saurions espérer qu'elle soit abandonnée de sitôt, car elle est officielle, notamment dans ce pays, et il semble que hors d'elle il n'y ait point de salut. Hors d'elle, il est vrai, il n'est pas non plus de récompense académique. Que les prétendues Gymnospermes soient, d'une manière générale, très-différentes des autres Phanérogames, le fait est incon- testable ; mais on devrait voir que c'est par des caractères très- sérieux d'organisation et d'évolution ovulaire et séminale, et non pas par des traits superficiels se rapportant aux enveloppes extérieures de ce qu'on peut considérer comme ovule ou sac ovarien. La gymnospermie est née comme idée d'une sorte de boutaded'un naturaliste de génieet plus tard consacrée malheu- reusement par un mot auquel la science officielle s'entête à ne pas renoncer. Mais les traits sérieux d'organisation intérieure et de biologie auxquels nous faisions tout à l'heure allusion n'apparaissent pas de toutes pièces et comme subitement dans les Conifères, les Cycadées, les Gnétacées. Ces dernières sont- elles encore gymnospermes pour le monde officiel ? Nous ne saurions le dire. Mais pour l'observateur non prévenu, elles relient invinciblement les Conifères aux Loranthacées et à un. grand nombre de Balanophoracées que nous nous proposons 110 SUR LA SIGNIFICATION de ne pas séparer des Loranthacéés. Nous reviendrons, bien entendu, sur tous ces points, et surtout quand il s'agira de dis- cuter avec des gens qui préfèrent l'observation directe des faits au fétichisme des croyances établies. Pour le moment, nous nous bornons à rappeler qu'à notre sens, on n'a pas le droit de refuser de considérer les Loranthacéés connue gymnospermes, si l'on regarde comme telles les Conifères ou les Cycadées; qu'on n'a pas le droit, si l'on admet l'ovule nu des Conifères ou des Gnétacées, de blâmer ceux qui ont décrit comme gymno- spermes certaines Balanophorées. attendu que cette dernière famille est, pour beaucoup défaits, l'une de celles qui expli- quent le mieux l'organisation des Conifères; qu'il n'y a pas d'ovule qui se développe comme celui des prétendus Gymno- spermes; qu'aussi bien à l'état vivant que parmi les espèces éteintes, il y a des enveloppes dites séminales de Gymnospermes qui présentent des traces plus ou moins prononcées de lignes de déhiscence régulières, comme les péricarpes seuls peuvent en porter; que les deux ou trois couches vasculaires et parfois si riches qui se montrent dans l'enveloppe dite ovulaire des Gymnospermes sont des prolongements de celles du support de la fleur femelle, et ne se comportent pas comme les sys- tèmes vasculaires qu'on peut à un moment donné observer dans les téguments séminaux ; etc., etc. Si l'on devait d'ailleurs considérer comme un caractère essentiel delà nature foliaire du tégument ovulaire ce fait « que le système libéro-vasculaire de la graine ne possède 'qu'un seul plan de symétrie», la plupart des fleurs femelles des Conifères ne sauraient représenter des graines; car de même que l'ovaire des Salsolacées, etc., auquel on les a souvent comparées, leur sac tégumentaire présente deux plans de symétrie: l'un d'eux répond à la nervure médiane de ce que nous appelons les feuilles carpellaires, et l'autre, perpendiculaire au premier, aux bords réunis deux à deux de ces mêmes feuilles, .le répèle d'ailleurs qu'il serait prudent de ne jamais prendre pour type d'ovule orthotrope, dans l'étude DES DIVERSES PARTIES DE L'OVULE VÉGÉTAL. 111 de la distribution des éléments anatomiques, la fleur femelle d'une Gymnosperme quelconque, puisqu'il y a encore contes- tation sur la véritable valeur de cette fleur. e. — Il s'agil ici, bien entendu, des graines anatropes et pourvues, par suite, d'un raphé. L'idée qui consiste à démontrer la nature foliaire du tégument ovulaire extérieur par la distri- bution des faisceaux libéro-vasculaires ne supporte pas un examen un peu attentif. Quand les ovules sont anatropes, les nervures sont disposées des deux côtés d'un plan de symétrie, et rappellent par là ceux des deux moitiés d'un limbe foliaire ; mais nous verrons que cette disposition est une conséquence de l'anatropie et de l'existence d'un raphé, c'est-à-dire qu'en somme, elle dérive de la forme des organes et n'explique point leur signification. D'autre part, quand les ovules sont ortho- tropes, la distribution des faisceaux peut devenir tout à fait différente; ce qui est toujours une conséquence de la forme des parties et non de leur véritable valeur. Il importe tout d'abord, disais-je, de ne point prendre d'exemples parmi les pré- tendus ovules orthotropes des Gymnospermes, puisque leur nature est encore l'objet de grands débats. Et cependant la plupart des ovules dits orthotropes étudiés sous ce rapport par les auteurs les plus récents sont des fleurs femelles de Conifères. En dehors de ces plantes, l'ovule orthotrope a généralement dans son tégument externe des faisceaux qui s'élèvent en rayon- nant de la circonférence de l'anneau ombilical. Soit sur une coupe transversale, soit sur une figure schématique, on est donc forcé de représenter ces faisceaux comme disposés régu- lièrement suivant une circonférence ou un anneau. Leur dis- tribution devient alors celle que la théorie accorde aux. fais- ceaux des organes axiles. On tourne la difficulté en les com- parant aux faisceaux du limbe d'une feuille peltée. Mais, à ce titre, la feuille peltée cesse donc d'être une feuille ! Il est facile de trouver des passages entre la feuille digitinerve ordinaire et une feuille plus ou moins peltée ; on y verra en même temps le Il°2 SUR J.A SIGNIFICATION passage de la disposition bilatérale à la disposition circulaire des faisceaux. Il en est de même des ovules el des graines ; el si Ton veut examiner la question sans parti pris, on verra que la disposition des nervures est foncièrement la même dans une graine orthotrope et dans une graine anatrope, les différences (qui se relient entre elles par toutes les nuances possibles) ne tenant qu'à une question morphologique. Ces faits sont plus faciles à observer sur la nature ou à faire comprendre par des figures théoriques qu'à expliquer par des descriptions. Dans un ovule de Noyer, par exemple, les nervures s'élèvent du pourtour de l'ombilic à lit façon des nervures d'un axe, d'un réceptacle de Figue, si l'on veut. Une section transversale pratiquée un millimètre au-dessus duhile, porte une coupe (\r> Faisceaux disposés comme ceux d'une branche. Qu'on suppose, ce qui se réalise dans beaucoup d'autres plantés, un commen- cement d'accroissement unilatéral dans l'ovule, c'est-à-dire une de ces inégalités d'accroissement qui caractérisent souvent. le début de l'anatropie; en même temps que le micropyle, se portant un peu de côté, cessera d'être exactement superposé au bile, il se produira un commencement de raphé. On sait Ce que" cela veut dire. En réalité, le très-court raphé vertical qui se portail de la surface du bile à la chalaze superposée, deviendra plus long, plus oblique de bas en liant et de l'axe vers la périphérie de la cavité ovarienne. Le plan vertical du raphé coupera en deux moitiés symétriques la base réelle de l'ovule, tout à l'heure circulaire et horizontale, actuellement elliptique el oblique suivant la direction que nous venons d'in- diquer. Les nervures du tégument ovulaire continueront de naître de la ligne de contour de cette ellipse el pourront être distinguées en deux groupes symétriques, situés l'un à droite et l'autre à gauche du plan raphéen. Lorsque l'anatropie et l'élongation du raphé seront portées an maximum, c'est-à-dire quand le micropyle sera venu rejoindre le bile, et que, de l'autre coté de l'ovule, le raphé occupera toute la hauteur de celui-ci, DES DIVERSES PARTIES DE L'OVULE VÉGÉTAL. 113 l'ellipse dont nous parlions tout à l'heure sera devenue une figure considérablement étirée, dont les bords verticaux droit et gauche, extrêmement rapprochés l'un de l'autre, pourront être considérés comme sensiblement parallèles, et continueront l'un et l'autre à donner naissance aux nervures libéro-vascu- laires. Celles-ci seront alors disposées symétriquement de chaque coté d'un plan vertical unique, comme il arrive dans les moitiés d'un limbe penné; mais, au fond, la disposition sera demeurée la môme que dans l'ovule orthotrope à couronne circulaire de nervures. Le changement apparent de nervation ne sera que la conséquence de la déformation graduelle de l'organe. Il y a donc des ovules orthotropes nervés circulai- rement comme un axe, et il est logique d'admettre, comme on l'a fait, que dans les ovules anatropes, la nervation est fon- cièrement de même nature, malgré les apparences différentes de l'état final. /'. — Ce qui prouve qu'il ne saurait y avoir entre les deux enveloppes de l'ovule une grande différence comme signifi- cation, c'est la façon dont ce tégument double se développe dans un grand nombre de types, perdus, pour ainsi dire, au milieu de familles où la formation des téguments ovulaires est, au premier abord, bien différente. On sait, par exemple, qu'il y a des Rosacées et des Renonculacées à tégument ovulaire simple, et d'autres où il est double. Que se passe-t-il souvent dans ces dernières? Prenons pour exemple un certain nombre de Prunus. Leur ovule est d'abord représenté par le nacelle ; une enveloppe se forme autour de lui. Pendant longtemps cette sorte de sac s'élève en demeurant simple. Mais plus tard le bord épais de son ouverture se dédouble de façon à être par- couru par un sillon circulaire dont les deux lèvres représen- teront plus tard ce qu'on appelle la primine et la secondine. Une Renoncule étant pourvue d'une seule enveloppe ovulaire, si le bord de son enveloppe se dédouble de la façon que nous venons de dire (par inégalité d'accroissement des différentes xii. (20 février 1878.) 8 114 SFR LA SIGNIFICATION zonesdece bord), on aura l ; o ville d'un Delphinium, par exem- ple, dont l'enveloppe est finalement double. On ne peut guère douter que l'essence des téguments ovulaires soit au fond la même dans un genre tel que le genre Helleborus. Nous ferons voir cependant qu'à coté de YH. fœtidus dont l'ovule n'a qu'une enveloppe, il y en a d'autres où l'enveloppe esl réellement double, avec tous les intermédiaires possibles entre deux cas aussi absolument tranchés. g. — On a poussé si loin la comparaison entre le tégument ovulaire extérieur et une feuille, qu'on a distingué toute une catégorie de graines « à rapbé vrai » qui auraient sur leur enveloppe non-seulement un système de nervures répondaul à celles d'un limbe foliaire, mais encore un pétiole représenté par le raphé. On a supposé que dans ces semences « on peut imaginer tout autour de l'embryon un sae à parois vasculaires, formé par le limbe de la feuille carpellaire dont les bords externes se sont soudes pour enclore la cavité séminale, 'sans que le rapbé prenne aucune part à la constitution de cette enceinte. Le rapbé représente le pétiole qui, resté en dehors, se serait appliqué extérieurement sur la suture des bords de la feuille carpellaire; c'est pour cela qu'il constitue un second plan vas- culaire extérieur au premier. » Nous croyons qu'il n'y a pas de rapbés indépendants de la graine et, comme on l'a supposé, «libres». Nous n'admettons pas davantage que le rapbé puisse représenter le pétiole indépendant d'une feuille. Si, dans bien des cas, nous devons distinguer deux systèmes libéro- vasculaires dans une graine adulte, l'un intérieur et l'autre extérieur à uneenveloppe épaisse, testacée, on verra qu'au fond nous reconnaissons l'unité de ce système vaseulaire, lequel n'a été partagé tardivement en deux portions que par le durcissement consécutif d'une couebe de tissu interposée à deux fractions d'un seul et même tout. Nous n'admettons pas non plus que jamais 1rs bonis d'un tégument séminal foliiforme, primitive- ment libres, aient pu ensuite se souder entre eux. DES DIVERSES PARTIES DE l' OVULE VÉGÉTAL. 415 h. — Gomme il arrive dans le Ricin et autres Euphorbiacées analogues où l'on m'a reproché d'avoir décrit le tégument su- perficiel de la graine comme se détruisant, et en même temps que lui le raphé qui le parcourt. Les expressions que j'ai em- ployées sont sans contredit beaucoup trop absolues; mais au point de vue physiologique, qui pourrait contester que le raphé et la couche inerte qui le renferme ont cessé d'exis- ter dans ces semences? J'en ai donné comme preuve qu'on peut les enlever l'un et l'autre par des fottements ou des grat- tages plus ou moins énergiques, suivant les espèces, de façon à réduire ces graines anatropes à n'avoir plus de raphé (ce qui était considéré comme l'essence même de l'anatropie) , sans qu'elles perdent aucun de leurs caractères essentiels et sans qu'elles cessent d'être aptes à germer. Il est connu, par exem- ple, même des pharmaciens, que les graines de Croton TigUwm, dépourvues de leur couche superficielle, qui tombe quelquefois assez facilement, et devenues dans ce cas noirâtres de jaunâtres qu'elles étaient à l'état complet, n'ont rien perdu de leurs qualités et germent tout aussi bien que celles qui ont conservé la primine et le raphé. Pour les gens difficiles, je substituerai donc à l'idée de destruction du raphé dans ces graines, celle de dessèchement, d'inertie et de réduction à un cordon inutile. Mais je n'espère pas pour cela satisfaire complètement ceux qui sont impeccables. L — J'ai avancé, au sujet des arilles, cette proposition, fort blâmée par les botanistes de notre pays, que ces organes con- sistaient toujours en cellules superficielles hypertrophiées, et à contenu très-variable, naissant de toute la surface de la graine ou d'une seule de ses régions ou de plusieurs régions à la fois. J'ai dit aussi que ces cellules restaient indépendantes (poils), ou bien demeuraient unies entre elles par deux bords (ailes), ou de toutes parts, comme dans les arilles type. M. Duchartre est un de ceux à qui cette simplification de la question des arilles a déplu, mais c'est probablement parce qu'il n'a pas HO sirn la signification bien compris le sens de mes paroles. Je lis en eflét dans la deuxième édition de ses Eléments (p. 783) : RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. Mais les Ombellifères en manquent souvent, le plus souvent dans cette grande série de la famille qu'on a nommée Hetero- sciadiœ. D'autres, comme le Pappea (nommé par M. Bentham Choritœnia), les ont remplacées par une série de réservoirs arrondis. Ces mêmes réservoirs seretrouvent dans les Uelarhrea et les Myèdocarpik, considérés par MM. Bentham et Hooker comme des Araliacées. Quand le noyau d'une Araliée à ovaire dimère, comme le Sciadopanàx (qui est un Panax), a des côtes distinctes, il y a dans leurs intervalles des bandelettes figurées parB. Seemann (Journ. Bot., III, 73, t. 27). One beaucoup d'Ombellifères n'aient pas plus de columelle (carpophore) que les Araliées, c'est là un l'ait trop bien établi pour que nous y insistions. Autrefois encore on admettait que les carpelles des Araliées ne se séparaient pas intégralement les uns des antres à la maturité, comme ceux des Ombellifères. Aujourd'hui MM. Bentham et Hooker disent avec plus déraison : « Carpdlîs rarissime xpontesecedëntibw. » C'est que cette disjonction se fait dans les fruits des Myodocarpus placés par eux parmi les Araliées et inséparables en effet des Delarbrea, dans lesquels elle ne se produit pas de cette façon. C'est qu'elle se fait aussi dans les Horsfieldia, rangés par Endlicher parmi les Ombelli- fères, mais qui sont si bien des Araliées, que Seemann les a placés dans le môme genre que le Panax liorridum Sm. La définition la plus inexacte de tous points qui ait été donnée de l'organisation des plantes de ce groupe, est certaine- ment celle du récent ouvrage de M. Duchartre (Élém*, éd. 2, 1429), (pie nous reproduisons intégralement : « Arbres ou arbrisseaux, rarement herbes vivaces, à feuilles simples ou composées, sans stipules. Fleurs en ombelles ou capitules dis- posés en grappe simple ou composée; 5-10 pétalesà large base, valvaires, isostémones, rarement diplostémones. Ovaire ^2-15- loculaire; styles autant que déloges, distincts on pins ou moins connés. Fruit en baie ou sec, n'isolant au pins que l'endocarpe de ses loges. » Voici maintenant les points principaux qu'il RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. 127 conviendrait de réformer, dans l'intérêt des débutants qui pourraient étudier la botanique dans cet ouvrage. 1° « Sans stipules » est trop absolu, puisque le seul Aralia que cite M. Duchartre (A . papyrifera) est décrit partout comme ayant des stipules extrêmement développées. MM. Bentham et Hooker (Gen., I, 936) citaient (en 1867) les Aralia vrais comme ayant « stipulée a basipetioli parmn prominentes », et indiquaient comme pourvus de stipules (constamment ou non), si peu saillantes qu'elles fussent : les Pentapanax, Aralldium, Myodocarpus, Dclarbrea, Fatsia, Bidymopanax, Hélwingia, Sùiadophyllum, Sckefflera, Gastonia, Poli/scias, Psexdopanax, Eleulherococcits, Heptapleurum, Trevesia, Brassaia, Bendro- panax, Osnioxi/lon, Arthrophyllum, Cussonia, Heteropanax, Brassaiopsis, Macropanax, Oreopanax, Plerandra et Tupidan- thus, c'est-à-dire 27 genres sur 38 qu'ils admettent dans cette famille, ou plus des trois quarts. 2° Admettre que les Araliacées ont « 5-10 pétales à large base, valvaires » est aussi peu exact. Dix ans avant l'époque où écrivait M. Duchartre, MM. Bentham et Hooker avaient pro- posé dans la famille une« série des MacHnlaijieœ (Gen.,\. 933), caractérisée par des pétales rétrécis en onglet à la base, à la façon des Ombellifères ». C'est un point sur lequel nous revien- drons bientôt à propos de quelques autres genres océaniens ; il est important surtout parce qu'il établit un lien de plus entre les Araliées et les autres Ombellifères. Il est peut-être plus grave encore de ne voir, comme M. Duchartre, que des pétales valvaires parmi les Araliées. Toute la série des Araliées^ admise par les auteurs les plus récents, est distinguée, avant toute chose, par l'imbrication des pétales. B. Seemann, le monographe de ce groupe, dont les travaux remontent jusqu'à 1864 et même au delà, voulait même qu'on plaçât dans deux ordres distincts celles des Araliacées connues de son temps qui avaient des pétales imbriqués (et elles étaient nombreuses), et celles qui avaient les pétales valvaires et dont il fait ses Hédé- 128 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARAL1ÉES. racées. M. Duchartre place d'ailleurs parmi les Araliaeées les Adoxa dont la corolle est partout citée comme imbriquée. 3° M. Duchartre dit les ( Heurs « isostémones , rarement diplostémones ». Cependant M. Gray a l'ait connaître en 1854 deux genres d' Araliaeées à fleurs plus que diplostémones, les Tetmplasandra etPlerandra. En 1850, MAI. Hooker et Thom- son ont fait remarquer que ÏAralia pulchella ou Sciadophyllum pulchellum des revues horticoles, qu'ils nomment Tupidanthus, se distingue par ses très-nombreuses étamines. En 1864, le monographe des Araliaeées donne au premier chapitre de son travail ce titre : « On the polyandrous Gênera », et en 1867 MM. Bentham et Hooker distinguent dans cette famille une « série des Plérandrées », qui a pour caractère principal : « Stamina oo {petalis numerosiora) ». Quant aux Heurs réelle- ment diplostémones parmi les Araliaeées, M. Duchartre n'en pourrait peut-être pas citer un exemple incontestable et constant. 1" Le nombre de loges que M. Duchartre attribue aux Ara- liaeées n'est pas exact non plus (« ovaire 2-15-loculaire»). 11 y ades Araliaeées à une loçe. Blume les a décrites au commence- ment de ce siècle sous le nom d' Arthrophyllum^ et De Can- dolle reconnaissait (en 1830) qu'elles appartenaient effective- ment à ce groupe. Dès 1800 même, Dnpetit-Thouars signalait un genre d' Araliaeées uniloculaire, (pu 1 MM. Decaisne et 1 Man- chon ont nommé Cuphoearpus (en 1854). Seemann a l'ait, dix ans après,, un article spécial sur les « Gênera with one-celled ovary referred to Hederaceœ» (Jourft., Il, 204), cl nous verrons plus loin qu'il y a à la Nouvelle-Calédonie d'autres Araliées à ovaire uniloculaire. D'autre part, il y a des Plerandra qui ont une vingtaine de loges, d'après M. Hooker, et dans Y Ara lin palehella (Tupidanfhus) , dès 1850, le même auteur en avait compté « in quoque flore vitra 90 ». 5° M. Duchartre s'est encore trompé sur le l'rnil qu'il décrit « en baie on sec ». Presque toujours le fruit des Araliaeées a RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. 129 des noyaux, ordinairement épais, durs, très-dislincts. Sur 38 genres, MM. Benlham et Hooker en décrivaient 30 (en 1867) comme pourvus de noyaux (pyrenœ). Un grand nombre des erreurs qui viennent d'être signalées sont partagées par M. Decaisne (Trait, gén. Z?o£.,253), qui donne aussi comme caractères généraux des Araliacées des stipules nulles, des étamines en nombre égal ou rarement double ou triple de celui des pétales, de 2 à 15 loges à l'ovaire ; pour fruit « une baie charnue ou sèche», etc. Le même auteur distingue dans la famille : des Araliées, dont la préfloraison se- rait valvaire, sans paraître s'être aperçu qu'il y a beaucoup d'Aralia, le premier genre qu'il énumère,dont les pétales sont imbriqués; et une tribu des Adoxôcs. Il y avait alors une dou- zaine d'années que Payer avait fait voir que, dans son mouve- ment d'anatropic, l'ovule des Adoxa dirige son micropyle en haut et en dedans, contrairement à celui des Aralia. Pour M. Decaisne (loc. cit., 244), les Cornées « ne diffèrent (des Araliacées) que par leur fruit drupacé et leurs feuilles opposées d. Nous venons de voir que le fruit des Araliacées est presque toujours drupacé; et comme parmi les Cornacées, telles que les admettent les auteurs les plus récents, il y a 37 espèces à feuilles alternes sur G w 2, il résulterait de la manière de voir de M. Decaisne, si elle était adoptée, que les trois cin- quièmes des Cornacées ne pourraient être scientifiquement distingués des Araliacées. Ce qui s'est produit depuis une quinzaine d'années et plus, dans la pratique, démontre mieux que tous les raisonnements combien il est impossible de séparer les Araliées des Ombelli- fères comme famille. De Candolle a fait des Astrotricha un genre nouveau d'Ombellifères. MM. Benlham et Hooker en font une Araliacôe voisine des Panax. Seemann adopte cette ma- nière de voir et déclare que Y Astrotricha est : « So closely allied to Nothopanax, that il cari only be separatcd by artificial cha- ractcr. » De Candolle, puis Endlichcr, rangent aussi les Iîors- xn. (20 novembre 1878.) 9 130 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. fieldia dans la famille des Orabellifères. Ce sont des plantes extrêmement voisines de YAralia papyrifera, dont malheu- reusement nous connaissons mal le fruit : Seemann les met dans le même genre que le Panax horridum, et MM. Benlham et Hooker les placent dans les Araliacées, près des Astrotricha. M. Vieillard, Brongniart et Gris décrivent \e& Delarbrea et les Myodocarpus comme Ombellifères; MM. Bentluun et Hooker les considèrent comme des Araliacées. L'Apleura, ayant le fruit drupacé, est indiqué comme Araliacée; il n'est peut-être pas génétiquement distinct des Azorelles, qui sont des Ombelli- fères. B. Seemann, l'homme qui a le plus étudié les Hédéra- cées, croit avoir de bonnes raisons pour y comprendre les genres Crilhmum et Hydrocotyle. C'est que toutes ces plantes appartiennent à une seule et même famille. Nous allons main- tenant étudier, sous le nom de Pseudosciadium, une plante qui a la fleur d'une Ombellifère avec le feuillage d'une vraie Ara- liée; ce sera un anneau de plus dans cette chaîne qui relie invinciblement les deux groupes l'un à l'autre. Le Pseudosciadium Balansm est une plante de la Nouvelle- Calédonie, qui est à la fois intermédiaire aux Myodocarpus et aux Delarbrea d'une part, et de l'autre aux Araliées et aux Ombellifères. Ses fleurs sont dimorphes, polygames-monoïques et tout à fait celles d'une Ombellifère proprement dite ; la forme des pétales s'éloigne un peu de celle que l'on connaît aux pétales des Myodocarpus, mais surtout leur mode de préfloraison. MM. Benlham et Hooker ont placé les Myodocarpus et les Delarbrea dans leur section I de la famille des Araliacées, celle des Araliées, ainsi caractérisée : « Pelala plus minus imbricala, basilataaf/iva. » Si cette définition s'applique bien aux Myodo- carpus dont les pétales sont aussi larges à la base que ceux des Aralia, elle ne se prête guère à ceux des Delarbrea, qui ont la base atténuée, et quelquefois même en un onglet fort étroit. C'est déjà une preuve que ce caractère de la forme de la base des pétales ne saurait être assez important pour constituer une RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. 131 tribu, car les Delarbrea ne peuvent être placés bien loin des Myodocarpus. Le caractère de la préfloraison n'a pas une valeur plus absolue (comme nous en donnerons bien d'autres preuves). En effet, le Pseudôsciadium, dont nous nous occupons en ce moment, est voisin à la fois des Myodocarpus et des Delar- brea; nous avions même cru d'abord pouvoir le faire rentrer dans le premier de ces genres. Et cependant ses pétales sont valvaires, concaves et quelquefois légèrement indupliqués, comme ceux des Mackinlaya. Gomme dans ceux-ci, leur face interne est partagée par une petite crête verticale en deux demi-cuillerons qui, dans le bouton, reçoivent chacun une loge des anthères voisines. De plus, leur base est plus ou moins rétrécie, suivant les fleurs qu'on examine. Quand le rétrécis- sement est un peu prononcé, ces pétales deviennent à peu près ceux du Mackinlaya macrosciadea F. Muell., c'est-à-dire ceux de certaines Ombcllifôres vraies. Il résulte de ce qui précède que la tribu II des Araliées, nommée par MM. Bentham et Hooker Mackinlayiece, ne peut être conservée ; le seul genre qui la constitue ne diffère que par ses feuilles digitées et ses onglets un peu plus longs du Pseudôsciadium, qui lui-même ne peut quitter le groupe des Myodocarpées ou Araliées. Le Pseudôsciadium a été découvert par M. Balansa (n. 3380) « dans les bosquets situés près de l'embouchure du Dotio ». Il a une tige (vraisemblablement ligneuse) « presque simple, de 3 mètres de hauteur, et des fleurs d'un blanc verdâtre ». On peut supposer qu'il a à peu près le port d'un Palmier, car on voit ses feuilles naître les unes près des autres vers le sommet de la tige, qui se termine par une vaste inflorescence. Toute la plante est glabre. Les feuilles, alternes, ont un long pétiole dont la base est dilatée en un court anneau (stipulaire?) qui embrasse le rameau. Elles sont composées-imparipennées, avec 11-15 folioles pétiolulées, opposées ou alternes, ovales-oblongues, à peine insymétriques à la base, entières ou serrulées, penni- véniées et très-brièvement acuminées. L'inflorescence peut 132 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARAL1ÉES. avoir un demi-mètre de longueur. Son axe, grêle, est ramifié, et ses ramifications elles-mêmes se divisent en pédoneules grêles chargés d'ombellules dont les pédicelles floraux sont articulés loin de la fleur qu'ils supportent. Il y a deux sortes de fleurs. Les unes, plus rares, formant plus ordinairement (mais non constamment) les ombellules terminales, sont femelles ou her- maphrodites. Les autres, bien plus nombreuses, ont un ovaire, et il peut renfermer des ovules. Mais leurs styles sont courts, et leurs pétales sont généralement plus petits. Il est possible qu'elles ne soient pas fertiles. Dans les autres, dont les pétales ont un limbe plus concave, pins développé et un onglet souvent mieux marqué, les styles sont tout différents. Ils sont presque aussi longs que l'ovaire lui-môme, et au lieu d'être obtus, peu divergents, ils deviennent claviformes, récurvés au sommet. La ils sont pourvus d'une surface papilleuse qui finit par devenir brunâtre, et ce tissu stigmatique se prolonge même le long du bord interne du style, de chaque côté d'un sillon à peine per- ceptible. Les styles des Myodocarpus et des Delarhrea ont une configuration différente. Dans les derniers ils se terminent par un renflement qui, appliqué contre celui de l'autre style, con- stitue avec lui une sorte de tête épaisse. Dans les premiers, le sommet de chaque style est géniculé. Il porte une petite branche perpendiculaire au style lui-même, qui se dirige en dedans, horizontalement ou à peu près, et va croiser la petite branche correspondante de l'autre style. Le fruit mûr du Pseudosciadium ne nous est pas connu. Mais quoique arrivé à un certain âge et renfermant déjà une jeune graine assez volu- mineuse, nous le voyons demeurer comprimé sans produire sur ses bords des ailes comparables à celles des Myodocarpus, ni dans son épaisseur des réservoirs résineux comme ceux qui, dans ce dernier genre, proéminent de bonne heure dans Tinté- rieur du péricarpe et viennent s'imprimer en creux sur la sur- face de la semence. Les types néo-calédoniens dont nous venons de nous occuper RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. 133 ne sont pas les seuls dont les pétales, se rétrécissant à leur base, se rapprochent de la forme de ceux des Macklnlaya, et par conséquent des Ombellifères. Il y en a un autre, que nous nommerons, pour cette raison, Apiopetaluïn, et qui est déjà représenté par deux espèces. La première qui ait été connue et qui a été trouvée par Pancher, il y a près de vingt ans, n'a rien dans le port et le feuillage d'une Ombellifère, ni d'une Araliée. Ses feuilles, en partie couvertes de duvet, rappellent beaucoup celles des Broussaisia, de diverses Gesnôriacées, etc. Elles sont alternes, atténuées inférieurement en un long pétiole dont la base se dilate un peu. Leur limbe oblong-oblancôolé, quelquefois subspatulé, est simple, aigu au sommet, tout découpé sur les bords en dentelures glandulaires-aiguës, à peu près perpendiculaires au bord du limbe, penninerves et réti- culées. Jeunes, elles sont entièrement chargées, surtout sur le pétiole et à la face inférieure, d'un fin duvet velouté, ferru- gineux ou ochracé, qui recouvre complètement les jeunes rameaux, les boutons et les divisions a tous degrés des axes de l'inflorescence. Celle-ci consiste en longs corymbes d'ombellules pourvues d'un involucelle de bractéoles plus courtes que les pédicelles non articulés. Quant aux fleurs, elles ont un réceptacle obeo- nique dans lequel s'enchâsse en grande partie l'ovaire, à deux, trois ou quatre loges uniovulées, surmonté d'un style conique et court, continuant le disque de même forme sous le bord duquel s'insèrent le périanthe et l'androcée. Les cinq sépales sont libres et étroits. Les cinq pétales alternes présentent, au- dessus de l'onglet rétréci dont nous avons parlé, un limbe con- cave, cilié sur les bords, à sommet incurvé et à face supérieure concave partagée en deux moitiés par une crête verticale qui répond aux bords de deux anthères voisines. Les étamines, épigynes, alternipétales , ont un filet libre et des anthères courtes, à deux loges et introrses. Le fruit rappelle par sa taille et par sa forme étroite et allongée celui de Y Eremopana.v 134 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARA LIÉES. Balançât. Il a, comme lui, un noyau étroit, allongé, parcouru de sillons longitudinaux, mais rectilignes, et il est surmonté d'un reste conique de disque et de styles. Ses loges varient de nombre, et il y en a souvent deux; mais nous n'avons pu y observer de graines mures. Cette espèce sera notre Apiopclalum velutinum. Paneher (n. °2I0, L 2 l J(î, 37°2, 479) nous apprend qu'elle forme « une ton lie étalée, arrondie, très-épaisse, d'un mètre environ, avec des Heurs vertes en février et en juin et des fruits coniques, de couleur olive. » Il l'a observée à 000 mètres d'altitude, dans les terrains ferrugineux. Je considère comme une simple forme de la plante précédente le n. (344 de l'herbier de M. Balansa, dont les feuilles sont plus 'grandes, avec un pétiole plus trapu, un limbe un peu moins symétrique. On y voit les feuilles et les inflorescences couronnant le sommet d'une tige épaisse toute chargée de duvet et de cicatrices. Ces différences tiennent peut-être à l'altitude à laquelle ont été recueillis ces échantillons, « vers 1050 mètres», sur le sommet du mont Kougui. Les fleurs ne présentent aucune différence d'organisation. L'autre espèce porte dans la même collection le n. 975. Toutes celles de ses parties que nous connaissons sont dépour- vues de duvet. De liile nom d'/L glabmtum. Sur le sommet de ses tiges épaisses, chargé de cicatrices des feuilles plus ancien- nes, sont rapprochées les jeunes feuilles et les riches inflores- cences un peu plus courtes qu'elles. Les feuilles allongées sont spatulées, longuement atténuées en bas sur les côtés d'un pétiole épais, auquel fait suite une grosse nervure médiane. Le sommet est aigu ou légèrement obtus, et les bords sont découpés de grosses dents inégales, ordinairement obtuses, encadrées d'un fin bourrelet subglanduleux. Les nervures sont pennées, trôs-divisées et anastomosées. L'inflorescence est un corymbe ou une ombelle composée. Son axe principal porte quelques feuilles inégales, très-réduites comme dimensions, mais semblables à celles de la tige. Il y a souvent une ou deux RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. 435 bractées entières à la base des rayons de l'inflorescence, et ceux-ci supportent eux-mêmes des ombelles composées avec involucelle de plusieurs bractéoles. Les fleurs ne sont pas arti- culées; leur réceptacle obconique est surmonté de cinq sépales aigus, un peu charnus, et du disque conique, qui se continue en un style dont le sommet est partagé en deux ou trois cornes stigmatifères. Il y a de même deux ou trois loges uniovulées ; mais dans les plus jeunes fleurs que nous puissions examiner, il ne reste aucune trace, ni des pétales, ni des étamines. Le fruit est analogue pour la forme à celui de VA. velutinum, drupacé, peu charnu, lancéolé, à noyau apiculé, un peu can- nelé, avec deux ou trois loges dans lesquelles nous n'avons pu voir une seule graine mûre. L'épicarpe est tout à fait glabre. Cette espèce rappelle par son feuillage certains Meryta des mêmes régions; elle a beaucoup plus que sa congénère l'appa- rence d'une Araliée. Cependant elle a aussi quelque chose du port de quelques grandes espèces de Scœvola. La présence d'une articulation sur le pédicelle floral, ou son absence, constituent-elles dans cette famille un caractère générique absolu? Nous ne le pensons pas, malgré la grande valeur de ce trait d'organisation. Nous avons vu, dans un genre aussi naturel que YArthrophyllam, les pédicelles dé- pourvus d'articulation, en présenter des traces dans cer- taines espèces. Les pédicelles des Aralia vrais sont articulés, sauf çà et là dans quelques fleurs. Dans les Pentapanax, l'ar- ticulation peut être obscure ou faire défaut par exception. Rappelons cette phrase de MM. Bentham et Hooker ((?£«., I, 918), au sujet des Panax dont les pédicelles sont normale- ment articulés : «In P. anomalo,simplici, linwri, uti etiam in P.Edgcrlei (Rcmkaua&ÈEM.), articulatio pedicellorum praeser- tim florum masculorum parum distincta est. » Des Hedera les mêmes auteurs disent : «pedicelli inarticulati v. obscure sub flore articuliati»; ce qui devient plus vrai encore si l'on donne au genre Hedera l'extension que nous proposerons de lui 136 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARA.L1ÉES. accorder. C'est un caractère du Panax aàdeatum Arr.de n'a- voir pas d'articulation au pédicelle. Cependant sur un échan- t i lion de la collection Oldham, récolté à Fonnose, je vois quelques pédicelles plus ou inoins nettement articulés. Dans les Heurs cultivées de VAralia japôniea, il n'y a pas de véri- table articulation, je pense; mais le pédicelle demeure chargé d'un duvet brun jusqu'à la base de l'ovaire, et là le duvet disparait subitement. Ce l'ait n'a pas plus d'importance, après tout, que l'existence d'une articulation véritable. On verra que le groupe des Plérandrées est pour nous constitué par un seul genre P.leràndra, établi par M. A. Grav en 4854: Le genre Tetrapldsandra du môme auteur a été créé en même temps et ne nous paraît pas distinct autrement que comme sous-genre à feuilles pennées. Son nom devrait être à la rigueur préféré, puisqu'il précède, dans le même ouvrage, celui des Pleràndrà. Mais nous nous voyons dans l'obligation de conserver ce dernier, l'autre indiquant un l'ait qui n'existe pas et pouvant induire en erreur. Il y a un curieux type se rapportant à ce genre dans les herbiers de la Nouvelle-Calé- donie (Plancher, in herb. Mus.; Vieillard, herb., n. 6°28). Nous le nommerons P. Vieillari/i, et il devra constituer dans ce genre une section très-distincte, que nous appellerons Pénladipl'andra. Seemann n'eût pas manqué, avec les prin- cipes de classification qui l'ont guidé dans l'étude de cette famille, d'en faire un genre particulier. Par les organes de végétation, cette espèce ressemble tout à fait aux Plerandra vrais et au TupidantJms . C'est un arbre à grandes feuilles alternes et composées digitées. Leur gros pétiole cylindrique atteint un demi-mètre de longueur et sa base dilatée porte en dedans une courte et épaisse écaille stipulaire adnée. Leurs folioles, au nombre de neuf sur la seule feuille complète que je voie, ont un péliolule long d'environ un décimètre et un grand limbe oblong, coriace, à nombreuses veinules pennées et parallèles, atténuées en coin à la base et obtuses au som- RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. 137 mel. Elles ont à pou près 40 centimètres de longueur sur une dizaine de largeur. Les inflorescences sont des grappes ramifiées d'ombellules multiflores, et les fleurs, longues de près d'un centimètre, sont surtout intéressantes. Leur ovaire infère a généralement dix loges uniovulées ; il est complète- ment renfermé dans le sac réceptaculaire et surmonté d'une couronne de dixpetites branches stylairessubulées. Son sommet est déprimé, et il n'a dans chacune de ses loges qu'un ovule descendant, à micropyle supérieur et extérieur. Le calice épigyne est gamosépale, tronqué, et c'est à peine si l'on distin- gue ses cinq dents. Elles deviennent bien plus sensibles dans le fruit, au-dessus duquel le calice grandit un peu. Les pétales, au nombre de cinq, sont triangulaires, très-épais, surtout en haut, et charnus. Ils sont valvaires, et leur sommet rentrant forme, avec celui des quatre autres pétales, une clef pendante en cône renversé. Cinq filets staminaux alternent avec les pétales ; mais l'anthère qui les surmonte est tout à fait singulière, et c'est elle qui a valu son nom à ce sous-genre. On peut dire en effet qu'elle est double. Son connectif pyramidal porte en dedans quatre loges verticales, parallèles d'abord, déhiscentes chacune par une fente longitudinale. Ces quatre loges repré- sent-elles deux anthères qui formeraient ensemble un petit faisceau? C'est ce que nous ne pourrions affirmer, quoique dans les Tstraplasandra et les Plerandra proprement dits (P. patteidenlata), on rencontre de temps à autre des filets staminaux rameux et portant ainsi deux ou trois anthères. Entre cette espèce, qui n'a que cinq pétales avec cinq dou- bles étamines, et une plante telle que le Tupukmthus cahjptra- tus IIook. ctTuoMS., dans lequel il y a des étamines et des loçes ovariennes en nombre très-considérable, on observe de plus en plus, à mesure que de nouvelles espèces sont connues, tous les intermédiaires possibles. Il y en a aussi pour la cohé- sion des pétales en une corolle tombant tout d'une pièce par la base ou pour leur indépendance plus ou moins complète. Tou- 138 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARA LIÉES. jours ils sont valvaires, et la façon dont se fait l'épanouisse- ment n'est pas ici un caractère générique. Il y a des Plercmdra dans lesquels les étamines, en grand nombre, sont disposées en faisceaux alternipétales, de même qu'alors que leur nom- bre est défini. Tel est le Tetraplasandra paueidentata, qui, avec huit pétales, par exemple, a huit groupes d'étamines; il y a six, huit ou un plus grand nombre de pièces dans chaque groupe. Dans le Tetraplasandra hawuiensis, l'espèce type du genre, on a dit à tort qu'il y avait quatre fois autant d'étamines que de pétales; il peut y en avoir bien plus. Leurs anthères ont inté- rieurement leurs loges indépendantes, comme celles de beau- coup d'autres plantes du môme genre. Leurs pétales peuvent se détacher tous par la base, à la façon d'une coiffe, mais ils peuvent aussi se séparer les uns des autres et de haut en bas. Même observation a été faite pour le Bakeria par MM. Bentham et Hooker: ce caractère est ici sans valeur. C'est dans le Nesopanax ritiensis, rapporté avec raison aux Plerandra par les mêmes auteurs, que le groupement des étamines en masses alternipétales est le plus prononcé. Chaque groupe contient de vingt à vingt -cinq étamines, et, quand il y a cinq loges à l'ovaire (il peut y en avoir davantage), elles sont, ainsi que les courts lobes stylaires qui les surmontent, alter- nes avecces groupes staminaux. Chaque lobe porte intérieure- ment un petit sillon qui se continue avec le sommet rétréci de la loge ovarienne. C'est dans ce genre qu'on peut bien se con- vaincre de la variation que présente le style comme forme et comme taille. Ses lobes sont épais ou surbaissés, ou élevés, libres ou unis en une sorte d'enceinte conique, ou supportés par une base commune, ou quelquefois même à peine visibles. Le travail le plus informe de M. Decaisne est sans contredit celui qu'il a publié en collaboration sur les Araliacées en 1854, dans la Revue horticole (104). Les deux plus anciens genres de la famille, après ceux de Linné, n'y sont pas men- tionnés comme tels, ou sont inexactement nommés, ou même RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARAL1ÉES. 139 toLalement passés sous silence : ce sont les Meryta et Se lie/ fiera de Forster,qui datent, comme on sait, de 1776.11 n'y est pas non plus question des Heptapleurum de Gaertner, genre établi en 1791. Avec de pareilles lacunes le travail de M. Decaisne était forcément d'avance condamné à la stérilité. Le monographie ne pouvait, par exemple, saisir la parenté des Schef 'fiera avec \esParatropia. Or, en analysantavecsoinles deux Schefflera jusqu'ici connus, savoir l'espèce type de Forster, le S. digllata, et l'espèce voisine que M. A. Gray a nommée Aralia (Sek.) vitiensis (Unit. St. expl. Exp., I, t. 89), et qui ne diffère guère du précédent que par le type quinaire de son gynécée (cette espèce existe aussi à la Nouvelle-Calédonie), on s'aperçoit qu'il n'y a entre ces plantes et les Heptapleurum aucune différence véritablement générique. Sans doute on dit bien que le nombre des loges ovariennes de ces derniers est égal à celui des pétales : « ovarii loculi tôt quot petala » , et que leur style présente une organisation toute particulière. Mais nous allons voir, en décrivant les nouvelles espèces de la Nouvelle-Calédonie dont le tableau suit, qu'il y en a dont le nombre de carpelles est double, par exemple, de celui des pétales, et que la constitution de leur style est extrêmement variable. Il y a des Heptapleurum dont le style est une colonne à sommet entier ou à peu près, ou partagé en branches étroites, de longueur variable, étalées ou réfléchies, révolu- tées, ou en cône à sommet entier, ou finement dentelé ou crénelé autour du pore apical qu'il présente. De là déjà les réunions acceptées des Astropanax, Actinomorpha, Ayalma, aux Heptapleurum. Ici, pas plus qu'ailleurs, la conformation du style n'a dans les Araliées une valeur générique, et nous la verrons varier d'une fleur à l'autre sur une même plante, suivant l'âge et suivant d'autres circonstances. Ainsi, dans le S. digilala, le style se présente comme un cône épais et court, que surmontent ou dix petites dents obtuses, très-peu sail- lantes, ou dix baguettes cylindriques, capitées, divergentes; UO RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARAL1ÉES. et entre ces deux états extrêmes on observe toutes les varia- tions intermédiaires. Or certains Heptapleurum océaniens ont à tout âge le style construit sur le premier des plans que nous venons d'indiquer; ils ont jusqu'à dix loges à l'ovaire, ils ont des fleurs non articulées sur leurs pédicelles. Les caractères fondamentaux sont les mêmes de part et d'autre, et ces Heptapleurum ne peuvent constituer qu'une section du genre Schefflera. Nous donnerons, avant d'aller plus loin, la caracté- ristique sommaire d'un certain nombre de ces Heptapleurum qui nous paraissent nouveaux. Le premier d'entre eux a, par exception, des feuilles simples ou unifoliolées. Schefflera (Heptapleurum) indivisa. — Planta pro génère valde anomala; ramis crassis nodosis. Folia ad summos ramulos pauca conferta, simplicia (v. 1-foliolata) oblongo- subspathulata, basi in petiolum longe attenuata, apice obtusa, grosse repanda. Flores (masculi) parvi creberrimi; inflores- centiis dite ramosis; calycis dentibus 5; petalis valvatis 5; antlieris introrsis; pedicellis haud articulatis, basi i-bracteo- latis. (Balansa, n.976.) Schefflera (Heptapleurum) Toto. — Frutex elatus (3-4- metr.)gracilis parce ramosus. Folia longe(2^decim.)petiolata, 8-9-foliolata; foliolis obovato-oblongis, retusis v. sinu apicali profimdo (ad 15 centim. longis), integris tenuibus; stipula crasse orbiculari-concava. Inflorescentia^ valde composito- umbellatie ; pedicellis gracilibus haud articulatis. Galyx inte- ger brevis truncatus. Petala 5, carnosa, valvata. Stamina 5; antlieris crassis. Germen 6-10-loculare; stylis erectis brevius- culis approximatis liberis. Fructus Itevis, putaminibus per- gamentaceis ; exocarpio nigrescente ; albumine sequabili, medio intus sulcato ; embryone longiusculo ( Balansa, n. 967, in sylvis riparum la Nera, prope Bourail ; n. 2218, in sylvis N. E, circa Gonceptionem ad ait. 700 met.) Schefflera (Heptapleurum) Marcellana. — Frutex ra- RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALlEES. 1 1\ 1 mosus (5-6-melr.) ; ramis crassis. Folia gjaberrima lucida; foliolis 5, ovato-oblongïs valde recurvis (ad 20 cent.); petiolo crasso; stipulis orbiculari-concavis. Iuflorescenlia petiolo sub- aequalis crassa valde ramoso-cymiïormis. Calyx subinteger truncatus. Corolla valvata, 5-mera carnosa crassa. Stamina 5, sub margine disci inserta. Gernien 0-loculare ; stylis in conum apice punctato-umbilicatum subintegrum connatis. Fructus (immat.) brevissime stipitali. (Balansu, n. 972, in collibusargi- loso-ferrugineis inter vicum Neoua etmonten: Mi.) — Species ob folia insignis. Schefflera (Heptapleurum) affinis. — Planta précè- dent! affinis ( cujus forte var.) ; petiolis crassis, petiolulis costulisque fusco-lutescentibus. Foliolaad 10,quamin prceced. angustiora; nervulis parallelis iisdem creberrimis obliquis. Flores ignoti. Fructus brevissime stipitati subglobosi, calyce brevisubannulari styloque conico in columnam brevemabeunte coronati. Frutex 10-metralis, e collectore. (Baluusa, n. 2217, in sylvis N. E. circa Conceptionem, ad altit. 400 nietr.) Schefflera (Heptapleurum) Nono. — Fruticulus (3- 4-metr.) omnino glaber; ramis gracilibus ; petiolis longis gra- cilibus (ad 30 cent.) ; foliolis longe petiolulatis 5-7, submem- branaceis obtusis. Inflorescentia3 laxe valdeque ramosœ foliis longiores (valde glaucescentes) ; floribus ignotis ; fructu parvo subsphœricov. breviterovoideoglabro stylo coronato. (Balansa, n. 3325, in sylvis supra locum dictum Ferme modèle, prope ad Nouméa, ad altit. 300 metr.) — Species ob inflorescentias laxas pedicellosque graciles valde elegans. Schefflera (Heptapleurum) Andr^ana. — Arbor ramosa (10-metralis); ramis crassis (in siccolutescentibus). Folia crasse peduneulata ; foliis (secund. variet.) 3-8-foliolatis ; petiolulis costulaque lutescentibus; limbis subintegris lucidis crebre paralleleque venulosis, obtusis v. acutatis. Galycis dentés 5, tenues. Petala valvata crassissima, intus carinato-2-locellata. Stamina oblonga ; loculis sub insertione filamenti liberis.Germen 1/j2 recherches nouvelles sûr les araliées. ad ÏÔ-loculare; stylis in conum subintegrum apice urïibilicato crenulatum connatïs. Fructus brevis, siccitatc valde costatus, apice areolatus styloque parvo apiculatus ; putamiuibus com- pressis; seminibus conforrnibus baud rumiiiatis. (Balansa, n.642, circa Nouméa, loc. dict. Ferme modèle; n. 2216 (var.) in sylvis austr. circa Canala, ad altif. 700 rtietr.) — Species conspicua côlënda. Schefflera (Heptapleurum) Golïp. — Arbuscula (?) ; ramis crassis striatellis , ùti planta tota glabris. Folia longe cras- seque petiolata; stipulis valde concavissuborbicularibus; folio- lis 5-10, basi inœquali-acutatis, apice obtusis crassiusculis. iTmbellœ composite ; radiis crassiusculis. Germen 8-9-loculare; stylis totidem in conum brevem connatis. Fructus, ut videtur, parvus, calycebrevi eoronatus.Prœcedenti proxima. (Deplanch-e, n. 26; Thiébault, n. 283, in ins. Lifta, ubi vernacule audit Golip.) Schefflera (Heptapleurum) Fagueti. — Arbor (5-10- metralis); ramulis crassis carnuloso-medullosis. Folia longe (3-4 decim.) petiolata ; foliolis ad 10, longiuscule petiolulatis oblongo-obtusis subintegris v. répandis lucidiskevibus ; venulis obliquis crebris ad marginem anastomosantibus. Inflorescentia ampla (24 decim.) valde ramosa ; ramis composito-umbelli- leris. Perianthium ignotum. Fructus parvus (P/.snnagnit.) sub- globosus, demum costatus, styloque columnari, apice lobato coronatus; pyrenis plerumque 5, 6. Exocarpiuin nigrescens. (Balansa, n. 2219, in virgultis inter' ' loc. dict. Coneèption et Pont-des-Français, et in planifie Canahe.) — Species ob rrifîo- rescentiain amplam valdeque rainosam conspicua. Schefflera (Heptapleurum) Balans.eana. — Arbor (6- 8-metr.); ramis pallidis ; lbliis remotis, longiuscule (10-15 cent.) petiolatis, 3-foliolatis; foliolis e basi longe cuuealis inajquali-obovatis, apice brevissime acuminatis pallidis parallèle venulosis. Umbella3 composite, radiis paucis elongatis; llori- bus (?) ; fructu brevissime stipitato (1 cent.longo) oblongocos- RECHERCHES NOUVELLES SUR LES AHALIÉES. l/j3 tato, 3-5-pyreno ; exocarpio pallido; stylo persistente brevi, apice breviLer 3-5-lobo. (Balansa, n. 3380, in sylvis montis Penari, ad altit. 800 metr.) — Species ob folia pallida pauci- foliolata, carpella pauca ramosque graciles inflorescentioehaud inconspicua. Schefflera (Heptapleukum) Emiliana. — Arbor parva (3-metr.), cyma densa globosa ; foliis crasse petiolatis petiolu- latisqne; foliolis 5, 6, oblongo-obovatis, apice rotundatis v. retusis emarginatisve coriaceis crassissimis el abris, manrine recurvis; venulis obliquis parum conspic.uis. Inflorescentia (2$ cent.) ramosa ter divisa ; pedicellis crebris; fruetibus ovoi- deis, 5-pyrenis; stylo persistente longiusculo erecto ; lobis 5 longiusculis acutatis recurvis. Flores in Junio viriduli; l'ructus in Februario, ex collect. (Pancher, n. 206; Vieillard, n. 622, in altis montibus aridioribus.) — Species ob crassitudinem foliolorum colenda. Schefflera (Heptapleurum) Gussonle. — Arbnscula (?) ex omni parte glabra ; foliis (ea Cussoniarum reïercntibus) lon- giuscule petiolatis ; foliolis crassis plerumque 5 (inaequalibus, 8-10 cent, longis), apice obtusis,basi longe in petioluluin brevem acutatis, obovato-oblongis coriaceis crassis, margine revolutis. Inflorescentise fructifère parce ramosœ petiolo subaequales ; floribus (?) ; fructu ovoideo 3-gono, sœpius 3-pyreno ; stylo eolumnari breviter lobato persistente. — Anspec. satdistincta? (Pancher.) Schefflera (Heptapleurum) Pancheri. — Arbor parva (10-metr.), fronde expansa, ex omni parte glabra. Folia longe petiolata ; foliolis ad 8, longe petiolulatis oblongo-obovatis (1 5- 25 cent, long.) obtusis répandis v. sinuato-crenatis ; venulis parallelis reinotiusculis. Inflorescentia dite ramosa ; iloribus viriduli-albidis. Petalassepius 5; loculis germinis 5-7; stylisin conum breviusculum tenuiter sulcatumcircaque ostiolum ter- minale crenulatum connatis. Fructus parvus, 5-7-pyrenus. Variât foliolis angustioribus numerosioribus. (Pancher, in tur- 14i RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIjÉES, f'osis sylvarum Nov. Caledoniic et ins. Pinornm; Vieillard, n. WJ, 634, ad Balade.) Schefflera (Heptapleurum) pahvifolia (Aralia parvir fulia Panch. et Séb., Not. bois iX.-Cale'd., 204), - Arbor 12- metralis, loe. cit. descripta, praecedenti proxima (an ej. var.? ioliis minoribus), floribus in Martio viridulis ; frnctibns nigridis eis Sambuci nigri ab anctt. sequalibus dictis. (Pancher, in maris littoribns et collibus viçinis.) Schefflera (Heptapleurum) Garriell^e. — Arbor pnlcher- rirna (15-20 metr.) ; fronde globosa. Inilorescentia ampla rotnndata; floribus virescenti-luteolis. Folia longe crasseqne petiolata; l'oliolis ad 8, oblongo-lanceolatis glabris nitidis (sn- preinis ad °25 cent, longis). Galyx cupularis breviter 5-lobus. Petala 3-angularia, medio intus carinata. Discus subplanus ; stylo conico, apice crenulato; loculis 10. Fructns (ex collect.) ei Pruni domestici a^qualis nigresccns. {Pancher, in Mns. Nov. Caled. n.289, in vallibus nemorosis humidisque trequens.) — Species insignis, utiliter colenda. Schefflera (Heptapleurum) elongatum. — Arbor parva (6-8- metr.) ; ramis rugosis lntescenti-fuscatis. Folia longe petiolata ad snmmos ramulos remotiuscula; ioliolis (6-9 cent, longis) petiololatis oblongo-obovatis, basi attenuatis, apice rotundatis, praacipue ad costam paginamque superioreni lnte- scentibus, infra pallidis v. subargenteis ; vennlis crebris rectis. Inilorescentia) parce ramosœ ioliis breviores; fructibns pro génère longiusculis (1 ~ cent, longis, ^ cent.latis) , ssepius 3-gonis et3-pyrenis; stylo longiusculo, apice breviter ramoso; lobis recurvis. (Balansa, n. 3387, in monte Penari, adaltit. cire. 700 metr.) — Species ob folia pallida formamque frnctns conspiena. Schefflera (Heptapleurum) crassipes. — Arbor (6-8- metr.) prascedenti quoad formam foliorum analoga; ramis crassioribus rugosis (pallide fuscatis). Folia in snmmis ramulis conferta,longinscule petiolata ; foliolis3; terminali majore (ad RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. 1/|5 10 cent, longo), v.rarius 1, obovatis crassis rigidis, apice in;o- quali-obtusatis, basi longiuscule cuneatis. Inilorescentiœ liaud diUe petiolis subaequales; pedunculo decomposito,brevierasso; ramis secundariis elongatis, ternariis subnullis (fructus unde subsessiles). Drupœ breviter ovoideœ (1 i cent, longse), valde costatre, stvlo brevi erectocrasso coronata?, in umbellulis sin- gnlis paucse (sœpius 3) glabrae (colore pallide œneo) ; pyrenis saepius5; calyceparvo persistente. {Balansa,i\. 3385, in monte Humboldt, ad altit. 1200 metr., Febr. fruetif.) — Slirps, ut videtur, rarissima, si possibile, colenda. Schefflera (Heptapleurum) apioidea. — Arbor elegans (8-10-metr.), ramis crassis rugosis cinerascentibus. Folia in summis ramulis conferta, uti planta tota glabra, sœpius 5-foliolata ; foliolis parvis (6-8-cent.) oblongo-obovatis, apice obtusis v. emarginatis membranaceis ; costula pallida. Inflo- rescentiae dite ramosae, foliis subaequales v. longiores. Flores creberrimi parvi ; petalis 5, intus carinatis, 2-locellatis ; antheris brevibus in petalorum concavitate absconditis.Germen 5-loculare. Styli 5, longiusculi, nisi ima basi liberi. Fructus parvi ovoidei glabri stylis coronati. (Balansa, n. 968, in sylvis colliumschisto-feldspathicarum circaBourail,Apriliflorifera.) — Species pulcbra Umbelliferas genuinas arborescentes non- nu lias referens. Il y a aussi à la Nouvelle-Calédonie deux Schefflera d'un petit groupe spécial, remarquable par l'inflorescence. Celle-ci y est formée d'un énorme axe tout le long duquel s'échelon- nent de grands et grêles axes secondaires, et ce sont ces der- niers qui portent les petites grappes de fleurs, très-nom- breuses, minces, toutes chargées de minimes boutons, plus tard de fruits de petite taille. En somme, les axes qui portent les fleurs et les fruits sont ici, comme dans la plupart des Heptapleurum qui précèdent, ceux de troisième génération. C'est à cette disposition que l'une de nos espèces doit le nom xii. (20 novembre 1878.) 10 140 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉE*. que nous proposons de Sehef fiera Candelabrum. C'est un arbre ramifié, de 6 à 10 mètres de hauteur. Ses feuilles digi- tées sont formées de huit folioles oblongues et pétiolulées. Ses très-petites fleurs, non articulées, ont cinq pétales valvaires ( rougeàtres sur le sec) et cinq étamines à anthères courtes. Leur ovaire est à cinq loges, surmonté de cinq petits styles dressés, obtus, libres. Le fruit, à cinq noyaux comprimés, sphérique, surmonté des styles, est de la grosseur d'un grain de Moutarde blanche ; il est de couleur rougeàtre et renferme cinq graines à albumen homogène (Balaasa, n. 973,973 a). La seconde espèce, au fond organisée de même, a ses feuilles à long pétiole, dilaté et tout hérissé à sa base, dix ou douze folioles lancéolées, aiguës aux deux extrémités, coriaces, sub- crénelées. Les longs axes secondaires de son inflorescence sont rigides, tout chargés d'axes textiaires dont les bractées portent à leur aisselle une fossette. C'est dans celle-ci que s'in- sère, sans articulation véritable, le très-court pédicelledes fleurs. Leur ovaire, en forme de court fuseau, est en majeure partie infère ; cependant, à partir du point où il supporte la petite collerette calicinale, il se prolonge en un cône surbaissé dont le sommet se partage en quatre ou cinq branches stylaires tra- pues et obtues. Chaque loge ovarienne renferme un ovule descendant. C'est M. Vieillard (n. 623) qui a trouvé cette espèce près de Balade, dans les hautes montagnes ; nous lui avons donné son nom (Schef fiera Vieillardi) . Les courtes grappes dont nous venons de parler peuvent se contracter en capitules ; ce qui arrive dans les Astropanax, dont le style est tantôt presque entier, tantôt partagé en lon- gues branches stigmatifères. Les Sciadophyllum qui sont amé- ricains ont les fleurs ordinairement en capitules, mais ce caractère ne peut les écarter des Astropanax. Leurs pétales se séparent moins facilement les uns des autres; ailleurs ce ne serait guère qu'un caractère de section. Quant aux Brassaia, dont on fait un genre particulier , leurs feuilles sont digitées, RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARAL1ÉES. 147 leurs divisions stylaires sont très-courtes, leurs fleurs ont jusqu'à dix, douze parties. Tout cela arrivedans [eSciadophi/llum conicum. Une seule chose permet de distinguer les Brassaia comme section : le grand développement des bractées florales, qui, au nombre de deux à quatre, forment à la base du bouton une sorte d'involucelle. Les collections de Burchell, distri- buées par l'herbier royal de Kew, renferment une curieuse plante (n. 2690) qui à elle seule unit la plupart des types dont il vient d'être question. Nous la nommerons provisoirement Sciadophyllum (tyBurcheUianuni. Ses feuilles .sont digitées, et ses fleurs sont réunies en longues grappes composées et dénudées à la base. Sur les petits axes de troisième génération, qui sont autant de grappes, se voient des fleurs à quatre ou cinq parties, à pédicelles courts, non articulés, à pétales valvaires, à styles unis, à ovaire 2-5-loculaire. Cette plante et ceux des Hepta- pleurum dans lequel s les feuilles sont unifoliolées (nous en avons même vu une espèce à la Nouvelle-Calédonie) relient les Schefflera aux Dendropanax dont les styles sont ou indé- pendants en grande partie, ou unis en un cône presque entier, ou présentent tous les états intermédiaires entre les deux pré- cédents. Le style du D. japonica est celui de la plupart des Heptapleurum asiatiques : un cône, légèrement crénelé au sommet. Dans le Sciadophyllum conicum R. et Pav., la fleur est presque celle du Brassaia aelinophyUa Endl. Elle a dix étamines et de huit à dix loges à l'ovaire; on ne peut donc dire des Sciadophyllum : « Stamina 5, rarius 4 » et « ovarium 3-5-loculare ». Il peut y avoir, d'après ce que vient de nous montrer la plante brésilienne que nous avons analysée, moins de cinq loges à l'ovaire des Sciadophyllum. Le Cussonia umbelli- fera Sond. paraît être un Heptapleurum à ovaire biloculaire ; nous en ferons une section Meiopanax. L'étude du genre Schefflera nous a prouvé qu'on ne pouvait accorder à la forme et aux dimensions des branches du style, à leur union ou à leur indépendance, etc., la valeur d'un caractère 148 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARAUÉES. générique. Nous en trouverons une autre preuve dans l'examen du genre Panax, tel du moins que nous nous proposons de le limiter. Et d'abord nous y comprendrons le genre Poli/scias et le Pseudopanax C. Koch, tel qu'il a été admis par MM. Ben 1 tham et Hooker (Gen., I, 941 ). Ce dernier genre renferme- rait d'abord deux espèces chiliennes : le P. lœtevirens , dontSeemann a t'ait (Jour». Bot., Y, 236) son Ckêirodendrùn lœtevirens et le P. valdiviensu Koch, dont Seemann fait son Chcirodendron valdiviense. En analysant ce dernier, j'y trouve constamment deux sortes de fleurs : les unes à très- courts styles dressés, obtus ; les autres à longs styles aigus, subulés, fortement réfléchis. Ici donc le caractère tiré des styles n'a pas plus de valeur que dans les Scliefflera dont les Pseudopanax se séparent par les pédicelles articulés. Pour Koch, le genre Pseudopanax renferme aussi deux plantes de la Nouvelle-Zélande. L'une est le P. crassifolium Koch, et l'autre le P. Lessoni Koch. Le premier était YAralia crassi- folia Banks et Sol. et le P. longissimum Hook. f. ( Handô. N. Zeal. FL, 102 ). (l'est cette plante si fréquemment cultivée et si variable qui a fourni à nos jardins un grand nombre de formes parfois étranges, telles que les P. coriacewiïi, tridactylon, pentadactylon, distingués si mal à propos comme espèces par M. Decaisne, \esAralia trifoliaia, tridactyla, peniaphylla,qtiih- qùévulnera, etc. , du commerce. Dans cette plante, les fleurs sont pentamères et les pédicelles articulés. Seemann (Journ. Bot., III, J 78) l'a maintenue comme Pseudopanax. LePanax Lessoni DC. ( Cussonia Lessoni A. Rien.) est aussi par lui conservé comme un Pseudopanax. Il a la même fleur, avec quatre ou cinq carpelles. Tout le monde sait combien l'une et l'autre des plantes précédentes ressemble au P.arboreum Forst., cultivé chez nous à côté d'eux. Cependant Seemann place ce dernier bien loin d'eux (Journ. Bot., IV, 296), dans son genre Notho- panax. En réalité, il n'en diffère que par le nombre de ses car- pelles, qui est ordinairement de deux, et pour nous appartient RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARAL1ÉES. 149 simplement à. nue autre section d'un même genre, comme les Poli/scias. Remarquons queM. J. Hooker, qui, dans sonGenera, a admis le genre Pseudopanax, conserve néanmoins comme Panax les diverses espèces dont nous venons de parler, dans son Manuel de flore de la Nouvelle-Zélande. Peut-être a-t-il reconnu ultérieurement le peu de valeur du genre Pseudo- panax. Les P . platyphijlla IIook. et Arn. et Gaudichaudii DC. sont aussi pour Seemann des Cheirodendron. Pour nous, ce sont des Panax. Leur ovaire peut avoir cinq ou six loges, mais aussi deux ou trois seulement; leurs pédicelles sont articulés. Dans une section du genre que j'appellerai Cephalo- panax , et dont le type est 1' ' Acantho panax sesslll/lorum Seem. (Journ. Bot., V, 239), les fleurs connées en faux- capitules sont à celles des autres Araliacées où on les voit libres, ce que les fleurs des Benthamia sontà celles des Cornus proprement dits. Les deux styles y sont unis très-haut. Je ne crois pas sans intérêt d'analyser la fleur du Polyscias pinnàta Forst., dont nous avons un type authentique et qui est com- mun à l'état cultivé en Nouvelle-Calédonie; car je crois bien que cette plante est le Panax Manguette de M. Vieillard, re- marquable par son odeur assez forte de Céleri et de Trigo- nelle, qui est partout cultivé comme médicament dans les villages canaques, mais qui n'a paru spontané en Nou- velle-Calédonie à aucun des explorateurs de ce pays. Après avoir rappelé que la fleur de cette espèce est articulée sur son pédicelle, je dois faire remarquer que rien n'est variable comme le nombre de ses parties. Sur l'échantillon de Forster, le nombre le plus commun est 7. Il peut y en avoir cinq on six, ailleurs huit. Ordinairement aussi l'ovaire a quatre loges, mais on en trouve aussi plus ou moins, notamment trois. Seemann accorde aux Panax un ovaire 5-12-loculaire. Les styles sont libres, dressés, subulés, un peu obtus au sommet; ils peuvent se toucher dans toute leur étendue, mais sans adhérence. 150 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARAL1ÉES. Le Panax pinnalùm Lamk, tel que Miquel l'a mis en distri- bution, provenant des Célèbes, est une plante très-voisine de là précédente. La forme de ses folioles est un peu différente ; niais les tiges, les inflorescences, les organes de la fleur sont les mômes. Cependant ses fleurs ont généralement trois parties, trois pétales, trois styles, trois loges ovariennes. On a fait de cette plante un Nothopanax, c'est-à-dire une section du genre Panax où l'ovaire est à deux ou plus rarement à trois loges, tout le reste étant d'ailleurs semblable. Nous ne erovons point que les Poli/scias puissent être autre chose qu'une section du genre Panax. De même le Cuphocarpus est un Panax qui n'a plus qu'une loge fertile au lieu de deux. Ces Panax à ovaire uniloculaire ont des analogues à ovaire biloculaire dans la flore de la Nouvelle-Calédonie. Qu'il nous soit permis de nous arrêter un instant aux Panax de ce pays, et premiè- rement à ceux de forme plus ou moins anormale. Il y en a d'abord un qui a des feuilles unifoliolées, orbicu- laires-obovales, entières, glabres, coriaces, rappelant beau- coup celles d'un Scopolia ; d'où son nom de Panax Scopoliœ. Plus courtes que les feuilles, les inflorescences sont bien d'ailleurs celles du genre ; les fleurs aussi, articulées sur leur pédicelle, à pétales valvaires, à ovaire biloculaire, surmonté de deux branches indépendantes et dressées. C'est M. Balansa (11. 1349 ) qui a rencontré cette plante, haute de 4 à 5 mètres, sur les bords de la Kouvelé, près de Koé. Dans un autre Panax étrange, récolté par Pancher sur les crêtes arides, riches en minerai de fer, des bords du Cougui (Mus.neocaled. , n. 542), le feuillage est celui d'un Weinmannia, d'où le nom de l'espèce (Panax Weinmannïœ) : feuilles com- posées, imparipennées, à folioles opposées, ovales-oblongues, serrées-argutées sur les bords, de couleur ferrugineuse sur le sec. Les fleurs sont polygames, et dans les fleurs femelles, disposées en cyrnes dichotomes 2- ou 3-flores sur les axes d'une grappe ramifiée, il y a une corolle valvaire, calyptrée, RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. 151 sans androeée et un ovaire allongé, biloculaire. L'ovaire repose sur une cupule, dilatation du sommet du pédicelle, avec articulation, et les folioles, les rachis des feuilles sont aussi articulés. Un troisième type exceptionnel, pins analogue que les précédents au Cuphocarpas, est fourni par le n. 639 de la collection Balansa, remarquable par ses feuilles pennées, dontles nombreuses folioles sont normalement ovales-courtes, profondément dentées, avec des incisures peu nombreuses, inégales. Mais, à côté des feuilles normales, M. Balansa a eu soin de placer des variations curieuses dans lesquelles les folioles se divisent plus profondément, deviennent elles- mêmes inégalement partîtes, rappellant celles de certaines Clématites, môme des Lygodium, avec des lobes qui peuvent devenir plus ou moins allongés, même lancéolés. Les fleurs de l'individu femelle, qui est un « arbuste de 2-4 mètres, des rives de la Dumbea, au-dessus de Koé », sont construites comme celles du P. Weinmanniœ. Avec un feuillage à peine différent, le n. 978 de la même collection présente des fruits mûrs, petits, comprimés, striés, qui sont ceux de la plupart des Panax du même pays. Il a été récolté « sur les collines fer- rugineuses au N.E. de Saint-Louis ». L'individu maie (n. 640) qui vient « des collines ferrugineuses de la baie de Prony » nous montre des inflorescences à axes tertiaires très-grêles, comme ceux des Schef/lera vrais, des fleurs mâles tétramères, articulées, quatre pétales valvaires charnus, quatre étamines et un gynécée dont l'ovaire stérile est surmonté de deux ou d'une seule branche stylaire ; en sorte que, par ce dernier point, cette plante sert encore d'intermédiaire aux Panax ordinaires et au Cuphocarpas de Madagascar. Quant aux autres espèces de Panax qui se trouvent dans l'herbier de la Nouvelle-Calédonie, nous ne nous occuperons pas pour le moment de les distinguer. C'est un travail de détail qui exigerait trop de temps, et qui nous amènerait probable- 152 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. ment à cette conclusion qu'elles sont peu nombreuses et ren- trent plutôt la plupart les unes dans les autres à titre de variétés ou de formes. Nous nous bornerons à citer parmi les espèces les pins intéressantes, le P. austro-caledonica, le plus commun de tous, à folioles odorantes, trapézoïdales, à fleurs dioïques, les mâles en ombellules avec le bouton obtus ; le P. Panchcri, qui a les folioles plus petites, grossièrement crénelées et les fruits un peu plus gros, disposés en petites grappes sur les axes communs; le Cassonia dioica Vikill., qui est un Panax à folioles de forme variable, plus coriaces et moins insymétriques ; le P. Bahmsœ, belle plante de Bourail (Balansa, n. 969), qui, avec des folioles ovales, un peu insymétriques, coriaces, a des fruits comprimés, longs de plus d'un centimètre, surmontés des deux styles et pourvus de fortes côtes saillantes sur le sec; le P. suborbicu- laris (Balansa, n. 3326) qui a de petites folioles obovales et des fruits longs et larges d'un demi-centimètre, à peu près orbicu- laires; le P. myriophyllà, dont les folioles sont trapézoïdes et dont les fleurs des deux sexes sont très-petites et extrêmement nombreuses; le P. microbotrys (Balansa, n. 2211), dont les feuilles sont à peu près celles du P. austro-caledonica, mais dont les Heurs sont réunies sur l'axe commun de l'inflores- cence en longues et minces grappes multiflores, à boutons aigus, comme dans certaines espèces des Viti; le P. pulchclla (Balansa, n. 632), qui, avec des organes de végétation analo- gues, a au contraire les petits bouquets de fleurs (très-rouges sur le sec) disposés en ombellules. L'organisation des Meryta (Botryodendron) n'est pas exacte- ment connue. On accorde que leurs Heurs femelles ont un pé- riantbe simple, qui est une corolle, puisque ses folioles alter- nent avec les étamines ; mais on décrit en môme temps, dans les ouvrages les plus récents, ses fleurs mâles comme pourvues d'une corolle de cinq pétales et d'un calice à 3-5 dents. Peut- être les bractées accompagnant les fleurs mâles ont-elles été prises pour les éléments du calice; mais nous ne voyons pas RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. 153 pins celui-ci dans les Heurs mâles que dans les femelles. Au lieu d'être un sac profond enveloppant l'ovaire infère, le récep- tacle mâle nous apparaît comme un petit axe obconique au sommet duquel se voit souvent un rudiment de gynécée. Exté- rieurement, il se continue avec trois, quatre, ou un plus grand nombre de pétales épais et valvaires, à sommet indupliqué, qui pend dans l'intérieur du bouton. Les étamines sont en même nombre que les pétales et ont les mêmes filets que celles des Araliées en général, c'est-à-dire incurvés vers la partie su- périeure et allant par leur sommet s'attacher au dos de l'an- thère, qui est introrse dans le bouton. Dans la fleur femelle, les étamines sont épigynes et ont souvent des anthères introrses assez volumineuses, mais sans pollen. Chacune des loges ova- riennes renferme un ovule descendant, dont le micropyle est supérieur et extérieur, contrairement à ce qui arrive dans les Heiwingm qui ont le raphé dorsal, et qui par conséquent ne peuvent demeurer placés tout à coté des Meryta. Les Meryta de la Nouvelle-Calédonie ne sont pas très-nom- breux comme espèces, mais il est fréquent que dans chacune d'elles des formes assez variées passent insensiblement les unes aux autres; ce dont on ne pourrait se rendre compte si l'on n'avait sous les yeux un certain nombre d'échantillons in- termédiaires. Les riches collections de Pancher et de MM. Ba- lansa et Vieillard nous permettront peut-être d'éviter cet in- convénient, mais nous ne pouvons affirmer qu'un jourplusieurs de nos espèces ne devront pas être réunies deux à deux. Il y a d'abord une plante remarquable entre toutes par ses feuilles épaisses, coriaces, entières, ou à peu près, tout à fait glabres, longuement atténuées à la base et obtuses ou légèrement aiguës ou acuminées au sommet. Pancher, qui l'a cultivée provenant de Cougui,dans un jardin de la Nouvelle-Calédonie, l'a nommée dans son herbier Botryodemlron coriaceam; nous lui avons donc laissé ce nom spécifique. Notre Meryta coriacea est un arbuste ordinairement non ramifié, dont la tige s'élève 154 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. de 1 ou 2 mètres jusqu'à k ou 5. Ses feuilles doivent être éiiormes, car celles qui avoisinent le sommet de la tige ontjusqu'à un mètre de longueur. Quant à la largeur, elles varient, au point le plus dilaté, entre 3 ou 4 et 12 à 15 cen- timètres. Nul doute que les feuilles situées plus bas ne soient de beaucoup plus larges. Ces feuilles supérieures sont sessiles, car le limbe s'atténue longuement de ebaque côté de la nervure médiane jusqu'au point d'insertion. Là se trouve une sorte d'écaillé arrondie qui représente peut- être l'organe stipulaire. Les inflorescences sont, sur les pieds des deux sexes, des grappes ramifiées, et les mâles sont de beaucoup les plus divisées et les plus longues. Ce sont les axes de quatrième degré qui se terminent chacun par un petit capitule nulle, globuleux, pisiforme, pluriflore. Les bractées sont plus courtes que les pédicelles. Chaque fleur se compose ordinairement de trois pétales valvaires, épais, à som- met fortement infléchi et formant clef pendante avec les som- mets des deux autres pétales. Trois étamines alternent avec les pétales, formées d'un filet libre, infléchi d'abord, et d'une an- thère ovale, introrse, dont les deux loges sont indépendantes inférieurementet se moulent sur la surface de la clef pendante formée par la corolle, sur laquelle on voit des sortes de niches creusées à cet effet. Il n'y a pas trace de calice, ni de gynécée, à moins que dans quelques fleurs on ne considère comme un rudiment de ce dernier deux ou trois bosselures à peine sail- lantes du réceptacle. Les individus mâles que j'ai sous les yeux sont les suivants : Balansa, n. 633, forêts de la baie de Prony ; Vieillard, n. 2693 (forme à inflorescence plus lâche, à feuilles obtusément crénelées). Les inflorescences femelles sont courtes et trapues, à peu près aussi larges que longues, avec des brac- tées entières, ovales ou à peu près, et les axes tertiaires portent des fleurs sessiles en petits capitules (?). Le réceptacle floral a la forme d'un court sac ovoïde et clos; l'ovaire remplit sa ca- vité. Ses bords ne portent aucune trace de calice, mais seule- RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉËS. 155 ment quatre pétales épais, aigus, infléchis, valvaires. En les écartant, on aperçoit quatre étamines épigynes alternes, for- mées chacune d'un filet libre et d'une anthère introrse, bilocu- laire, mais stérile. Avec les étamines alternent les quatre branches épaisses, snbulées et révolntées du style, entièrement chargées de papilles sur leur face interne, et répondant chacune à une loge ovarienne dans laquelle est inséré un ovule descen- dant^ micropyle extérieur et supérieur, plus ou moins protégé par le funicule épaissi. Le fruit de cette espèce est peu volumi- neux; il ne dépasse guère un demi-centimètre de diamètre et devient finalement quadrangulaire, ses quatre côtés répondant aux noyaux. Ce sont donc des drupes peu charnues, indépen- dantes les unes des autres. Les échantillons femelles que j'ai vus sont : Vieillard, n. 9.688 (d'un indiv. cuit.); Balansa, n. 636, partie supérieure de Cougui, vers 800 mètres; n. 985, collines argilo-ferrugineuses des pentes du mont Mi (feuilles étroites, entières et obtuses) ; ri. 985 a, vallée delà Kouvelé, près de Koé ; n. 3388, terrains ferrugineux de l'embouchure du Dotio. Après nous être un peu longuement appesanti sur cette pre- mière espèce de Meryta, il nous sera facile pour les autres de procéder plus rapidement et par l'exposé des caractères diffé- rentiels. Par opposition, et pour montrer combien sont varia- bles les caractères du genre, nous parlerons immédiatement de notre M. ftiaerôGarpa. Celui-ci est un petit arbre dioïque, de 4 à 6 mètres de hauteur, dont les capitules femelles sont un peu plus gros que ceux de l'espèce précédente, mais dont les fruits grossissent tellement en se rapprochant les uns des autres, qu'ils finissent par former d'épais strobiles ovoïdes, de la grosseur d'un petit oeuf de poule, dont toute la surface est décomposée en polygones (à 4-5 côtés) répondant chacun au sommet d'un fruit. Le centre des polygones est occupé par les restes des styles, bien plus distincts dans la fleur, au nombre de quatorze à quinze, c'est-à-dire égal à celui des loges et, dans 156 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARAL1ÉES. le fruit, des noyaux dont la graine a un albumen homogène. Dans cette espèce, les feuilles sont très -grandes, bien plus lar- ges et moins coriaces que dans la précédente, à nervures secon- daires bien marquées, obliques et distantes. D'espace en es- pace, la nervure principale peut présenter des nodosités en forme d'articulations plus ou moins saillantes. Ce caractère, qui s'observe ça et là dans nos serres sur les feuilles des Merijla vivants, est loin d'être constant. Cette espèce a été trouvée en Nouvelle-Calédonie (Pan cher, dam les bois humides; Balansa, n. 765, 2SÔ3) et à Lifu (Deplanche, n. 17), où les indigènes la nomment Angoze. Par opposition avec l'espèce précédente, nous appellerons M. microcarpa une belle plante à tige simple, qui, dans les col- lections de M. Balansa, porte le n. 634. Ses feuilles sont larges, membraneuses, comme celles du M. macrocarpa, souvent assez profondément découpées sur les bords, penninerves-réticulées. Mais ses fruits sont indépendants les uns des autres, comme ceux du M. coriacea, dont ils ont à peu près la grosseur. Seule- ment, ils ont de six à sept côtes, répondant à autant de noyaux, et un môme nombre de styles. Les noyaux sont parcourus de côtes obtuses et saillantes. Cette plante a été récoltée près de Nouméa, au-dessus de la ferme modèle. Dans un autre Meri/la de la même collection (n. 984), que nous nommerons M. Balansœ, les feuilles sont larges et membraneuses, très- srandes, à nervures secondaires très-distantes, avec les bords entiers ou très-légèrement dentés de distance en distance. Mais l'inflorescence femelle est celle du M, coriacea, avec des axes épais et courts, des bractées courtes et obtuses. Seulement les ovaires ont de sept à huit loges; les styles sont en même nombre. Les étamines stériles épigynes sont réduites à un fdet ou font totalement défaut. M. Balansa a trouvé cette plante dans les forêts situées au N. E. de la Conception, le 5 janvier 1869. 11 faudrait peut-être placer dans une section distincte les Me- r>/ta dont les bractées sont bien développées, membraneuses, RECHERCHES NOUVELLES SLR LES ARAL1ÉES. 157 aiguës et enveloppent totalement d'abord le capitule qui occupe leur aisselle. C'est ce qui arrive dans l'espèce que nous nom- mons M, oxylœna et qui est un arbuste à tige simple, haut de 2-3 mètres, trouvé près de Nouméa. Dans cette plante les axes florifères mâles sont ramifiés et épais ; le calice fait totalement défaut ; la corolle est valvaire, épaisse et 4-5-mère. Il y a de même 4, 5 étamines, finalement exsertes. Les feuilles sont membraneuses, obtuses, assez larges, et leurs nervures secon- daires s'anastomosent toutes entre elles près des bords. Dans le M. sehizolœna, au contraire, les feuilles sont épaisses, coriaces, longuement atténuées à la base, à peu près comme celles du M. eôriacea. Mais les inflorescences mâles présentent ce même caractère que celles de l'espèce précédente, d'avoir des bractées relativement larges, aiguës, enveloppant les jeunes capitules. Elles sont souvent dentelées et de couleur ferrugineuse. Les fleurs sont 5-6-mères, sans calice, sans gynécée rudimentaire. M. Vieillard (n. 38) a trouvé cet arbuste à Balade. Le n. 37 de la même collection se fait remarquer par des feuilles coriaces d'un jaune très-pale (M. pallens) ; peut-être n'est-ce pas une espèce autonome, ce dont ne peut nous permettre de juger un échantillon des plus imparfaits. On pourra en dire autant de notre M. pachycarpa, qui a les feuilles étroites à la base, mais pourvues d'un véritable pétiole (de près d'un décimètre de lon- gueur), coriaces, glabres, aiguës-acuminées,et dont les fruits, rapprochés, mais non confluents, sont globuleux, avec un ves- tige du style formant apicule. C'est, dit M. Balansa (n. 2206), un arbrisseau simple, haut de 2 mètres, à panicule terminale. La tige est très-épaisse, avec des insertions de feuilles très- rapprochées. La plante croît à Kanala, dans les bois des ter- rains éruptifs,et fructifie en novembre. Je crois encore pouvoir distinguer comme espèce une plante du sommet du Nékou, près de Bourail (Balansa, n. 987), dont les feuilles sont très- grandes, presque entières, obtuses, demi-coriaces, à nervures latérales distantes, et dont les drupes, réunies en une masse 15& RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. grosse comme le poing, sont groupées, comme celles du M.ma- crocarpa, en fruits composés, peu rugueux, sans distinction des polygones de la surface et des restes du style. Nous appel- lerons M. macrocephala cet arbuste, dont la tige est haute de 2 mètres, non ramifiée, et dont l'inflorescence compacte est dite « égale en volume à la tète d'un enfant ». Nous donnerons le nom ÏÏEremopanax à un genre océanien qui a de grandes analogies avec les Sche f fiera d'une part, et de l'autre avec les Arthrophyllum, dont il possède ce caractère remarquable de n'avoir à l'ovaire qu'une loge uniovulée. Mais sa graine n'est pas ruminée ; et quoique ce ne soit pas là un trait de valeur absolue, on ne peut le négliger, s'il se joint à d'autres, comme il arrive ici. Les Eremopanax n'ont jamais les pédicelles floraux articulés. On dit, il est vrai, qu'il en est toujours de même des Arthrophyllmn. Mais c'est aller trop loin; car nous avons vu plus d'une fois une articulation sous la fleur de LU. diversifolium Bl., et dans une autre espèce du môme genre, qui dans l'herbier de Griffith porte le n. 2676, le pédi- celle est subitement rétréci au-dessous de l'ovaire et peut là présenter une trace imparfaite d'articulation. Il n'y en a jamais, disions-nous, sur celui de YE.ofopi/mta, la première espèce de la Nouvelle-Calédonie que nous ayons comme, et qui doit son nom à une particularité du noyau sur laquelle nous revien- drons. Dans cette plante, que nous n'avons vue que parmi les collections de M. Balansa (n. 974), qu'il a trouvée « sur le mont Mi, dans les bois, vers 700 mètres d'altitude», et que cet excellent collecteur indique comme un arbrisseau débile et un peu grimpant, de 5-6 mètres de hauteur, les ombelles sont simples, pauciflores, terminales ou plus rarement opposili- foliées, et les feuilles sont de deux sortes. En haut des jeunes rameaux, là où se trouvent les fleurs, elles sont simples, en- tières, opposées, tandis que sur les branches plus âgées, elles sont composées-pennées, avec impaire, alternes ou opposées, et l'on peut dire que le limbe des feuilles simples est tout à RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARAL1ÉES. 459 fait pareil à celui d'une des folioles de la feuille composée. Comme intermédiaires, il y a quelquefois, à la base des jeunes rameaux, des feuilles 2-3-foliolées. Les folioles sont ovales ou ovales-oblongues, entières, pennivéniées, glabres, lisses, pétio- lulées. La fleur est celle d'un Heptapleurum, avec cinq petits sépales dentiformes, cinq pétales valvaires, triangulaires, sub- charnus, quelquefois quatre seulement et un même nombre d'é- lamines alternes, à anthère introrse. L'ovaire infère est unilo- culaire, et le seul ovule descendant qu'il renferme, a son micropyle extérieur et supérieur. Il est couronné d'un disque en forme de cône un peu insymétrique, qui persiste au som- met du fruit et dont le sommet seul est stigmatifère. Quant au fruit, c'est une petite drupe obovoïde,de la grosseur à peu près de celle d'un Cornus mas. Quand sa pulpe s'est desséchée, on voit saillir en haut, de chaque côté de celle-ci, une gibbosité arrondie qui appartient au noyau. La forme de ce dernier est singulière. Très -aplati très-insymétrique, irrégulièrement obové, il a un bord mince et comme tranchant, et un autre épais, obtus, parcouru par un léger sillon médian. C'est la di- latation de ce gros bord qui constitue en haut les deux sortes d'auricules dont l'espèce tire son nom. Entre elles, le noyau présente une ouverture presque circulaire : c'est celle d'un court canal cylindrique que ferme supérieurement un bouchon parenehymateux, légèrement saillant au dehors et dont nous ne connaissons ni l'origine, ni l'usage. La graine se moule sur la cavité du noyau ; elle est donc très-aplatie, presque entière- ment formée d'un albumen presque corné, au haut duquel se trouve un très-petit embryon. Je ne sais si l'on devra considérer comme une simple variété de cette plante, à folioles étroites et lancéolées et à divisions de l'inflorescence lâches et grêles, celle que dans l'herbier de Pancher (n. 614) nous nommons provisoirement E. angustala. Ses fruits (jaunâtres) ont dans le noyau le caractère si particu- lier que nous venons de décrire; mais leurs pédicelles, tout 160 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES AKALIÉES. comme les antres divisions de l'inflorescence qui les porte, sont bien plus grêles. Les feuilles solitaires, comme les folioles des feuilles composées (généralement 7-foliolées), sont tout à fait lancéolées et probablement légèrement cbarnues. Pancher dit que cette plante, dont les fleurs nous sont inconnues, est « subscandente, haute de 2 mètres, à jets peu nombreux». 11 l'a récoltée en fruits, au mois d'octobre, dans les hautes montagnes de Kanala, à 600 mètres d'altitude. On prendrait, au premier abord, pour une simple forme à feuilles plus larges de la plante précédente, celle que M. Ba- lansa a trouvée (n. 3381) « dans les forets situées à l'est de Kanala, vers 000 mètres d'altitude », et que nous nommons Eremopanax Balansœ. Ses feuilles sont en effet disposées de même, composées-pennées en bas et simples sous les fleurs ; elles sont seulement un peu plus grandes, ovales-aiguës, cour- tement acuminées. Leur base est arrondie ou très-brièvement atténuée. Dans les feuilles composées-pennées, il y a 11-13 folioles. Mais les inflorescences sont plus riches, plus ramifiées, formées d'umbellules dont le nombre s'élève jusqu'à quatre ou six. Les fleurs sont inconnues ; mais il y a jusqu'à une dizaine de fruits dans chaque ombellule, et ces fruits sont très-diffé- rents de ceux de l'espèce précédente. Ils sont environ deux fois plus longs que larges et surmontés d'un disque conique un peu insymôtrique, haut d'un demi-centimètre, au sommet du- quel on trouve encore des traces de tissu stigmatique. Leur exo- carpe est très-charnu; mais leur unique noyau, au lieu d'être aplati, comme celui de YE. ofopyrma, est oblong, un peu arqué, et parcouru de sillons profonds dans toute sa longueur. Il y a un de ces sillons à droite et à gauche, et ils séparent l'un de l'autre les deux bords mousses du noyau. L'un de ces bords est un peu plus épais que l'autre ; il répond à la convexité. Vers le sommet du novau, il v a aussi Xj *J une ouverture, avec un petit bouchon parenchymateux, mais bien moins prononcé que dans YE. otopyrena. L'ai- RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. 161 bumen (non ruminé) est dur, presque corné, avec un tout petit embryon apical. C'est probablement la même plante, dans un état un peu moins avancé, que M. Balansa a récoltée «dans les forets situées au sud de Kanala, vers 800 mètres d'altitude » (n. 2208), et qu'il indique comme un arbre rameux de 10 mè- tres de hauteur. Le n° 683 de l'herbier de M. Vieillard est encore une espèce du môme genre, un peu moins différente, par le port et le feuil- lage, des Arlhrophyllum, mais toujours caractérisée par un albumen non ruminé. Nous l'appellerons E. Vieillardi. Ses ca- ractères rapprochent beaucoup cette plante des Mastixia (Bur- sinopeialum) ,h peine distincts, avons-nous dit, des Arthrophyl- lum. Nous ne connaissons de cette espèce que les sommités fleuries, et nous ne savons si ses feuilles inférieures sont com- posées-pennées, comme celles des espèces précédentes. Quant aux feuilles supérieures, elles sont toutes simples, opposées, pétiolées, obovales, coriaces, glabres, penninerves et veinées, atténuées à la base. Les fleurs sont celles aussi d'un Bursinope- tahim, avec un disque épais, faiblement ombiliqué à son som- met. La base de ce disque déborde l'insertion des étamines et des pétales. Les cinq sépales sont bien visibles ; ils persistent vers le sommet du fruit. Celui-ci est plus régulier que dans les espèces précédentes, obovoïde, surmonté aussi d'un cône glanduleux. La loge unique de l'ovaire est un peu excentrique. Son ovule est inséré plus bas que le sommet, du côté le plus épais de la paroi ovarienne. Son micropyle est nettement supé- rieur et extérieur. La graine, déforme régulière, qui succède à cet ovule, a une coupe transversale circulaire ; elle est donc dépourvue de ce profond sillon vertical qui occupe l'un des côtés de celle des Mastixia et dans lequel s'engage une saillie correspondante du péricarpe. Grâce à l'existence de cette es- pèce et peut-être de quelques autres analogues, grâce aussi aux différences d'appréciation de la valeur des caractères généri- ques que peut inspirer aux futurs observateurs la découverte xii. (20 novembre 1878.) 11 1<)"2 RECHERCHES NOUVELLES SLR LES ARALIÉES. d'autres plantes du môme groupe, il n'est pas impossible qu'on arrive à considérer comme les trois membres d'un seul genre les Bursinopôtttlûm, les Eremopanax et les Arthrophyllum. On sait quel rôle avait fait jouer B. Seemann à la préflorai- son de la corolle dans la classification des Araliacées. Pour lui, les Hédéracées étaient caractérisées par une corolle im- briquée d'une façon variable, et les Apiacées (Ombelliferes) par une corolle valvaire (Journ. Bot., II, 7). Il en résulte qu'il plaçait les Crithmum, non dans les Ombelliferes, mais parmi les Hédéracées, ainsi que certains Hydrocotyle, tandis que les Aralia dont la corolle est imbriquée demeuraient pour lui des Apiacées. Celte manière de voir n'a guère été adoptée. Il est vrai qu'Ad. Bronguiart a placé parmi les Ombelliferes vraies les Myodocarpus et Delarbrea, que MM. Hooker et Bentham rangent parmi les Araliacées. En suivant l'opinion de Seemann, il faudrait mettre dans des familles différentes Y Aralia japo- nica, par exemple, et VA. polaris, qui,' à notre sens, sont con- génères. La préfloraison des Ombelliferes n'a rien d'aussi ab- solu qu'on l'a dit. Il faut être aussi inexact que M. Duchartre en ce qui concerne l'organisation végétale, pour dire à la fois de toutes les Ombelliferes et de toutes les Araliacées : «r pétales a préfloraison valvaire » (Elém., éd. 2, 1128). Sans parler des nombreuses Araliacées qui ont les pétales imbriqués, si M. Duchartre avait observé une Ombellifère qu'il cite plu- sieurs fois, le Trychymene, qu'il nomme Didiscas cœruleùs, il aurait vu combien est étroite l'imbrication des pièces de sa corolle. Bien d'autres Ombelliferes sont dans le même cas. Quant aux Hédéracées, que Seemann admet dans son Systema- lic Arrangement (Journ. Bot., II, 163), il y en a certainement qui ne sont pas constamment et absolument valvaires. La co- rolle de YOplopanax horridus est généralement valvaire, mais quelquefois un peu imbriquée, de même que celle de YAcan- llwpanax spinosum, étudiée sur le frais. Dans les Pentapanax, les pétales sont tantôt imbriqués, tantôt valvaires. Nous avons RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. 163 montré, tout à côté des Myodocarpus, des genres très-analo- gues, dont la corolle n'est pas imbriquée. Rien n'est plus facile que d'examiner une grande quantité de fleurs de l' Aralia japo- nica. A côté d'un grand nombre d'entre elles dont la corolle estvalvaire, on en verra d'autres dans lesquelles elle est plus ou moins imbriquée, quelquefois même d'une façon bien marquée, et c'était le cas dans la plupart des fleurs d'un pied que nous avons étudiées fraîches en 1877. Pour nous, la pré- floraison n'aura donc ici, pas plus que tout autre caractère, une valeur entièrement absolue. Toutes les Ombellifères,y compris lesAraliacées,ontl'ovule descendant avec le micropyle supérieur et extérieur. C'est pour cela que nous n'avons pas laissé dans celte famille les Helwingia, et c'est pour la même raison que nous y placerons le Curtisia fuginea, généralement jusqu'ici rapporté aux Cornacées. Il est vrai que cette plante n'a pas l'aspect ordinaire des Araliées. Mais aujourd'hui que l'on connaît l 1 ' Apiopetalum velutinum, par exemple, et aussi le Panax Weinmannw, on comprendra que les Araliées puissent pré- senter un port tout à fait exceptionnel. Le Curtkia a quatre sépales et quatre pétales valvaires, plus rarement à peine imbriqués ou tordus. Ses quatre étamines alternipétales ont une anthère biloculaire et introrse. Après la déhiscence, la paroi de chacune des loges s'étale en une lame qui s'applique dos à dos sur celle de la loge voisine. Alors l'anthère est située dans un plan vertical rayonnant. L'ovaire est en majeure partie infère ; mais son sommet, qui surmonte l'insertion du périanthe, se recouvre, comme dans V Aralia japanica, d'une couche glanduleuse de couleur orangée. Les quatre loges ovariennes sont oppositipétales, de même que les lobes stigmatifèresdu style, et il n'y a assez souvent que trois loges et trois stigmates. Nous avons vu quelle direction prend, l'ovule, qui est incomplètement anatrope. Le fruit du Curtisia ressemble beaucoup à celui du Lierre. C'est une petite drupe. 164 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. portant au sommet une aire conique-déprimée, entourée il sa base des restes ou des cicatrices du calice. Son noyau esta trois ou quatre loges qui renferment chacune une graine albuminée. L'embryon est plus long que celui de la plupart des Araliées ; mais on sait aujourd'hui qu'il y a sous ce rapport parmi les Ombcllifères plus d'exceptions qu'on ne pense. Nous avons fait voir, par plusieurs exemples, qu'on ne peut accorder au nombre des loges ovariennes une valeur absolue comme caractère générique. Nous pouvons en dire autant de la rumination de l'albumen, et nous rangerons, par exemple, dans le genre Aralia, des espèces qui ont l'albumen continu et d'autres qui l'ont ruminé. Quand on sait comment se pro- duit la rumination et quand on observe, sur de nombreux fruits d'Àraliées, toutes les transitions entre un albumen à peu près entier, un albumen sillonné de côtes moulées sur les anfractuosités dunoyau,et un albumen très-profondément partagé, on comprend qu'ici, de même que dans une famille voisine, celle des Rubiacées, le fait perde beaucoup de son importance présumée. Dans bien des plantes où l'albumen est décrit comme segmenté, nous l'avons vu entier. Il y a, entre tant d'autres, une espèce d'Araliôe très-commune dans tous les herbiers et qu'on peut aussi çà et là étudier sur le frais; c'est YOreopanax capitata. Sa graine peut être ruminée, comme elle l'est dans beaucoup d'autres Oreopanax, mais très-souvent elle l'est à peine et plus souvent encore pas du tout. Nous n'avons donc pu tenir compte de ce caractère quand nous avons laissé YOreopanax capilatum et ses congé- nères réunis aux Hedera. Un autre caractère, si nous nous en rapportions moins à l'observation qu'aux descriptions des auteurs, aurait pu nous porter à séparer les Hedera des Oreo- panax : celui du style, entier dans les premiers, divisé dans les derniers ; mais cette division peut être très-peu profonde et le style de Y Hedera Hélix peut être légèrement denté. Nous RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARAL1ÉES. 105 avons fait voir d'ailleurs combien peu de valeur générique avait ce caractère du style. C'est pour cette raison aussi que nous unirons dans un même genre lesGastonia et les Trevcsia. Si la plupart des auteurs les ont éloignés jusqu'ici l'un de l'autre, c'est certainement à cause d'un caractère de leur style. Les Gastonia auraient les styles courts, mais distincts, recourbés en dehors. Les Trevesia, au contraire, auraient un stvle ainsi défini : « stvli in umbonem v. conum brevem »v. columnam elongatam connati, stigmatibus sessilibus in » annulum terminalem dispositis ». La vérité est qu'il y a tous les passages entre le style columniforme capité des uns et le style déprimé ou concave au centre et entouré d'un rebord lobé des autres. Dans les Reynoldsia, dont on a fait une section du genre Gasto nia, le style peut être ou subnul, ou en forme de cylindre court, tronqué d'abord, puis, et ultérieurement, s'allongeant et découpé en haut sur les bords en petits lobes stigmatifères. En même temps, les Reynoldsia servent évidem- ment de transition entre les genres pleiostémonés et les types à fleurs isostémones, tels que les Gastonia. D'ailleurs il y a correspondance entre le nombre des étamines des Reynoldsia et celui de leurs pétales, et si les étamines sont nombreuses, c'est précisément parce que le nombre des pétales s'élève beaucoup. Quoique des ouvrages récents indiquent le nom- bre 12 comme le plus élevé que présentent les loges des Trevesia, je compte dans le Reynoldsia pleiosperma jusqu'à 16 loges, avec 1°2 ou 13 pétales, de môme que dans le R. verrucosa, avec 6-8 pétales, et je vois des fleurs du R. sand- wicsnsis qui ont jusqu'à 13 pétales. Il y a peu de Gastonia dans les îles orientales de la côte d'Afrique, malgré le nombre de ceux qu'on indique dans les herbiers. Beaucoup de Panax de la section Polyscias y sont inscrits comme Gastonia et se distinguent vite, entre autres caractères, par leurs pédicelles articulés. D'autre part, MM. Hooker et Bentham indiquent un seul Gastonia propre- 166 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARAL1LES. ment dit, de l'île Maurice; ce qui est insuffisant. Il y en a quelques nouveaux à Madagascar, parmi lesquels j'en signalerai deux à cause de quelques caractères singuliers qu'ils présentent. L'un d'eux a des feuilles composées- digitées, sans que je puisse pour cela le placer dans un genre à part, car sous ce rapport, il a la nervation foliaire des Trevesia. Il a en même temps des styles aigus et arqués, rappelant ceux des Polyscias et des Pseudopanax. Mais la fleur n'est pas articulée. J'appelle cette espèce Gastonia Heptapleurum, à cause de ses caractères extérieurs. Ses feuilles ont trois folioles; ses fleurs me sont inconnues, et ses fruits sont 8-loculaires, entourés supérieurement d'un court calice presque entier. C'est Boivin qui a recueilli cette espèce à Bourbon, en juin 1851, sur les bords de la rivière de l'Est. L'inflorescence parait être une grappe trois fois ramifiée, et les pétioles se dilatent en deux stipules latérales bien dessi- nées. L'autre plante à caractère exceptionnel est celle que Dupetit-Thouars et Chapelier ont rapportée de Madagascar, il y a plus de trois quarts de siècles, et que le premier a nom- mée dans son herbier Gastonia duplicata. Cette dénomination parait due à ce singulier caractère que, constamment sur certaines feuilles et partiellement sur d'autres, il y a, à un même niveau du rachis, non une paire de folioles ovales ou oblongues, mais trois, cinq et plus ordinairement quatre folioles, deux à droite et deux à gauche du sillon médian supérieur du rachis. Les folioles simulent donc dans ce cas de laux-verticilles; le dos du rachis en est cependant dépourvu, et nous ne nous rappelons pas pour le moment d'autre exem- ple d'une semblable disposition des parties dans une feuille composée-pennée. Les inflorescences sont elles-mêmes fort remarquables. Très-développées, égales au moins aux feuilles en longueur, elles sont ramifiées à trois degrés; les axes tertiaires sont disposés en ombellules, au nombre de huit à douze. La fleur est bien celle d'un Gastonia, ordi- RECHERCHES NOUVELLES SUR" LES AKALIÉES. 167 mûrement 10-mère, sans articulation sur le pédicelle. Le réceptacle subglobuleux porte un cnlice peu développé, ondulé et dix pétales épais et valvaires, dix étamines à grosse anthère introrse. L'ovaire est 10-loculaire, avec un ovule descendant dans chaque loge, et il est surmonté d'un môme nombre de branches stylaires, indépendantes, dressées, subulées. Le fruit estime drupe avec un même nombre de noyaux. Toutes les parties de cette plante prennent en séchant une couleur d'un brun noirâtre assez prononcé. Les bractées de l'inflores- cence sont peu développées ou caduques, et chaque foliole est supportée par un court pétiolule. Nous ajouterons à ce qui précède quelques considérations sur plusieurs groupes d'Ombellifères dont nous modifierons les caractères et les limites reçus. Les auteurs les plus récents considèrent avec raison les Tornabenia Parlât, comme très-voisins des Thapsia. Il en est de même des Mefano&eli/mm et des Monizia que MM.Ben- thain et Hooker admettent même comme congénères des Thapsia (Gen., I, 980). M. .1. Hooker a toutefois conçu des doutes au sujet du Monizia {Bot. Mag., t. 5724 \ C'est, croyons-nous, ajuste titre. Tous ces types d'Oinbellifères sont, bien entendu, fort proches les uns des autres. Mais si l'on con- serve le Tornabenia comme genre distinct, pourquoi suppri- merait-on les genres Monizia et Melanoselinum? Nous propo- serons une combinaison un peu différente. Le Melanoselinum decipiens nous parait suffisamment distinct comme genre des Thapsia. Outre les dissemblances signalées par M. Hooker (Bol. Mag., t. 5670) pour les bractées de l'involucre, les péta- les, etc., nous remarquons surtout l'épaisseur des ailes margi- nales des méricarpes et le mode de découpure que présentent leurs bords, puis les caractères des côtes primaires et secon- daires que nous allons examiner à propos des Monizia. Quant aces dentelures des ailes, avec leurs sinus plus ou moins tournés en haut et en dehors, elles existent dans le Melanose- 168 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. linum sur toute la hauteur a peu près du bord de l'aile ; mais assez souvent les dents grandissent de la base au voisinage du sommet, et il se peut même que celles de la portion inférieure soient à peine indiquées. Ceci s'accentue d'ordinaire davan- tage dans le Monizia edulis, qui, pour nous, est congénère du Melanoselinum. Presque toujours les dents manquent en bas et l'on n'en trouve vers le haut du bord que quelques-unes ou même une seule. Ce caractère nous suffira pour distin- guer une section Monizia dans le genre Melanoselinum. Il se retrouve dans les Tornabenia, quoique les dents soient moins indiquées encore dans la plupart des cas et quelquefois même peu faciles à apercevoir. L'organisation des méricarpes est d'ailleurs la même que dans le Monizia; mais dans celui-ci, les diverses parties sont mieux indiquées et elles présentent des différences assez notables avec ce qui s'observe dans le fruit des Thapsia. D'abord les côtes primaires latérales y sont cachées dans la commissure, comme dans les Tornabenia. Elles y représentent une saillie prismatique, quelquefois dédoublée par un sillon vertical interne. Les quatre côtes secondaires de chaque méricarpe figurent de gros cylindres blanchâtres intérieurement, recouvrant chacun une large ban- delette atténuée aux deux extrémités. Ce sont deux de ces gros cylindres qui forment les ailes ; ils sont plus développés que les dorsaux. Suivant chacune des côtes primaires, peu saillantes d'ailleurs, l'exocarpe se détache facilement en une longue' lanière. La face commissurale présente deux énormes bande- lettes. Les Monizia, comme les Melanoselinum vrais, ont la tiçe ligneuse ; elle est herbacée dans la section Tornabenia de ce genre. Nous n'avons le plus souvent pu admettre que le nombre des bandelettes fût un caractère générique absolu. Les exem- ples en sont nombreux. Les Tordylium tout d'abord nous ont paru remarquables parce fait que dans un genre aussi natu- rel, il y a des espèces à bandelettes solitaires dans chaque val- RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉKS. 169 léeule, et d'autres où elles sont multiples. Les Polytœnia sont dans ce dernier cas ; leur fruit à bords très-épais est souvent seulement un peu pins allongé que celui de nos Tordylium; nous n'en avons fait qu'une section de ce dernier genre. Dans un ordre d'idées analogue, nous avons vu que les Malabaila et les Opopanax sont congénères. Le premier des deux noms est le plus ancien et a dû l'emporter. La réunion de V Opopanax orientalis avec les Malabaila est déjà un fait accompli. Mais, par l'intermédiaire deYO.persicwn, il devient inséparable de YO. Chiroiùum, que distinguent seulement les bandelettes multiples, et des Slenotœnia, qui en ont deux ou trois dans chaque vallécule. LesLefebvria seront aussi pour nous une sec- tion du genre Malabaila, de même que Y Analyrium du Gap ; l'un et l'autre ont un sinus apical au fond duquel s'insère leur style. L y Analyrium ne se distingue au fond du Lefeb- vria que par l'aire intramarginale étroite et peu distincte de ses méricarpes. Nous considérerons comme section d'un seul et môme genre les Aciph'ylla, Anisotome, Anesorhi:a, Thaspîum, et même Cymoptcrus; ce qui ne manquera pas de surprendre, vu l'habitude où l'on est généralement de les croire nettement distincts. Le Cymoptcrus s y distinguera surtout comme section par son feuillage et la concavité de la face de sa graine. Quant aux bandelettes nombreuses, on ne peut en tenir compte, les Aciphylla océaniens en ayant dans chaque vallécule, tantôt une seule, et tantôt plusieurs. Je ne parle pas des différences de largeur très-considérables qui s'observent dans toutes les plantes précédentes sur les ailes ou côtes primaires, at- tendu que dans le genre Aciphylla tel qu'il est délimité par M. Benthain, on trouve déjà toutes les variations et qu'il y a môme là deux types, au premier abord bien distincts, mais qui se confondent si l'on passe en revue toutes les espèces. L'A. aromalica étant dépourvu d'ailes, celles de VA. rosœfolia sont développées comme celles de la plupart des Thaspium 170 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARAL1ÉES. américains. Les côtes intermédiaires sont moins développées que les marginales et la dorsale dans VA. squarrosa Forst., de même que dans le Cymopterus montanus Nutt. et dans le Thaspium barbinode Torr. etGR. Dans ce dernier, cependant, les ailes dont il est ici question deviennent assez souvent pres- que égales aux marginales. Dans V Anesorhiza macrorhiza, plante de l'Afrique australe, le fruit est celui de beaucoup de Ligus- licum, un peu plus allongé toutefois, et je ne sais si Ton ne reviendra pas un jour à l'opinion de Sprengel qui voulait que les Aciphylla fussent des Liguslicuni; les deux types sont en effet bien peu génériquement distincts. Le port et le feuillage ont joué ici un grand rôle; mais quelle importance leur ac- corder, quand on voit des Aciphylla tels que VA. antipoduni, VA. latifolia, tout à fait semblables sous se rapporta certains Liguslicuni européens, et qu'on les compare soit à VA. squar- rosa qui n'a même pas, d'un peu loin, l'air d'une Ombellifère, soit à VA. montana, qui rappelle un Panais, à VA. antipo- dum, qui simule un Fenouil, à YA.rosœfolia, qui a les feuilles de certains Sorbiers, ou à YA.aromatica, dont les feuilles sont celles d'une Filipendule? Quant au corps du fruit, il est ovoïde, ovoïde-oblong ou oblong, suivant les espèces, avec toutes les transitions possibles. Celui de V Anesorhiza macro- rhiza a d'ordinaire la côte dorsale peu développée ; les margi- nales elles intermédiaires ne sont pas très-larges. Dansl'i. angustifolia, le fruit se rapproche davantage de celui d'un Conium, mais il est plus long; ses côtes crénelées sont un peu plus saillantes que celles de la Grande Ciguë, et les bande- lettes se moulent sur la surface de la graine. Certains fruits de V Aciphylla aromatica sont strictement ceux de plusieurs Liyus- ticum, avec des bandelettes en nombre indéfini. Dansl'/l.ro^e- folia, les côtes marginales forment une large aile membra- neuse; la dorsale est presque toujours très-peu visible, et les intermédiaires sont ordinairement un peu plus développées. Mais aussi il y a des fruits de cette espèce dans lesquels les RECHERCHES NOUVELLES SUR LES A.RAL1ÉES. 171 deux côtes inierinédiaires demeurant peu saillantes, les margi- nales et la dorsale se développent beaucoup ; c'est alors sur- tout que le fruit devient celui d'un Thaspium. Ce dernier a les bandelettes solitaires et la face de sa graine est-planc ou à peu près. On peut dire qu'il a des analogies à la fois avec lesLigus- ticumet les Peucédanées, et qu'il relie même les Laserpitiées avec les Sésélinées. Quant au Cymopterus, outre la forme de la face de la graine, ses ailes lui donnent une grande ressem- blance avec les Peucédanées ; mais les marginales n'affectent pas jusqu'à la maturité une adhérence aussi étroite de carpelle à carpelle qu'il arrive dans les Peucédans, surtout dans ceux du groupe Ferula, et les idées reçues en matière de classifica- tion des Ombellifères nous obligent à éloigner de ce groupe un type auquel sa graine à face concave donne aussi cependant une certaine analogie avec les Elieoselinum. Nous nous voyons forcé de considérer comme sections d'un même genre les Ligustieum,Pleurospermum y Selinum,Silaus et Meum. Ce dernier a le nom le plus ancien, car il était admis par Tournefort, et ceux des autres genres, que nous regardons comme congénères et qu'il connaissait, ne sont décrits par lui que plus loin. Ordinairement les Meum ont le fruit un peu plus allongé que les LigusUcum; il y a cependant, à cet égard, toutes les nuances possibles dans les diverses espèces décrites deLigusticum. Le Meum athamanticum, la plus ancienne es- pèce du genre, est déjà bien connu pour la variabilité de forme de la face de sa graine. MM. Bentham et Hooker notamment s'expriment à ce sujet en ces termes (Gen.,l, 911) : « in specie- »bus hispanicis albumen facie sœpius profunde excavatum vi- »dimus, in anglieis (ut in Hook. et Arn. Brit. FI. depictum) » concavum, in gallicis rarius (ut in icône Reichenbachii) leviter Mantum dépression.» A cette observation parfaitement exacte et qui prouve, comme tant d'autres, que l'on ne peut accorder une valeur générique à la forme de la graine et de sa face, nous ajouterons que sur un seul et même échantillon d'origine an- 172 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. glaise, nous voyons la face de la graine, ou presque plane, ou assez fortement concave. Les bandelettes sont nombreuses dans le fruit des Menai comme dans ceux des Ligusticum, et quelquefois dans ces derniers elles sont « tenues v. obscurœ ». Mais entre les espèces où cette particularité ne se remarque pas et celles où les bandelettes sont bien prononcées, on n'a pas ad- mis de différence générique. Le fruit y est parfois un peu plus al- longé que celui du Meum, mais le fait n'est pas constant. Tour- nefort admettait les deux genres Liguslicum et Meum (Irist., 323, 312), mais le dernier a pour lui l'antériorité, de sorte que nous devrons le préférer. Dans tous ces types, les bande- lettes peuvent être assez profondément situées pour s'impri- mer légèrement sur la surface de la graine qui en devient can- nelée verticalement. Ce même caractère se retrouve dans une plante assez mal connue et rare dans les collections, le Bonan- nia resini fera de Gussone (FI. sicul., I (1842), 335), que nous allons maintenant étudier rapidement. Gussone l'avait en 1826 nommée Liguslicum resinosum, avec raison, selon nous, car la plante ne diffère pas générique- ment des Ligusticum. Son port et son feuillage sont, il est vrai, assez particuliers, mais ses fleurs et ses fruits ne sont pas foncièrement différents de ceux d'un Meum. De Candolle con- naissait cette plante qu'il avait vue dans l'herbier de Jussieu, provenant de Tournefort lui-même, pour qui c'était le «.Ligus- licum grœcum Apii folio » (Cor., 23). D'après l'herbier de Vaillant où elle existe aussi, elle paraît avoir été cultivée au Jardin du roi en 1702. Dans l'herbier de Jussieu, De Candolle Ta nommée Kundmannia grœca, nom que je ne vois pas re- produit dans le Prodromus. C'est encore la même plante, je suppose, qu'il a décrite dans le même ouvrage (IV, 159, n. 21) sous le nom de Ligusticum? grœcum. De son côté, M. Boissier (FI. or., II, 882) donne ce dernier comme synonyme de son L.saxifragum, c'est-à-dire de VAthamantha multiflora Sibtii. et Sm. Mais celui-ci est bien un Carum et a le fruit nettement RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ÂRAL1ÉES. 173 comprime perpendiculairement à la cloison, tandis que celui du Bonaunia est comprimé parallèlement, absolument comme celui d'un Meum. Il n'y a donc pas identité entre ces espèces dont le feuillage est d'ailleurs aussi tort dissemblable. Le fruit du Bonaunia est bien celui d'un Ligustieum ou d'un Meum, et nous le rapporterons à ce dernier genre comme section, parce que ce fruit est un peu court, que la graine est cannelée et à face légèrement concave, et parce que ses bandelettes multi- ples sont ténues et irrégulières. Les Pleurospermum sont uniquement distingués des Ligus- tieum, dans les ouvrages classiques, par leurs bandelettes soli- taires. Cependant on accorde aussi qu'elles peuvent être gémi- nées dans chaque vallécule. Dans le P. Golaka, où elles sont très-ténues, j'en ai vu souvent trois, plus ou moins parallèles, çà et là anastomosées. Les bractées formant l'involucre peuvent être foliacées et disséquées dans les Pleurospermum. C'est ce qui arrive aussi dans les Cortia, dont le fruit a ordinairement les côtes plus larges, surtout les marginales, que celles des Ligus- tieum. Par ce caractère, les Cortia sont aux Seliuum dont les ailes sont moins développées, ce que les Aciphylla à méricar- pes ailés sont à ceux dont le fruit a les côtes à peine saillantes. Parfois même, dans le Cortia, une côte est peu développée en haut et dilatée en aile courte seulement vers sa portion infé- rieure. Le Selinum carvifolia L. peut aussi être considéré comme l'analogue dans ce groupe des Aciphylla à fruits ailés. Son fruit et sa graine répondent à ceux de VA. rosœfolia. Les côtes dorsales et latérales des môricarpcs sont peu saillantes. On donne comme caractère du genre des bandelettes solitai- res; il peut arriver qu'elles soient géminées, et il se peut aussi qu'elles soient très-peu nettes, comme dans certains Pleuro- spermum. Dans les Si/er, il n'y a qu'une bandelette dans chaque vallécule, mais elle est large et peu épaisse; et s'il arrive que çà et là elle soit interrompue suivant sa largeur, elle figure de nombreuses bandelettes grêles anastomosées entre elles. Aussi 174 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARAL1ÉES. ce type ne diffère-t-il à notre avis des Ligmticum qu'à titre de section. Il est vrai qu'on dit son fruit plus comprime parallèle- ment à la cloison ; mais il l'est souvent tout autant ou môme moins. Les involucres et les involucelles sont souvent réduits à un petit nombre de bractées peu développées. C'est un pas- sage vers les Silaus, qui peuvent n'avoir ni involucre, ni invo- lucelles, ou n'en présenter que des traces. Leur fruit est celui du Meum. On le dit, il est vrai, dépourvu de bandelettes. Mais il peut présenter, surtout à la face, de larges aires sans épais- seur, colorées par de la matière gommo-résineuse, ou conti- nues, ou plus ou moins interrompues parallèlement à la lon- gueur des méricarpes.Le fruit peut devenir celui d'un Pleuro- spermum ou peu s'en faut. C'est aussi le cas du Trochiscaiithes dont les bandelettes sont nombreuses. On ne peut distinguer sesméricarpes de ceux de plusieurs Ligmticum. Le caractère particulier de l'inflorescence peut suffire à distinguer un sous- genre, mais il nous paraît inutile de lui accorder une plus grande valeur. Quant au Schultzia erinila, son fruit est aussi celui d'un Ligmticum, avec 2-4 bandelettes dans chaque val- lécule. Son carpophore est tantôt simple et tantôt double ; ce caractère n'a donc pas une importance absolue. Restent les bractées de Tinvolucelle découpées en lanières aiguës; mais ce trait d'organisation n'est pas constant et ne saurait avoir, par conséquent, une valeur invariable. On voit donc qu'on passe, dans ce groupe tel que nous le concevons, d'un type à l'autre par toutes les nuances possibles. Il n'est pas jusqu'au Cyqthoselinwm qui, ayant les fleurs et les fruits d'un Ligmti- cum, ne doive y rentrer à titre de section ; car il est aux autres Ligmticum ce que sont aux Seseli à bractéoles de l'involucelle indépendantes les Seseli à involucelles gamophylles, comme sont, par exemple, les Hippûmarathrum du Flora Wctteraviœ. Par suite de considérations analogues, nous étendrons plus loin qu'on ne le fait d'ordinaire les limites du genre Œnan- thc. Malgré son port si exceptionnel, nous lui adjoindrons le RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ÀRALIÉES. 175 Crantzia comme section, parce que son fruit est organisé de même, avec un égal développement de ces grosses colonnes prismatiques de tissu blanc, qu'on dit ordinairement subéreu- ses et qui, ayant parfois l'aspect farineux, sont formées d'un parenchyme spécial à cellules gorgées de gaz. Quant aux feuilles réduites à des pétioles plus ou moins cylindriques et interrompus par des coutures transversales assez régulière- ment espacées, elles se rencontrent çà et là chez les véritables Œnanthe. Le Discopleura capillacea, avec un port également tout particulier, a un fruit tYŒnanthe, un peu plus long en général et avec les deux colonnes prismatiques marginales plus développées que les autres. Les Dancosma sont aussi du même genre ; mais leurs côtes marginales sont à la fois moins épaisses et plus larges, aliformes par conséquent. D'ailleurs ils ont un fruit un peu aigu à'Œnanthe. Le carpophore y est simple ou double. Dans VEurytœnia, le fruit est celui d'un Discopieur a ,Daucosma i etc. ; mais les ailes marginales de l'un des méricarpes demeurent plus étroitement appliquées contre celles de l'autre; de sorte que cette plante relie, pour ainsi dire, .les Œnanthées aux Peucédanées proprement dites. Dans les Cynosciadium, notamment le Ç.capitatum,\e fruit est celui d'un Œnanthe, un peu plus allongé, avec un calice bien dé- veloppé. Les côtes de tissu blanc sont à peu près toutes égales entre elles. Dans le C. pinnatum, au contraire, qui devrait être séparé du précédent comme genre, si l'on s'en rapportait aux caractères employés le plus souvent dans ce petit groupe pour établir des coupes génériques, les côtes sont plus sail- lantes, et la marginale est épaisse, à peu près comme dans un Discopleura. Le carpophore est ou peu distinct, difficilement séparable, ou net et simple. Les méricarpes ont la face con- cave et portant deux bandelettes. Les sépales sont bien visi- bles et les pétales sont souvent entiers, caractère donné jus- qu'ici comme constant dans ce genre ; mais il y en a dont le sommet est certainement bilobè ; il est plus ou moins incurvé, 176 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. tandis que le corps du pétale est orbiculaire ou à peu près, fortement concave en dedans. Je crois pouvoir aussi considé- rer le Sclerosciadium nodiflorum comme une section particu- lière du genre Œnanthe (on sait que c'est YŒ. nodiflora Schousb.). MM. Bentham et Hooker (Gen., I, 1009) le rappro- chent des Capnophyllum. Il me semble que son fruit est celui d'un Œnanthe qui aurait les côtes saillantes d'un JEthusa. Le carpophore y est tantôt simple et tantôt double. La façon dont nous limiterons le genre Carum surprendra sans doute et pourra être l'objet de grandes contestations ; elle nous a été imposée par la logique des faits. En prenant pour type de ce genre une plante telle que le C. Carvi, nous avons vu que les Petroselinum, Ridolfia, Wydleria, n'en diffè- rent que par un fruit un peu plus court, et les Trachyscia- dium par des carpelles un peu plus longs et hispides. Les Mi- crosciadium ont aussi un fruit plus allongé et étroit, avec des côtes peu saillantes; mais les Carum sont rendus insépa- rables de ce type par le Falcaria Rivini, qui a, au fond, tous les caractères d'un Carum. Dans les C. rupestre, grœcum, Hel- dreichii, multiftorum, les bandelettes sont ça et là géminées, ternées même. D'autre part, les Petrosciadium, inséparables âesPimpinella, peuvent aussi avoir deux, trois bandelettes par vallécule. C'est là ce qui rattache au genre les Pimpinella vrais dans lesquels la multiplicité des bandelettes n'a pas plus de valeur que dans tant d'autres types d'Ombellifères. Les JEgopodium et les Bunium sont aussi des sections du môme genre, comme les Ptychotis, les Dunioides Biinth. et Hook., les Elwendia, les Huetia, Bulbocastanum Schur (nec Lac), Edosmia, Atœnia, Reutera, Acronema, Deverra, Murctia, Cha- mœsciadium, Lercschia, Petrosciadium et le Panulia du Chili (Ligusticum Parmi Clos). Tout en supprimant la tribu des Sésélinées, que nous ne pouvons séparer d'une façon absolue de celle des Peucôda- nées, nous étendrons considérablement les limites du genre RECHERCHES NOUVELLES SUR LES AKALIÉES. 177 Seseli, dans lequel nous ferons rentrer, non-seulement les Libanotis et le Bubon mqcedonicum, à l'exemple de plusieurs auteurs, mais aussi les Diplolophium, le Portenschlagia, le Xatardia et le Todaroa. Les Athamantha comprendront d'abord pour nous le Petro- carvi, dont la graine est déjà un peu plus concave en dedans que celle de VA. Matthioli, puis les Tinguarra. Ceux-ci ont la face séminale plus concave encore, et l'on dit qu'ils ont les bandelettes nombreuses. Mais nous avons certainement vu des bandelettes solitaires dans des fruits bien mûrs d'un échan- tillon authentique du T. cervariœfolia. LeKundmannia a des bandelettes nombreuses ; nous en ferons une section du genre Athamantha, tout en remarquant que les côtes de son fruit sont dures et qu'il est un peu obtus au sommet. Dans le genre Cachrys nous réunissons non-seulement les Cachrys proprement dits, mais encore, à titre de sections dis- tinctes, les Prangos, dont les côtes primaires peuvent être toutes ou en partie dilatées en ailes, les Hippomaralhrum, les Colladonia, les Meliocarpns et les Magydaris. Dans toutes ces plantes, le mésocarpe demeure longtemps comme charnu; plus tard il devient subéreux. Ce qu'il présente de plus singu- lier, c'est que finalement sa partie spongieuse se partage plus ou moins facilement en un nombre défini de quartiers dont les plans verticaux de séparation répondent aux intervalles des côtes primaires. Quel genre plus naturel que le genre Buplèvre ? Et cepen- dant la plupart des caractères que l'on considère comme de première valeur pour la séparation des genres y présentent les variations les plus marquées. Les côtes primaires y sont ou à peine prononcées, ou développées en ailes courtes; ailleurs elles sont invisibles. Les bandelettes font défaut, ou elles sont solitaires, ou en nombre indéfini, régulières ou irrégulières, interrompues, remplacées par des réservoirs inégaux. La graine a la face plane, ou concave, ou creusée d'un sillon xil. (20 novembre 1878). 12 178 RECHERCHES NOUVELLES SUR LES ARALIÉES. profond, ou à bords complètement involutés. Voilà des carac- tères sur lesquels on fonde ailleurs autant de genres séparés qu'on en pourrait distinguer parmi tous les Bupleufum connus. Je ne vois aucun motif valable pour séparer gônériquement les Vicatia des Conittm; les côtes y sont plus lisses, les vallé- cules plus larges : ce ne sont là que des nuances, des carac- tères de section, si l'on veut. L'organisation de la fleur et du fruit est au fond la même. Les Ombellifères dont nous formons notre série dés Hydro- cotylées pourraient être appelées anormales. C'est parmi elles surtout qu'on trouve' des ovules exceptionnels quant à la fa- mille, c'est-à-dire semblables aux ovules ordinaires des Polype- taies. Tout organe de la plante y peut sortir de la règle. C'est là qu'on trouve des inflorescences en cymes : celle de YLIydroco- tyle asiatica, par exemple, est une cyme bipare et pauciflore. Dans les Aslrantia, l'évolution de l'inflorescence esteentrifuge. Quand on assiste au développement de celle du Trachymene cœrulea, on voit qu'elle est au début un capitule. Plus tard, quand on croit que les pédicelles floraux sont unis par leur base, on prend pour cette portion commune aux pédicelles une cupule réceptaculaire, qui existait avant les fleurs, con- cave comme celle de bien des Composées. Dans le Micro- pleum, les axes de l'inflorescence sont terminés par une fleur fertile, et immédiatement au-dessous d'e le s'envoient deux ou quelques-unes plus jeunes, ordinairement mâles et stériles. Dans le Petagnia, Y inflorescence est celle de certaines Caryo- phyllées, avec les fleurs dans les dichotomies. Dans YApleura, la fleur est solitaire et terminale. C'est dans ce groupe qu'on trouve des gynécées unicarpellés , des corolles étroitement imbriquées, des plantes qui ont le port d'une Saxifrage, d'une Violette, d'un Lycopode, d'une Mousse. Tout peut y être ex- ceptionnel, même les apparences extérieures. MEMOIRE SUR LES GENRES CANTHIUH ET HYPOBATHRUM Je me propose, dans ce travail où j'étudie l'organisation de deux groupes de plantes qui passent généralement pour bien connus, de montrer que l'on ne multiplie ordinairement les coupes génériques que parce qu'on a imparfaitement analysé les plantes sur lesquelles elles sont fondées, ainsi que celles avec lesquelles elles affectent les rapports les plus étroits. Les différences nous frappent plus facilement que les ressem- blances, et l'on connaît aujourd'hui certains auteurs superfi- ciels qui découpent les groupes les plus naturels en autant de genres qu'il y a de différences minimes entre les organes les moins importants. S'ils ajoutent par là, à tous les maux qu'ils ont causés à notre science, le tort de la rendre, comme on l'a dit, impossible, c'est qu'ils ont perdu ou n'ont jamais possédé la faculté de comparer. D'autres dédaignent les tra- vaux de détail tels que celui-ci, pour ne s'attacher qu'aux questions supérieures dans lesquelles leur ignorance éclate à chaque pas, parce qu'en somme l'ensemble se compose de détails qu'ils n'ont jamais observés. Ce n'est pas pour eux qu'on publie des observations patientes et consciencieuses; qu'ils se contentent de ce qui est général, élevé, brillant, vague et erroné. CANTHIUM. C'est Lamarck qui a établi le genre Canthium en 1 783 (Dict. , I, 602). Si l'on analyse les espèces les plus anciennement con- nues de ce genre, notamment celles de l'Asie et de l'Afrique 180 GENRES CANTHIUM ET HYPOBATHRUM. tropicales, on voit que l'organisation de leur fleur est peu com- pliquée. Elles sont petites, 4-5-mères, et présentent, sur un réceptacle commun peu volumineux, dont la cavité loge un ovaire infère et biloculaire, un court calice, une corolle à tube court et à limbe valvaire peu développé, obtus dans le bouton, quatre ou cinq étamines alternes avec les lobes de la corolle et insérées à sa gorge, courtes et généralement incluses, un anneau de poils serrés et réfléchis, ordinairement situé vers le bas du tube, et un style grêle, entouré à sa base d'un petit disque épigyne, et dilaté en une tête stigmatifère qui a la l'orme d'un petit chapeau de Champignon. Dans chaque loge ovarienne, on voit, inséré vers la partie supérieure de la cloi- son, un ovule descendant, anatrope, à raphé dorsal, à micro- pyle dirigé en dedans et en haut, c'est-à-dire souslehile, dont le voisinage est épaissi. A cet ovaire succède un fruit didyme ou cordiforme, drupacé, à chair peu épaisse, à noyau bilocu- laire ou à deux noyaux monospermes. La graine est descen- dante, albuminée, et l'embryon, axile, allongé, a la radicule supère. Ces Canthium types, si je puis ainsi dire, sont des ar- bustes à feuilles opposées, avec stipules interpétiolaires et ont des fleurs disposées en cymes ou en glomérules axillaires. Une plante telle que le C. glabrifolium Hiern, et quelques espèces analogues, ne nous présente dans ses fleurs, avec celles des espèces dont nous venons de parler, que des diffé- rences très-minimes, mais que nous devons signaler ici. Le tube de la corolle est assez étroit, mais encore assez court. Les étamines, ordinairement au nombre de cinq, ont des anthères qui se touchent par leurs bords et qui peuvent même se coller plus ou moins les unes aux autres en ces points. Le style, tra- versant cette couronne d'anthères sous forme d'une colonne très-grêle, porte longuement au dehors son extrémité stigma- tifère, laquelle a la forme d'un long doigt de gant, à ouverture inférieure et tronquée. Le style s'introduit dans sa cavité et va se fixer au fond de ce chapeau, relativement plus long et plus GENRES CANTHIUM ET HYPOBATHRUM. 181 étroit que dans les espèces dont il a été précédemment ques- tion. Il y a toujours un petit disque circulaire qui entoure la base du style, et un ovaire à deux loges uniovulées. L'ovule a toujours son micropyle en dedans, mais il répond à peu près au milieu de la hauteur du bord interne, non à son sommet. Gela tient à ce que l'ovule ne descend pas immédiatement à partir du hile, situé exactement au-dessus du micropyle. Mais à partir de l'insertion , la portion de l'ovule qui répond à la base du raphé remonte pendant quelque temps avant de des- cendre ; de la sorte, l'ensemble de l'ovule a la forme d'un rein dont l'échancrure hilaire répondrait à peu près au milieu du bord interne. Un grand nombre de Canlhium proprement dits, des régions que nous venons d'indiquer, présentent des particularités qui souvent sont à peine indiquées, mais que nous devons signaler dès à présent. La première est relative aux anthères. Inférieu- rement leurs deux loges deviennent indépendantes dans une étendue variable, et se terminent, en dessous de la cavité qui renferme le pollen, par une saillie pleine, entière ou finement déchiquetée. On verra ces saillies s'accentuer davantage dans certains types que nous serons forcés de rattacher au genre Canthium. Le deuxième point a trait à l'extrémité sty- laire qu'on désigne le plus souvent par le nom de stigmate. Cette sorte de chapeau que nous avons vue plus ou moins large et creuse, au lieu d'avoir son sommet convexe et entier, s'élar- git, se déprime et présente deux très-petits lobes, quelquefois à peine indiqués, mais répondant chacun à une des loges ova- riennes, et séparés, bien entendu, l'un de l'autre, par un petit sillon souvent fort peu prononcé. Que si maintenant nous comparons aux Canlhium dont il vient d'être parlé certaines espèces océaniennes, dont plu- sieurs sont connues depuis longtemps sous d'autres noms génériques, nous verrons que le tube de leur corolle devient plus étroit et plus long, et que les lobes sont courts relative- 182 GENRES CANTHIUM ET HYPOBATIIRUM. ment à lui. Tel est, par exemple, le C. coprosmoides F. Muell., espèce d'Australie^ qu'on rencontre assez souvent dans les herbiers sous le nom de Coprosma et qui a en effet le feuillage d'un Coprosma. L'orifice de la corolle est richement garni de poils. Tel est encore le Chiococca barbata Forst. , des îles du Pacifique, dont M. Bentham a fait ajuste titre un Ccwthium. Le tube grêle de sa corolle, qui n'a guère que 2millimètresd'é- paisseur, ai centimètre ou 1 centimètre et demi de longue ur . Ses cinq lobes sont courts, valvaires, à peu près semblables à ceux du C. coprosmoides. Toutletube estgarni intérieurementdepoils mous, lâches, blanchâtres, descendants. Les étamines ont un filet très-court, et des anthères à demi-exsertes, dont le con- nectif apiculô est de couleur noirâtre et de consistance presque glanduleuse. Le style diffère par sa forme de celui des espèces africaines dont nous avons parlé. Il occupe, sous forme d'une colonnette grêle, tout l'axe du tube de la corolle ; puis, au ni- veau de l'androcée, il se dilate en une sorte de tête déprimée, partagée supérieurement par une assez longue fente horizon- tale, en deux lobes qui répondent aux loges ovariennes. Dans chacune de celles-ci se trouve un ovule réniforme, dont le Iule et le micropyle répondent à l'échancrure qui occupe le milieu de la hauteur du bord interne. Cette même configuration se retrouve dans la graine mûre; elle est fortement arquée, et mousse à l'extrémité inférieure, tandis que supérieurement elle se termine par une pointe bien plus élevée que le hile.Dans cette proéminence supérieure se trouve la radicule, tandis que les cotylédons occupent l'extrémité inférieure. Il est à remar- quer qu'ici, contrairement à la règle, le sommet de la radicule ne répond pas au micropyle, mais bien à un point plus élevé que l'ombilic, lequel est lui-même placé au-dessus du micro- pyle dans l'ovule. Le fruit, drupacé, à deux noyaux, qui n'at- teint pas moins d'un centimètre et demi de longueur et de largeur, est fortement comprimé perpendiculairement à la cloison et a une forme largement obovale et subcordée. On rc- GENRES CANTHIUM ET IIYPOBATHRUM. 183 trouve un fruit de même forme et organisé absolument de môme dans une plante remarquable de la Nouvelle-Calédonie que nous allons maintenant examiner. Celle-ci vient d'être décrite comme le type d'un genre par- ticulier, sous le nom de Çyclophyllum Deplanchei Hoorç. f. (Gen.j II, 535). C'est un arbuste à aspect particulier. Ses feuilles opposées sont sessiles, cordées, orbiculaires, coriaces, très-rapprochées les unes des autres et imbriquées, 3-5-pli- nerves à la base, lisses et luisantes en dessus, légèrement bul- lées et terminées par un fin apicule. Les fleurs sont axillaires (ou quelque peu supra-axillaires), subsessiles, solitaires et grandes, car leur bouton adulte n'a pas moins de 3 centi- mètres de longueur. Son tube est épais, coriace, et son limbe hypocratérimorphe est partagé en cinq lobes ovales-lancéolés, acuminés, valvaires. A la gorge s'insèrent cinq étamines incluses, à anthères presque sessiles et apiculées , les deux loges laissant voir en haut et en dedans le connectif coloré. De très -nombreux poils blanchâtres garnissent la gorge de la corolle. Supérieurement, le style se dilate longuement en une tête piriforme] dont le sommet est assez profondément partagé en deux lobes obtus, légèrement réfléchis. Dans chaque loge est un ovule à raphô dorsal, à micropyle légèrement épaissi. Tout près de cette espèce s'en place une autre très-belle, récoltée dans le même pays par M. Balansa (n. 2895, 3221), dans les forets situées au nord de la Conception et sur les col- lines éruptives du cours supérieur de laTamoa. C'est un élé- gant arbuste de 2 à 3 mètres de hauteur, entièrement glabre, dont les feuilles sont glauques et ternes des deux côtés, ovales-aiguës, sagittées, auriculées et embrassant la tige par paires, subsessiles, atteignant jusqu'à 12 centimètres de lon- gueur, penninerves et subtriplinerves à la base. Les fleurs, qui sont blanches et belles, avec une corolle qui rappelle celle d'un grand Jasmin, ont près de 4 centimètres de longueur et sont pentamères, un peu supra-axillaires, solitaires ou plus 184 GENRES CANTHIUM ET HYPOBATHRUM. souvent disposées en une petite cyme biflore. Le fruit est le même que celui de l'espèce précédente ; ses deux noyaux sont épais et durs. Les deux loges de l'ovaire contiennent chacune un ovule descendant, à raphé dorsal. Le fruit est à peu près celui du C. Balansœ. Quant aux divisions de la corolle, elles sont réunies dans le bouton en une masse ovoïde-aiguë, épaisses, valvaires. Les anthères sont sessiles, et la gorge de la corolle est garnie de poils lâches et abondants qui se raréfient en des- cendant le long du tube. Le sommet stigmatifère du style est piriforme, un peu comprimé, et partagé en deux par une fente transversale. Il y a aussi un disque annulaire autour de la base du style. Nous avons nommé cette plante C. sagittatum. En comparant ces Cyclophyllum avec un Canthium tel que le C. barbatum,je ne vois entre les deux plantes que les diffé- rences suivantes : le Cyclophyllum a les fleurs soliLaireset plus grandes, à lobes de la corolle plus aigus, et la tête stigmati- fère du style un peu plus large relativement à sa hauteur, avec un sillon transversal plus allongé. De pareils caractères ne peuvent suffire qu'à distinguer dans le genre Canthium une section Cyclophyllum, et non un genre particulier. M. Balansa a trouvé à la Nouvelle-Calédonie un troisième Canthium de la section Cyclophyllum (n. 2888, 2989). C'est un arbrisseau haut de 2 à 3 mètres, que nous nommons C. Ba- lansœ, qui croît vers 550 mètres d'altitude, dans les forêts au nord de la Conception, et au-dessus d'Ouroué, dans les terrains éruptifs. Mêmes organes de végétation, mêmes fleurs solitaires à pédoncules quelque peu supra-axillaires, que dans le C. Deplanchei. Ici seulement les feuilles ne sont pas cor- dées, mais arrondies ou légèrement atténuées à la base, et l'on distingue leur très-court pétiole. La fleur est 4-5-mère; le calice a des lobes lancéolés, acuminés. La corolle, longue de 2 centimètres, a un tube très-étroit, une gorge barbue; les anthères sont presque sessiles, apiculées, avec un connec- tif noirâtre séparant supérieurement les deux logos l'une de GENRES CANTHIUM ET HYPOBATHRUM. 185 l'autre, et le style grêle se dilate vers le sommet en une lame elliptique, un peu plus large que longue, séparée supérieure- ment en deux lèvres par un long sillon transversal. L'ovaire a dans chacune de ses deux loges un ovule descendant à raphé dorsal. Le fruit a une forme très-tranchée : celle d'un triangle isoscèle à base supérieure, dont la hauteur est d'environ 2 centimètres. Desséché, il est noirâtre, fortement comprimé perpendiculairement à la cloison, et sa base, large de plus d'un centimètre, limitée à ses deux extrémités par un angle arrondi, présente à son milieu une légère dépression à laquelle répondent les restes du calice. Les deux noyaux épais ren- ferment chacun une graine descendante dont l'embryon, à radicule supère, n'atteint pas tout à fait la moitié de la hau- teur de l'albumen. Les bractées aiguës que porte lepédicelle persistent au-dessous du fruit mûr. M. Vieillard a aussi découvert une plante du môme groupe aux environs de Balade (n. 767) et de Kanala (n. 483). C'est une espèce fort voisine de la précédente, mais dont les feuilles sont relativement plus étroites, plus longuement acuminées, plus épaisses et plus coriaces, avec le bord réfléchi et une base aiguë avec un pétiole plus visible. La fleur est également soli- taire, supra-axillaire, pédonculée, avec un ovaire à deux loges uniovulôes et à ovules descendants (C. Vieillardi). Avec des caractères très-analogues dans les fleurs qui ont un ovaire biloculaire et biovulé, le C. cardiocarpum, autre arbuste de la Nouvelle-Calédonie, doit son nom spécifique à la forme plus accentuée de son fruit. Celui-ci, fortement com- primé perpendiculairement à la cloison, a la forme d'un as de cœur, un peu plus large (1 £ centim.) que haut (1 centim:). Son sommet présente une échancrure assez profonde au fond de laquelle se trouve un reste de calice. La surface du fruit sec est rugueuse et noirâtre. Haut de 1 à 2 mètres, cet arbuste, qui a été trouvé dans l'île Art (Balansa, n. 3215), est glabre, à rameaux ridés et rugueux. Ses feuilles ont un 186 GENRES CANTHIUM ET HYPOBATHRUM. pétiole bien manifeste (long d'un centimètre environ), et sont elliptiques-lancéolées, entières, peu épaisses, penninerves, à nervures secondaires peu nombreuses (souvent cinq) et très- obliques. Les fleurs, supportées par un pédoncule très-court (°2-4 millim.), sortent de l'espèce d'enceinte que limitent les stipules, en petites cymes pauciflores. Elles ont un très-court pédicelle et sont de très-petite taille. Leur corolle etleurséta- mines sont tombées dans tous les échantillons que nous avons sous les yeux; nous n'y voyons plus qu'un ovaire à deux loges, avec un ovule descendant à raphé dorsal, un petit disque circulaire et un calice profondément divisé en cinq lobes acu- minés. Nul cloute, par conséquent, que cette plante n'appar- tienne bien au groupe dont nous nous occupons. Quoique fort incomplète dans les collections de Pancher, l'espèce à laquelle nous donnons son nom (C. Pancheri) parait organisée comme les C. Deplanchei et sagittatnm. Les feuilles sont grandes (15 centim. sur 6), ovales-lancéolées, acuminées, glabres et coriaces, penninerves, un peu arrondies à la base et pourvues d'un pétiole épais et court, aussi gros que long, continué dans le limbe par une forte nervure médiane. Les fleurs, nées environ un demi-centimètre au-dessus de chaque aisselle, ont un pédoncule grêle et paraissent solitaires. Elles ont un calice à cinq divisions linéaires, aiguës et deux loges avec un ovule descendant dans chaque. Le reste des caractères de cette belle espèce nous est inconnu, de même que la loca- lité précise où elle a été observée. Plus remarquable encore est le C. Henriette, qu'ont trouvé M. Deplanche et M. Vieillard (n. 663, 663 bis) dans les mon- tagnes de Poila et à Wagap. Ses rameaux sont épais, et ses feuilles ovales-aiguës ou acuminées, légèrement cordées à la base, grandes(18 centim. sur 10), avec un pétiole épais et assez long (3 centim.), suffiraient à caractériser cet arbuste parmi ses congénères. Son inflorescence est également remarquable et rappelle beaucoup celle de certains Cuviera et Vangucria. GENRES CANTHIUM ET UYPOBATHRUM. 187 Elle est supportée par un épais pédoncule, presque égal en grosseur au pétiole et naissant sur le rameau environ un cen- timètre au-dessus de son aisselle. Bientôt il se ramifie, et ses divisions rigides portent des cymes dont l'ensemble forme un bouquet d'un demi-décimètre de diamètre dans tous les sens. Quant aux fleurs, longues d'une couple de centimètres, elles sont organisées comme celles duC. Deplanchel, sinon que plus épaisse et coriace, leur corolle étroitement tubuleuse se dilate à son sommet en une boule pisiforme qui représente le limbe dans le bouton. Ses divisions sont valvaires-indupliquées, concaves. Les cinq anthères sessiles sont semblables à celles du C. Balansœ. Les loges sont distantes en haut et en dedans et laissent voir en ce point le connectif coloré et apiculé. Cha- cune d'elles devient aussi libre par son extrémité inférieure et présente là un petit apicule blanchâtre. L'extrémité stigmati- fèredu style est obovoïde, avec une petite fente transversale au sommet, et l'ovaire, surmonté d'un petit disque annulaire qui entoure la base subitement rétrécie du style, est à deux loges renfermant un ovule descendant. Le fruit de cette belle espèce est inconnu. Celui du C. subalatum est connu, mais non à sa maturité complète. Ses fleurs sont tout à fait celles de C. Deplanchei, comme taille et comme organisation. Elles sont ou solitaires, ou réunies en cymes pauciflores à l'aisselle des feuilles supé- rieures. Les fruits ont deux loges avec deux jeunes graines descendantes. Mais ce qui a valu à cette espèce son nom, c'est que ces fruits portent une sorte de crête ou d'étroite aile ver- ticale qui continue la nervure médiane de chaque sépale. Ceux-ci sont aigus et subulés. Les feuilles sont opposées, pressées les unes contre les autres et assez longuement pétio- lées. Leur limbe est elliptique-ovale, long de 4 à 5 cen- timètres, légèrement obtus au sommet, coriace, lisse en dessus, obscurément penninerve, légèrement décurrentàla base sur les côtés du pétiole. C'est an arbuste de la baie de 188 GENRES CANTHIUM ET HYPOBÀTHRUM. Kanala (Balansa, n. 2005), qui a 1 à 2 mètres de hauteur et croit dans les terrains ferrugineux. Ce qui prouve encore que les plantes dont nous venons de nous occuper sont inséparables du grand genre Canthium, c'est qu'elles ont les plus étroites affinités avec une espèce des îles Viti décrite par M. A. Gray sous le nom de C. sessili- folium. Son fruit est petit, obtriangulaire et à deux noyaux. Ses Heurs pentamères ont des anthères courtes et un ovaire à deux loges. L'ovule est descendant, à hile légèrement épaissi, et le style a son sommet stigmatifère dilaté et subtronqué! Les feuilles sont plus étroites que dans toutes les espèces de la Nouvelle-Calédonie dont il a été question plus haut, mais la plante est d'ailleurs très-voisine. Il y a à Mombaza un Canthium qui ressemble extrêmement au C. subalatum quant aux organes de végétation. Ses feuilles ont la même forme, mais sont un peu plus petites, moins épaisses. Leur face inférieure est blanchâtre, quoique glabre. Les stipules sont très-grandes, égales environ au pétiole, ovales. Les fleurs sont légèrement supra-axillaires et généra- lement solitaires. Les divisions du calice sont aiguës, celles de la corolle valvaires; les anthères sont incluses, et l'ovaire biloculaire, à deux ovules descendants, est surmonté d'un style dont la tête en cloche est à peu près d'égale largeur dans toute son étendue et dont le sommet tronqué présente deux lobes très-peu distincts. Nous proposons pour cette plante le nom de C. mombazense, car nous ne la reconnaissons dans aucune des descriptions que nous avons sous les yeux. Le Coffeaf odorata Forst. (Ixora odorala Spreng.), de l'archipel des Amis, dont le type existe dans l'herbier du Mu- séum de Paris, est certainement un Canthium. Je ne sais pas s'il est suffisamment distinct du C lamprophyllum et d'une plante que Pancher nomme C. suaveolens. On dit que ses fleurs ont une odeur délicieuse d'Héliotrope. La même espèce existe vraisemblablement aux iles Sandwich. Les caractères GENRES CANTIIIUM ET HYPOBATHRUM. 189 de cette plante sont très-analogues à ceux du C. didymum et autres espèces de l'Inde. Tous les collecteurs l'ont trouvée à la Nouvelle-Calédonie, où elle est, à ce qu'il paraît, très-com- mune; elle a été recueillie par MM. Vieillard, Deplanche, Pancher, Balansa, etc. Aucune plante ne ressemble plus au C. mombazense que le Pyrostria macrophylla A. Rich., jadis trouvé à Maurice par Gommerson. La consistance, la nervation, la coloration des feuilles sont tout à fait les mêmes. Seulement, le limbe, plus atténué à sa base, n'a pas ses deux côtés exactement symétri- ques. Il y en a de la même taille, mais d'autres sont trois fois aussi grandes. La seule partie que nous connaissions des fleurs axillaires est l'ovaire infère, surmonté du calice. Extérieure- ment, il est celui du C. mombazense; maisau lieu de deux loges, il en renferme quatre ou cinq, avec un ovule descendant dans chacune d'elles. Cette différence dans le nombre des loges n'a pour nous aucune valeur générique; nous le verrons prochai- nement. Tout en la plaçant dans une section distincte, nous ferons de cette espèce un Canthium. Il y a dans l'Afrique tropicale un assez grand nombre de Canthium dont l'ovaire a de deux à cinq loges, et dans lesquels d'ailleurs tous les caractères sont ceux de ce genre; de sorte que pour une loge de plus ou de moins, il est impossible d'ad- mettre des genres distincts. Je citerai entre autres le C. evony- moides (Vangueria evontjmoides Schweine.), qui a 3 ou 4 loges à l'ovaire et une tête stigmatifère en forme de coiffe, dont le sommet est déprimé, comme dans les espèces indiquées à la page 181, avec des lobes saillants, superposés aux loges ovariennes et en même nombre qu'elles; certaines fleurs en ont cinq, notamment dans les échantillons récoltés par M .G.Mann . Le G.paucifloram( Vangueria pauciflora Schyveinf. ) , espèce très-voisine, a aussi un ovaire 3-4-loculaire, avec un stigmate en forme de mitre obtuse, et une corolle dont les lobes sont très-aigus, de sorte que le sommet du bouton est fort atté- 490 GENRES CANTHIUM ET HYPOBATIIRUM. nué en pointe, comme celui d'un Cuviera dont nous parlerons tout à l'heure. Le C. Benlhamianum sera pour nous la plante que M. Bentham a nommée Vangueria canthioides. Ce nom est très-significatif. Très-voisine de l'espèce précédente, celle-ci a aussi des boutons très-aigus au sommet, mais cinq loges à l'ovaire, et le stigmate en forme de cloche qui termine le style est surmonté d'un épaississement qui porte cinq petites dents aiguës correspondant aux loges ovariennes. Les loges des anthères sont assez distantes l'une de l'autre en haut et en de- dans pour laisser voir le connectif brunâtre, comme il arrive dans plusieurs Canthium de la Nouvelle-Calédonie dont nous venons de parler. Chaque loge se termine aussi en bas par un petit appendice obtus. Nous appelons C. lagoense une plante très-voisine, ainsi que l'indique M. Hiern, du Vangueria evo- ngmoides, et qui a des feuilles tout à fait glabres et plus étroites. Ses fleurs sont généralement pentamères, à anthères subses- siles et à ovaire triloculaire. Le sommet du renflement stigma- tifère du style présente également trois petites dents. Dans toutes ces plantes, la corolle porte plus ou moins haut au-des- sous des étamines une couronne de poils soyeux, assez raides et renversés, comme on en observe dans les Canthium, les Van- gueria et les Cuviera en général. Qu'un observateur non pré- venu analyse n'importe quelle des espèces précédentes, et il lui sera impossible tout d'abord de dire s'il doit la rapporter aux Canthium ou aux Vangueria. C'est que les uns et les autres appartiennent en somme à un seul et môme genre. Nous devons en dire autant d'un arbuste de Mombaza, qui ne nous semble pas avoir encore été décrit, qui se rapproche beaucoup des espèces précédentes et que nous nous proposons de nommer C. celastroides, à cause de ses petites feuilles oblongues-lan- céolées, presque glabres en dessus, pâles et finement villeuses en dessous, avec de rares nervures secondaires dans l'aisselle desquelles se voit inférieurement une petite surface anguleuse chargée d'un fin duvet blanchâtre. Ses fleurs, petites, solitaires GENRES CÂNTHIUM ET HYPÔBATHRlfM. 191 ou très-peu nombreuses dans l'aisselle des feuilles, ont uneeo- rolle valvaire, à sommet aigu dans le bouton, un ovaire à 2-4 loges, avee un ovule descendant dans cliacune d'elles, un petit style renflé au sommet, et, vers le bas du petit tube cylindrique de la corolle, une couronne de poils réfractés et rectilignes. C'est Boivin qui a recueilli cette espèce dont on peut aussi faire à volonté un Canthium, un Cuviera , un Vangueria. Elle aussi nous amène à parler des véritables espèces de ce dernier genre, telles du moins qu'elles sont adoptées par les auteurs les plus récents. Nous pouvons dire d'un grand nombre de ces plantes qu'elles sont des Canthium à ovaire quinquéloculaire, c'est-à-dire qu'elles ont devant chaque lobe de la corolle une loge ova- rienne qui contient un ovule descendant à raphé dorsal, à mi- cropyle intérieur et supérieur, et à ombilic épaissi des deux côtés en une sorte de petit corps arilliforme. Leur style, en- touré à sa base, souvent brusquement étranglée etcomme arti- culée, d'un disque épigyne annulaire, se dilate supérieure- ment en une tête conique ou cylindrique, creusée inférieure- ment d'une cavité en haut de laquelle s'insère le sommet de la portion rétrécie du style. Ce renflement est supérieurement entier, saillant, ou tronqué, ou légèrement déprimé, ou pourvu de cinq petits lobes saillants. La surface latérale de ce cône ou de ce cylindre est souvent parcourue de sillons longitudi- naux sur lesquels se moulent dans le bouton les saillies et les dépressions de la face des anthères. Les caractères généraux qui précèdent s'appliquent au Vangueria edulis, au V.infausta, du Cap, au V. parvifolia, du môme pays, au V. leucophlœa, qui sont des Canthium, au Laggnias discolor, qui est un Can- thium, et au Vangueria macrocalyx Sond., également du Cap, qui a, comme le V. leueophlœa,Jes lobes de la corolle aiguë légèrement indupliqués et tous les caractères floraux d'un Cuviera. Dans la dernière espèce citée, les étamines me parais- sent stériles dans certaines fleurs, comme il arrive dans les 192 GENRES CANTHIUM ET HYPOBATHRUM. Cariera, et la dilatation en chapeau du sommet du style est tout à fait aussi ce qu'elle est dans certains Cuviera. Dans des espèces telles que les Canthium (Yangueria) edule, infaustum, etc., les fleurs sont disposées en cymes ramifiées assez lâches et qui semblent d'abord unipares. La disposition particulière de leurs fleurs et le déplacement des bractées qui correspondent à celles-ci tiennent à des phénomènes d'entraî- nement tels qu'il s'en produit si souvent dans les cymes anor- males et comme on en remarque dans certaines espèces océa- niennes, telles que le C. Henriettœ, par exemple. Dans d'autres espèces, au contraire, de Canthium de la sec- tion Yangueria, les fleurs semblent disposées en verticilles à l'aisselle des feuilles opposées, absolument comme dans les Labiées, et il est facile de voir que ces prétendus verticilles sont formés de cymes ou de glomérules. Tel est le C. telraphyl- lum (Yangueria tetraphj ila Schweinf.), dont l'ovaire a quatre ou cinq loges. Or dans cette espèce, ainsi que l'indique son nom, les feuilles sont disposées en verticilles, et elles le sont de môme dans la plupart des Fadogia. Le Yangueria leuco- phlœa a même été rangé par M. Hiern parmi les Fadogia. Dans le F. agrestis Schweinf., dont nous pouvons étudier de très- bons échantillons florifères, les feuilles peuvent être disposées par quatre, comme celles du Y. tetraphylla. Les fleurs, un peu plus longuement stipitées, sont disposées en cymes axillaires simulant des verticilles. Chacune d'elles est construite comme une fleur de Yangueria edulis, infausta, macroeah/x, etc. Le calice est à cinq divisions, la corolle valvaire, à cinq lobesaigus, les anthères sessiles, incluses, insérées à la gorge au-dessous de laquelle se trouve une collerette serrée de poils blanchâtres, rectilignes, descendants. Le style se dilate supérieurement en un chapeau conique, déprimé à son sommet, qui porte quatre ou cinq très-petits lobes saillants, correspondant à un môme nombre de loges ovariennes à un seul ovule descendant. La fleur est, en un mol, celle d'un Yangueria, c'est-à-dire celle d'un GENRES CANTHIUM ET HYPOBATHRfM. 1 ( J3 Canthium, et une seule chose peut distinguer les Fadogia comme section dans le genre Canlhium, c'est la disposition des rameaux de l'année par lesquels sont portées les fleurs, car aucun des autres caractères différentiels invoqués pour con- server le genre Fadogia ne lui appartient d'une façon exclusive. Certains Fadogia ont d'ailleurs les fleurs plus longues, avec le tube de la corolle plus rétréci que dans les espèces qui vien- nent de nous occuper. Mais, à cet égard, ils sont aces espèces ce que les Cyclophyllum à longue corolle sont aux Canthium à fleurs petites et courtes de l'Asie et de l'Afrique. Ainsi, dans le F. ancylantha Schweinf. et dans d'autres analogues, la corolle rappelle par sa forme celle de certains Loranthus. Néanmoins les autres caractères sont ceux du genre. Le calice y est court, très-court même quelquefois, entier, cupuliforme ou découpé de dents très-peu proéminentes. Les étamines, insérées à la gorge de la corolle valvaire, sont pourvues de filets courts et d'anthères incluses. L'ovaire est à cinq loges oppositipétales; il est surmonté d'un disque circulaire, et plus haut le tube de la corolle porte un manchon de poils défléchis. Le sommet du style présente la forme d'une cloche presque conique dont l'ouverture inférieure est finement denticulée, et dans chaque loge se voit un ovule dont le hile est situé au tiers supérieur environ du bord interne. Un peu plus bas se trouve au-dessous de lui l'ouverture micropylaire. Quant à toute la région de l'ovule qui se trouve au-dessus de l'ombilic et qu'on pourrait croire, au premier abord, occupée par un mi- cropyle extérieur et apical, elle présente, comme il arrive dans plusieurs Canthium vrais et Cyclophyllum, un épaissis- sement arilliforme général simulant une caroncule. Existe-t-il un seul caractère de valeur générique, qui puisse distinguer des Fadogia et des Canthiumle genre auquel, en 1807, de Gandolle a donné le nom de Cuviera? Notre réponse doit être négative. En proposant ce genre (in Ann. Mus., IX, "222, t. 15), l'auteur dit : « J'ai moi-même exposé.... des xii. m novembre 1878.) 13 194 GENRES CANTIIIUM ET HYPOBATHRUM. observations qui me paraissent prouver que le Cuviera de Kœler ne doit 'point être séparé des Elymus. J'ai lieu d'espé- rer que mon nouveau genre aura un sort plus durable. » Il est à regretter que le Cuviera de de Candolle ne soit pas plus sépa- rable des Ganthium que celui de Kœler ne peut être distingué des Elymus, c'est-à-dire à titre seulement de sous-genre ou de section. On ne peut plus admettre aujourd'hui que la lorme de ce qu'on appelait le stigmate dans le Cuviera, ne se rencontre dans aucun autre végétal. C'est comme un chapeau de champignon, analogue à celui que présentent la plupart des Cantkium et des Vangueria, mais seulement un peu plus évasé au niveau de son ouverture inférieure. Il n'est pas exact de dire que l'ovaire infère des Cuviera soit dépourvu de disque épigyne; ils ont un anneau glanduleux, continu, autour de la base du style, peu élevé, il est vrai; mais son existence est incontestable. Dans les C. longiflora, subuli/ïora, les loges ovariennes sont au nombre de cinq, oppositipétales, et chacune d'elles renferme un ovule descendant, organisé tout a fait comme celui des Fadogia, avec un épaississement api- cal surmontant l'insertion du funicule, et le micropyle placé en dedans au-dessous du bile. Les divisions du calice sont aiguës et allongées, recourbées en dehors après l'anthèse; fait qui se produit dans les Vangueria, dont les sépales ne prennent pas toutefois un aussi grand accroissement. De même pour la corolle valvaire ou indupliquée des Cuviera; elle est plus allongée et plus aiguë dans le bouton. Mais son tube porte aussi, comme dans les types précédents, un épais manchon de poils descendants. Les étamines, insérées à la gorge de la corolle, peuvent être stériles, les fleurs étant poly- games, comme il arrive pour celles de maint Vangueria ou Cantkium; mais quand elles sont fertiles, elles ont le caractère général de celles de ces types, des anthères introrses et un connectif aigu, subglanduleux, de couleur foncée. Le fruit dru- pacé est celui des Vangueria. Les inflorescences sont axil- GENRES CANTHIUM ET HYPOBATHRUM. 195 laiies et en cymes, comme dans les plus anciennes espèces connues de Canthium. Les stipules interpétiolaires sont au fond les mêmes. On ne peut faire pour ces plantes qu'une division dans le genre Canthium. Dans son herbier de Mom- baza, Boivin a nommé Cuviera ohovala une plante qui est en même temps un Vàngueria à rameaux spinescents et qui par son port rappelle beaucoup le Canthium spinosum de l'Inde. Ses boutons sont tout à fait ceux de la plupart des Canthium, ils sont petits relativement à ceux des Cuviera que nous venons de citer. Mais leurs sépales sont aigus et récurvés; leur corolle est aiguë dans le bouton ; son tube porte un anneau intérieur de poils défléchis; le style' est à sa base entouré d'un disque déprimé, et son sommet se dilate en une tête cylin- drique sur laquelle se moulent les saillies et les dépressions de la face des anthères. L'ovaire a cinq loges alternes avec les sépales et contenant chacune un ovule descendant, à raphé dorsal. Cette plante est un Canthium, sans doute; mais elle est en même temps inséparable des Cuviera et des Vàngueria, reliés par elle invinciblement les uns aux autres. Mais les Cuviera, dont M. Hiern a décrit une espèce à ovaire trimère, ne sont pas les seules plantes qui doivent ren- trer dans le genre Canthium. Nous devons en dire autant des Purostria auxquels nous avons précédemment faitallusion, et dont nous pouvons dire que nous ne voyons rien qui les sépare génériquement des Cyclophyllum dont ils peuvent avoir exacte- ment le port et les organes de végétation. Leurs fleurs sont polygames. Leur ovaire est surmonté d'un disque épigyne, et s'il a deux loges, comme dans un Cyclophyllum, ce qui arrive, le style, se renflant à son extrémité supérieure, en une sorte de tète ovoïde ou subglobuleuse, celle-ci est partagée supérieu- rement par une petite fente en deux lobes. Dans chacune des loges de l'ovaire se voit un ovule descendant, à raphé dorsal et à micropyle intérieur et supérieur. La gorge de la corolle, garnie de poils abondants, donne insertion à quatre ou cinq 196 GENRES CANTHIUM ET IIYPOBATHRUM. étamines à filets courts, à anthères introrses, apiculées, le connectif étant longuement triangulaire et noirâtre. Le fruit et la graine peuvent être aussi tout à fait ceux d'un Cyclophyl- lum; et comme il y a des Pyrostria à ovaire 3-10-loculaire, ces derniers sont à ceux qui ne possèdent que deux loges ova- riennes absolument ce que sont aux vrais Canthium les Van- gueria et quelques autres types dont il sera question tout à l'heure. Les fleurs des Pyrostria sont d'ailleurs aussi axillaires ou à peu près, et disposées en cymes, et leurs stipules inter- pétiolaires sont semblables à celles des Canthium. Comme les Pyrostria, les Vangueria peuvent avoir plus de cinq loges à l'ovaire. C'est ce qui arrive aussi dans une curieuse plante de Madagascar que Boivin (n. 2449) a indiquée à la fois comme Jasminum? obovatum et comme Guettardea. La première de ces désignations nous porte à supposer que les fleurs de cette plante rappellent celles d'un Jasmin, comme celles de plusieurs Cyclophyllum. Nous n'avons malheureu- sement sous les yeux que ses fruits. Avant d'avoir reconnu ses affinités, nous l'avions nommée Peponidium, à cause des caractères de son fruit, qui rappelle en effet, par sa forme, un petit Potiron, surmonté des restes ou de la cicatrice du calice et portant autant de côtes saillantes et arrondies qu'il y a de carpelles, c'est-à-dire de six à neuf. Toute la surface de ce fruit est chargée de poils rigides et piquants, de couleur de rouille, de même que les rameaux, les stipules, les pédon- cules. Ceux-ci sont assez longs, et le poids des fruits incline, dit-on, les rameaux vers le sol. Les feuilles rudes de cet arbuste, d'un mètre environ de hauteur, sontoblongues-aiguës, acuminées, terminées inférieurement par deux moitiés insy- métriques arrondies, dont l'une s'arrête 1 centimètre ou 2 plus haut que l'autre. Les stipules interpétiolaires ovales- aiguës sont aussi longues que les pétioles. Dans chacun des noyaux du fruit il y a une graine descendante, qui est celle d'un Vangueria. C'est pourquoi nous considérons provisoire- GENRES CANTHIUM ET HYPOBA.TIÏRUM. 197 ment notre Peponidium horridum comme constituant une section du genre Canthium. Boivin a trouvé cet « arbuste h rameaux diffus » à Port-Leven, près delà mer, sous les grands arbres, et « près de l'embouchure du ruisseau de la Roche blanchie, dans les bois ». Pervillé (n. 435) l'a aussi observé a Nossi-bé, et l'indique comme rare au bord des ruisseaux. Nous n'en croyons pas très-éloignôe par son organisation une autre plante de Madagascar, que nous avons trouvée parmi les Clusiacées de l'herbier du Muséum, que Pervillé (n. 407) indique avec doute comme Garciniée, et qui porte à Nossi-bé le nom de Tsi-magnota. C'est, dit-on, un arbre de 7 mètres de haut, et qui ressemble beaucoup à un Mangostan. Son fruit se mange et a le goût du citron. Nous avons d'abord cru cet arbre le type d'un genre nouveau, que nous avions nommé Clusiophyllea Pervilleana. Mais en l'examinant de plus près, nous avons cru pouvoir le réduire au rang de simple section du genre Canthium, et voici quelles ont été nos raisons déter- minantes. Les feuilles, opposées, pétiolées, oblongues-aiguës, insymétriques à la base, entières, épaisses, coriaces et glabres, sont pourvues de larges stipules interpôtiolaires ovales, bien- tôt détachées par leur base. Les Heurs sont polygames- dioïques. Sur les pieds femelles, on voit des fruits axillaires et solitaires, à pédoncule court et épais. Sur les pieds mâles, les fleurs, rappelant beaucoup aussi celles de plusieurs Gutti- fères, sont réunies en cymes axillaires, assez nombreuses, avec des pédicelles grêles et glabres. Les boutons sont très-petits; ils présentent un ovaire infère obconique, surmonté d'un calice cupuliforme à quatre ou cinq dents obtuses. La corolle a le tube large et court, surmonté d'un limbe à divisions triangu- laires, aiguës et valvaires; et dans leurs intervalles, la gorge porte cinq anthères subsessiles, oblongues, introrses et bilo- culaires. L'ovaire, surmonté d'un petit disque déprimé, et d'un style dont nous n'avons pu voir l'extrémité supérieure, est ici stérile et plein, ou bien il ne renferme que des rudi- 198 GENRES CANTHIUM ET IIYPOBATIIRUM. inents de loges et d'ovules. Mais le fruit drupaçé nous donne une idée de ce que peut être le gynécée fertile. De la forme et de la taille d'une petite figue déprimée, avec un œil bordé des cicatrices du calice, il renferme une douzaine de noyauxrangés en couronne comme les carpelles de YHura crépitons, et dans chacun de ces noyaux il y a une graine descendante dont l'embryon charnu enveloppe un embryon axile, égal en lon- gueur à la moitié de l'albumen. On a vu, par la série d'exemples que nous venons de citer, le nombre des loges devenir de plus en plus considérable dans le genre Canthium. Ici, comme ailleurs, ce nombre n'a pas, à notre sens, une valeur générique parmi les Rubiacées. On le reconnaissait implicitement, puisqu'on n'avait pas morcelé le genre Pyrostria, comme on avait fait de tant d'autres et qu'on savait bien que son ovaire pouvait être 2-1 0-1 oculaire. Il faut, pensons-nous, généraliser cette notion, comme dans un groupe qui présente, en somme, avec celui-ci beaucoup d'affi- nités, la série des Araliées. Occupons-nous maintenant de quelques types que l'on peut, dans ce genre, considérer comme aberrants. Les premiers qui nous présentent une particularité digne d'être notée sont certains Psydrax de Madagascar, dont personne aujourd'hui ne méconnaît l'identité avec les Canthium. Nous avons pu étu- dier, par exemple, sur une assez bonne série d'échantillons le P. major A. Rien. {Rubiac, 111). Avec ses grandes feuilles, insymétriques à la base, ses inflorescences en cymes pédon- culées axillaires et ses stipules interpétiolaires aiguës, cette plante offre de grandes analogies avec nos Clusiophullca, et d'autre part elle est inséparable des vrais Canthium du même pays, à corolle valvaire, tétramère, obtuse dans le bouton et à style surmonté d'une boule stigmatifère, plus ou moins nette- ment fendue au sommet. Cependant cette plante a un ovule ascendant et non descendant, comme celui de tous les types étudiés jusqu'ici. Or, avec les idées qui ont, pour certains GENRES CANTIIIUM ET HYPOBATHRUM; 199 auteurs, prévalu (et non sans quelque raison) dans la classi- fication des Rubiacées, l'importance de la direction des ovules est capitale, et l'on a placé dans des tribus distinctes les genres à ovule ascendant et ceux à ovule descendant. Rappelons- nous cependant cette idée si scientifique, exprimée par Payer et appuyée sur des observations répétées, que, dans un môme groupe naturel, un ovule ascendant à micropyle extérieur et inférieur répond à un ovule descendant à micropyle intérieur et supérieur, et que cette notion a plus d'importance que la direction absolue de l'ovule. Dans notre Psydrax et peut-être dans plusieurs autres (dont nous ferons une section Psydra- ciiun), l'ovule et la jeune graine, dont l'insertion se rapproche plus ou moins de la base de l'angle interne de la loge, ont le raphé ventral et le micropyle dirigé en bas et en dehors. Rap- pelons le curieux involucre formé dans ces plantes à l'inflo- rescence tout entière par deux bractées qui tombent de bonne heure et dont la réunion figure un sac ovale-aigu. Le pédon- cule général qui les porte a généralement une situation légè- rement supra-axillaire. Le genre Canthium, dont on ne peut cependant écarter cette section Psydracium, appartiendrait donc à la fois, avec les idées aujourd'hui reçues, à deux tribus différentes de la famille des Rubiacées. Quelque singulier que paraisse ce fait, on peut dire qu'il ne se produit pas sans dispositions intermédiaires dans ce groupe. Et en effet, il y a à Manille un Canthium à feuilles elliptiques, noircissant par la desscication, à rameaux noueux et glabres, et à inflorescences subaxillaires, pédonculées, qui a l'apparence d'un Gynochthodes, et de là tire son nom spéci- fique (C. Gynochthodes). Ses fleurs tétramères ont une corolle valvaire, ovoïde dans le bouton, un ovaire biloculaire, et un style dont le sommet se dilate en une tète creuse inférieure- ment, obtuse, tronquée et obscurément bilobée en dessus. Chacune des loges ovariennes renferme un ovule anatrope, mais il n'est ni descendan t, ni ascendant ; sa direction est trans- 200 GENRES CANTHIUM ET HYPÔBATHRUM. versalc et son raphé horizontal occupe naturellement son bord supérieur. C'est Guming (n. 1537) qui a récolté cette espèce dont les Gijnochthodes eux-mêmes ne sont pas très-éloignês. Dans le Prismalomeris (Coffea tetrandra Roxb.), dont les fleurs sont polygames, la direction de l'ovule, souvent impar- fait et difficile à observer, est aussi intermédiaire à la direction descendante et à la direction ascendante, et pour une autre raison : c'est que l'ovule, fort incomplètement anatrope, est attaché au placenta parle milieu environ de son bord interne. MM. Beddome, Tlrwaites l'ont figuré nettement pendu ; il l'est moins nettement en réalité. La corolle n'est d'ailleurs pas im- briquée ou tordue, comme on l'a supposé, mais bien valvaire, comme celle des Canthium. Dans le passage de l'ovule à la graine, l'embryon se dirige plus ou moins obliquement de façon à avoir la radicule infère. C'est là ce qui arrive dans quelques-uns des Canthium anormaux de Madagascar dont nous venons de parler. En somme, la corolle est celle des Can- thium océaniens longiflores dont nous avons parlé. Le style est aussi plus allongé que dans les Canthium où son extrémité stig- matifère n'est pas dilatée en mitre. L'inflorescence est celle de bien des Canthium. Peut-être le Prismatomeris devra-t-il être, par conséquent, rapporté comme section à ce genre. Mais il nous faudra l'étudier avec des matériaux plus complets avant de pouvoir nous prononcer définitivement sur cette question. Ce n'est pas donc seulement par la fleur que les Canthium s'éloignent du type normal ; il y a aussi des espèces aberrantes par la graine. Nous en avons un exemple dans celle de la Sénégambie que nous nommerons C. ruminatum, et qu'Heu- delot (n. 101) a trouvée en 1835, dans le ravin de Bondon. C'est un arbuste de 4 à 5 mètres, dont les rameaux sont tortueux, et dont les feuilles sont ovales-aiguës, membra- neuses, arrondies à la base et glabres. Les fleurs sont dispo- sées en grappes ramifiées de cymes qui occupent l'aisselle d'une feuille. Le fruit, seul connu, est en forme de cœur, comme GENRES CANTHIÛM ET IIYPOBATHRUM. 201 celui de tant d'autres Caiithium, lisse et noirâtre quand il est sec. Mais les deux graines qu'il renferme, ovoïdes, glabres à la surface, sont remarquables par l'organisation de l'albumen, profondément divisé par des cloisons radiales qui occupent toute son épaisseur et qui sont accompagnées d'un dépôt de grains résineux bruns. Une très-grande cavité occupe toute la hauteur de cet albumen, et est elle-même remplie par un très-long embryon cylindrique dont la radicule est supère. Dans ce genre, par conséquent, la longueur de l'embryon n'est pas non plus un caractère invariable, et cette plante présente d'ailleurs si bien les autres caractères d'un Canthium, que la rumination, même très-accentuée, du périsperme ne peut, ici plus que dans les Araliacées et ailleurs, être considérée comme un caractère générique. II. — HYPOBATHRUM. C'est en 1826 que ce genre fut proposé par Blume (Bijdr., 1007). Nous avons entre les mains le type môme de son Hypo- bathrum frutescens, et nous devons commencer par analyser les fleurs de cet échantillon authentique. Nous y voyons un réceptacle obconique dont la cavité loge l'ovaire biloculaire et dont les bords portent un calice gamosépale assez élevé, à quatre dents. Plus intérieurement, la corolle, à tube court et assez large, à limbe subcampa nulé, dépasse beaucoup le calice de ses quatre divisions étroitement tordues dans le bou- ton, réfléchies lors de l'anthèse. Intérieurement, elle est garnie de poils assez abondants, et sa gorge donne insertion à quatre étamines alternes avec ses lobes, formées chacune d'un filet court et d'une anthère oblongue, dorsifixe, apiculée, déhis- cente en dedans par deux fentes longitudinales. L'ovaire est couronné d'un disque épigynebien développé, du centre duquel se dégage un style à base atténuée, puis un peu renflé et par- tagé supérieurement en deux branches oblongues-aiguës, récurvées. Notons (pièces deux branches peuvent être pariai- 202 GENRES CANTH1UM ET IIYPOBATHRUM. Icment égales, mais que dans certaines Heurs, l'une d'elles avorte plus ou moins complètement et demeure finalement bien plus courte et plus mince que l'autre. L'intérieur de l'ovaire peut présenter des variations bien autrement considé- rables. Les ovules sont, d'après la plus récente des descriptions : « Ovula in loculis ad 4-8, placentis seplo af/i.vis %-seriatim in- serta, pendula, non immersa,subimbricala. » Cette caractéris- tique ne répond pas, comme nous allons le voir, à tous les cas. Et d'abord dans chacune des loges de YHypobathrum type dont nous venons de parler, il peut n'y avoir qu'un ovule. En ce cas, il est incomplètement anatrope, inséré par son bord interne sur le placenta, et il dirige son micropyle en bas et en dehors. Autour de lui, le placenta qui le reçoit dans sa concavité forme une sorte de cupule ovalaire dans laquelle ilestàdemi-enchassé et dont les bords l'encadrent assez exactement. Dans d'autres fleurs, tandisqu'une loge ovariennerenfermeainsiunseul ovule, l'autre en contient deux. Ils sont alors collatéraux, parallèle- ment disposés chacun dans une fossette du placenta qui les encadre aussi et les déborde, et tous deux ont également le micropjle dirigé en dehors et en bas. Souvent chacune des deux loges contient deux ovules collatéraux disposés comme il vient d'être dit. Sur l'échantillon d'Hypobathrumfrùtescetis qui est conservé à l'herbier de Kew, le nombre des ovules est plus considérable, et il peut y en avoir dans chaque loge jusqu'à huit. C'est-à-dire qu'au lieu d'un seul ovule de chaque côté de la ligne médiane, il peut y en avoir quatre, légèrement obliques, se recouvrant quelquefois un peu les uns les autres. Plusieurs des ovules de chaque série peuvent devenir rudimen- taircs, et c'est ainsi que l'on arrive à n'en avoir plus de chaque côté que deux ou même qu'un seul. Dans le cas où les ovules augmentent beaucoup de nombre, il est à remarquer (et l'on en trouvera d'autres exemples sur quelques plantes du même groupe) que le volume du placenta diminue d'autant; il devient beaucoup moins épais et saillant, et ses dépressions deviennent GENRES CANTIIIUM ET IIYPOBATIIRUM. 203 extrêmement peu profondes et ne reçoivent qu'une très-minime portion de la surface des ovules. Ajoutons à ce qui précède que les fleurs des II ypo bat h ru m vrais peuvent avoir cinq parties au lieu de quatre ; que ce sont des arbustes de l'archipel Indien, rappelant les Caféiers par leur port, leurs feuilles opposées, entières, glabres, coriaces, leurs stipules intcrpétiolaires; que leurs fleurs sont disposées en petites cymes dans l'aisselle des feuilles (parfois tombées) ; qu'au-dessous de leur ovaire, leur pédicelle porte en général deux bractéoles latérales opposées, formant comme un très-petit calicule, et que le fruit charnu, à peu près globuleux, renferme un nombre variable de graines albuminées. Il y a à Madagascar une plante que Gommerson a jadis rap- portée et qui se trouve dans l'herbier des Jussieu depuis un siècle environ; il ne parait pas qu'elle ait jamais été décrite. C'est probablement un arbuste. Ses feuilles sont entières, glabres, coriaces, atténuées à la base, pourvues de petites sti- pules interpétiolaires, et ses fleurs, solitaires ou en nombre variable à l'aisselle des feuilles (présentes ou tombées), sont portées par un pédicelle grêle qui montre au-dessous de la fleur une ou plusieurs petites collerettes distantes et formées chacune de deux bractéoles opposées et connées. C'est le même fait que dans YHypobathrum, et la fleur y est aussi celle de ce dernier, possédant un ovaire infère à deux loges, un calice gamosépale cupuliforme, une corolle tordue à limbe subcampanulé, ordi- nairement quinquélobé, desétaminesà filets courts, insérés à la gorge, et à anthères allongées, étroites, dorsifîxes. Le style est longuement fusiforme, à deux branches stigmatifères, et dans chaque loge de l'ovaire la cloison porte un placenta dont les bords enveloppent en partie un seul ovule qu'on ne voit bien qu'en écartant les lèvres placentaires, et qui, fixé par son bord interne, tourne son micropyle en bas et en dehors, absolument comme il arrive dans certaines loges à' Hypobathrum dont cette plante est congénère, mais dont nous devons la distinguer, à 204 GENRES CANTHIUM ET HYPOBATHRUM'. titre de section, sous le nom de Kraussiella; nom qui rappelle sa ressemblance avec les Kraussia dont nous parlerons bientôt. Nous appelons donc la plante malgache de l'herbier Jussieu : Hypobathrum (Kraussiella) Commersonianum, et nous faisons remarquer, en passant, que son organisation ovarienne rappelle beaucoup celle des Pavetla et des Ixora. Une troisième plante que j'examinerai et qui n'est pas jus- qu'ici très-exactement connue, est le Nescidia myrtifolia A. Rien. {Bubiac, 113). M. Hooker pense, mais sans l'avoir vue, qu'elle ne diffère des Myonyma que par ses fleurs solitaires. C'est un arbuste qui a tout à fait les branches, les feuilles, les organes de végétation en un mot, de la plante précédemment étudiée. Quant à ses fleurs axillaires, elles sont 5-G-mères, et elles ont tous les caractères de celles del' Hypobathrum: un ovaire obco- nique, biloculaire; un calice gamosépale court et subentier; une corolle presque infundibuliforme, à lobes allongés et tor- dus; desétamines à filet court, inséré dans le sinus de deux lobes de la corolle, et à anthère allongée, dorsifîxe et introrse; un disque épigyne épais et déprimé ; un style à deux branches linéaires récurvées, et, dans chaque loge ovarienne, un ovule incomplètement anatrope, inséré par son bord interne et tour- nant son micropyle en bas et en dehors. Sur le petit pédoncule floral, il y a trois collerettes superposées, formées de deux bractéoles opposées, plus ou moins intimement connées ou dis- tinctes au sommet ; de sorte qu'à part les légères différences de forme qu'on observe dans les parties de la fleur, et l'absence de saillie placentaire venant plus ou moins enchâsser l'ovule, cette plante est semblable aux deux précédentes ; que comme elle, c'est un Hypobathrum, et que, distinguée comme section peu tranchée de ce genre, elle devra prendre le nom d'//. (Nes- cidia) myrtifolhim. On sait que c'est encore une des trouvailles de Commerson et qu'elle habile File Maurice. L'Empogona Kirkii Hook. f. (Icon., 1. 1091) me paraît bien voisin des types précédents. Ses petites feuilles et son tomen- GENRES CANTHIUM ET HYPOHATHRUM. 205 1 11 m blanc l'en éloignent au premier abord. Mais quand on étu- die ses fleurs axillaires à petits pédicelles portant des bractées et des bractéoles, on reconnaît que leur organisation est la même au fond et ne diffère que par des nuances justifiant tout au plus rétablissement d'une section dans le même genre. Ainsi l'ovaire infère, à deux loges, est surmonté d'un disque annulaire et d'un style atténué à sa base, bientôt partagé en deux branches assez épaisses, divergentes, lisses et colorées en dehors, papilleuses en dedans. Le calice, gamosépale, a cinq lobes assez profondément séparés, et la corolle, quinquélobée et tordue, est garnie intérieurement de poils longs et nombreux. Les étamines ont un filet court qui s'attache vers le bas d'une anthère dorsilixe et oscillante. Dans chacune des loges de l'ovaire il y a un placenta concave en dehors, attaché par un pied court et dont les bords entourent un ou deux ovules sem- blables à celui du Nescidia ou de YHypobathrum, avec le micro- pyle dirigé en dehors et en bas. Quand ils sont géminés, ils sont ou à la môme hauteur, ou à des hauteurs un peu inégales. Nous donnerons à cette plante le nom à'Hypobathrum (Empogona) Kirkii. Le Zygoon ne peut constituer non plus qu'une section du genre Hi/pobathrum, très-voisine même de la section Empo- gona. Il a aussi une corolle tordue, à tube assez étroit et à cinq lobes. Ses anthères, étroites, sont attachées vers le bas- du dos à un fdet court, et les poils delà gorge sont moins abondants que ceux de YEmpogona. L'ovaire est surmonté d'un disque glan- duleux circulaire, et dans chacune de ses loges il y a souvent deux ovules collatéraux, plus rarement un ou trois. Le pla- centa qui les porte est assez peu développé, de façon qu'il n'en- toure pas les ovules. Ceux-ci sont moins complètement ana- tropes que ceux des plantes précédentes ; il en résulte que leur point d'insertion est plus élevé sur leur bord interne, qu'ils descendent dans la loge, et que leur raphé, situé en dehors et en haut, est fort court; mais leur mieropyle regarde toujours 20(5 GENRES CANTHIUM ET HYPOBATHRTJM. en bas et en dehors. Le style est généralement réduit à une seule branche grêle et longue, papilleuse dans sa portion supé- rieure; mais on voit des fleurs dans lesquelles il est plus épais en haut et là partagé en deux branches courtes. Le petit arbuste du Zambèse auquel M. Hiern a donné le nom de Êygoon grâ- veolens (FI. trop. Afr., III, 115), dont les petites feuilles ellip- tiques sont veloutées et dont les fleurs axillaires sont réunies en petites cyrries denses, subsessiles, et prennent en séchant une teinte noirâtre très-accentuée, sera donc pour nous Yllypoba- tkrum (Zygoori) graveolens. Les bractéoles qui accompagnent les très-courts pôdicelles ne sont pas disposées de façon à for- mer de petits calicules sacciformes réguliers, comme dans les types précédents. On sait déjà que le même fait se produit dans certains Tricalysia qu'on a cependant laissés avec raison dans le même genre que ceux qui sont pourvus d'une ou plusieurs de ces petites collerettes caliciformes. Tels sont certains Kraussia dont la Heur est tout à fait celle d'un Kraussîélla, d'un Nes- cidia ou d'un Empogona. Dans le À", lanccolala Sond. (Psy- chotria saligna E. Mey. — CarpothaUs lanceolata E. Met;), qui pour nous est un Hypobathrum de la section Kraussia, il y a, avec un calice gamosépale, une corolle tordue et des anthères dorsifixes, un style à deux branches, et un ovaire biloculaire dont la cloison porte de chaque côté un placenta épais, elliptique. Dans sa face libre sont creusées deux logettes, plus rarement une, dans lesquelles est enchâssé un ovule incomplètement anatrope, à micropyle extérieur et inférieur. Outre les Kraussia, M. Hiern a sagement placé dans le genre Tricalysia les Diplocrater de M. J. Hooker, qui lui-même admettait déjà comme synonymes de Tricalysia : Bunburya Meissn., Nalalanthe Sond. et Rosea Kl. Toutes ces plantes sont donc des Hypobathrum africains. Le prototype du genre Trycalisia, le T. angolcnsis A. Rien. (Rubiac, 145), qui est peu connu, et que M. Hiern n'a pas eu occasion d'étudier, est GENRES CANTHIUM ET HYPOBATHRUM. 207 bien distinct de toutes les espèces par lui décrites, par ses feuilles étroites, lancéolées, subsessiles et à limbe longue- ment atténué à la base. Mais ses inflorescences en cvmes axil- laires pauciflores sont celles des autres espèces du genre, et ses pédicelles portent les trois collerettes formées de deux bractéoles, qui ont donné au genre son nom. La corolle a un tube rétréci et cinq ou six lobes tordus. Sa gorge est garnie de poils, mais peu abondants. Le style a deux brancbes, et dans chaque loge de l'ovaire le placenta, elliptique et épais, présente deux niches collatérales qui logent chacune un ovule à micro- pyle inférieur. Dans d'autres espèces du même genre, comme le T. bracteata, le T. buxifolia, etc., les deux ovules enchâssés dans un même placenta sont à des hauteurs différentes. Ici les fleurs sont à quatre ou cinq parties; dans beaucoup d'autres espèces, à cinq ou à six. Quelquefois, dans la môme espèce, un placenta porte trois ovules équidistants. Ça et là les Trica- lysia ont à l'ovaire trois loges au lieu de deux, comme nous le voyons dans le T. mïcrantha. Certaines espèces ont quatre, cinq, six, sept ou huit ovules sur chaque placenta. Alors les ovules se rapprochent les uns des autres; le placenta diminue relativement de volume. Les ovules peuvent devenir plus ou moins parallèles, comme dans ceux des Hypobathrum où leur nombre s'accroît; ils peuvent tendre alors à se disposer sur deux lignes parallèles, ou bien sur une seule ligne courbe, en fer à cheval, à concavité supérieure. Le placenta qui, dans ce cas, ne les enveloppe plus que très-peu, ne demeure bien visible en dehors qu'en liant, c'est-à-dire au-dessus de la concavité de la courbe occupée par les ovules. Il y a môme à Madagascar un Tricalysia, voisin du T. reticulala de l'Afrique tropicale occidentale par tons les autres caractères, qui a, vers le bord inférieur et latéral du placenta, logés chacun dans une fossette, jusqu'à huit ou dix ovules fort incomplètement ana- tropes, à micropyle inférieur, rangés en demi-cercle ou en fer à cheval, disposés parfois sur deux arcs parallèles. Nous l'ap- 208 GENRES CA.NTH1UM ET HYPOBATHRUMt. pelons Iljipobathnim Beivimanum parce que c'est Boivin qui l'a le premier étudié, sous le nom àePentaspora, genre voisin, dit-il, des Di plus plora. Il l'a récolté (n. 2009) àNossi-bé, sur les bords de la mer, au-dessous du plateau de Hellville. Richard l'a aussi trouvé, probablement au môme endroit (n. 300, 047). C'est un joli arbrisseau glabre, haut de 1 mètre ou de 1 mètre et demi, dont les feuilles oblongues-lancéolées (10 centimètres sur 4) sont à peu près sessiles, leur limbe s'atténuant à la base jusque vers le point d'insertion; celles d'une paire reliées l'une à l'autre par de courtes stipules interpétiolaires. Les inflores- cences sont des cymes axillaires compactes, à courts pédi- celles. La fleur est 5-ô-mère, avec un calice gamosépale denté, une corolle tordue, aiguë dans le boulon, et des éta- mines semi-incluses, dont le filet est court et l'anthère bilocu- laire. L'ovaire biloculaire, surmonté d'un disque et d'un style à deux branches subclavif ormes, renferme contre la cloison, dans chaque loge, le placenta dont nous avons parlé. Le fruit est pisiforme, surmonté d'une dépression circulaire qu'entou- rent les restes du calice. Il contient un nombre variable de graines noirâtres, comprimées, dont l'embryon a la radicule infère. Les pédicelles floraux portent sous l'ovaire trois colle- rettes inégales, formées chacune de deuxbractéoles opposées; et, dans la collerette inférieure, il arrive souvent qu'on dis- tingue, non-seulement les deux bractéoles constituantes, mais aussi, dans leurs intervalles, les deux stipules interbractéo- laires. Il est possible que cette espèce soit le représentant du genre Diplocrater qui, d'après le Gênera de MM. Bentham et Hooker (II, 90, n. 187), se trouve à Madagascar. Mais on n'a pas décrit de véritables Tricalysia ou Kraussia dans ce pays; lacune que nous pouvons actuellement combler. Il y a d'abord dans le nord de Madagascar un Kraussia très-voisin du Trica- lysia ovalifolia, et que Boivin a nommé dans son herbier Eriostoma cdbicaulis. Nous lui appliquerons donc la dénomi- GENRES CANTM1UM FT HYPOBATHRUM. 209 nation de Hypobathrunî albicaule, et nous montrerons par quelles différences de détail il se sépare de VIL ovalifolium avec lequel nous l'avions d'abord confondu. Ses feuilles sont presque sessilcs, lancéolées et atteignent jusqu'à 12 centi- mètres de long sur 4 de large, glabres et lisses d'ailleurs; aiguës aux deux extrémités, accompagnées de courtes stipules interpétiolaires, insérées sur des rameaux à écorce blanchâtre, comme il arrive souvent dans tant d'espèces du même genre. A part la pubescence qui fait défaut, cette plante a aussi beaucoup d'analogies avec les deux Rosea figurés par Klotzsch, dans la partie botanique du Voyage de Peters à Mozambique. Le nom générique adopté par Boivin indique que la gorge de la corolle est tout obstruée de poils longs et serrés. Par là, et par ses divisions réfléchies, cette corolle est tout à fait celle de Y.Empogona, plante absolument congénère de celle-ci. D'ail- leurs les fleurs, réunies en cymes axillaires très-riches, et sup- portées par de courts pédicelles, seraient celles du Triéalysia ovalifolia, si elles n'avaient la corolle moins rétréeie à la base, la saillie du connectif au delà des anthères plus pro- noncée (comme dans VEmpof/ona) et cinq ou six ovules in- crustés dans chacun des placentas elliptiques. Les deux bran- ches des styles sont épaisses, glabres sur le dos, rétrécies en pointe et plus ou moins réfléchies au sommet. Le fruit est pisiforme, glabre et renferme quelques graines comprimées, à albumen non ruminé. C'est Richard qui paraît avoir le pre- mier récolté cette plante, à Vohémar dans les bois (n. 1*20, 650), sur la côte orientale de Madagascar et à Moely, l'une des Comores (n. 264, 655). Il l'a donnée à Boivin (n. 2421), qui l'a récoltée lui-même aux Comores, et dans la grande île de Madagascar, à Port-Leven, dans les fourrés du bord de la mer (n. 2421), à la baie de Diego-Suarès et à Nossi-bé (n. 2059). Pcrvillé l'a également trouvée à INossi-bé. C'est un arbuste de 2 mètres de haut. Très-voisine de cette plante est celle (pie nous décrirons sous XII. (20 novembre 1878.) 14 210 GENRES CANTHIUM ET HYPOBATHRUM. le nom d'Hypdbatkrum eomorense (et qui n'en est peut-être qu'une forme). Ses feuilles sont beaucoup plus larges et plus membraneuses, elliptiques-ovales. Ses fleurs, axillaires et à courts pédicelles, ont le prolongement du connectif au-dessus de l'anthère en forme de triangle isocèle. Le nombre des ovules est dans chaque loge de deux à quatre, et le sommet du style, renflé en massue, est partagé en deux lobes égaux ou inégaux. C'est Boivin qui a trouvé (n. 3770) cet arbuste h Mayotte. Les deux dernières plantes que nous venons d'étudier nous ramènent, après avoir parcouru une sorte de cercle complet, et avoir passé par une série de nuances peu tranchées, à notre point de départ quant aux espèces de la côte orientale d'Afrique, qui était le Tricalysia ovalifolia. Très-proche de ce dernier (et peut-être aussi une forme) est la plante que nous nommerons provisoirement Jlypobalhrum layoense, recueillie sur les bords de la baie de Lagoa par Forbes (n. 12), et qui provient de l'herbier de la Société d'horticulture de Londres. Ses feuilles sont elliptiques-obovales, coriaces, et ses fleurs sont celles des plantes dont nous venons de parler. Mais la corolle est très-rôtrécie intérieurement ; le style est long, sinueux, et les deux loges de l'ovaire renferment, insérés vers le haut du placenta, deux ovules collatéraux, fort incomplètement ana- tropes, et dont le micropyle regarde en bas et en dehors. Il peut y avoir trois ovules collatéraux, et le style, renflé en massue à son extrémité supérieure, peut perdre un de ses deux lobes terminaux, de façon à devenir insymétriquement clavi- forme ; disposition qui rappelle la branche stylaire unique du Zygoon et les deux branches fort inégales de certains Hypo- bathrum asiatiques. Notons que toutes ces plantes ont d'ail- leurs de grandes ressemblances avec les Cafés. Mais dans l'intérieur du cercle fermé de la façon que nous avons supposée, il y a place pour un certain nombre de types que l'on considère d'ordinaire comme génériquement dis- GENRES ÇAKTHIUM ET HYPOBATHRUM, %\\ tincts. Le premier comprend les Feretia, qui sont à peu près du même pays. Ils n'ont pas, il est vrai, les petites collerettes de la plupart des Tricali/sia; mais, comme dans plusieurs de ces derniers, le pédicelle porte deuxou quelques bractéoles in- dépendantes. Les fleurs, axillaires, paraissent avant les feuilles et sont solitaires ou en cymes, et leur corolle 4-5-mère est tordue. Les étamines ont, comme dans tant d'autres Tricalysia, les anthères longues, étroites, dorsifixes et versatiles. Le style a deux branches comprimées, et dans chacune des deux loges de l'ovaire il y a des ovules descendants, comme ceux du Zi/f/uon, dont le placenta, peu développé, n'entoure pas les ovules. Ce caractère n'a pas de valeur dans le genre qui nous occupe, puisque nous avons vu le placenta devenir d'autant moins épais dans les Hypobathrum que les ovules sont plus nombreux. L'identité des Feretia avec les Kraussia est si frap- pante, que le À', moiiocarpa de M. Schweinfurth (n. 2228) est précisément le Feretia? canthioides IIiern, qui est extrême- ment voisin du Pavetta clliptica IIociist. (juill. 1843), c'est-à- dire du Feretia apodanthera Del. (oct. 1843). Pour nous, ces deux plantes constitueront donc une simple section du genre Hypobathrum, sous les noms d'il, ellipticwm et d'//. can- thioides. Le premier est, au dire d'IIeudelot (n. 436), un arbuste buissonnant, de 3-4 mètres, qui donne ses fruits en août et croît fréquemment en Sénégambie, à Galam et sur les hauteurs derrière Dagana. Un autre type qui rentre également dans le cercle de ce genre (ainsi que l'a indiqué M. IIiern), est le Diplospora, dans lequel on comprend avec raison les Biscospermuni. Si nous analysons, par exemple, le D. erythrosporum de l'herbier de M. ïhwaites (n. 2510), nous voyons que l'ovaire, infère, a deux loges, et que dans chacune de celles-ci il y a un placenta pelté, elliptique ou obovale, attaché à la cloison par un très-étroit pied cylindrique, absolument comme nous l'avons vu dans quelques espèces de l'Afrique orientale. Sur la face dorsale de 212 GENRES CANTHIUM ET HYPÔBATHRUM. ce placenta nous remarquons deux, trois ou quatre fossettes ovales dans chacune desquelles est enchâssé un ovule à micro- pyle inférieur. Cet ovaire, surmonté d'un disque annulaire et d'un style à deux branches, est donc strictement celui d'un tricalysiâ ou d'un Eypobaihrum. Quand il y a quatre ovules, deux sont placés du côté droit, et deux du côté gauche. Quand il y en a trois, deux sont supérieurs, et le troisième inférieur. Quand il y en a deux, ils sont collatéraux ou à peu près. La co- rolle est à quatre lobes tordus. Les étamines, exsertes, ont une anthère audosdelaquellelefilet s'attache unpeuau-dessus de la base. Le calice est gamosépale, court, à quatre dents courtes. Les fleurs ne sont pas toujours, dans les Diplospora, pourvues de collerettes formant calicule ; mais on sait que ces organes existent dans certaines espèces qu'on n'a pas songé pour cela à séparer génériquement des premières : c'est le même fait que dans les Kraussia. De même aussi, à côté des espèces dont le placenta se développe autour des ovules qu'il encadre, il y en a dans lesquelles le placenta prend un développement fort peu considérable et se voit à peine derrière les ovules. Tel est, entre autres, le cas d'une belle espèce récoltée à Hongkong par MM. Callery, Wright et d'autres, le D. viridiflora (?), qui a les fleurs polygames, tétramères, quatre dents courtes au calice, quatre lobes à la corolle, quatre étamines à anthères exsertes, dorsifixes, introrses, un disque épigyne épais, un style bifide supérieurement, et, dans chacune des deux loges ovariennes, deux ovules collatéraux ou presque superposés, dont le raphé est dirigé en haut et en dedans, le micropyle en dehors et en bas. Pour nous aussi, les Diplospora appartiennent à une section particulière du genre Hypobàtkrum. Les Hyptianthera sont aussi des Hypobathnim (Kurz) ; de sorte qu'à part ce dernier genre, nous sommes arrivé à ne con- sidérer que comme des sections de Y Hypobàtkrum (ou des synonymes) les types suivants : Bunburya Meissn., Diplo- cratrr Hook. f., Diphspnra PC, Discospernium Pat//., Km- LIMITES DU GENRE IXORA. 213 pogoua Hook. F., Feretia Del., Kraussia Hàrv., Kraussiella II. Bn, Natalanthe Sond., Nescidia A. RlCH., Rosea Kl., Tricalysia A. Rien., Zygoon Hiern; simplification qui, si elle était adoptée, ne serait peut-être pas d'un iniuee profit pour la science. SUR LES LIMITES D U GENRE IXORA Beaucoup de botanistes unissent actuellement les Pavetta aux Ixora. Leur manière de voir est indiscutable pour ceux qui ont analysé la plupart des espèces de nos collections. Il n'y a pas entre les uns et les autres une seule différence absolue et constante. Parmi les plantes de la côte orientale de l'Afrique tropicale, tant des îles que de la terre ferme, beaucoup, qui portent dans les herbiers (et non sans raison) le nom de Pavetta, se distinguent par la rumination profonde de l'al- bumen. Si elles appartiennent en réalité à ce genre, comme nous le démontrerons bientôt, la rumination de l'albumen n'est pas un caractère de valeur générique. On admet d'ail- leurs, dans bien d'autres genres, les Psychotria, par exemple, que certaines espèces ont l'albumen continu, et d'autres le périspermc ruminé. Ce dernier cas est celui des Rutidea, dont la fleur est finalement celle des Ixora, sinon que leur ovule s'insère un peu plus bas et n'affecte presque aucune adhérence avec la cloison. Pour nous, ils ne constituent qu'une section du genre Ixora. Il y a un autre genre qu'on a généralement placé dans le même groupe de Rubiacées que les Ixora, Pavetta et Rutidea, c'est le genre Myonima. Dans ses fleurs, ordinairement tétramères, la corolle est tordue, et le style, il4 LIMITES DU genre ïxora. claviibrmc ou iusi forme, peut se partager supérieurement en autant de branches qu'il y a de loges à l'ovaire. Celles-ci peu- vent être au nombre de deux, et comme chacune d'elles ren- ferme un ovule ascendant, plus ou moins uni à la cloison et dirigeant son micropyle en bas et en dehors, nous ne voyons en ce cas aucune différence absolue entre les Myonima et les Ixora. Comme, même sur une plante unique, le nombre des loges peut s'élever à trois, quatre ou cinq, ici, pas plus qu'ail- leurs dans cette famille, le nombre des loges ovariennes n'est un caractère générique absolu, et les Myonima ne peuvent non plus former qu'une section du genre où se trouvent rangés les Pavetta. Parmi les plantes précédentes, on observe facilement que le placenta se comporte, suivant les espèces, de deux façons qui peuvent au premier abord paraître très-différentes, et qui cependant, ici comme ailleurs, notamment dans les Hypoba- thrum, n'ont aucune importance, puisque personne n'a songé à placer dans deux genres distincts les espèces qui présentent l'une ou l'autre de ces dispositions, lesquelles sont les sui- vantes. Ou bien l'ovule est supporté par un placenta assez petit pour qu'on n'aperçoive pas ce dernier en regardant l'ovule par la loge ouverte sur le dos; ou bien le placenta se développe assez pour déborder l'ovule sur les côtés, ou même tout autour de lui, et lui former une sorte de rebord ou de cadre elliptique. En pareil cas, l'ovule est enchâssé dans une dépression du pla- centa, dépression qui est souvent centrale, mais peut aussi être plus ou moins excentrique. On désigne ordinairement, dans les ouvrages descriptifs, sous les noms de Webera (Schreb., 1701) ou de Siylocoryne (Wight et Arn., 1834, necCAV.) les Tarama (G.ertn., 1788), dont le véritable nom est Chomelia (L., 1737), car le Cho- melia de Jacquin (1763), qui n'a pas pour lui la priorité, ne saurait d'ailleurs être conservé. Ces Chomelia ont souvent les loges ovariennes multiovulées; mais, dans chacune d'elles, le LIMITES DU GENRE IXORA. 215 nombre de ces petites dépressions placentaires qui logent un ovule enchâssé peut devenir très-peu considérable et être réduit à trois, deux ou même une seule, et cela dans une même espèce, ou sur un seul et même échantillon, comme on le voit, par exemple, en analysant toute la série des plantes de ce groupe qui sont conservées dans l'herbier néo-calédonien du Muséum et qui ne sont cependant pas spécifiquement bien nombreuses. On y peut voir des ileurs dont les deux loges ne renferment chacune qu'un ovule; d'autres, sur le même pied, dont une loge est uniovulée et l'autre biovulée; d'autres encore où il n'y a d'un côté qu'un ovule et de l'autre plusieurs; d'autres enfin où les ovules, en nombre indéfini dans chaque loge, sont en nombre différent dans l'antérieure et dans la pos- térieure. Nous avons donc là des fleurs qui sont celles d'un Pavetla ou Ixora, et d'autres qui sont celles d'un Stylocorym ou Tarenna, dans une même inflorescence quelquefois; ce qui prouve que génériquement les Chomelia sont absolument insé- parables des Ixora. Nous en trouvons une autre preuve dans l'examen des types de l'Afrique tropicale orientale, dont nous avons parlé fout à l'heure, et qui sont généralement remarquables par la teinte noirâtre que prennent leurs feuilles par la dessiccation, la colo- ration blanchâtre de leurs rameaux, et assez souvent encore la couche pruineuse, d'un blanc bleuâtre, qui revêt la surface de leurs fruits pisiformes et noirs (à l'état sec). M. Ilicrn vient d'établir pour une de ces plantes un genre Enter osper muni (FI. trop. Afr. , III, 9°2 ; Hook. Icon., t. 12G9). Celui-ci a tous les carac- tères essentiels d'un Rutidea, ne présentant avec ce dernier que les petites diiïèrences d'organisation ovulaire qui distinguent, comme nous l'avons dit, les Pavetta de la fleur adulte (1) des (1) Nous disons adulte, parce qu'au début, les loges des Rutidea ne sont pas complètes, la cloison qui s'élève entre elles n'ayant pas rejoint en haut le pla- fond commun aux deux loges; fait qui se produit d'ailleurs dans beaucoup de Fiwamea, mais non dans tous. 216 LIMITES DU GENRE IXORA. Ratidea. La seule rumination de l'albumen dans YEntero- spermumne peut être non plus, nous l'avons vu, un caractère qui le sépare des Puvetta. Seulement, YE. littorale a presque toujours, sur chaque placenta, deux fossettes ovulaires et, par conséquent, quatre ovules dans chaque fleur. Plus rarement, il est vrai, il en a trois sur chaque placenta, ou un seul, ou, comme passage, deux dont un seul se développe bien, l'autre demeurant rudimentaire. En réunissant toutes les plantes du groupe, à feuillage noirâtre, à cymes composées terminales, à corolle tordue, à ovaire biloculaire et à ovules nichés dans les placentas, qui appartiennent à cette région, on en trouve qui ne diffèrent de YE. littorale que par l'un des deux caractères sui- vants. Ou bien l'ovule est constamment solitaire dans les loçes, comme il arrive dans la plante que le jardinier Richard a nommée à Bourbon Facetta gracilis et qui a été cultivée sous ce nom au jardin du Hamma à Alger; ou bien, les ovules étant au nombre de deux ou plus dans chaque loge, les graines sont en forme de ménisque concave-convexe, peltées et pourvues d'un albumen non ruminé. C'est ce qu'on voit dans la plante dont les fleurs ont été décrites par M. J. Hooker sous le nom de Coptosperma nigrescens, et qui me parait bien la même que celle que M. Baker a nommée Wcbera Seychellarum, dans sa Flore de Maurice (p. 139). L'une et l'autre sont des Chomelia (Tarenna nir/rescens Hiern), c'est-à-dire des espèces d'une sec- lion du genre Ixora. Quant aux Ixora de la section Entero- spermum, on ne les a décrits jusqu'ici que sur la terre ferme, YE. littorale, seule espèce admise par M. Hiern, étant de Zanzibar et des bords du canal de Mozambique. Mais il en existe aussi à Madagascar, aux Comores. L'un de ceux qui se trouvent dans ces dernières îles est remarquable par ses grandes fleurs, qui sont celles de la plupart des Chomelia de l'archipel Indien. Ses branches sont jaunâtres et ses feuilles lancéolées, également aiguës à leurs deux extrémités. Sur chaque placenta se voient 1-3 ovules enchâssés, et l'ovaire, LIMITES DU GENRE IXORA. 217 aussi bien que le fruit globuleux et pisiforme, sont recouverts d'une efftorescence blanche d'apparence cireuse. Boivin a récolté à Mohilla et à Mayotte cette curieuse espèce que nous avons nommée Ixora {Enterospermum) pruinosa. Nous aurons à faire connaître plusieurs autres plantes de ce groupe. Nous voulons seulement insister sur ee point que les Enterospermum et les autres Ixora des mêmes régions, à feuilles noircissant par la dessiccation, mais dont les graines sont mé- nisciformes et non ruminées, constituent, par leurs ovules au nombre de 1-3, un passage des Pavetta vrais aux Chomelia {Tarenna) à loges 2-oo -ovulées, et que tous ces types sont des sections d'un seul et même genre. Celte différence de nombre dans les ovules des diverses espèces d'un même groupe étroi- tement naturel nous a déjà frappé dans le genre Ilypobathrum (pp. 201-213); elle porte atteinte au mode de classement si commode, mais trop absolu, qu'on a adopté pour les genres de la famille des Rubiacées, et d'après lequel une plante à loges uniovulées ne pourrait être placée dans le même genre, à plus forte raison dans la même série ou tribu, qu'une espèce dont les loges sont pluriovulées. Dans l'état actuel de nos connaissances, nous pouvons donc considérer comme rentrant dans le genre Ixora les noms sui- \ants: I.vora L. (1737), Chomelia L. (1737), Pavetta L. (1747), Crinita Houtt. (1773), Tarenna G/Eutn. (1788), Myonima Commers. (1789), Webera Schreb. (1791), Sideroxylon Schheb. (1789), Sideroxyloides Jaco. (1703), Rytidea Spreng. (1825), Rutidea DG. (1807),? Eumachia DG. (1830), Baco- nia DG. (1807), Verulamia DG. (1808), Wahlenberyia Bl. (1823), Ceriscus Nées (1826), Stylocoryne W. et A.RN. (1834), IPanchezia Moxtrous. (1860), Coptosperma II. F. (1873) et Enterospermum Hiehn (1877). L'une des plus curieuses espèces d' Enterospermum que l'on rencontre encore à Madagascar, et qui peut avoir des fleurs, tantôt de Pavetta et tantôt de Tarenna à loges biovulées, est un 218 LIMITES DU GENRE IXORA. bel arbre que Bernier ("2 e env., u. 270) a observé à Diego- Suarès, dans les forêts de la montagne d'Antsibé, et dont il a communiqué des échantillons à Boivin (m. °24°29) en 4846. La même plante figure dans les collections de Richard (n. 84, (348) comme provenant des environs de Vohémar. D'après Bernier, c'est un « bel arbre, à tronc droit et simple, à bois dur et odo- rant », fait assez remarquable pour une plante de cette famille. Toutes les parties en sont glabres et brunissent en se desséchant, mais elles sont d'une teinte bien moins foncée que la plupart des Enterospermum. Nous nommons cette plante Ixora (Enter.) Berneriana, et Boivin l'avait rangé dans son herbier sous le nom de Schizospermum, nom qu'il appliquait d'ailleurs à des Bubiacées de genres très-divers, mais dont la graine présentait ce caractère commun que son albumen était profondément divisé par des cloisons rayonnantes. Vers les sommets bifurques des rameaux se groupent des paires rap- prochées d'assez petites feuilles (3-5 cenlim. sur 2, 3) obo- vales, entières, coriaces, souvent un peu échancrées au sommet, à nervures secondaires bien nettes, nombreuses, très-obliques et obliquement anastomosées, de façon à former un fin réseau. Les stipules interpétiolaires tombent de bonne heure. L'inflorescence est une courte grappe de cymes, termi- nale. Dans chaque fleur, il y a un court calice à quatre ou cinq divisions, une petite corolle tordue, 4-5-lobée, un même nombre d'étamines, un style claviforme-aigu, indivis, et, dans chacune des deux loges de l'ovaire, un ou deux ovules incom- plètement anatropes, autour desquels le placenta proémine plus ou moins en haut, tantôt peu développé, tantôt formant autour d'eux comme une sorte de manchon. Dans le fruit pisi- forme, semblable à celui de YE. littorale, il y a une ou un petit nombre de graines, avec une cavité centrale dans laquelle est logé un embryon oblong. Cette plante, qui est aussi, on le voit, une de celles qui unissent le plus étroitement les Entero- sfermwm aux Pavetta, est encore remarquable par des pôdi- LIMITES DU GENRE IXORA. 219 celles comprimés et pourvus sous la fleur de petites bractées opposées. La plante que Boivin nomme dans son herbier (n. 20G1 4 ) Schizospermum sessiliflorum, et qui est aussi un Ixora de la section Enterospermum, n'est pas moins remarquable par le mode de groupement de ses fruits (car ses fleurs nous sont inconnues). Nous savons seulement, par une note de Boivin, qui a trouvé cette espèce à Nossi-bé, « à la pointe du cratère », que « la fleur terminale ou médiane est bibractéolée ». Quant au fruit, c'est une baie de la grosseur d'un fort pois, noire à l'état sec, de même que les feuilles, qui sont étroites-lancéolées, à peu près saliciformes, longues de 6 à 8 centimètres, larges de 2 centimètres, coriaces, lisses en dessus, avec de nom- breuses nervures secondaires, inégales et ténues. Le pétiole est court (~1 cent.), et les stipules iutcrpétiolaires sont aiguës- acuminées. Les fruits forment au bout de chaque rameau une grappe de eymes, riche et courte, qui ne dépasse par le tiers inférieur du limbe des dernières feuilles. Les graines sont peu nombreuses, souvent même solitaires, et, dans ce cas, globu- leuses, avec un riche albumen profondément ruminé. C'est encore là une de ces espèces dont l'étude nous oblige à réunir aux Chomelia (Tarcnna) les Ixora de la section Pavetla. STIRPES EXOTICjE NOV/E (.CONTINUÉ Dl VOL. XI, I'. 373.) 174. Ca.nthium phyllanthoideum. Frutex, ut videtiir, ramis gracilibus ad folia nôdulosis, ùti planta fere tota glabris. Folia brevissime v. vix petiolata, oblongo-obovoidea (ad 3 cent, longa, 1 cent, lata), basivalde angustata, apice rotundata, intégra (siccitate higrescentia) membranacea; nervis vix conspicuis. Stipula? interpetiolares minuta 1 . Flores minimi axillares, ssepitts solitarii brevissime pedunculati. Galyx 5-lobus, lobis acutis. Gorolla? lobi brèves obtusiusculi valvati. Stamina pilique corollsetnbi ut in génère. Germen 2-loculare (Eucant/iii); ovuli descendentis raphe dor- sali; hilo nonnihil utrinque incrassato. — Species baud insi- gnis, habitu f ol'i'isque Phi/Uanthos nonnnWos l'ruticosos referens et C. evonymoidei propinqua , oritur in Mombaza, ubi legit Boivin {We\h. Mus. par.). 175. Canthium ekythroxyloides. Frutex, ramis glabris fusçatis. Folia breviter (ad 1 cent.) petiolata elliptico-ovata (ad 6 cent, longa, 3 cent, lata), apice acuminata, basi repente breviterque inœquali-attenuata , intégra membranacea glabra, subtus paulo pallidiora; nervis secundariis ad 6 arcuatis et ad mannnem anastomosantibus. Stipula? interpetiolares breviter acuminatœ, nunc ad imos ra- mulos cum squamis (foliis haud evolutis) brevibus acutisque persistentes. Flores axillares parvi, solitarii v. pauci; pedicellis petiolo paulo brevioribus gracilibus. Gorolla in alabastro piloso valde acuminato stricte valvata; staminibus pilisque deflexis ut in génère. Germen 2-loculare (Eucanthii) ; stylo ad apicem stigmatosum mitriformi; ovulis) in loculo solitariis STIHPES EX0TIC.E \OV.E. ±2[ descendenlibus, raphe dorsal i. — Stirpém adspectu Ery- throxrjli, in S. Maria? Madagascarire eollibus apertis inter Sasifoutet svlvam dictam Ravine-tsara, Novembre floriferam legebat Boivin (Herb. Mus. par.). 170. Canthium vemlosu.m Bvn. Frutex, ut videtur, ex omni parle glaber; ramulis ad folia nodosis pallidis. Folia breviter (ad 1 cent.) petiolata, elliptica (ad 6 cent, longa, 3 cent, lata), utrinque acutata; nervis secun- dariis ad 5, remotis, obliquis. Stipulai interpetiolares, apice àcuminatae,deçidua3. Flores in axillis 2-4, longiuscule (1 cent.) pedicellati cymosi (?) Galyx (e fructu solum notus) brevis 5-dentatus, persisténs. Discus epigynus annularis. Gérmeri 2-loculare; ovulo in loculis descendente; raphe dorsali. Fructus immaturus (Pis? magnitudine) obovoideus leviter compressus glaber. — Species C. anomalocarpo, ut videtur, proxima, viget in Mayotta Comorarum, ubi legit Boivin, « secundum rivulum Moussa-péré, inter sylvas, ad basin tor- rentis i> (Herb. Mus. par.). 177. Canthium Breom. Frutex, ut videtur, ex omni parte glaber; ramulis pallidis; ramulis sub-4-gonis. Folia ad summos ramulos conferta, obo- vata (ad 6 cent, longa, 3 cent, lata), petiolata, basi in petiolum attenuata, apice rotundata, intégra coriacea penninervia; costa pallida conspicua; nervis vix conspicuis; pagina caeterum utraque valde pallida subgiaucescente glabra. Stipula? inter- petiolares brèves. Flores axillares subsolitarii; alabastris gem- miformibus, i. e. bracteolis arcte imbricatis involuti; corolla 5-loba, valvata; char, cœter. Canthii v. Yangueriœ; germine 2-loculari. Stylus apice stigmatoso mitrilbrmis. Ovula descen- dentia; raphe dorsali. — Species ob colorem pallidum ala- bastrorumque indolem conspicua, a Bréon in Rorbonia (an 222 STIRPES EX0TIC.E XOV.E. culta?) et al> hortul. Richard, in costa orientali Madagascaria 1 (n. 328) lecta fuit (Herb. Mus. par.). 178. Uràgoca Pancheri. Frutex (2-3-metralis) ; ligno molli; cima late rotundata densa. Folia valde variabilia, o-blonga v. obovato-oblonga, ad basin sequali- v. imequali-angustala, ima basi acula y. rotun- data, ad apicem aeutata v. breviter acuminata (ad 10-15 cent, longa, 2-5 cent, lata), longiuscule (3-5 cent.) petiolata; petiolis ant cnm nervis costaqne, bracteis et pedunculis, subglabris v. breviter, nunc longe denseque ferrugineo-toinentosis v. bir- sntis; limbo membranaceo penninervio; nervis secundariis oppositis v. alternis valde obliqnis 8-12. Stipula? interpetio- lares in vaginam tubulosam coimata 1 ; tubo apice subintegro v. laciniato, basi mox deciduo. Flures (albi) bennapbroditi v. polygami, in capitula spuria longe pedunculata et ad folia suprema axillaria dispositi, jurecymosi; pedicellis brevissimis plus minus conspicuis; inflorescentia tota involucro e brac- teis oo ,bracteolisque longitudine, forma indnmentoque valde variis, basi cincta. Calyx snperus tnbulosus, apice integer v. breviter dentatns. Corolla longe tubulosa; limbo in alabastro snbovoidco demum 5-fido (rarins 4-6-fido), valvato; lobis pubèralrs acutiusculis (flos totns ad 4 cent, longns ; basi tubi vix 3 millim. lata). Stamiiia fanci inserta, inclusa. Germen inferum, 2-locnlare; stylo gracili 2-morpbo, ant breviore, aut longissimo valdeque exserto, apice repente dilatato; capitc stigmatoso latiore quam longiore superneqne obtuse 2-lobo. Ovula in loculis solitaria erecta; raphe ventrali. Fructus dru- paceus (ad 1 ~ cent, longus) subglobosus v. breviter ovoideus; carne parca ; epiearpio extus puberulo v. glabralo (nigre- scente). Pntamina 2, soluta, septo parallèle valde compressa, ad margines repente incrassata. Semen putamini conforme albumine compresso corneo; embryonis brevis radicula infera 3 "I STIRPÈS EXOTIC E NOYE. ^23 — Planta valde variabilis, sectionis lubenter in génère typus, cui nomen novum (Podoccphœlis) iinpositum, ob inilore- scentiae adspectum, primo intuituut in Tapagoifiea (s. Cephœ- lide) capitatae, involucro fere Synantherearum. Flores antem jure (ut in Ordine) cymosi; bracteaeque et bracteohe aetate valde diversae et plerumque eo angustiores quo juniores ; pedi- cellis brevissîmis. Stirps inde, uti americanœ asiaticieque nûn- nulhe, arctius Psychotriam cum CephœMe (i. e. Uragoga L.) eonnectit. À variis collectoribus in Noya-Caledonia inventa est, interque alios aPancIier (Mus. nco-caled., n. 333); Vieillard, n. 672, 2714, 2740, in sylvis humidïs; Dephnche, n. 31)7; Thiébaut, n. 383, in sylvis; Ba/ansa, n. 2025, 3214, in sylvis eirea Kanala et Balade, ad 500-800 nietr. ait. 170. Uragoga Balans.e. Fruticulus (1-3-metralis) glabratus; ramis in siceo nigre- scentibus. Folia ad summos ramulos conferta, oblongo-lanceo- lata (ad 12 cent, longa, 3 cent, lata), apice subacuta, basi longe attenuata, integerrima coriacea; costa subtus ferrugïnea; nervis secundariis 8, 9. Petioli compressiusculi (ad 1 cent, longi). Stipulée interpetiolares in annulum brevem crenatum connatœ. Flores in cymas pedunculatas ad summos ramulos fas- ciculati; bracteis linearibus; pedicellis brevissimis v. 0. Galyx subcampanulatus; lobis elongatis valde ciliatis. Corolla hir- suta, valvata, fauci barbata. Stamina inclusa ; filamentis erectis. Stylus superne 2-cruris. Germen 2-loculare; ovulo in loculis erecto. Fructus subovoideus (* cent, longus) in sicco nigre- scens; carne parca; putaminibus 2, extus sinuato-rugosis, dorso longitudinaliter 4-sulcatis (seetione transversa, fere ut in Umbelliferis, 5-loba). Semen putamini conforme, albumi- nosum. — Species ob flores pallide caeruleos conspicua, Kraussias nonnullas referons, in montibus Nova>Caledoniae oritui-, ubi legit cl. Balança (n. M 20) in caouinine monlis Mi, 224 stihfes exotic.e nov.e. ad ait. 1000 melr., et (n. 3424) ad summum moutem Aratjo, ad ait. 1200 metr., Martio floriferàm fructiferamque (Sject. PodocepJtœlis?). 180. UllAGOGA (PoDOCÉPHjELIS) VlEILLARDI. Frutex (ex Vieill.), ramis nodosis; ramulis deuse fuscato- villosis. Folia per paria approximata ; petiolo brevi (^cent.)yil- loso; limho (ad 6 cent, longo, 4^- cent, lato) lanceolato, ulrinque acutato, ad paginam utramque pallide villoso; cpsta nervisque subtus prominulis in sicco pallidioribus. Stipulée longae villosœ in vaginam petiolo subaequalem erectam api- ceque ciliatam connatae. Flores in cymas ad summos ramulos pedunculatas fasciculati ; pedieellis brevissimis v. 0; brac- teis villosis linearibus inteeris v. incisis. Corolla breviuscula valvata. Stamina inclusa. Germen 2-loculare; ovulo in loculis solitario erecto. — Planta adspectu Labiatarum nonnullarum, caeterum speciebus prypcedentibus florum fabrica proxima, a cl. Vieillard (berb., n. 607) lecta est in Novœ-Caledonige monte Wpée. 181. Uragoga (Podoceph.elis) Fagueti. Fruticulus (i-2-metralis) laxe rainosus; ramis junioribus, petiolis, costis nervisque, pedieellis bracteisque inflore- seentise cum calvcibus dense ferruffineo-hirsutis. Folia obo- vato-oblonga v. rarius oblongo-lanceolata (ad 5-15 cent, longa, 2-4 cent, lata), apice obtusav. brevissime acuminata, basi longiuscule attenuata intégra v. subcrenulata penni- nervia; nervis secundariis 9-42, subtus ferra gineo-hirsutis. Petioli (1-2 cent, longi) hirsuti. Stipulai inlerpetiolares den- lat?R v. subintegra» deciduae. Flores ad supremos ramulos spurie capitati, jure cymosi; cymis stipitatis niinc nutanlibus paucifloris; pedieellis brevissimis; bracteis linearibus acutis subintegris v. dentatis incisisve. Calyx gamophyllus subcam- STIRPES EX0T1C.E XOV.K. 225 panulalus truncatus v. ina>qiiali-5-lobus ; lobis integris v. 2-fidis, cnm bracteis crinitis, margine eiliolatis. Gorolla lon- giuscule (ad I ~ cent.) lubulosa (alba), extus dense albido- papUlosa; lobis 5, G, valvatis, apice inflexis. Stamina totidern inchisa; antheris subsessilibus. Germen 2-loculare; ovulo in loculis erecto; disco hemisphaerico valde evolnto, integro v. pins minus alte 2-lobo; stylo erecto adapicem 2-cruri. Fructus drupaceus compressiusculus, calyce eoronatus (ad 1 cent, longus); carne ut videtiir parça; putaminibus compressis lon- gitudinaliter costatis. — Stirps adspectu, iii'dumento et corolla papillosâ singularis, oritur in ditione neo-caledonica ùbi col- lectores omnes eam legérunt, e g. Pancher (n. 524), ad altit. 100 metr. intër sylvas altas ; Deplanche (herb., h. 479), in val- libus humidis prom. Poebo; Vieillard (herb., n. 675, 676), in sylvis niontuosis prope Balade; Balansa (n. 2029), in sylvis austral. circaKanala, ad altit. lOOOmetr. (n.2029 1 ), in monte, Arago, ad altit. 800 metr.; Thiébault, ad altit. 1000 metr. in sylvis montium; Baudouin (n. 891). 182. IIypofjatiirum (Tricalysia) leucocarpûm. Frutex, ut videtnr, ramis, l'oliis partibusque omnibus gla- bris et (siccitate saltem) pallidis. Folia breviter (ad l - cent.) petiolata ovato-lanceolata (ad 10-15 cent, longa, 4 cent, lata), basi breviter acutata, apice acuminata, integerrima; margine réfléxo; coriacea; nervis secundariis paucis (5, 6) remotis arcuatis. Flores axillares cymosi; pedicellis brevibus crassius- culis sub flore calyculis 2-3, gâmophyllis membranaceis persis- lentibus munitis. Calyx gamophyllus brevis persistons. Gorolla subhypocraterimorpha ; tubo recto longiusculo; limbi lobis 5, inaequalibus, tortis, extus parce puberulis. Stamina 5, fauci villosœ inserta; blamentis brevibus; antheris paulo supra basin dorsifixis. Germen e fructu notum. Fructus pisiformis glaber, baccatus (exBvN), 2-loeularis; seminibus in loculo 2-3, xii. (20 mars 1879) la 220 STIRPES EX0TIC.E NOYE. adscendenlibus; micropyle infera; testa crustacea nigra ; albu- mine eopioso carnoso ; embryonis albumini 2-midio tequalis radicula cvlindriea lomnuscula infera; cotvledonibus sub- elliptieis parvis. — Speeies plantis seetionis Tricalijsiœ supra (p. 208) deseriptis adjungcnda, in Madagascaria, ad Nossi-bé a Boivin Julio 1850 fructifiera lecta fuit (n. 2056). 183. Canthidm pallens. Arbuscula, ut videtur (a b. Boivin in suopte hcrbario sub nomine C. macrocarpi nuncupata; nomcn autem mutandum ob C. macrocarpum Tiiw., e flora zeylanica, nonnullis abbinc annis descriptum), ex omni parte glabra siccitatequc saltem pallescens; ramis teretibus v. subcompressis, ad folia nodosis. Folia ovato-lanceolata v. elliptico-acuta (ad 8-10 cent, longa, 2-4 cent, lata), basi inœquali-acutata, apice acuminata, subin- tegra subcoriacea; nervis secundariis remotis 0-8. Pelioli brèves (ad ~ centim.). Stipulai inlerpetiolares brèves deciduaî. Flores (haud visi) axillares, « pedunculis (ex Boiv.) 2-fïoris, nudis ». Fructus maturus majusculus (fere Cuvierœ), breviter obovoideus (ad 1 '- cent, longus latusque), apice umbilicato calyce gamosepalo brevi dentato coronatus, angulato-4-8- gonus; pyrenis costarum numéro œqualibus, 1-spermis. Semen descendons ovoideum, intus concaviusculum; integu- mento tenui; embryone axili subrecto albumini eopioso suba> quali; radicula cylindrica elongata supera; cotyledonibus parvis elliptieis foliaceis. — Speeies (e sectione Yangueria, ut videtur) oritur in Madagascaria, ubi legit Boivin (n. 1765), in Sancta-Maria et ad Nossi-bé, secundum littora, «à la pointe du cratère » (Herb. Mus. par.). 184. Uragoga jasmimflora. Fruticulus (1-2-metralis), adspectu, foliis floribusque om- nino Jasmina nonnulla referens. Folia lanceolala (4-8 cent. stjupes exotic.e miv.i:. ±27 Ionga, 1-.i cent, lata), basi apiceqne acutata, brevissime petio- lata, intégra, margine reflexo ; coriacea, supra glaberrimà, sub- tils pallida villosula ; costa pallidiore prominula; nervis secun- dariisad 10. Stipulai interpetiolares petiolo subsequalesacutœ. Flores in racemos cymigeros terminales brèves densiusculos dispositi; pedicellis brevibus; bracteis bracteolisque acutis. Calyx 5-lobus. Goroila (alba) longiuscula (1 J cent.); tubo angusto'; limbi in alabastro glohosi lobis 5, valvatis. Stamina inclusa. Germon obovatum; loculis^, 4-ovulatis; ovulo erecto. — Species pulclira, utinam colenda, oritur in Austro-Caledo- nia> insula septentrionali Art, ubi Junio lloivnlem legebat cl. Balança (e\s., n. 8107). 185. Uragogâ Grosouriheaxa. Planta oninino glabra; ramis teretibussub-2-cbotomis palli- dis. Folia breviler petiolata, elliptico-lanceolata (ad 4 cent, longa, 1-2 cent, lata), basi acuta, apice longius acuminala, integerrima carnosa crassa glaberrimà avenia. Flores aut in dichotomia ramulorum, aut ad axillas foliorum composite cymosi ; cymis pedunculatis, 2-chotomis, folio brevioribus. Calyx b revis gamosepalus; lobis prot'undisovato-acutis. Goroila tubulosa, srepius 5-loba, valvata. Stamina 5-6, l'auci inserta; antheris inclusis introrsis. Germen 4-7-loculare; styli ramis totidem lïnearibus. Ovula in loculis solitaria ; micropyle extror- sum infera. Fructus parvus drupaceus, 4-6-pyrenus; semine...? — Planta adspectu et foliis Loranthaceas nonnullas valde refe- rens, verisimiliter pseudoparasitica, cuin affini Psychotria parasitica Sw., e schcdul. auctt. in divers, lierbar., esset generis novi prototypus. Omnino tamencum Urarjoga cœterum congruentes, indole foliorum et numéro loculorum ovarii ultra 2, uti subgenus v. sectio (Viscagoga) distinguendie. In Porto- Rico, ad Lares \eg\tGrosourdy, cui species dicata. U. parasi- tièàf foliis crassioribus, iniloresccntiis sa k pius terminalibus et w 2^8 STIIU'ES EXOTICLE NOV^E. g r ermine plerumque 3-4, loculari galiciens, non tan tu m in Guadalnpa Antillarum frequens, sed ab amiciss. Weddell in Bolivia lecta est (Herb. Mus. par.). 186. Uragoga lyciotdes. Frutieulus (4-2-metraIis) ex omni parte gracilis et glaber- rimus. Rami ramulique tenues teretes. Foliaparva (ad 2 cent, longa, ~ cent, lata), oblongo-obovata, apice ssepius obtusata, basi longe in petiolum brevissimum attenuata integerrima gla- berrima subavenia (in sicco subglaueescentia). Stipula? minimœ, deciduœ. Flores aut axillares, aut summo ramulo brevissimo terminales solitarii ; pedicello gracili, apice sub llore bracteolas 4-6, ina?quali-subulatas et in involucellum approximatas (foliaverisimiliter 2 minora eornmque stipulas 4) gerente. Galyx longe 4-lobus; lobis linearibus obtusis. Corolla 4-loba, valvata; staminibus 4, inclusis. Germen 2-loculare, disco tenui coronatum; ovulis in loculo solitariis suberectis; micropyle extrorsum infera. Fructus...? — Species ab omnibus fere Uragogis (Psychottiis) adspectu valde diversa, arctissime genus quale Litosanthem cum Uragogis gcnuinis connectens, flore autem ssepius potius terminali quam jure axillari dis- tincta, oriturin Austro-Caledonia,ubi inter sylvas insulœNou, prope Nouméa, a cl. Balansa (exs., n. 369) Octobre florifera lecta fuit (Herb. Mus. par.). 187. Uragoga Garriellj-t. Frutex (1-2-melralis) ex omni parte glaberrimus; ramis furcatis. Folia (pallida) oblongo-lanceolata (ad 8 cent, longa, 2-3 cent, lata), basi in petiolum brevissimum angustata, apice acutiuscula, integerrima coriacea; costa (pallida) utrinque con- spicua; nervis secundariis ad 10. Stipulœinterpetiolares brèves. Flores in racemum terminalem cymiferum brevem densiuscu- luin dispositi; calyce brevi. Gorolla (rubra) longiuscule tubu- STIRPES EX0TIC E NOV.E. 229 losa (ad 2 cent.); lobis brevibus 5, 3-angularibus, valvatis. Stamina5; antheris inclusis; fi la mentis coiispicuis. Germen 2-loculare; disco epigyno crassiusculo ; stylo erecto, apice 2-crurii. Ovula in loculis solitaria erecta. Fructus subslobosi lœves; pyrenis costatis.— Species puichra ; floribus pro génère magriis speciosisque, oritur in ditione austro-caledonica, ubi Januario floriferam legit cl. Balansa (n. 3415), inter virgulta in collibus ferruginosis prope ad ostium 11. Dotio (Herb. Mus. par.). 188. Uragooa calliantiia. Fruliculus (J-metralis) giaber; ramis tenuibus teretibus rigidis subdichotomis. Folia ad summos ramulos approximata decussata parva (2-3 cent, longa, 1-1 \ cent, lata) elliptica, utrinque açutata, basi in petiolum brevissimum subœquali- angustata membranacea glabra, subtus pallida; nervis secun- dariis paucis (5-6) remotis obliquis , in pagina superiore conspicuis pallidis. Stipulée interpetiolares petiolo subsequaies acutatae nigreseentes deciduaa. Flores in summis ramulis soli- tarii terminales subsessiles, pro génère magni (ad 2 cent.), bracteis stipulisque subulatis basi cincti; calycis lobis 4, evo- lutis foliaceis; corolla (alba) speciosa (fere Lochnerœ); tubo recto; limbi lobis 5, tenuibus, valvatis v. marginibus oblique sectis leviter imbricatis, obtusis. Stamina5, inclusa; filamen- tis brevibus, nonmhil insequalibus ; antheris oblongis; connec- tivo in glandulam (?) dorsalem oblongam incrassato. Discus epigynus crassiusculus. Stylus apice 2-cruris; ramis compres- siuseulis puberulis, apice obtusatis. Germen 2-loculare; ovulo erecto. — Species in génère ob flores solitarios et corollae magnitudinem conspicua, oritur in ditione austro-caledonica ubi in sylvis austro-orientalibus loci dicti Table-Unio legit cl. Balansa (n. 2052), ad ait. circiterBOO metr. (Herb. Mus. par.). Flos, ut videtur, fere ut in gen.Oiob. ignoto) madagascariensi Eymenocnemide (?). 230 STIRPES EXOT1C.E NOWE. 189. Uragoga Poissoniana. Frutex insiguis (2-3-metralis) ; ramis erassis ad folia nodosis demum glabratis, junioribus cum innovationibusinflo- rescentiisque densiuscule ferrugineo-velutinis. Folia longe (ad I decim.) petiolata ovato-acuta(ad25cent. longa/10 cent, lata), basi rotundata v. brevissime subinœquali-acutata, apice longe acutata, intégra membranacea, supra demum scabrida, subtus densiuscule velutina; nervis secundariis altérais 12-15, arcuatis; vénis laxe reticulatis. Stipula) interpetiolares deci- dua?, apice imequali-dentatœ ciliatre. Flores in racemum ter- minalem petiolis subœqualem ramoso-cymigerum dispositi (ad 1 - cent, longi), receptaculo brevi subturbinato. Calyx brëvis ganiopbyllus, 5-dentatus, persistens. Corolla tubulosa, apice in alabastro subtruneata; lobis 5, acutis, apice inflexis; tnbo sub lance barbato. St unina5, sub tance inserta; filameti- tis compressis loritbrmibus, supeme in connectivum oblon- gum caruoso-incrassatum productis; antheris oblongis, intus connectivo adnatis. Germen brève, 2-loculare; disco epigyno crasso subbemispharico ; styli erecti ramis brevibus compressis obtusis subtlabellatis. Fructus pisiformes (in sicco nigre- scentes). — Species conspicua, Eupsycfaôtriûs cum Straussia et Càlycosia arctius connectens, siccitate fuscescens, oritur in ditione austro-caledonica ubi legit Balansa (n. 340, 1119, 2028, 2028 a ), in sylvis circa Nouméa, circaque Kanala, supra Conceptionem et ad orientem Messioncoue,prope Port-Bouquet (llerb. Mus. par.). 190. MORINBA VlEILLARDI. Frutieosa, ut videtur, glaberrima. Folia (laurina) opposita ovato-lanceolata, breviter (ad 1 cent.) petiolata (ad 8 cent. longa, 4 cent, lata), basi angustata, apice aciiminala, intégra STIRPES EXOTIC.E NOV.E. 231 subcoriacea, remote pennineryia ; venis vix conspicuis. Stipulée brèves connatae, décidai. Flores axillares minuti glo- merulati; glomerulis paucifloris; calyce subintegro; eorolke lobis crassiusculijS 4, valvatis staminibusque totidem inclusis. Gerinen 4-locellatum, locellis 1-ovulatis; stylo brevi, apice breviter 2-lobo. — Planta quoad inllorescentiam axillarem (eam Labiatanim nonnibil referentem) eonspicua indeque sec- tionis (Morindina) in génère prototypus evadens, oritur in Nova- Galedonia, ubi prope Wagap legebat cl. Vieillard (Ilerb., n. 719). 11)1. Morindv Lastelliana. Fruticosa (?), ramulis valde compressis, demum glabratis. Folia opposita ad angulum ramuli inserta oblongo-lanceolata (ad 4 cent, longa, 2 cent, lata), basi in petiolum breviusculuni (ad 1 cent.) attenuata, ad apicem acuminata; summo apice obtusiusculo ; subintegra crebre penninervia glabra (in sicco pallidula). Flores ad axillas foliorura spurie verticillali crebri minimi, jure in cymas brevissime stipitatas dispositi; floribus in cymis singulis pancis, same 3, v. panlo nnmerosioribus. Galyx profunde 4-5-fidns; lobis acutis v. acuminatis. Gorolla in alabastro snbclavata; tnbo angusto ; lobis 4-6, acutiusculis valvatis. Stamina totidem inclusa. Gerinen 2-loculare ; loculis 1-ovulatis; ovnlo l'ère ad médium septi inserto adscendente. — Species oceanicas nonnnllas referons, incomplète nota, ob inflorescentiœ indolem MorindÙM proxima, imprimis ob ovn- Ium in iocnlis 2 solitarium distincta, sectionis prototypus (sub nom. Morindellœ) evadens, in Madagascaria a cl. LaMelle, anno 1841, lecta fuit (Herb. Mus. par.). 192. MORINDA BlLLARDIERI. Frutex scandens glaberrimus; ramulis lignosis nodosis ; cor- tice puiictulalo-rugoso-fuscescente. Folia siccitate nigre- 232 stirpes exotic.e NOWE. seentia, longiuscule (2-3 cent.) peliolata, obovato-oblonga (ad -15 cent, longa, 6-8 cent, lata), ad apicem breviter angustata summoque apice obtusiuscula, basî îonginscule attenuata, mtegerrima subcoriacea, snbtus panlo pallidiora; nervis se- cnndariis ad 9, ad margines anastomosantibus. Stipulae brèves, obtusœ, in vaginam brevem obconicam connatce. Flores in capitula (spurià) in supremis ramulis u 2-na dispositi; pedun- culis petiolo 2-plo longioribus; receptaculo (e germinibus con- natis constante) ad 2 cent, lato globoso. Galyx brevis subin- teger truncatus. Coroila jure polypetala ; petalis ovato-acutis lata basi sessilibus coriaceis valvatis, intus villosis. Stamina totidem (4-5) alterna; filamentis usque adbasin corolhe liberis subulatis, cum petalis coadunatis (nec connatis); antheris introrsis. Gantera ut in génère; fructu composito globoso glabro (irnmaturo). — Species coroila baud tubulosa et dialypetala (sect. Chorimorinda), cum nonnullis ejusdem regionis nec non Cœlospermi speciebus quibusdam, conspicua, oritur in Austro-Galedonia, ubi legit olim Labillardière (31. umbcUata"? suopte berbarii, nec L.), recentiusque cl. Balansa (exs., n. 1983), in svlvis australibus sub Kanala, ad altit. cire. 500 nietr. (Herb. Mus. par.). 193. Lasianthus Boivinianus. Frutex, ramulis « elongatis et subsarmentosis »; ramis teretibus, junioribus puberulis, mox glabratis. Folia breviter (1, 2 cent.) petiokta, longe ovato-acuta (ad 10 cent, longa, 4, 5 cent, lata), basi subœquali-rotundata, integerrima mem- branacea penninervia reticulata; nervis secundariis ad 10, arcuatis et ad margines anastomosantibus ; pagina superiore glabrata; inferiore autem tenuiter scaberula; nervis venisque subtus valde conspicuis et parenebymate multo pallidioribus. Flores axillares, ut in génère, crebri, glomerulati, jure pedun- culo conlracto brevissimo inserli, primo autem intuitu sessiles. STIM'KS EX0TIC.E NOY.E. 233 Galyx breviter dentalus. Petala (alba) valvata crassiuscula. Germen 2-3-loewrlare, rariusve (abortu?) irloculare; stylo erecto, apice stigmatoso vix lobato; ovulo in loculis 1, erecto, compresso. — Speeies sectibnis Saldinia (genericea Easitintho millo modo, riisi numéro loculorum minore, sejungenda), ob foliorum char, insignis, oritur in ditione comorensi, ubi ad Mayotte legebat Boivui (n. 3106) Junio-Augusto florit'eram, in sylvis dictis « Moussa-péré et Qualey, ad Barjoni et Clion- gui » (Herb.Mus. par.). 194. P.EDERIA ^SlPIIOMERIS) TlIOUARSIANA. Frutex scandens; ramis compressiusculis. Folia longe (4-8 cent.) petiolata, orbiculari-cordata (ad 8 cent, lata lon- gaque), obtusa v. breviter apiculata, basis sinu subreniformi ; intégra membranacea, supra demum glabrescentia, subtus dense breviterque fuscescenti-velutina; nervis sccundariis ad 12, leviterincurvis. Flores axillares in cymas folio longiores axillares longeque (ad 15 cent.) pedunculatas dispositi; bra- chiis paucis (3-4) breviusculis; iloribus subsccundis sessilibus. Germen obovatum subcostatum extus albido-tomentosum; calycis lobis 2-plo longioribus snbulatis, apice recurvis, per- sistentibus. Gorolla (purpurea?) elongata (ad 2 cent.); tubo gracili; lobis limbi ovato-acutis valvato-induplicatis; margi- nibus ançÉstis ciliatis. Stamina in alabastro ad fàuc'em inse- quali altitudinc inserta ; filamentis brcvibus; antheris oblongis erectis. Discus epigynus depressus. Stylus gracilis ad apicem 2-fîdus; ramis linearibus dense papillosis. Fructus ignotus. Flores nunc 6-meri. — Stirps insignis, S/p/tonicrin (i. e. Lecon- team) et Lygodysodeam Pavonis cum Pœdeviis arcte connec- tens, oritur in Madagascaria ubi olim legerunt Dupelit-Thouars et Chupellicr nuperiusquc Boivin, in Sancta-Maria, ad Talbn- drou, in virgultis prope ad littus maris (Herb. Mus. par.). 234 stirpes exotkle nowe. 195. Cremaspora comorensis. Frutex, ut videtur, ranris debilibus sarmentosis, junioribus puberulis. Folia crebre opposita, breviter (ad 1 cent.) petio- lata longe lanceolata (salicina), basi apiceque valde attennata acuminata (ad 15 cent, longa, 2-3 cent, lata), intégra mem- branacea, supra lucida lœvia, subtus opaeiora, penninervia; costa nervisque junioribus puberulis. Stipula? interpetiolarcs brèves acutata?, deciduse. Flores in axillis foliorum glomeru- lati crebri, petiolo paulo longiores,plerumque 5-meri; calycis lobis evolutis acutis. Corollaî tubus gracilis; lobis valvatis. Stylus gracilis, apice stigmatoso 2-fido; ovulo in loculis soli- tario descendente. Fructus ovoidei glabri (immaturi), calyce breviter tubuloso apiceque dentato coronati; semine descen- dente conformi (immaturo); albumine...? — Species, nt vi- detur, valde ramosa, a Boiv'ui in suopte herbario (n. 3174) Orthoslcmma comorensis nominata, ab eo in Mayotta Gomo- rarum lecta fuit, in umbrosis riparum rivuli sylvam Qualey transeunlis, infra Barjoni, et forte ex eo crescit ctiam in Go- mora majore v. in Anjouan (Iïerb. Mus. par.). 196. Cremaspora (Polyspileria) turulosa. Arbor alta recta, ad apicem tantum ramosa (ex Dernier), ex omni parte glabra ; ramulis teretibus mollibus, medulla intus arefacta cavis. Folia ad nodos remotiuscule opposita, breviter (ad 1 cent.) petiolata, oblougo-lanceolata (per florationem ad 15 cent, longa, 4-6 cent, lata, in ramulis fructiferis ma- jora), basi obtusata v. brevissime cuneata, apice acuminata, intégra subcoriacea penninervia; nervis secundariis ad 8. Sti- pulai interpetiolares deciduœ; cicatricibus transversis. Flores in cymas axillares v. paulo supra-axillares paucifloras dis- posai; pedunculo petiolis paulo longiore; bracteolis sub llo- STUIPES EX0T1C.K NOV.K. 235 ribus singulis in cupulas °2 superpositas caliculiformes con- natis. Galyx tnhulosus, demum inœquali-fissus. Corolla in ala- bastro valde acnta calycemqnc valdc snperans, intns valde villosa; lobis 4, valdc torLis. Stamina 4, inclusa; antheris elongatis apicnlatis. Germen inl'erum brève, 2-locularc ; diseo epigyno tnbuloso; stylo recto, ad apicem stigmatosum in capnt conicum snpcrncqne breviter 2-lobuin incrassato. Fructns subglobosi v. breviter ovoidci (ad 1 cent, longi) glabri (sic- citate nigrescentes), tnbo calycis sibi siibœquali coronati ; seminibns l-°2, inœquali-ovatis; albumine valde rnminato. — Stirps conspicua, a Boivin in liorto Botanico borbonico lecta etab eo in suopte herb. Sehizospermwm tubulosum nnncupata, oritnr in Madagascaria, ubi a Bernier (coll. 2, n. 130) collecta est, e quo vernacnle andit Simamassa-souqui. Frnctus ex eodem virides foliaque contrita sunt scabiei remedium (Herb. Mus. par.). 197. Cremaspora grandis. Frutex (subsarmentosus?) ex omni parte glaber; foliis remote in ramulis gracilibus oppositis; petiolo ramulis crassi- tudine subœquali (1-2 cent, longo) ; limbo longe lanceolato (ad 15 cent, longo, 4 cent, lato), nonniliil nunc ina>quali, basi valde acutato, apice acuminato, intcgro subcoriaceo lamque, penninervio; nervis secundariis ad 12-15, oppositis v. al ternis, ad margines anastomosantibus; venis dite retiformibus. Flores in axillis foliorum sessilcs cymosi, bracteolis obtusis v. reni- formibus latioribus quain longioribus muniti, 5- v. ssepiiis 4-meri; calvce brevi obtuse lobato. Corolla tubulosa crassa torta; lobis mcdio intus densiuscule pilosis. Stamina tubo inserta; filamentis crassiusculis; antheris elongatis dorsifixis. Germen depressum, 2-loeulare; disco annulari; stylo clavi- formi comprcsso, 2-lobo, longitudinaliter costato piloso. Ovula in loculis solitaria descendentia; raphe dorsali. Fructus...? — 536 ST1RPES EXOTIC.E NOV.-E. Slirps a Bai vin (n. ffiM bis ) in Madagascaria lëcta, ad litlora riv. dicti Djabal, in Nossi-bé, et ex eo ce getiirs novum Gœrtncrœ proxinuim » constituens. Flores ex ipso i albido-viriduli et 5-meri », quos et 4-meros in specimine vidimus. Gonspicna videtur nti (cum aliis nonnullis) Potysphœrias cnm génère Cremaspora conneetens, neenon, ut e verbis constat supra citatis Boirini, Gœrtneram genus Loganiacearum, cum Rubia- ceis sinceris. Planta qiuedam altéra in exsiccatis iisdem Boivini exstat, ab eo « Sehizospcrmum » nuncupata, et olim in horto Borbonico culta, qûae floribus omnino iisdem, at foliis 2-plo latioribus et crassioribus (an ob œtatem?) gaudet hnjiisqiie t'orsan pro mera forma habenda est (Herb. Mus. par.). 498. Cremaspora (Polysph.eria) màxima. Planta verisimiliter lm jus generis, specimina licet valde manca lloribusque omnino destituta, est (ex hortul. Rie/tard) arbuscula magna, ex oinni parte glabra, pra3cedentique valde similis; ramis teretibns, in sicco, uti partes fere omnes, ni- grescentibus. Foliaoblongo-lanceolata, suppetentia pro génère maxima (ad 25 cent, longa, 10 cent, lata), crasse petiolata, coriacea; costa valde prominula; nervis secundariis ad 10; cœteris ut in specie praeced. Flores axillares (haud visi) in axi brevi glomerulati. Fructus oliviformis brevissime stipitatus (ad 2 cent, longus), calyce 5-mero coronatus, glaber (siccitate nigrescens), 2-locularis; pericarpio crasso exsucco. Semina in loculis solitariadescendentia oblonga, facie planiuscula, dorso convexa; albumine copioso profunde ruminato; embryonis in- versi radicula supera. — Species oritur in Madagascaria ad Nossi-bé, ubi legit Richard (exs., n. 208), anno 1837 (Herb. Mus. par.). 199. Cœlospermum (Olostyla) Balans.eanum. Scandens, ramis lignosis (griseis) ad foira nodosis; ramulis STIRl'ES EXOTIC.E XOV.K. 237 leretibus iu sicco cuni foliis indorescentiisque nigrescentibus. Folia longiusculc (ad 2 cent.) petiolata, elliptico-acuta, basi breviter acutata, apicc brevissime acuminata (ad 10 cent, longa, 4 cent, lata), intégra membranacca penninervia glabra; nervis secundariis 5-G, arçuatis. Stipula* interpetiolares deci- dutc; cicatrice transversali pallida. Flores in raeemos laxe corymbiformi-cymosos terminales dispositi parvi (inadulti) articulati; calyce brevi dentato. Petala 5, valvata. Germen brève siibglobosum, disco annnlari coronatnin; locnlis %, e septo spnrio 2-locellatis. Ovula in locnlis 2-na, incomplète anatropa; micropyle extrorsum infera. Fructus (immatnrus) pisiformis. — Stirps hinc Oloslylœ corymbosœ Labill., inde Cëlôspermo scandenli Bl. hand absimilis, plantam utraiïique bene connectens (genus unde Olostyla serins proposition nullo jure servandum), oritur in Nova>Caledonia3 sylvis supra locum dictum Ferme modèle, ubi adaltit. 600 metr. legit cl. Balansa (exs. n. 2773), Februario floriferam (Ilerb. Mus. par.). 200. GiERTNERA IXFLEXA D en . Frutex (?) ex omni parte demum glabratns; ramis tenuibus flexibilibns. Folia opposita, breviter (~-l cent.) petiolata, anguste lanceolata (ad 10 cent, longa, 2-3 cent, lata), basi acutata, apice acuminata, integerrima membranacea penni- nervia, reticnlato-venosa, snbtns paulo pallidiora. Stipnhe in- terpetiolares in vaginam snperne plernmqne qnadrisetosam connata?. Inflorescentiaï terminales, « refrac to-patuke » (Ben), longiusculc (8-10 cent.) racemosaï, jure cymigera?, parce ra- mosce. Flores pro génère haud crebri cyinosi (adl cent, longi) ; calyce brevi dentato. Corolla tnbnlosa; lobis 5, valvatis. Stamina 5, fauci inserta, inclusa; antheris introrsis. Germen basi lantum inferum, cœterum liberum; stylo erecto, apicc 2-lobo. Ovula in loculis 2, semi-inferis, solitaria anatropa; micropyle extrorsum inféra. Fructus majore ex parte liberi, 238 SÏIRPES EXOTIC.-E XOViE. calycc persistante cupulaque reccptaeulari basi eincti, obo- voideo-cordati; sinu apicali brevi. Semina plano-eonvexa, imo septo inserta,albuminosa. — Speciesobgermen haud complète superum liberumve Uragogas {Psychotrias) cum Gœrtncris arctius eonnectens, inter cbirgener. habitu et iniïorescentia conspieua, oritur in Madagascaria, nbi legerunt hortul. Richard (ri. 5), ad sinnm Antongil, et recentius Boivin (n. 1778), ad S.-Mariam, in sylvis Tafondrou et Ravine-trara dictis (Ilerb. Mus. par.). 201. G.ERTNERA CARDIOCARPA Bvn. Frntex (ut videtur) pnecedenti proximus (cujus forsan pro mera forma haberetur); ramis gracilibus haud cernuis. Folia elliptico-laneeolata (ad 10 cent, longa, 4-5 cent, lata), basi obtusiuscula v. acutiuscula, apicc acutala v. acuminata, inte- gerrima subcoriacea penninervia; nervis secundariis arcuatis ad 10; venis dite reticulatis. Stipula? interpetiolares brèves connatae, deciduse. Inflorescentiœ terminales rectœ brèves (ad 5 cent, longse), ovatœ, laxc cymigerse; cymis stipitatis oppositis ; inferioribus longe angusteque bracteatis. Calyx 5-lobus, persistens. Fructus cordatus sub-2-dymus glaber (ad 1 cent, longus latusque), apice breviter 2-lobus; seminibus albuminosis. — Stirps in ditione madagascariensi a Boivin, in collibus nemorosis ad Tanambo Aprili fructifera lecta est. (Ilerb. Mus. par.). 202. GUETTARDA BaLANSjEANA. Arborccdensa (10-metralis) »,exceptis inflorescentiisglabra ; ramis oppositis (pallide griseis) ad nodos incrassatis. Folia opposita, elliptico-subrbombea (ad 10 cent, longa, 5 cent, lata), basi in petiolum longiuscule inœquali-altenuata, apice obtusiuscula v. raro acutiuscula, integerrima subcoriacea penninervia; nervis secundariis ad 6, alternis. Stipulœ inter- STIRPÉS EXOTIC.E XOV.E. 239 pctiolarcs a eu lac, dccidua\ Flores polygamo-diœci axillares v. spnrie terminales pedunculati: niasculi >o , in eymam 1-param 2-furcatam dispositi sessiles; fœrninei solitarii; ramis inflores- centiœ albido- v.pallide lutcsccnti-villosulis. Calyxgamophyllus crassus cnpularis, in llore niasculo 4-5-lobus; in fœminco 6-9-lobus; lobis iniequalibus obtusis. Corolla dense albido- sericea crassa Inbnlosa; lobis arcte imbricatis, brevibus obtusis; in flore maseulo 4-5; in fœminco autcm 6-9. Stamina 5-9, in flore fœminco minora (eflœta?), in maseulo clongata subsessilia inelusa. Disons crassiusculus glaber. Germen floris fœrninei 10-15-loculare; ovulo in singulis solitario descen- dente lincari; styli ramis totidem brevibus penicillatis. Germen floris masculi eflœtum brève; stylo lineari simplici, apice obtu- sato. Fructns breviter ovoideus (2-3 cent, longus) calyce coro- natus cumque co tenuiler velutinus; carne parca; putamine durissimo 10-15-loculari. Semen cylindricum vermiforme; albumine tenui; embryonis cylindrici cotyledonibus brevibus inferis. — Spccies pulclira oritur in latere orientali montis Nekou Austro-Caledonia) supra Bourail, ubi Aprili floriferam fructiferamque legit cl. Balansa (exs., il 1 129, 1137). 203. GUETTARDA SPLENDENS. Frulex pulchcrrimus (ad 2-metralis); ramis crassis rugosis cineraseentibus. Folia ad summos ramnlos congesta, jure opposita, sessilia, oblongo-obovata, nunc subspathulata (ad 42 cent, longa, 4 cent, lata), basi repente rotundata, apice bre- viter acuminata, integerrima coriacea glabra penninervia; venis vix conspicuis; superiora in sicco rubescentia. Flores diœci longe petiolati; petiolo ad folia superiora axillari, folio subœquali v. 2-midio breviore; lœmineo 1-floro; maseulo ad 10-floro; terminali 1; caHeris in brachiis 2 cymœ 1-parœ insertis secundis; sessilibus omnibus. Galyxbrevis crassus in flore maseulo 4-lobus (in sicco fnseato-ferrimineus). Corolla 240 STIRPES EXOTIC.E NOYE. (ce. alba ») tubulosa crassa albo-sericea niions, apice breviter 4-loba, arcte imbricata. Stamina totidcm; antheris lineari- elongatis subsessilibns dorsifixis. Stylus in flore masculo sim- plex y. 2-fidus graçilis, in fœmineo multo crassiôr. Germen (in flore masculo' elïœtum) ad 10-loculare; ovulo in loculis pendulo lineari. Fructus majusculus ovoideo-acutus, calyce persistente coronatus ; carne « parca rubra » ; putamine du- rissimo conformi, ad 10-loculari. Semen lineare; albumine te- nuissimo membranilbrmi. — Speciesconspicua,in collibus fer- ruginosis supra Ouroue Nova>Çaledoniaî sitis a cl. Ihilanm (n. 2994) Septembre ilorifera fructiferaque lecta est. 204. GUETTARDA IIYPOLASIA. Arbor parva (4-5-metralis), G. splendenti fere ex omni parte similis, at ante omnia foliis subtus dense velutinis dis- tincta. Rami nodosi; foliis ad summos ramulos congestis ses- silibus subamplexicaulibus, e basi rotundata v. subcordata oblongo-subspatbulatis (ad 25 cent, longis, 8-10 cent, latis), apice obtusatis v. brevissime acuminatis, integris subcoriaceis penninerviis; nervis ad 8. Stipuhe ovato-acuta 1 decidua?. Inflo- rescentirc axillares longe pedunculatûo; pedunculo gracilifoliis subsequali villoso. Flos masculus terminalisl, ramique laté- rales inflorescentise 2 subhorizontales., floribus cymosis I-latera- libus sessilibus onusti. Galyx crassus ; corollœ tubulosœ albido- sericea3 lobi 4, apice arcte imbricati v. nunc subvalvati. Antherœ 4, subsessiles inclusœ. Flos fœmineus...? Fructus e summo pedunculo pendulus longe ovato-subfusiformis, basi et apice attenuatus calyceque coronatus; carne parca l'uscato- rubra, siccitate nigrescens. Putamen crassissimum sulcatum; loculis ad 10, irregulari-seriatis ; seminibus cylindricis. — Species Januario fructilera; fructu e Pancher qui plantam ad sinum Prony Nova?-Caledoime legit, odore Mali valido, a ci. ]>tihu)sa quqque (exs. n. 113,8) lecta fuit, Januario florifera STTRPES EX0TIC.E NOY/E. 244 (mascula), in sylvis interioribus insulœ inter S. -Louis cl Ounia (Herb. Mus. par.). 205. GUETTARDA EXIMIA. Arbor (5-(3-mctralis) , ramis crassis nodbsis. Folia lon- giusculc (2-4 cent.) petiolata, ellipticô-obovata, mine suborbi- cularia (ad 15-20 cent. longa, 8-15, cent, lata), basi longius- cnle cuneata, apice breviter acuminata, integerrima coriacea, supra glabra laevia, subtus dense lutescenti-velutina penni- nervia; nervis secundariis crebris (ad 8-10) parallèle obliquis subtus cum costa valde prominulis. Stipulai majuscula? ovato- acutae, deciduae. Flores diœci : masculi...?; fœminei pedun- culati axillares, 6-meri; calyce crasso gamophyllo, 4-6-lobo. Corolla conico-tubulosa crassa, extus dense sericea, apice bre- viter 0-loba arcteque imbricata. Stamina 6, inclusa; antheris subsessilibus elongato-acuminatis. Germen ad 12-Ioculare; stylis totidem in columnam ereclam sulcatam connatis, apice tantum liberis ibique inaequali-acutatis. Fructus stipitatus « nonnihil cernuus », pro génère magnus (ad 5 cent, longus latusque) ovoideus compressus, calice coronaius ; carne extus glabra crassiuscula. Putamen conforme, extus longitudinaliter profunde et intcquali-sulcatum. Loculi ad 12, putaminis com- pressione parallèle 2-seriatis ; seminibus cylindricis. Embryo carnosus ; albumine tenui mcmbranilbrmi. — Planta eximia austro-caledonica, a cl. Balansa (exs., n. 340, 1973, 1973 a ) lectaest,in sylvis ad sinuin Prony dictum et circa Messioncoue, prope Port-Bouquet. 200. GUETTARDA RIIAMX0IDES. Frutex (3-5-metralis), ramis ramulisque oppositis v. abortu solitariis, junioribus lutescenti-tomentosis. Folia in summis ramulis approximata ; petiolo brëvi (1-2 cent.) tomentello; xii. (20 mars 1879.) 1U 242 STIRPES EX0TIC.E NOY.E. limbo elliptico (ad 6 cent, longo, 3-4 cent, lato), utrinque breviter acutato, supra démuni glabrato, subtus pallidiore ubique breviter tomentoso ; nervis secundariis 5, 6; integro membranaceo. Stipulée petiolo 2-midio breviores longe acu- minaUc tomentosa\ decîduae. Flores masculi... (?); fœminei ad folia inferiora 2 ramuli axillares solitarii; pedunculo gra- cili petiolo 2-plo longiore; bracteolis 2 acutis sub flore sessi- libus. Fructus ovato-oblongus (1-U cent, longus), imequali- sulçatus parce tomentosus, calyce vix accreto coronatus ; carne parea. Putamen longitudinaliter in;equali-sulcatum duris- simum, loculis 4-8, hregulariter perforatum. Semen loculo conlbnne auguste cylindraceum descendens; einbryone con- fonni carnoso; albumine parcissimo. — Specics haud insignis in sylvis Novae-Caledanise a cl. Balansa lecla est, supra « Daaoui de Gro » (n. 1128) et ad basin Kougui (n. J 976). 207. GUETTARDA IOENSIS. Frutex (3-4-metralis), ramis oppositis lignosis griseo-fus- catis. Folia in innovationibus (?) approximata ovato-acuta (ad 5 cent, longa, 2-4 cent, lata), basi acutiuscula, apiçe breviter acuminata, intégra membranacea penninervia; petiolis cum costa nervisque (ad 6) et innovationibus lutescenti-tomentosis. Stipulai acuminata?, deciduœ. Flores in cymas axillares pedun- culatas dispositi, 4-mcri, bermapliroditi; calyce cupulari 4-dentato; corollae breviter tubulosa? lobis 4, imbricatis; an- theris subsessilibus elongatis dorsifixis, introrsum rimosis, inclusis. Germen 2-loculare; ovulo in loculis 1, descendent!} ; raphe dorsali; styli ramis 2, acutiusculis. — Fructus. ..'/Planta foliis G. rhamnoidem nonnihil referens, ob flores hermaphro- ditos germenque 2-loculare conspicua, inde Obbeam cum Guettardis sinceris arctius connectens, oritur in Austro-Cale- donia} valle Io, ubi Décembre floriferam legit cl. Balansa (exs., n. 2392). STIRPES EXOTIC.E XOWE. 243 208. Glettarda rusc.v Vanch. Arbuscula (« 2-metralis ») ex omni parte glabra, coma taxe diffusa. Rami rugôsi (einerascentes). Folia oblongo-lanceolata (ad 8 cent, kmga, 2-3 cent, lata) integerrima coriacea, basi sensiin in petiolum longïusculum attcnuata, apice breviter acuminata v. acuta; nervis secundariis ad 8; venis reticulatis parum conspicuis. Flores axillares pedunculali; masculi 2-cbotomc cymosi; fœminei pauci v. solitarii. Calyx coriaceus, obtuse 4-lobus. Corolla imbricata. Stamina inclusa subses- silia. Germen in flore fœmineo ad 10-loculare, in hermaph'ro- dito 3-4-loculare; styli erecti ramis totidem inaequalibus acu- tiusculis. Fructus (immaturus) parvus (ad | cent.) breviter subovoideus, latior quam longior; carne parca; putamine durissimo inrcquali-suleato; loculis ad 10, 2-seriatis; semine in singulis pendulo cylindraceo. — Speciem foliis Gardénias nonnullas referentem, in Austro-Caledonia vigentem, « flo- ribus fuscatis et drupa nigrescente », Julio fructiferam, in collibus ferruginosis frequentem circa Kanala legebat Panchcr (llerb. Mus. par.). 209. GUETTARDA NOUMEANA. Arbor (4-metralis), coma densa; ramis oppositis, ad cica- trices fbliorum delapsorum nodosis (griseis). Folia insummis ramulis per paria pauca approximata elliptico-ovata v. sub- obovata parva (ad 4 cent, longa, 2 cent, lata), breviter (ad 1 cent.) petiolata, basi breviter v. longiuscule attenuata, ad apicem breviter acutata summoque apice plerumque obtu- siuscula, intégra subcoriacea utrinque glabra; nervis secun- dariis paucis (5-0), siiepe fovcola axillari subtus concava anctis. Stipuhe petiolo breviores acutae, decidu;e. Flores diœci axillares peduneulati : masculi crebri cymosi; fœminei pau- 244 STIRPES EXOTIC.E XOWE. ciores cymosi v. solitarii. Galyx masculus brevis dentatus. Corollatubulosainalabastro subclavata; lobis saepius 4, imbri- catisv. hinc inde ob partem attenuatam opertam deficieiitem omnino valvatisî Stamina 4; anllicris subsessilibus inclùsis dorsifixis; loculis sub insertione liberis, introrsum 2-rimosis. Germen in flore fœmineo 3-4-loculare ; ovulo in loculis soli- tario subpendulo cylindrico; funiculo brevi; umbilico dilatai©. — Spëciës Giiettardas sincerascum Bubeis, Obbeis câeterisque al'iinibus connectens, floribus lutescenti-albidis, orilur in du- metis circa Nouméa Austro-Caledonice, ubi legerunt Panchef, Vieillard et Bahuisa (n. 2993) Januario floriferanl. 210. Randia Brandzeana. Frutex (2-4-metralis) ex omni parte cum Gardeniis exacte conveniens, sed quoad fructum primo intuitu valde divcrsus. E bacca longa siliquiformi nomen sectionis (a?gre a ca?teris limitandce) Siliqwrandia. Folia, uti planta tota, glabra, bre- viter (cire. 1 cent.) petiolata, lanceolata (8-16 cent, longa, 2-4 centim. lata), utrinque acutala, intégra membranacea, penninervia; nervis secundariis ad 5, remote obliquis. Sti- pulai intrapetiolares in vaginam connatœ acuminatœ. Flores in dichotomia ramulorum subterminales sessiles, solitarii; tubo receptaculi longe tubuloso (ad 5 cent, longo) recto glabro. Germen intus adnatum, 2-loculare, disco depresso calyeeque profunde 5-lobo coronatum; lobis lanceolatis acuminatisve. Gorolla...? Ovula in loculis oo, placentis immersa. Fructus longe siliquiformis glaber, inter semina constrictus monili- lbrmi-tornlosus(adlO cent, longus), superne incollum angus- tatus. Semina pauca descendentia compressa, pulpa placent» immersa, demum subglobosa; albumine corneo. — Species conspicua inter Gardenieas DolicJiolobia valde referons, fructu autem carnoso indebiscente, oritur in insula Art Nova>Cale- doniie {Balansa, n. 321 ï% et in macroneso, inter sylvas prope STIRPES EX0TIC.E NOV.E. 245 Bourail (Balansa, n. M45\ supra locum die tu m Daaoùi do Gro (Ilerb. Mus. par.). 241, Randia Bojeriana. Frulicosa, uL videtur, glaberrima; rauiulis teretibus. Folia brevissime (ad 1 cent.) petiolata, elliptico-lanceolata (ad 8 centim. longa, 3 cent, lata), basi acutata, apice acuminala, membranacea ; nervis primariis crebris subtransversis; venis reticulatis. Stipula; intrapetiolares brèves ciliolatio. Flores paulo supra-axillares, parvi (ad 1 cent.), solitarii (an semper?) pedunculati ; calyce brevi; corolla tubulosa ; alabastro acuto; limbi lobis 5, ovato-acuminatis, stricte tortis. Stamina in- clusa. Germen 2-loculare; styli ramis 2, gracilibus. Ovula in loculis ce , seriatim descendentia. — Spécimen valde incom- pletum stirpis in génère ob flores parvos supra-axillares con- spicuic, in Madagascaria, «. in sylvis ad Ala-inauzaû, a b. Bojer lecta est (Herb. Mus. par. et vindob.). Verisimiliter Gcnlpœ species. °21 u 2. Randia dillemacea. Arborea (?) ; ramis junioribus et innova tionibùs fuscato- tomentosis. Folia breviter crasseque petiolata, in summis ramulis subsessilia, oblongo-elliptica (ad 15 cent, longa, 8 cent, lata), basi inaeqûali-rotùndata, apice breviter acumi- nata, integerrima coriacea crassa, supra glabrata, subtus pallidiora ferruginea puberula ; nervis secundariis ad 12, obliquis parallelis (folia Dilleniacaarum nonnullarum valde referentia). Stipuhe connatse acurainatae deciduœ. Flores in cymas brèves subglobosas composito-racemosas latérales dis- posai; ramis brevibus congestis lerrugineo-tomentosis. Càlyx gamophyllus, 5-dentatus. Corolla suburceolata crassa torta, iauce intus dense barbata. Stamina 5, ad imam corollam inserla. Germen 2-Ioculare; loculis x-ovulatis; styli apice i 240 STIHPES EXOTIC.E NOV.E. 2-lobi ramis obovatis comprcssis. Fructus crebri éùjbglobosS glabri (ad 1 cent, longi), calyce v. cjus cicatrice coronati car- nosi; seminibus oo-seriatim comprcssis cxalatis. — Species, ut videtur, nova (?) v. e descriptionibus antcrioribus rcgre reco- gnescenda, Anomanthodiam forsan cum Randiis legitimis con- jungens, oritur in Bornéo, ubi leg. cl. Beccari (exs., n. 398). 213. Randia Beccariana. Arbor, ut videtur; ramis crassis (albidis), uti planta tota, glabratis. Folia opposita oblongo-acuminata (suppet. ad 20 cent, longa, 10 cent, lata), basi inœquali-rotundata; inte- gerrima crassa subcoriacea ; nervis secundariis obliquis ad 20, subtus prominulis. Stipulée cum petiolo brevissimo (v. subnullo) connatae acutœ, decidme. Flores (speciosi, 3- 4 cent, longi) in ligno ramorum orti, lateraliter subumbella- tim cymosi; pedicellis ad apicem leviter incrassatis (1-2 cent, longis) glabris.Calyx subinfundibularis coriaceus, 4-dentatus. Corolla subcampanulata, torta; lobis obtusis. Stamina tubo brevi inserta longiuscula ; antheris 2-locularibus. Germen obconicum inferum, 2-loculare; placentis 2-lobis; ovulis crebris minutis. Stylus subclavatus, apice acutatus, longitudi- naliter 2-sulcatus ; sulcis stigmatosis. — Species insignis, ob infloresccntiam corollaeque indolem sectionis (Anomanthodiœ et AmaraUœ proximse) typus, viget in Bornéo, ubi legit cl. Beccari (exs., n. 778, 3594). 214. MORINDA CiTORIOPHYLLA. Frutex scandens, ex onini parte glaber ; ramis crassiusculis noY/^.smnonniliil refe- rons, oritur in Austro-Galedoniae collibus ferrtjgihosis inter Ounia lacuunique planitiem, teste cl. Balansa (• xs., n. 2991), Décembre florifera. 225. Uragoga (Tapogomea) Remyana. Lignosa (pro sectione, utvidetur, magna) glaberrima. Folia longe (ad 4 cent.) petiolata, ovato-lanceolata (ad 15 cent, longa, 8 cent, lata), basi inaequali-acutata, apice longiuscule acuminata, intégra v.subundulata, membranacea penninervia; nervis secundariis crebris (ad 30) obliquis parallelis ; subtus pallidiora. Stipulai in vaginam longiusculam amplexicaulem tubulosam cqnnatae, deciduie. Flores terminales in capitula (spuria) 2-3-na dispositi ; bracteis crebris ovato-acutis imbri- catis ; glomernlis axillaribus polygamis. Calyx foliaceus evolutus. Gorolke tubns gracilis; limbi lobis 5, recurvis ovato- acutis valvatis. Germen inferum, in flore masculo minimum effœtum; in fœmineo breviter obconicum, 2-loculare; disco epigyno e glandulis 2 erectis crassis constante. Stylus gracilis exsertns; apice stigmatoso capitato obscure 2-lobo. — Species utvidetur a ca^teris distinctissima, oritur in ditione Ecuado- rensi , ubi in sylvis inter Guaranda et Bodegas tloriferam legebat cl. Remy (Herb. Mus. par.). 226. Uragoga ligustrina. Frutex ( 1-2-metralis), ramis oppositis, uti planta tota, glaberrimis. Folia in summis ramulis approximala, oblongo- obovata (ad 5 cent, longa , 2 cent, lata), apice imequali-obtu- sata, basi sensim in petiolum brevem (1 cent.) attenuata, 254 STIUPES EXOTIC.E NOYyE. integerrima subcoriacea pennincrvia , supra lucida lœvia, sublus pallidiora; costa pallidc lutescenLe ; nervis paucis (ad 5) remotis vix conspicuis. Stipulai brèves connata 1 . Flores in cymas ad ramulos terminales dispositi, laxe sub-2-choto- mas; pedunculo gracili ; bracteis brevibus; calyee brevi cupu- lari ; corolla parva{f cent.) tubulosa; limbo 4-partito,valvato; styli ramis 2, stigmatosis;ovulis(in loculis2)erectis solitariis. — Speeies Psychotrias (JJragogas) vulgarcs cum unifions v. oliganthis connectons indequc tantum conspicua, viget in ditione austro-caledonica ubi Martio floriéeram leçebat cl. Balansa (exs. , n. 3194), in sylvis inter Tchiaor et Puebo (fructus nobis ignoti, e collectore « carnosi albique » innnaturi calyee persistente coronati). 227. Uragoga canalessis. Frutex glaber (2-3-metralis); ramis teretibus oppositis. Folia petiolata; stipulis interpetiolaribusconnatis,apice trun- catis v. denticulatis, deciduis. Flores « albi » crebri in cymas eompositas, 2-chotomas dispositi; calyee gamosepalo dentato subspathaceo,hinc superne saepé démuni longitudinaliterfisso. Corolla longe tubulosa (ad 2 cent.longa); alabastrosubclavato; lobis 5, triangularibus crassis, valvatis. Stamina 5, fauci in- serta, inclusa; antheris sessilibus linearibus elongatis. Germen 2-loculare; ovnlo in loculis 1; micropyle extrorsum infera; styli ramis 2, brevibus, antheris sœpemultolongioribus. — Spe- eies quoad flores Palicoureis nonnullis af'fmis, ob folia ovato- lanceolata (45 cent. longa,5cent. lata), intégra subcoriacea, nervissecundariisl2-i 5 donata,apice basique acutatainsignis; costa nervisque in sicco palliclis lutescentibus; calycibusquo- que bracteisque siccitate lutescentibus ; oritur in Austro- Caledonia, ubi circa Kanalam in sylvis legerunt cl. Balansa (exs., n. 1995) et Vieillard (Herb., n. 742). {Sera continué*) TRAITÉ DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET Dl FRUIT (suite) XI Hydrociiaridées Nous avons étudié comme type de la famille des Hydrociia- ridées YElodea canadensis, cette plante aquatique qui a reçu tant de noms différents (1) et dont on a tant parlé depuis quel- ques années. L'individu femelle existe seul, comme on sait, à l'état vivant dans notre pays, etc'estsurlni seulement qu'ont porté nos recherches. L'extrémité des rameaux florifères présente une longue por- tion conique, entièrement dépourvue d'appendices. Plus bas, ceux-ci (qui sont des feuilles) se disposent avec une extrême régularité, plus facile à constater que dans les feuilles adultes ou à peu près, qui s'insèrent plus bas encore sur la tige. De l'aisselle de l'une de ces dernières part un court rameau qui doit se terminer par la fleur femelle, au-dessous de laquelle se trouvent aussi, mais en petit nombre, des feuilles ordinaires. La fleur est donc en réalité terminale, quoique portée par un petit rameau latéral. Son réceptacle est l'extrémité même de ce petit axe, extrémité un peu renflée en dôme et d'abord par- faitement lisse. Assez loin de son sommet il produit d'abord deux appendices placés en face l'un de l'autre. Ce sont les deux bractées qui deviendront plus tard connées et s'allonge- ront ensuite en une sorte de gaine ou de spathe enveloppant (I) Elodca canadensis Hicn., in Michx FI. bor.-amer., I, 20. — Anacharis Alsinastrum Bamny.t., in Ann. and Mag. Nat. Hist. (1818), 81. — Udora canadensis Nuit., Gcn. nov. amer, pi., II, 212. V Anacharis Nuttallii Plancii. (in Ann. se. nat., sér, 5, XI, 75) est la même plante, ainsi que l'A. canadensis PL. Pursh en a fait un Serpicula. M. Oudemans a fait voir combien M. Verlot avait eu tort (in Rev. hort., M>, 116) de ne pas préférer Je nom YElodea, qui date de 1803, à ceux d'Anacharis (1811) ou à'Udora (1818). 250 TRAITÉ toute la fleur encore jeune et la laissant ensuite sortir par son ouverture supérieure découpée en deux dents profondes qui répondent chacune au sommet d'une des deux bractées primi- tives. C'est à une assez grande distance de ces bractées que se montrent ensuite les trois folioles du périanthe extérieur. Leur apparition est successive, et l'on sait qu'elles se disposent ensuite en préfloraison imbriquée, l'une d'elles étant tout à fait enveloppante, l'autre tout à fait enveloppée , la troisième recouverte par un bord et recouvrante par l'autre. Après la naissance de ces folioles , le réceptacle floral change totalement de configuration au-dessus de leur inser- tion. Deconvexe qu'il était à ce niveau, il devient promptement et assez profondément concave ; ce qui revient à dire que son sommet cesse de s'accroître, tandis que sa périphérie s'élève avec une grande rapidité. Il en résulte au-dessus du périanthe extérieur la formation d'une cupule à rebord épais, mousse et à peu près circulaire. Ce même fait se produit dans la fleur femelle d'une plante très-voisine de YElodea par tous «ses ca- ractères essentiels, le Vallisneria spiralis; mais il n'a pas été compris par l'auteur d'une récente étude sur cette plante, M. Adolphe Chalin (1). Sans doute la planche relative à l'or- ganogénie florale est, dans ce travail, de beaucoup supérieure à tout ce qu'il a jamais publié ; mais comme il n'a évidemment pas comparé les dessins avec la nature elle-même, il ne pou- vait apprécier la véritable signification des objets représen- tés (2): C'est ainsi que dans la figure 5" de sa planche 3, il prend cette cupule pour l'ovaire (3), quoiqu'il s'agisse d'une époque (1) Mémoire sur le Vallisneria spiralis L., considéré dans son organo- graphie, sa végétation, son organogénie, sa tératologie et sa physiologie. Paris, 1855. (2) Nous le prouverons en nous occupant dans un travail spécial d'un très- grand nombre d'autres erreurs d'interprétation qui se rencontrent dans ce mémoire de M. Cliatin, mais qui sont relatives à des questions que nous n'avons pas à examiner actuellement. (3) Ailleurs (page 15) il semble que ce soit la même partie qu'il nomme le « disque central », quoique cet organe ne soit pas central, le véritable gynécée DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 257 où il n'existe eneore aucune trace, ni du gynécée, ni d'autres organes encore qui doivent se montrer avant lui sur le récep- tacle floral. De là une confusion inévitable dans l'interpréta- tion des diverses parties de la fleur. C'est précisément sur les bords de cette cupule, et dans l'intervalle des sépales exté- rieurs, que se dessinent insensiblement les pièces du verticille extérieur du périanthe, quelquefois désignées comme des pétales. Elles se disposent dans le bouton en préfloraison imbriquée ou tordue. Les sépales extérieurs' sont imbriqués dans l'ordre de leur apparition. Dans la fleur femelle du Val- lisneria, M. Ghatiri les donne à plusieurs reprises comme valvaires, et il les représente imbriqués. C'est aussi sur le bord de la coupe même que naissent les trois mamelons staminaux, en face des sépales extérieurs. Leur apparition est simultanée, et l'on sait qu'ils grandissent en môme temps pour devenir autant de baguettes stériles ou de staminodes. C'est dans leurs intervalles et simultanément aussi que se montrent ensuite, un peu plus intérieurement, les troismainelonsstylairesdontlebord intérieur estpresquedèsle début marqué d'une dépression médiane qui les rend réni- formes. Cette situation d'organes qui, dans les Monocotylé- dones,répondentsisouventausommetdesfeuillescarpellaires, a lieu de nous surprendre, et nous ne la déclarons telle que sous toutes réserves et après un grand nombre d'observations con- cordantes répétées depuis dix-sept ans. Si elle est confirmée, elle s'expliquera peut-être par ce qui s'observe dans certains Hydroc/iaris où il y a des branches stylairesen face des sépales extérieurs, et d'autres en face des intérieurs; celles de YElodea correspondraient donc à ces derniers. Mais ce point difficile mérite d'être à nouveau vérifié, comme nous venons de le dire. Les branches stylaires s'allongent beaucoup, parcourues par un sillon longitudinal médian et chargées plus intérieurement devant se produire plus intérieurement que lui. Il y a là une grande confusion, à peu près inexplicable pour l'observateur. xii. (20 mars 1879). 47 *258 TRAITE de papilles très-saillantes ; leur sommet demeure entier ou devient plus rarement bifurqué dans une courte étendue. Le fait le plus remarquable qui se produise à partir de ce moment, c'est la formation rapide et l'élongation considérable de la cavité ovarienne , c'est-à-dire de toute la portion infé- rieure du réceptacle auquel appartient tout ce tube grêle et à accroissement démesuré, dont l'orifice supérieur porte les verticilles floraux et dont le fond sert de paroi à l'unique loge de l'ovaire. Trois colonnes placentaires proéminent bientôt sur sa surface intérieure, d'autant plus épaisses qu'on les observe plus bas; mais elles laissent toujours vide le centre de la cavité ovarienne. Chacun de ces placentas pariétaux produit bientôt un ou plus rarement deux ovules. Ils naissent tout près de la base du placenta; et lorsque chaque placenta n'en porte qu'un, ce qui est l'ordinaire , le petit mamelon ovulaire se montre, non pas sur le bord interne de la colonne placen- taire, mais plus latéralement. L'ovule s'allonge en montant presque verticalement dans la cavité ovarienne ; il se recouvre d'une enveloppe, non loin du sommet du nucelle, puis, plus tard et loin de la première, d'un second épaississement annu- laire qui finalement s'élève autant, ou moins, ou plus que le tégument intérieur. Les deux enveloppes ovulaires sont à tout âge faciles à dis- tinguer , et l'étude de ce point d'organisation présente un certain intérêt depuis les discussions ardentes auxquelles a donné lieu l'opinion exprimée par M. Ghatin sur l'organisation ovulaire du Vallisneria que nous venons de considérer comme une plante très-analogue de YElodea par toute la structure de de sa fleur femelle. M. Ghatin a soutenu à plusieurs reprises devant la Société botanique de France (1), malgré les objections amicales et répétées de MM. Prillieux et Duchartre, et surtout malgré les arguments de M. Caspary (2), que l'ovule du Val- (1) BulleL, II, 379 ; IV, 157. (2) Auquel ou doit le travail le plus considérable qui ait été publié sur ces DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET J)l' FRUIT. "259 lisneria est pourvu d'un seul tégument, et que ce tégument est formé d'une seule assise de cellules. S'il avait réellement suivi le développement de cet ovule, il eut vu avec la plus grande facilité les deux enveloppes ovulaires naître l'une après l'autre et l'une au-dessous de l'autre sur le micelle, absolu- ment comme il arrive dans YElodea. Les figures que nous donnons ici le démontrent surabondamment. Il eût aussi constaté qu'à la façon dont se produisent ces parties, qu'on appelle des enveloppes, il est absolument impossible qu'elles ne soient constituées que par une seide rangée de cellules. Môme à l'âge adulte el sans l'emploi d'aucun réactif, il est extrêmement facile de voir les deux téguments, dont la gran- deur relative varie beaucoup d'un ovule à l'autre, et même , dans les fleurs fécondées, d'apercevoir le tube pollinique franchir successivement l'exostome et l'endostome. Les discussions qui se sont produites à la Société botanique en 1857 n'ont été suivies d'aucune conclusion prise dans un sens ou dans l'autre, et c'est pourquoi il devient nécessaire de se prononcer définitivement dans ce débat. Or nos recherches nous démontrent que les vives attaques dirigées à cette épo- que contre M. Chatiu sont parfaitement justifiées, que ses observations sont absolument inexactes, comme la plupart de celles qu'il a publiées, et qu'en maintenant à tort, malgré l'évidence et en s'appuyant sur des arguments sans valeur tirés de l'organisation de certaines graines (qu'on ne doit jamais confondre avec les ovules dans la question des enveloppes), qu'il y a des Hydrocharidées à tégumenl ovulaire unique et formé d'une seule couche de cellules, il s'est placé au premier rang de ces « réformateurs malheureux j) dont il a lui-même parlé d'une façon si remarquée (1 ). plantes i.Journ. de Pringsheim, I (1858), et trad. part, in Ann. se. nat. (sér. -i, XI, 323), travail que tous les botanistes connaissent, mais que nous ne citons pas ici en particulier parce que l'auteur s'y est peu occupé des détails organo- géniques relatifs à la fleur. (I) Il est d'autant plus important île constater que M. Chatin.avec la méthode 260 TRAITÉ Nous espérons pouvoir revenir ailleurs sur quelques points intéressants de l'organogénie d'autres Hydrocharidées. Notons seulement aujourd'hui que leurs fleurs sont très-souvent dis- posées en cymes unipares, et que M. Decaisne (1) a tort de définir simplement leurs ovules d'une façon absolue par ces termes : « ascendants ou orthotropes, à placentation parié- tale», leurs étamineseommeccinséréesà la base du périantlie», et les folioles extérieures de celui-ci comme « tubuleuses ou subcohérentes à leur base ». M. Duchartre (2) condense encore plus d'inexactitudes en très-peu de mots quand il dit des qu'il a employée (les coupes pratiquées dans les ovules), n'a pu arriver à décou- vrir la véritable organisation des ovules du Vallisneria, ni même en compter le nombre d'enveloppes, qu'aujourd'hui il a recours à la môme méthode pour déci- der la nature des organes floraux des Conifères par lui considérés comme des ovules. Il attribue en effet à M. Dalloz {Rapp. éc. prat. haut, étiid. (I87G-77), 120) les opinions suivantes: « Il est en effet mis hors de doute que non-seule- ment les Conifères (Pinus, Abies, etc.) n'ont pas de péricarpe, mais que leur ovule est réduit au nucelle et à une seule membrane. Que si plus tard la graine se présente avec trois enveloppes, qu'on a pu prendre pour un péricarpe recou- vrant des téguments ovulai res, c'est que, par différenciation de ses tissus dans le passage de l'état d'ovule à celui de graine, le tégument, d'abord unique, forme comme trois tuniques superposées, etc. » Est-ce aussi c par différenciation de ses tissus » que l'ovule à double tégument du Vallisneria devient une graine « à double tégument cellulaire dont l'externe représente la membrane simple et unique de l'ovule, tandis que l'interne est formé par le nucelle, repoussé à l'état de simple membrane par l'embryon développé à son intérieur », ainsi que l'an- nonce M. Chatin (Bull. Soc . bot., III, 297)? On doit supposer que c'est parce qu'il croyait l'enveloppe de l'ovule du Vallisneria unique, que M. Chatin a trouvé simple la véritable enveloppe de la graine, comme on suppose que c'est parce que la fleur femelle d'une Conifère est pour lui ù priori un ovule, qu'il retrouve dans l'organe que nous considérons comme un péricarpe les matières colorantes ordinaires aux spermodermes. Citons encore celle opinion de M. Chatin sur laquelle nous reviendrons ailleurs : « 11 est d'ailleurs bien digne de remarque, et cette observation paraît s'appliquer à la généralité des graines, que les matières colorantes qu'on trouve dans les téguments de celles-ci se montrent habituelle- ment localisées, comme chez les feuilles et les péricarpes, dans les assises super- ficielles représentant les épidémies des téguments ovulaires? » Nous laissons à M. Chatin la responsabilité de toutes les assertions qui précèdent, parce que nous n'a % vons vu publiées nulle part les recherches de M. Dalloz. (I) Traité général (1868), 637. C2) Èlém. de botanique (1877), 1106. DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 261 Hydrocharidées : « ovaire infère, 1-6-loculaire; 3-6 stigmates bifides ». EXPLICATION DES FIGURES. Planche VIII. Les mêmes lettres représentent en général les mêmes parties:. s, sépales extérieurs; p, folioles intérieures du périanthe; c, élamines ; c, carpelles; o, ovules; H, nucelle; te, priniine ; ti, secondine; r, réceptacle floral; bb\ bractées flo- rales; fl, fleur. Fig. 1. — Elodéa canadensis (femelle). Extrémité d'un jeune rameau rr, char- gée de feuilles jeunes f, sauf au sommet, et portant un petit axe latéral rr', terminé par une jeune fleur. Fig. 2. — Jeune axe floral dont le sommet, encore nu, constitue le réceptacle r de la fleur, et au-dessous duquel sont nées les deux bractées bb' qui forment la spathe. Fig. 3. — Même axe, vu de profil ; mêmes lettres. Fig. i. — Bouton dont le réceptacle r a produit, l'un après l'autre, trois sépales ss. Fig. 5. — Bouton un peu plus âgé, entouré de deux bractées bb'. En dedans des trois sépales extérieurs ss, le réceptacle, devenant concave au centre, s'est renflé en un bourrelet circulaire r, sur lequel naîtront les folioles intérieures du périanthe (et que M. Chatin a pris pour le gynécée). Fig. 6. — Bouton plus avancé encore. Mêmes lettres. Sur l'anneau saillant du réceptacle r commencent à se dessiner les folioles intérieures du périanthe p et, dans leurs intervalles, lesétamines e. Fig. 6 l — Un âge un peu ultérieur, où les sépales intérieurs et les étamines sont plus prononcés autour de la fossette centrale r du réceptacle. Fig. 7. — La fleur précédente, vue de profil, avec les bractées b de la spathe. Fig. 7*. — Age ultérieur. Les sépales intérieurs et les étamines sont plus pro- noncés, et les carpelles c sont visibles sous forme de trois crois- sants. Fig. 8. — Même bouton, coupe longitudinale. Mêmes lettres. Fig. 9. — Fleur plus âgée dans laquelle les loges de l'anthère e sont déjà dis- tinctes et les carpelles les plus développés c forment une enceinte continue autour de la cavité ovarienne. Fig. 1Ô. — Même fleur, coupe longitudinale. On voit la profondeur de la cavité ovarienne dont le fond est déjà un peu inférieur au niveau d'inser- tion du périanthe. Fig. H. — Fleur [dus avancée en âge, dans laquelle la cavité ovarienne, devenue bien plus profonde, présente sur sa paroi des placentas verticaux- sur lesquels se montrent inférieurement les ovules o. Fig. 12. — Age plus avancé. L'ovule est devenu ovoïde et ascendant, réduit encore au nucelle. Fig. 13. — Coupe d'une fleur plus âgée, dans laquelle l'ovaire est profond, tout à fait infère, et l'ovule o ascendant, revêtu de deux enveloppes. FlG. 13» FlG. li. FlG. 15. FlG. 16. FlG. 18. FlG. 19. FlG. 20. FlG. 21. FlG. , 22. FlG. -23. FlG. n. 1 FlG. 25. 562 TRAITÉ — Bouton fl dans l'intérieur des bradées tonnant la spatbe h. — Bouton un peu avant l'anthèse , pour montrer l'imbrication du périanthe extérieur s et le tube qui surmonte l'ovaire. — Coupe longitudinale du même bouton : c, les styles; o, ovules. - Ovule au moment où le nucelle n est déjà entouré de la secondine 2/ et où la primirie te commence à se montrer plus bas. FlG. 17. - Ovules dont les deux enveloppes sont arrivées au niveau du sommet dunuceile. L'ouverture de la primine te laisse voir le sommet de la secondine ti, percé de l'endostome (et que .M. Chalin a pris pour le nucelle dans le Vallisneria). Vallisneria spiralis (femelle). Portion du placenta, avec une série d'ovules encore réduits au nucelle. Portion d'un placenta plus âgé ; les ovules se revêtent d'une enve- loppe. Jeune ovule réduit au nucelle. Nucelle », avec le début de l'épaississement de la secondine ti. Ovule plus âgé : n, nucelle; ti, secondine. La primine te commence à se montrer plus bas. Ovule plus âgé encore. La primine te et la secondine ti forment deux cupules superposées autour de la base du nucelle n. Ovule presque adulte, dans lequel on distingue la primine te et la secondine ti enveloppant elle-même le nucelle. Ovule adulte dans lequel pénètre le tube pollinique tp, traversant l'exostome pour aller rejoindre le nacelle, et dans lequel, con- trairement à ce qui s'observe dans l'ovule précédent, la primine te est bien plus courte que la secondine ti. XII Garryacées. La place des Garrya dans la classification naturelle est encore aujourd'hui fort controversée. Endlicher(l)les rangeait à la suite des Sépacées que nous avons ramenées (2), ainsi que les Antidesmées, vers la grande famille des Euphorbiaaées. Lindley (3), qui a créé lafamille des Garryacées (4), classe celle- ci dans une Alliance spéciale des Garryales qui comprend en outre les Helwingiacées, et qu'il interpose aux Juglandées et (1) Gen. plant., -288, n. 1900. (2) In Bull. Soc. bot. de Fr., IV, 993; Hist. des plantes, V, 244. (3) Veg. Kinyd. (J 816), 295. (i) In Bot. Reg., XX (1831), t. 1686. DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 263 aux Ménispermacées. M. J. G. Agardh (1), s'attachant en pre- mière ligne aux caractères de l'inflorescence, considère les Garryacées comme « analogues aux Amentacées, collatérales aux Gupulifères et aux Fothergillées, et constituant peut-être une forme inférieure à certaines Flacourtiées etHomaliées ». M. Decaisne (°2) maintient, bien entendu, la famille des Garrya- cées, ce qui est bien plus commode que de chercher les véri- tables affinités de ces plantes, et il place, comme Jussieu, les Garrya entre les Cornées et le Gunnera, qui est une Haloragée. Il a d'abord le tort de conserver dans sa famille des Garryacées des éléments hétérogènes; et, comme presque toujours, il figure d'une façon erronée l'organe femelle des Garrya, la dis- position des ovules et de l'embryon, la situation des graines et de leurs diverses portions, etc. Il considère le périanthe mâle comme formé de « quatre sépales linéaires, submembraneux, étalés )), et le périanthe femelle comme « à deux lobes sétifor- mes ou sans lobes apparents». Il décrit les ovules et les ligure comme ((géminés ». Il donne à tort les deux styles comme alter- nant avec ce qu'il appelle les lobes du périanthe dans la fleur femelle. Il attribue aux graines un « testa mince, rugueux transversalement et un raphé saillant latéral », tandis que nous verrons le tégument séminal extérieur extrêmement épais et le raphé moins proéminent que lui. Il croit que les fleurs sont tou- jours «ternéesà l'aisselle de bractées décussées », sans s'aper- cevoir que c'est précisément sur l'existence de fleurs solitaires qu'on a fondé le genre Fadyena, inséparable des autres Garrya. 11 place sur un seul placenta, alterne avec les styles, deux ovules collatéraux dont il tourne le inicropyle du côté des styles; il suppose donc qu'il y a dans chaque ovaire quatre ovules dispo- sés par paires. Dans le fruit, il dispose deux graines en face des styles, tandis qu'elles alternent avec eux. Sur la coupe longitudinale de la graine, il place l'embryon (ou quelque (1) Tkcor. System, plant. (1858), 157. (.2) Trait, gén. bot. (1868), 255. 264 TRAITÉ chose qui lui ressemble plus ou moins) du côté de la ehalaze, tandis que vers le micropyle il figure l'albumen seulement; et lorsqu'il représente , suivant ses expressions, une « coupe transversale de l'ovaire, pour montrer la disposition des ovules et de l'embryon » (comme s'il y avait des embryons et un albumen développés dans l'ovule), il dessine l'embryon (ou ce qui lui ressemble) deux l'ois coupé en travers, comme s'il était arqué ou replié sur lui-même. On voit qu'il serait difficile d'accumuler sur une même question un plus grand nombre d'erreurs inconcevables, et que connaissant si mal l'organisa- tion d'un genre, il devient très-difficile d'arriver à la détermi- nation de ses affinités (1). Ad. Brongniart rapprochait avec doute les Gamja des Cornacées. MM. Bentham et Hooker (2) les ont définitivement insérés dans cette famille, entre les genres Aucuba et (irise! inia (8). Le développement des fleurs mâles peut facilement être ob- servé pendant l'été sur leGarrya elliptica, qui a longtemps été la seule espèce qu'on cultivât dans nos jardins, mais dont l'individu femelle est beaucoup plus rare et n'existe peut-être même pas vivant en France. On voit souvent , au sommet des rameaux, poindre dès le mois de juin des inflorescences qui s'épanouiront dans le courant de l'hiver suivant; de sorte que cet arbuste ne se comporte pas à cet égard comme la plupart de ceux qui sont cultivés chez nous. L'inflorescence est un épi, simple ou ramifié, chargé de bractées décussées et connées, dans l'aisselle desquelles les fleurs sont solitaires ou groupées, en cymes bi-triflores. Le plus souvent il y en a trois, dont une de première génération, et deux plus jeunes, appartenant à (1) Aussi l'auteur change-t-il souvent d'opinion sur les rapports des Garrya, qu'ailleurs (in Bull. Soc. bot., XX, 158) il rapproche à tort des Hamamé- lidées. (2) Gen. plant., I, 951, n. 8. (3) Qui sont presque inséparables l'un de l'autre et auxquels le Garrya ne doit pas être interposé. I)[; DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 265 une deuxième génération et se développant à droite et à gauche de la première, sans bractées axillantes. Chaque fleur est d'abord représentée par un mamelon qui devient obconique-surbaissé et sur lequel, plus bas que le sommet, se montrent simultanément les quatre folioles du périanthe : deux antérieures et deux postérieures, plus tard concaves et valvaires. Il est donc probable que ce sont quatre pétales. MM. Bentham et Ilookeret M. Decaisne les considè- rent comme des sépales. Leurs sommets s'infléchissent en une petite clef pendante au niveau de laquelle ils demeurent sou- vent plus ou moins étroitement collés, pendant que leurs bords adultes s'écartent les uns des autres. En dehors d'eux le ré- ceptacle s'épaissit en un bourrelet marginal qui peut devenir légèrement saillant dans l'intervalle des pétales, mais qui n'est probablement pas un véritablecalice. Peut-être n'est-ce qu'un renflement réceptaculaire, comme il s'en produit si souvent à la base des véritables périanthes ; mais nous ne pouvons rien affirmer à ce sujet. Les quatre étamines se montrent aussi si- multanément en dedans des pétales et dans leurs intervalles; elles se composent finalement d'un filet libre et d'une anthère basifixe, introrse, déhiscente par deux fentes longitudinales. Le gynécée est relativement volumineux dans les très-jeunes fleurs. Il est représenté pardeux feuilles carpellaires latérales, en forme de croissants qui se regardent par leur concavité et qui s'élèvent connés pour limiter une petite fossette centrale, seul rudiment de cavité ovarienne qu'on observe dans la fleur mâle. Le développement des fleurs femelles a pu être étudié sur une autre plante qui ne fleurit à Paris que depuisdeuxou trois ans etqu'on a considérée comme un hybride des Garrya ellip- tica ou mueroplujlla et du G. Fadijcni. Il a tout à fait l'organi- sation florale de ce dernier, et je ne sais trop s'il en diffère véritablement. 11 a été désigné à Antibes par un nom composé de celui de ses parents supposés, et M. Carrière l'a appelé *266 TRAITÉ G. Thuretii. Pas plus que celle de G. Fadyeni, sa fleur femelle n'a normalement de périanthe. Aussi est-elle simplement re- présentée par un mamelon plein qui occupe seul l'aisselle des bractées de l'inflorescence. Sur le mamelon se montrent bien- tôt à droite et à gauche les deux feuilles carpellaire's. Ce sont des croissants qui s'élèvent en devenant connés par leurs extré- mités et limitent l'enceinte ovarienne que leurs sommets atté- nués couronnent ensuite, en divergeant, de deux branches stylaires latérales, parcourues par un sillon longitudinal mé- dian, de chaque côté duquel on voit commencer l'évolution des papilles stigmatiques. C'est sur la paroi de l'ovaire , en avant et en arrière, que se montrent les deux saillies placentaires qui s'avancent générale- ment fort peu dans la cavité unique de la loge, et qui produi- sent bientôt, vers leur extrémité supérieure, un seul mamelon ovulaire. Chaque ovule devient bientôt descendant, se recou- vre d'une enveloppe incomplète et dirige, dans son mouvement anatropique, son micropyle en haut et en dessous du bile, de sorte que le raphé regarde celui de l'autre ovule. Le funicule est court, épais; il s'hypertrophie bientôt en une sorte d'obtu- rateur qui vient entourer le hile et coiffer l'ouverture micro- pylaire. On comprend par ce qui précède que le gynécée d'un Garrya représente assez bien celui d'une Cornacée, dont les placentas ne s'avanceraient pas jusqu'à l'axe de l'ovaire pour partager sa cavité en deux loges. De là est venue cette idée, confirmée par l'expérience, que les Garrya pourraient être avantageusement greffés sur des Cornées, et réciproquement. Nous avons ui de très-beaux Garrya eUiptica qui avaient pris un grand développement sur l' Aucuba ' japonica . Peut-on d'ailleurs admettre que les Garrya autres que ceux de la section Fadyena aient leur fleur femelle pourvue d'un véritable périanthe? Ce qu'on a considéré comme tel dans plu- sieurs espèces californiennes, nous semble être une paire de bractées qui peuvent prendre un assez grand développement, DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. v 267 notamment dans la fleur qui termine une inflorescence, et qui sont exactement alternes avec les deux bractées axillantes des fleurs précédentes. Ces bractées sont plus ou moins soulevées et entraînées sur l'ovaire de la fleur terminale; elles peuvent être situées à mi-hauteur sur sa paroi, niais elles arrivent rarement à être insérées tout en haut, comme les véritables sépales d'une fleur à ovaire infère. Il y a aussi des ovaires qui sont couronnés d'une sorte d'enveloppe florale encadrant la base du style, quel- quefois très-développée et d'apparence pétaloïde; ces laines irrégulières paraissent dépendre d'une hypertrophie morbide succédant peut-être à la piqûre d'un insecte Les fruits des Gamja sont mal connus ; ils mûrissent cepen- dant dans notre pays, notamment ceux du G. Thuretii. Quoi- qu'on les décrive comme des baies, leur péricarpe est mince, à peu près complètement sec à la parfaite maturité: c'est une membrane alors dépourvu* 1 de sucs. 11 y a cependant quelque chose de charnu et de pulpeux dans ces fruits ; c'est une portion des graines qui fournissent un des rares exemples connus d'arille généralisé. Pendant la maturation, leur tégument superficiel se boursoufle de toutes parts. Ses cellules proé- minent alors comme une sorte d'écume de liquide visqueux ; leur accroissement est très-rapide. Leur aspect rappelle celui de la substance des strophioles de certaines Papavéracées, etc. D'abord elles sont à peu près incolores. Plus lard elles devien- nent d'un pourpre vineux. La saveur de leur contenu est alors acidulée et un peu amère. Elles vont s'appliquer contre le péricarpe, dont l'épaisseur demeure peu considérable. La portion charnue du fruit dépend donc ici du tégument séminal ; et c'est cette couche épaisse, molle, pulpeuse, que M. Decaisne, toujours inexact, décrit comme un « testa mince, rugueux transversalement ». 268 TRAITÉ EXPLICATION DES FIGURES. Planche VI. Les mêmes organes sont désignés par les mêmes lettres : br, bractées axil- lantes des fleurs; h, bourrelet extérieur aux pétales (calice?); p, pétales; e. étamines; c, carpelles; o, ovules; », nucelle; f, funicule ; cm, em- bryon; ch, chalaze ; alb, albumen. Fig. 1. Gamja elliptica (mâle). Jeune inflorescence chargée de bractées dé- cussées br. Fig. 2. -- Bractée séparée br, vue par sa face interne; dans son aisselle, une seule fleur dont le réceptacle porte déjà les pétales pp. Fig. 3. — Jeune fleur isolée, ayant quatre pétales p à peu près égaux. Fig. 4. -- Fleur plus âgée, les quatre pétales p égaux, plus grands. Fig. 5. -- Bouton plus avancé. En dehors des pétales;» qui portent déjà en haut et en dehors quelques poils, se montre le bourrelet b qui tient la place du calice, avec de légères saillies alternes aux pé- tales ; et en dedans d'eux, quatre mamelons slaminaux alternes e. Fig. 6. — Bouton plus âgé ; le bourrelet calicinal (?), les pétales et les éla- mines plus développés. Fig. 7. — Coupe longitudinale du bouton précédent. Au centre du réceptacle commence à se montrer le gynécée. Fig. 8. — Bouton plus âgé encore dans lequel les deux carpelles c se voient latéralement, se regardant par leur concavité. Fig. 9. — Bouton dans lequel les anthères e ont déjà leur sillon médian in- terne visible et les carpelles se sont rapprochés pour enclore un rudiment de cavité ovarienne. Fig. 10. — Coupe longitudinale du même bouton. Mêmes lettres. Fig. 11. — Fleur plus âgée, dans laquelle le périanthe p est complètement clos. Fig. 12. — Coupe longitudinale de la fleur précédente. Fig. 13. -- Bractée florale br, dont l'aisselle renferme (comme c'est le cas le plus ordinaire) trois fleurs, dont une médiane /"', et deux laté- rales f 2 , de deuxième génération, et qui ne sont pas exactement du même âge l'une que l'autre. Fig. 1 1. — Coupe longitudinale de la fleur médiane représentée dans la ligure précédente. Fig. 15. — Garrya Thuretii (femelle). Bractée florale br dans l'aisselle de la- quelle est une seule fleur déjà pourvue de deux carpelles ce. Fig. 16. — Bouton de la figure précédente, vu par le sommet pour montrer la forme en croissant des deux carpelles ce. Fig. 17. — Fleur femelle plus âgée, les deux carpelles ce devenant connés sur les bords. Fig. 18, 19. — Ages successifs du gynécée constituant à lui seul toute la fleur femelle. Fig. 20. — Gynécée plus Agé, la portion stylaire des carpelles c devenue dis- tincte. DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. c 2()l> Fig. 121. — Coupe longitudinale du même gynécée. Le placenta, alterne avec les deux styles, porte déjà un mamelon ovulaire o. Fig. 22. — Gynécée plus âgé. FlG. 23. — Coupe longitudinale du même; l'ovule o s'est allongé et commence à descendre. Fie 24. — Fleur femelle dont l'ovaire s'est couvert de poils et dont les deux styles se touchent. Fig. 25. — Coupe longitudinale bilatérale de la fleur précédente ; cette coupe passe par le milieu des deux styles c. Fig. 26. — Coupe perpendiculaire à la précédente (anléro-poslérieure), passant dans l'intervalle des deux styles c et par l'axe des deux ovules o. Fig. 27. — Coupe longitudinale antéro-postérieure d'une fleur plus âgée; mêmes lettres. Fin. 28-32. — États successifs de l'ovule, depuis l'époque où le nucelle « est distinct du tégument qui ne le recouvre pas, jusqu'à l'âge où il en est complètement enveloppé et le micropyle recouvert par l'obtu- rateur /"que forme le funicùle dilaté. Fig. 33. — Graine adulte. Le tégument extérieur est formé de cellules bosse- lées, inégalement saillantes, charnues, constituant un arille géné- ralisé. Fig. 31. — Coupe longitudinale de la graine précédente, passant par l'axe de l'embryon em, de l'albumen alb, de la chalaze ch et du raphé déprimé r, et montrant l'épaisseur qu'a prise le tégument cellu- laire externe, pour constituer l'arille généralisé qui recouvre toute la semence. XIII LORANTHÉES. La grande famille des Loranthacées, avec les limites que nous lui avons attribuées, a été pour nous l'objet de quelques travaux déjà anciens (l). Ses principaux types devraient être étudiés au point de vue organogénique , surtout ceux que l'on peut en Europe se procurer à l'état vivant. Le Gui de l'Oxy- cèdre est de ce nombre, et il y a longtemps que nous nous proposions d'examiner le développement de ses tleurs et de ses fruits. Mais les recherches dont nous donnons ici quelques résultats, pour attirer sur cette plante indigène l'attention des botanistes du Midi, nous ont été principalement inspirées (1) Premier Mémoire sur les Loranthacées, in \Adansonia, II, 330 (1802); Deuxième Mémoire sur les Loranthacées, in Adansonia, III, .~>0 (1862). 270 Tft.UTK par une intéressante découverte de M: Oliver. Ce savant bota- niste indiqua (I) en 1870 la présence, dans l'ovaire d'une Loranthacée mexicaine du même genre, d'un corps conique qui, au premier abord, ressemble fort à un ovule orthotrope et dressé. On conçoit que sur les échantillons secs d'une plante exotique l'observation de ce corps central ne soit pas des plus faciles, tandis qu'il se voit très-bien à l'état adulte sur des pieds frais (YArceuthobïum Oxycedri. Dans le Gui commun (Viscum album), son existence n'est pas aussi mani- feste ; il faut pour le voir une certaine habitude de l'obser- vation, et plusieurs botanistes auxquels il a échappé ont même trouvé commode de nier absolument son existence, qui con- trarie, il faut bien le dire, certaines théories encore en faveur dans notre pays. Cependant, comme il s'agit de comparer entre elles, au point de vue de leur organisation fondamentale, deux plantes que certains auteurs considèrent encore comme congénères, il y avait intérêt à voir si un organe homologue de première importance se retrouve dans l'une et dans l'autre, et quelles conséquences on peut tirer de son peu de déve- loppement dans l'une d'elles, tandis qu'il acquiert dans l'autre de notables proportions. Ces recherches nous ont donc attiré et entraîné fort loin ; elles sont cependant fort incomplètes encore, et nous les poursuivrons quand il nous sera possible de nous procurer en plus grand nombre et en meilleur état des pieds vivants de YArceuthobium, qui ne croît chez nous que dans deux localités peu étendues, au voisinage de Forcalquier et de Sisteron. Pour nous borner actuellement à ce qui concerne la Heur femelle de VA. Oxycedri, nous voyons qu'elle est décrite dans la plupart des ouvrages classiques en ces termes : -ovulata; ovulis placentœ pendulae insertis descendentibus. Stylus erectus, adapicemsLigmatosum dilatato-oliviformis. Fructus...? — Stirps in génère conspicua, Adinas veras cum Nauclels legitimis arctius connectens, a Ber- nier (2 e env., n. 359) in Madagascaria lecta est, in ripis fl. An- panhi, prope Diego-Suares et ab eo commun, cum Boivino qui plantam (a Cephalidiis Richardianis omnino diversam) Cepha- lidii verticillali nomine salutavit. STIRPES EXOTIC.fi X0V.E. "285 231. Uragoga Spachiana. Species(quoadfoliaet florum indolem U.caUhuithœ nonnihil affinis) fruticosa (1-2-metralis) glaberrima ; ramis gracilibus suboppositis ; foliis ad summos ramulos, basi nudatos ibique cicatricibus foliorum delapsorum stipularumque notatos, per paria dispositis, elliptico-obovatis (ad 5 cent, longis, 2 cent, latis), basi longïuscnle angustatis, ad apicem breviter acutatis snmmoqne apice obtusiusculis, integris coriaceis; nervis remo- tis vix conspicnis. Stipula? parva? acutae intégra? v. 2-lobae. Flores (albi) terminales v. in dicholomia ramorum solitarii v. paucissimi cymosi sessiles ; calycis lobis5, oblongis v.subspathu- latis rigidis summo frnctu persistentibus nonnihil accretis. Co- rolla?in alabastro calyce brevioris lobi 5, crassi, valvati, extns puberuli; acumine inflexo. Anthera? 5, oblongae, dorsifixa? in- clusse. Discus epigynus breviter cylindricus ; styli ramis 2, com- pressis. Ovula seminaque fructus junioris in loculis solitaria suberecta. — Species insignis (sectionis Apodagogœ) oritur in ditione austro-caledonica ubi legit, Décembre floriferam, cl. Balansa (exs., n. 3651) in sylvis superioribusfl. Dotio. 232. Uragoga goniocarpa. Frutex (2-4-metralis), ramis Iaxis, titi planta tota glabris. Foliabreviter(4-lcent.)petiolata,oblongo-lanceolata,utrinque angustata acuminata (ad 10 cent, longa, 4 cent, lata) intégra membranacea ; nervis secundariis ad 8, remotis ; limbo subtus pallidiore ferrugineo. Stipula? connata? ovato-acnminata? mem- branacea?, decidua?. Flores (albi) laxe cymosi; cymis termina- libus parce ramosis brachiatis; cymulisS-floris. Receptaculum breviter obconicum; calyce campanulato, 4-dentato. Gorolla tubulosa; alabastro clavato (ad 2 cent. longo);lobis 4, oblongis, valvatis. Stamina 4, inclnsa. Discus epigynus 2-lobus; stylo 28(> ST1RPES EXOTIC.E NOY.E. gracili, ad apicem 2-lobo; lobis lanceolatis, intus stigmatosis. Fructus drupaceus pyramidatus (nomen unde sectionis, Pyra- midura), 4-gonus(ad 1 ~ cent, longus) glaber; carne parca, sic- citale nigrescente ; loculis 2 ; putamine dnro , dorso carinato ; semini suberecti compressi embryone albnminoso. — Species insignis quoad formam foliorum admodum variabilis, cresciL in Austro-Caledonia, ubi legenint Panchcr, in locis bumidis, ad ait. 200 inetr.; Deplanche (n. 409!>M); Vieillard (n. 767), in sylvis montinm circa Balade ; Balansa (n. 337, 337 a ), cii'ca Ba- ladeetad sintim Prony, (n. 1097) in sylvis circa Gonceptionein, ad altit. 700 metr., (n. 2020, 2057) in monte Arago, ad altit. 800 metr., (n. 2889) circa Conceptionem, ad altit, 550 metr. 233. Uragoga Calorhamnus. Frutex humilis (^-metralis), ramiscrassis tortuosis 2-cholo- mis; cortice cinerascente; planta tota glaberrima. Folia in ra- nmliscoid'erta, vixpetiolata, obovata (ad 3 cent, longa, 2 cent, lata) integerrima coriacea, apice truncata, retusa v. bre- vissime acuminata; nervis secundariis ad 9, obliquis ; lamina inferiore siccitate iuscata, superiore pallida, glaucescente v. discolora. Stipula} interpetiolares brèves, decidure. Flores ( albi ) crebri in cvmas terminales contracto-ramosas dis- positi; calyce brevi, 5-dentato. Corolla in alabastro clavata longiuscula (2 cent.); limbo in lobis 5 crassos, 3-angulari- valvatos diviso. Stamina 5, inclusa ; antheris tubo insertis sessilibus elongatis, dorsifixis, apiculatis, introrsum 2-rimosis. Germen 2-loculare; disco epigyno depresso; stylo gracili, apice 2-ramoso. — Species ob adspectum et folia (ea Rhamnorum nonnull.referentia) valde conspicua,oritur in Austro-Galedonia ubi legerunt cl. Deplanche (n. 398), ad Taulé et Puebo, et Ba- lansa (n. 3193) in peninsula Poume, inter terras eruptivas (Herb. Mus. par.). STIRPES EX0TÏC.E NOV/fi. 287 234. Uragoga baladensis. Frutex ; ramis crassis nodosis. Folia ampla ( ad 40 cent, longa, 12 cent, lata), breviter crasseque petiolata, oblongo- obovata, apice rotundata, summo apice brevissime nunc acu- minata, ad basin longe angustata; nervis primariis crebris obliquis parallelis. Stipulée interpetiolares brèves crassse, deci- duae, ïnflorescentise, uti planta fere tota, subglabrie, in cymas compositas compactas contractas dîspositae. Germen inferum obconicum, nunc sœpe abortivum. Calyx gamophyllus 5-den- tatus. Gorolla longiuscula, lata tubulosa; lobis 5, valvatis. Stamina inclusa. Germen 2-loculare, sœpe stérile; loculis in fertili 2. Discus epigynus crassus ; styli ramis2. — Planta quoad char, florum ÏJràgogis omnibus similis, ob folia ampla adspec- tumque inflorescentiœ valde distincta, viget in ditione austro- caledonica, ùbi legit Vieillard (Herb., n. 655), « in sylvis montium ad Poila ». 235. Uragoga Nekouana. Fruticulus (1-2-metralis) glaber; ramis furcatis oppositis. Folia elliptico-lanceolata, u trinque acutata (ad 6 cent, longa, 2 cent, lata); nervis secundariis ad 40. Petiolus gracilis (1-2 cent.). Stipula? brèves, decidua?. Flores laxe cymosipauci; pe- dicellis gracilibus. Flores...? Fructus drupaceus (« albus y>) ; exocarpio crasso, ealyce campanulato 5-dentato coronatus. Discus et in l'ructu persistens epigynus orbiculari-depressus. Putamina 2; semine in singulis erecto; embryonis copiose albuminosi radicula infera. — Viget in Austro-Galedonia ubi Aprili fructiferam legit cl. Balansu, in summo Nekou supra Bourail (exs., n. 1 1 1*2). 236. Uragoga cardiochlamys. Frutex (l-2-metralis) ex omni jjarte glaber; ramis ad folia 288 STIRPES EXOTIC.E XQYJE. delapsa nodosis ibique cicatricibus annularibusiuscatis notatis. Folia brevissime (ad ■£ cent.) petiolata oblongo-elliptica v. bre- yiter lanceolata (ad 8 cent, longa, 3 cent, lata), basi longe angustata, apice breviter acutata, integerrima coriacea lucida laevia glaucescentia, subtns pallidiora; nervis tenuibus ad 8, vix prominulis. Stipulas late ovatse(ad 1 cent.longae) membranace?e fuscescentes, deciduae. F'iores (albi) spurie capitati terminales cymosi; bracteis inflorescentiye exterioribus evolutis resinosis eordatis (ad 1-2 cent, longis latisque) flores omnes includenti- bus, mox deciduis. Galyx tnbnloso-sacciformis ina?quali-5-6- dentatus. Gorolla tnbulosa, valvata. Stamina inclusa; antheris elongatis (pallidis) dorsifixis minute apiculatis. Discus epigynus crassiusculus. Stylus apice 2-lobus. Loculi germinis 2, 1-ovu- lati. — Species conspicua, ad sectionem eamdem ac U. macro- glossa et microglossa certe referenda, oritur in Austro-Caledo- nia, ubi legit cl. Balànsa (n. 2055) in terris eruptivis littora- libus prope Kanala, (ri. 2055°) in insula Casy, ad sinum Prony, (m. 2U55 6 ) ad Chénépélé, insulas Lifu, (n. 3204) in montibus eruptivis circa vallem Dotio. 237. Uragoga rupicola. Fruticulus (1-2-metralis) , caule ramisque crassiusculis subtortuosis griseis ; ramulis glabris ; foliis in ramulis congestis elliptico-lanceolatis (ad 5-10 cent, longis, 2-4 cent, latis) utrin- que acutis,coriaceis crassis, vix v. brevissime petiolatis ; nervis secundariisobliquis 6-8,remotis. Stipulai brèves interpetiolares plus minus v. omnino per paria connata?, deciduœ. Flores in cymas terminales pedunculatas valde ramosas corymbiformes dispositi, parvi, omnino ut in Uràgogîs genuinis; alabastro brevi oblongo-obovoideo; corolla albida. Fructus parvus ovoi- deus, apice areolatus; carne parca; putaminibus 2, longitudi- naliter costatis, mox invicem secedentibus ; columella e basi tmctus 2-partita, forcipiformi (sectionis unde noinen Forci- stirpes kxotic M nov.e. 289 /œZ/fl); ramis 2 ad marginescommissurœ post occasion coceorum persistentibus. Semen conforme, dorso sulcatum; integumento tenuissimo; embryone dite albuminoso. — Species quoad longi- tudinem foliorum ramorumque inflorescence perquam varia- bilis, oritur in ditïone austro-calpdbnica, iïbi legçhuat Paneher (qui plantam in suopte herfc. P&ychotriam rapestremxocaxii), in cacuminibus ferruginosis; Deplanche (n. 49); Baudouin; Vieil- lard (herb., n. 727) in montibus prope Balade; lkdansa(n. 367) in collibus ferruginosis ad sinum Prony, (n. 367 a ) ad ripas fl. Dumbea, supra Koe, (n. 1 126) ad riv. Kouvele, prope Koe (n'. 4127), in monte Mi, (n. 2009) ad Messinncoue, prope Port-Bouquet, in collibus ferruginosis. 238. Uragoga trisulcata. Frutex debilis glaberrimus; ramis oppositis, ad folia no- dulosis. Folia iinequali-oblongo-obovata (ad 5 cent longa, 1 Jcent. lata), basi in petiolum brevissimum longe attenuata, apice obtusiuscula v. acutiuscula, integerrima membra- nacea, subtus pallida enervia. Stipula 1 interpetiolares mi- nutœ, deciduae. Flores...? Fructus drupacei ovoideo-sub- pyramidati (1 j cent, longi) ; carne parca; putaminibus 2, crassis, dorso convexiusculis, facie profunde 3-sulcatis; lami- nibus verticalibus 4 sulcis interpositis ; marginalibus 2 cras- sioribus. Semen valde compressnm, facie concaviusculum, transverse leviter arcuatum, dorso obtuse sulcatum ; albu- mine corneo. — Stirps ob fructuum indolem conspicua, oritur in ditione austro-caledonica, ubi solus hucusque legil cl. Deplanche (Herb., n. 421), ad Poebo. 239. Uragoga coptosperma. Fruticulus (2-metralis) ex omni parte glaber; ramis tere- libus furcatis nisi ad apieem defoliatis. Folia lanceolala (ad 5 cent, longa, 1 ~ cent, lata) ; brevissime petiolata, utrinque xii. (20 mars" 1879.) 19 290 STIRPES EXOTIC.E] NOV/E. acutata intégra membranacea penninervia ; nervis vix conspi- cuis; costa utrinque albido-notata. Stipulée interpetiolar.es brèves, decidua?. Flores pro génère majusculi (ad 1 cent.) in cymas ramosas subcorymbiformes terminales dispositi ; calyce brevi; corolla sùbhypocraterimorpha ; lobis 5, aeu- tiusculis, valvatis. Stamina 5, inelusà. Germen 2-loculare; ovulo suberecto. Fructus subovoideus, parce carnosus; puta- minibus longitudinaliter costatis. Semina pyrenis conformia, inde longitudinaliter 5-sulcata (eaque Umbelliferarum non- null. valde referentia) ; albumine copioso ; embryonis parvi radicula infera. — Species in ditione austro-caledonica vigens, lecta est a cl. Balansa (exs., n. 1091) circa Bourail, in sylvis schisto-feldspathicis. 240. Uragoga lyciiflora. Frutex (1-metralis) glaberrimus; ramis furcatis teretibus. Folia aequali- v. leviter inaëquali - elhptico -lanceolata (ad 7 cent, longa, 3 cent, lata), utrinque acutata, basi in petio- lum brevem (ad 1 cent.) attenuata, intégra membranacea penninervia; nervis vix conspicuis. Stipulœ parvse, decidua?. Flores in cymas terminales, basi foliiferâs v. bracteiferas, laxe cymosas cernuas, dispositi; cymulis sœpius 3-floris. Calyx brevis, 4-dentatus. Corolla (alba) tubulosa (1 \ cent, longa) ; limbo vix dilatato, 4-lobo, valvato, clemum reflexo. Stamina inclusa. Discus epigynus orbicularis. Germen obconicum, 2-loculare; ovulis solitariis suberectis. — Species elegans, forma corollse nonnihil abnormis, oritur in Nova-Galedonia ubi legebat cl. Balansa (n. 1089), in sylvis supra Tené prope Bourail, et (n. 3414) in sylva Pessikara, ad partem superiorem 11. Dolio, Januario-Martio floriferam (Herb. Mus. par.). STIRPES EX0T1C.E NOY.K. 291 241. UlUGOGA MlCROMYRTUS. Frutex humilis (^-metralis), caule ramisque crassis no- dosis; ligno dure. Folia in ramulis crebris (nigrescentibus) numerosa parva (ad I cent, longa), ellipsoidea v. obovato- elliptica integerrima subcoriacea subavenia; Stipula? minûtse, dêciduae. Flores min ut i solitarii terminales subsessiles, 2-4- bracteolati (albi); calycis evoluti lobis 5, elongatis. Corolla 5-loba, valvata, hasi lubulosa. Stamina 5, inclusa. Disons epigynus depressus. Stylus apice 2-lobus. Fructus oliviformis (parvus) rugulosus, 2-locularis ; semiïiibus oblongis longitu- din aliter suleatis; albumine duro. — Species Arctbsiaphylk nonnullis similis, ob folia parva et flores solitarios in génère conspicua, oritur in Austro-CaledoniaB collibus eruptivis ub ad Ouroué, prope ostium Dotio, legitcl. Bàlansa (n. 3426). 242. Uragoga rosmarinifolia . Frutex humilis (1-metralis) glaber; ramis gracilibus (gri- seis) aut foliiferis, aut ramulos brevissimos foliis congestis onustos çerentibus. Folia linearia (ad 3 cent, lonça, 1 \ cent, lata), basilorigissimë in petiolum brevem angustata, ad apicem angustata summoque apice obtusiuscula , integerrima sub- avenia, subtus vix pallidiora. Flores in sunimis ramulis termi- nales solitarii v. pàuci ; pedicellis filiformibus (ad 2 cent, longis) rigidulis ; calyce cupulari, 4-dentato; corollse lobis 4, valvatis. Ovula in loculis 2 solitaria suberecta. Fructus ovoi- deus (ad~ cent, longus), 2-coccus. — Species quoad babitum in génère omnino anomala, ab eo nequidquam ob indolem lloris fructusque nullo modo divellenda, crescit in Nova- Galedonia ubi legit cl. Vieillard (herb., n. 695) in sylvis circa Balade. i>92 STIRPES EX0TIC.E N0\7E. 243. Uragoga arbutifolia. Fruticulus (1-2-metralis) glaber; loliis in ramulis per paria congestis, obovato-subrbombeis, ad apicem breviter, ad basin longius anmistatis (ad 4 cent, lonuis, 2 cent, latis) integris subobliqnis subcoriaceis glaberrimis, subtus palli- dioribns; nervis pattcis vix conspicuis. Stipula 1 brèves âèutâe connais*. Flores in suninio pedicello terminali 1, v. 2, quo- runi siepe alter 5-menis, aller autem 4-merus ; calvcis lobis oblongis. Gorolla valvata ; lobis 4, 5, aeutiusculis, apice inflexis. Stamina inclusa. Germen 2-loeulare ; styli ramis 2, apice obtusiuseiilis. — Stirps U. callianthœ quoad folia simil- lima, iloris indole omnino diversa, inllorescentia et eorollae forma U. hjeioidei et U. rosmarinij alite multo propinquior, viget in terris austro-caledonicis, ubi legit cl. Balansa (exs., u. 2034) ad sinumDuperré, extra portum Kanala?, in collibus eruptivis, Julio iloriferam. 244. Uragoga (Oligagoga) suruniflora. Frutex ( 1-2-metralis) glaberrimus, ramis suboppositis. Folia opposita v. in summis ramulis subcongesla oblongo- obovata (ad 5 cent, longa, 1-1 \ cent, lata), basi in petiolum brevem longe angustata, apice subobtusata, nonnibil ina?- ipialia; margine integerrimo bine paulo majus convexo; membranacea ; costa tenui (ruf'escente) leviter prominula ; nervis vix couspicnis. Stipula 1 interpetiolares brèves acutata 1 . Flores terminales, longe (3-4 cent.) gracillimeque pedun- culati, aut solitarii, aut rarius 2-ni (quorum junior 1, late- ralis) ; calyce gamopbyllo subcampanulato, fera ad médium 4-lobo crassiusculo. Corolla longiuscula (1 \ cent.) tubulosa ; limbi in alabastro subovoidei lobis 4, valvatis. Stamina 4, inclusa; filamentis brevissimis ; antheris dorsifixis oblongis. ST1RPES EX0TIC.E N'OV^E. 293 Discus epigynus conicus v. ovoideus elevatus; styli ramis 2, compressis obtusis. Fructus oliviibrmis, calyce coronatus (ad 1 cent, longus) ; pyrenis 2, costatis, intus planis; semine dite albuminoso. — Species U. îycïoMeiet U. Irichopodanthœ nl'fînis, a cl. Balansa (exs., ». 2887) lecta est in Austro-Cale- doniae declivitatibus australibus montis Mou, irtter sylvas , Apriii fïori fe ra f ru c t i f e r a q u e . 245. Uragoga Paramaracarpus. Species praBcedenti proxima, inflorescentia 1ère eadeni , t'oliis omnino Amaracarpi piibesceiitis Bl. (a quo inde haud florigera vix distingueretur), inflorescentia} autem indole ad summos ramulos brèves terminalis omnino diversa , frutex dicitur brevis (1-2-metralis), ramis Iaxis patulis giaberrimis; i'oliis oblongo-lanceolatis (ad 5 cent, longis, 1-2 cent, latis). Flores (albi) in pedunculo lerminali giacili (ad 2 cent, longo) 2-ni; corolla pedunculo suba?quali tubulosa; limbo 4-lobo reflexo; fructu ovoideo calyce coronato, 2-pyreno. Caetera ut in U. subunzflora cui planta valde affinis. — Species oritur in Noyae-Caledonia3 sylvis bumidissimis ubi legit cl. ThiébauU (exs., n. 389) cumque Pancher coinmunicavit (suopte herbarii n. 2809). 246. Uragoga monanthos. Fruticulus (1-2-metralis) gracillimus glaberrimus ; I'oliis parvis (ad 1 cent, longis , ~ cent, latis), oblongo-obovatis, integris subaveniis, in ramulis dense per paria confertis; stipulis minimis. Flores (albi) minuti in summis ramulis soli- tarii gracile pedicellati ; calyce brevi dentato; corolla longius- cule (ad 1 cent.) tubulosa; lobis crassiusculis obtusiusculis valvatis; apice inflexo. Stamina inclusa. Germen 2-loculare; styli ramis 2.— Species Litosanthem valde referens,floribusau- iemterminalibus,ut UJycioides, U .rosmarinifolià (cuiproxima), 294 STIRPES EX0TIC/E NOV/E. àliseque e seet. Oligagoga, pneter folia minuta, diifert lobis ea- lycinis brevissimis née acutatis, neenon bracteolis 2 sub tlore minimis sessilibus; oriturin Nova-Caledonia, teste cl; Balansa qui eam(n.2036) legebat Septembre florigeram, insylvisdecli- vitatum orientalium montis Humboldt. ad ait. cire. 900 metr. (Herb. Mus. par.). "247. Uragoga trichôpodaintha. Frutex (2-metralis)ex omni parte glaberrimus, quoadramos graciles suboppositos et folia pr&cedentibus valde similis, al floribus axillaribus valde diversus. Folia breviter (ad I cent.) petiolata, lanceolata (ad (3 cent, longa, 2 cent, lata), utrinque acutata v. breviter acuminata integerrima membranacea ; ner- vis secundariis ad 0, remote obliquis. Stipulas interpetiolares ovato-acutse membranacea:', deciduae. Flores axillares solitarii ; pedunçulo graçili folio 2-midio breviore ; calyce brevi dentato. Gorolla in alabastro longe (I ~cent.)fusiformis(alba roseo-ma- culata); tubo atigasto; lobis 4, ovato-aeutis crassiuseulis val- vatis< Stamina inclusa. Germen 2-locularé; ovulo suberecto •; styli ramis linearibus stigmatosis. — Species a pneeedentibus nullo modo divellenda, attamen inflorescentise axillaris»indole Lithosanthi Bl. similis, corollœ forma U. macroglossœ et mi- croglossœ affinis, sectionis unde nova: 1 (Totisanthes) prototypus evadens, oritur in Austro-Caledoniae sylvis, ubi supra Balade legitcl. Balansa(exs., n. 3203) Aprili floriferam. 248. IXORA RUXINA. Fruticulus densus (ad J metr. altus) lamosus ; foliis crebris (1ère Buxi balcarici) elliptico-obovatis , utrinque obtusatis, nonnihil ina?qualibus, coriaceis glaberrimis (4-2 cent. Ion gis). Stipulas minimœ deciduœ. Flores terminales sessiles in cymam sœpius 3-florara dispositi; calyce brevi. Gorolla longiuscula (1 \ cent.), folia sùprema nonnihil superans (alba); tubo gra- STIBPES EXOTICiE NOV/E. 295 cili longe obconico; limbi in alabastro ovato-acurninati lobis concavis valde toi tis. Staminasubinclusa. Germen 2-loculare. Bracteae florum latérales acutatae. — Species ob habituai in- signis ad sectionem eamdem attinensac nonnulla? ioliis mnlLo majoribus crassioribusque, inflorescentia eadem gaudentes, in regione eadem et in insulis Polynesia? ca?teris crescentes, in Nova-Galedonia a Pancher lecta est, ad insulain niininiam dictam S. Vincent, in sabulosis, Novembre florens (Herb. Mus. par.). 249. Ranpia Vieillardi. Frutex ; ramis crassis ; cortice cineraseente. Folia,uti planta? partes Caetera?, glabra, elliptico-lanceolata (ad 10 cent, longa, \ cent, lata), utrinque acnininata, membranacea ; nervis pri- mariis reniotiuscnlis ad 10. Petiolus gracilis (ad 1 cent.) Sti- pulas in tubum brevein connatae. Flores lateraliter e ra- înornm lignoorti,brevitercomposito-cymosi,progenereminimi (\ cent.). Calyxbrevis, 5-dentatus. Gorolla hypocraterimorpba glabra; lobis 5, tortis, reflexis. Stamina 5, fauci corollae in- serta ; antberis sessilibus apiculatis. Germen 2-loculare; disco epigyno depresso ; stylo erecto ad apicem repente in sphaeram dilatato; snleis2 lateralibus stigmatosis. Ovula in loculis oo , placenta? snbpeltata? inserta. — Species in génère anomala, ob styli dilatationem spha?ricam et flores e ligno ortos minimos, sectionis inde nova? (Randiella) prototypus, oritur in Nova-Ga- ledonia, ubi legit cl. Vieillard (Herb., n. 679) in sylvis mon- tinm prope Balade. 1 250. MuSSAEXDA? THOUARSIA>iA. Fruticosa, ut videtur, glabrataque; ramis valde compressis bine inde cicatricibus foliorum delapsorum notatis; stipulis autem eodem loco persistentibus plus minus altc in vaginam iipice2-lidamconnatisramuliimquev('stieiitibus.Foliaoblongo- 296 SUR LES AILES SÉMINALES lanceolata (superiora ad 20 cent, longa, 6 cent, lata), ]>etio- lata, basi longe et inaequali-angustala, apice acnminata, sub- integra v. brevissime et ina?quali-dcnticulata, subcoriacea, subtus pallida; nervis secundariis crebris, intermixtis minori- bus. Flores incymas densas terminales valderaniosas dispositi ; bracteis oblongis nunc foliaceis; ramulis crebris brevissimis. Germen 2-loculare ovoideum sulcatiim iiLTquali-angulatum. Ovulaoo in loculis2. Discus conicus. Sepala5, lineari-clongata, apice obtusiuscula, supra fruclum persistentia (indeque tan- ( uni nota). Corolla... ? Pericarpium coriaceum, demum,utvi- detur, sicciini. Semina oo , oblonga imcqualia; testa suberosa in alam spuriam crassam suberosam attennata. — Planta non sine dnbio ad boc genus relata, ob semina spurie alata iruc- lusque forsan siccos necnon ob inllorescentiam densam con- spieua, oritur in Malacassia nbi olim legit Dvpetit-Thouars (lier!» Mus. par.). (Sera continue.) SUR lit CERTAINES III IBMCtES .le décrirai d'abord sommairement nue plante des rares collections mexicaines de Gliiesbreglit. Elle porte le n" 27, n'a pas été décrite jusqu'ici, que je saclie, et a été récoltée chargée de Heurs et de fruits murs, « en avril, près de l'ha- cienda de Huijastla, au bord des ravins ». M. Naudin lui a donné, dans l'herbier du Muséum, le nom de Coutarea; mais comme, dans les classifications actuellement admises de la famille des Hubiacées, les Coutarea ligurenl dans la tribu des DE CERTAINES 1UJB1 AGEES. C 2U7 (itiiclionées, caractérisée avant tout, parmi les séries à fruits capsulaires, par des graines ailées, et comme les graines de la plante de Ghiesbreght sont totalement dépourvues d'aile, nous avons tout d'abord été tenté de chercher sa place dans un autre groupe. Disons aussi que c'est un arbuste glabre, à rameaux dichotomiques, noirâtres, à feuilles nombreuses, rapprochées par paires, lancéolées, petites (elles ne dépassent guère 4 centimètres de longueur), un peu insymétriques, entières, coriaces, penninerves (les nervures secondaires au nombre de six ordinairement), avec deux petites stipules inter- pétiolaires, triangulaires, épaisses, coriaces, enduites d'une résine jaunâtre. Les fleurs sont généralement rapprochées du sommet des rameaux; mais elles ne les terminent pas, comme il arrive, dit-on, constamment dans les vrais Coutarea; leur pédoncule solitaire occupe l'aisselle d'une des feuilles supé- rieures, et il porte sous la Heur deux bractées opposées. Le réceptacle lloral est obovoïde, comprimé sur les cotés, c'est-à-dire perpendiculairement à la cloison qui sépare les deux loges ovariennes. La corolle (blanche), infundibuli- forme-campanuléc, à peine oblique, a son limbe partagé en quatre lobes, vers les bords desquels il présente quatre angles saillants et un peu obtus. Là ces lobes se recouvrent plus ou moins les uns les autres, si bien que l'un d'eux est tout à fait enveloppant et l'autre tout à t'ait enveloppé. Le troisième et le quatrième sont recouverts par un bord et recouvrants par l'autre: c'est là un type d'imbrication bien connu. Les divisions du calice sont au nombre de quatre, dont deux superposées aux loges ovariennes, c'est-à-dire anté- rieure et postérieure, et deux latérales, répondant à la cloison interloculaire. Elles sont aiguës, subulées, et leur base est garnie en dedans et vers les bords de petites saillies ou pa- pilles verruqueuses. Ces denticules s'observent parfois vers la base du calice des Coutarea , mais aussi dans un autre 298 SUR LES AILES SÉMINALES genre, plaeé dans la tribu des Condaminéées, et qui est décrit comme ayant une corolle régulière, à cinq lobes rédupliqués et quelquefois aussi imbriqués : « marginibus interdum tenter imbricatis ». Cette imbrication des bords des lobes de la co- rolle est moins exceptionnelle qu'on ne pourrait le croire dans les Portlandia. Elle est moins accentuée, il est vrai, dans la plupart d'entre eux que dans la plante mexicaine de Ghies- breght qui nous occupe, mais elle existait dans les boutons de tous les Portlandia qu'il m'a été possible d'examiner : dans ceux du P. grandiflora L., du P. gypsophila, Macf., du /'. pendilla Wright (herb. cub., n. 2(577), du P. longiflora Meissn., etc. On sait cependant que la tribu des Conda- minéées, dans laquelle se rangent les Portlandia, est carac- térisée par une corolle à pré floraison valvaire. Les étamines présentent en général le même caractère dans les Coutarea et dans les Portlandia :' elles s'insèrent à l'extrême base de la corolle, et là leurs filets sont dilatés et unis entre eux dans une très-faible étendue, libres ensuite et supportant une anthère basifixe ou à peu près. Un autre caractère commun est fréquent dans les deux types : la forme de l'extrémité stigmatifère du style, légèrement renflée et entière ou très-obtusément bilobôe. Dans la plante de Ghies- bregbt, le sommet du style n'est pas renflé, mais tronqué, avec une très-minime échancrure au milieu. Quant aux filets staminaux, llexueux dans le boulon, ils s'insèrent sur la corolle, mais tout en bas de son tube; ils sont là reliés entre eux par une petite collerette peu saillante, et les anthères sont basifixes sur leur sommet atténué. L'ovaire des Coutarea et Portlandia est biloculaire et com- primé, surmonté d'un disque épigyne entier ou lobé. Dans la plante de Ghiesbreght, il présente deux lobes superposés aux loges. Celles-ci, dans tous les Portlandia et Coutarea, présentent sur la cloison un placenta multiovulé, supporté par un pied court, et les ovules sont transversaux ou obli- m; certaines rubiacées. 299 ques, leur, micropyle ramoné vei-s la surface placentaire. Dans la plante de Ghiesbreght, il y a réduction régu- lières ou un peu irrégulières par suite de la taille un peu moin- dre de l'un des cinq lobes de leur limbe. Ceux-ci sont à la fois rédupliqués et imbriqués sur les bords, comme ceux des Port- hnidiatype, mais dans une étendue un peu plus grande. Les cinq divisions subulées du calice ne sont pas persistantes. Leurs bords incurvés portent intérieurement des saillies glanduleuses , comme dans les vrais Portlandia ; ils ne persistent pas sur le fruit, de même (pie dans les Gbittarea. De plus, les graines orbiculaires sont bordées tout autour d'une aile membraneuse, et l'embryon droit, à cotylédons orbiculaires, est presque de la longueur de l'albumen. Les deux loges ovariennes renferment un placenta à pied court, tout chargé d'ovules, et le disque épigyne conique entoure la base d'un style très-long et très- grêle, obtus, légèrement claviforme. Les étamines ont des :{()!> SUR LES AILES SÉMINALES anthères basifixes, subsagittées, à deux longues loges adnées au oonnectif, libres en bas dans une courte étendue, et des filets libres, sauf tout à fait en bas, où ils se dilatent et s'unissent au tube de la corolle. Voilàdonc une plante qui, avec l'inflorescence des Portlandia et leur périanthe, a certainement les fruits et les graines des vrais Coutarea ; cependant, différence qui, dans d'autres groupes, est considérée comme ayant une valeur géné- rique, ses fruits, obovoïdes et un peu comprimés, ont certaine- ment une déhiscence scepticide. Ce sera, si Ton veut, le carac • tère d'une section que nous nommerons par anagramme Tacourea. Nous allons maintenant examiner les caractères de l'aile séminale dans d'autres types, rapportés à la tribu des Ginchonées et à celle des Gondaminéées. Le genre Sickingia de Willdenow est un des moins bien connus de la môme famille ; hétérogène peut-être, comme le dit M. .1. Ilooker (Gen., II, 34, n. 14) : « valde obscur uni ob di- versitatem habitus spgcierum duarum a Willdenowio descriplu- rum.y> Le même savant en a décrit une troisième espèce de Sainte-Marthe, sous le nom de S. cordifolia, « à feuilles lar- gement oblongues, cordées à la base ». Nous avons vu cette dernière dans l'herbier de Kew; elle appartient bien au genre Sickingia; mais ses caractères ne répondent pas complètement à ceux que l'on attribue ordinairement à ce genre. On décrit en effet sa corolle comme simplement valvaire, et on le place parmi les Ginchonées valvaires; il y a là quelque chose à modifier, commenous allons le voir. Les fleurs deS. cordifolia ont un calice court, à cinq lobes ciliés et obtus, une corolle tubuleuse-cam- panulée, à cinq lobes dont la disposition est toute particulière. Ils sont orbiculaires-obovales, atténués à leur base et attachés par ce pied rétréci aux bords de l'ouverture supérieure de la corolle qui est là comme tronquée. II en résulte que ces lobes DE CERTAINES Rl'IilACKES. 303 sont assez éloignés les uns des autres parleur base. Plus haut, ils se touchent assez longtemps de façon à paraître légèrement valvaires-indupliqués ; mais en y regardant de près, on voit que leurs bords se recouvrent un peu et qu'ils sont réellement imbriqués. Une fine pubescence recouvre ces lobes ; elle man- que là où ils sont recouverts. C'est donc parmi les genres à corolle imbriquée qu'il faut chercher les analogues des Sickingia; nous reviendrons bientôt sur ce point. Les cinq étamines du S. cordifolia sont insérées vers lu base de la corolle. Les filets sont courts et légèrement velus sur un renflement basilaire qu'ils présentent; les anthères sont grandes, introrses, dorsifixes, et leurs loges sont libres dans leur portion inférieure. L'ovaire infère est longuement obeonique, et il porte généralement vers sa base deux petites bractées insérées à des hauteurs différentes; ce qui semble être une preuve de la na- ture axile de cette portion de la fleur. Les deux loges sont rnulli- ovulées; mais il nous a semblé, dans les fleurs que nous avons étudiées, que ces ovules étaient imparfaits et stériles. Ce fait arrivedans un grand nombre de Rubiacées diverses; il s'accom- pagne souvent d'un grand développement des pièces de l'an- drocée. Or, celles-ci sont tantôt courtes et presque incluses, et tantôt longuement exsertes dans les Sickingia, comme dans tant d'autres genres : les Canthium, les Danois, les Coffœa, el une foule d'autres ; l'un des sexes prédomine par son dévelop- pement, suivant les fleurs qu'on examine, soit sur un même pied, soit sur des pieds différents. Le disque, épigyne, entoure la base subitement rétrécie du style épais, dressé, qui est sépa- rable jusque près de la base de deux branches étroites et ob- tuses, un peu renflées et obliquement tronquées à leur extré- mité stigmatifère. Nous connaissons une plante qui a la même organisation flo- rale quecelle dont nous venons de parler: elle a été décrite par Jacquin dès 1763 ; mais elle est généralement aussi peu connue. C'est le Chimarrhis cymosa, placé jusqu'ici dans la tribu des 304 SUR LES VILES SÉMINALES Gondaminéées. Son calice gamosépale a cinq divisions courtes ou nulles. Sa corolle courte, et dont la forme varie un peu d'une fleur à l'autre, a été décrite comme étant toujours briè- vement infundibuliforme, et elle peut être suburcéolée. C'est surtout dans ce cas qu'on voit bien la disposition de ses lobes. Us sont différents de ceux des Sickinr/ia en ce qu'on peut sou- vent les séparer les uns des autres jusqu'à la base même de In corolle en exerçant sur eux une légère traction. Mais leur extré- mité arrondie, obtuse, souvent un peu séparée du reste de la corolle par un très-léger rétrécissement, répond bien aux petits lobes des Sickingid; elle est ordinairement valvaire à l'âge adulte; mais elle s'imbrique aussi très-légèrement parles bords quand les pétales ne sont pas empêchés de chevaucher les uns sur les autres par une disposition toute particulière qui se rencontre souvent et qui constitue l'un des plus curieux cas de dimorphisme qu'on puisse observer dans ce groupe. L'ovaire est semblable à celui des Sickingia, surmonté d'un disque épais et d'un style à sommet bilobé, renflé, tronqué, va- riable d'ailleurs. Quand le développement dece style est rapide, son sommet dépasse celui de la corolle; les lobes de celle-ci viennent s'arebouter par leur extrémité contre une échancrure du style ; ils ne peuvent se développer au delà, demeurent tronqués ; le style, comme une sorte de bouchon exsert, s'op- pose à ce qu'ils puissent chevaucher l'un sur l'autre. On conçoit qu'alors la fécondation puisse s'opérer sans que la fleur s'épa- nouisse. Nous avons de ces fleurs qui présentent une singulière anomalie; les extrémités sligmatifères du style sont remplacées chacune par une anthère biloculaire, introrse, pleine de pollen. M. Hooker a rangé avec raison parmi les Chimarrhis le n°4930 de la collection Spruce. Le style y a souvent son extrémité ex- serte, empêchant les sommets des pétales de se rencontrer. Dans cette plante, les bractéoles de l'inflorescence sont aussi parfois entraînées jusqu'à une certaine hauteur sur la paroi de l'ovaire infère, c'est-à-dire du réceptacle. Le filet desétamines DE CERTAINES RUBIACÉES. 805 porte aussi vers le bas des poils insérés sur une surface proé- minente. Si les Chimarrhis ont été placés dans la tribu des Condami- néées, c'est que celle-ci renferme les genres pluriovulés, à fruit caps ul aire et à graines dépourvues d'ailes, et que les Chi- marrhis passent, pour avoir « semina exalata » .11 n'en est rien: les graines nombreuses du C. cymosa, telles que je les vois, orbiculaires-comprimées, albuminées, sont entièrement en- tourées d'une aile celluleuse, déchiquetée sur ses bords. Non pas que cette aile soit très-grande, sinon on n'eût pas hésité à la reconnaître comme telle; mais elle est semblable, en somme, à celle des Coutarea, Thysanospermum, Danais , Crosso- pieryx, Coplosapelta, et de tant d'autres plantes, qu'on n'hé- site pas, vu leur aile séminale, à placer dans la tribu des Gin- chonées. Pour nous, le Chimarrhis sera une Ginchonée dont les véritables affinités sont à côté des Sickingia. Qu'on main- tienne les deux genres séparés à cause des différences que nous avons signalées dans la profondeur des divisions de la corolle, ou qu'on en fasse deux sections d'un même genre, en se rap- pelant ces types du groupe des Morindées où à côté d'une espèce à corolle plus ou moins profondément lobée se rangent des espèces qui ont la corolle vraiment polypétale ou presque polypétale , il est certain que cela n'a pas une grande impor- tance. Dans les Chimarrhis, comme dans les Sickingia, comme dans la plupart des genres de Rubiacées multiovulées, les loges ovariennes peuvent être incomplètes. Le fait est bien prononcé dans le S. erylhroxylou, dont les étamines, dans l'échantillon de Willdenow, sont presque entièrement incluses, avec des filets courts, portant un manchon de poils vers leur partie inférieure. Les lobes de la corolle sont valvaires en ap- parence sur la fleur épanouie que j'ai vue; mais je ne sais quelle est plus tôt la véritable préfloraison. Les anthères dorsi- fixes ont leurs loges écartées l'une de l'autre à la base ; elles xii. (20 mars 1879.) 20 306 SUR LES AILES SÉMINALES sont très-rouges, de même que le disque épigyne épais : si nous signalons ce caractère, de peu de valeur en lui-même, c'est que nous le retrouverons tout à l'heure dans une autre espèce du groupe. Le S. longifolia W. diffère assez de celte espèce, du moins quant à la fleur. Son ovaire est obconique, surmonté d'un ca- lice à cinq divisions triangulaires assez profondes. La corolle est campanulée, à cinq lobes courts et triangulaires. Quoique je ne les aie vus que dans une fleur épanouie, j'ai remarqué qu'à leur base ils se recouvraient encore légèrement. Les étamines ont leurs filets épais, exserts, velus dans leur portion inférieure, sauf tout à fait à leur base, où ils deviennent glabres et se dila- tent en sortes de cuillerons qui touchent les uns aux autres. L'insertion sur la corolle se fait dans cette espèce plus bas que dans toutes les autres. En haut, les filets, subulés et égale- ment glabres, supportent des anthères allongées, dorsifixes, introrses, qui dépassent longuement la corolle et semblent se détacher de bonne heure. Le disque épigyne est hémisphérique, et le style est partagé supérieurement en deux branches. Les deux placentas multiovulés paraissent appliqués exactement contre la cloison. L'ovaire porte plus ou moins haut une brac- tée latérale. Parmi les vieux types non étudiés dont abonde l'herbier du Muséum de Paris, il y a plusieurs plantes qui sont congénères des précédentes et qui les relient forcément, comme nous le verrons, aux Chimarrhis. Deux d'entre elles sont brésiliennes et faisaient partie de l'herbier de Lisbonne, rapporté jadis en France par Geoffroy Saint-Hilaire. L'une est vraisemblable- ment du Para, et ses feuilles ressemblent beaucoup 'par leur forme à celles du S. longifoliaVH '.,' mais elles sontdeux ou trois fois moins grandes. Il est vrai que nous n'avons que celles qui avoisinent l'inflorescence terminale; elles sont acuminôes au sommet; très-longuement, mais insymétriquement atténuées à la base. La corolle est bien différente « par sa forme rétrécie DE CERTAINES RUBIACÉES. 807 intérieurement », me dit M. Ascherson. Les stipules ont la l'orme de triangles isoeèles. L'inflorescence, qui est courte (5 centini.), est une grappe non ramifiée de cymes pauciflores. Le calice est très-court; la corolle, inlïindibuliforme, à lobes très-courts, légèrement imbriqués. Les étamines sont exsertes. Le style a son extrémité clavif'orme bifide, et les deux loges ovariennes renferment des ovules peu nombreux, disposés sur plusieurs séries. Eu admettant, que les Sickingia rentrent comme section dans le genre Ghimarrhis, nous nommerions cette plante S. (Ghitnarrhis) pisoniœformis , à cause de la grande ressemblance de sa corolle avec le périanthe de certains Pisonia et Neea du môme pays. Goudot a aussi trouvé à Quindiu et à Tolima, dans la Nou- velle-Grenade, une plante qui se rapproche de celles de Will- denow. Ses fleurs ont la corolle campanulée, à cinq lobes courts et très-nettement imbriqués, avec deux lobes intérieurs. Les étamines sont exsertes, avec des anthères courtes, et le style est bifide au sommet. Comme dans la plupart des espèces de ce petit groupe, le placenta a une forme toute particulière : il est attaché à la cloison parmi point très-limité, et repré- sente un triangle isocèle à base supérieure, et dont toute la surface externe est chargée de petits ovules. Les feuilles ont à peu près la môme forme que celles du S. pisoniœformis, mais elles sont relativement plus larges, et toute leur face inférieure est finement tomenteuse. L'inflorescence terminale est une longue grappe (25 centimètres) ramifiée, à axes secondaires opposés et chargés de cymes. Nous donnerons à cette espèce le nom de G. (Sickingia) Goudotii. Nous avons pu étudier ses fruits, qui sont de petites capsules semblables à celles du G.cy- mosa, obtuses au sommet, loculicides et septicides à la fois. Le placenta finit par devenir libre dans l'intérieurdes coques, et lesgraines sont nombreuses, plus oumoinsinégalement an- guleuses; mais elles ne sont pas ailées. Le tégument cellulaire superficiel fait seulement quelques saillies peu prononcées vers 308 SUR LES AILES SÉMINALES certains angles. C'est ce qui prouve que les espèces de Willde- nowétant décrites comme ayant des graines ailées, deux plantes d'un même genre, très-voisines Tune de l'autre par toute leur organisation, peuvent, l'une avoir des ailes séminales, et l'autre en être dépourvue. Ajoutons que le disque de l'espèce de Gou- dot est orbiculaire et déprimé au centre; que le style, rétréci à sa base, est partagé en deux branches claviformes et obtuses au sommet; que les loges ovariennes sont incomplètes; que les petits lobes orbiculaires qui terminent la corolle sont sessiles et peu rétrécis à la base, et que le filet staminal porte en bas et en dedans une saillie géniculée qui se recouvre de poils. Reste la deuxième espèce du Para de l'herbier de Lisbonne.. Son aspect et son feuillage sont différents de ceux des espèces précédentes ; car ses feuilles, dont le pétiole n'a pas un cen- timètre de longueur, sont ovales-aiguës, acuminées et cordées à leur base, de taille moyenne (environ 42 centim. de long), entières, membraneuses, entièrement pubescentes et presque scabres à la face inférieure. Les inflorescences terminales sont des grappes contractées de cymes. Jeunes, elles sont enve- loppées d'assez larges bractées qui se détachent de bonne heure. Le calice est gamosépale, membraneux, à lobes un peu inégaux. La corolle est obovoïde-urcéolée , à peu près comme celle du S. cordata, mais un peu plus ventrue, et son limbe est formé de cinq ou six petits lobes obtus, sessiles et imbriqués. Les étamines, portées sur la corolle, ont un filet qui s'élargit inférieurement, et une grosse anthère ovale-oblongue. L'ovaire, multiovulé, est surmonté d'un gros disque épigyne et d'un style à deux branches stigmatifères. Cette plante sera notre C. (Sickingia) paracnsis. Les ovules sont presque hori- zontaux. Comme dans la plante qui va suivre, les étamines et le disque sont colorés en rouge, mais leur teinte est beaucoup moins intense. L'aplatissement des ovules en travers et leur mode d'insertion, car ils sontportôssurdes placentas linéaires, adnés dans toute leur longueur à la cloison de séparation DE CERTAINES RUBIACÉES. 309 des loges, suffisent, à ce qu'il semble, à caractériser une sec- tion ; et ce caractère, nous allons le retrouver aussi dans la plante suivante. Une plante qui se rapproche beaucoup de cette dernière espèce est \eSprucea mbe&censBm'm. Les feuilles, un peu plus coriaces et plus petites, sont à peu près les mêmes, moins cordées à la base. Les inflorescences sont les mêmes aussi, et les fleurs, 4-5-mères, ont un calice à lobes triangulaires, et une corolle urcéolée, dont les lobes sont surmontés d'un petit lobule orbi- culaire imbriqué. Les étamines,exsertes,ont des filets aplatis et d'épaisses anthères dorsifixes, exsertes. Toutes ces parties sont colorées en rouge vif, comme celles qui leur correspondent dans la fleur du Sickingia erythroxylon W. Les fleurs sont pro- bablement dimorphes, car dans celles qui ont les étamines très- longues et très-épaisses, les ovules paraissent petits et stériles. L'ovaire a deux loges multiovulées; le disque est circulaire, élevé, et le style, dressé, a un sommet stigmatifère renflé en mas- sue et partagé en deux lobes obtus, comme celui du S.cordifolia. Avec l'espèce précédente, et peut-être le S. erythroxylon, cette plante pourrait former dans le genre Chimarrhis une section Sprucea. Le S. rubescens a été placé parmi les Ginchonées, quoiqu'on ne connût pas ses fruits et ses graines, mais il ne serait pas étonnant que ces dernières fussent pourvues d'une aile marginale; ce qui compléterait sa ressemblance avec la plupart des véritables Sickingia. Les ailes des graines des Cinchonées ne sont autre chose que des arilles, produits tardivement par l'accroissement du tissu cellulaire superficiel des semences. Là où les cellules ne se pro- longent pas en membranes, elles s'hypertrophient d'une façon localisée, et sans s'abandonner dans tel ou tel sens, en un véri- table arille charnu : tel est celui de certains Portlanclia, et celui du Cephalanthus, qui dépend non-seulement de la région om- bilicale, mais encore même du funicule. Ne savons-nous pas, d'ailleurs, que, sans sortir des faits par- 310 SUR LES AILES SÉMINALES DE CERTAINES RUBIACÉES. faitement connus de tous, il y a un grand nombre de genres de Rubiacées, considérés comme très-naturels, qui comprennent à la lois des espèces à graines dépourvues d'ailes, et d'autres à graines plus ou moins largement ailées? Qu'il suffise de citer ici, d'après le texte même de M. J. Ilooker : les Rûstia, les Bik'kia, les Rondeletià, les Wendlandia, les Greenia, les Hedyo- lis, les Anotis, les Kadua, etc. Dans un autre groupe, très- voisin, pour tous les auteurs, des Rubiacées proprement dites, et que nous leur adjoindrons à titre de séries un peu anor- males, un même genre présente des espèces à graines ailées et des espèces à graines dépourvues d'ailes. Les Diervilla , dont les fruits sont capsulaires, et quelquefois tout à fait ceux des Ginchonées, sont à cet égard incomplètement connus. On dit leurs semences «.minuta, oblongata, compressa, angulata ». Gela est vrai du /). lutea, mais ne l'est pas de la plupart des Wci- gelia,àont la graine est bordée d'une aile plus ou moins large, et ne l'est certainement pas du CalyptrostigmaMiddmdorf/iana Trautv., qui est aussi un Diervilla, et dont les graines sont bordées d'une grande aile oblongue, aussi prononcée que celle de la plupart des véritables Ginchonées. OBSERVATIONS SUR LES NAUCLÉÉES Dans ce petit groupe de la famille des Rubiacées, que M. Hooker (Gen., II, 8, 9, 29) considère comme la première tribu, il admet deux sous- tribus : celle des Sarcocéphalées et celle des Eunancléées. La première est caractérisée ainsi : « Calycum tubi con~ fluentes. Fructus synearpium globomm » . Et la deuxième : « Calycum tubi conligui v. leviter coke- rentes. Fructus capsularis. » La première renferme les trois genres : Sarcocephalus, Anthocephalus et Cephalanthus. Et la deuxième, les cinq genres : Adina, Stephegyne, Nau- clea, U maria et (?) Breonia. M. Hooker, n'ayant pas vu le genre Breonia, ne pouvait être édifié sur sa véritable valeur. Son fruit n'est pas capsulaire. C'est un syncarpe, comme celui des Sarcocephalus, car les ovaires ne sont pas libres dans l'inflorescence de ce genre; ils sont connés et creusés dans la cavité même du réceptacle. Seu- lement, l'inflorescence entière est primitivement protégée par un involucre spatbiforme, surmonté d'une longue pointe, et qui, vers l'époque de l'anthèse, se détache par sa base, lais- sant les fleurs à nu. La portion de la fleur supérieure aux ovaires est donc seule libre. Dans l'espèce unique admise par A. Ri- chard, et qu'il a nommée Breonia madagascariensis (Bubiac, 214), les feuilles sont, comme il le dit, très-amples; la corolle est imbriquée, les étamines « semi-exsertes», les sépales tron- qués au sommet. Bréon a en effet récolté cette plante à Mada- gascar, où l'ont trouvée aussi Commerson, puis Chapelier. Il y a dans l'herbier du Muséum un autre Breonia, trouvé dans le même pays par Chapelier, et auquel Richard a donné le nom de Sarcocephalus madafjascariensis. Nous sommes forcé de 312 OBSERVATIONS changer l'épithète, déjà appliquée au premier Breonia connu, et d'appeler cette plante Sarcocephalus Richardiana. Avec les mêmes inflorescences et le même involucre terminé en pointe, cette espèce a des feuilles une dizaine de ibis plus petites, elliptiques-lancéolées, coriaces, aiguës aux deux extrémités. C'est, dit Chapelier, un petit arbrisseau à ramifications bifur- quées et trifurquées. Les longs pédoncules axillaires de ses inflorescences sont aplatis, solitaires ou géminés. Les fleurs sont pentamères, et leur corolle imbriquée a le tube rouge et le limbe safrané. Notons qu'il y a des Nauclea, comme le A T . lan- ceolata Bl., dont l'inflorescence porte tout contre sa base une bractée placée comme celles des Breonia, quoique plus petite et n'enveloppant pas tout le groupe floral contre lequel elle s'applique. Jusqu'ici donc, la section Breonia du genre Sarcocephalus est représentée par deux espèces de Madagascar : le S. Mada- gascar iensis et le S. Richardiana. Ëndlicher a rapporté aux Anthocephalus les Cephalidium de Richard, et cela avec raison. Mais les Anthocephalus appartien- nent eux-mêmes au genre Sarcocephalus; de sorte que celui-ci comprend trois sections- : Eusarcocephalus, Anthocephalus et Breonia. Seul aussi il constitue la sous-tribu des Sarcocépha- lées. Il est vrai qu'on a rapporté à celle-ci les Cephalanthus; ilsne sauraientlui appartenir, pour cetteraison que leurs ovaires sont libres. Leurs fruits, également indépendants, et non plon- gés dans le réceptacle, sont ceux d'un Nauclea. Mais leurs loges ovariennes ne comprennent qu'un ovule, ou du moins qu'un ovule fertile; car on devra peut-être considérer comme un ovule avorté une petite languette charnue qui descend du placenta le long de la portion supérieure du raphé de l'ovule fertile. De plus, le Cephalanthus occidentalis n'a pas d'aile à la graine. Mais l'arille aliforme est chez lui remplacé par un arille charnu, épais, qui non-seulement occupe la région ombilicale, maisen- core s'étend au funicule, si court qu'il soit. SUR LES NAUCLÉÉES. 313 Les Cephalanthus ont été considérés comme appartenant peut-être au groupe des Guettardées. Ils en ont beaucoup do caractères; mais, à notre avis, ce sont des Nauclea à gynécée appauvri, et il y a dans ce dernier genre des plantes intermé- diaires aux espèces vraiment typiques et aux Cephalanthus. Ce sont certains Adina, comme l'espèce à petits capitules, que Lamarck a nommée Cephalanthus pilulifera. Dans beaucoup d'herbiers, cette espèce est rapportée au Nauclea orientalisL. Mais Lamarck a eu soin de remarquer, dans l'herbier de Jus- sieu, que c'est une plante bien différente, son C. pilulifera. Cette petite espèce est chinoise ; elle a été récoltée en Chine par Staunton, par M. Callery (n. 161, 387) à Macao, par Fortune (n. 119) et par C. Wright à Hong-kong. Dans ces dernières col- lections, elle a été distribuée sous le nom cVAdina globosa Salisb. Nous pouvons donc considérer comme synonymes le Cephalanthus pilulifera Lamk et Y Adina globosa Sausb, C'est un Nauclea à petits capitules, dont les ovules ne sont, dans chaque loge, qu'au nombre de deux ou trois, rarement plus. Par là il se rapproche des vrais Cephalanthus. Mais sa petite corolle est valvaire ou très-légèrement imbriquée. La préflorai- son valvaire n'est cependant pas l'apanage exclusif des Adina. Ainsi le Nauclea cordifolia Roxb., qui paraît être V Adina le plus commun de l'Inde, peut bien avoir ça et là les lobes de sa corolle valvaires; mais ils sont fréquemment plus ou moins im- briqués. Les vrais Nauclea peuvent avoir les mêmes bractées interposées aux fleure que ces Adina. Les valves du fruit de ceux-ci peuvent se séparer d'une columelle persistante. Leurs ovules allongés, pendant parallèlement d'un placenta descen- dant, sont souvent peu nombreux; mais ce sont là des carac- tères qui ne distinguent pas d'une façon absolue les Adina comme section dans le genre Nauclea. Quand leur corolle est valvaire, ils sont reliés aussi au\Nau- clea vrais par lesMitraggne (Stcpheggne). S. Kurz, qui a vu ces plantes sur place, a maintenu dans le genre Nauclea le S. parvi- 314 OBSERVATIONS folia Korth., malgré sa corolle valvaire, et avec raison, à notre sens. La préfloraison a bien peu de valeur dans ce groupe. M. Hooker croyait valvaire la préfloraison de la corolle des Uncaria qui est imbriquée, et cela ne lui a pas fait méconnaître les véritables affinités de ce genre, qu'il a parfaitement respec- tées. Dans leMitragyne macrophylla, de la flore africaine tro- picale-occidentale, la corolle est valvaire-indopliqoée. Dans cette espèce, les lobes de la corolle peuvent être surmon- tés d'un long appendice linéaire qui rappelle ceux du Cory- nanthe; ici cette languette n'a pas de valeur générique, bien entendu. Dans un autre Mitragync, le Nauclea tubulosa, le calice a la forme (F un long sac à orifice supérieur tron- qué, très- entier. Dans le Ni parvifolia Roxb., la corolle est aussi légèrement indupliquée. Ce ne sont là que des nuances. Dans la plante de Madagascar que Boivin nommait Cepha- lidium verticillatum, et qui ne peut être rangée parmi les Cephalidium, vu qu'elle a les ovaires libres, la fleur est voisine à la fois de celle d'un vrai Nauclea et de ceux à petites fleurs, comme YAdina globosa (pour lesquels nous proposons le nom de section Micradina). La corolle est nettement imbriquée, et les ovules sont en nombre très-variables, sur un même pied, tantôt indéfini, et tantôt réduit à deux ou trois, comme dans les Micradina. Nous avons nommé cette plante Nauclea verti- cillata. Les feuilles sont en effet verticillées par trois. On peut donc avoir à une même hauteur trois inflorescences axil- laires. A une certaine distance au-dessous des fleurs, leur pé- doncule porte deux ou trois bractées, insérées au même niveau, formant un involucre plus petit, qui rappelle celui des Breonia. Nous distinguons pour cette espèce une section Adiiiium, jus- qu'ici limitée à Madagascar. Le Nauclea africana (Mitragyne africana Korth.) a des fruits tout à fait semblables, à l'extérieur, à ceux du Cephalan- thus occidentalis; seulement ils sont polyspermes. Les graines SUR LES NAUCLÉÉES. 315 ont un arille aliforme, mais déjà plus court que dans la plu- part des autres Nauclea. Les Uncaria peuvent être distingués génériquement des Nauclea, principalement par leur fruit, qui est une capsule septicide de vraie Ginchonée, puis par leur inflorescence, qui n'a rien d'un capitule ordinaire. C'est un groupe de eymes, ordinairement pédicellées, souvent assez longuement, parfois unipares vers les extrémités libres. Mais il convient, malgré l'usage, de préférer au nom à 1 Uncaria, qui consacrerait un des nombreux larcins de Schreber, celui d'Outouparia, qui est d'Aublet et date de 1775. M. Karsten, qui l'ait des Ourouparia une section du genre Nauclea, dit que la corolle est « subval- vaire » dans YO. guianehsis. Nous la voyons imbriquée, comme elle l'est dans toutes les autres espèces du genre, quelquefois môme très- fortement . Nous rapportons avec quelque doute à ce groupe une plante très-curieuse de Madagascar, malheureusement fort incom- plète dans les échantillons de Pervillé (n. 633) qui sont à notre disposition et qui viennent d'Ambongo. C'est un « arbuste de dix pieds », qui pousse dans les sables. Ses rameaux grisâtres, bifurques, ne portent qu'une paire de feuilles au sommet de chaque ramification. Cordées, un peu obtuses au sommet, assez épaisses et molles, scabres en dessus, veloutéesen dessous où leurs nervures pennées, réticulées, se détachent en clair, un peu insymétriques à la base, pourvues d'un pétiole et de stipules aiguës couvertes d'un velouté brun, elles ont des inflo- rescences terminales, globuleuses, qui simulent des capitules. Libres en réalité, elles ont des pédicelles courts et sont dispo- sées en cymes. Chacune d'elles est accompagnée d'une bractée et de deux bractéoles. L'ovaire, obovoïde, est biloculaire, sur- monté d'un petit disque orbiculaire et d'un calice à cinq divi- sions persistantes, ovales-aiguës, chargées comme l'ovaire d'un duvet brun. Dans chaque loge, la cloison porte un placenta pelté sur lequel s'insèrent, presque en cercle, six à huit ovules 316 SUR LES GUETTARDA. comprimés, suborbiculaires. Nous avons nommé cet arbuste Paracephœlis tiliacea, à cause des ressemblances de son inflo- rescence et de ses feuilles. Sa place est quelque peu incertaine, vu que ses fleurs nous sont fort incomplètement connues. Sur un bouton très-jeune, nous croyons voir sa corolle valvaire, et le sommet de ses cinq lobes infléchis. A cet âge, on observe que le pédoncule commun porte plusieurs petites cymes , en- tourées d'un involucre commun de courtes bractées. En résumé, à part ce genre Paracephœlis dont la position ne peut être absolument fixée, le groupe des Naucléées ne se compose pour nous que de quatre genres, les Nauclea, Cepha- lanthus, Ourouparia elSarcocephalus, ce dernier seul caracté- risé par ses ovaires enchâssés dans le réceptacle. Sur les limites du genre Guettarda. A consulter toutes les descriptions, les genres Guettarda et Timonius diffèrent absolument l'un de l'autre par la préflo- raison de leur corolle, imbriquée dans les uns et valvaire dans les autres, et il est même fréquent qu'on les place dans des groupes distincts de la famille des Rubiacées. M. Bentham (FI. austral., III, 416) a quelque peu réagi contre cette manière de voir, car il doute qu'aucun genre du groupe des Guettardées ait réellement une corolle valvaire, et il a vu, sur les jeunes boutons des Timonius Rumphii et Forsteri, les lobes de la corolle se recouvrant les uns les autres. Le genre Guet- tardella n'a pas été conservé, et M. Hooker le rapporte aux Antirrhœa. Mais il n'y a pas de caractère distinctif constant entre les Antirrhœa et les Guettarda; nous supprimerons donc le premier de ces genres. Il suffit d'étudier les Guettarda de la Nouvelle-Calédonie, notamment dans les riches collections de M. Balansa, pour se convaincre que les genres Langer ia, Rhytidotus, Bobea et SUa LES GUETTARDA. 317 Obbea ne peuvent on aucune lagon so soutenir. Les Ghomelia sont placés dans la môme subdivision que les Tinionius, parce que, dit-on, leur corolle est valvaireet non imbriquée. J'analyse plusieurs Ghomelia américains, tels que le Ç. paniculata Benth., et je trouve leur corolle très-nettement imbriquée- alternative. La différence fondamentale avec les Guettarda disparaît. Non qu'il n'y ait des Ghomelia valvaires ; mais on ne peut les séparer des premiers. En étudiant les plantes néo- calédoniennes dont nous parlions tout à l'heure, nous avons trouvé parmi elles le Tunonius Forsteri, qui croit aussi à Lil'u, et nous avons pu voir que les divisions de sa corolle sont sou- vent valvaires, mais qu'aussi elles sont, dans beaucoup de Heurs, plus ou moins imbriquées. Quand ce n'est pas le corps même du lobe qui s'imbrique, ce peut être une sorte de lame qui le double, lame inégale, irrégulièrement crispée ou sinuée, qui se retrouve dans la plupart des espèces de Bornéo, de la Polynésie, de Madagascar, et qui n'est pas un organe étranger au lobe lui-même. En analysant cette plante, nous voyons qu'il y a des Heurs mâles et des femelles, mais que sur les fleurs môme des pieds mâles il peut y avoir des ovaires parfai- tement fertiles, à 2-4 loges, et qui peuvent devenir des fruits à 2-4 noyaux fertiles. A côté de ceux-là se voient dans les pieds femelles des fleurs auxquelles succèdent des fruits analogues à ceux du Polyp/iraf/mon de Desfontaines, avec un nombre indéfini de graines. Chacune d'elles est entourée de son noyau particulier, et c'est là une différence avec les noyaux des vrais Guettarda qui sont înultiloculaires. Mais ce caractère n'estpas constant dans les Timonius., qui ont souvent aussi le noyau unique et multiloculaire des Guettarda. Ainsi, le Bobea uiœqualis Mio., dont on fait à juste titre un Timonius, n'a qu'un noyau, avec de nombreuses logos monospermes, dis- posées sur cinq doubles rangées rayonnantes. Souvent, quand dans ces plantes le noyau est comprimé dans un sens, les loges du noyau forment une double série orientée suivant le plus 348 SUR LES GUETTARDA. large diamètre. Dans chaque loge la graine descend verticale- ment, cylindrique sauf aux extrémités, pourvue d'un tégument fort mince et d'un albumen membraneux, fort peu épais en tout cas. L'extrémité chalazique est conique, et l'autre, souvent renflée en anneau mousse ; caractères qui se rencontrent dans les Obbea, Bobea, Chemelia, Rhytidotus, etc. Ces caractères se retrouvent dans une plante australienne, rapportée à un tout autre groupe de Rubiacées, celui des Mussaendées. M. F. Mueller lui a donné (Fragm., IX, 181) le nom d' Abbott la singulark. On lui attribue une baie pour fruit, baie uniloculaire et polysperme, des graines à testa car- tilagineux, à endoplèvre libre et très-mince. Cet endoplèvre est tout le tégument séminal, membraneux comme dans tous les Guettarda. Le prétendu lesta, plus résistant, appartient à l'endocarpe. La corolle a ses quatre lobes pourvus de cette duplicature irrégulièrement épaisse dont nous venons de parler dans les Timonius, et c'est le bord de cette membrane accessoire qu'on regarde comme formant l'induplication. Les filets staminaux sont décrits comme monadelphes; ils sont libres et courts; etc'est probablement la lameinternedu tube de lacorolle, détachée artificiellement, qui a été prise pour un tube androcéen. Quant à l'ovaire, il a autant de loges qu'on compte d'ovules. Je crois Y Abbott la congénère des Timonius, et peut-être YHodgkirismia est-il une autre section du même groupe générique, à port et à inflorescences mâles un peu particuliers. Ce long style stérile, subulé, qu'on observe dans ses fleurs mâles, se retrouve dans les fleurs mâles d'un grand nombre de Guettarda océaniens. Les Malanea ont aussi le gynécée, les ovules, les graines des Guettarda. On les a placés dans un groupe distinct parce que leur corolle est valvaire. Mais ce caractère n'est pas constant, souvent elle s'imbrique légèrement. Ce ne sera non plus pour nous qu'une section du même genre, distinguée par son mode d'inflorescence et quelques autres minimes caractères. SUR LES GUETTARDA. 319 Les Guettarda des types Timonius et Bobea s'étendent jus- qu'aux îles Seyehelles, où Pervillé en a récolté un intéressant spécimen qui se retrouve dans les collections de Boivin, et qui est indiqué comme provenant de Mahé*. C'est, d'après Pervillé (n. 15°2), un arbrisseau de quinze pieds, qui croît sur les hauteurs ; il est glabre et ses feuilles sont ovales-lancéolées (45 cent, sur 8), à court pétiole, coriaces, pâles en dessous, à huit ou neuf nervures secondaires pennées, dans l'aisselle desquelles il y a en dessous une petite glande pale, irrégu- lièrement triangulaire. Les stipules sont ovales-aigûes. Dans l'individu femelle que nous possédons seul, les fleurs sont axillaires et généralement solitaires, avec un pédoncule assez long (2-3 cent.), au sommet duquel on voit, immédiatement sous l'ovaire, deux bractéoles sessiles ; disposition qui se reproduit souvent dans ce genre. Les corolles ont 4, 5 lobes oblongs, dont nous n'avons pu voir le mode de préfloraison. Leur gorge porte un même nombre d'étamines. Quant au style, il représente une sorte de faisceau, formé d'autant de branches inégales qu'il y a d'éléments dans le gynécée. Mais cinq d'entre elles sont plus développées que les autres et libres dans une plus grande étendue. Dans l'ovaire, comme dans le fruit, les loges, uniovulées ou monospermes, se disposent plus ou moins régulièrement en une étoile à quatre doubles branches rayonnantes. Chaque branche peut présenter double rangée de trois loges, c'est-à-dire 24 pour tout l'ovaire. Cette plante est certainement congénère du Bobea inœqualis Miq.; nous lui donnerons le nom de Guettarda (Timonius) Per~ villeana. SUR DES RVDICiLES D'EMBRYON A DIRECTION ANORMALE Si dans un même groupe naturel dans lequel les ovules ne sont pas orthotropes, leur direction est variable de telle sorte que les uns soient ascendants et les autres descendants, la direction de la radicule présente clans les embryons des varia- tions correspondantes : A l'ovule descendant succède une graine dont la radicule embryonnaire est supérieure. L'ovule descendant devient au contraire une graine dont l'embryon a la radicule inférieure. Gomme conséquence directe, il est inutile, dans un pareil groupe, de décrire la direction de l'ovule, si l'on dit que la radicule est supérieure on inférieure; et réciproquement, si Ton indique que la radicule est tournée en haut ou en bas, il devient superllu de constater que l'ovule est descendant ou ascendant. Les Rubiacées, dont l'étude nous occupe depuis longtemps, nous en peuvent fournir des exemples bien nets. Quand le dernier monographe de cette importante famille divise la série à ovules solitaires en deux sous-séries : l'une à radicule supère, et l'autre à radicule infère, il pourrait paraître sous-entendu que l'une a les ovules descendants ou pendus, l'autre les ovules ascendants ou dressés. 77 n'en est rien, et il devient indispensable, dans un genre donné de cette série, de décrire les deux choses : la direction de l'ovule et celle de la radicule embryonnaire. La raison en est, comme nous allons le voir par l'étude de quelques types bien connus, que dans une même série, en apparence fort naturelle, on a parfois placé l'un à côté de l'autre un genre qui avait l'ovule descendant SUU LES RADICULES D'EMBRYON A DIRECTION ANORMALE. 321 et la radicule supère, et un autre genre qui avait aussi l'ovule descendant, mais la radicule supère. Du môme, et pour la même raison, on a plus d'une fois rangé dans une seule et môme série où la radicule est constamment infère, deux plantes dont l'une avait l'ovule descendant, et l'autre, l'ovule dressé. Reste à savoir quel est le caractère auquel on doit accorder le plus de valeur pour une classification qu'on voudrait aussi naturelle que possible : ou la direction de la radicule, ou bien celle de l'ovule. A côté de la théorie, voici les faits : A.-L. de Jussieu, dans son travail sur les Rubiacées, publié en 18°20, dit avec raison de l'embryon du Mitchella : a. Embryo miniums, lobis brevihus, radiada crassiore inféra. y> Est-ce pour cela que beaucoup d'auteurs plus récents décri- vent les ovules comme dressés ? A. Richard avait pourtant écrit (Rubiac, 140) : « loculis uniôvulatis, omdo pendulino » , et l'observation des ovules adultes du Mitchella n'est pas diffi- cile. Endlicher modifie cependant (Gen., n. 3188) le carac- tère de la direction des ovules : « Ovula in loculis solitaria, e basi erecta, anatropa », et M. J. Hooker {Gen., 11,137) partage sa manière de voir et reproduit la môme formule. Aussi place-t-il forcément le Mitchella dans sa tribu des Antho- spermées dont le caractère constant est (p. 26) : c< Ovula in loculis solitaria, a basi erecta, anatropa. » L'observation directe montre que les ovules du Mitchella sont constamment descendants. Comment donc se fait-il que la radicule de ses embryons soit fréquemment inférieure ? C'est que l'anatropie de ses ovules est incomplète. Leur micropyle est bien dirigé en dedans, c'est-à-dire qu'il regarde l'angle interne de la loge; mais il n'est pas supérieur. Il se trouve ordinairement très-bas sur la face interne de l'ovule, le plus souvent vers la réunion du tiers inférieur avec les deux tiers supérieurs de cette face. En d'autres termes, l'anatropie est fort incom- plète. Cependant l'embryon obéit à cette sorte de loi qui veut xii. (20 août 1879.) 21 392 SUR LES RADICULES D'EMBRYON A DIRECTION ANORMALE. que son extrémité radiculaire réponde au micropyle ; et comme il y a peu d'espace, pour son évolution, du côté de la portion apicale de l'ovule, c'esl-à-dire en bas, il se développe vers la portion supérieure, devenant plus ou moins oblique dans l'intérieur de la graine, ou même sensiblement vertical, avec la radicule tournée eu bas. Dans les Prismalomerls, dont le type est le Coffea tetrandra Roxb., et dont nous n'avions pu pendant longtemps ana- lyser de bons échantillons, il se produit un fait complètement comparable à ce qui précède. L'embryon a sa radicule infère ; mais M. Becldome (Icon. FI. Ind. oec, tab. 93) représente les ovules comme descendants, et de môme M. Thwaites (in Hook. Kew Joiirn., VIII, 268, t. 7 A). Nous avons pu vérifier sur un spécimen en bon état, dû à l'obligeance de M. Pierre, directeur du Jardin de Saigon, que le fait est parfaitement exact. Rappelons que nous avons vu des Can- îhiîim, congénères peut-être des Prismatomeris, mais en tout cas très-voisins d'eux, dans lesquels l'ovule était plus ou moins ascendant, au lieu d'être descendant, comme c'est l'état normal, et que cependant la radicule y était également supérieure. Dans les Damnacanthm, placés parmi les Morindeœ, l'or- ganisation de l'ovaire est la même que dans les Mitehella, rangés bien loin d'eux, dans la tribu des Anthospermées. Les ovules sont certainement descendants; mais leur micropyle est exactement situé comme celui des Mitehella, et la radi- cule embryonnaire est inférieure. C'est que dans le Damna- eanthus l'évolution de l'embryon est exactement la même que dans le Mitehella ; et il est même possible que les deux types ne soient que des sections d'un seul et même genre, dont le Mitehella serait le représentant américain, à tiges rampantes, et le Damnacanthus le représentant asiatique, à tiges dressées et épineuses. Le genre Cfemaspora, tel que nous le comprenons, c'est- à- MKM01KK SUR LES URÀGOGÀ. 323 dire en n'en séparant pas les Polysphœria, nous fournit une démonstration plus remarquable encore du fait singulier que nous avançons ici. La direction de l'ovule est constamment descendante dans toutes les espèces du genre; et cependant certaines d'entre elles ont la radicule supérieure, et d'autres l'ont inférieure, comme notamment le Co/fea microcarpa DC, qui est un Cremaspora, ainsi que nous l'avons fait voir dans le Bulletin de la Société Linnéenne de Paris, p. 206. MÉMOIRE SUR LES URAGOGA Nous avons inscrit au frontispice de notre Histoire des plantes cette phrase d'un savant français : «' Il n'y a qu'une manière d'avancer les sciences, c'est de les simplifier ou d'y ajouter quelque chose de nouveau. » Nous sommes donc con- vaincu qu'on avance la botanique en la simplifiant, et nous en donnerons ici une nouvelle preuve, en étudiant les Ura- goga, qui représentent le plus riche des groupes génériques de la famille des Rubiacées. Aublet connaissait, en 1775, plusieurs types qu'on sail aujourd'hui congénères des Cephœlis. Il est vrai qu'on ;t adopté de préférence ce dernier nom qui ne date que de 1783 (Sw., Prodr., 45). C'est un tort, et l'un des noms d'Aublel devrait être, en tout cas, préféré à celui-là, notamment celui de Tapogomea (Guian., I, 157, t. 60-63), le premier de ceux qu'a proposés Aublet. Mais le genre lui-même avait été pré- cédemment nommé par Linné, comme M. Hiern l'a parfaite- ment rappelé, et conformément aux règles de la nomenclature que Linné préconisait dans les sciences naturelles. Marcgraf et Pison ont décrit et figuré la plante qui donne au 324 MÉMOIRE SUR LES URAGOGA. Brésil l'Ipécacuanha annelé, de telle façon qu'elle n'est pas méconnaissable. Linné dit positivement que c'est leur Ipéca- cuanha ou Ipecacoanha pour lequel il établit son genre Uragoga, et cela en 1737, dans la première édition de son Gênera (p. 378). De sorte que ceux-là même qui veulent qu'on ne remonte qu'à Linné pour les noms génériques, et exclusivement à ceux de ses ouvrages rédigés suivant les règles de la nomen- clature binaire, ne peuvent, à ce qu'il semble, rien opposer à l'adoption du nom générique Uragoga pour la plante qui produit l'Ipécacuanha annelé. D'autre part, les Cephœlis sont génétiquement inséparables des Psychoiria. Cela ressort déjà des travaux préparatoires de M. Mueller d'Argovie, pour la publication des Rubiacées brésiliennes (Flora, 4875); et les caractères invoqués par M. J. Jlooker pour séparer des Cephœlis la section Capitatœ du genre Psychotria n'ont rien de constant ni d'absolu. D'où nous concluons que les Psychotria du dernier auteur que nous venons de citer, sont tous des Uragoga. On sait qu'il y a fait rentrer beaucoup de types qui en sont, en effet, insépa- rables (Gen., II, 123) et sur lesquels nous ne reviendrons pas ici. Ce n'est qu'en 1764, dans la sixième édition de son Gênera (92, n. 229) que Linné fait intervenir son genre Psychotria qu'il substitue, on ne sait pourquoi, aux Myrstiphyllum et Psychotrophum de P. Browne, lesquels datent de 1756. Linné n'a sans doute pas eu un assez grand nombre de Psychotria à sa disposition pour voir que beaucoup de ceux-ci ne se dis- tinguent en rien de son Uragoga. M. Hooker conserve encore comme distincts des Psychoiria les Rudgea, Palicourea et Chazallia. M. Hiern a réduit ajuste titre {FI. trop. Afr., III, 193) les Chazallia au rang de section des Psychotria, et M. Mueller d'Argovie m'a fait savoir que le genre Palicourea ne pouvait, à son avis, être maintenu ; ce qui est absolument incontestable. Mais nous ne pouvons dis- MÉMOIRE SUR LES URAGOGA. 325 tinguer non plus les Palicourea des Rudgea, ces derniers conservés encore par M. Mueller d'Argovie, aussi bien que les Mapouria, et cela à cause de la forme de la face ventrale de leurs semences. Nous n'accordons pas à ce caractère une valeur générique, et nous adoptons l'opinion de M. Ilooker, qui a déjà laissé les Mapouria réunis aux Psychotria. Les Rudgea, Palicourea et Mapouria seront pour nous des sections du genre Uragoga. Nous ferons de même pour un assez grand nombre d'autres types que nous allons rapidement passer en revue, qui deviendront pour nous autant de sous-genres ou sections du grand genre Uragoga, et auxquels nous ajouterons à la suite d'autres sections encore. C'est principalement l'étude attentive des si nombreux et si intéressants Psychotria que renferment les riches collections néo-calédoniennes de l'herbier de Paris, qui nous a conduit à ces résultats. Geophila (Don). — Ce sont des Uragoga herbacés et ram- pants, que rien ne peut distinguer de certains Tapogomea her- bacés décrits par Aublet, et qui sont, comme les Geophila, des Uragoga. Slreblosa (Korth.). — On ditque leP. tortilis Bl., type de es genre, diffère des autres Psychotria par sa corolle légèrement imbriquée. Sur les échantillons que nous avons pu examiner, toutes les corolles étaient simplement valvaires. Rien ne peut donc séparer ce type des Uragoga. Trichostachys (Hook. f.). — Le port de ces plantes est cer- tainement assez particulier, et leur disque épigyne est remar- quable par son grand développement, surtout quand il prend la forme d'un cône élevé, entourant la base du style. Mais les Heurs et les fruits sont d'ailleurs ceux d'un Psychotria. Quant à rinllorescence, elle est celle d'un Cephœlis, et les bractées hispides que Ton peut observer à sa base sont tout à fait celles de certains Psychotria du groupe des Trichocephala. C'est sur- tout le port qui est particulier, avec la consistance herbacée des tiges; mais ce sont précisément là aussi les caractères de 326 MÉMOIRE SUR LES URAGOGA . certains Tapogomea. Pour nous, les TrichoMachys ne sont aussi qu'une section du genre Uragoga. Amaracarpus (Bl.). — Les fleurs sont, dans ce genre, tout à fait celles à' un Psychotria, et Miquel a surtout insisté sur ce point. AI. J. Hooker a aussi très-bien dit que ce genre « a Psy- chotria habitu tantum differt ». Mais que deviendra cette unique différence, quand nous ferons connaître, dans la flore néo-calédonienne, des espèces qui appartiennent d'une façon incontestable au genre Uragoga et dont le port et le feuillage sont tellement ceux d'un Amaracarpus pubescens, qu'on ne peut les en distinguer si la plante est dépourvue de fleurs? Le grand point, c'est que dans Y Amaracarpus, les fleurs sont axillaires et sessiles. Mais ne savons-nous pas qu'il en est de même dans les Ronabea et d'autres Uragoga du groupe des Oppositiflorœ, Notopleurœ, etc.? Nous avons fait connaître et nous rappelle- rons des espèces qui unissent aux autres Uragoga les Amara- carpus et les types qui se rapprochent de ces derniers. Nous ne pouvons en même temps méconnaître leurs étroites affinités avec les Lasianthus, qui ne peuvent que d'une manière tout à fait artificielle se distinguer des Uragoga. Suteria (l)C.).— La fleur est celle d'un Uragoga, surtout celle de certains Rudgea. Le calice et la corolle sont, il est vrai, ordi- nairement épais, et les poils de la gorge de la dernière sont assez abondants. Les fleurs sont axillaires, comme celles des Psychotria dont nous venons de parler, solitaires ou en cymes, mais elles peuvent être aussi réunies en inflorescences termi- nales. Remarquons que l'on n'a pas conservé comme genre distinct des Suteria\e.s Codonocalgx Miers, dont le calice prend un grand accroissement et peut former au-dessus de l'ovaire et du fruit un pavillon tubuleux ou campanule, à lobes accres- cents et épais. Le fruit des Suteria est d'ailleurs semblable à celui de plusieurs Uragoga. Calycosia (A. Gray). — Le même phénomène d'accrescence du calice se présente ici ; mais la fleur est (ont à fai! d'ailleurs MÉMOIRE SUR LES URAUOUA. 327 celle d'un Psychotria avec lequel nous ne voyous ici aucune différence générique. L'inflorescence est variable, les pédicelles floraux demeurant plus ou moins longs ou contractés. Plus tard encore, ce grand calice se sépare par sa base. Alors le fruit demeure absolument celui d'un Psychotria. Les Caly- cosia ne sauraient être conservés comme genre. Leurs loges ovariennes peuvent être au nombre de trois ; ce qui s'observe aussi dans plus d'un vrai Urayoga. Straussia (A. Gray). — Aucun caractère différentiel ne sépare ces plantes des Urayoya, surtout de ceux qui croissent à la Nouvelle-Calédonie et dont nous avons fait des Paras traussia. La longueur du support des cymes est un fait à noter, mais ne saurait avoir une valeur générique. La saillie dorsale du con- nectif est aussi à considérer; mais le fait se retrouve dans plu- sieurs autres Psychotria océaniens. Le genre Straussia nous paraît devoir être supprimé. Proscephalium (Korth.). — Ce que j'ai vu de sa fleur est tout à fait ce qui s'observe dans les Psychotria. L'épaisseur du pé- dicelle et le grand développement des lobes stigmatiques du style, le calice entier et tronqué, sont les seuls caractères qui nous permettent de conserver les Proscephalium comme section. Mais les fleurs sont disposées en cymes terminales, et elles ont l'ovaire biloculaire et les ovules, la corolle valvaire, le disque épigyne déprimé d'un grand nombre tVUrayoga. C'est encore un genre à supprimer. Cleisocratera (Kqrth,). — J'en dirai autant de celui-ci. Ses fleurs tôtramères sont celles d'un Uragoya, et ses cymes grêles et délicates ne sauraient constituer un caractère générique. Les deux noyaux du fruit sont aussi ceux d'un Psychotria. Gloneria. — Tous les caractères imaginés dans Y Illustration horticole (XVIII, 7(3) et qu'on pourrait croire suffisants pour séparer ce genre des Uragoya, n'ont jamais existé dans la na- ture. Dans le G. jasminiflora, les lobes de la corolle sont don- nés comme contorlo-imbricata: ils sont strictement valvaires. 328 MÉMOIRE SUR LES URAGOGA. Les ovules sont décrits comme nombreux dans chaque loge; il n'y en a qu T un seul, ascendant, avec le micropyle extérieur et intérieur. Le fruit, qu'on dit une capsule ovoïde, est une drupe à deux noyaux monospermes, etc. Psathura (Gommers.). — Le plus souvent l'ovaire de ces plantes possède plus de deux loges ovariennes, de quatre à huit, par exemple, et quand le nombre des loges est égal à celui des divisions de la corolle , elles leur sont superposées? On dit aussi que les inflorescences sont axillaires. Ce dernier caractère n'est pas constant; les cymes peuvent être termi- nales. Mais les vrais Psych&tria peuvent avoir plus de i\vu\ loges ovariennes; ceux de la section Palicourea en ont parfois trois, quatre ou cinq; les Cephcelis également. Aucun motif sérieux ne nous permet de séparer les Psathura des autres Uragoga, autrement qu'à titre de section. Viscagoga (II. Bn, in Adansonia.XU,^!!). — Voici précisé- ment un pelitgroupe du genre Psijchotria (Uragoga) dans lequel le port est très-particulier, et le feuillage loranthoïde. Il s'agit, il est vrai, déplantes qui passent pour parasites, commeTf/. pa- rasitica et notre U.Grosourdyeana (qui n'en est peut-être qu'une variété). Leur fleur est tout à fait celle d'un Psychotria pro- prement dit. M. Bentham en a fait une portion de la section Strempelia, et M. J. Hooker les conserve parmi les vrais Psy- chotria (Gen., II, 1°24, n. 5), dans le groupe des Vaginatœ. Or leur ovaire a de deuxàcinq loges, suivant qu'on analyse telle ou telle fleur d'un même pied , et il y a des échantillons dont toutes les fleurs ont l'ovaire tétramère. Personne, heureuse- ment, ne songe aujourd'hui à établir pour ces espèces un genre indépendant des Uragoga; c'est là surtout ce qui justifie la sup- pression du genre Psathura et du suivant. Triàinolepis (Hook. f.). — Ce type est très-voisin des Psa- tltura et ne s'en distingue que par ses cymes constamment ter- minales et la forme un peu différente de ses corolles, de ses anthères, les denlicules interposés à ses divisions calicinales. MÉMOIRE SUR LES URAGOGA. 329 notamment dans l'espèce des îles Comores. La fleur est 5-7- mère; mais les caractères des cymes, des ovules, des noyaux sont ceux qu'on observe dans un grand nombre de Psychotria vrais, et nous n'en pouvons taire également qu'une section du genre Uragoga. Podoœphœlis (H. Un, in Adansonia, XII, 223). — Ce type est un des plus remarquables de ceux que l'on puisse observer parmi les espèces néo-calédoniennes. Ses fleurs diclines ont l'air d'être disposées en capitules; mais quand on écarte les larges bractées involucrales de ces derniers, on voit qu'il existe des pédicelles, disposés en cymes. Par là ces Uragoga relient, comme nous l'avons dit, les Psychotria vrais aux Ccphœiis amé- ricains. L'aspect de ces espèces est d'ordinaire tout particulier ; mais leur fruit est, au fond, celui de beaucoup d'autres Psy- chotria, avec certaines particularités des noyaux qui rappellent les méricarpes de plusieurs Ombellifères. Paras traussia (H. Bn, in Adansonia, XII, 251). — Le nom seul de cette section indique qu'elle relie les vrais Straussia (que nous n'avons pu conserver comme genre) aux Psychotria proprement dits. Il y en a plusieurs représentants clans la flore austro-calédonienne. Pyramidura (IL Bn, in Adansonia, XII, 280). — Le nom de cette section vient de la forme du fruit, qui, dans ces plantes néo-calédoniennes, prend la forme d'une pyramide à arêtes formées par des côtes longitudinales des carpelles. Les fleurs sont tétramères, avec un calice denté et une corolle claviforme dans le bouton. Le disque épigyne est bilobé. Cette section relie aux autres Uragoga le type suivant, dont les caractères exté- rieurs semblent d'abord fort exceptionnels. Stauragoga. — Le type de cette section est pour nous une curieuse espèce recueillie par M. Leguillou, sur la côte septen- trionale de la Nouvelle-Guinée, cà la baie Triton, dans le voyage de Y Astrolabe et de la Zélée. Aussi lui donnons-nous le nom (VU. Gnilloveana. C'est une espèce glabre, à très -longues 330 MÉMOIRE SUR LES URAGOGA. (~ mètre) feuilles lancéolées, presque entières, longuement atté- nuées à la base, avec 25-30 nervures secondaires et de larges stipules membraneuses, triangulaires, caduques. Les inflores- cences sont axillaires et simulent un épi, nu à sa base, plus haut tout chargé de bractées acuminées, imbriquées, portant dans leur aisselle des glomérules floraux : ce sont donc des épis decymes. L'ovaire infère est à deux loges, avec un ovule ascen- dant dans chaque, et dans la fleur il est obconique. Mais à me- sure que le fruit mûrit, chacun de ses deux carpelles se dilate sur le dos, à droite et à gauche, en une épaisse aile verticale, et finalement la coupe transversale du fruit a la forme d'une croix de Saint-André, à peu près comme il arrive dans les Mulinées (il y a beaucoup de Rubiacées et même de Psycholria dont le fruit offre de grandes ressemblances avec celui de certaines Ombellifères). La graine est conforme, c'est-à-dire qu'elle de- vient plate et mince et de plus en plus concave en dehors pour se mouler sur les cavités ovariennes. Le fruit jeune est sur- monté du calice persistant, qui est campanule, à cinq lobes longuement acuminés, dépassant de beaucoup la corolle. Celle- ci est 5-lobée, valvaire et porte les cinq étamines incluses. La fleur est donc, comme nous le disions , celle d'un Uragoga, malgré les grandes différences extérieures que présente la plante, notamment dans ses organes de végétation et son mode d'inflorescence. Opulagoga. — Il est rare que les feuilles ne soient pas entières dans les Uragoga. Si elles deviennent crénelées en môme temps qu'obovales et chargées intérieurement d'un duvet blanc abon- dant, l'aspect devient tout à fait différent de celui de la plupart des Rubiacées, notamment de celui des plantes du genre qui nous occupent, et elles ressemblent àuneViburnée.C'estce qui arrive dans la plante du Mexique que nous examinons, et ce qui justifie le nom de cette section. C'est M. Gouinqui a trouvé près de Vera-Cruz celte espèce que nous nommons U. vibur- nifolia, et qui en même temps, par plusieurs de ses caractères, MÉMOIRE SI' Il LES ERAGOGA. 331 se rapproche des Mapouria. Les stipules sont étroites et em- brassent les rameaux, ciliées, frangées au sommet; elles se dé- tachent de très-bonne heure. Mais au sommet des rameaux, elles s'élargissent beaucoup en une sorte de membrane con- cave, vite desséchée et brunie, qui, avec la stipule opposée, forme autour de l'inflorescence terminale une enveloppe sacci- forme complète. Les fleurs sont en cymes, avec un ovaire et un court calice tomenteux et une corolle tubuleuse assez sem- blable à celle des Rudgea, en ce que ses cinq lobes, valvaires et à sommet infléchi, portent en haut une corne dorsale proémi- nente, pleine, chargée de papilles. Les cinq anthères sont incluses, et l'ovaire à deux loges est surmonté d'un style légère- ment claviforme, à deux petits lobes stigmatifères obtus. Il y a des Viburnum américains que l'on confondrait complètement avec cette plante, si l'on n'analysait les fleurs, et nous sommes d'ailleurs d'avis que les Viburnées ne sont pas d'une autre famille que les Rubiacées proprement dites. Forcipella (H. Bn, in Adansonia, XII, 288). — Voici encore un type dont les organes de végétation s'écartent plus ou moins des caractères extérieurs que l'on est habitué à rencontrer parmi les Paibiacées normales. Jusqu'à présent il est probable qu'il n'y a qu'une espèce de cette section parmi les plantes si nombreuses de la Nouvelle-Calédonie que nous avons toutes rapportées comme variétés à un môme type spécifique. Nous ne nous étonnerions cependant pas qu'on préférât faire de nos variétés des espèces distinctes: c'est affaire d'appréciation indi- viduelle. Ce sont des arbustes peu élevés, à rameaux tortueux, à feuilles penninerves, rapprochées vers le sommetdes rameaux, et à cymes très-ramifiées, multillores, corymbiformes. L'aspect général rappelle beaucoup aussi celui de certaines Viburnées. Le fruit, dicoque, est au contraire analogue h celui de plusieurs Ombellifères, et les deux coques (ou noyaux, car l'exocarpe est très-mince), pourvues de côtes dorsales saillantes, se séparent l'une de l'autre à In maturité. Mais elles sont plus ou moins 332 MÉMOIRE SUR LES URAGOGA. longtemps retenues l'une à l'autre par une sorte de columelle d'une organisation toute particulière. Dès la base du fruit, elle se sépare en deux branches égales ; mais ces branches, alternes avec les deux noyaux, se portent vers la surface externe de leur commissure. Là, chaque branche se partage elle-même en deux rameaux secondaires formant fourche; et c'est de là que nous avons tiré le nom de cette section. Les deux branches bifur- quées de la columelle persistent d'ailleurs sur la plante après la chute des noyaux. Apodagoga (H. B\ , in Adansonia, XII, 252). — Dans cette section d'Uragoga néo-calédoniens, dont nous connaissons déjà trois ou quatre espèces, également très-polymorphes, le fruit rappelle aussi beaucoup celui de certaines Ombellifères, par les cinq côtes dorsales des noyaux, séparées les unes des autres par de profonds sillons verticaux; mais les fruits sont oblongs ou subfusiformes, sessiles ou peu s'en faut, et leur corolle, parfois très-grande, à long tube, a des lobes épais, étroits, récurvés. Les ileurs sont peu nombreuses et disposées en cymes autour desquelles des feuilles modifiées, ou bractées ovales ou cordiformes, forment une sorte d'involucre, souvent bien développé. Cette section n'est pas non plus sans analogie avec les Straussia, les Paras traussia et celles que nous allons maintenant passer en revue. Oligagorja H. Bx, in Adansonia, XII, 292). — (On n'a guère signalé jusqu'ici les Psychotria dans lesquels les inflores- cences sont réduites à un petit nombre ou même à deux ou une fleur. Ils sont nombreux à la Nouvelle-Calédonie, et sont reliés aux espèces à cymes multiflores par un assez grand nombre d'intermédiaires. Cependant les inflores- cences demeurent terminales. Toutes ces espèces, dont les tiges sont humbles, et les feuilles généralement petites, ont d'ailleurs beaucoup d'affinités les unes avec les autres et peuvent être réunies en une section dont le nom indique l'appauvrissement des inflorescences. Dans les J T . monanthos, MÉMOIRE SUR LES URAGOGA. 338 subuniflora, Paramaracarpus, il y a souvent une seule fleur au sommet clu pédoncule qui termine un rameau ; elle est accom- pagnée de deux bractéoles insérées vers le haut du pédoncule. Or, l'une et l'autre de ces bractées, ou seulement l'une d'elles devenant fertile, l'inflorescence est composée de deux ou trois fleurs appartenant à deux générations différentes. Le nom de I'l7. Paramaracarpus vient de ce que le port et le feuillage sont tellement identiques dans cette espèce et dans Y Amara- carpus pubescens Bl., que l'œil le plus exercé ne peut saisir de différences entre les deux plantes, sinon quand elles sont en fleur, celles de Y Amaracarpus étant axillaires. Cette disposition va se trouver réalisée dans la section suivante. Hombron a trouvé à Guham, dans l'archipel des Mariannes, un autre Amaracarpus que celui de Blume. Nous l'appelons U. llombroniana: il est tout à fait glabre; ses feuilles sont lancéolées, atténuées à la base, acuminées au sommet. Ses (leurs sont nombreuses et petites, disposées en glomérules axillaires denses. Leur corolle est valvaire; leur ovaire a deux loges uniovulées. C'est une espèce qui, très-voisine à la fois de Y Amaracarpus pubescens et de YUragoga Paramaracarpus, relie ces plantes aux espèces américaines à fleurs axillaires. Les fleurs sont exactement construites comme celles de tous les Psychotria, à quatre ou à cinq parties, à lobes de la corolle incurvés au sommet. Le style, entouré à sa base d'un petit disque épigyne, se divise au sommet en deux très-petits lobes dentiformes ; disposition qui est très - fréquente parmi les Uragoga à fleurs peu nombreuses et très-petites. Tolisanthes (II. B\, in Adansonia, XII, 294). — Ici le port et le feuillage sont aussi ceux des Amaracarpus. Les fleurs sont celles d'un Psychotria, avec une corolle qui rappelle celle des Apodagoga, et elles sont également solitaires, supportées par un pédicelle grêle ; mais elles sont axillaires et non ter- minales. De façon que YU. trichopodantha, type de cette section, ne peut être écarté des Amaracarpus, des U. subuni- 334 MÉMOIRE SUR LES URAGOGA. flora, monanthos ,Paramaracarpus , etc., etqu'en même temps, par la situation de ses fleurs, il se relie intimement aux Litosanthes (d'où, par anagramme, le nom de cette section). Litosanthes (Bl.). — Dans le L. bifïora, la fleur tétramère est absolument celle d'un Psychotria. Les quatre lobes valvaires de la corolle sont épais, charnus, à sommet un peu infléchi. Les étamines ont un filet très-court et s'insèrent à la gorge de la corolle. Le disque épigyn.e est épais et il y a ordinaire- ment quatre loges à l'ovaire, oppositipétales, avec un ovule ascendant, anatrope. Les fleurs ne sont pas réellement axillaires, car quand elles ne sont pas solitaires, mais géminées, elles occupent la partie supérieure d'un petit rameau axil- laire, bractéifère. Le fruit, à quatre noyaux, est d'ailleurs celui d'un Uragoga; mais par le nombre de loges supérieur à deux, ce type se rapproche aussi des Lasianthiis, fort peu éloignés, en somme, comme nous le disions, des Uragoga. Margaritopsis (Sauv.). — Ici aussi la fleur est celle d'un Psychotria, 4, 5-mère, axillaire ou terminale, très-petite, avec une corolle valvaire, des étamines incluses et deux loçes ovariennes dont l'ovule solitaire a le micropyle en dehors et en bas. Le fruit a deux noyaux monospermes. Comme le Litosanthes, c'est un type amoindri des Uragoga, et, comme lui, c'est une plante qui relie les Psychotria aux Lasianthiis. Il est bien certain que, grâce aux Suteria, Amaracarpas et autres types à inflorescences axillaires, les Lasianthiis ne sont séparés des Uragoga que d'une façon tout à fait artificielle, et l'on peut en dire autant des Saldinia; mais il en est encore de même de beaucoup de genres de la même famille qui ne sont conservés probablement qu'en vertu d'une coutume déjà ancienne, et sans qu'on puisse entre eux fixer une limite absolue et véritablement scientifique. Les Grwnilea ne peuvent être distingués des Uragoga que par leur albumen ruminé, caractère aujourd'hui tout à fait insuffisant; à l'exemple de M. .1. Hooker, nous les maintien- SUK LE NOUVEAU &ENRE THIERSIA. 335 drons réunis. Les principaux types que, par suite, nous ras- semblons, la plupart à titre de sections, dans le genre Uragoga, sont donc au nombre de 42 : Amaracarpus, Apodagoga, Calycosia, Cephœlis, Cleisocratsra, Colladonia, Encopea, For- cipella, Galvanea, Grumilia, Geophila, Gloneria, Hylacium, Litosanthes, Mapouria, Margarilopsis, Nonatelia, Opulagoga, Oligagoga, Psychotria, Patabea, Polyozus, Pyramidura, Para- straussia, Podocephœlis , Psalhura, Palicourea,Proscephalmm, Pachysanlhus , Ronabea, Rhodosloma, Rudgea, Straussia, Si- mira, Streblosa, Stauragoga, Strempelia, Tolisanthes, Triai- nolepis, Trichostachys, Viscagoga, Zivaardekronia, sans parler des synonymes reconnus par tous les auteurs qui nous ont précédé. SUR LE NOUVEAU GENRE THIERSIA Il nous est d'autant plus permis de consacrer un genre im- portant à l'homme politique dont la France républicaine res- pecte la mémoire et déplore la perte, qu'il s'est occupé pendant une assez longue période de sa vie de l'étude de sciences natu- relles, comme nous l'apprendrons peut-être un jour par la publication d'un des derniers ouvrages dont il s'est occupé avant 1870. Notre Thiersia insignis est une plante de la Guyane française, dont les organes de végétation sont remarquables sous deux rapports : des rameaux à entrenœuds alternative- ment comprimés dans deux sens opposés et devenant presque phvllodiques, et de grandes feuilles sessiles, opposées, insymé- triquement arrondies à leur base longuement atténuée, acumi- nées au sommet, et obtusément dentelées sur les bords; ce qui, comme on sait, est exceptionnel dans la famille des Rubiacées à laquelle appartient la plante. Ses fleurs sont assez semblables -\ 336 SUR LE NOUVEAU GENRE TIIIERSIA. à celles des Uraf/oga, mais les inflorescences sont axillaires, comme celles des Lasianthiis , et c'est entre ces deux types que le nouveau genre doit provisoirement prendre place. Ces inflo- rescences sont tout à fait exceptionnelles : ce sont des cymes composées dont les axes courts et trapus présentent un carac- tère tout à fait singulier. Us sont triflores et portent chacun à leur base deux grandes bractées foliacées, cucullées, probable- mentcolorées, et dont la concavité loge les deux fleurs latérales du groupe, c'est-à-dire celles delà seconde génération. L'autre fleur est centrale ou terminale, et elle est accompagnée de deux autres bractées latérales, situées plus haut que les précédentes, mais tout à fait différentes de forme, larges seulement à la base, brusquement acuminées et subulées au sommet. La fleur mé- diane et les deux latérales sont semblables comme organisation, présentant un ovaire infère, globuleux, biloculaire, qui devient peut-être un fruit charnu. Chacune de ses deux loges contient un ovule ascendant, à micropyle tourné en bas et en dehors, et le calice, supère et cupuliforme, est quadridenté, accrescent. La corolle est valvaire, quadrilobée; son tube porte des poils peu développés, et quatre anthères oblongues, dorsifixes, dé- hiscentes par deux fentes longitudinales. Le disque épigyneest très-développé ; il représente une sorte de cylindre élevé, tra- versé par la base du style, dont le sommet se partage supérieu- rement en deux branches stigmatifères. C'est Perrottet qui a trouvé le Thiersia en 1820, à la Guyane française, et nous ne pouvons que recommander aux explorateurs de notre colonie de nous envoyer des échantillons en bon état de cette plante inté- ressante, et surtout de ses fruits, qu'il importerait de connaître pour lui assigner une place définitive dans la classification des Rubiacées. Provisoirement, nous le laisserons dans le voisinage des Lasianlhus et Saprosma, et nous ferons remarquer ses étroites affinités avec les Faramea. SUR UN NOVVEAIi GENRE DE SAXIFRMfe Les riches collections qui ont été rassemblées dans ces der- nières années parles explorateurs français dans notre colonie de la Nouvelle-Calédonie renferment, entre autres plantes d'un grand intérêt, des branches fleuries d'un bel arbre d'une dizaine de mètres de hauteur, dont les feuilles et les inflores- cences rappellent beaucoup celles du Laurier-cerise; si bien qu'en les voyant et en analysant les fleurs dépourvues de gy- nécée fertile, on eût pu croire à un nouveau type de la famille des Rosacées. Nous verrons qu'il s'agit en réalité d'une Saxi- fragacée, du groupe des Polyosniées; ce qui n'est guère sur- prenant, car rien n'est plus difficile que de tracer une limite absolument nette entre les deux groupes des Saxifragacées et des Rosacées. Dans ces fleurs mâles réunies en grappes simples, qui occupent l'aisselle des feuilles supérieures des rameaux, le réceptacle peu profond supporte un court calice à quatre ou cinq sépales courts, épais, dentiibrmes, et est sur- monté d'un cône plein, que l'on peut regarder comme un gy- nécée rudimentaire et dont la surface convexe présente un certain nombre de lignes et de plis peu saillants, imprimés dans le bouton sur cet organe par les parties qui l'entourent, notamment par les étamines. En dedans du calice s'insèrent quatre ou cinq pétales sessiles, à large base, fortement im- briqués dans le bouton et se comportant après l'épanouisse- ment d'une façon fort particulière, comme nous le verrons à propos de la fleur femelle. Quatre ou cinq étamines alternent avec les pétales, formées chacune d'un filet court et d'une an- thère introrse, dont les deux loges, divergentes intérieure- ment, s'ouvrent chacune par une fente longitudinale. Si nous ajoutons à ces caractères de la fleur mâle, que cet arbre, au- xii (10 octobre 1879). 22 338 SUR UN NOUVEAU GENRE DE SAXIFRAGACÉES. quel nous donnerons le nom de Dedea, est glabre; que ses feuilles, alternes, pétiolées, elliptiques-lancéolées, aiguës au sommet comme à la base, sont penninerves, avec une foule de nervures secondaires parallèles, à peine obliques, comme dans beaucoup d'Oehnacées et de Diptérocarpées, lisses sur les deux faces, pales en dessous, dépourvues de stipules; que les grap- pes florales ont un axe rectiligne, cannelé, chargé de petites bractées alternes, articulées; qu'à l'aisselle de chaque brac- tée est une fossette peu profonde dans laquelle se loge et s'ar- ticule aussi la base du pédicelle floral ; et que celui-ci, insen- siblement dilaté vers son sommet, est chargé de petits poils peltés et squamiformes, assez clairsemés, nous aurons un certain nombre de caractères assez remarquables, mais dont aucun n'est assez significatif pour nous dire à quel groupe na- turel doit être rapporté le Dedea; comme il arrive presque toujours en l'absence de l'organe femelle. Cette observation n'est pas inutile; elle prouve que les premiers caractères sur lesquels on doit faire reposer la classification des végétaux doivent toujours être empruntés au gynécée. C'est M. Balansa, collecteur sans pareil, qui a trouvé cette plante à la Nouvelle-Calédonie, sur le versant occidental du Kougui, vers 500 mètres d'altitude. Elle porte dans son her- bier le n° 1781, et ses fleurs blanches se développent au mois de septembre. C'est un autre voyageur français, Pancher, qui nous a mis à même, par ses laborieuses recherches, d'étudier les fleurs femelles du genre Dedea, et, par suite, de déterminer la place que ce type doit occuper dans la série des familles naturelles. Pancher qui , revenu sain et sauf d'un premier voyage en Nouvelle-Calédonie, et qui, comme tant d'autres explora- teurs des régions tropicales, ne pouvait se résigner à vivre inactif et ignoré dans nos pays civilisés , repartit pour une se- conde expédition, dont le but principal était de doter l'horti- culture européenne des plus intéressantes plantes du pays des SUR UN NOUVEAU GENRE DE SAXIFRAGACÉES. 339 Canaques. Il y trouva la mort quelque temps après son débar- quement. 11 avait, lui aussi, récolté dans ce pays un Dedea bien différent de celui dont nous avons parlé tout à l'heure, parles petites dimensions de toutes ses parties. L'arbuste tout entier ne dépassait pas une couple de mètres de hauteur. Ses feuilles ne dépassaient pas le plus souvent 5 centimètres de longueur, c'est-à-dire qu'elles étaient cinq ou six fois plus courtes et plus étroites que celles de l'espèce précédente, et ses inflorescences étaient aussi beaucoup plus petites. C'est pour cette raison que nous avons appliqué à la première de ces plantes le nom spécifique de major, et à la dernière celui de minor. Or le D. minor portait des fleurs femelles, et nous pûmes les étudier aussi bien que le permettait la chute pré- coce de certaines parties de ces fleurs femelles, notamment des pétales. Ici l'analyse devient beaucoup plus intéressante. L'inflores- cence est toujours une grappe simple. Mais le réceptacle floral, dilatation du sommet du pédicelle, devient un sac ob- conique dont la concavité est remplie par un ovaire fertile. Sur les bords du sac s'insèrent un court calice, d'ordinaire quin- quédenté, et cinq pétales, imbriqués comme ceux de la fleur femelle. Lors de l'épanouissement, ils s'étalent, puis se ren- versent et se détachent avec la plus grande facilité par leur large base. Mais même avant leur chute, ils se déforment tel- lement, qu'au lieu de conserver l'apparence d'une petite lame ovale-oblongue, comme ils sont dans leur premier état, ils res- semblent à un petit cylindre, atténué en cône au sommet. Ce changement tient à ce que dans toute leur longueur, les bords s'enroulent étroitement en dehors. Leur face intérieure porte une petite crête longitudinale qui répond à leur nervure mé- diane et qu'on voit encore quand l'enroulement est complet. Ici les cinq étamines alternipétales demeurent généralement stériles. Toutes leurs parties sont néanmoins bien distinctes : un filet conique, épais et aplati , qui s'attache par une large 340 SUR UN NOUVEAU GENRE DE SAXIFRAGACÉES. base dans l'intervalle des pétales, et une anthère basifixe, à deux loges linéaires adnées aux bords du connectif, divergentes inférieurcment, et sur lesquelles sont même indiqués les sil- lons de déhiscence. En dedans de l'insertion du périanthe et de l'androcée, le sommet de l'ovaire sort de la cavité récepta- culaire, sous l'orme d'nn cône déprimé qu'entoure un disque annulaire peu prononcé, et que surmontent les branches sty- laires, au nombre de trois. Finalement, elles s'arquent un peu en dehors. Leur sommet se récurve aussi légèrement, et il est chargéd'une petite masse presque sphérique de papilles stigma- tiques. Dans l'intervalle des trois styles, l'ovaire infère porte sur la paroi de sa cavité unique trois placentas peu proéminents ; et un peu au-dessus de sa base, chacun de ces placentas porte, non sur son bord intérieur, mais sur son côté, à droite et à gauche, un ovule ascendant, anatrope, à micropyle inférieur et tourné du côté du placenta, c'est-à-dire situé immédiate- ment au-dessus de l'insertion ovulaire. Le centre de l'ovaire est donc vide, et vers sa périphérie se voient trois niches, ré- pondant aux branches stylaires, dans chacune desquelles se dressent deux ovules collatéraux appartenant à deux placentas voisins. Le fruit n'est pas complètement mûr dans les échan- tillons de Pancher ; on voit cependant qu'il est capsulaire, cy- lindrique, parsemé, comme le réceptacle floral, de petits poils peltés, surmonté du calice et des trois styles suivant le sillon médian intérieur dequels se fait la déhiscence. Les graines sont ascendantes, imbriquées, allongées, fusiformes, prolon- gées à leurs deux extrémités en une pointe conique pleine. Leurs téguments peu épais recouvrent un abondant albumen charnu, vers le sommet duquel se trouve un très petit embryon. A tous les caractères qui précèdent, on ne peut s'empêcher de trouver dans le Dedea un type de Saxifragacées, du groupe des Polyosmées, lesquelles ont été avec raison rapportées à la série des Escalloniées(voy. Mut. des plantes, III, 355,439). Les prin- cipales différences entre le Dedea et le Polyosma résident dans SUR UN NOUVEAU GEN'KE DE SAXIFHAGACÉES. 341 le type 5 des fleurs du premier et 6 des fleurs du dernier; dans la préfloraison de la corolle, valvaïre dans le dernier, imbri- quée dans le premier ; dans le nombre des placentas, qui est de trois dans le premier, de deux dans le dernier; dans le nombre des ovules, défini dans le premier, indéfini dans le dernier ; dans le fruit, charnu dans le dernier, capsulaire daris le pre- mier; dans les graines, solitaires dans le Polyosma, plus nom- breuses dans le Dedea. Ces dilïérences sont donc multiples et importantes. C'est sur les montagnes de la Nouvelle-Calédonie que Pancher a récolté le D. minor. M. Balansa (n. 1004) l'a trouvé aussi sur le mont Mi, « dans les terrains argilo-ferru- gineux ». Les deux mêmes voyageurs ont trouvé un troisième Dedea dans le même pays : Pancher sur le Kougui, à 800 mètres d'al- titude, et M. Balansa (n. 2814), sur le mont Mou, vers 1 150 mè- tres d'altitude. Celui-ci est un petit arbre à cime arrondie et dense, tout glabre, et dont les feuilles lisses, pâles en dessous, elliptiques-aiguës, n'ont au plus que 8 centimètres de long sur 3 ou 4 de large. Leur pétiole, trois fois plus mince que celui du D. major, est cependant plus long d'un tiers ou plus. Les inflorescences sont plus courtes que les feuilles; et les fleurs femelles, les seules que nous connaissions, sont exactement construites, de même que les fruits, comme dans le D. minor, Les nervures secondaires des feuilles sont plus écartées et plus obliques que celles du D. major. Nous ne voudrions cepen- dant pas affirmer que ce Dedea, auquel nous donnons le nom de média, ne devra pas se rapporter comme forme au D. major, quand on pourra comparer entre eux les pieds de l'un et l'autre sexe dans les deux plantes. Il serait très-possible qu'ici les conditions de terrain, d'altitude, etc., eussent modifié une seule et même espèce dont nous n'aurions, dans ce cas, sous les yeux que deux états différents. 342 TRAITÉ i F>G. 1. FlG. 2. FlG. 3. FlG. i. FlG. 5. FlG. 6. FlG. 7. FlG. 8. FlG. 9. FlG. 40. FlG. il. FlG. 12. FlG. 13. FlG. U. EXPLICATION DES FIGURES. Planche IlI-IV. Dedea major (individu mâle). Rameau florifère. Portion de la grappe, montrant les bractées et l'articulation des pédicelles. Feur mâle après la chute des pétales. Fleur mâle, les pétales et les étamines enlevés. Dedea minor (individu femelle). Rameau fructifère. Fleur femelle. Diagramme floral femelle. Fleur femelle, coupe longitudinale. Pétale détaché suivant sa large base. Coupe transversale du pétale révoluté. - Ovule. Fruit déhiscent. - Graine. • Graine, coupe longitudinale. TRAITÉ DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT (suite) XIV Papayées Ce groupe naturel, auquel on rapporte de nos jours une ving- taine d'espèces, réparties dans le Prodromus dans trois genres distincts, a été rapproché par Adanson des Euphorbiacées et par À.-L. de Jussieu des Cucurbitacées. M. A. de Gandolle en fait un Ordre qui, d'après lui, doit être sans hésitation placé DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 343 à côté des Cucurbitacées et des Passifloracées. Nous l'avons rangé dans la même famille que les Pangiées, dans notre His- toire des plantes (IV, 283, 320) et tout à côté de celle-ci, c'est- à-dire parmi les Bixacées, et au même titre, comme simple série ou tribu. Ce que nous connaissons du développement des fleurs femelles, notamment du gynécée, va nous démontrer d'étroits rapports avec ce que l'on sait depuis longtemps des Capparidacées, desPapavéracées, etc., c'est-à-dire de plantes dont les Bixacées sont également très-voisines, d'après tous les botanistes. Nous avons également réduit à un seul les genres qu'on a admis dans le groupe, c'est-à-dire les Carica, Jacaratia et Vas- concellea, qui ne sont pour nous que des sections ou sous- genres du genre Papaya de Tournefort. C'est, bien entendu, le développement de la fleur femelle qui présentait surtout de l'intérêt. Nous avons pu l'observer sur trois plantes différentes; qui fleurissent fréquemment dans nos serres : le Papayer com- mun ; celui qu'A. Saint-Hilaire a décrit sous le nom de Vas- concellea quercifolia, et l'un de ceux que l'on cultive sous le nom de Carica gracilis. Dans ce dernier, l'inflorescence femelle est assez complexe, quoiqu'elle puisse souvent paraître réduite à une fleur axillaire solitaire; et presque toujours elle rappelle à celui qui l'observe de près les inflorescences mâles plus compliquées, qu'on a dé- signées, d'une façon assez vague, comme : Puis il distingue les Pu paya par le sens de la torsion de leur corolle mâle : « lobi corollœ masc. œstivatione dextrormm (e centra jloris obs.) conforta » ; les Vasconcellea par « wstiratione aut sinistroraum DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 345 Dans l'espèce que nous étudions ici, la fleur femelle n'a pas d'étamines. Dans d'aulres elle en possède un ou deux verti- cales, formés de pièces alternes, mais qui s'arrêtent de bonne heure dans leur développement et sont réduites à l'état de sim- ples languettes. Assez souvent cependant les étamines de la fleur femelle prennent un développement plus considérable. J'ai vu des pieds femelles de divers Papaya cultivés donner de bons fruits, avec des graines fertiles, dans des serres où il ne se trouvait aucun pied mâle. Dans ces cas, que certaines per- sonnes peu difficiles sur l'observation n'auraient pas hésité à admettre comme exemples de parthénogenèse, il y avait une ou plusieurs étamines pourvues d'une anthère pollinifère, et j'ai vu des pieds femelles dont presque toutes les fleurs étaient dans ce cas. Les cinq petites feuilles carpellaires , qui constitueront les parois de l'ovaire et les styles, naissent simultanément dans l'intervalle des pétales. Elles s'élèvent bientôt, devien- nent concaves et connées, et forment alors autour du centre du réceptacle presque planune enceinte découpée de cinq cré- nelures. Par suite d'accroissements inégaux de ces diverses parties, une fossette semble alors se creuser dans l'aisselle de chaque feuille carpellaire. Ces fossettes sont séparées les unes des autres par d'épaisses cloisons rayonnantes qui sont placées en face des pétales. Leur bord supérieur est libre et horizon- coniorta, nul valvari »; les Jacaratia (p. 41.9,), pur « œstivatîorie dextrorsum conforta ». On ne comprend donc pas comment, en 1868, M. Decaisne, ne tenant, nul compte de ces données, établit (Trait, gén., 485) comme caractère constant des Papayacées, que chez elles « la corolle est valvaire ». De plus, M. Decaisne croit qu'on peut distinguer par ce caractère de la préfloraison valvaire les Pa- payacées des Cucurbitacées, et MM Réntham et Hooker (Gen., I, 816) disent des pétales : « calvata v. marginibus involulis ». 11 est certain que la préfloraison de la corolle est imbriquée dans bien des Cucurbitacées; mais les observateurs tiennent aussi compte des cas particuliers'. M. Duchartre, qui n'observe guère ce qui est relatif à l'organisation des végétaux, place les Nhandirobées parmi les Cucurbitacées, auxquelles il accorde en bloc une préfloraison de la corolle « imbriquée ou introfléchie t ; puis il énumère comme Nhandirobées les Ferillea. qui ont les pétales imbriqués, et les Zanonia, qui les ont valvaires. 346 TRAITÉ tal. Plus tard, à mesure que les parois convexes de l'ovaire s'élèvent, les cloisons grandissant plus vite vers la périphérie que vers le centre, leur bord libre devient oblique de bas en haut et de dedans en dehors. Quant aux sommets des feuilles carpellaires, après s'être réunis pour fermer en haut la cavité ovarienne, ils se séparent plus haut les uns des autres pour constituer autant de branches stylaires superposées aux loges et répondant aux cinq angles saillants qui se voient sur les côtés de l'ovaire. Dans le Vasconcellea, on sait que l'ovaire est aussi partagé par cinq cloisons en autant de cavités alterni- pétales. Mais il y a longtemps, au sommet de l'ovaire, un espace, si restreint qu'il soit, où les cloisons font défaut et où l'ovaire demeure uniloculaire. Lorsque, comme dans le Pa- payer commun, cette cavité centrale de l'ovaire persiste dans toute sa hauteur, cela tient uniquement à l'exagération de l'obliquité du bord supérieur des cloisons. Ce bord devient même vertical ou à peu près et n'arrive nulle part au contact des quatre autres sailliespiacentaires. Car ces cloisons épaisses, alors même qu'elles partagent l'ovaire en cavités presque complètes, sont toujours les parties sur lesquelles se déve- loppent les ovules. Ceux-ci sont en nombre indéfini dans toutes les Papayées connues, et ils naissent ordinairement sur plusieurs séries verticales à partir de l'intérieur. Dans le P. f/racilis, ces séries parallèles peuvent être réduites à deux ; et dans le Vascon- cellea, la plus jeune peut être incomplète ou même disparaître totalement. Mais dans les espèces à gros fruit, comme le Papayer commun, elles sont très nombreuses et très pressées les unes contre les autres, chacune d'elles comprenant en outre un très grand nombre d'ovules. Aussi l'ordre primitif de ces derniers s'eiface-t-il de bonne heure, et tous semblent semés sans ordre sur la paroi de la loge. Quand au contraire on observe leur développement, on voit que ceux des séries intérieures naissent et grandissent longtemps avant ceux des DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 347 séries extérieures, et que, dans une série donnée, les plus jeunes sont en bas et surtout en haut, les plus développés étant vers le milieu de la hauteur, généralement un peu plus bas que lui. L'évolution individuelle de chaque ovule est le point le plus curieux et aussi le plus inattendu de l'histoire organogénique des Papaya. De plus, dans toutes les espèces probablement, mais à coup sûr dans les trois dont il nous a été donné de suivre le développement sur la plante vivante, cette évolution est absolument la même et constitue un caractère physiolo- gique du groupe; plus facile à constater dans les espèces où l'ovule, très allongé, a primitivement la forme d'une baguette étirée, comme dans le Papayer commun. Ce caractère con- siste dans l'apparition de la primine longtemps avant la formation de la secondine, et généralement à une assez grande distance l'une de l'autre. Pour les personnes qui se plaisent, on ne sait pourquoi, à considérer l'ensemble de l'ovule comme un rameau pourvu de deux feuilles, les organes qu'on appelle les enveloppes de l'ovule naîtraient sur le nucelle considéré comme axe, de la même façon et dans le même ordre que le feraient deux feuilles portées par lui. Mais là s'arrête la res- semblance, pour la secondine au moins. La primine seule a d'abord un développement unilatéral. Surla baguette allongée et d'abord rectiligne que représente l'ovule du Papayer, l'iné- galité d'accroissement amène d'abord la formation d'un léger coude au point où l'organe presque cylindrique s'atténue assez brusquement pour se terminer en cône. C'est sur la convexité de ce coude que se produit le renflement en forme de croissant qui représente d'abord la primine. Au-dessus, le cône terminal de l'ovule demeure quelque temps sans changement; puis il s'épaissit circulairement vers le milieu de sa hauteur, c'est-à- dire relativement bien loin de la saillie de la primine. Son épaississement ne ressemble en rien à celui qui annonce l'apparition d'une feuille ou d'une enveloppe membraneuse. 348 TRAITÉ On s'en rend bien compte sur une coupe longitudinale où l'on voit que la section du cône nucellaire, laquelle représentait un triangle isocèle à sommet émoussé, prend la forme d'un losange dont les quatre angles seraient également émoussés. Ce n'est que plus tard que la secondine affecte peu à peu la forme d'un bourrelet circulaire dont l'ouverture se dirigerait vers le som- met de l'ovule. Finalement, l'ovule anatrope du Papayer com- mun est semblable à celui des autres plantes. La base du long cône primitif est devenue un épais funicule dans lequel se for- ment de nombreuses trachées; on les suit, au nombre de plus de vingt, dans le raphé. Quand la primine s'est développée au- tour de la secondine et l'enveloppe comme un capuchon, des épaississements irréguliers commencent à se produire vers le sommet du funicule. L'exostome s'épaissit aussi un peu, et au- dessus de lui le funicule s'avance en une légère saillie qui sert de guide et d'appui aux tubes polliniques se dirigeant vers le micropyle. Lenucelle est creusé d'un énorme sac embryon- naire. Toutes les modifications dont nous venons de parler se produisent aussi dans le Vasconcellea et le C. gracilis ; mais la brièveté du cône ovulaire primitif fait que les épaississements qui correspondent à la primine et à la secondine sont bien plus rapprochés l'un de l'autre, partant moins distincts. L'évolu- tion est cependant la même ; la secondine naît longtemps après la primine. Dans ces espèces, d'ailleurs, il est plus facile de constater la position que prennent les diverses régions de l'ovule dans son mouvement anatropique : quand il est horizontal ou à peu près, son raphé est presque transversal, tourné du côté du fond de la loge, et son micropyle est ramené en avant et en dehors contre ki cloison de séparation des loges. Tandis que dans certains Papaya, les branches stylaires demeurent toujours simples, quelque longueur qu'elles pré- sentent, dans d'autres, comme le P. Carica, elles se ramifient beaucoup. Mais cette division est toujours tardive. Au début, le P.Carira n cinq branches stylaires simples, obtuses. En haut DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 349 et sur les côtés, elles développent deux petits lobes obtus qui leur donnent alors l'aspect d'un petit trèfle. D'autres lobes secondaires se produisent ultérieurement. Dans le P. Carica aussi les axes de 1 inflorescence se terminent par une (leur plus âgée et, plus bas qu'elle, produisent des fleurs ou des axes se- condaires ; mais ceux-ci peuvent eux-mêmes porter des axes de troisième génération. Quand un de ces axes ultimes, très court et terminé par une fleur, porte, au-dessous d'elle, deux bou- tons plus jeunes, on comprend qu'il figure tout à fait une petite cyme trillore et bipare. Il suffit de consulter les planches du Traité d'organogénie de Payer pour se convaincre de l'analogie du développement qu'il y a entre les Papaya et les Capparidées, certains Papavéra- cées, etc. Gela est vrai surtout du gynécée et de la façon dont les ovules se montrent sur les cloisons placentaires, complètes ou incomplètes. Ainsi que nous l'avons dit, des faits analogues se présentent dans le gynécée de certaines Bixacées, telles que les Oncoba, les Cochlospermum, etc. Les affinités avec les Passi- floracées, admises par tous, ne sont pas douteuses non plus; mais on sait que certains types, tels que les Rgania, ont été rapportés tantôt aux Passifloracées et tantôt aux Bixacées. EXPLICATION DES FIGURES. Planche X. Papaya gracilis. FlG. 1. — Inflorescence femelle. L'axe principal, de même que les autres, se ter- mine par une fleur plus âgée fl, articulée en ar. 11 porte au-dessous des bractées alternes, bb, dont l'aisselle est occupée par une fleur, accompagnée de deux brâctéoles latérales b'b'. FlG. 2. — Bractéole florale b, avec un petit réceptacle floral axillaire, accompa- gné de deux brâctéoles latérales b'b'. FlG. 3. — Bractée florale plus âgée que dans la ligure précédente, b. Entre les brâctéoles latérales b'b', on voit le réceptacle qui porte à cet âge deux sépales, dont un seul, le postérieurs 2 , peut être aperçu de ce côté de la fleur. Fie 5. FlG. 6. FlG. 7. FlG. 8. 350 TRAITÉ FlG. i. — Bouton accompagné des deux bractéoles latérales b'b> et portant les cinq sépales inégaux, dont on voit seulement quatre : le postérieur s 2 , les deux latéraux s*, s 5 et l'un des antérieurs s', le sépale 3 de- meurant caché par le réceptacle. Bouton plus âgé où les sépales, plus développés, sont peu inégaux. Bouton plus développé encore, vu de haut. Les cinq sépales, encore un peu inégaux, sont écartés pour laisser voir les cinq pétales nais- sants pp. Bouton dans lequel les sépales ss et les pétales alternes pp sont plus développés encore. Fleur dans laquelle, outre les sépales ss et les pétales écartés pp, on voit naître les mamelons staminaux, ee. — b, bractée-mère; b'b' , bractéoles latérales. FlG. 9. — Réceptacle sur lequel sont disposées les cinq feuilles carpellaires en dedans desquelles sont les fossettes, premier rudiment des loges. FlG. 10. — Gynécée plus âgé; les fossettes/ plus développées. FlG. 11. — Même gynécée, coupe longitudinale. — //, cavités des loges jeunes, dont une, le, est coupée par le milieu. FlG. 12. — Gynécée dont les sommets des cinq feuilles carpellaires sont plus saillants FlG. 13. — Même gynécée, coupe longitudinale. Mêmes lettres que dans la figure 11. FlG. 14. — Gynécée plus âgé encore. FlG. 15. — Coupe longitudinale du même gynécée. Mêmes lettres. — Dans la loge ouverte le on voit sur la paroi une première série verticale d'ovules. FlG. 16. — Coupe grossie davantage de la loge ouverte de la figure pré- cédente. Fig. 17. — Coupe d'une loge dans laquelle en dehors des ovules de la première série, o 1 , s'en est produit une seconde série, o 2 . FlG. 18. — Coupe longitudinale d'un gynécée plus avancé en âge. Fig. 19. — Coupe grossie davantage de la loge ovarienne ouverte, avec deux séries d'ovules, les extérieurs, o 2 , plus jeunes; les intérieurs, o 1 , plus âgés; quelques-uns d'entre eux ayant déjà une primine. Fig. 20. — Ovule jeune, réduit au nucelle n. Fig. 21. — Ovule plus âgé dans lequel le nucelle n s'entoure à sa base de la primine pr. Fig. 22. — Ovule encore plus âgé ; le nucelle n est entouré à sa base de la pri- mine pr, déjà fort développée, et, au-dessus de celle-ci, commence à se former la secondine se. Fig. 23. — Ovule peu avant l'anthèse. Mêmes lettres que dans la figure pré- cédente. Fig. 24. — Coupe transversale de l'ovaire, pour montrer la disposition et le sens d'anatropie des ovules. DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 351 Papaya Carica. Fig. 25. — Très-jeune ovule , en forme de baguette , à sommet nucellaire co- nique, n. Fig. 26. — Ovule plus long, sur lequel se produit la saillie pr de la primine. Fig. 27. — Age ultérieur. La primine pr plus développée, et au-dessous du som- met du nucelle n, le premier indice de la saillie circulaire de la secondine, se. Fig. 28. — État plus avancé de l'ovule. Mêmes lettres. XV Berbéridacées Cette (famille a été étudiée organogéniquement par Payer (Tr. d'organog. comp., 237), et nous avons, il y a longtemps (in Adansonia, II, 268), observé plusieurs faits relatifs à son développement. Nous pouvons aujourd'hui ajouter quelques points nouveaux aux données acquises, grâce à l'introduction dans les cultures du Berberidopsis corallina. Cette remar- quable plante chilienne est, comme on sait, intermédiaire aux Berbéridacées proprement dites et aux Lardizabalées, par le nombre de ses placentas. Son ovaire est en effet formé de trois feuilles carpellaires avec lesquelles alternent autant de placentas pariétaux ; si bien que le Berberidopsis peut être considéré comme une Lardizabalée dans laquelle les car- pelles se sont unis bords à bords en un ovaire uniloculaire, au lieu de demeurer complètement indépendants les uns des autres. Le même fait se présente dans les Erythrospermes, dont la place dans la classification a varié suivant les auteurs, et que nous avons rapprochés des Berberidopsis dans une même série (Erythros pennées) de la famille des Berbéridacées (Hist. des plant., III, 48, 72). L'inflorescence du Berberidopsis est assez variable. On la dé- crit comme une grappe terminale. Telle elle est peut-être dans 352 TRAITÉ un certain nombre de cas : le sommet des rameaux est chargé de bractées alternes qui succèdent aux feuilles, et une fleur apparaît dans l'aisselle de chacune de ces bractées. L'axe peut être alors terminé par une fleur; et parfois aussi les appendices foliaires qu'il porte vers son extrémité prennent un grand développement et deviennent de véritables feuilles, au lieu de demeurer à l'état de bractées; si bien que l'inflo- rescence cesse d'être terminale, et que le rameau feuille con- tinue son évolution au delà des fleurs. Souvent aussi ce n'est pas à l'aisselle d'une bractée que se trouve la fleur, mais bien à l'aisselle d'une feuille ordinaire ; et là, ou bien cette fleur- est solitaire, ou bien elle est accompagnée d'une ou deux fleurs latérales, plus jeunes; si bien qu'on observe une véri- table cyme axillaire pauciflore. Avec une fleur axillaire solitaire, on voit d'abord paraître, en dedans de la feuille ou de la bractée-mère, deux appendices latéraux qui sont des brartéoles sessiles. Ensuite naît le véri- table périanthe, formé de trois folioles, dont une postérieure et deux antérieures. Le type floral primitif du Bevberidopsis est en effet trimère, comme celui des Berberk. Ces trois pre- mières folioles, qui deviennent pétaloïdes, se disposent en pré- floraison imbriquée. En dedans d'elles le périanthe comporte encore un nombre variable de folioles imbriquées; on peut eu compter jusqu'à une douzaine, et elles peuvent à l'âge adulte paraître disposées sur trois ou quatre séries. Il n'y en a que deux, en réalité, à l'époque de l'apparition. Mais ces folioles nombreuses résultent du dédoublement de trois pétales (?) dont les trois premiers naissent dans l'intervalle des sépales et demeurent quelque temps des mamelons simples. Il en est de même des étamines : quoique à l'âge adulte on en trouve de huit à onze, elles ne représentent au fond que deux verticilles trimères. Aux mamelons primitifs, qui sont longtemps les plus grands, viennent s'en ajouter de secon- daires qui leur sont latéraux et qui sont le produit de dédou- DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 353 blements. Seulement ces mamelons secondaires grandissent ensuite plus vite que les primitifs; si bien que toutes les an- thères sont à peu près de môme taille à l'âge adulte. Ces anthères sont presque sessiles ; sur leur connectif épais se dessinent intérieurement deux loges qui plus tard s'ouvriront par des fentes longitudinales. Il n'y a point sur le dos du connectif une fente comme celle qu'a représentée M. De- caisne (Tr. gcn. r 377), toujours inexact dans ses observations, et malheureusement influencé par cette idée qu'il professe encore en 1868, que les Berbéridées ont des « anthères extrorses ». Outre que le Berberidopsis, s'il l'eût exactement observé, l'eût éclairé par la direction manifeste de ses anthères, on s'étonne qu'il n'ait pas mentionné, au moins pour la com- battre, l'opinion exprimée, il y a dix-sept ans (Adansonia, II, 273), que les Berberis ont en réalité l'anthère primiti- vement introrse et non extrorse. Un autre point remarquable de l'organisation du Berbe- ridopsis, c'est l'existence dans ses fleurs d'un disque exté- rieur à l'androcée et comparable, par conséquent, à celui des Sapindacées, etc., et dont il est facile de suivre l'évolution. La portion du réceptacle floral qui porte les étamines, au lieu de demeurer conique, comme au début, s'élargit ici en forme de plateau, se gonfle en dehors des étamines, autour des- quelles elle forme une sorte de rempart circulaire, et finit même par se créneler sur les bords d'une façon plus ou moins régulière. Ce disque est donc ici, comme presque toujours, le résultat d'une hypertrophie tardive d'une portion de l'axe floral. . C'est au centre de ce plateau (alors fort peu développé) que se montre le gynécée. Il est formé d'abord de trois petits croissants qui deviennent connés par leurs bords et s'élèvent ensemble pour constituer l'enceinte ovarienne. Ce sont les sommets rapprochés de ces trois feuilles carpellaires qui con- stituent le style. Sur les trois cordons placentaires qui alter- xii. (20 octobre 1879.) 23 354 TRAITÉ nent avec elles, les ovules naissent en assez grand nombre sur deux séries parallèles. La plupart apparaissent de haut en bas sur chaque série ; il n'est cependant pas rare qu'au-dessus du premier ovule né dans la série, il s'en développe ensuite un ou deux plus jeunes. Outre que ces ovules anatropes se regar- dent par leurs raphés, ils deviennent plus ou moins ascen- dants, puis presque horizontaux. Ils ont un double tégument, et leur micropyle regarde finalement en dehors et latéralement, rapproché des bords du placenta. XVI Stylidiées. Deux genres de Stylidiées, bien voisins l'un de l'autre, et cependant présentant des différences auxquelles certains clas- sificateurs accordent une valeur considérable, du moins dans d'autres groupes, ont pu être étudiés organogéniquement dans nos serres. L'un est le Levenhookia, dont j'ai vu fleurir en 4862 une espèce que je crois être le L. fusilla. L'autre est le genre Stylidium, dont j'ai suivi le développement sur plusieurs es- pèces à Paris et à Bordeaux. Dans l'un et l'autre, la corolle est irrégulière, l'androcée diandre, gynandre, et l'ovaire multi- ovulé. Dans l'un et l'autre, le calice naît dans l'ordre quin- concial, sur les bords d'un réceptacle floral qui, d'abord légèrement convexe, s'accroît ensuite plus rapidement par ses bords que par sa portion centrale, de façon à devenir graduellement de plus en plus concave, comme il arrive dans d'autres types à ovaire infère ; il est inutile d'insister sur ce point. Dans le Levenhookia, les pétales naissent simultanément, ou bien peu s'en faut, dans l'intervalle des sépales, et pendant longtemps ils demeurent sensiblement égaux, tout en étant DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 355 ensemble soulevés par la portion basilaire commune de la corolle. Cette portion n'est pas visible encore quand les deux étamines commencent à poindre, à droite et à gauche, sur le réceptacle floral. Plus tard elles sont verticalement soulevées, non avec le tube de la corolle, comme c'est le fait le plus ordi- naire parmi les Monopétales; mais la gynandrie est due à ce qu'elles sont entraînées de bas en haut avec la portion supé- rieure, c'est-à-dire stylaire, du gynécée, alors que sa portion inférieure, c'est-à-dire ovarienne, s'accroît au contraire de haut en bas. Il y a déjà longtemps que les deux mamelons staminaux, arqués et concaves en dedans, présentent sur leur face supé- rieure une légère dépression transversale, répondant au sillon de séparation des deux sommets des loges de l'anthère, quand la corolle, bien plus courte alors que l'androcée, commence à devenir irrégulière. G'estson lobe antérieur qui seul se déforme alors et cesse de représenter, comme les quatre autres, une languette lancéolée et plane. Il acquiert un onglet et un limbe distincts; et ce dernier, de plus en plus aigu au sommet et concave en dedans, enveloppant môme bientôt une partie des deux anthères, se prolonge aux deux cotés de sa base en une languette aiguë et calcariforme ; cette déformation lui a valu le nom de labelle. Il recouvre dans l'imbrication les deux lobes latéraux de la corolle, eux-mêmes recouverts par les deux postérieurs. La préfloraison est donc généra- lement quinconciale pour la corolle comme pour le calice, mais en sens inverse, vu la situation des lobes de l'un et de l'autre. Les deux feuilles carpellaires se montrent simultanément dans l'intervalle des mamelons staminaux, sous forme de deux croissants qui se regardent par leur concavité ; ils forment ainsi une sorte de bouche, d'abord béante, puis à ouverture linéaire transversale, au-dessous de laquelle ils sont connôs, s'élevant rapidement ensemble pour former le style, qui entraîne avec 350 TRAITÉ lui l'androcée, et pour constituer la voûte de l'ovaire, seule portion appendieulaire de cette cavité dont la majeure partie est limitée par les parois du réceptacle. Le fond môme de la cavité ovarienne est d'abord concave. Peu à peu il se relève en un mamelon basilaire qui devient ensuite une sphère, sessile, puis stipitée, sur laquelle se déve- lopperont les ovules. Il s'agit donc bien ici d'un placenta cen- tral-libre, semblable à celui des Primulacées, avec lesquelles, lorsqu'elles ont l'ovaire infère, la ressemblance des Leven- hookia est si grande dans le jeune âge, qu'on est tenté de considérer un de ces derniers comme la forme irrégulière d'un Samolus. Les ovules se développent de haut en bas sur le placenta; et ici, comme dans certaines Primulacées, ils ont double tégument. Leur micropyle est finalement dirigé en bas et en dehors. Ce n'est que très tardivement qu'on voit se produire dans ces plantes deux organes auxquels on n'a pas jusqu'ici accordé une grande attention : d'abord un rudiment, à peine visible dans l'espèce qui nous occupe, d'une cloison transversale qui, tout au fond de l'ovaire, relie la base du placenta central aux parois latérales; puis une très petite collerette qui occupe la gorge de la corolle et qui rappelle celle des Narcisses, avec de très minimes dimensions. Je ne crois pas qu'on veuille ici admettre que cette coronule représente des étamines avortées. Le Stijlidmm que j'ai le plus étudié dès 1862, est le S* graminifolium, alors commun à Paris dans les cultures. Aujourd'hui qu'il en a presque complètement disparu, je n'ai pu vérifier mes observations organogéniques que sur les S. ad- naium et fasciculatum, dont l'évolution florale est la môme au début et ne présente qu'ultérieurement quelques divergences de détail. Les inflorescences du S. graminifolium sont des grappes de cymes. Parfois, comme dans le S. fasciculatum, on trouve des fleurs solitaires à l'aisselle des bractées inférieures; DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 357 mais au-dessous de leur ovaire se trouvent une ou deuxbrac tées qui ailleurs peuvent devenir fertiles. Dans le S. gramini folium, deux bractéoles naissent à la même hauteur sur les côtés du mamelon floral. Puis, dans l'aisselle de Tune d'elles, un bouton de seconde génération se montre sous forme d'un mamelon presque sphérique. La cyme est donc alors unipare. Quant à la Heur de première génération , son réceptacle, d'abord hémisphérique et parfaitement lisse, se déforme de très bonne heure et présente alors à son sommet une très légère dépression qui répond à la séparation des deux éta- mines. L'apparition du calice a précédé un peu ce phéno- mène ; ses pièces naissent dans l'ordre quinconcial; et le sépale 2, le plus développé de tous en largeur, est postérieur, -tandis que les sépales 1 et 3 sont en avant, du côté de la bractée mère. Rien n'est difficile comme devoir le premier âge de la corolle ; c'est un très court bourrelet à peine sinué, qui se montre en dedans du calice et qui pendant longtemps s'élève à peine, tandisque les deux gros lobes latéraux qui représentent les anthères prennent en hauteur un rapide accroissement. Ces deux organes sont de bonne heure connés par leur base, et c'est en les écartant qu'on voit poindre les deux petites lèvres formant, comme clans le Leveiihoo/iia, cette sorte de bouche qui représente alors le gynécée. La déformation du réceptacle, qui rend graduellement l'ovaire infère, l'entraînement des étamines avec le sommet du gynécée et la naissance du pla- centa d'abord central-libre au fond de la loge ovarienne, sont des phénomènes qui se produisent de la môme façon que dans le Levenhookia. Ici seulement les loges de l'anthère demeurent collatérales, au lieu de se déplacer verticalement et de se pres- que superposer, comme elles font finalement dans le Leven- hookia ; et les ovules, au lieu de naître à partir du sommet du placenta, se montrent d'abord vers le milieu de sa hauteur, pour se propager ensuite vers la base, puis vers le sommet. De plus le placenta cesse de bonne heure de s'accroître également 358 TRAITÉ en avant et en arrière de son pied très court, et ce rudiment de cloison qui, dans les Levenhookia est réduit à de si humbles dimensions, s'étend ici dans une beaucoup plus grande étendue du pied placentaire aux parois latérales de l'ovaire, de manière à former une haute cloison qui est perforée au- dessus des placentas d'une large fenêtre à bords libres, presque verticaux. En somme, l'ovaire devient biloculaire en bas et demeure uniloculaire en haut. Mais peut-on sérieusement admettre que la nature de la placentation ne soit pas la même dans le Levenhookia et dans le Stylidium graminifolium? Celle des loges ovariennes qui, dans cette dernière espèce, présente déjà un lobe placentaire moins élevé et moins riche en ovules que l'autre, devient dans le S. fasciculatum une étroite cavité tout à fait dépourvue d'ovules, et qui est la pos- térieure. Dans tous les Stylidium, la corolle est irrégulière. Son lobe antérieur, celui qui dans les Levenhookia a reçu le nom de labelle, demeure plus petit que les autres, souvent réduit à une languette ou à un petit appendice cordé, plus ou moins charnu. II se forme aussi, vers la gorge de la corolle, une sorte de collerette à apparition tardive. Dans le S. graminifolium, elle débute par huit petits mamelons, placés deux à deux en dedans de la base de chacune des quatre grandes divisions de la corolle. Ces productions sont indépendantes du disque, qui, dans la plupart des espèces du genre, est représenté par une glande épigyne, plus ou moins soulevée avec la corolle et qui correspond à sa ligne médiane antérieure. EXPLICATION DES FIGURES. Planche I. LEVENHOOKIA PUSILLA. FlG. 1. — Très jeune bouton dans lequel ont. voit néanmoins déjà tous les •verticilles de la fleur : ss, les sépales ; p, les pétales, dont les DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU TRUIT. 359 deux postérieurs (ici placés en bas) sont déjà manifestement unis par leur base; ee, les deux élamines latérales; c, les deux jeunes carpelles, formant lèvres autour de l'orifice du gynécée. Fig. 2. — Portion centrale d'un bouton qui est presque de même âge que celui représenté dans la figure précédente : ce, feuilles carpellaires limitant le jeune ovaire béant. Les étamines ee ont été coupées en travers. Fig. 3. — Bouton plus âgé encore. Le calice s a été coupé. Les divisions de la corolle sont à peu près égales entre elles, e, étamines. Fig. i. — Fleur représentée dans la figure précédente ; coupe longitudinale bilatérale. Mêmes lettres. L'ovaire a déjà sa cavité formée et nettement infère. Du fond de sa loge s'est élevé le petit placenta libre pi. Fig. 5. — Coupe longitudinale antéro-postérieure de la même fleur. Mêmes lettres. Les sommets des deux feuilles carpellaires sg sont coupés par le milieu de leur largeur. Fig. 6. — Fleur plus âgée. Le calice s enlevé. Les étamines e ont des loges d'anthère distinctes. Le pétale antérieur/) est plus grand déjà que les autres et dissemblable. Fig. 7. — Fleur à peu près de même âge, vue par le haut. Le calice a été enlevé, et les anthères ee coupées en travers. La corolle p est irrégulière et son lobe antérieur (ici tourné en haut) est le plus grand. Fig. 8. — Age plus avancé. Le calice s est coupé. Les pétales pp sont bien plus inégaux, ee, étamines ; sg, sommet des feuilles carpel- laires. Fig. 9. — Coupe longitudinale antéro-postérieure d'un bouton de même âge à peu près que celui que représente la figure précédente. Mêmes lettres. Le placenta pi porte déjà des ovules dans sa portion supérieure. Fig. 10, 11. — Corolle imbriquée, à deux âges successifs. Fig. 12. — Androcée au moment où les étamines esout déjà connées et entraî- nées en g avec le style. Fig. 13. — Placenta pi entier du bouton représenté dans la figure 9. Fig. 14. — Placenta plus âgé; les ovules, revêtus de leurs téguments, sont devenus anatropes. Fig. 15. — Fleur à laquelle appartient ce placenta; coupe longitudinale antéro- postérieure. s, calice ; p, corolle; e, étamine; c, feuille carpellaire pi, placenta. Fig. 16. — Ovule presque adulte : h, hile; m, micropyle. Fig. 17. — Fleur adulte. Le lobe antérieur de la corolle ou labelle s'est réfléchi. Fig. 18. — Diagramme de la même fleur. Fig. 19. — Même fleur, coupe longitudinale. Le placenta libre pi est devenu grêle. Un rudiment de cloison cl s'est élevé dans l'ovaire de chaque côté de sa base. Une petite collerette occupe la gorge de- là corolle. 360 TRAITÉ Fig. 20. — La corolle presque adulte étalée; l, le labelle. Kig. 21. — Sommet de l'androcée et du gynécée. Avec les deux branches stig- matifères stg du style alternent les deux étamines ee dont les loges se sont superposées l'une à l'autre. Fig. 22. — Style adulte, avec ses deux branches sligmatifères stg et les deux anthères e, enveloppé par le labelle l dont les cornes inférieures sont complètement développées. Planche II. STYLIDIUM GRAMINIFOLIUM Sw. (Candollea serrulata Labill. — Ventenatia major Sm.) b, bractée axillante de la fleur ; b' ses bractéoles latérales ; s, divisions du calice;/», divisions de la corolle; e, étamines; sg, sommet des carpelles; pi, placentas ; o, ovules ; cl, cloison interloculaire incomplète de l'ovaire. Fig. 1. — Le réceptacle floral a, dans l'aisselle de la bractée, avec les deux bractéoles latérales. Fig. 2. — La jeune fleur, plus âgée, avec des traces du périanthe et de l'an- drocée. La bractée axillante a été coupée b, mais une fleur de deuxième génération fl s'est montrée dans l'aisselle d'une des bractéo,es latérales b'. Fig. 3. — Naissance du calice ; c, son lobe postérieur, à mi-hauteur du récep- tacle floral r. Fig. 4. — Jeune bouton vu par le haut, après l'apparition de trois sépales : un postérieur et deux latéraux c. Fig. 5. — Douton plus âgé. Au-dessous des étamines ee, on voit cinq sépales, dont trois plus âgés, s 1 , s 2 , s 3 . Fig. 6. — État un peu plus avancé. On voit un léger bourrelet saillant repré- sentant la corolle p. Fig. 7. -** État plus avancé encore. Fig. 8. — Coupe longitudinale bilatérale du bouton précédent. Le placenta pi fait une légère saillie dans l'intervalle des sommets connés de l'androcée et du gynécée. Fig. 9. — Coupe longitudinale antéro-postérieure du même bouton. Fig. 10. — Fleur plus âgée; le calice est devenu fort irrégulier. Fig. H. — Même fleur, coupe bilatérale. Le sommet des carpelles sg est distinct de l'androcée. Fig. 12. — Même fleur, coupe antéro-postérieure, Fig. 13. — Étamines e fortement écartées pour montrer les sommets sg des feuilles carpellaires et la bouche stigmatifère. Fig. 14. — Douton plus âgé, coupe antéro-postérieure. Les lobes stigmatifères sg sont bien visibles. Fig. 15. — Bouton de même âge à peu près, la corolle étalée. Fig. 16. — Coupe bilatérale d'un bouton un peu plus âgé encore. Le calice s'est chargé de poils capilés. Mêmes lettres. DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 361: FiG. 17. — Portion de la corolle étalée, à l'époque où les saillies gé- minées de la collerette se montrent en dedans de quatre de ses lobes. FiG. 18. — Loge ovarienne v, avec le placenta lisse et presque libre pi. En bas, un rudiment de cloison cl. Fig. PJ. — Blêmes parties plus âgées. Les ovules sont indiqués sur la surface placentaire. Mêmes lettres. FiG. 20. — Ovaire dans lequel les deux moitiés du corps placentaire sont devenues inégales. La cloison cl a été entamée d'un côté. Fig. 21. — Ovaire ouvert par le dos d'une loge incomplète v. Le placenta est tout chargé d'ovules ol, pourvus d'un tégument. Fig. 22. — Coupe longitudinale bilatérale d'une fleur un peu plus âgée. Fig. 23. — Portion de la même fleur; une partie des étamines enlevée pour montrer le sommet du style au-dessous duquel se sont développées des papilles. Fig. 21. — Groupe d'ovules. Fig. 25. — Ovaire presque adulte, ouvert parle dos d'une loge. Fig. 26. — Même ovaire, coupe longitudinale antéro-postérieure. Fig. 27. — La glande épigyne antérieure rf qui se développe à la base du gynostème g. XVII Sélaginées. Parmi les huit genres que comprennent dans cette famille les auteurs qui de nos jours la conservent comme distincte, notamment MM. Bentham et Hooker (Gen., II, 1126), il y en a deux qu'on cultivait chez nous et dont j'ai pu étudier l'orga- nogénie. Ce sont les Hebenstreitia et Selago. Ce dernier, dont j'ai suivi le développement en 1861 et 1862, est aujourd'hui difficile à observer dans nos jardins. Les Hebenstreitia, au con- traire, y sont encore abondants; j'ai encore vérifié, cette année et l'année dernière, les observations qui établissent entre leurs ovules et ceux des Selago une différence absolue. Je puis donc affirmer la certitude de ce fait. Je n'ai pas à m'occuper des Globulaires dont Payer (Organog., 583, t. 121) a si bien observé le développement. Le. Selago corymbosa a un calice dont les cinq sépales se montrent sur un réceptacle légèrement convexe, dans l'ordre 362 TRAITÉ quinconcial, et une corolle dont les cinq pétales naissent simultanément dans les intervalles des sépales. Plus tard les uns et les autres deviennent unis par une portion basilaire commune, dont la formation est postérieure. La corolle surtout . est hautement gamophylle, un peu irrégulière; ses cinq lobes s'imbriquent dans le bouton de telle façon que l'antérieur est enveloppé par les latéraux, eux-mêmes recouverts parles deux postérieurs. L'androcée est formé de quatre étamines légère- ment inégales, les deux antérieures étant un peu plus grandes, et c'est la postérieure qui avorte. Rien n'est plus analogue, on le voit, à l'évolution florale d'un grand nombre des Scrofula- riacées, et l'on doit en dire autant du développement des car- pelles, qui sont au nombre de deux, l'un antérieur et l'autre postérieur, se regardant par leur concavité, tandis qu'en dedans de chacun d'eux se voit une fossette, premier rudiment de la loge ovarienne, séparée de l'autre parune épaisse cloison trans- versale. Plus tard les deux feuilles carpellaires s'élèvent pour fermer les loges en haut et s'unissent en un long style conique et arqué au sommet duquel on ne voit plus que deux très petites dents répondant aux sommets des feuilles carpellaires. Plus tard encore une des deux loges ovariennes, la postérieure, s'épaissit en dessous en une glande descendante qui seule repré- sente le disque. La placentation est nettement axile.' k Sur l'épaisse cloison, tout près de son sommet, il se produit dans chaque loge un mamelon ovulaire. Il s'allonge en descendant, se recouvre d'une enveloppe fort incomplète et devient anatrope en diri- geant son micropyle en dedans et en haut. Le développement des Hebenslreitia présente avec ce qui précède de bien grandes dissemblances. Dans les fleurs dispo- sées en épis de 17/. tenuifolia, par exemple, il y a d'abord dans l'aisselle de chaque bractée un mamelon réceptaculaire, de forme à peu près hémisphérique. Sur le bord postérieur de ce mamelon se montrent simultanément deux sépales, l'un à droite, DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 363 l'autre à gauche de la ligne médiane. Quant aux sépales anté- rieurs et au postérieur, ils font congénitalement défaut (1). Les deux seules pièces du calice s'élèvent ensemble et deviennent connées en arrière ; mais en avant elles demeurent libres jusqu'à la fin : de sorte que le calice, si grand qu'il soit, est toujours irrégulier et incomplet, largement ouvert au côté antérieur. Un peu au-dessus du calice, les pétales naissent successi- vement d'arrière en avant. Deux d'entre eux, les premiers nés, se trouvent, par suite de ce que nous avons dit des deux sépales, à peu près superposés à ceux-ci. Ils sont ultérieurement sou- levés par la base commune de la corolle et s'imbriquent dans le bouton de façon à être d'autant plus recouverts qu'ils sont nés plus tard. L'antérieur serait donc enveloppé par les latéraux que recouvrent les postérieurs. Mais le plus or- dinairement, dans les divers Eebenstreitia que j'ai examinés, ce lobe antérieur demeure très petit ou disparaît même totale- ment; si bien qu'à son niveau, la corolle en pré floraison pré- sente une large fenêtre par laquelle se voient les organes sexuels. Il n'y a aussi que quatre étamines : deux antérieures, d'abord un peu plus petites que les deux latérales, qui au début se touchent presque en arrière, la postérieure faisant définit. Toutes les anthères deviennent uniloculaires, s'ouvrant par une seule fente qui suit le bord convexe de l'anthère. Après la naissance de l'androcée, la portion centrale du réceptacle s'élève sous forme d'un petit plateau, de forme elliptique. Le grand axe de l'ellipse est antéro-postérieur, etbientôt vers cha- cune de ses extrémités se produit une petite saillie, sommet d'une feuille carpellaire. En dedans des saillies sont deux fos- (\) Le lobe postérieur du calice peut exister et persister plus ou moins longtemps sous forme d'une dent obtuse qui se retrouve même à l'état adulte dans quelques espèces. Il y a aussi des Hebenstreitia dans lesquels l'une des deux loges ovariennes, la postérieure, et l'ovule qu'elle renferme, demeurent plus petits que la loge antérieure et son ovule. C'est là comme un passage vers l'avortement complet d'une loge dans les Globulaires. 364 TRAITÉ settes répondant aux loges et séparées l'une de l'autre par une épaisse cloison. Le reste de l'évolution du gynécée est identique à ce qui se passe chez le Selago, quant à la formation du style, à l'apparition d'une glande postérieure, à la naissance d'un ovule vers le haut de la cloison dans chaque loge. Mais ici, l'ovule, anatrope et pourvu d'un tégument incomplet, dirige son micropyle en dehors, puis en haut; c'est-à-dire que son raphé est ventral. Sa portion funiculaire prend une grande épaisseur et se continue tout d'une venue avec le corps de l'ovule, dont le micropyle se trouve finalement répondre à une petite échancrure dorsale. On voit, parce qui précède, que l'évolution florale du Selago est semblable à celle du Myoporum ; les deux types doivent probablement être rapportés à un môme groupe naturel. UHebenstreilia se range dans un cadre différent; il faudra le comparer avec les types de Scrofulariacées à ovules solitaires ou en nombre défini. De toute façon, les Hebenstreitiées ne peuvent appartenir à une famille dite des Sélaginées, dans laquelle ne figureraient plus les Selago. EXPLICATION DES FIGURES. Planche IX. Fig. 1. — Selago corymbosa. — Jeune gynécée, coupe longitudinale antéro- postérieure (parallèle au plan médian). Les ovules descendants sont encore à peu près orthotropes et n'ont pas alors d'enveloppe. A droite et en bas, la loge postérieure s'épaissit en une glande descendante. Fig. 2. — Même coupe, dans une fleur un peu plus âgée. Les ovules ont com- mencé leur mouvement d'anatropie, et le micropyle; porté contre la cloison, est pourvu d'un court tégument. Hebenstreitia tenaifolia. Fig. 3. — Une des bractées de l'inflorescence, vue par sa face postérieure, avec le bouton axillaire sur lequel se voient déjà les deux sépales postérieurs. DU DÉVELOPPEMENT DE LA FLEUR ET DU FRUIT. 365 Fig. i. — Même boulon grossi davantage : ss, les deux sépales. La bractée axillanle h a été coupée en travers. Fig. 5, 6. — Deux âges un peu différents du calice. FiG. 7. — Bouton plus âgé. Presque au-dessus des sépales ss, un peu écartés, naissent les deux lobes postérieurs de la corolle, pp. Fig. 8. — Boulon à peine plus âgé, vu par le sommet du réceptacle : ss, calice ; pp, lobes postérieurs de la corolle ; ses lobes laté- raux p'p' commencent à paraître. Fig. 9. — Age plus avancé. Il y a maintenant cinq lobes à la corolle, numé- rotés suivant l'ordre d'apparition : p l , p~, p^, p*, p : >, et deux lobes calicinaux postérieurs, ss. Fig. 10. — Bouton dans lequel les étamines ee ont paru ; les antérieures un peu plus petites, ss, calice; pp, corolle. Fig. 11. — Même bouton vu par le côté postérieur; les lobes du calice ss abaissés. Mêmes lettres. Fig. 12. — Bouton un peu plus âgé, dans lequel le centre vide du réceptacle se relève davantage. Mêmes lettres. Fig. 13. — * Age un peu plus avancé. Le calice a été enlevé. Sur la saillie du réceptacle, aux deux extrémités de l'ellipse qu'elle re- présente, se montrent les deux carpelles ce. Mêmes lettres. Fig. 11. — Gynécée plus développé. Une fossette, premier rudiment de la loge ovarienne, se voit en dedans de ebaque feuille carpel- laire. Fig. 15, 16. — Gynécée un peu plus âgé, entier et coupé longitudina- lement. Fig. 17, 18. — Gynécée plus âgé encore, entier et coupé longitudinalement. Dans ce dernier on voit un mamelon ovulaire o poindre en haut de chaque côté de la cloison. Fig. 19, 20. — Figures d'ensemble de la fleur entière et coupée longi- tudinalement, au moment où les ovules vont paraître : s, calice; p, corolle; ea, étamines antérieures; el, étamines latérales; (j, gynécée. Fig. 21, 22. — Le gynécée, entier et coupe longitudinale, après la formation de la glande postérieure d. Les ovules o se sont allongés, descendant dans les loges, et leur nucelle est distinct du té- gument. Fig. 23. — Ovaire, une loge ovarienne ouverte par le dos, dans laquelle. est un ovule o à un âge un peu antérieur, alors que le tégument et 1er nucelle ne sont pas encore distincts. Fig. 24. — Ensemble de la corolle et de l'androcée à cet âge. ee, anthères antérieures. Fig. 25, 26. — Deux âges successifs de l'ovule, avant et après l'époque où le funicule épais se distingue du reste de l'organe. Fig. 27, 28. — Le gynécée entier dans un bouton très âgé et avec une de ses loges ouvertes pour montrer l'ovule et l'occlusion de son micropyle. 366 NOUVELLES OBSERVATIONS FlG. 29. — Fleur presque adulte, le calice enlevé. Le tube de la corolle est coupé droit là où manque le lobe antérieur avorté; par la large fenêtre qui le surmonte, on voit l'androcée et le style. FiG. 30. — Même fleur, coupe longitudinale : p, corolle ;pa, place de son lobe antérieur avorté ; ea, étamine antérieure; el, étamine laté- rale tournant le dos à la précédente; d, glande basilaire posté- rieure de l'ovaire; oo, les ovules avec le funicule épais et l'échan- crure extérieure qui répond au micropyle. FiG. 31. — Diagramme floral : ce, calice, manquant en avant ; pp, corolle ; pa, la place du lobe antérieur avorté; ea, el, les étamines; ce, les loges ovariennes ; d, la glande postérieure. NOUVELLES OBSERVATIONS SUK LES PLANTES DU CURARE On sait actuellement que le Curare doit toujours ses pro- priétés à un Strijchnos américain, variable suivant la peuplade qui prépare le poison. Il est môme probable qu'avec le simple extrait de ce Strijchnos ou avec les alcaloïdes qu'on en retirera, on devra toujours obtenir les effets vrais du Curare. Mais on sait aussi que presque partout les Indiens ajoutent à un ou plusieurs Strijchnos des plantes très diverses par leurs carac- tères botaniques. Presque toutes sont actives; mais les prin- cipes qu'elles renferment ont une action généralement bien différente de celle des Strijchnos, souvent même inverse et ne peuvent que compliquer sans grand profit, à ce qu'il semble, l'étude physiologique ou thérapeutique des divers Curares que l'on emploie. Nous nous occuperons donc en première ligne des Strijchnos américains; mais nous ne nous arrêterons pas aux faits déjà connus relativement à leur histoire. Et comme on commence à savoir que les espèces américaines du genre ne sont pas toutes uniquement curarisantes , et que quelques-unes d'entre elles SUR LES PLANTES DU CURARE. 367 sont aussi, au moins dans quelques-unes de leurs parties, strychnisantes , nous aurons plusieurs fois à comparer, au point de vue botanique, les espèces du nouveau monde à celles de l'ancien qui passaient autrefois pour contenir seules de la strychnine, de la brucine ou autres alcaloïdes à action ana- logue, c'est-à-dire tétanisante. Deux médecins français ont récemment exploré quelques- unes des. régions américaines où se prépare le Curare, et en ont rapporté des matériaux plus ou moins propres aux études botaniques. Ce sont: le professeur Jobert, qui a remonté le cours du haut Amazone, a préparé lui-même le Curare à Cal- deron et cueilli de ses propres mains les espèces avec lesquelles les Kawichanes font le poison aux environs de Tonantins; le deuxième est le docteur J. Crevaux, qui a suivi la principale espèce à Curare jusqu'à une centaine de lieues à l'est des Andes péruviennes, et qui, d'autre part, a rapporté le Strychnos em- ployé par les Indiens du haut Parou, tout à fait à l'est du con- tinent américain. A Tonantins, M. Jobert a trouvé deux Strychnos servant à fabriquer le Curare des Kawichanes. L'un d'eux est une espèce à petites feuilles dont je parlerai plus loin. L'autre est au contraire à grandes feuilles, les plus grandes même qui aient été observées en Amérique, après celles du Strychnos Cas- telnœana, qui sont en même temps plus larges, et celles du S. parvi/lora, qui peuvent, dit-on, atteindre un pied de long. Je suis heureux de pouvoir nommer cette espèce S. Jobertiana. Elle n'est malheureusement représentée que par des échan- tillons bien imparfaits, et sans fleurs ni fruits, mais cependant fort bien caractérisés par leurs racines et par leurs feuilles. L'espèce ne semble pas. être grimpante. Sa tige jeune est légè- rement tétragone, avec les cicatrices des feuilles opposées. Quant à la racine, on peut dire qu'elle est strictement celle d'une plante africaine dont on a beaucoup parlé, il y a quel- ques années, le M'boundon ou Icaja-M'boundou, plante que 368 NOUVELLES OBSERVATIONS depuis longtemps j'ai nommée Strychnos Icaja, quoique, pour beaucoup de personnes, la famille à laquelle elle doit être rap- portée soit encore fort incertaine ; mais l'étude de ses feuilles ne m'avait guère laissé de doute, dès 1854, sur le genre dans lequel elle devait être inscrite. La racine du S. Icaja, aussi bien que celle du S. Jobertiana, représente un long pivot, insensiblement atténué de sa base à son sommet, avec fort peu de divisions secondaires latérales, long d'un pied environ, de la grosseur d'un crayon ordinaire vers la base, et couvert d'une écorce glabre qui est d'une cou- leur rouge acajou plus ou moins vive, et dont la saveur amère est très prononcée. Le boisest, au contraire, pâle et blanchâtre. C'est en 1853 et 1854 que, grâce à MMJFranquet et Aubry- Lecomte, nous pûmes étudier les premiers échantillons d' Icaja (Acaja, Wcaja, Encaja ou Caja, suivant les altérations intro- duites par les Européens). Ils venaient du Gabon, notamment de l'île de Koniquet, et d'après les premiers renseignements donnés à M. Aubry-Lecomte sur les propriétés de cette plante, on apprit que les noirs prétendent qu'en grattant légèrement son écorce et en la faisant infuser dans un verre d'eau, on devient ivre; une trop grande quantité cause la mort. Plus tard, on sut que c'était un des poisons d'épreuve usités au Gabon. MM. Pécholier et Saint-Pierre, Rabuteau et Peyri firent des expériences qui sont rapportées dans la thèse (1870) du dernier de ces auteurs, et dont il résulte, d'une manière générale, que Y Icaja M'boundou est un tétanisant avec lequel, au Gabon, on martyrise les sorciers pour leur arracher l'aveu de leurs prétendus maléfices. M. Peyri a lui-même récolté le Wboundou près de la rivière Como; il rapporte l'opinion de M. Pécholier, qui fait de la plante une Apocynée, et celle de M. Griffon du Bellay qui l'attribue aux Loganiacées, mais il ajoute : « Nous n'avons aucune raison à faire valoir pour choisir entre ces deux opinions; nous nous contentons donc de les signaler. » SUR LES PLANTES DU CURARE. 3G9 11 suffit cependant de constater la saveur amère des feuilles, leur insertion opposée, leur forme elliptique-lancéolée, aiguë aux deux extrémités ou acuminéc au sommet, avec leurs côtes triplinerves se détachant de la base du limbe, pour recon- naître, à n'en pas douter, qu'il s'agit d'un Strychnos: c'est ce que nous avons fait voir en 1872, en lui livrant la dénomi- nation de S. Icaja, à M. le docteur Vincent, chirurgien de la marine, auquel nous devons un bel exemplaire des racines de Ylcaja M'boundou. Les feuilles ont un pétiole de 1 centimètre environ de long; un limbe de 10 à 15 centimètres de long sur 7 ou 8 centimètres de large; elles sont membraneuses, gla- bres, chargées de fines veines transversales ou obliques qui relient entre elles les trois grosses nervures. Rien n'est plus analogue à ces feuilles que celles de notre espèce amé- ricaine , le S. Jobertiana. Leur forme, leur consistance, l'état de leurs surfaces, sont les mêmes. Un peu plus grandes, elles atteignent 20 centimètres de long sur 10 centimètres de large; et, outre les trois grandes nervures qui divergent presque dès la base, elles en présentent souvent deux autres plus extérieures, plus ténues, plus ondulées, parallèles aux bords et se confondant parfois avec eux. Faisons bien remarquer, avant d'aller plus loin, que voici deux Strychnos aussi semblables que possible l'un à l'autre par leurs parties connues : la racine et la feuille. L'un est américain et curarisant. L'autre est africain, et l'on ne peut guère douter de son pouvoir strychnisant , du moins dans les parties employées. Il y a d'ailleurs dans l'Afrique tropicale occidentale un Strychnos récolté depuis plus de quarante ans par Heudelot, et qui paraît présenter avec le S. Icaja les plus étroites affinités. Nous l'avons nommé S. densiflora, à cause du caractère que nous montrent ses inflorescences, mais nous ne pourrions affirmer qu'il ne constituera pas une simple forme ou variété du S. Icaja, quand les organes de floraison de ce dernier seront xii. (29 .décembre 1870). 24 370 NOUVELLES OBSERVATIONS connus; car dans ce genre singulier, nous voyons, principa- lement parmi les espèces de l'Amérique tropicale, deux plantes qui se ressemblent totalement par leurs branches et leurs feuilles, différer cependant absolument Tune de l'autre par le siège et la disposition de leurs inflorescences. Dans celle que nous étudions ici, et qu'Heudelot (n. 861) a trouvée chargée de fleurs blanches très odorantes, au bord des « eaux vives de Fouta- Dhiallon », en Sénégambie, les tiges sont sarmenteuses, hautes de 4 à 5 mètres, et elles peuvent se fixer aux objets voisins par des crocs; car un des échantillons en porte un : épais, renflé, atténué seulement à son sommet. Les feuilles sont, quanta la consistance, à la nervation, à la forme générale, semblables à celles du S. Icaja, un peu moins allongées seulement et un peu moins longuement acuminées. Les fleurs, longues d'un centimètre environ, sont réunies en grand nombre dans l'ais- selle des feuilles, quelquefois même de toutes les feuilles d'un rameau; elles semblent former des verticilles, comme dans certaines Labiées. Ce sont en réalité des cymes composées, à axes raccourcis et dichotomes. Chaque fleur est accompagnée de deux bractées latérales, semblables aux sépales et appli- quées tout contre le calice ; tantôt stériles et tantôt portant dans leur aisselle un pédicelle plus ou moins long. Les sépales sont à peu près libres, très fortement imbriqués en quinconce, suborbiculaires, ciliés sur les bords. La corolle est tubuleuse, assez épaisse, avec un limbe peu dilaté, à cinq lobes épais, valvaires, concaves en dedans. A la gorge s'insèrent cinq étamines incluses, dont les filets sont très courts et dont les anthères oblongues sont dorsifixes, introrses, déhiscentes par deux fentes longitudinales; les deux loges sont indépendantes l'une de l'autre au-dessous de l'insertion des filets. Un peu au-dessus de l'attache de ceux-ci la corolle porte un anneau épais de poils blanchâtres, très nombreux et très serrés. L'ovaire est celui dos Strychnos en général, biloculaire et atténué supérieurement en un style cylindro-conique, dont SUll LES PLANTES DU CURARE. 371 l'extrémité stigmatifère est déprimée-capitellée, obscurément bilobée. Mais ce que le gynécée présente de plus particulier, c'est que sa base est entourée d'un disque hypogyne annulaire assez épais ; fait rare dans les Strychnos. Heudelot rapporte que les fruits de celui-ci sont remplis d'une « pulpe rougeâtre et sucrée, dont les singes sont fort avides » . Il paraît que ce fait est très fréquent dans les Strychnos asiatiques et autres : rien de vénéneux dans le péricarpe, alors que les graines ou les organes de la végétation sont doués de propriétés très éner- giques. Les Indiens disent souvent que dans telle ou telleliane à Curare, les feuilles ou les tiges, ou les racines, doivent être seules employées à l'exclusion des autres parties pour préparer le poison. On commence à savoir que dans certains Strychnos une de ces parties est curarisante, tandis qu'une autre est téta- nisante, qu'une autre encore est complètement innocente. De ce que le S. innocua Del. a des fruits qui, dans le Soudan, se mangent sans inconvénient, il ne faudrait pas conclure que les autres parties de l'espèce ne sont pas vénéneuses. Le S. bra- chiata, du Pérou, dont Ruiz et Pavon disent que les cerfs man- gent le fruit avec avidité, est trop analogue au S. triplinervîa, espèce fort active du Brésil, pour qu'il ne soit pas permis de soupçonner que ses organes de végétation puissent renfermer des substances vénéneuses. Les chimistes auront à nous apprendre si le S. pseudo-quina , dont l'écorce s'emploie comme fébrifuge au Brésil, sous le nom de Quina do Campo, ne renferme pas dans ses racines ou ses feuilles quelque principe délétère, ou si le S. potatorum, dont la semence sert dans l'Inde à purifier l'eau, n'est pas vénéneux par quelqu'un de ses organes de végétation. Le fruit du S. (Brehmia) spinosa a été dit comestible par les uns, vénéneux par les autres. De Can- dolle a écrit que le péricarpe est mangeable dans l'arbre à la Noix vomique; on l'a dit de celui de plusieurs autres espèces. La deuxième plante rapportée par M. Jobert du pays des Kawichanes est à petites feuilles et appartient au groupe des 372 NOUVELLES OBSERVATIONS Rouhamon. Mais c'est de toutes les espèces jusqu'ici connues celle dont les inflorescences sont le plus appauvries, puisque ses petites fleurs axillaires sont disposées en cymes triflores ou même quelquefois solitaires. De là le nom de Strychnos de- pauperata que nous proposons pour cette espèce. Elle est grim- pante ; sa tige est très rugueuse, dit M. Jobert, et ses rameaux sont couverts d'un épais duvet velouté brunâtre. Les feuilles sont subsessiles, ovales-aiguës, légèrement cordées à la base; elles ont jusqu'à 4 centimètres de long sur 2 de large envi- ron, et leurs deux faces sont pourvues d'un fin duvet velouté, surtout l'inférieure, au niveau des nervures et de la côte. De la base de celle-ci, ou un peu au-dessus d'elle, divergent quatre nervures très ténues ; les autres nervures, pennées, subtrans- versales, sont également très fines. A tous ces caractères j'avais cru reconnaître une forme, sinon le type, du Rouhamon subcordatum de l'herbier Spruce (n. 4237), dont la descrip- tion donnée par M. Progel m'était seule connue. Mais M. Oliver a eu la complaisance de m'apprendre que ce dernier n'est « exactement le même ni par la pubescence, ni par la forme ». 11 a en effet des feuilles plus glabres, plus atténuées au som- met, et dont les nervures pennées, celles des deux tiers supé- rieurs, se rapprochent beaucoup de la direction transversale. D'ailleurs, les cymes axillaires sont décrites dans le S. subcor- data comme « laxe 3-5-/?om », et celles du S. depauperata sont extrêmement contractées. Leur pédoncule est presque nul, et les deux fleurs latérales sont presque sessiles. La ter- minale est plus âgée. Toutes ont des sépales persistants, ovales-aigus, lâchement hirsutes, s'appliquant exactement, après la chute de la corolle, que nous ne retrouvons plus, sur l'ovaire piriforme et atténué en un style assez long, dont l'extrémité stigmatifère est obscurément bilobée. Les ovules sont nombreux dans chacune des deux loges. M. Jobert a vu le fruit de cette espèce; il le compare à une petite olive; celui du S. subcorda ta est au contraire dit « cérasiforme ». Notre SUR LES PLANTES DL CURARE. 373 plante est grimpante; elle est pourvue de crocs terminaux ou latéraux, grêles ou épais; il paraît qu'elle entre, à Tonantins, dans la préparation du Curare. Certains de ses rameaux rap- pellent beaucoup ceux du S. rubiginosa; mais on sait que celui-ci a les inflorescences terminales. Ce qu'il y a d'intéressant dans l'étude du S. depauperata, c'est qu'avec le S. subcordata, il relie le Rouhamon guianense d'Aublet à une plante fort mal connue, observée par très peu de botanistes, qui est le Lasiostoma? Curare de Kunth, le Rou- hamon Curare de De Candolle, et qui paraît bien être un Strychnos (S. Curare). Spruce et De Candolle ont pensé que cette plante est vraisemblablement identique au Rou- hamon guianense; mais l'échantillon authentique qui fait partie de l'herbier de Kunth démontre : 1° que la plante est tout à fait distincte; 2° que ses feuilles sont semblables à celles du S. subcordata, avec cette différence qu'elles sont arrondies à la base et non cordées, un peu plus acuminées au sommet, plus membraneuses, pourvues de pétioles un peu plus longs, triplinerves seulement vers la base, avec la côte chargée d'un fin duvetvelouté, rouillé, qui se retrouve sur toute la sur- face des rameaux. Kunth nous apprend que ce précieux échan- tillon a été récolté ce sur la montagne de Jovita ». C'est donc sans aucun doute l'arbre que Humboldt dit être nommé Kira- caguero. Quant aux feuilles, il rappelle, avec de plus petites dimensions et moins de consistance et d'épaisseur, le S. tripli- nervia des environs de Rio-Janeiro. Avec un plan d'organisation qui est au fond toujours le même, les fleurs des Strychnos présentent de grandes varia- tions dans la forme de la corolle. Ces variations portent principalement sur les dimensions de son tube, qui est plus ou moins large et court, plus ou moins étroit et allongé, tantôt d'une seule venue, et tantôt légèrement rétréci en bas et plus haut dilaté. Il faut remarquer que ces différences, dans des groupes voisins, ont souvent été considérées comme 374 NOUVELLES OBSERVATIONS Suffisantes pour caractériser des genres. Mais celui-ci est d'ailleurs si naturel, qu'on ne peut songer à le scinder, sinon en sections, et d'une façon tout à fait artificielle. Les diffé- rences dont nous parlons ne sont d'ailleurs pas en rapport avec les propriétés des espèces. Ainsi, parmi les plantes à Curare, on trouve à la fois les corolles relativement les plus courtes, et les plus allongées, comme celles du S. toxifera, par exemple. Celles du S. psciido-qiiina, qui passe pour simplement tonique et fébrifuge, présentent à peu près les mêmes proportions que celles du S. Nux-vomica, le plus vénéneux peut-être du genre. A voir les fleurs de ces dernières espèces et des espèces analogues, avec leur calice imbriqué , leur corolle valvaire ou légèrement indupliquée, leur androcée isostémone, leur gynécée libre, à ovaire biloculaire, à placenta septal et pluri- ovulé, leur fruit charnu et leur graine albuminée, à embryon droit ou légèrement arqué, sans méconnaître les affinités des Strychnos avec les Apocynées syncarpées qui, elles, sont lai- teuses et pourvues d'une corolle tordue, je ne puism'empêcher de trouver bien étroites les affinités des Strychnos avec les Solanées du groupe des Cestrinées; je suis porté à ranger les Strychnées comme tribu dans cette famille des Solanées dans laquelle se rencontrent des alcaloïdes si puissants, et je me demande quels liens existent, au point de vue chimique, entre ces principes et ceux des Strychnos, ou bien si, physiologi- quement, on n'observera pas un jour, à côté d'antagonismes nombreux, quelques points d'analogie entre les Solanées et les Strychnées; si, par exemple, quelques-unes de ces dernières ne pourraient pas être douées de propriétés mydriatiques : ce que l'expérience nous apprendra. M. Crevaux n'a, je pense, rencontre parmi les Strychnos à Curare que deux espèces distinctes : l'une à grandes feuilles, qui est le S. Castelnœana (S. Castclnœi Bentii.), et l'autre à petites feuilles, quelque peu exceptionnelles, et sur laquelle ie reviendrai. Il est probable que le moyen d'avoir le Curare à SUR LES PLANTES DU CURARE. 375 la fois le plus pur et le plus actif sera désormais de préparer un extrait alcoolique, conformément à toutes les règles de la technique moderne, avec le S. Castelnœana; on aura toujours affaire de la sorte à un agent exactement comparable à lui- même. Jusqu'à présent c'est cette espèce qui est le plus em- ployée pour la fabrication du poison dans la région du haut Amazone, et c'est probablement aussi celle dont la zone d'extension est la plus considérable dans ces régions. Nous devons à cet égard des renseignements exacts et cir- constanciés à M. Crevaux, qui a visité cette année les tribus des Pebas et des Ticufias, et qui a trouvé le S. Castelnœana depuis Tefté et Calderon sur l'Amazone, du côlé du sud- est, jusqu'à une faible distance, au nord, de la rive droite du rio Negro, et dans la Colombie à l'ouest, jusqu'à une centaine de lieues à l'est de la chaîne des Andes. Nous savons par le même explorateur que dans le Solimocns, le Javari,l'Ica et le Yapura, c'est toujours cette même espèce dont l'écorce sert à préparer le poison, et c'est bien aussi la même plante qu'à Calderon M. Jobert a employée sur place pour l'extraction du Curare. Nous avons donc à notre disposition de nombreux échantillons de cette espèce ; mais les meilleurs pour l'étude de la fleur sont encore ceux que M. de Castelnau a rapportés du pays des Pebas et que ceux-ci nomment Ramon. Quant au fruit même, nous ne l'avons pas encore vu; il est à supposer qu'il est de petites dimensions. L'inflorescence est décrite comme corym- biforme; c'est une grappe très ramifiée de cymes, dont toutes les ramifications sont courtes, trapues, très serrées les unes contre les autres. Chaque fleur a un calice formé ordinai- rement de cinq sépales, épais, ovales-aigus, libres dans presque toute leur étendue, et qui possèdent cette propriété, si fré- quente dans certains groupes de plantes gamopétales, de se rapprocher étroitement les uns des autres et de se porter vers le gynécée, en exagérant encore l'imbrication de leur préflo- raison quinconciale, à l'époque de l'épanouissement de la 376 NOUVELLES OBSERVATIONS corolle. Il en résulte que celle-ci est chassée de la fleur, et que, pour cette raison, il est presque impossible, sur les échantil- lons secs qui sont entre nos mains, de rencontrer une corolle adulte. Telle que nous la voyons, elle est à peine plus longue que le calice. Ses lobes sont valvaires et concaves en dedans, ce qui les fait paraître indupliqués. Quant aux cinq étamines, elles ont un filet assez court, inséré sur la corolle; et les anthères, introrses, plus courtes que celle-ci, sont garnies vers leur base d'un bouquet d'assez longs poils inégaux et en géné- ral descendants. Le sommet stigmatifère du style est renflé en une petite tète obtusément bilobée, et la cloison de séparation des deux loges ovariennes peut, dans certaines fleurs excep- tionnelles, se résorber dans sa portion supérieure. D'après M. Crevaux, cette liane atteint une vingtaine de mètres de haut. Certaines des feuilles qu'il a rapportées mesurent 22 cen- timètres de long sur 19 de large, et les crocs stériles que la plante porte assez souvent sont de la grosseur d'une plume de corbeau. 7 C'est donc probablement l'espèce du genre dans laquelle ces diverses parties sont le plus développées. On sait que dans les feuilles, qViatre grandes nervures secondaires naissent près de la base de la côte et montent deux à deux à peu près parallèlement aux bords. Deux autres nervures basi- laires et beaucoup plus ténues occupent tout à fait le bord dans sa portion inférieure. L'acumen du sommet du limbe est géné- ralement court. Les nervures secondaires sont reliées entre elles par des veines presque transversales, simples ou peu ramifiées et formant avec elles un réseau saillant à mailles irré- gulièrement rectangulaires. Toutes ces nervures, proéminentes en dessous, sont chargées, comme les très courts pétioles, d'un duvet velouté ferrugineux, plus abondant et plus serré sur les rameaux. .C'est l'écorce des tiges et des branches que les Ticunas emploient pour la préparation du poison; ils négli- gent les feuilles et les racines ; mais il n'est pas probable que ces dernières parties ne puissent être utilisées, x SUR LES PLANTES DU CURARE. 377 Le Strychnos à petites feuilles que M. Crevaux a rapporté est la plante au Curare des Indiens Trios, qui habitent le haut Parou, l'un des affluents de l'Amazone du côté de l'océan Atlantique, au sud de la Guyane française et à une vingtaine de degrés à l'est du centre de production du S. Castclnœana. Ce Strychnos, que les indigènes nomment Urari et dont ils em- ploient principalement l'écorce de la racine, paraît différent des espèces étudiées parles frères Schomburgk. Il nous a sem- blé équitable de lui donner le nom du voyageur qui nous l'a fait connaître; ce sera donc notre S. Crevauxiana. Il s'agit ici d'une espèce de la section Rouhamon^h petites feuilles ellip- tiques-lancéolées, qui n'ont que de 5 à 9 centimètres de long et sont généralement aiguës aux deux extrémités et penni- nerves; les deux nervures secondaires qui se détachent à un même niveau de la base du limbe et longent ses bords, demeu- rant très fines et souvent à peine visibles. La nervation carac- téristique des Strychnos existe au fond dans cette plante, mais elle est peu apparente au premier abord. Les diverses parties de cette liane sont glabres, et M. Crevaux estime qu'elle s'élève sur les grands arbres à 40 mètres. L'inflorescence est une grappe axillaire simple, à bractées décussées. Le pédicelle floral, un peu plus long que sa bractée axillante, supporte un calice quinconcial et une corolle en entonnoir, claviforme dans le bouton, à cinq divisions profondes, étroites, valvaires, ré- fléchies. Presque toute sa surface intérieure est hérissée de longs poils qui enveloppent en partie les anthères. Celles-ci sont linéaires-oblongues, dorsifixes, introrses, plus courtes que la corolle, à peine plus longues que le filet. Le gynécée n'offre rien de caractéristique que son long style exsert, à petite têtestigmalifère à peine bilobée. Cette espèce a parfois des crocs fortement enroulés et longuement atténués à leur base; mais elle présente en outre une transformation singulière de certains rameaux que M. Crevaux nous a assuré être fré- quente. Ces ramules deviennent grêles, filiformes même et 378 NOUVELLES OBSERVATIONS plus ou moins ramifiés; ils portent un grand nombre de paires de feuilles décussées, qui représentent, à l'échelle d'un demi- centimètre de long au plus, tous les caractères réduits de la feuille normale; ces petits rameaux sont stériles. Par les traits d'organisation que nous venons de rapporter, le S. (Rou- hamon) Crcvauxiana se rapproche, en somme, des S. Rou- hamon, pedunculata Benth., laneeolata Spruce, depaupcrata, subcordata, peut-être du S. Curare, et enfin d'une autre plante dont nous allons maintenant dire quelques mots, et qui, originaire probablement du Para, a fait partie de l'herbier de Lisbonne, jadis rapporté à Paris par Geoffroy Saint-Hilairc. C'est pour cette raison que nous la nommons S. Gcoffrœana. Elle se rapproche certainement beaucoup des formes à feuilles obtuses du S. Rouhamon. Ici ces feuilles sont obovales, assez longuement atténuées à la base, avec un pétiole très court, un limbe membraneux, brun en dessous, parfaitement lisse au-dessus, et sur lequel les deux grandes nervures secondaires naissent assez haut sur la nervure principale. Les rameaux se disposent exactement en croix, et sur un seul échantillon il y a un croc [subterminal, fortement enroulé. C'est donc une espèce grimpante. Les inflorescences sont celles du S. Crc- vauxiana, c'est-à-dire des grappes simples, à bractées décus- sées, ayant les fleurs solitaires dans leur aisselle. Le calice est à cinq folioles aiguës, ciliées, et la corolle a ses divisions étroites, profondes, valvaires. On sait que les plantes accessoires du Curare sont nom- breuses et qu'elles varient suivant les peuplades parmi les- quelles on prépare le poison. Ce sont presque toujours des végétaux eux-mêmes très actifs, acres, piquants, etc. Chez les Ticunas, on a signalé dès longtemps une Aroïdée, le Tara, plante dont le suc est probablement très brûlant à l'état frais, mais qui doit perdre cette qualité par la cuisson. Elle agit probablement en épaississant l'extrait. Quoique j'aie vu étiquetée par un savant très habile la plus grande des Aroï- SUR LES PLANTES DU CURARE. 379 dées rapportées par M. Jobert du nom de Adclonema Ery- thropus, je ne puis m'cmpêcher de la trouver bien semblable au Dieffenbachia Seguine Schott. Une autre Aroïdée à feuilles plus petites, plus épaisses, lancéolées, qui sert aussi à la con- fection du Curare, me paraît être, autant qu'on peut en juger sans les fleurs, une des formes du Pothos camiœfolia. A côté des Monocotylédones, il y a beaucoup d'Apétales : des Aristoloches, des Piper, des Phytolaccacées ; plus, ce dont on ne s'était guère douté jusqu'ici, une Thymélacée, plante probablement acre comme nos Daphne, mais d'un genre rare et fort mal connu en Europe. C'est un Schœnobiblus, et pro- bablement le S. daphnoides Sied, et Zucc, qui vient de la rivière Iça ou Potomai, et qui fait partie du Curare des In- diens Juris. Ceux-ci le considèrent même comme la plante la plus active de l'extrait, où cependant ils font entrer, bien entendu, des Strychnos. Le Schœnobiblus daphnoides a été in- diqué comme croissant sur le Japura, dans la province du Rio-Negro. On donne les fleurs mâles comme privées de gynécée rudimentaire dans ce genre; ici cependant, nous voyons au-dessous des étamines fertiles un petit pistil dont la loge ovarienne renferme un ovule descendant ; il est peut-être stérile cependant. Les quatre sépales, dont la préfloraison est imbriquée-alternative, sont lancéolés, subcoriaces, à peu près indépendants, couverts d'un duvet soyeux; les anthères sont dorsifixes, allongées. L'Eoné ou Yoné, qu'à Calderon on mé- lange au Curare, principalement quand il est destiné à tuer des oiseaux, est un Pipi, c'est-à-dire un Petiveria, que Gomez a nommé P. tetrandra, et que l'on considère aujourd'hui comme une variété ou forme du P. hexaglochin Fiscu. et Mey. Dans la collection des Aristoloches du Muséum, je n'ai trouvé aucune des trois espèces (1) de ce genre que M. Jobert a rap- portées comme faisant partie du Curare. Il est vrai que ses (1, L'une d'elles est peut-être VAristolochia odorat issima. 380 NOUVELLES OBSERVATIONS échantillons appartiennent à des plantes jeunes et imparfai- tement développées, un peut en dire autant des Piper de sa collection, au nombre de cinq. L'un d'eux est voisin du P.ano- nœfolia; l'autre, du P. trichoneuron, mais non identique (ses feuilles sont plus étroites). Il y en a un, enfin, à feuilles ovales- aiguës, acuminées, plus grandes et plus membraneuses, proba- blement le P. pseudo-Churumayu C. DG. (Prodr., XVI, 288). Les Dicotylédones polypétales appartiennent à deux familles voisines : les Anonacées et les Ménispermacées. C'est seule- ment dans le Curare des Indiens Juris que nous voyons figurer des plantes de la première de ces deux familles. Ce sont la plupart, et peut-être toutes, des Cananga (Guattcria), genre aromatique ; mais il n'est guère possible de les déterminer spécifiquement dans l'état où elles sont. Leurs noms indi- gènes sont : Urupua, Tjumeri-winiku, Jitséné et Nu-matté. Ce dernier me paraît seul assez sûrement nouveau pour que je propose de l'appeler Cananga (?) Jobertiana. Il est carac- térisé par de grandes feuilles obovalcs-oblongues, à peine pé- tiolées; les rameaux sont chargés d'un épais duvet brun.^ La seule Ménispermacée, sans fleurs ni fruits, qui ait été vue employée chez les Ticunas pour la préparation du Curare, est très voisine, sinon identique, au Paul dont parle M. de Cas- telnau, c'est-à-dire au Cocculus toxicoferus Wedd. Ses feuilles sont simplement un peu plus courtes relativement à leur largeur, et le duvet fin de leur face inférieure est plus dense et plus blanc. Mais les renflements de la base et du sommet du pétiole sont les mêmes, et c'est probablement à l'in- fluence des milieux seulement qu'il faut attribuer les légères variations dont nous venons de parler. Je ne pense pas que cette plante soit un vrai Cocculus, mais plutôt un Abuta ou un Chondodendron. Elle doit être par elle-même vénéneuse, et les chimistes devront s'assurer si elle renferme quelque prin- cipe actif analogue à la picro toxine /Je ne veux pas dire par là qu'il faille admettre l'opinion plus qu'étrange de M. De- SUR LES PLANTES DU CURARE. 381 caisne, que les sauvages de l'Amérique du Sud ajoutent aux Strychnos pour préparer le Curare, « de la Coque du Levant » , c'est-à-dire une plante asiatique. Le même auteur ne croit pas qu'on ait trouvé d'alcaloïde dans le Curare. Je n'ai pu m'arrêtcr, dans le cours de ce travail, aux erreurs incroya- bles qu'il professe relativement aux Loganiacées et aux Strychnos ; je les signalerai en peu de mots. Il fait (Tr. gén. Bot., 163) une « sous-famille » des Strychnées pour les Strychnos, Antonia et Spigelia, qu'il caractérise par une « corolle à préfloraison valvaire ou tordue » ; mais il ne dit pas, bien entendu, dans quelle espèce de ces trois genres la pré- floraison est tordue. Puis il distingue une deuxième « sous- famille » des Loganiées, caractérisée par une « corolle à pré- floraison convolutive », et il la forme des trois genres « Lo- gania, Fagrœa,Usteria », ne se doutant probablement pas que la corolle est quinconciale dans le premier, tordue dans le deuxième et valvaire ou rédupliquée dans le troisième. M. Duchartre avait aussi, il y a deux ans, son opinion sur les Strychnos (Elém. [1877], 4173). Il en fait des Apocynées; de sorte qu'il leur accorde une « corolle gamopétale, à 5 di- visions en préfloraison contournée ». A qui la palme? EXPLICATION DES FIGURES. Planche VII. Fig. 1. — Strychnos Crevauxiana. — Rameau florifère, grandeur nalurelle, avec ramilles anormaux, à petites feuilles opposées. Fig. "2. — Inflorescence. Fig. 3. - - Fleur. Fig. ï. -- Fleur, coupe longitudinale. FIN DU TOMii DOFZIF.ME. TABLE DES MÉMOIRES CONTENUS DANS CE VOLUME I. Traité du développement de la fleur et du fruit (suite) 1 II. Nouvelles observations sur les Onagrariées 20 III. Préface d'un Nouveau Dictionnaire de Botanique 40 IV. Nouvelles observations sur les Mélastomacées 70 V. Essai sur les lois de l'entraînement dans les végétaux 98 VI. Sur la signification des diverses parties de l'ovule végétal et sur l'origine de celles de la graine i02 Vil. Recherches nouvelles sur les Araliées et sur la famille des Om- bellifères en général 125 VIII. Mémoire sur les genres Canthium et Hypobathrum 179 IX. Sur les limites du genre Ixora 213 v X. Stirpes exoticœ novœ (suite) 220 XI. Traité du développement de la fleur et du fruit (suite) 255 XII. Stirpes exoticœ novœ (suite) 282 XIII. Sur les ailes séminales de certaines Rubiacées 296 XIV. Observations sur les Naucléées 311 XV. Sur les limites du genre Guettarda 316 XVI. Sur des radicules d'embryon à direction anormale 319 XVII. Mémoire sur les Uragoga. 323 XVIII. Sur le nouveau genre Thicrsia 335 XIX. Sur un nouveau genre de Safifragacées 337 XX. Traité du développement de la fleur et du fruit (suite) 342 XXI. Nouvelles observations sur les plantes du Curare 366 TABLE DES PLANCHES RELATIVES AUX MÉMOIRES CONTENUS DANS CE VOLUME Planches. I. Organogénie florale du Levenhookia pnsilla. II. Organogénie florale du Stylidium graminifolium. III, IV. Dedea major et minor. V. Organogénie florale de YArccuthobium Oxyredri. VI. Organogénie florale des Garrya. VU. Strychnns Crevauxiana II. Bn. VIII. Organogénie florale des Ilydrorharidées (Elodea, Vallisneria). IX. Organogénie florale des Sélaginées [Selago, Hebenstreitia). X. Organogénie florale des Papayées. XI. Organogénie florale du Castanea vulgaris. XII. Organogénie florale des Castanéacées (Quercus, Myrica, Alnus, Betula). TABLE DES FAMILLES ET DES GENRES DONT IL EST TRAITÉ DANS CE VOLUME Alberta, 247. Alnus, 14. Amaracarpus, 326. Apodagoga, 332. Araliées, 125. Arceuthobium, 281. Balanops, 16. Berbéridacées, 351. Berberidopsis, 351. Bertolonia, 93. Breonia, 311. Calycosia, 326. Canthium, 179, 220, 226. Castanea, 17. Castanéacées, 1. Chimarrhis, 303. Cleisocratera, 327. Cœlospermum, 236. Coutarea, 296. Cremaspora, 234, 283. Damnacanthus, 322. Dedea, 342. Dissochœta, 88. Elodea, 261. Forcipella, 331. Gaertnera, 237. Garrya, 268. Garryacées, 262. Geophila, 325. Gloneria, 327. Grumilea, 334. Hebenstreitia, 364. Hydrochar idées, 255. Hypobathrum, 201, 255. Ixora, 213, 294. Lasianthus, 232. Leitneria, 16. Levenhookia, 358. Litosanthes, 334. Loranthées, 269. Maieta, 88. Margaritopsis, 334. Mélastomacées, 70. Miconiées, 80. Microliciées, 94. Mitchella, 321. Morinda, 230, 246. Mussaenda, 295. Mussaendopsis, 282. Nauclea, 284. NauclééeSy 311. Oligagoga, 332. Ombellifères, 125. Onagrariées, 21 Opulagoga, 330. Pœderia, 233. Papaya, 349. 384 TABLE DES FAMILLES ET DES GENRES. Papayées, 342. Paracephoelis, 316. Parastraussia, 329. Podocephoelis, 329. Portlandia, 298. Prismatomeris, 322. Proscephalium, 327. Psathura, 328. Pyramidura, 329. Quercus, 19. Randia, 244, 295. Rubiacécs, 296. Saxifragacées, 337. Sélaginees, 361. Selago, 364. Sickingia, 302. Stauragoga, 329. Straussia, 327. Streblosa, 325. Strychnos, 366. Stylidiées, 364. Stylidium, 360. Suteria, 326. Thiersia, 335. Tibouchina, 70. Tolisanlhes, 333. Triainolepis, 32X. Trichostachys, 325. Uragoga, 222, 226, 218, 285, 323. Vallisneria, 262. Viscagoga, 328. P A 11 I S — I M |'U 1 M |;l; I U l. MI1.L M A II T I N KT, U 1' .. MIGNON, 2. /' S r> — -< rt S 7\ / '. - . - - V . - r h i \J U /"if Ltirn.'Uf.u, i- ■..■■■...,.■ GRAMIN : .,-..... — I H LORANTHACEES PL.V. ÂJfamtet del. Ptcart se f r/v/rry/'// s / /mi>. /.anum/'ctw . /'tins GARRYEES. A, B.B'u/Ism et J Fa 79, boulevard Saint-Germain DICTIONNAIRE DE BOTANIQUE Pai» HI. H. BAILLON Avec la collaboration de MM. de Seynes, de Lanessan, Mussat, Nylander, Manoury, Tison, Soureiran, Putailly, Rocquillon, Bureau, Weddell, etc., etc. DESSINS DE FAGUET Le premier volume a paru. Le douzième fascicule est sous presse. HISTOIRE DES PLANTES ILLUSTRÉE DE NOMBREUSES FIGURES SUR BOLS Les sepl premiers volumes ont paru. I' A 11 I S. — I M l< l\ I M E li I E EMU. K M A il T I N E T , Il U I'. M 1 G N <> N t New York Botanical Garden Librar 3 5185 00257 8753 SK*f* >*•?*; *vw B r~> ** ■"t« ■ -.^ Mm